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Full text of "Report on the operations of flour-milling companies in Canada [microform]"

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TEST TARGET (MT-S) 








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Corporation 



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WEBSTER, N.Y. 14S80 

(716) 872-4503 






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Microfiphe 
Series 
(Mpnbgraphs) 



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ICMH 

Collection de 
microfiches 
(monographies) 




Canadian Institute for Historical Microraproductions / Inst^tut Canadian de microreproductions historiques 



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Technjcal and Bibliographic Notes / Notes techniques et bibliographiques 



The Institute has attempted to obtain the best original 
copy available for filming. Features of this copy which 
may be bibliogfaphically unique, which may alter any 
of the images in th» reproduction, or which may 
significantly change the usual method of filming, are 
checked below. 



□ Coloured covers/ 
Couverture de couleur 



Covers damaged/ 
Couverture endommag^ 



D 



I I Covers restored and/or laminated/ 

n 



D 



Couverture restaurie et/ou pelliculie 

Cover title missing/ 

Le titre de couverture manque 

Coloured maps/ 

Cartes giographiques en couleur 



Coloured ink (i.e. other than blue or black)/ 
Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

j I Coloured plates and/or illustrations/ 



Planches et/ou illustrations en couleur 

Bound with other material/ 
Relii avec d'autres documents 



□ 

Tight binding may cause shadows or distortion 
along interior margin/ 

La reliure serrie peut causer de I'ombre ou de la 
distorsion le long de la marge intirieure 

□ Blank leaves added during restoration may appear 
within the text. Whenever possible, these have 
been omitted from filming/ 
II se peut que certaines pages blanches ajoutias 
. tors d'une restauration apparaissent dans le texte, 
mais, lorsque cela itait possible, ces pages n'ont 
pas 6tA filmies. 



L'Irtstitut a microfilm^ le meilleur exemplairt qu^il 
lui a M possible de se procurer. Les details de cet 
exemplaire qui sont peut-Atre uniques djp^int^ vue 
bibliographique, qui peuvent modifier une image 
reproduite. ou.qui peuvent exiger une modification 
dans la mithode normale de filmage sont indiquis 
ci-dessous. 

□ Coloured page;/ 
Pages de couleur . _^ 

□ Pages damaged/ 
Pages endommagto 



Pages restored and/or laminated/ 
Images restaur^ et/ou pellicultes 

Pages discoloured, stained or foxed/ ' 
Pages dicolories, tacheties ou piquees 

Pages detached/ 
Biges ditachies 

Showthrough/ 
Transparence 

Quality of print varies/ 
Qualite inigale de I'impression ^ 




7>. 



^ 







□ Continuous pagination/ 
Pagination continue 







Includes index(es)/ ' > 
Comprend un (des) indejil 

Title on header takeiffrom:/ 
Le titre de i'en-tite^rovient: . 



n 



I of issue/ 



Title page ( 

Page de titre de la livraison 



□ Caption of jSsue/ 
Titre de depart de la livraison 



Q 



Masthead/ *^ 

Ginerique (piriodiques) de la livraison 



n/ 


Additional comments:/ 
Commentaires supplimentai 


res: 


Les pages froissfes peuvent causer de la distorsion. 




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This item is filmed at the reduction ratio checked below/ 

Ce document est iWrnh au taux de rMuction indiqu* ci-dessous. 

^0« ^4X 18X ,.,«f^"22X 26X 


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30X 


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Th« copy filmed h«f« hat b««n r«produc*fi thanks 
to tha ganarosity of: 



It _ \' 
t vue 

on 
I 



Library of the National 
Archives of Canada 



Tha imagaa appaaring hara ara tha baat quality 
posaib|a eonsidaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in kaaping witti tha 
filming contract sp<icificationa. 



Original eopias in printad papar covara ara filmad 
baginning with tha front covar and anding on ^ 
tha last paga with a printad or illustratad impraa- 
sion. or tha back .covar whan appropriata. All 
\>thar original copiaa ara filmad baginning on tha 
first paga with a printad or illustratad impraa- 
sion. and anding on tha laat paga with a printad 
or illuatratad impraaaion. 



,Tha laat racordad frama on aach microficha 
shall contain tha symbol -i»> (n4aning "CON 
TINUED"). or tha symbol ▼ (moaning "END" 
whichavar applias. ". 



Maps, platas. charts, ate., may ba filmad at 
diffarant raduction ratios. Thosa too larga to ba 
antiraly includad in ona ax'poaura ara filmad 
baginning in tha uppar laft hand comar, laft to 
right and top to bottom, as many framas ai 
raquirad. Tha following diagrams illustrata tha 
mathod: 



L'axamplaira filmi fut raproduit grica A la 
g*n«rositA da: 

f ' 

r La bibliothique des Archives 

nationales du Canada 

Las Imagas suivantas ont «t« raproduitas av«c la 
plus grand soin. compta tani^ da tk condition at 
da la nattat* da l'axamplaira film*, at an 
conformity avac las conditions du contrat da 
filmaga. 

.Laa axamplairas originaux dont la couvartura en 
papiar ast imprimAa sont filmto an commanpant 
par la pramiar plat at an tarminant soit par la 
darnlAra paga qui comporta una amprainta 
d'imprassion ou d'illustration, soit par la second 
plat, salon la caa. Toua las autras axamplairas 
originaux sont fiimAs an commandant pqr la 
pramiArapaga qui comporta una amprairiita 
d'impraasion ou d'illustration at mn tarminant par 
la darnlAra paga qui comporta una telle 
amprainta. 

Un daa symbolaa suivants spparaftra sur la 
darniAre image da chaqutf microfiche.-selon le 
cas: la symbols -^> signifie "A SUIVRE". le 
symbols ▼ signifie "FIN". 

Les cartas, planches, tableaux, etc.. peuvent «tre 
fiimAs i dee taux da reduction diffArents. 
Lorsque le document est trop grand poyr Atre 
reproduit en un soul clich*. il eet film« A partir 
da 1'angla supAriaur gauche, de gauche * droite, 
at de haut •n baa. en prenant le nombre 
d'imeges niceesaira. Las diagrammes suivants 
illustrant la mAthoda. 



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HISTOIRE 



DE LA 



NOU VELLE FRANCE 



TOME III 




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D'UN 



VO Y A G E 

FAIT PAR ORDRE DU ROI 

DANS 

L'AMERIQUE SEPTENTRIONNALE, 

Adresse a Madame ia Duchesse 

DELE S D I G U IE R E S. 

Par U P. De^Charlevoix , de la CompagnU de Jesus. 

l^OME TROISIEME. 




AFAR IS, 

, ChcrROLLIN Fils, Quai des Aaguftins , ^ Saint Athanafe, 

&au Palmier. 



M. D C C. X L I V. 
^rEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROU 



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RE MARQUES 

DE 

M. BELL IN, 

INGENIEUR DE LA MARINE, 

SUR LES CARTE SETLES PLANS, 
, qu'il a ete charge dc drcflcr j pour joindre a I'Hiftoirc 
generalc de la Nouvcllc France dg^everend Pere 
DECHARj,EVOix,deJaCpmpag|iede Jesus; 
Et au Journal dc Con Voyage dans cette Parcie du 
Monde. 

A Giographie r^pand un jour fi avanta- 
geux fur I'Hiftoire , qu'elle devroit enetre 
ip^parable. C'eH le fentiment des S9avans, 
qui devient aujourd'hui un fentiment gene- 
ral. Tout le monde conviendra qye des 
faits arrives dans un Pays eloign^ & peu 
. — T>T--^ — coniui, exigent n^ceffairement, pourune 
plus partaite intelligence , que Ton mette fous les yeux le 
rteatre , o^ ik fe font pafles : & quelquefois la connoiflanc^ 
«les lieux nit^reffe autant , que les fails memes. 

Tom. Ill a 







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Tj REMARQUES DEM. BERLIN 

L'Hiftoire de la Nouvelle France ftmble 6tre /aiie pour 
prouver ce que favance ; fon Auteur I'a traitee de facon , 
qu^ la Geographie de ces Pays s'y trouve d^velopp^e dune 
maniere auffi claire & auffi jufte , qu'elle eft agr^able & amu- 
iante : chofe d autant plus rare , que cette fcience eft fouveni 
owcure , & fes details prefque toujours fees & ennuyans. 
^, A ",y,"*\^"^ "P^^^Auteuraun avamage bien grand, 
J ^j ' , ^ ^" P" lui-m^me. II a parcouru ces vaftes Pays par 
ordre de la Cour , & les a parcourus en Homme attentif & 

Sfr liS?^'^.'"' ^^^?.^^'''^P^"=" P"blic: auffi ai-ietir6 
de fes M^mojres paniculiers beaucoup d'^clairciflemens , que 
1 aurois en vain cWches ^iUeurs , ^ don^ j'avois befoin p3ur 
tormer des Cartes, qui puffent ndus donner des id^es g^o- 
graphiquesunpeuplus juftes, quecelles, que Ton a auiour- 
d hurde ces Parties confid^rabies de I'AmerTque SeptentHon- 

r.l'/TT ,^°"/^es noms de la Nouvllle F/ance, ou 
^-anada , & de la Louyfiane. 

Ai^r ^^^ J * ' ^^ ^'^' ^'^^^^^ P^"^ ce«e Hiftoire , ifont ft 
dift^rentes de tout ce qui a paru en ce genre ,^ue je ne puis 

auef!ifl f" T^^' ^^'"P^" f' principau^T^changemens , 
2r« ^ ^^i^^'^'t^y ^aire : de releveren meme tems kl 
erreurs confiderables , dans lefquelles ccux , qui m'ont pre- 

oi^U puS '' ^ *"^" ^^ ^"'"^ ^**""^^'^" ^'' ^°"'^« ' 

Je dois au d^pot des Cartes , Plans , & Journaux de la Ma^^ 
rine , le gout , que j ai pris pour ce genre d'^tude ; & le peu 
d^ CarlTp.' ^"^'>-J<^-f-^On y trouve uAequam^" 
de Cartes &de Plans manufcrits , lev^s fur les lieux , & en- 
voyes aux Min.ftres , foit par les Ing^nieurs , fo"t par des 
Navigateurshabiles. On v trouve def Relations exa^aes & 
circonftancieesdetoutesresnouvelles decouvertes , fi^ fur- 
tout un nombre prodigieux de Journaux de navigation , qu^ 

ScnmJf ^^rT5^", ^^Re^^rques &d'Obfervations, W 
Ucomparaifon &dela reunion defquelles, la Gdograihie 

& lHydrographiepeuventtirerdetr6s-grandeslumie?es. 
vauT„t7n'"^ ' "' ^ "" peu Jamottr pour le tra- 
\^r\L P^*"' etonnant , que je fois en ^tat de d^brouil- 

clspa^r ""'"^' quonn'afaitjufqu'ici, laG^ogfaphie de 



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SLU^LE Sr CARTES. „, 

„ ¥on de^urrfeft point de faire la critique des Cartes , que 
Ion a delatloiwplle France & de ia^ouyfiane ; il y en a 
peii rSc eUes font i fi petit point , & fi eloigniies du vrai , que 
^I'bfedire, qu elles ne m6ritent aucune attention. Cependant 
ie ne puis me difpenfer de parler de-li grand© Carte Ahgloife 
del Am6riqueSeptentrionnale en 20 feuilles , publiee clepuis 
quelques aiindes par M. Popple , fous le npm d'Empire An- 
glois dans I Ameriquc 

Comme cette Carte eft k plus graqd poinjjSf^ilus ddtaillee 
qu aucune autre : beaucoup de perfonrtesfont regard^e com- 
me un bon Ouvrage , aucjuel on pourroit avoir quel&ue con- 
fiance ; mais il s'en faut bien , que cela fpit ainfi , & ie le prou- 
verai dans la fuite, ' . 

Commen$ons parrendrecompte de la conftruftion de nos 
Cartes , & mettons fous les yeux: les principales reiljarques , 
dont nous nous fommes fervis , &- les ^hangemens , qui en 
ontrefultd. •«• , ^ 

Qu'il me foit permis de prier ks Amateurs de la G^ographie, 
d'exammer avec un peu d>ttention la Carte , que j'ai nom- 
m^eP^nUOnentale de la Nouvelle France ou du Ccfnada. Ejle 
comprend I'lfle de Terre-Neuve & Partie de Labrador , le 
Golphe de Saint Laurent, I'lde Royale , FAcadie, Ie coursX 
du Fleuvede Saint Laurent , & les Rivieres , qui %"y dechar- 
eent , jufqu'it Ten^r^e du Lac Ontario : les Pays , qui font au 
Nord de ce Fleuvfe jufqu ii la Baye d'Hudfon , & ceux , qui 
en font auMidi , ju{qu a la Nouvelle Angleterre. Jepuis affu- 
rer , que j'aimidu ce morceaii entierement neqf , & que les 
details , dora|eft rempli , ont ^t^ ignores jufqu'i pr^Snt. 

I**. Llfle deTerre-Neuve y eft reduite i fa jufte etendue , 
& i la veritable configuration dc fcs Cotes. J'ai dans plufieurs 
Journaux de navigation (a) des obfervations de ktitude , 
qui ont hk faites k la viie du Cap de Rafe , qui eft la pointe la 
plus in^ridionnale de I'lfle , & qui toutes s'accordent a mettre 
ce Cap par les 4(J. degr^s 50. minutes de latitude : la Carte 
de M. Popple le met par 46. d^gr^s 30. minutes ,ce qui fait 
10. minfites tropSud. J'ai des latitudes obfervees {h) dans le 



( « ) J'avois deflcin de cIterMci les Joai. 
Iiaux des Vaiflcaux ,~doat j'ai tit^ dies Re- 
tnarqaes , maU cela meneroic loin , & ne 
feroic d'aucune uuli(i| pQui la plupatt des 



( ( ) Journal du Pilote da Brlgantin du 
Roy U, Rtim* M»ri* , eavoy^ dc Quebtc 
en i7){. pour faire la vlfite des Cotes , 8c 
la dirouTcnc du Dittm dc 9cUe-Ule. 

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IV 



RE MARQUES DE M.-BE^LLlNf 

D^troit^e Belle-Ifle , & aup.^s de'la Pointe la plus Seofen 
tr^nnale de We de Terre-kuve , qui la. mettC paTr 
degres 30. m.nutes. |>opple met cette'Poinre par jzf LUs' 
mn'.^ u ' f '^ 40. minutes trop Nord, Ai¥ nous con^fta! - 

- - Word rS^uS 'i.e'l^'r "^'"." V '•?"l"^"^ ^' ""« W- d" 
r«ora au iud , que la Carte Angldife fait d un degr^ troD 

grande Sa laf^ear de I'Eft H'Oueft eftd^terminde par^ 

Kafe au Cap de Rave , environ 80. lieues ; ils donnent aufll 
Ja latitude du Cap /e Raye de 47. d^gf ^s Ac. AT- ^"nut^r 
LaCartedePopplenemetque^oJie^uesJnL JCx^^^^^^^^^ 
f place ce dermer lo. mmutes trop Nord , drforte ouSle 
donne entre le Cap de Rafe & le Cap de Ra;e , un d^p^^ ,0 
;«inutes , pour la ^fF^rence en latitu'de , laqLlle nVftle d^ 
40. minutes. Joignons cett'e erreur en latitu^de k celle dlsVo 
lieues en longitude , qui valent ici plus dez. d4S& demi 

sV ro '•?'i'r"^"''°"^'"^^^ ^''^^ decettePartie, tou? 
&7eCrdT5;'''^'^Kf"^ deRa"o 

foue/Pj ^"T ^Sr''' ' *I"' " ^" '^ q"'^ ^o. lieues , il n'y 
a que 5. mmutes de difference en latitude ; c'eft un faitconnu 
de tous les \Navigateurs. Cette Carte y en met plus deTo 

v^Am c 1' ^ ^^^Pe^V Rp^ge* eft de 1 5. lieues au moins 6c 
; Jiqus 1 avons marquee ain(f: la Carte de PopL n'y mef oue f 

feot no!' 'r " inutile d'obferver , qf'L liLT c^?i ji 
lautavoir notre Carte fous les yeuxr *•*>-•* 

V Lajpartie^du Nord de Terre-Neuve, fe Detroit de Bdle- 

J^' & tr^^Jl^'^'^'''.^^'' ^*^",^ icibienautrement dS- 
ies, & tr^s- different* d<! cc qu'an trouv^ dans~toutes Ipc 

Cartes , & fur-tout de celle de Popple. Je dolc^ Lnnoiff^^^^^^ 

cesaux divers (a) Manufcrits du l3^p6t , furlefalJeh i'aSi' 

une Carte paniculiere de I'Ifle de TeVre-NeuveSez S 

point pour y employer les noms de prefque tous ks S 

Ports & Havres ; ouoiqu'ellene le foit pas cependam enrS ' 

.ffezpourrendrelienVenfitle lec^nto^u^ &TgiK^^^^ 



(a ) tes Cotes de terrc-Neuvc ont iti 
pendam pluficurs annics fort hiquemics 
pa.r Jes Fran^igs , qui ont donn^ Jcs noms 
d pafcjuc tous les Ports & les Havres j & 



dans CCS terns , plafleurs Vairfeaux du Rot 
C6tet" '°" ''^^' ' * '* ^'^'* "^^ 



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i S U R L E S CARTES, v 

~^ It Cotede proche en proche ,-& telle , qu'il la f^udroit, pour 

Vufage ^e la navigation , ce qui n'eft point Tobiet prelent ; 

ihais elle eft fuffifante uour I'Hiftoire , ^ laquelle elle eft jcfinte. 

.- jy ai^jout^ un P4an du Port de Plaifarice-& de fes environs ', 

dont la connoiiTance ne peiff que ^aireplaifir.Avantde quitter 

Terre-Neuve , il eft boi; d'avertir , qu'il s'.eft cliffy une faute 

^ans rimpreflion de"cejt Ouvrage , totp. i -, page S. En parlant 

de cette Ifle , ie Cao de Bonnevifiey efldhJitueparUs 46. dc^^ 

y gres de latitude , U taut lire 49;;3egres "30. minutes : & un peu 

plus bas Qfl-trouve i ildefiendit au Sud Sud-EJl 6. degres , il 

faut lire 6. lieues. ' . * ^ 

^ lo^L'Ifle Royale & le Gglphe Saint Laurent Tont travail- 

Jes avec foin ; mais pour le faire connoitre , je n^iis que 

r^peter ce ^ue je viens. de dire. G.e%nt toujours des latitu- 

. des obfervees; desdiftaiKes eftim^es par les Navigateurs^ 

' & conclues de leur^ routes i des releveniens tie differens 

points , &c. . . „ . ^ 

J'obferverai cependant que la latitude dici Gap jde Nord 
en rifle Roy ale , eft de 47. degres 5 . minutes ; -celle des Ifles 
auX OifeaUx de 48. ^eres, & celle du Cap des Rofiers de 
49. degres : quentre I'lfledeS. Paul& le Cap de Rave , il n'y 
a Wi 1 4- ^ r 5 • liettes, & qu'iJs gifent entr'eux Nord-Eft-quart- 
Eft , ^ Sud-Oueft-Qtiart-d'Oueft , &c. ' ^ 

Vo^ons commem la Carte Angloife marque-^ras Bottles, 

On y trouve entre I'lfle de S. Pa:ui & le Cap de Ra/e 25. 

lieues de diftance , & leiir gifementNord-quart de iSord-Eft y 

& Sud-Quart de Sud-Oueit : quelle prodigieufe difference , 

quatre rumbs de vent fur un eiiement , & dix lieues de trop 

lur une diftance de 14. lieuesj j!^is ce qui doit furprendre y 

c'eft d'y voir par 50. dcgris xbt minutes de latitude , le Cap- 

des Rofiers, que nous avons jlit ci-devafft etre par les 49. 

'^ degres j. de fofte que cette Carte met plus de'6Q^lieues>de* 

" Ifles aux Oifeaux , au Cap des Rogers , lorfqu'il n'y en a que 

.u 4i • ou 4 J . au ^lus. L'Ifle Royale & I'lfle de S. Jean , ^e menie 

que toute b Cote voifine , jufqu'a renir^e du FUuve S. Lau- 

, .rent , none aucune precifion dans- la Carte Angloife , ni les 

■ details n^ceffaires pour doriner des idees un peu juftes de ces- 

.Pays : pour enetreconvsttficu, il ne faut que la comlarer 

avec fa mienne. -h . 

L'Ifle Royale m'a parir marker une C^rte particull^re i cellc 



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vj REMARQUE/S DE W. BELLIN 

que yon trouve ici , a ^t^ drepefur les diVers Manufcrits di« 
D^pot , & fur Icsi Journaux des plus habiles Navigateurs ; 
ainfi je crois , qu'dn peut y avoir quelque confiance : & com- 
me cette Ifle nous^int^refle , j'y ai joint le plan du Port & de 
laVilkde Louyibourg, qui eflPIa Capitale de I'Me; & un 
plan du Port DafuphinSc de (aRade , dont la fituation eft des^ 
plus belies. ' 

On fera peut-^tre furpris de ne pas trouver des fondes fur 
mes plans j c*eft-4-dire , la quantity de braffes , ou de pieds 
d€au^jjef9aisqueces details font extremement utiles, & il 
^m'aurou ^t^ facile de les remplir avec exactitude : mais des 
raifons particuUeres>mii n'ont rien de commun avec la Gio- 
graphie , m'en ont en^p^ch^. A I'egard des plans des Ports , 
qui n'appartiennent pas k la France , j'y ai mis des fondes. 

J'ai plac^ rifle de Sable k environ 30. lieues au Sud de 

Louyfbourg , par la latitude de 44, degr^s 10. 4 1 2. minutes, 

Cette pofition ne s'accorde point avec ce qui efl[ dit k la page 

109. du tome premier , que CJp de Sable eft eloigneede Fnie 

Royale, <£ environ z5, Ueues au Sud-Eft ; ni avec ce qui eft 

dit 2. lignes plus bas , qu'<?/& eft a j3. lieues Nord & Sud de 

Camceau. Ces deux giferiiens fe detruifent Tun lautre ; mais 

lAuteur , en les rapportant , na eu en vue , que de fair© 

connoitre deux fenumens differens , fans y avoir egard ; &: 

lapreuve , c'eft qu'enfuite il nous donne la latitude de I'lfle 

de Sable tr^s-exaaement , & telle que je Tai trouv^e dans les 

meiUeurs Journaux de navigation, 

^°. J'ai fait toutes les recher<:hes poffibles fur I'Acadie ; j'ai 
tire des Journaux des diflR^rent^s Campagnes , que les Vaif- 
feauxduRoyyontfaites, des latitudes de laPointe Orien- 
tale & de la Pointe Occidental© y j'aiTcduit Icurs routes , & 
i'ai trouvi que dHine Pointe k I'autre , elles donnoient 80. 
heues ; par pe movcn le gifement & i'itcndue de la Cote font 
d^termin6«. J'ai d^taill^l'iMerieur du Pays , dont il paroit 
partoutw les Cartes G^rapbiques, qu'on navoit eu iuf- 

Su'ici aucune connoifijuice j & j'^i t^ch^ de conferver au:^ 
ayes & aux Ports leurs v^ritables figures. £t pour rendre 
ces details plus fenfibles , j\iiiak une Carte particuliere de 
LAcadie. Sitr qupi je r emarquerai , que dans eetie Carte , j'ai 
dbnn6 environ i^. lieues de trop du Cap Camceau , au Cap 
<Je Sable. I.»dto) m*a jett^ io^fibkaieqc djin? c^(t^ cyreur , 









S U R L E S C A R T E S. vi} 

& y jetteraprefque toujours ; car en voulant exprimer la con- 
figuration des Pprts , & tous les contours des Pointes & des 
Mes , il eA impoiflible , lorfque la Carte eft fur une petite 
^chelle , qu'on ne leur donne un peu plus d'^tendue , qu elles 
n'en ont r^ellement. C'eftle cas , oil jeme trouve , puifque 
r^chelle de ma Carte ne porte qu une ligne au plus', pour la 
grande lieue de France de 28^3. toifes : mais j'ai corrig^ cette 
erreur dans ma Cane de la Partie Orientale du Canada , & 
'fy ai r^duit laprefqu'Ifle de TAcadie k fes juftes bornes , com* 
me on Tavu ci-devant. £t potir fatisfaire davantage la curio- 
JiteduPublic,fai joint ici des Plans particuliers desprinci- 
paux Ports. Ces Plans font celui dp la fiaye de ChedabouSou , 
• tappell^eaujourd'lw^le Havre deMzTjf^n/. Celui de la Baye 
de Chibou3ou , lel|P'tde la Heve , & lePortRo^al, aujour* 
d'hui AtimpoUs Royde, Je les ai tires desManufcrits de notrd 
Depot , oil Ton r9ait qu'il y en a de toutes les parties de TUni-* 
vers, & k plus fortes^^raifons de celles, que nous avons pof- 
fed^es. 

A vant que de quitter TAcadie , jettons les yeux fur la Carte 
Angloife de Popple , je trouve qu'elle marque aflez bien les 
latKudes & la longueur de cette Peninrule > quoiqu'elle me^e 
le Cap deCamceau 20. minutes tropNord. Mais il n'y .aj^i^n 
d'exaaTur la figure des Ports , hi fur le contour particulier de 
la C6te. A regard de Tint^rieur du Pa^s » iln'6n eft pas quef- 
tion fur cette Carte. Le cours des Riviefes , & les Lacs , qui 
font les communications des divers Canions de cette pref- 
qu'Ule , n*y font point marques : elle a cela de commun avec 
toutes le^ Cartes , que je connois. 

40. Le cours-du Fleuve Saint Laurent , & les Pays , qui 
enfontau Nord dcauSud, demanderoient une Diilertation 
beaucoup plus ^tendue , que celle , qu'il m'eft permis de £ciire 
ici . J'aurois meme fouhait^ de pouvoir donner une Carte parti- 
culiere de ce fameux Fleuve, oc de le faire connoitre dans tout 
fon cours , qui a plus de 250. lieues , depuis fa fortie du Lac 
Ontario , jufqu'i^ fon embouchure dans le Golphe de Saint 
Laurent, &dontla moiti^ eft navigable pour de grosVaif- 
feaux , de faire voir la quantity prodigieufe dlilet dc toutes 
grandeurs , 6opi it eft fem^ ; (es Ports' & fes moiirlbges ; les 
dangers , qu'il Btut ^viter ; les Rivieres , qui s'y d^chargent j 
ler Lacs , qu'il forme i (es Rapides , ou Saults , & fes Foru- 



-*- 



X^<M!<^«S^ i.^Oi. ti*r 



UiuiU£i49 



yji^i^$^S^liU>(f^«^> ><^^ ^ ^^ih^t 40n^ ^ Li 



ii 



VII, REMARQUES Df: M, BERLIN 

ges ; en un mot , mille details G^ographiques auffi int^r.ir «^ 
que cuneux , & entierement ignori.S^^^^^^^^^ 
pareil projet , il auroit fallu multiplier les CW. ^ I.! / • 
d'u„egrandeurfuffira„te;orcelaLc^^^^^^^^ 

t\?hT^^^A' P^"^^^^"^^ i« 'ievois travailler ,g auroSi 
les Libraares dans une troo oranAf W*ir,o«r^ «*urou jette 

feferoi. pas born^ au FlZ^:^ttflf^'^rjZDTu 
meme chofe pour le Fleuve MJr.ffl,,; j •• ^""^P^rait la 

. Quoiqueiedifeoue aurois nA ,„,™ jj '" ?" • '*^'=: 




{jeu pe.i., i-ai fai. cksCarees7.r/cXr« d?«r^^^^^^^^^^^^ 

duComdtl^^ "'?''''-^/'H'^''> e°«n une Carte 
Va?&ardTRi^"'' "??«"' ilVxameneceTavaU. Le, 

VoHimes mat^riaux, &Iesfources , oVi'a" puT ' " * 

u L. An,.o.fe ,ardf^nr,^te"r^;;-fej 

Nord, 



'iiff^f^*<?*. 



2r 



i U R L E S C A R T E S. ix 

Nord de Matane , elles en font au Nor4 * Eft. 

Toi#le refte du Flelive eft auffi defeftueux; prhs dela 
flioiti^ deslfles n*y font pas marquees, & celles, qu'on y 
"trouve , ne font , ni dans leurs proportions , ni dans leur vrai 
gifement. La piOpartdes Rivieres y font oubli^es , les autres 
y font jetties aunaxard , & fans ^ucuneprecifion g^graphi< 
tque : «n voici la preuve. 

Qu'on regardefur ma Carte ce grand nombre de Lies & 
de Rivieres, oui font entre la Riviere du Saguenay , & le 
Lacdes Miftaffins ; elles ont toutes des noms. On trouvera 
pluji de So. Lacs , dont la pluipart ont 5 . & 5. lieues de tour , 
& pMfieurs bieltli davkmage : ils ont auffi prefque tous des 
noms , ou Sauviges , ou Franfois. Rien de tout cela dans la 
Carte Angloife I ni dans aucune autre. Le I^des MijlaJJlm 
y eft mar^e , fnais il y eft mal ; fur ma Carte on voit qu'il 
jiorme trois Lacs differens , qui fe communiqi^ent par des De« 
troits , & chaque Lac ^ fpt) nom. Le plus grand eft le Lac des 
iMiftaffins , le feeond le Lac Alkanel, & le plus petit le Lac 
J^auphin^ 

Au Nord & 4 rOueft du Lac de 5. Jean^ il y a des Rivieres 
remarquables^ Sc fingulieres par le nombre de leurs chutesgfe 
plufteurs Lacs, dont k Carte Angloife ne donne pas la mom* 
dre connoiflaiiee. 

Je ne crois pas devoir poufTer plus loin TAnalyfie de la 
Carte de la Partie Orientale du Canada : ce qu'on vient de 
voir fuffit pour faire connoitre les recherches , que j'ai ^t^ 
oblie^ de nure; ie travail , qui en a r^ult^ ; & le dm^ de 
Confi§«ce , qu'on y peut avoir : je disle degr^ de conftance ^ 
car il s'en £iut bien , que ma Carte fott au point , o^ je fou<^ 
haicerois: 4«0-«cMme^n€es AtAtfanfoa^fli^eae manque dans 
.«uantit^d'«ndroits : mais je ne crois pas qu'ilfoit poffible de 
niire oiieiix , quant k pr^fent. Ainfi il ne n^e refb plus qu'4 dire 
im mot fur les longitudes. 

L'Obfervation Aftronomique de Bafton , 6c celle de Que- 
bec , font les points fixes , aufauels je me fuis aifujetti. Pau-r 
roisfort foubait^ d'avoir une oonneObfervation k I'lflede 
Terre-Neuve , ou 4 1'lfte Royale. On fent de quelle impor? 
i;?nce elle feroit pour fixer la longitude de ces Parties , de far 
i^on , qti*6n iie pdt y rien oppofer. 
^efgai que ouelques G^graphfiS 9 & fur-tout les Anglojs^ 



.k 



V 



r.„&S-t^ 



.M 



r?E ',. 



\ .' 



■ *,\'i-'vii 



\ 



X REMARQUES DEm!'bELLIN 
pritendent, que. Quebec eft plus Occideatal , que Bafton • 

X Jaiexaoiin^ rObfervation de Kclypfe de Lune , faite k 
P ace a M ditetmneeyi. degres 1 3. minutes , plus Occiden- 

eft de^i-degrfe 5,.ni,„utes.J'aitrouv^que4Atediffirmce 
» accordo., for, b.en ayec ceUe . qui rifultlit d« Remtrauet 

viron 6. degris de ffifX Su^* l^Sl'S^ 
pie en marque 14. J-avoue. o«. .Z ":!j:l.*.r.?r!i! '^"P' 
melui 






<^' 



S U R L E S C A R T E S. 5cj 

cordent k ne dbnner que 6.kj. degres entre Quebec & le 
fond de la Baye,d'Hudfon. Le fieur Franquelin , Geographe 
du Roy , qui a paffe fa vie dans le Canada , qui a parcouru 
plufieurs Parties de ce grand Pays , & qui a vecu & converf^ 
avecceux, qui en failoient les decouvertes ; dans fes Me- 
moires & dans les Cartes , qu'il envoyoit aux Miniftres , n'a 

{"amais mis que 6. degres de longitude entre Quebec & la 
Jaye d'Hudlon : d'pii il refulte , que le Fort de Rupert eft au 
plus par les 78. degres 20. ou 30. minutes de longitude Occi- 
dentale ; au lieu que la Carte Angloife le met par 87. degre» 
30. minutes. . 

"La Baye d'Hudfon eft aiTez confiderable , pour meriter 
(d'etre connue ; & comme on n'en a point de Cartes exa£les , 
fen donne ici une , que j'ai dreflee fur les Memoires & les 
Journaux de plufteuss Navigateurs : & pour rendre plus ien" 
{ibles toutes les tiles , qui font au fond de cette Baye , j'en ai 
fait une petite Carte particuliere. 

Je neferai point I'Analyf^ de cette Partie^; je remarquerai ' 
:.4eul^ment , oue laPartie Occidentale de; cette Baye depuisle 
<Sio°>c. degr^ de latitude en allant vers le Nord , a ete jufqu ici 
inconnue ; oi^ croyoit mSme qu'il pouvoit y avoir un paA' 
fage par-la J poifr aller dans la Mer au Si^d, Les dernieres di 



yerte «n 174^ , & ^ui m> ^t6 envoy^e gAjigleterre , que 
jj'ai travail!^* , , 

Paiibns k la Partie Ocqidenta^le du Catj^da » je veux dire , 
4 la Carte des X^cs. On fera peut^ltrefurpris de me voir avan- 
ffct que j^ xj-'ai. pu lirer aucpn fecours de nos G^ographes les 
plus nabiles ; m des iieurs Sanfon , ni du P. Coron^lli , ni du 
fieur DeUUe , tpus Geographes du premier ordre , & i^ qui 
nous fommes redeyables des meilleures Cartes , que nous 
9V0n$ aujoyrd'hui* 11$ Qe m'ont rienfoi^rni dans leurs Ouvrar 
ges, dont j'aye pu faire ici }e moindre ufage. Pour en Stre 
convaincu , it ne fc^ut que jetter les yei^x fur ma Carte , & la 
comparer avec ce que chacun d'eux a donn^ fur cette Partie. 



^ fait la roatc pat les terres de Quebec h. la 
Baye d'Hudfon , & qui en a envoy^ la 
{Cane a M. de Sc^^lay ca i<«8. Ce mfme 



■/ 



Voy^eui a fait aufli deux autres Voyagec 
dc Quebec 4 la Baye d'Hudfoa pac Met. 






i.V« ^x . ,Ak 



^ . It' :, ■: 



., i . ' ' » , s .. -.?..> 



>? REMARQUES DEM.BELLIN 

Qupique je n'aye pas envie de faire une A«oi r '. 
here de cette Carte, lecrois d^ni?^^ "«« Analyfe particu 
ftans pour la faihhSZl!^^"'^y^'P'^' "^VT^^ ^"^- 

d'auffi grands Maitres , SavoieX ^'^'^i' P"'^^^' 

Rien de plus commun & de plus faciFe m,^ Ac- j 
Cartes; rien de fi difficile n..i, !!'V ^- ' ^"® °® ™*'e «Jes 
bon Gdpgraphe eft Jawant^^^^^^^^^ Un 

&rartfer^Wempourle&r HH^r/.^^^^^^^^ 
la m^ffioire , I'amorpour rtravaU I^^ ^ P^?^^^« 
efprit d'ordre & d'arranLmLf • rfc r J Z**"""*^* ' & "» 
fuffifames dans la G^S&dSs VaT ' ^.°""°^^"«« 
quelles viennent r^HonLe 1 1" ^^T"^?'^ » ^'^« ^^C: 
ifcuffion criti<j«TLurKiot& 

r^itrii aile de r6unir toui«s ees Partief fa— h.r «- 
pendant Oh neoeutauere rJfl!!; j f 'i*"* ifefquelles ce* 
^uelque indulge lux faL, ' "^l u^"^"^ ^" ^oit done? 
, livreSt i cettlSei lie fc^f±^^^^^^^ ^"^^^ 

qu'un autre.. * ^^ ^^*'* ^® J «" S' pl"^ de lifoirr 

longueurs leEac^JJj^J^if IT/ P-J^f ?'"' S"'^^ ^^"« 
LacMicXTgan. ParS^liiouffole^^^^^^^ ?^ ^« 

principaux gifemem de poifte en^.W . ' '^ ^ »? ^eW les 
fe terns lui I permis , ifa S!S/?'T' ^°"*««lesfoi^, que 
eftim^ avec le plus d^pHctoTt%^'^iT^^^^^^^ ' « 
tances d'un lieS i uS?utre e^^ *^ dif- 

fiane de M. DelilleS coirifpi ^L^Sf? ''^^^ ^ouy. 

pueft;& la Carte dePoppr^^ 

derniere marque le Foit^^^T^ • a^,.^^"^-^"^*- Cette 



t' 



/ ■ 




A„ 



$U R LES C A Rtts./ xSj 

gent dans I'^tendiw de la Gote meridiohnale du I^cgOrt^rio 
parmi lefqucUes il /en a une , ^u'dn pretend avoir cent lieues 
de cours , & dont A nV a pas la moindre trace fur la Carte 
Aneloife , ni fur celle de M. Delillf ^ 

fsLi traVailM aveC le meme foin le Lac Erie & le Lac Hu- 
ron : cependant la Cote du Sud du premier ^ & celle du Nord 
du fecond , ne me paroiffent pas troj> bien connues , & ie ne 
fuis point content de ce que j'en ai donni : mais il ne ma pas 
^t^poffiblede fairemkux^ "^ 

Au Sud du Lac Eri^ , j'ii marqu^ quatre Rivieres , qui n'en 
tofit ^loign^es, que dune lieueoti deux, par lefquelles on 
peut del&ndre dans WAio ,oula helid Rivier^ ; il n'y a point 
de Cartes , o& dlesfoient nfarqu^es. J'ai chang^ auffi le cours 
de I'Ohio & de la Riviere Ouabache, Je dois ces connoiffan- 
^ ces aux Manufcrits du D^pot , parmi Kfquels il y en a quel- 
mies-uns de M. de la Sale , que roh f^ait avoir traverf6 plu- 
fieurs fois ces Cantons : & ceux , qui me manquoient ,- mV)nt 
iii communiques par M^ le Baillit ^ Auditeur des Gomptes 
arriere-Neved de ce fameux Vovageut , qui a facrifi^ fon bieii 
& fa vie pour la d^cpuverte de fa Louyfianev 

Le Pofte de Michillfmakiriac & le D^trbit du Sault Sain- 
te Marie , qui fait la communication du Lac Huron avec le 
Lac Smp^irieuir » m'a paru curieux , & emierementignor^des 
Geographes^ C«I<» m a engag^^^ faar« unepetiw Cane par- 
ticuliero, eelle des Lacs n^am pas en affei grand point 
pour rendre ces detail* g^ograpHiques bich fenfibles. * 

Le Lac Michiganeft aflujetti aux Obfervatioas de latitude • 
quiont ^td iaite» k lentr^e du Detroit ^ qui fait fa jonaioii 
avec le Lac Huro^^ & aupr^de la Riviere de S^int Jofeph 

ce qui d^ermmcia^tonKueurdutford au Sud. Fai ^ Remar- 
ques-fiar le gifcment de la CdteOrientale , & furies Rivieres 

2ui sy d^harffent 5 & ce {ot&. les fruits du voyage de notre 
Luteur , au^-bien que leslatitudes 5 de forte quej'ai fait courir 
cette Cote au SudSud-Eft : tu lieu aue la Carte de^M. Delille 
I'afait courir auSudSudwOueft , (foil ilr^faite plusde 60^ 
\lieues de diftance entre le Lac Eri^ & le Lac Michigan tan- 
yis qu'il ne peutjr avoir qu*environ 45 . lieues. 

Je remarjuerai ici , qu)6 dans le Journal , page 3 li. en par- 
feftt de la Cote Orientale du Lac Michigan , on trou've ; Je 
traveifM une Bayc , qui atnmlimes de profondeur i il faut 



;>S 



«iv R EM.MLQ, U E S D E M. B EL LIN 

fafa , & celles de ia Riv ere Ouabache . ne font m« W«, 
dans la Carte deM.DeIiUe : j'ai cha„g4"oJt«la°& fefuis e" 

ae la ^.arte Angloife , qyj dans toute cette Partie n'eft au'une 
coDieiin peu d^fJgurle ^e celle de M. Delille. ^ 

ceui" nL ^^'"^"'' le^Ius ftrand& leplus confid^rable de 
ceux , que nous connoiffons dans rAm^rique , n'eft pas bien 
fur tomes es Cart^; , & I'on p^ut yokdu^r^i^rfoIpJ^L 

qui font au Depot, m'ont donn^ les moven* ^^ l^^^.^r. " ! 



quiibntaMD^p6t;.^m^o;;5^ 

nt , qu'op ne I'a vu jufqu'4 pr^£nt. Ce- 
iil lautattendre encnr^ J'o„»«c A^t^:^ 



un pea«j)Ius fidelement , qu up n« i a vu luiqu'i prelent Ce 
^adant;e croil, qu'il fautattendre enLld^Cs^Sr- 
affemens car toutes les Parties ne m'en paroi&S fad,! 
mem coitftat^es i mais c'eft^oujours beaucoup pou?Ta So^ 

aui nuXn? / '^^^T**-' q^eles Fran9ois font les ifuls' 



»ci y cr , uuc J ai aonne ttl 

tes , la difficulte dfeschemins cneft fans doutelacaufe • IfiT 

le chemJn r °^'"' "",^' ^"g^entent de beaucoup 
le chemm , fans augmenter les diftan?es. Ainfi il n'eft S 

le trouve trop d etpndue , Iprfqu'il yew rapporter fa Carte aii 

lAuteur f«it t is-bicn 00??^ «v«K , R™»^ de vent , & quede rOricnc cH« 
ro,t ?allu fauc trcntc licucs. 11 Cc ^cut fiSc 



» >■■■ 
J . 



V 



SUR LES CARTES. xv. 

Ciel , c'eft-4-dire, y marquer Us latitudes & Jes longi- 
tudes.^Le feul moyen d'y rem^dicr , eft d'avoir quelqifes 
Oblervations de latitudes & de longitudes. Ce lont des 
Points fixes , dont la G^ographie ne peut fe paffer , & f» 
perfection d^pendra toujours du nombrede ces fortes'd'Ob- 
lervations* 
II ne me refte plus qu'i dire un mot fur la Carte de I'Am^ri- 

Sie Septlntrionnale , aue j'ai mife k la tete de cet Ouvrage. 
n aurolt peut-etre fouhaitii de trouver ici une grande Carte, 
oil toutes les Parties euffent ^t^ plus fenfibles , & mieux d^ve- 
lopp^es J & j'au/ois ^t^ bien plus fatisfait, fi j avois pu la faire: 
maisonavulesraifons, qui m'ont force cieme'borner aux 
grandeurs cqfnvenables k un in-quano ^unin^me^W ne 
taut done regardai- rerte Carte , que pour y voir la fituation , 
que lesdiverTes Parties , que nous avonsdonn^es ftparement, 
ont entr'elles , le tout , qu'elles forment fur le gloJbe de la 
Terre , & leur rapport au Ciel. Cependant je puis dire que, 
quoi^u'i petit point , & par conf<iquent peu fufceptible de 
ce detail , elte m^rite quelque attention ,:tant paries chpfes 
neuves, quisy trouvent, que par les ciorreftiou^ , qu'on^ 
faites fur les pr^c^dentes. 

^ 1°. Le Golphe du Mexique & les Ifles de I'Amerique y 
font affujettis k plufieurs Obfervations fures <fe longitude & 
de latitude. Ljs Journaux <|es Navigateurs m'ont Fpurni le 
gifement des C6tes & des Ifles de prdSie en proclie; de forte 
«jue je fuis ett itat de prouv6r la juitefle de la plupart des pofi- 
tions. Ainfi qu'on ne loit pas furpris de trouver cette Partie de 
ma Carte fi diflKrente de toulce^ui \^zttSy U fur-tovt de eelle 
de M. Popple, U n*ai point envje. de faire la critique de cette 
^erniere, i« remarguerai feul'ement ^xju^entre Carthagen© 
&Portobelp, clle /marque (^. diegre^de longitude , Scqu'il 
ii:y en a que 4. & 10. minutes au p^u?, Ceft altur^ent unfe 
grande erreur en G6ographie, que de raettre i io. lieues d*un 
endroit i. un autre , lorfau'il n'y en a guere plus de 80. La 
Havaney eftparles83.degr^^ 10. minutes du M^ridiende 
l^ndres^^^cequirevie^^^ 

dien de PaWji Lpbfervatten Aifronomique , qui y a ^t^ fai- 
te^ladetertotnC ^84. degr^s , c'eft un degre 35. minutes de 
difference. LIfle de S, Domingue n a qu'environ 100. lieues 
de longueur de I'We i I'Oueft , ia Carte de Poppley met 130, 



i' — rr 



*^ . 



lLWi^W. '^u^^'i^t.'v^ i 



V< 't'S- ••.. ..v 



A 



\ 4-«jS»S ' 



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Uti 



"i,.\^MARQUJES PE M. BELLIN 
fieues. Elle donnc k KMt de CuUaj'tio lieiis. A.u ■ j 
Mefy au Cap Saint Amoide r&^Vven . m.r. Jl"^'"'? ''• 

dent du M^ndien de Paris. Cette Cane met la vf « A,™ ^V 

T2'^tVT""T' <'«;«'•'■ ''•Paris. eZ rhffini!^ 
rois poipt, fi je voulois relever toutes les erreur. ™.; rl 

Mdl?^'"/""' i^"?'""^ 'e;Go?ph:VuMS 'r; & 

les iiies de 1 Am^nque. Un de ihes ^tonnemens c'eS n..'.m 
P^e mS? 2* ay point depublierynetopie^e cette 
ciables i la navigation , lefguelles , avec le moinSf eS 

if.LaLouyfiane & le cours du Fieuve Miciffiof :iiir«ipn#. 

Krmet?re'i'P^'^^* q"?J'aibeaM^J3f mat^riaux 
un peXr £ " "^""^V'^-^il <^ommeceia m^aufoit jetti 
temUT' *^ adroit muJtipli^ les Ca«^, jeme fuiscon- 
tenti de charger en quelques Wroits ma ^irte e^n^raL 3» 
fe.^. i";-J.t«>.»^^t^ qui m'a paru ^^^^^ 

itelligence de rHiftoirc. 7'ai fait plus i 
reeaiix DarticuhWe mi« ;»^; ^-., A •* 



f4i 5Lw^' I * ^ i>n;«„gence ae i «,ito,re. J'ai fait plus - 
d'uneoarde Jl I, r^l^fi!?^"?*^' .oijf^trouyera une Carter 



d'une 
puis 



•narf.«.Xi,r^ J I w ™r*X» V'' wouvera une Carte 
"i^kI u ^? d<JlaLoiwfia«e & dp laFIoride^ del 

f y>e^«f,Carte des emboSres d^iS ^u/t^Ai 

Les Obfervations Aftronomioufea ^aui nttt 2uc'. i , 
^0"velle Orleans & k «fle dTu|^„; f^Z fetf Mac J 
^CotedelaLouKiane par fa v^r^table latitude &XnXde^ 
M. Baron nous a donni celle <ie h Npuvelle Orkaml^^l* 
degrjs ,|. minutes*, i Occident du krii^nde pS,l P? r 
Wt^ Royale de Londres nous donnPc^lmi'^l^ 
phme , de 90. degr^s xc. minutes. Cette denSere eft fort 
*fi^remede ceUe; quirlfultoit de, ObfervaS A^oS 

mique^ 



t' >M 






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1 - ■■ '4 

S V/Br-t E S CART EJ.1 ^ivi/ 
fiuques , que le l^ere LaVil y avoir faites en 17^-^ & qui ^toit 
de 103. degr^s. Mais on a I5U depuis ,. que i'erreur veiioit du 
d^raneement de fapendule , ce qu'ii ignoroit alqrs ; erreur , 
dont M. Delille s'apper9ut9ar fes details ^^ographiques , & 
fur laquelle il donna un fort bon M^moire , qui eH inUt6 
dans les MImoires de rAcad^mic de I'annde 1726. Cependant 
M. Delille n'avoit point alors d'Obfervations immediates , 
coftime nou#lesavons aujourd'hui ; & voila polirquoi dans 
fa Carte de la Lottyfiane , qu'il a publi^e en 171S1 il a mis la 
Nouvelle Orleans par 94. degr^s i ^ . minutes , k I'Occident 
du M^ridien de Paris , c*eft-4-dire , 2. degres trop k I'Occi- 
dent. La Carte de Popple la met par 93. degres 40. minutes » 
du M^ridien de Lo'nclres, qui revient au 96. degre c. minu- 
tes , du M^ridien otf^^a^^s : erreur bien plus confiaerable , 
& quinefepeut exct|lerdans M. Poppies qui deyoit avoir 
connoiflance , endreflant fa Carte, des deux Obfervations 
Aftronomiques , qye nou^ venons de rapporter. 

Je ne parlerai point du detail de la Cote depuis la Nouvelle 
Oi;l6ans jufqu'^ Saint Marc d'Apalache , que j'ai tire de nos 
meilleurs Navigateurs , &fi^-toutdu Journal du R. P. de 
Charlevoix r oh verra que j'ai profit^ des Remaraues , qu'il 
k eu occasion de faire uir plufieurs en^roits deC^tte/'Cote , 
dont avant lui on n'avoit prefque point de connoiflance. II 
nc^S fait connoitre , par e^emple , lljle de$ Chicns , k 10. 
lieues de Saint Marc d Apalache ; & le paffage , 'qui ell entre 
Ja Terre ferme &cettellle, laquelle 39. i 10. aiimoins dc 
longueur , ce qui n'efl marque fur aucunes Cartes* 

Jaurois beaucoup de chofes k dire fur ces vailes Contrees , 
qui font 4 TOrient & k r0ccident du Fleuve Miciflipi ^.fur 
I9; Rivieres , qui ks arrofemi les Nations ^- qui les habitent ; 
les Voyageurs , qui les ont parcourues ; & la maniere , dont 
les Cartes nous les repr^fentent. Mais cela demaiideroit une 
PjfTertation particuliece , ^ )e fuis oblige de ^nir celle-ci , 
qui n eil deja que trop Iqngue : peut-etre quelque jour aurai-je 
occafion de travailler fur cette Partie , & de m ete^idte autant 
-que le fujet me paroitTexiger. Cependant avgnt que de finir , 
il faut n^cefTairement dire un mot fur les Pays , qui font k 
rOueil & au Nord de nos Lacs du Canada , dont la Geogra- 
phie eft tr^s-imparfaite, pourne pas direentierementignoree. 

II n'eft pas douteux , felon n»oi , q«'4 I'QQcident du Ca^ 
l^ome III, ' ' • / c 




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nada . on nemuve k M«r , qui ftpate cette Par ie A. VA ^A 

eft oroprememlaMerduSud; & j'ai Heu de Se w^^^^^ 
£ ^''"«?*^' "^ P'"* ^* 500. lieues du Laclsuplrilur 1 



ivir) REAI^RQlTESDE k^B E lit IN 
Aiie, 

«« m«me prefque certain qu'ily a une fuiie d 
W atU Mrf ' '" P^" communiquer du Lac Sup^ 
Can eft pas d'aujourd'hui , que Ton a rafleiibl^ diverfes 

verted une MerJans cejtePartie.il nefaut qfcvofrce 
d.t Gomara(hv. 6.chab.j8.) des Efpa^noIsT aurviir?n 
Mer quand ils furent f 0«m>., &5uS^^ 
des Vaifleajix fur Ja Cote. 7ean de Laet , ( cQ.X Koi!veSu 

(dansfaDefcr,pt.on du Nouveau Monde /an;eoS 

font connues ^ o^u'ef ^elqu'^r^^^^^^ QXfont 

hors de toutes le$ routes des Navigateur*. fiicoU dans fon 
Hercule Sic.ken , ««arque aoffiuni Mer auSrorddu Nouveau 
Mexique: , ignore fur quek M^moire.cet^uteur a travaiHr 
mais je fjai qu'il aeu communication de Tux cue I'on in' 
vojre i la Congr^gati6n de la PTopa^ndr oi Zj encor^ 
voircequeditTniFchasTuf ceTieWfej' 7rA^, 5 r -^ 

nations. ) Joigne* k tei divXS^. ^'i ^a ^^* "*'''" 
f Martin d'/gui,3rd,& 
de la Cahfornie. De tout cela il me p^wmM^olhl^f ^ 

ilLfc^" "' P""" f"«o«Pubi& , que j'ai, 




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L E S CARTES. 



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& de celui des Criftinaux , \es Relltibns , que Ton en a , font 
tr6s-incertaines , pour ne pas dire ^buleufes : & il me paroit 
que c'eft audi le (entiment du R^v^rentl Pere de Charlevoix ' 
uage 184. de Ton Journal , oCi il parle du Pays des A/Hni* 
bous. Cependatnt je n'ai pas laifll^ qe les marquer , les ayant 
trouv^s fur une Carte manufcrite ^u Sieur Franquelin , done 
j'ai parle ci-devant, &*qui devoic connoitre ces Parties, 
mieux que perfonnfe. Ainfi Ton y ajoutera telle foi , que 
Ton jugera alpropos (a )-. 



(4) L'Autear de rHiftoire ft du Journal 
a de bonnes rai(bus de croire que ce n'cft 



— - — w T" " " — - 

point par cene route , que I'on ira plus fiire- 
mcoc 0c plus {lompccfflcot ik )a Met , dont 



il s'agir. II s'en eft ciplicp^ en plufients eiU 
droits de Ton JoUroal , & il appoitedc boo^ 
nc$ prcttYcs de ce qill ^TaaoCi 




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TABLE DES SOMMAIRES. 



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iS£ SC S£ S£ SC S€ ^ ScYsC Wg 

TABLE 

DES SOMMAIRES 

POUR LE TROISIE'ME VOLUME. 

DISSERTATION PRELIMINAIRE 

SuR l*Origine DES Ameriquains. 

5 E NT I MENS de plufieurs ffavans Auteurs , qui ont traiti 
plus au long cette Quejlion. Ce que Jean de Laet penfi de 
4, celui du Pere de Acofta y de ceuxde L,efcarbot y de Breverood , 
& de Grctiiiis. Ses demeles avec ce Dernier. Son fentiment par^ 
ticulier. Ce qu'il dit de celui de MoracT^. Sentiment de George 
de Hornn. A quoife doit reduire la Quejlion propofee , & com- 
ment on peuty repondre. 

JOURNAL DUN VOYAGE 
DANS l'Amerique Septentrionale. 

LETTRE PREMIERE. 

TT'Oyage de Paris a Rochefort. Danger, que courut F Au- 
§r tew fur la Loire, 

Tome III, , a 



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fc. i 



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TABLE 



j- 



I^ETTRE 11. 

Z'Auteurs'emharatu & met k la voile. Defcription du gran<l 
Banc de Terrcl^euve Caufes des vems% L brume!', quh 
yregnent Tempete. Des Morues , & de lapichedece Poijon. 
Combat de la ialeme & delEfpadon: Du 'pUttan. Erreur des 
Filotes, &lejanger ouellemetle Vaiffeau du Roy . Du Cap 
de Raie. Deslfles de S.Pierre, Du Galvhe ^ S. Laurent , I 
des IJles aux Oifeaux. Du Cap des Rojfers. De Gafpi , & dc 
I entree du Fleuve S Laurent Defcription de Vljle d:knticofly.. 
Du Saguenay & de Tadoufjac. De Fljle auxXoudres , d du 
Goujre. De laBayede S. Paul. Des ^Maries du Fleuve , & d^ 
la dechnaifon de la BouJJole. De tlfle ^ Orleans, 



LETTRE II L 



■■^<^' 



ORigine du nom de Quebec. Du Sauk de Montmorenci. 
■ S'^^'^t'onde Quebec. Defcription M cette Ville , de lis 
pnnctpaux Edifices. L'Eveche , la Cathedrale& leSeminaL 

TJr r 'j n '^If ^""^ '"''' Diamans. Des Recollets & des 

Urjuhnes ,du College des Jefuites , de I'mel-Dieu, de rHSpi- 

tal (general des Fortifications , des Habitans de Quebec , dif. 

jerence des Colonies Angloifks & Fran^oifes, 



LETTRE IV. 

/4 M-^""^/ i""" ^%''' i'rov.^^:^/: defcription de la 
ri MifTionde Lorette. Ferveur des Sauvages. Idees fauf- 
i'J ' rt^ {f/^^ 'n France du Canada. Fautes , quon ajaites 
dans rEtabtiffement de cette Colonic. Mauvaife c.nduiL par 
ravportau Commerce des PeUeuries. Des Congis , & de leurs 
abus. Divers changemens dans les Monnoyes. 



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■ \ 



DES SOMMAIRES. 



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LETT RE V. 

■ ■*« ^ 

jnXlFTERENCE du Caflor du Canada , ۥ de celui de VEu- 
J_^ rope. Dupoil du Cafior. Defiription anatomiaue de cet 
Amphibu. Du <Jaftoreum.,Z)tt Cafipr gras y & du Cajlorfec. 
Differens ufages dupoilde Caflor. Indu/lrie & trav^ux du Caf- 
tor yfaprevoyance. Des Caftors Terriers. Dela Chajfe du Caf- 
tor. Quelques particulariteifur cet Animal. Du Rat mufquL 

i 

L E T T R E V I. 

\ I ■ ' - 

I 

MAniere de courir la pojle eri\ Traine. Des Seigrituries 
du Canada. Du droit de Patrohnajge. Le Commerceper- 
mis aux Gentils-Hommes. Situation de Beckancourt. D'oii 
etoit venu le nom ikRiviere puante a I4 Riviere de Beckancourt. 
Du Village il^s Abenaquis de Beckancourt. Situation de la 
Ville des 1 rois Rivieres. Du Lac de S. Pierre. Defiription de 
la Ville des Trois Rivieres. Origine de fi}n Etablijfiment. Du 
Cap de la Magdeleine. De la Chaffede UOurs. L'Ours pajfe 
fix moisfians manger &fians boire. Maniere , dont on chaje cet 
Animal. Ceremonie ridicule , qui fi pratique j quand on a tui 
un Ours. Reception , qu on fait aux Chaffeurs i leur retour, 
quelques particularite:^jur les Ours. Des Cniens de chajfe. 



LETTRE VII. 

f^Es Ifies de Richelieu & de S. Fran5ois. Du Village des 
JLx Abenaquis de S. Francois. Du Sue d'Erable , du Fort de 
de Richelieu. Auttes Forts dans les Paroijfes. Belles aSions 
dune Dame & dune DemoifiUe Canadiennes. De I' Elan , ou 
del'Orignal. En quel tems ilfautle chaffer. Diverfismanieres 
de le chaffer. Comment le Carcdjou lui donne la chajfe. Du Cerf 
& du Caribou. De la chajfe du Boeuf. Defiription du Boeuf 
Sauvage, & du Boeuf mufque. Du Chevreuil. Du Loup Servier y 
& du Renard. De ce qu on appelU la menu'e PelUterie, 



a^J 



y 



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/ 



IV 



\ 



TABLE 



LETT RE VIII. 

r\Es IJlesdQ Richelieu. Diffirence du Pays de QueSec , 
X-jX & decelui de Montreal. Defcrimion de I Me de Mont- 
e al. Defcnpnon de la Ville, D/l'lJle de Jefus , & delaRi. 
viere des Prairies, Du Sauk au Recollet. Des Environs de 

Defordrescaufesparla Trauedk VEau-Lvie dans Us rdLes 
du ^ault S. Louis & de la Montagne. De la Foire de Mont- 
real Lalomnie du Baron de la Hontan ^ cefujet. De la Pkhe 
du LouvMann. Defcription du Loup Marin. Ses diverfes ef- 
peces.Ufage de la chair 6- de lapeau de cet Animal. PanicuL 
rites lies Loups Manns. Des p-aches Marines. Marfouinsdc 
deux couleurs. DclaPechedu Marfouin. Des Baleines 



LETTRE IX. 

P O IS SONS du Go!phe& du Fleuve S. Laurem.Du Lancor- 

£ 'n' d'^ ^''^"'^' ^ '^^ ^'^ Truitefaumonee. De la Tonue , 
<^c. JJu FoiJJbn arme: comment ce PoiJJbn ckaffe aux Oifeaux.. 
Mariagede fa Seme De U Pich de utjlurgein. PoiffoL par- 
ucuhers au Canada Aigles de deux efpeces. Perdrii de Lis. 
efveces, Autres Oifeaux. Des Cardinaux. De Wifeau-Mou- 
Che : enquoiildiffere du Colibry des Ifles. Du Serpent d Son^ 
nettes pesBois du Ctnada. lies Piis de deux efpkes Qua- 

hlfTt^uP""- ^J^^f.fo"^^^^ Cedres. Des Chenes Ka- 
ties , &c. Arbresparticuliers au Canada. 



LETTRE X. 

P..» 
OuRQuoi onne comoit en France U Canada , JL par 
Jon mauvais cote. Exch du froid Ses inconveid^^ 
flexions fur fescaufes De laPede des Anguilles. Dupat^e 
des Tourtes. Heureufes conditions des Colons du Canad^-T- 
ce7c "'r'''"'^'" enproflter. Bonnes & mauvaifes qualiLde 



« 4 



# 



DES SOMM AIRES../ y 

LETT RE Xl^ 

TTX E la Bourgadt Iroquoife M Sault faint Louis. Ferveuf 
X-/ ^<? fes premiers Habitans. Des Habitans de_ Tertt-Neuve, 
Des Eskimaux. Des Peuples de^ Environs du Port Nelfon. 
Etendu'e de la Nouvelle France. Des Sioux. Des AJJinihoiU, 
Du Lac des AJJiniboils. Des Peuples de la Langue Algonqiiine. 
Des Nations Abenaquifes. Des Algonmins inferienrsMDes 
Sauvages du Nord. Des Algonijuins. Des Outaouais. Des 
Pouteouatamis , & des autres Sauvages des environs de la Baye. 
Des Outagamis , des Mafcoutins , & des Kicapom. Des Mia- 
jhis & des Illinois. Des Peuples de la Lanmenuronne. 



-*> . 



LETTRE XIL 

Jp\ E s Rapides du Fleuve faint Laurent. Reflexions fur Ca- 

J_^ tarocoui y & fur le cheminy quonprendpoury aller. Def- 
cription des Canots d'ecorce. Du Lac de faint trancois. De I'Xjle 
Tonihata. Defcription du Fort de Catarocoui. taraUere de la 
Langue Huronne. CaraSere de la Langue Algonquine. En quoi 
different les Peuples de ces deux Langues. Ongine de la Guerre y 
que les Algonquins & les Huroris ont eu afoutenir conL-e Us Iroi 
quois. Les fuitesdecette Guerre. ^ 



LETTRE XIIL 



TJ OuTE de Catarocouy afAnfe de la Famine. Defcription 
J\_ du Pays. Des Fignes du Canada. Defcription de UAnCe 
de la Famine. Duflux S- di4 reflux des Lacs. Pourquoi en Ca- 



nada les, Arbres n ont point encore defeuilles au rtfois de May^ 
Maniere de chanter la Guerre parmi les Sauvages. De leurDiew 
de la Guerre. De la declaration de Guerre. Diff-efflonfur la 
Porcelains du Canada. Des Bracelets & des Coliers de Porce- 
laine. De leurufage. Du Calumet 3 defon ujage & defon originc^ 



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t T A B L E 



LEi\TRE XIV. 

'*. ■ * 

T^EsAGREMENS ^Hncbmmodith des Voyages en Ca- 

X-/ r^a- Defcription 4t Ic Cote du Sud du Lac Ontario. 

motifs y qui enga^ent les Shmages a fain Id Guerre. De quelle 

maniere on syrijout. Prep<kanfs du Chef Deliberation du Con- 

Jfiil. Mefures, qu on prend hour avoir des Prifonniers. Chants , 

JJanfis,^& Fejfins de GueWe. Idee , que ces Peuples ont du 

courage ; epreuv^s ^ ou ton f^ekles Guerriers pour comtoitre s'ils 

.^n om.. Precautions pour Iks WeJJes. Commint les Miamisfe 

preparem a la Guerre. Defiription des Raquettes pour marcher 

Jur la neige^ & des Traines\poHfporterk Baga^. Adieux des 

. Guerriers. Leurs Armes offenfives & deffenfives. Dufoin , quils 

■ ont de porter leurs Dieux. Defcription de la Riviere de Cafcon- 

chiagon , & de deux Fontaines fingulieres. Defcription de la 

Uaye des Tfonnonthouans , & de la Riviere de Niagara. 



LETTRE XV. 



^r. 



T)R0JET d'ufl EtailiffefHentd Niagara. Oppofition inutile 
X d£s Anglois a cet Etablijfemem. Defcription du Pays dt 
Niagara. Defcription dz la Danfe du Feu. lliftoire a Cefu/et 
Autre fait fingulier. Defcription du Sauk de Niagara. Obferva^ 
tionsfur cette Cafcade. Circon fiances de la marche des Guerriers 
Du Campemens : de r entree dans le Pays Ennemi. Des appro^ 
ches 6- de lattaque, De la maniere de combattre. Inflind des 
Sauvagespour connoitre les traces de Uurs Ennemis. Des Cimes 
qu on Lujfg de la Fiaoire. Precautions pour affurer la Vifoire \ 
& pourgarder les Prifonniers, Comment on mnonce la Vi^oih 
dans Us Villages. ■ . 



/LETTEE XVI. 

PREMIERE reception des Prifomuers. Leurs bravades. Ctf 
quqn leur fait fouffrir a leur entree dans le Village. Dijlri- 
button , quon en fait. Comment on decide de leurfort. De I'a- 



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I. 



VIJ 



DES SO MM AIRES. ^ 
Joption (Tun Captif. De ceux , qui font deftines au4u. Pnnci- 
pes de la harhane , ^uon exerce envers eux. Coura^bun Capi- 
taine Iroquois briUe par les Hurons. HabileUdes SaMses duns 
Uurs negpdatioT^ s . 



let:^re xviri. 






T^ESCRIPTION du Lac EnL De la C6te S^entrio^ 
M^ nale ^ ce Lac. Agremens de ces Voyages. Dei Cedres 
hlancs &r«tu}Ks. jfrrivee au Detroit, de la nature du Pays Des 
^auva^s\it^lis aupres du Fort du Detroit. Confeil d& xrois: 
f^ajians chjf{ U Commandant du Detroit. Quel enfutle rltiiU 
^t. En quelle difpofition UAuteur trouve Us Hurons du Detroit 
Reception ^que lui font les Pouteouatamis. Du JeuduPht ou 
des Offelets. U/hge fuperflitieux dece Jeupour la guirifin des 
Malades. De I lurbe a la Puce , & defes effets. Des Citrons du 



Detroit. 



LETTRE XVIII. 

jyOuRquoj Us Sauvages font plus aifis a convertir , que 
' les Natiom policees. Idee ginjrale de leur Gouvernement. 
Div^ion des Nations en Tribus. Obfirvation fur Us noms des 
Chefs. De lafuccefflon & de teUWion des Chefs, De Uurs pou- 
voirs. Des Affijtans , ou ConfeilUrs. Du Corps des Anciens 
Des Chzfs de Guerre. Pouvoir des Femmes dans quelques Na- 
tionL Sageffe des Confeils. Des Orateurs. Des interetsde ces 
Peuj^les. Politique des Iroquois. Du gouvernement des Villa 
ges.^^defauts.Princip^^^ De fiulU maniem 

Us Ifuhns punijfent I AJfaffinat. Punition des Magiciens Re 
glem^t pour Us chafes trouvks Trait fingulier d cette occafioti. 
Combun Us bauvagesfontfenfibUs au point tChonneur^ 






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VllJ 



TABLE 



LETTRE XIX. 

jnXEPA R T jiu Detroit. Soin , que lesjeunes Sauvages pren- 
J_ynent de fe purer. Defcription de la Cote Occidentale du 
Lac Huron. Situation de MichiHimakinac. Defcription du 
Lac fupeneur. Fable des Sauvages touckant ce Lac. Mines de 
Cuivre. Traditions des Sauvages fur Mickillimakinac. Abon- 
dance de la Peche dans ge Canton. DesMes & de la Nation du 
Caftor. Du Mariage des Sauvages. De lapluralite des Fem^ 
mes, des degrei <^P<irentes, quiempechcntles Mariages. Loix 
• farticulieres touchant les Mariages. Jaloufie des Sauvages. De 
quelle manierefe traitent les Mariagts. Des Ceremonies'du Ma- 
riage. Avantages des Meres fur ks Peres. Des Accouchemens , 
& de leurs Junes. Dufoin , que les Mer§s prennent de leurs En- 
fans. Del impojition da nam. Obfervatien ace fujet. • 

LETTRE XX 

y^ E la Baye des Noquets. Des IJles des Pouteouatamis. 
JU/ Des Malhomines ^ ou FoIIes Avoines. Des Peuplesap- 
pelles Puants. Du Fort & de la Mifflon de la Baye. Ejpagnols 
defaits par des Sauvages du Miffouri. Confeil des Sakfs ,. ^ a 
<mel fujet. Danje^du Calumet. Danfe de la Decouverte. Des 
Traites , qui je font par le moyen de la Danfe du Calumet. 
Autres Danjes. Danfes ordonnees par les Medecins. Superjli- 
tionsdes Peuples yoifins de la Baye. Diverfes Nations m Nord 
&arOueft, ' 



LETTRE. XXL 

OBSERVATION fur les Courans des Lacs. Portrait des 
Sauvages. Leur force , leurs vices : pourquoi Us ne fe mul- 
fiplient pas. Avantages ^ qu'ils ont fur nous. Leur metnoire , 
leur venetration y & Uur jugement. Leur grojuUur dame ; leur 
conftance dans les douleurs : leur valeur. Les egards , qu'ils ont 
Us uns pour les autres, Leur fiene & leurs autres defauts. Des 

qualitis 



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DES SOMMAIRES. h 

*quatitUda cotur, Du peu de naturel dts Enfansvour Ufirs Por 
rents. Socieus panichlieres de deux Sauvages^De la couUitr 
<U CCS Peuples. Tourquoi ils n 'ont point de poiljiir le corps. 



LETTRE XXII. 

Jr\ Anger de la navigation du Lak Michiean. Obfervd- 
JLy tion fur les Rivieres t qui sy dechar gent du cote de 10- 
rient. Riviere du Pere Marquette. Aventure arrivee a C Auteur 
dans la Riviere de Saint Jofiph. Du Gin-Seng du Canada. Du 
Fevier & du Sa/fajras. Secret des Sauvages Jitr les Simples & 
fur les Mines de leiirPays. Du Jeu desPailles. Autres Jeux. 
Suites funefles de Vyvrogntrn; Bonheur des Sauvages. Me- 
pris y qu ils font de notre maniere de vivre. Dufoin, qui les 
Meres prennent de leurs Enfans. Figures ridicules , que quel- 
ques-unes leurdonnent. 



c 



LETTRE XXIII. . 

E^uifortifie les Sauvages, & les re^djibien-faits.teurs 
- f^'^f^^^ exercices, & Uur imulation entreux. A quoife 
reduit r education , qii'on leur ddnne. Leuts pajjionf. Leur 
hcdfillement. Comment & pourquoi ils fe peignent & fe pichient 
le corps & le vifage. Omemens ^es Hommes : omiemer^ des Fem- 
mes, leurs occupations. De la culture des Terres. Desfeminces 
& des rfcolxes. Des differens grains & legumes , que les Sauva- 
ges cultivent , de leurfafon de les accommoder, de leurs autres 

- vivres. Ouvrages des Hommes & des Femmes. De leurs outils. 
Forme de leurs ViUaget. Leur maniere de fe fortifier. De leurs 
hyvenumens y & de ce^'ilsy ont afoujfrir. Leur malproprete. 

Jncommodite de lEU. Portrait en racoufci des Sauvages. 



; LETTRE XXIV. 

DEs Traditions des Sauvages. Origine des Hommes felon 
eux. Ce quils entendent par les Sprits. Des hons & des 
mauvais Genies. Difpofitions requifes pour avoir un Genie tutC" 
Tome III, b 






*k 



*. TABLE 

fees. Du eihics. dl vLL. R\J^„I7v&'^"fi^- 




fins . J„ W fal aux d^.Kp%f7MIrr''^''''^i- 
ctfujtt. Manure, dont on fi SiiirralR dun riyf „uZj? 



LETTRE XXV^ 

rSEs mmvais Ginies ,& dc Sorcim. Sh JongUurs - 



A 



LETTRE XXVI. 

vage ^ &j/es Sccondes few. Idee des Sauvles7ur ctl 
meuremdemoAvwlente. De lafiudesMom. ' ''"' 



LETTRE XXVII. 

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DES 50 MM AIRES. x) 

hguhre Jes Illinois. Des Perroquets de la Louyjiane. Du Vil- 
lage de Pimiuouy. L'Auteurfe trouve entnauatre Partis enne- 
mis. Son embarras, Hijloire fin^uliendu Chef de Pimiteouy, 
Maniert , dont Us Illinoi^ pUurent lesMoAs. Auentions du 
Chef pour lafureU dc I'Auteur , qui baptife fa FilU. 



LETT RE XXVIII. 

/INDUSTRIE des Sauvageipourfurprendreleurs Ennemis. 
Cours d£ la Riviere des Illinais. Son entree dans le Micijffipi. 
Village des Tamarouas. Des Mines de la Riviere Marameg.* 
Defcription <^ Kaskaskias. Arbres Fruitiers de la Louyjiane. 
Differens Peuples etablis furle Miffouri & aux environs. Def- 
cription du Micijjipi au-dejfus des Illinois. Differentes Tnbus 
des Illinois. Tradition duPeche de la premiere Femme , & du 
tfeluge.Idees des Sauvages fur les Aftres. Comment, ils Gorinoif 
fi^^j,^^ordyquandle Ciel eflcouvert. Ce qu ils-penfentdes Ed- 
clipfes ۥ du Tonnerre. Leur maniete de divifer le terns. 



LETT-RE XXIX. 

T JTlLJTk du Pofle desIlUnois. Froidextrime. MaiiUre de 
C/ navigerfur le Miciffipi. Pourqu6Hes FeuUles tombent (i 
tot & poufentfitardaux Arbres de la Louyfiane. De la Riyiere 
Ouabache. Mines deFer. Chats fauvages. Noyers , & UurkPro- 
j^is. Marques des Guerriers. /?«,Chicachas. Riviere des 
Chicachas. Forits de la, Louyfiane. Riviere des Akanfas. Diffi" ' 
rentes Tribus de ces Sauvages. ConceJJion de M. Lam M^na- 
lite parmi les Akanfas. ,; 



LE.TTRE XXX. 

r\ o la Riviere des Yafous* Du Fort des Francois Cur cette 
JL/ Riviere. Des Caimans. Concejfion mal placee. Goufre , 
Carnere. Defcription du Pays des Natchfez. Succes du Tabac 
dans ceCantom Cotton , Indigo. Defcription du grand Village 
^ du Temple des Naichei, Panicularaes fur cette Nation. Du 

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Feu dans toute la Floride. T JJ'^^'^s. i\.eugion du 



,a£s lonicas. Lfuthef des Tontcas. Etat\U cetu Nation n^ % 



LETTRE XXXIl 



LETTRE XXXIII. - 






l^iiU ,■'.,,...,, il,i,... JS^ 



DES SO MM A IRES. \ oeiij 
Bernard. Les Franfois yfontorivenus par Its EJhagnols. De- 
pan du Biloxi.ObfervationsJur cette Cote. Ttmpete & fes fuites 
funefles: Du Lac </« Pontcnartrain. L Auteur s'ehbarque fur 
UAdour. Ce Nay ire mal gouverrie, DiffictiUe de naviger fur Ic 
Micijjipi en U defctndant. 

I ii 'I ) — — — ^-^^— ^— — ^— — ^— — ^_-_^.____^__ 

LETTRE XXXIV. 

Z 'A DOUR met a la Voile. OhfervatBn fur t£au du Micif- 
fipi. Defcription de la Cote Septentrionnale de FlJIe de Cu- 
ha.Mauvaife manoeuvre faite furl Addur.Nauj rage de ceNavire. 
Mtfurei de t Equipage pour jefauver. Sauvages fur les Ifles des 
Martyrs. Ce qui fepaUeentreux & les Francois. Les PaJ/agers 
entrenten defiance tu iEquipage,. Plujieurs Pajfagersfauves par 
un coup de la Proi(idence. Embarras caujes par les Sauvages^. 
Qui etoient ces Sdtivages. Dijffenfion dans I' Equipage. Fermete 
oesOfficiers.UnNavireAn^ois tdche: en vain de jecourirf E- 
quipage. Defcription des Martyrs. Vifite du Cacique des Sadva- 

fes. Autorite de ce Caciaue, llrefufe des Guides pour aller a 
aim Auguflin. On delibere fur U parti ^qu on doit prendre : on 
fe divife. Leplus^andnombre retoume au Bihxi. Defefpoir des 
Matelots. Incommodites de cette Cote de la Floride : les vivres 
manquent. Deux fortes iHuitres. Rencontre tTuh Equipage Ef 
pagnoly qui avoit aufU fait naufrage. Danger d'etre degrade 
Jans resource. Arrivee a Szmt Marc aApalache. Defcription du 
Pays. Dipartde Saint Marc. Marks du cote de Penfacole. 
FauJJe allarme. Arrivee a Saint Jofepb. Defcription de ce Pofle. 
PoUteffes \ du Gouvemeur Efpagnol. Depart de Saint Jofeph. 
DefcnptiSf. dela C6te.J^anal& Ifkde Sumte Rofe. Arrivee a 
Penfacole. Etatde ce Pofle. Arrivee au Bihxi. 



LETTRE XXXV. 

PEnsacole rendu aux EJpagnols. Ordre de tranfporter le 

au Bihxi. 

• Angl 

Depart du Bihxi, ObfervationsfurU chaudy & fur les hauteurs. 




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xiv TABLE ^ 

fnndrcpour JurT^^^Sa^n ^^"''''^oute , qu'ilfaut 
Dcfcription £u^a^Ca^^ V'' -^^^^ /^f^' ^« Prcnd, 



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I'ETTRE XXXVI. 



)ff^^'^T'OK<bi CapFrancms. De la Plain, du Can 
cnption dc cc Pan L^uO^^T' ^'^^^^^Piymouth. Def 



Fin de la Table desSom 



maires. 



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JOURNAL 



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GARtE DE ILOcEAN OCCIDENTAL Ef FARtm DE CAmERIQUE S 
Que le R. P. ae CWlevok de U Compagme ie Jesu. p^fW * rj^ au Canaaa. V la Loi 



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D£ HAmEBIQUE SeI^TENTRIONALE Dresi^ ^ I'nteilS^rtee du Jtranul aoVoyagB. ^ / 




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DUN VOYAGE 

r^lT PAR ORPRE Obu ROY 

\^ I>ANS ^.'AMERIQUESEPTEHTRIONNAtEj 

OO EON TROUVER A lA DESCRIPTION 

G^ographicpie , & rffifttrfre Nattirclle des Pays ^ «ie Mi^ 
teur aparcourus , lesCoutum^yJ»€4ma»re , laR^likion 

l^RjE's avoIrM Ke(mie 'tOut<^ qiii aidi^crit 

u f"^"'^**^ » dont rAm^rique a pu atre peut 

pl6e , si me paroit qu'on efl^uffi peu avanc^ , 

qw.onpOuvoitr6tre,avamqO*^eiitagit^<:c te 
-, , , grandequeftipn, Ceptndant on feroit ub lufte 

Volume, ii on youloit feulemem rapporter les aprentes 

- Tome III / ,^ A 




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2 , DE l/p RIG|N « 

opimojildes S9avahs f^r ce fujct. Miiisia plupa;^ om^im 
ineot ddnn6 dans la chim^re ; prefque tous prit appuy^ieifi* 
conf^aures fur desfoademens fi ruineux , ou onteu recom 
a des convenancels de noms , de ijiceurs , de Coutumes , d» 
Relig«oiiu& de langages, fi frivoles, qu'il eft , ce me fern- 
i » 3uflr umtiU, de les r^foter, qu'impoffible 4e ^s^drii 
■"t;C«ier. ■'-.,■ ' ' " [ J ;■ -^v; 7.k" "^vfv 

•^ ;;|l^eft peut-^tre pas ^tonnant qiie les J>remiers , & tis(t' 
1 trait^^ cette matiere , fe foient ^ares dans une route , qui 
n 6toit oas fray^e , & oil ils m^rchoientjfans guide. Ma-fur* 
P3%5feP€ ^"*'» Vf^^t J#lus.^profondi lachofe,^ 
oiit etfW cela dfesifec<^iirs, que %vqie«t pa&ceux,qui 
les ont pr^ced6s dans ce travail , ayeWcionn6 dans de plus 
. gran<fe trav0« encore; ils auroient pourtant pu les ^viter , 
sils sitoieat aftacWs i un petit nomhre de priocipes cer- 
tains , que quelaues-uns ont ifie^'bien ^tablis ; les confe- 
^uences fi«plts «c «?ti|yelles„ «i*on esdoit tirer', fuffifoient 
a mon avis pour fatisfajfre & fixir la curiofit^'du Fublic > que 
i»^"W et««ge d'uoe 4aiu*tion mal plac^e , «c qui fouvent 
porte k feux , ne fait que rejetter dans^fes premieres incer- 
titudes, C eft c6 que j^ 91^ flattt^de reodre ienfible par le peu , 
quejen vaisj-apnprter. \ • *^ 

1 9",**^ f#» <fcvii© fertitomi dafti «otw'lfcmifphere , 
torfimpA yjpprft, ^e JiW ayoiir d^couvert ua Nouveau 
Mondedan? rautre, .p^ j«fques.UQnn«voit imaging qu'une 
vaflsMer.fiw laquelle onnecroyoit pas qu^ilffitde fa pru- 
dence d^> expofer. Cependaht , k peine Chnftophe Colomb 

?w'r?°^?*I"*!^^^^*i^ "*'«»« celle^» qu'il nomma • 
mt^fospoh r oikthumrf des Mines d'Cb, que lui-meme 
fepwfuadigue cette lileitoit , taptot VOpAir dTSALOMOif , 

^l . Jf 5^2^ ' *? *^ ^'^"^S^ ^^ ^"^ P«^ deVenife! 
VatablK «c Robert EsTiE*rNE ontcruauffi que c»dtoit dans 
{.^•"T^i^? <r^ Salomon envpyoit (es Flottes dhercher de 
} °^' ?^^5**»"**;«ii voir des reftes de fes Fpiimeaux dans 

iS^?" "^^ 9H' ^' P*"* ^^^" ^ 'es plus aboudii^tes do 
'"5£»B*g2pieJiPc peut-^c de tout leNouveau Monde* 

ARtAS MbirrA«u»^no«*fMlementaplaci^O>4ar^& Par* 
www dans leNbuveauMomfe, inais il domie poiwFomU. 
tear A /t^te yiUeaim^rique du Perou , JFectan, Fils 
il Heber . i 1 Empire mdme du Perou ,& 4 celui du Mexique , 



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L, ,^,^^ AMERIQUAiN$. , 

^ ij pr^tehd ItreOphif , un des Fils d« |«aan , qui poitoit 

Af daiw rficnnire Jojai , fut b Per* d«s Peoples de li Cote 

Nord au Sud le long du Perou &;, du Chili. L'autoritd de ce 
fjavant Interpr^e cfc I'Ecriture a entrain^ dans le m" me feS^ 
timentPosTEL ,|ECAN , PossEvijr , Genibbard, &qual 
t«^ d)urres. Enfiir les Efpagnob om avancii qu^u teiJ^ dt 
1 invafiortdeleur Pays jar £s Maures , „ne pS des Ha^ 
- tans fe i^gia e„ AHi^rimie. lis pr^endirent mSme auS 
jieme fi^Gle V rttrouver ^e$ Provinces 4e leur Empire /que 
le malheur des tfems kur aVoitenlev^ej, & ft,r lefouelWik 
^voient , f ifoi«Jt-ils , des droits incomeftables. Oviedo , un 

lesAnailes font les fameufe* He^Jei , ft vomits par\$ 

&;5ri^r' '." i'? ^"''^"^' P^' ^^»« l^dominatfon de 
Rois Catholiques , n'afait que Icutreftituer Ce qui leur avoit 
appartenu trois mil cent cinquaml ans auparavant , du tetrn 
duRoyHESPERus,dequi4esayokntr^leflort,q^^^^^ 
portoient & que Saint Jacmies &^S^^P^uly^Zlchl 
lEvang,^: ce qu1^We a; Tautdrit^de SaL gLo^I 

ce ContiiK?rit Ia_ vr^wMer, il fe trouvef 4 que leN. Monde 
n^toit rien moras kif rtouveau pour leif Ancieiw. Et out 

PoftdyquemAijacKl, &qoi«'^ rertdtffeift«i^«arfes 

,^J^^Jra*'' ^«^ Alte^t» ,HiiatamcfofaMau- 
wtame , «f ^M««»er * qui ai« %j|«itii»emem le$ dteux 

^dolm, ^ eeux, ii rojt feiv?, ,i-ttii ri^ de c«<iZi^ 
^B^l««r oi-igmeavellesftibieto, de rauire^.M^^S^ 

r^li 5?^^'"' ^*^:^4. 'c?*^ ^ J^I« GoIortiftsdTfer- 
^ulw , at dire que c'eft k Scafi&* ^ qui a people I'Am^. 



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rique Septentrionnale , qpe d'y envoyer les Maures des CS- 
tes d Afrjque. D'aurre part , Gomara & Jean de LSry font 
delcendre torn les Am^riquains des Canan^ens chains 4t la 
lerre promife par Jpfu^: quelques-uns au contraire font 
gaffer par leNprd de I'Afie enAmerique les Ifraelites , que 
Salmanazar emmenaCaptifs dans laM^die. MaisTHEVET, 
qui croyojt comme eux que les Ifraeli\es ont peupl^ le N. 
Monde , conclut qu'ils fe font r^pandus phr toutf la Terre , de 
ce qu on a trouve dans une des A9orres Upe efpepe 4^ Tom- 
beau avec des caraaeresH^braiques.CetAuteur n'4t6it pas 
51" 'i^"*j" i" ^*"* ^® n'eft pas untombeki , qu'onl^ trouv^ 
dihs 1 Ifle de Corvo, la plus Septentrionnale des Acorres , mais 
une Statue Equeflre , mont^e fur un pted d'etfal^ dii ily avoit 
^es caraaeres , qu'on n'apu dkhiffi«r. "^ 

Auguftin ToRNiEL cftimoit quec'^^itVar le Japon ,i& par 
le Cpntjnent , qui ^toit au Nord de cet Archipel , que lis Def- 
cendans de Sem & de Japhet pht paffe eh Am^rique , & de-Ik 
??"*/% Tejfes, qui font au Sud du Detroit de Magellan. 
Un bicilien , nomm^ Marin<eus yfur ce qu'pn publia de fon 
terns qu pn avpit trpuv^ une M^daille d'Aueufte dans une des 
Mines duPerpu,ne dputa ppint que lesRpmains n'euffent 
f nvov^ une Collie dan$ ce Pays-la , comme s^l n'eut pas 
et6 plus natprfel de crpire quV quelque Efpagnol avoit lajff^ 
^?nJer5:fteM4daille, en vifilant les ^Snes. PjwUove a 
rev<M[tie le^ M^xiquains ^tpieot Venus dans lesGauIes, 8c 
toadoitcett^ opinion bifarr^ for ce que I'un & rgutre Peuple 
lacrifioit des Hommes k fes Fauffes Divinit^s. Mais fi cette 
pr6tendue reffemblance pouvoit faire une preuve , n'a«roit-ii . 
pas mieuxvalu ^envoyer au M^xique des Gaulpis, qu'pn 
Icait avpir «y de \om tems beaucoup de^ofit ppur les 
Voyage? . & peupl4 un trfes-graind noml?re de^pvinces de 
leurs Cplpmes, f .,,r../ "'\'^.V5^'.''^.. ■ • 

Xe^Frifons pnt auffi eu leurs Pardfans au fujet de^Qrij 
gme de$Am^riquains. Suffridus Petri ScHamconiusW 
^cm xm les pwimiers Habitans du I»erpu & du Chili ^tpienK 
Iprtisdelajrife. Jacques Charron & GuillaumePoftclfoiit 
le mSme honneur aux Gaulois; Abraham Mijlius ayx an- 
ciens Celtes ^le Pere Kirker aux Egyptiens ; & Robert le 
COMTE aux Ph^niciens , chacun k I'^xclufipn de tpus les au- 
tres. Je-^paffe ^tiwmi d'autres opinipns , beaucoup moins 
loutenables encpre, & qtii font jputes ^galement fondles 



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veniriceux, Uim leplus creuf^ |a mSSf ^'' ' P°"' 
;noI , qui aprts avoir lomems^av^^^^^ H?n«?'"'ff Jl" ^*^- 

ne decide point. JI y aSHL* tLt^""^ jux objeaions , & 

& qu'iiWoit apprifes fur les Ik^SfntY^f^'^f 
rentiment , qui eft que plijfieursNaS^ff ^''^""^ ^^'^ 
tribu<J i peul>ler rA^mffi 3 
gntiment a quelque cho(?de plus ,Nq°e le la vra Sh ^^ 
& il devoit , ce femble lui fnffiLy v ^'^^"emblance , 

fait,^ae quelquesTeuves^^^^^^^^ '* 

des Cara^eres, des Costumes, & dL Einl ^^"" ' 
remarqu^edans es differentes Gonf r*ipRi„ S^ "* ' A" °" * 
MaJs if en admet un fi erSomTiT ^" ^^uveau jJonde. 

fienne , en voulani la (oniStr P» ...IP. ' ^""?ff<"Dlii la 

coup d-irud«ion. il »->i pXTklua^^XiZ^^^ 
prendre leur parti. /: ^-ccieurs plus en 6tat de 



.w.'M.w M.MB |/afti. 

tre en Latin, fousoe titte'^ZZj^ v'S" ''**'"'■'»''- 
!><«<*.,«. „e pouvant ft perfuaderqSI "y"'et^;^i^ r. 



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6. P E L'O RI Civ E 

T&tr^ au«olel^ de rOcean Occidental, fie voyant oue la 
navigation commen^oit ^ (e perfe^^io^ncr ^ jugeoitqucm ne 
feroit pas lontems fans hirt dc cq c^^-]4 mielmra d^cou- 
verte. Quant k ce que j'ai d^ja cit^ dU Tim^c de Platon , c«la 
paroit 4 PHiftorien £(f>agnol une pure fidion , dans lamielle 
des Difciples de ce PhiloTpphe , Z9Us pour fa gloire , s effor- 
9oient, pour fauver fon honneur, detrouver quelque ingi- 
nieufe all^gorie. " . / ^ \^ 

Au Chapitre feizieme , le P. de A^ofb commence k ixitnt- 
nerpar quelle voie lespremiers Habitans de TAm^rique om pu 
pafler dans ce grand Continent , 8k il re)etted*al>ord la toye 
direde & pr^medit^ de laMer, p^r la raifon qu*au€un an- 




i'Am^rique par qilelqut ^w.- , ^ .„. ^«.« 

il cite (tf), comme un fait conftant, la fable du Pilote, 
qu'un ven; fbrc^ avoit poufliMY^sleBtefil, & qui laifla en 
mourant fes Memoires a Chriftophe Colomb. il rapporte en- 
fuite cft que Pline a ^crit de quelques Indie^is , qu'un mauvais 
terns avoit d^grad^ fur les cdtes de la Germanie , fie dont le 
Hoi des Sueves fit pref^nt k Quintu« Metettus Celer. II ne 
trouve non plus rien que de cro>irable dans ce 4|ui eft rapport^ 
fpus le nom d'Ariftete , qu\Hi Wavire Carthaei ^is ayant Mi 
oris d'un Vent 4'Eft force , qui le portJi fort IwA i lX)ccident , 
rEquipageyd^ouvrk desTerres , jufques-liincoomiesi fie il 
conclut de ces faits , que felon toutes les apparences , TAm^' 
riquearftfuparde femblables voyesunepartie de fes Hdb>i* 
tans : maiTli ajouce qu'il en a faUu n^ceflairement chercher 
une a^itse , pbur peupler cecte>artie du Monde, quand ce 
ne feroit cjpe pbur y tranfporter certains Animaux ; qu'oti ne 
peut pas raifonnablemeiK fuppofer avok M embai>qii^fur 
des mvires ,. ni avoir £iit k la m^^ fi^rands IVajets, 

Ce Pa&ge , ^ofitkiui le Perel^ Acp^ , ne peut Itre que 
par le iNordde PA^« oadte TEu^ope, ou par U$ Terres , qui 
font au Sud du Detroit de Magellan , ^ oe ces trois routes , 
ny en e^it qtt\ine de pr^uable , e'en eil affsz pour ^om- 
preodre comotieiM ^Am^nque s'efl peitp)^ peu^ k peu, (904 
avoir recours k la navigatiOR , dom cm ne voit nulle trace 
dans les Tradition* de9 Ain^wquains,> Paw ^fier e« m- 



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t>ES AMERIQUAINS 
forinemcm , il obferve aueies Ifl^o .^ ' 7 

du Cominem, pour fuZfer S n^ "'.?°P. ^^°'8"^" 

telle 3u'eft la' Vermude?fe fc^^'^^^^^^^^^ 

preimero fois , quon «roercii/L» v •? d^feites ; que la 

Pciou, lesPcm^emenTS^l Vaiffeaux i la C^te du 

Teie,ouentraveifarou?a„S^ ^^^^^ ^"^^ par 

balaie pas ik ht^m^'^l^^J^if;''' '^'9^'/^ car il ne 

en Aui^rique. iCsTrhl^/ ?^" "J" "" tris-court traje 
mentdece^^^U'^J^^^^^^ '^ I^j"'^ ^^ ^enti- 

dans d'Abraham Zuo TouiVrnTtlV ^'' que les ll)efcln- 
conciijon, qui n'eft oraSf f ^^ ^o^^fach^s^UCir- 
i-ique : 4'. qu-i s ont tS« «!f !^T ^^^^' de FAm^ 

leMT La^e, Ieu« rSoLTiSS'irr S ^?5^"^" 
nres, qujis n'om iamais cefl^i A.! !i ir""^^*"^«o- 

puis ieur difperiionStoutef llfpw'^ ^^' 

Welach^Lnrienl^r^jite^ 

raifon de croire qu'ils v euffrmnln^!!' * ^ <>" "a pomt do 

Dans Ic vintmiaSTrSf ?J^,P'^f^»i ailleurs. ■ 

co^ppIusair"&';^cb^teke^^^^^^ ^ 

autres , que den ^blir ..- ™ . "tu» les fyft^i^ j^j 

W origine .rtSSTd wis? & '*?'^'P'^'« r«pd 

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& que felon toutes les apparences , les Premiers , qui ont ten- 
te ce Paffage , ont ^t^ plutdt des Chaffeurs , ou des Peuples 
errans , que des Hommes civilif^s; mais aue quand bien m^ 
me les premiers Colons du Nouveau Monde auroient ^t^ tels , 
jl n'y auroit pas lieu de s'^tonner que lews Defcendans euf- 
fent d^g^ner^, & alter^ la Religion & lesMoeurs de leurs 
Ancetres : que le manque de plufieurs chofes fufiifoit pour 
leur faire perdre leurs anciens ufages , & que faute de fecours 
pour fe tranfmettre leurs Traditions d'^ge en age , ils ont du 
les oublier infenfiblement Jou les d^figurer de mamerei les 
rendre tout k fait m^connoiffables ; que Texemple de jplufieurs 
Peuples de I'Efpagne&de I'ltalic, qui femblent n avoir de 
THomme , que la figure , donne i tout ceci un grand air de 
vraifemblance : que le Dduge, dont les Am^riquains ont 




H«^..^ «v ..^--ha^ilesGens pr^endent qu 
rique des preuves certaines : enfin qu'on ne ffauroit d^moa 
trerque les plus anciens monumens del'Amdrique foientante* 
rieurs au treizieme, ou au quatorzi^me fiecle,& qu'en remon- 
tant plus haut, on ne trouve que des Fables & desContes 
fl pueriles , qu'il n'eftpas pqlfible d'en tirer mSme une conjec- 
ture raifonnable. . j • 

Jean de Laet , le troifieme Auteur ♦ dont je dois rapiJor- 
ter le fentiment , trouve qu'il y a bien du bon & du folide 
dans celui du Pere de Acofta. Voki ce qu'il n'en approuve 
point. 1°. II pretend que ce J^fuite fuppofe mal k propos 
qu'on ne peut faire de longs trajets (iir Mer fanS^le; feccAirs ^e 
i Aiguille aimantie , puifqu'abfolument parlant, on peut na--, 
yiger en obfervant le cours des Aftres : qu'il femble mSme Co 
contredire en foutenant que la 9ouffble«ft une invention ra- 
ceme 9 »pr^ avoir rapport^ lui-mlme cue I'ufape en 6toit .an- 
cien au Mofambifbed^s lequinzi(6mefi6cle : qu ilavance fans 
le proy ver , que les Orientaux ne I'avoient pas , avant qu'elle 
eut <^te trouv^e par les Occidentaux:, qu'il falldt bien enfin 
qu'on put s'en paffer , ou qu'elle fuil^onnue dans les premiers 
teins , puifque dans notriHemif^wre meme plufieurs Ifles 
\ affez eloigriees du Gontineni , ^t,^t^ peupl^es peu de terns 
\^prfes le Deluge. *i>^ ^ 

.^\ Qa'il dpnne pour des faits chains rHiftoire du Pilote, 



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"DES AMERIQUAINS. ^ 

'X"i°^ ^ Pr^fendu <iue les Memoires avoient appris la route 
du NoUveau Monde k Chriftophe Colomb J & cell« deVin 
diens cnvoy^s oar le Roi des Sueves 4 Nfetellus Sr Si'o^ 
^a.t qu< les Elf agnols n'ont public la premfe " que pa^ Sou 

la poffeffio*<|e tant de riches Pays , mais qui avoit Ic mal 

i la fedonde , que pour enlever adVPomigjMs la gloir??^ 
voir les Premiers ou vm^n chemin\aux InBes , eS^ u 

des Terres Auftrales ufqu'au iWoit de MaWlan fam 21 
verier a Mer ; puifmie I dkouvert^l D/t^okd; le mS^ 
ena fait voir rimpoitbiUri. Mais I'erre^ du P?de Acofta fi 
c en eft une , tot excufAle , car loriqS icrivdit le Mair« 

" T<5?"fdtr 'nfi^^f^o^ <!- Por/on not "" 
3 • Siuil fait peupjer FAmirique trop tard. & ou'il eft 
contre toute apparence que ce vafte Continent, ^lel 
ques-unes des ffes , qui iWironnem . ayen"eS in fi S 
nombre dTflabitan, i fa fin du quinzi^me fiecle ! fTn Xok 
commencaieshabiter, quedlpuis deux cent'ans JeS^de 
Uet pretend ^u'li nV a aucune riifon de juger que le D^luee 
dont Waditionsaconferv^epanni leJ ImSis! nift 
^TmhX.'^'' ' dontJ&oyfenousad^^tmiftofrc 

^Qutre le J^uite Efpagnol , trols autres Ecrivains J un Fran- 
cois^, m Angles , & un Hollandois , qui ont triitlYe S 

feoTJP'f P»' »'«««en^du 4o3« Flamand. Ce fom 
Lescarbot , Breverood ,& <;rotiu5. II ne connoiS 
appare^mentpasrOuvrage du P. Garcia,td0ntrai^W?i 
non Dhjs qwe celu de Jean de Solorzano Peretra tSSrifl 
conAl^ gfoaenol , qui a pour titre : De Jjfn /«Sw/d^; 
k prefer Mume o6 1'Auteur rapporteCut^X^ifi^ 
aesj||yans fur TOrigin. des ASSriquains, fut iSp^S 

^-4"°T^^^ (bit. Marc Lefcarbot, AvocatauParlemfent 

A^hli ?n !^^ ^'''^'i "? ^f *^"* *« merveiUeux. J'ai parl^ 
t A^ flP*"^^»?" en<Jroitf de mon Hiftoire. En rappoVt^t 
}^ diverfes opiiuons fur la queftipn prefente , qui ^oUt Ttf 



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tions , que Ton faifpit de'mielques Pfoph^ties 4 ce fujet , fur- 
tout de celle d'ABDiAS kid converfion des Indes Occiden- 
tales par le miniftere des Efokgnols & des Francois , les feules 
Nations , qui ayent v^ritabwment entrepris ce grand oeuvre ; 
car les Portugais , qui ont Sconverti le Brefil , peuvent etre 
compns fousle nom d'EfpagnoIs, & les Miffionnaires des 
autres Nations de I'Europe , qui ont eu part k la Publication 
de IJivangile dans le Nouyeau Monde , n'y font alles que 
lous la Banniere des Courcjnnes de France, d'Efp^ne & je 
Portugal. En effet Abdias n'a eu certainement en vue que les 
Jdum^ens,& iln'y a pa?unmotdans faProph^tie, qui puifS^ 
avec quelque forte d'apparence , etre appliqu^ k TAni^rique^ ' 
Lelcarbot panche un peu plus veris le fentiment de ceut V 

^u*i?''i*'^fe"^ ***"* '® Nouveau Monde les Canan^bs 

chaps de la Terre promife par Jofu^. II y trouve au moins 

quelque vraifemblance , en ce que ce^ Peuples , auffi-bien 

que les Am6nquains , avoient la colutiime defeire fauter leurs 

*Lntans par-deffus le feu , en tinvdquant leurs Idoles , & de 

T^^S^'^j- ^^^^^ humaine. II applroure ce que le Pere de 

^°% ^^^ accidens , qui peuvent avoir fait aborder quel- 

*I'S^^^»'ef en Am^r»n«e , & du paffagepar le Nord de I'Eu- 

rope ^delAfifi* Ilcrwtque toiites les Parties duCpntinem 

letouchem, ou du moins que i\s'il y a quelque Detroit k 

pafler^ tomnie celui de Magellan, qu'il fuppofoit f^parer 

deux ■Cpnunens , il fe pourrdit bfen faire qu'ils n'euffent point 

arrSt^ les Animaux , qu'oh trouve dans te Nouveau Monde , 

puilque/acques Cartier a vii un Ouride la groffeur dune 

Vache , faire 4 la n^ge un traj^t de quaiorze lieues. Enfin il 

propofe fon fenument propre ^qu'il |ie baroit ppurtant don- 

ner, que comme une fimple cdri/eaurel. 

Eft-il croyable , dit-il, que No^, iui a vecu trois cent 
^m^mte ans apr^s le Dduge , ait jg^^br^ qiiWdeU de I'O- 
c6an Occidental ily a une grande partie du Monde ; & s'il 
la connu , manquoit-il de moyens pour la peupler ? Y avoit- 
ilplus de difficuWipaffer des Canaries auxAjorres, &des 
A^orres au Canada, ou deslfles duCap-Vcrdau Brefil, que du 
Continent de I'Afie au Japon , ou 4 d'autres Ifles encore plu« 
^loign^es ? II rapportei ce fujet tout cequ'on trouve dans les 
Anciens, fur*tout dans Elien & dans Platon,des ^eftiges^ , 
qui reftpient , dit-il , encore de leur terns , de la eonnoiilanc* ' 



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DES AMERIQu AINS 

ble 3u Dragon . qui , felon tePoS en «rJ^^''?f ** ^*- 
& qu* de ftequgns naufrages ont pu faire reearder cnmL* 

desHonimes&^esAaittiaux par leNord dans l'4.-i,- * 

^ huS P«"« 4 rt" « S^M Continent. SaS! 

a£,v ^!!^ ti*"?' ^^^'•'leiiient ne fait pas de trop'bon 

5^1 ;""'*«'"*'!*left Mjez ordbiMr^ auxScavaas d'en nfer 
*1. forte: cpmme fi la verit;f fcUvraifemtliS ceffotot 

cet :irnt o^%'S.s;ef " ^ '^'^^ ^^^^ m^ 

non de I Hebreu , m dw ^riaque , mais du FlS^e tSS^ * 
veut que^c^Jwrun,qHwent ^ett^ nombreufe Naion^.i 
aitpeupl^ IcNiniveau Monde: ^voicifespreuvef^ol.^^ 

du ^te de I'Eurpp,. .p. JuS ^ A^^I V^l'tr^ 
grand rapport av«<s ce ui def Tartars , oui flTfe fon/i.r^?! ' 

finite Am^«q,^aiiwf,Jrotrfm^ ^T. tes An?maux ft^f ce ! 

B i; ; ^ 



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II v t>E to RltJlNE 

qu'on voit en Am^mie , & qu*on ne peut raifonnablemefit 
juger y avoi/ ^t^ tfanfpoit^s par Mer , ne peuvent y avoir 
p^^ aue par la Tartarie. U repond enfuite k une obje£iion , 
qu*on lui peut faire fur ce que les Tartares font circoncis , & 
it foAtient que la circoncifion n'a jamais iti eh ufage parmi les 
Tartares , qu'apr^s qu'ils.eurent emhratti le Mahom^ifnie. 
De Laet fe contente d'expofer cette opinion du do£te An- 

§lois , laquelle conHfte 4 rejetter le lentioient , §qui fait 
efcendre les Tartares des Ifraelites, transfer's par.Salma* 
nafar ^ & ikdonoer i tous les Am'riquains les Tartares pour 
AncStres. Nous verrons ce qu*il penfe lui-m^e de cette 
orieine , lorfque nous expoferons fon fendment propre. Mais 
il taut auparavant examiner ce gui fe pafla entre lui& le 
fameux Hugues Grotius , fur le lujet que nous uraitons. La 
difpute fut tr^vivede part &: d'autrc; , & ne lit ^'res qu*eni- 
brouiller la queftien. 

En 1^541. Grotius publia* ^11 petit Ou\rrage/«-^uam>fous 
ce Titre : De Origuie Gentium AmericMnamtn , oii il com- 
mence par fuppofer que I'lfthme de Panama fut jufqu*au tems 
) de la d'cotiverte du Nouveau Monde par les Efpagnols une 
barriere regard'e comme imp'ntoable entrd les* deux parties 
. de TAm^rique ; d^oii il concliit , que les Habitants 4e 1 une 8c 
de I'autre n*avoient rien de commun d^s 'leur Origine. 
MiLius , qu*il ne cite point , avoit avanc' ce Paradoxe a vant 
lui. Or , fi on en croit le do6te HoUandois , i I'exc^tion de 
rVucatan, & dequelques autres Provinces voifines^ dont 
il fait une clafle k part , toute TAm^rique Septentri<Mu^e a 
^t' peuplie par lesNorv'giens , qui ypaflerent pair llflande, 
le Groenland , I'Eftotiland , & la Norimb^e. II avoue 
n'anmoins qu'ils y ftirent fuivis ouelques fiecles apr^ par 
des Danois , des Su'dois ^ & aautres Peuples G^mani* 

II tire la plus jrande pame de fes breuves de la confor- 
mity des moeurs & de la reflemblaiitfe des nbms ; mais il hut 
convenir, que rien n*eft plus fore' que Ces pr'tendus rap- 
ports, dont il paroit n'anmoins fort perfuaoe, & qu'il ne 
perfuade k perronne* Ce' qui roblfgedeiiiisttrei part rYudi- 
tan,c*eft rilfagedelaCircoiicifion,dont il s*e^ mis dans Id 
tite qu'on a trouv' des uic^s dans cette Province , 8t une 
pr'tendue Tradition anciense des Habitanjs , qui portoit que. 






D E S A M E R I Q U A I N S. i| 

leurs AflcStres avoient iti fauv^s des flots de la Mer • ce 
qui a fait croire k quelques-uns , ajoutw'il , qu'ils itoient 

iflu$desH^reux.Ilr^uten^anmoiiiscetteopinioQavec les 
ni6mes argumens k peu prfes , dont s'eft fcrvi Breverood ,& il 
eftime , avec Dom Pierre Martyr d*Anglerie , que les 
Premiers, qui peuplercnt ITucatan , fiirem des, Ethiopiens 
\ jett^sfur cette Cdteparune temp^te, ouparquelmie autre 
^cident. II jugemame^eces Ethiopiens 6toient Chretiens 



ce qu'il infere d'une efp^ce de Bapteme iifitd dans le Pays! 
Ilrtefjauroitdifconvemr, que le langage des Ameriquains 
Septentrionnaux n*eft proprement ni Ethiopien , ni Norve- 
gien , inais cette difficult^ ne rarr^te point : il.en cherche 




comme ilpeut, lafolution dans le melange des Peoples di* 
vers , qui ft font ^tablis dans la fuite des tems dans cette partie 

i<hl Nouveau Monde , & dans leur vie errante , qui les a 
&Kig^s , dit-il , de fe faire de nouveaux jifrgons. 
II paffe de-lii aux Nations les plus voifines du JUtfoit de 
iagellan , & s'imaginant voir beaucoup de reffemblance en- 
tre celles, mii font Stabiles en-deji dans le Continent de 
rAm^riqueM^ridionnale;&ceHes, qui demeurem au-deli , 
il decide que les Premieres tirent leur Origiiie des Dernieres ; 
& gue ceUes-ci ,' auffi-bieii aue les Habitans de laNouvelle 
Gum4e , font venues des Moluques & de llfle de Java. 
N^anmoins le ginie particulier des Peruviens , leurs Loix , 
leurs Coutumes , leur Police , les fuperbes Edifices , qu'ils 
avoient conftrui» , & les debris des Navires Chinois , que 
des Efpagnols , dit-il , ont apercus k ¥em%6e de la Mer Paci- 
fiqiie, au fortir du D^oit de Magellan , ne lui permettent 
point de doutier , que cette Nation ne foit originairement 
une Colonie Chinoife ; ce qui fe confirme , ajoute-t-il , par 
le culte du Soleii ^alement ^tabli dans I'un &dans I'autre 
£mi>ire^ par Ja reflemblance de leurs carafteres & de leur 
maniere d ^crire , & par la reputation , qu'ont eu les anciens 
Chinois , d'excieller dans la Navigation. EnSn il rejette I'O- 
rigine Tartarc ou Scythe des Ameriquains par lepeu de con- 
formity , qui fe trouve , felon lui , entre les mceurs & les cou- 
tumes desuns & des autres : iL iniifle principalement Air ce 
que ceux-ci n*ont point 4e chevaux , dont on fjait, it-il , 
que les Schythes ne peuvent abfblument fe pafler. 
Pour faire tomber cefyiWme, il fuffit dcmontrer, qu'il 






aJij". 



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M D E t' O R I G INE 

porte prefque toujours i f^ux, & c'eft c© que le CritiqUe 
Flamand rend tr^fenfible. U n^ prouve pas moihs bien^ue 
gisGrouusn eft pas plus heuremt i ittaquenlcs femim^nsles 
>t autres, qui^tabhr le fien. Eneffet^robferve que tous lei 
Scvthes nom pas Tufa^e des chevaux , puifoae plufieurs 
habitentdesPays, qui ii>n peuvefltpasnourS-j ^ quoi il 
ajoute , quedans le femiMent Je ceux, qui pr^tendem que, 
ceft par raScythie, que rAm^nque i id peupMe, il i?eft 
pas n^ceffaire de dire , cue tous ceux , qui ont p^n^tr^ par4^ 
dans le Nouveau Mowfe , ^toi^ut Scy Aes oirTartares j que 
les Pays , quilafallutraverfer, n'^toiem nuUeraent propres 
pour les ch^yaus ; mie la coutume desSorthes , quand ib fe 
• voyent contramts de paffer quelque Detroit de Mer Jeft ^e 
tuer leurs cheyaux , deles/corcher , & de couyrir dd leurs 
I)€aux les Batin^ens , Cur lefquels ils s^embawwent. II fou- 
tient enfin mie .felon toutes les apparences , ces tranfini- 
grauons fe font faites aOez pfeu de terns apr^ la difperfion 
des petits-fils de Noe , & qu^s les Scytfies & les fartares 
- fouyoient bien ne pas encore feire ufage de Cheyaux;: 
"4 "J'^0"v« I'antiquit^ de ccs Cobnies par la i 
« euples t '*"* ^«^^»■*'-'I'»"» i»a— .^„!___ *» * . . 



> J-.I ^ T*^'*-**^, , ?'"5 °® tanaina , a en iait yoir I'ab- 
furdit^ par le peu.d obftades , que les Europ^ens ont trouvds 
daps ce ^aflaee. II entreprend enfuite de montrer , que les 

Am^riduainslps plus Septentrionnaux ont beavcoup plus de 
reffembUce . (bit dans l?s traits du.yifag^ , foit^ltns Ja 

T^lTjd^rT ^^P'y^^'e 4^ viyrerayec les Scythes, les 
Tartares^ les Samojectes , qu'avec les Norv^giens & les 
Peuples^Germaniques ; & fur ce que Grotiusfait|artir ceux, 
a de nOande , dreraarque fortbiep que cette ifie n'acooi^ 

?^f ^^. i4^""^r^"l?^^ P^ *'* Nory^m au*4 la fin4u IXf.fi^ 
cle de l-Ere Cbr|«eime ; ou'alors nj^m« fl nV pafia que quel* 
ques FamiUe, & quVuntfeUe ne fut pas ii-11^tlS? JS?len' 
voyer en Ani^|*jjue des Colonies affe* nomhreufes , pour 
avo,r produJt tant de milliers tfHbnimes, qui dans le Zl 
zi^nie fi^cle rempliflbient ce? va&s Coiir2es. ^ 

■ La ;^oute , que XJrotius fe^t prendre k {e& I^orv^giens . 
fournit encore i fern Adverfaire di puiflantes arm«^ Xir 
k combattre. Uluifaitobferver, ^e le Groenlaud ^l 



* 



• '"El AMEHIQUAINS 

luivant le rapport de ce« rl*...l itf^ti L-9H^.^*'"otiIand , 

eloign^ de lKande?p±e&?^ ^^ ^^^ 

cun Commerce entre ces 3 pl Jc ^ ^ '^ " ^ *^°'' ^"- 
pur hafard , que des Pechenrt « ^' ' ^ ^"i? ^^ ^' P^^ "« 
nJei* • n»^ rJ^ t'eclieurs eurent conno fiance de ce Der 

leufe ; oue ce nom ^S 'i"'"-.8''"es moins fcbu- 

n-eftV lenom dt¥^s,3" "^it^ ''* ?"™8'* 
fonne ne connoit k pSn^Jf.-^ ^ "^"■' ^°'" P«f- 




Grotius avoit beaucdup appuv^ fur la^Sf^A* ^ 1 . 

avoit enrnL^^?.^ • ^"'« v^'"* rcflemb ance, dd noms 
point Lutre^ondeii^n? ^ ^^''^r^^"^*' Wen n'avpir 



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ce Coriq[uerant «h a fait la premiere decouverte.- > ' 

Laet fait voir enfuite ()ue Grotius ne r^uffit pas mieux % moft 
trerune oonformit^ de Mdeors , deCoutumes , de Traditioni ^ 
Scde Forme de gouvernement entre les , Am^riquains $ep- 
tentrionn|[Ux & les Korvegiens ; prefque toutce qu'il en 
rapporte V^tant fond^ furoe faux M^moires. Puis ilvientA 
Targument y que tire fon Adverfaire de la Circoncifion & du 
Bapteme pr^tendu des Peuples de rYucat^i^. II foutient d*a- , 
isord qu'il eft contre toute vraifembhi^e d'aller chercher 
un Pays renferm^ entre des Colonies Norvegiennes , pour y 
placer des Afriquains > qui aurOient du plus naturellemenc 
prendre Tetre, au Brefil , 6u du moins is arrStw aux An- 
tilles, qu^il auroient rencontr^es fur leur paflage, en fup- 
pdfant qu'ils auroient pafll^ le Tropique. ll avoue' que D. 
Pierre Martyr d'Anglerie en parlant des Peuples de FYuca- 
tan , dit que plufteurs ^tpient cir^oneis , mais il pretend que 
cet Auteur Italien a ^t^ mal inform^ , puifque , ni Antome 
de Herkera , pi le Pere de Acofta , nivOviedo , dont Tau- 
torit^ eft fort fup.4rieur$ i, la iienne , n*08tj)arl4 , ni de c^tte 
Circoncifton , ni de ceBaptilme, ni des Croix drefli^es Tur 
les Tombeau3(, oue comme de pures Fables. Enfin , pour 
faire pafler des Aby^Bins en Am^rique,, ii\falloit les faire 
par(ir de la C6te Occid^ntale d'Afi-iqqe | &^et aflurle que 
Grotius s*eft tromcK^ , en avan9ant que lea Etats du Roi 
d'Ethiopie s*4tendoient jufques - li. II eft cependant certg^i 
)gr des Relations Portugaifes que If |lo4 4« P^nin rel^voit 
luMonarqueAbyfti^t ' , ^^tt • ^ 

Laet dit peu de chofes fur la fflahiere , dont Grotius pri£-. 
tend que TAm^rique I^^idionnale a kxi peuplee par les m- 
)>itans des Terres , qui font au Sud du Detroit de Magellan ; 
il fe contente de remarquer que ces Terres ne font que des 
liles , &qu*au-d6U« jutqu'ayx Terres Aliftrale$ %'^y ^ une 
^tendue immenfe de Mer : qu'on ne fi^fut pas encore au jufte 
ce qu*il y a entre ces Terres & laNouvelleGuin^e , & que 
IQUS les Am^riquains M^ridionnaux , fans en excepter les 
peuples , qui ^toient foufflis aux Incas du Perou , parloient 
une infinite de Laimiies differentes. Les preuves, fur lefquel- 
}e$ Grotius, 4t2J}li^it rOrigine Chinoite des Peruviens, ne 
p^roi0ent pas beaucoup plus folides ^ fon Cenfeur, 
Pr??pierf ineiit , diHi » le cara^^r? <ies dwx Nsuions , & 



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PES AMERIQUAINS. ,7 

Ictir gout pour Ie$ Arts font extr^memcnt oppof^S. En fel 
condlieu rPerfonne n'a encore dit que le^ ClSnofe aVent ia^ 
mais ador^le Soleil ; & quand celareroit , c0 culte eTl coS- 
mun itanc dePeupIes , qu'on n'en peut tirer aiicun ar»,meSt 
dam la queftioh pn^ente. II eft vi/rque l,s Incas duKJT' 
auffi-bi^ <5(ue les^onarques Chinoi?, fe difoient les pSTdi 
Soleil; mais rombien d'autres Princes ont pfis ce dW mJ 
Iontre9ud« eursSujets? Les M^xlgiraim nT edoSnt" 
ils pas mdrne^A Cortez , foit pour lui ^aire honneur , foft pSie 
quil venoit de rOrient. En trojfi^me lieu , Grotiis^K! 

core pluigr^ren^m tromp^/ehaffurantVSw^^^^^ 
fe%yoie^t<^Ca«aeresfiWs, commel^CI^^^^^ 
pl,4o,em coriune eux , enlSnef perpendiculaires ; ^u^qul 
U Pere de Acofta, qui a denieur^ W^s au PeL/& 
Garcilaffo dela Vega, qui vitoitnf du Sang mSme d« 
Incas (a) , aflarent ou'dS n^y^mq^^tnC^^s,ni 
Wage (Taucune foiteateurt. Gi5 q^^ 
avoit ajoik^, q^eWAKfec^GAPAjleRemierd^In^^^^^^ 
Chino,,, nepouvoJt|t|fe qu'une conjeaure , ou une fable in- 

Pac^e.ta chofe lii paroit m^ihe affez dSfficileic?o^e 
parJa Won, que. p*allcrde laC^^^ 
fonttoute V^m6e tellTmentcontraires, qii'il femit plus coSrt 
deprertdrek grand feourparFOccidem. que la We d" 
T^e, ajofite que^^s feruviens d^«,fc cte Chi 



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loiOTC ni lun, m l^to; qtfilitojt dohc I^ien plus naturel 
de faire venir fes F&uv ei & lesPeiipIes du thiliV^Ieurs 

J^^?^k'.^^^^^«"^- ^y «« atoujolirs eu 
daffez policies ,po4r ^tre cap^Ies de doiner naiiTaS:^ un 
Empire teUqu^itoitceljliidirPerou. ^*n<:eaun 

■ Groqus r^pliouaj; maisen Ainbaffadeur, & en Scavant 
^tonn^ de ce quV ,v5it oih le contredire. I^p un p^^^^ 

3e wVi'^^^**^'^*^^ fa^repartie: illui fit vcJr qfll 
ne difoit nen h no^Veau , ^e (fejinjures , & pr^tendit mie 



•^ («) II en dcfccttaoit pttfiMcrp. 

Tome III, ' 



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o.»''o : 



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'^V'' ", ^^^•'^^f'^e^ 






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la ^, DE ro RI CINE 

djuis line dirpute puremem litteraire , le caradere d'Amba^ 
fadeur ne dotuioit aucun ayantage k Un Ecrivain , ni aucuo' 
poidsiifesnaTons. / 

Grotius triqmphoit de ce que fon Adverfaire itoit convenu 
<mt le Groenland avoit^ti peupl^ par les Norvigiens : voila 
' done , diroit-il ^ une partie de rAmerique : done Iqs Habitans 
tirent leur orig^le de la Norye&ei Or aui auroit empecy ces 
Nocy^dens Groenlandois d'al^r plus Idin ? U ne sagit pas , 
r^pond de Laet , de f^avoir £1 queiques Peuples du "iiota ont 
pau^ en Am^rique par le Groenland ; inarsfi tous les Am^ri- 
^uains yiennent de la NSrv^ge; & je foutiens quo cela eft 
impo^le.AxGRiMUS Jonas, j[0andoiis» aflure q|ie la pr&> 
miere d^cQuverte du Groenland iv*ait^ /aitequ'en 964. Her^ 
rera flc Goi^arA noi^ apprennent que les Cnichimefues si- 
tahlu'ent fur le Lac de Mexico en 721. Ces Sauvaees ve- 
noient (bi Kpuyeau Me^xique & du yoi£na|.e de la Califor^ 
nie. Telle eft la Traditioac«nf^te4e& M^xiqi^ains : TAfn^ * . 
rique Septentrionn^le aVoit done des Baintans plufieurs ft^- 
cles avant qu'elle en ait pi^ recevoir de U Norvege p«ir 1« 
Groenland,^! ; ^, '. -''/t' ^ 

n n*eft pas moms eonftant que les vrais M^xiqiiains foii- 
derent kurEnipii^ ^;90>» *^^s avoir lubjugu^ les Chieki- 
meqiua, les Otomm^ ^..lo-autres ftirbares.,^^ qui s'^toient 
empar^s des environs' du Lac de Mexico : & le Fere de 

lains ve> 

, , - ,^n M^xi- 

que, o? qu'iis avoient fait, du moihs pour la plupart, le 
voyage par Terre. Us ne Tont done point venus de la Nor- 
vege* 

Grotius ayant ainfi err^ dans le principe par un Anachro- 
nifme Evident , tout ce qp'il bitit fur ce fondement , n'eft plus 
qu^une fiiite de ce premier ^garement: &^n Amagonifte^ 
qui avec toute la Imert^ Bekique , croititre en droit de ne 
le regarder que comme un ^avant , dont le fyftlme lui pa- 
roit ruineux ^ & qui , offenfe 4 fqn tour de ce que I'ayant at- 
taqu^ avec ^ez de mod^i'ation , il n'en avpit pas re^u le re- 
iour de politefle, (pi'jl en attendoit, le fuit pas ^ pas dans 
tous &s ecarts, & les mi remet fans cefle dpvant les yeux. 

Le do^e Ambafladeur s'imaginoit avoir lu dans Herreni 




■*, . • 



D E $ A M E ]ft 1 <J U^ i N s ' vj, 

fait dam IftltonenEfps^Biof.^^w^^^ 

tif^ leororiginc de r^urope ; puis r^enant dnlSvc^^ 
auMeximie, il lui demandeceque peuvent avoir AecnT 

n avoiie enCmUi qu'Herrera parle d\me efpedie BaSe 
& deCOflfeffion urit^edamlTucatan&^^lSS^oil 
fines makil foiident que le Culte de cesB^h^lX 

y on nc peut^fonnablement fuppofer qu'ils reufleni^cA 
^es AbyMi,sCl5(Sriens. Il.ajoflte'??fl A« jKturel 

oc de Jucteafme, ^uon a cru apoerceyoir en plufidurs Pro- 
vinces du Noumu Monde , adD^on , mii a Srs^S^ 
ff6 de contrefeire le Culte du Vrai DiJuTcette^^Stme 
P^Sr^^^r ^""Ji"' quiontparIideIa]££Ss 

r ^t u^® ^* ^''«»."« n« trouvohpoint de difficult^ 4 dire oue 
les Ethiopiens avoiem pA , 4vec ^ tttm, cS^ leur cSS! 

jnjT, Laet lut r^pond que les Peu^esBlancs peuvent S 
^dre un peu de leur blichetir fqus un CU^JS^Si^r 
que celui , o£i ils font n^s; mass qti'il ^f^SemoKj 
^Def^ndansd'unNoirfoiei^tdevYnuswS 
fro id & que la couleur det Negres ne vieifipasreufcment 
de lardeurduSoleil. ou fmie lef Rr«i?i;««c A,l!:*^i7r!"^ 



J? 



n, : lie ?5^ •""• erreur tfc Grodus , qui sfeit perfiijidl 
9^La 9"»?» w connoiffoient point nmprime& a^c 

fe?«rif '"'*"'^!1?V ^^ i^^^ auffiheu^reux iWen &? 
Cites par Pline, mais qui ne paroiffent pis avoir ,it^.fort 



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to BE UO RIGINE . r 

habiles G^ograjpfaes^ que dans quelques Ifles peu ^loigniees 
de TAfrique , 6c du'nomibtredeiquelles font les Canaries , on 
a vi^ des Edifices anciens , pr6uve certaine qu*elles avoient/ 
^t^ habitues ayant ileur d^couverte par les Europeans. II faut 
convenir, dit-il, que puifqu'elles ont ^t6 dans la fuite en- 
tierement d^fertes , lesHabitans fe font retir^ ailleurs , & il 
y a bien de Tapparence qu'ils ont pafli6 en Am^rique ^ le trajet 
n^^tant ni lone , ni difficile. 

CetteTranlmigration , fuiyant le calcul de ces Auteurs^ 
doit 6tre arriv^e il V a environ deux mille ans: aloft W 
Efpagnols ^tbient fort inquiett^s par les Carthaginois , 81 
peu de terns aprjbs ils ne le hirent pas moihs pames Romains. 
Or n'eft-il pas naturel de penfer que pluhe^rs d'entre eux 
ibngerent i^ fe r^fugier en des Pays, oil ils n'euffent pas k 
craindre qu'on vint encore troubler leur r^os ? Et qui a pu 
les emp^cher de fe retirer dans les Antill^, en paflant par les 
Aforres , qui font k moiti^ chimin ? Les B&timens des Car- 
thaginois ^tpient fort proprespou|^Cette navigation , & pou- 
voient fervjr aux Efpagnols de/wod^fes pour en conftruire 
de femblabjes. Ils avoient deyiuit les yeux I'exemple aifez r^ 
cent du c^^reHANNON, Carthaginois, qui avoitnavigu^ 
fort <loin k {'Occident. 11 nV a pas moins de vraifemblance k 
dire que des Ifles du Cap Verd on ait traverfii au B/eiil. Les 
Autoufksjqae Pline a places dans leur voifinage, ^toient 
Getules , pc non pas Ethiopiens ; leur codeur & leurs moeurs 
conviennent aflez av^c celles des Brafiliens^ 

La Grande-Bretagne , llrlande, & les Orcades paroifleht 

auffi auS9avant d'Anverstr&s-propresi fonder une conjee* 

ture'toute feniblable en faveu^de TAm^rique Septentrion- 

nale.U rkpportei^ce fujet ce quhefl marqu^ dans I'Hiftoire 

du Pays de Galles , ^crite par le Do^ur David Powel , fous 

Tannee ^170^ Ma1>oc , dit cet Hiftdrien , un des Fils du Prince 

OiTEN GUTNETH , las & rebut^ des Guerres Civiles , qui 

s*^toienf ^lev^es entre fes Freres apr^ la mort de leur Pere,. 

arma plufieurs Vaifleaux, les pourvut de tout ce qui^oji;. 

^ xiicefla|re pour un voya^ de long cours , & alia cherjcfa^ 

^.x'-'aa nouivelfes Terres ^ I'Occident de llrlande. II ^^nw)uva 

" d^^s4fertiles , & qui n*^toient point habiti^es : ilYd^barqua 

une partie de fon Monde , puis retourna enAng;leterre, oil 

il fit de nouvelles Recrues , qu'il mena d^ fa C^lonie, Laet 









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D E S A M E R I Q U A IN S. 21 

paroit £kir€ beaucoup de fond fur c6tte Hiftoire , & il en 
conclut qu'on a pu former de pareiUesEntrrarifes dans touted 




lande 8t du Pays de Qalles. 

Deli ilvientaux Scythes, & fait un parallele de leurs 
moBurs avec celles des Am^riquains. II prouv6 d'abord par 
le timoignage de Pline , que ce nom ^toit autrefois com- 
miin a toutes les Nations Septentrionnales de I'Afie & de 
rEuropej & qu'on le donnoit meme quelquefois aux Sar- 
mates & aux Germains, quoique dans laUiite onl'aitref- 
traint aux Peuples, qui habitoient k lextr^mite du Nord 
o^ plufieurs ont et^ lomems ignores du refte du Monde. lI 
pretend que parmi eux i^y avoit beaucoup d'Anthropo- 
phages ; que tons ont pii envoyer des Colonies en Am^rique , 
& que fi on Wobj^ae au'ii n'y a d'Antropophages ,que dans 
lAm6riqueM6ndi6nnaIe, c'eft que tous ceux , qui ^toienc 
dans ced6teftable ufageyont paffe. II pouvoit fans dome 
» 6pargner la peine de repondre (i mal k une objeaion , que 
Perfonne n^ lui auroit apparemment faite , puifquc pluTieurs 
, Amenquains Septentrionnaux ont toujours ite , & font 
encoce Anthrqpophages : mais continuous de le fuivr^ 
dans I'expofition de fon fyft^me; Je dis fon fyftem^^^car o£i 
les Memoires manquent pour con(^ater le yrai , c*eft une 
n^ceffit^ pour lui , comme pour tous ceux ; qui traitem cette 

Sucftion , d'avoir recours au Yrai<emblabie , & il doit fuf- 
re de ne s*en jpas Eloigner. 

Pline, i la virit^,dit^ue les Scythesfepicquoient d'avoir 
beaucoup de Chevaux j mais il ne le dit point de tous les 
S^grthes. Strabon parle de plufieurs, qui ^toient au Nord 
de laMerCafpienne, & dont urie partie menoient une vie 
enaQte : ce qu'il rapporte de leurs moeurs & de leiir facon 
^de vivre, s'accordeen bkp^f s chofes avec ce qn'oayi re- 
marqu^ dans les Sauvage||M^Ain^rique : & il nieft jBVort 
6tonnant , ajoute Laet , ^ces rapports ne foieift pas abfo- 
lunient parfaits ; car cesPeuples , avant meme due de fortir 
de leur Pays , differoient d^ja les uns des autres V& ne por- 
toient pas le meme nom : le changement de demeure afait le 
refte. On trouve les mSmes rapports entre plufieurs Nations 



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« D E rO R I GINE 

Am^riquairtM, &lesSa»ojed€s^tablii furle grand Fleuvc 
Oby , tels que les Ruffiens nous les ont rapr^ient^s ; & il eft 
bien pins nauirel de AippoTer que des Colonies de ces Peu- 
ples ont paff6 en Am^ique , en traverfant la Mer Glaciate 
Fur leurs traines , ^ue de faire hire aux Norvigiens tout le 
chenun, que Grotms leur a traci. Outre que W Ani^ri- 
quain^.tiennent beaucoup moins de ceux-cij que des Sa- 
mojedes& des Scythes Nomades. • 

De I'Am^rique Septentrionnale Laet paffe k la M^ridion- 
nale, & examine fielle apu recevoir des Habitans par la 
Mer J»acifiaue. Les Ifles de Salomon font A huit cent lieues 
des C6tes da Perou , & on f^ait auiourd'hui qu'elles font 
l^par^es des Terres Auftrales par uneKfer, donton ne con- 
noit point encore toute I'^tendue. LePere de Acofta ne les 
croyoit pas fort ^loign^esde la Nouvelle Guinie , qu'il iu- 
geoit atreun Continent: mais le Cheralier Ri<ihard HaV- 
kiNsAnglois, pretend avoir v^rifi^ que c'eftune Me. Hfaut 
done , commue le dode Flamand , que rAm^rique M^i- 
dioimale ait ^i^ peupl^ par cette grande Terre Auftrale , 
la mgitte que Dom Pierre Ferdinand Giros , Portugais , & "* 
pop Ferdinand deQuifM,Efpagnol , rangerent I'efpace 
de huit cent lieues en 1609. & en i6io. (a) Ce Deriuer , 

ra donn^ fon nom 4 une partie de cette-Terl^, marque 
is fa Lettre au Roy Catholique que le Pays, oti il d^- 
barqua en plufieurs endroits , ^toit tort peupl^ , & qu'il y 
avoit vii des Hommes d« toutes les coufeurs. Mais n'eft-U 

Kas etrange que taet ainiB nueuxiaire jpeupler FAm^rique 
f^ndionnalepar uneTerre^qur eneft%ar^epariine Mer 
immenfe , & beaucoup plus que du refte du Monde , que 
par la Septentrionnale , laquelle , en fuppofant qu*dle a lt6 /? 
oeupWe la premiere , doit naturellement avoir foumi des Ha- V 
bitans a tout leNouveau Monde. -^ 

Pour appuyerce qu'il avoit d^ja dit, que rAm^rique n'a 
pu em peupUe par U Mer Pa«afique , fl obferv« mie les 
vent»1fc la partie del'Eft , quiji|feient toujonrs , iie per- 
mettent point de naviguer d'O^cident en Orient; puis il 
examine plufieurs Langues Am^riquaines pour les qonfron- 
ter , & ce n'eft pomfr^U le meilleur endroit de fon Oiivage ; 



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(4 ) Voyczj^s le$ fiftcs Chronologiqucs I qqoi U &ut i^ttirc «C YoyminQlA' 



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coUet, qui enteodoit tris-peule Huron ^'^'"' ^^ 

but. DViUeufs /S™»dJ5 """« P" o«n droit i fon 
feirtfo/iMHiHter^' »«"'«'*"' Wen desJ,o. 



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i4 D E L* O R I GI N E 

Apr^s avoir rapport^ tout ce quon a jamais imaging i 
c'eft4-dire, tout ce qu'on trouve dans le Pere Garcia, & 
dans Solorzano fur le fujet , qu'il entreprend de iraiter , il 
met dans tout fon ji^ur la difficulte de prendre fon parti ; diffi- 
culte fondee fyr le p^eu de connoiflance ,. que nous avons des 
extremit^s de la Terre , du cote du Nord & du cot^ du Sud , 
& fur ce que les Efpagnols , qui les Premiers ont decouvert 
le Nouveau Monde , en ont ruin6 les plm ancigns monu- 
mens : temoin ce grand Chemin double de Quito k Cuzco ; 
Entreprife , a laquelle les Romains memes n'Ont rien ex^cutl 
de comparable ( <{).| U ne craint poUrtant pas de fe promettre 
un heureux fucces de fes recherches , & trouve que le Pere 
de Acofta decide bien legerement qu'on ne peut fans teffle- 
rite fe r^pondre de i^euffi^dans cette Entrepnfe. Voyons s'il 
n'a pas lui^niSqie Juftifi^'ce qu'ii blame dans I'Auteur Ef. 
paenol. 

ll declare d'abord qu'on ne croit pa* pbffible que I'Am^- 
rique^ ait eti peuplee avant 'leJ>^luge , vu le peu de terns , 
qui s'e^ ecoule depuis la Creation du Monde , jufqu'4 ce 
grand iv^nement. De tr^s - habiles Gens ont pourtant cru 
que d^s-lors il y avoit autant d'Hommes fur la Terre , qu'il 
y en a aujourdhui, du moips la chofe eft-elle poffible, & 
e'en eft aiTez pour ne point affurer le contraire.il km avoiier 
pianmoins que de Homn n'eft pas feul de fon fentiment ; 
mais ce qu'il ajoute , ne donne pas une grande idde de fon 
exaftitude , ou de fa bonne foi. Selon lui , Lefcarbot fait nai- 
tre No^ dans le Nouveau Monde ; cependant I'Hiftorien 
Fran9ois n'a rien ^crit , cjui approche de ce Paradoxe. 

II pofe enfuite pourprincipe qu'apr^s le Deluge ,' les Hom- 
ines & les Animaux Terreftres ont p^n^tr^ dans I'Am^rique 
par Terre , par M«r , de deffein form^ , *& par hafard j que 
les Oifcaux y ortt paff^ en volant; ee qui ne doit point pa- 
roitre ^trancf , puifqu'on en a vu fuivre pendant trois cent 
lieues d« VaiiTeaux , fans s'arreter , & qu'il fe rencontre 
par-tout des Rochers , & des Ifles , oii ils peuvent fe tepofer. 
Ainfi , felon lui , Jean de Laet a eu raifo9 de dire que I'arti- 
cle des Oifeaux ne^it aucune difficult^. Tout le monde 
ne fera pourtant pasr de leur avis , car combien connoiflbns- 
^ous de Volatilles , qui ne peuvent ni nager , ni voler fi bin ? 

'\s) \oyn M. Bero ies , fur les Gtaads Chemins des Romains. 



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TVP ?f^AMeRl QUAINT. ,, 

dbae Hollandois, que !& Betes Fauves ont pi Trouver un 
pfee hbre p^ les W, & que , fi Ton n a Lcomtidans 
h Noirveau Monde , m Chevaux , ni Boeufs , il pouvoit aioft! 
t^r , ,mElephans ni Chameaux, ni Rhinoceros , n £. 
c^up d'autres j c^eft que les Nations , qui y ont paS W 
aWnt point ru%e , ou n'ont pas eu Uommod^Sde lest 
T±%';" X-.ace^^ndam des B<^ufs en Am6rique,mars S 

fjJ^"T?"' ??,:^^^^"lf«^^«feHornn exclut de I'Am^- 
^^/ 'A-ir^'^'^'^P*^' -S^^o^s les Noirs, tant derAfie 
que de lAfrij^ue: le peu deNegrpvqubna rol^/dan^^^^ 
Province 6e,daffcia, yayant (anf <&te ^te conduits par aud- 

quejccident ouparquelmjelw^dpeudetemsaSa 
*^ f es N«ry^g,ens , lesbanois ^ les.Su^dbis , Jes Celtes 
enunmot, tous les Peupjes duN(«^& du i^Hieutrw; 
BriijT-^ "'^ Wie. Cepe«daotl^s Gelte« &'les anS 
Bre.ons etoient grands Navigateyrs & autant k port^e ou'a*. 
cun autre P,uple.de fe tranfporter en Am^rwf r L^^^ 

Sail" ^eft'L^'nT"' -^^ "''°" pour exTlure' xo^t^s c:s 
r^atioils , elt duen Amerique on ne yoit perfonne , oui ai- 

I S"* ^««H**'*',^®^*^»«* continue de Hornn , crovent 
la M^tenrpfycofe : done ils n'o'ntpoint paffe en Am" riquS 

.n'^.H l^°""^Jyo'nt- Cependant de Us Auteurs ,^& fur- 
TaII ^^T"' KI^MPPR. pretendant que la M^ten^fycoL 

mLr te ^' '7 '"d ?* n P*' ^^^- qui^vraif^fable! 
ment ^toit un des Pr^tres Egyptienir,, que Cambife cha4 
de eur Pavs quand il en eut fairia conauke. A vant iSi T 

la Perfe & dans les Indei , & I'un fi^ I'awre font fort anciens 
dans un^ W partfe da I'Am^ique. Autre preuve, qSh?e 
me paroit pas plus convamquant^, Qttoiqu'appuy^e de I'au! 
tont^ deDiopoREdeSitile.LesIn3iens nont famais /d^N 
pn, envoyede Colonies .hors de chez eux: done Tn'om 



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x6 DE UOa^GlNE 

point contribui k peupler leNouveau Monde. Ces propofi- 
tions g^nerales font bien difficile^ i d^montrer , fur-tout par 
rapport k un Pays tel que les Indes , occupe par tant de Na- 
tions , de moeur? , d'ufages , & de g^nies fi differens. 

Les Grecs & les Latins font encore exclus du Npuveau 
Monde/Ik ne pouvoient pas , felon notre Auteur^naviguer 
au-deli de Cadix , par 1^ raiforif que les Carthaginois » pu»- 
fans fur laMer Atlantique, ne les y auroient pas foufferts. 
Cette preuve me pMq*t bien foible , fur-tout pa|* irappOrt aux 
Grecs , qui ayant ftnid^ Cadix , pouvoient y ^tre^ailez forts 

Sour tenlr la Mer malgi*^ Iw Carthaginois. J aim^ois mieux 
ire qu'HERCULES s'etant perfuad^ qu il n'y avoit rifcn au-de- 
U de cette Mer, il a'eft pas yenu 4 tefprit de fes Compa- 
triotes de s'y embarquer , ce qui ne feroit pourtant quune 
conie^ure aflez aifee i detruire. _ 

Enfin , les Chretkns , les Hd>reux , les Mahometans , G 
on e^xroit de Horna, mk (iant point etaWis dans le Nou- 
veauMoiide; & ii Ce S9ip!^ant ne rejette pas abfolument tout 
ce qu'on a public des Croix, du BaptSme, de la Circoncifion , 
de la Confeffion » des JeOnes , & des autres pratiques de 
Religion, dont jon a pretendu avoir trouv^ des veitiges 
dans ITucatan & a^urs , nous allons voir <|uel 6gard j1 
y a eu dans L'arrangement de fo»^ fyft&»e, dont voici 

n fuppofe d'abord que TAm^rique a commerice <l'ltre peu- 
plee parleNord; & regardant comme une fuDppfttion di^ 
nuee de fondenipit , la Barriere. de I'lfthme de Pamela » que 
Grotius a eru n'ilvdir pointi^tefranchie av^t les Efpagnots , 
il foutient qiiie les premieres dolonies font allies l>eaucoup 
au-delii , puifque Ton rencontre dans toute T^tendue de ce 
Continpt, 4aqs laPactie Miridiamiale , comnie dans b 
Septeatriomiale , des traces ceirtaines du melange des Nations 
duNord avec cellef ,. qui fo^ venues d'ailleurs. II croit ^e 
les premiers Fondateursde ces Colonies font des ScythleSs; 

3ue les Pheniciens & les Carthaginois bnt abord^ enuiite en 
Lmerique par rOceap Atlantiqui?^ & les Chinois par la Mer 
Pacifique, mais que^^ de terns en terns d'OUtres Peuples ont 
pu y pafler par qiielqu'unede ces voyes, ou y avoir ^t^ jet- 
t^s par la Temp^te ; enfin, que quelques Chretiens & quel- 
qucs Juifs ont pu s'y trouver tranfpprt^s par quejque^v^ne- 



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D£^ AME RIQUAINS. 17 

mcnt femblableL m^? dans un terns , oil tout ce Nouveau 
Monde ^toit pe^pi^. 

U obferve , c^e me femjble , tr^s-bien que les Geans , qu'oifa 
pu vou- en qu^ques endroits de rAm^riqUe , ne prouvent 
nepi que fi dans les premiers fiecles ils ^toient moins rares 
OQ ne peut pasdir^ jgi^'ils ayent jamais fait un Corps de Na- 
tion; que cpmme leurs Defcendans i^nt pas tous herite de 
leur taille , des hommes d'une ftruaur^rdjnaire ont pu pro- 
duire, 5? prpduifent encore mujourd'hui de ces Coloffes, 
airtfi qu'onie pfeut voir dans les Relations modernes de la 
Virgmje, &^u Senegal. Jufqu'ici il ne dit rien de nou- 
veau, & la plupart de fes obfervations avoient 6te faites 
avant lui : mais voici Su neuf , qui lui eft propre : il paffe 
de la poffibilite au fait , & d« conjeaures aux affertions , & 
cet effor une fois pris , il va fort loin : fuivons-Je, il nous 
divertira, ^de tems en terns il nous dira d'aflez bonnes 
moiks. -k * / 

Lauffant k part les Scythes , qu'il fuppofe avoir paff^ par le 
Nord en Amjrique , & y avoir forme les premieres Peupla- 
des , 4I etabnr une premiere tranfwigration de Ph^niciens , 
en pofant poui^incipe que d^sj^ premiers tems ils ont 
^t6Nayigateurs,& ont rempli toOtaote Hemifphere de leurs 
Colonies : mais il eft bon d'obferver , que fous le nom de 
Ph^niciens , il comprend auffi les Canan6ens. II frouve dans 
Strabon que les Ph^niciensfontentres dans la Mer Atlanti- 
que, & ont b4ti des Vflles au-del4 des Colo^ittid'Hercules. 
Appien , continue-t'il^ ScPausakias ont ^c^j| que ies Car- 
thaginois, qui itoient^originaires de Ph^icie, ont couvert 
toutes les Miers de leurs Flottes s Hannon a fait le tour de I'A- 
frique ; les Caijaries ^toiei^conmies des Aqciens. On fcait 
d'ailleurs que les premiers Th^iuciens ^tablis en Afrique y 
ont euiioiktenir d^ grandes guerres contr« lesNaturels du 
Pays , qui ieUr ruinerent plus^<le trois cent Villes dans la 
Mauritanie. Erastot«ene eft id fon garant, &!1 pr^fere 
I'autorit^ de cet ancien Ecrivain k celles de Strabon & d'AR- 
TEMIDORE, qui le contredife%. Oil ces Pheniciens, ajou- 
te-t'il , auroierit-ils pu fe retirer , apr^s de & grandes penes 
que dans TAin^rique ? 

Cette Dremiere Tranfmigration lui paroit certaine , d^s 
qu'elle eft poffible , & il la juge tr^s-ancienne; mais il fe 

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xnocmie tf OPMfeEit , qui a avance que Ics Afriquains des en- 
virons du Mont Atlas ont nayigiie ep>Am^ri(iue avant le De- 
luge. lUroit bien que.tout cj^^c^ie Platoka dit de l^Atlantide , 
n'eft pas exaft , mais il preten(h|ii'il y adu „vrai dans la def- 
cription , qti'il en feii. il obferve qu'on a noriini^ Atlaotides 
toutes les Ifles , qut font k I'pccident de TAfwdue , & il efti- 
me VraifemblaWe que rAriantide de Pliton ifok daii» TAm^ 
rique, & quelle a ete fubmefig^e par le Deluge, 4ont.il lefte 
encore quelque ieger fouvenir parmi les Am^riquains. ll\dk 
encore que, felon Pierre Martyr d'AngleriiJ, les InfufaiVes 
• des Antilles r?c6ntoient que leurs IfleS avoieht ^te autiy- 

fbis jo&teslia Terre-fertne , & n'en avoient etl f^oar^es 

• que paiN^es Tremblertiens de Terre , & de grandes InondaV 

rions: qu'on trouve encore dans feP^rou des veftiees d-uri, 

Deluge , 'Sc que toute rAmerique Meridionnal« eft' pleine 

d*eau-ll auroitpuyjoindre laSfeptcntrionnalei o^laNou- 

veik France feule a plus d'eaux ^ que tout le refte dc, ot 

granft Continent. < , ^ 

Diodore de Sicite a icnt que ties Pfi^nicielis avoieAt iiaijiT 

' gu^ fort loin dins TOe^an Atlantique , & forces par djbs 

Tempetes , avoient pSi^Tifre k une grande Me , 4 TOccident 

de la Lybxe , oti ils aHNteifit trouv^ un Terrein fertile , des 

/ Fleuves naviguables , & de fonrptueux Edifices* D© Hornn . 

-^ explique ceci de la feconde.Tranfmigration de ces Peuples ■ 
en Amj^rique. Diodore ajoute que dans la fuite les Cartha' 
ginois , ve3?^ar les Tyriens & par les Habitans de k Mau* .^ 
* ritanie, qui ie leyr dbnnoient m paix , nitreve, menerent ' 
dans C^te Ifle des Colonies , & tinrent la chofe fecrette , 
afin d*avoir toujours de ce c6ti-l& une^retraite affuree , ert 
cas de difgrace. D'autres Ayteurs , que de Hornn ne nomme 
pas , ont pr^tendli que cgs Voyages fefaifoient k I'infcu de» 
Magiftrats, lefqiSels s'appercevant que leur Eta^e d^peu- 
ploit , '6j ayant d^couvert la fource de ce d^fordre, d«%n- 

/^ dirent cetie navigation fous dfe tr6s -grieves peine*. 

Enfin , la troiiieme Tranfmigration des Pheniciens dans h 
Nouveau Monde fut occafionnee , felon notreAuteur, par 
un Voyage detroisans , que fit la FlotieTyrienne , qui ^toit 
au fervice de Strloraon. D'abord , fur Tautorit^ de Joleph , il 
alfQre qu' Afion-Gaber , oti fe fit rettibarquement , eft un Port 
de- la Mediterran^e. La Flotte , a}outc-t'il , alloit chercheft 



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: t I> E 5 AM fi ft r (J U A 1 N S. 2A 
• rfesDetttS d'El^phans& des Paons furla Gote Occidentale 
. . d'Afrique. qui eft Tharfis : c'eft auffi lefentimemdeM. Huet ^ 
pais de rOf i Op/ur,qui eft i^«?tt, I'Ifle ^fpagnole : Chrifto- 
l^e Colomb lavoit^t avant lui , felon quelques-uns , & 
Vatable a^derraineinwie ki du iriSme fcntiment. De Hornn 
rcfvenant cnfuite aux Mes Atlantiques , veut ntjbs pferfuader 
que^les Ph^niciens^y ont eu en divers terns des Colonies & 
flue la Cem^ des Anci«nis eft k Grande Canarie , laquelle 
doit fon ndm aux Cananeens , qui s'y r^fogiereht. 
Une deiJCai^^ries s'appelle 7a <;<?^w: ledofte deRdrnn 
' ne doute point qu'elle ne -doive fon iioni aux Amorrh^ens 
qui vinrent I'hahiter , apr^s avoir k6 chaffes de h Paleftine 
par les H^breux. Faut-fl s'^ionner apl-6s cjfel*, s'il retrouve 
/« Cham des Ph^niciens dans les Ckemer dfc t'lfle Haiti, dans 
les Camis du Japqn ^ j8c dans \^Chik,Cambald& 1' Yucatan ? 
Tout eft ipeu pr^'de la^mlme force &' du mSmegout dans 
le detail , oil il entre enfuite pour d^couvrirdb* traces de la 
Religion & des Moeurs Pheniciennes dans le Nouveau Mon- 
de. Mais il fait ici uneremarque , que- je ne dois point paffer 
fousfilence^ c'eft que les premieis Phdniciens , qui setabli- 
rent dan& I'Afrique , & dam les-Ifles Baleares, rfavdJent ni 
Caraaeres, ni aucun ufage de I'Ecriture , &que Gadmus , 
.qui ^toit Ph^nicien , porta dans la Grece , ndo les Carafte- 
res , dont fa Nation s eft fervie depuis , mais ceux , dont fe 
fervoient deftm terns les Egyptiens. ,iXv 

Toutes cesTranfmigrations ont precede depluiieursfiecles 
la Venue de-J^us-Chrift : en-voici de plus modernes. Notre 
Auteur diftingue trois fortes de Scythes, qui ont paffd dans 
le Nouveau Monde , des Huns , desTftrtara|du Gathay , & 
.des^Ghinois. A coup fur , les Partifans t^lS^Titiquite de la 
Nation Ghii^ ne lui pafferont pas que B^grand Empire a 
eu.desScythef pour Fondateurs , & ceux mfimes , qui n'ad- 
mettent point ce qj<til y a d^incertain da'ns le& pretentions de 
quelque&ehiHois ^ nejkpftt pas de fon avis. II eft anjoura'huf 
eonftant que I'Empiii^hinois n'eftjjws fort pofterieur aufc 
Petits-Fils de Noe. Mais nous ne Wp-ions point, ft " "^ 
voulio^is relever toutes- les fiippofiti^ feuffes & hafj 
de I'Ecrivain Hollandois. jt' 

Sous le nom de Huns , il comprend des Nations fons nbm-^ 
bM , ^ui occupoient. un Pays immenfe : & loccafio^-dupat 




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& leursgue^es Inteftines.Pour.cequr^ 

leur ivt pr^M^e > i^ pretend qu*ik pi 

du Ncp^ , on :iU trouverei^ de$ jders 

ce ou'il veno^ de direuflu jpooups m 

quA^urs vaft^ Contr&8)ijw pou%|iei« 

n^e il avoit depi oubhe Jp^jpil av^m 

Premieres Peu||^||ss de i^^^rique s'^tdi^t fornixes 

Scythes , it <ncM|^ . avertit '^pBf .^4esv Ouarit^rs 




conienu- 
d'^ord^ <jue l«»s; 




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'^m^riquif^nc lesri 
Va It^ £c^t card , & qu* 

up. ,& ^ ^ ' *'^' f \ «r. '■ .-m;. -Z' ■--*-. 

i«Ueii»if-«l tpus pair le memt dltfrHin ? Non, car 

^ grand nombre tournoit k drdite , vers I'O- 

^ V*<q[w'oh appelloit Finnejii^ que Corrieille iTa- 

ceildans la Finlande , les Sdii^etks , & les CarotUns 

j|i<^nt3i^|«ti(chfipaf rOccideht , tra^mer«ntla N. Zemble ,* 

aai^pponie , 6c le Groehlaiid , d'ovi^|iige auffi que des Nor- 

v^ieo$ , qui avoient hti autrefois deMirqu^s dans le Groen- 

land, &rdont on ne trouvapliiS unfeufen it 48 , ont p^netr^ 

dans ie Nord de I'Am^rique , pour y chprcher des Pays plus 

habitables. Rien dans le fond n'empSclie de croire que les 

Eskimaux & quelques autres Nations yoifines d^ la Baye 

d'Hudfon , tifent leur Origine des Norv^peris Groenlandois , 

s'il y en a jamais eti. Ce qui eft, certain , ic'efk que les Eiski- 

maus: n'ont rien de commun, ni pour le langage, ni pour^ 

les mpeurs « oi^pour la maniet;e de vivre # ni pour la couleur 

du Corps 8e de? Cheveux avecles Peuples du Canad«ynemer 

i^urs plus proches Veifins. ^v^ 

Quant 4 certain Animaux ,■ tels que les Lions & les Ty- 
gres , qui , felon tputes les apparenceS;, ont paff6 de la Tar- 
tarie &,de THircanie dans le Nouveau Monae , leur paflage 
pourroitl>ien etre une preuve que ies deux Hemifpberes fe 
touchent par leNord, dvi cdt^de TAfie , & ce.#'6ft pas la 
feule , que nous en ayiofls , d ce que j'^ fouvent oiii racop 
ter , cdmme un fait certain » du Pere 
9ois , eft veritable. Ce Pere , dit-o 
quelque tems dans les Miftions 
k c^IsM^ 1<^ Chine. Un jourT 
il riiMwtra une, Femme Hur 



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ONjJ^fuiteFran- 
'^s avoir travaill^ 
lie France, pafla 
;eoit enXartarie^ 
avoit cbnnue ^n^ 



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lackuneme. 




. D £•$ AM E R I Q U A I N S. %i 

Canada ril lui^^manda par quelle avemureille Ct trouvoit 
dans un Pays fiiloignd du Sien ? EUe, r^pondit qu w7t| 

i^Sh a. .tli'fcr -^ 06 eUe fe Jrouvoit, On m'a eUcore affurS' 
qu urt autre J^Cuitepaffantpai-Nantejiauretaurde la Chine 
^.forwI?P?r^"/ trait aflezfemblal>fe d'uneFetnmeErpal 
enole de fa Floride : elle avoit 6t6 prife . difoit-il , par 5es 
Sauvages, & donnie h une Nation plus 41oign^e, & ^aWk! 
ci i une autre i elle avoit ainf, fucceffivement paffrdePays 

en Pays, traverft des Regions tr^S-froides , &V^toitS 
rencontr^eeiiTaitarie- vav«;.i««..ri..«TlZ: * ^*. ^""f^ 



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X 




1' tr, 'r •' — '.^"'^P' navigu^ le plus loin a lurient de 

imn^^r J"'""""' ^'' ^^^. d'feffo.^ou de Kamtfchatka! 
ont pr^tendu appercevoir rextr^mit^ de ce Continent. & 
ont conciu qu'emVe JTAfie & rAm^^que . il nV avciSt % 

Efp^nol, fi on en croit Jean Hugues de LiiJschooten , a 

£d7lSJL!.'f ^I^P*-*"^" n'itoitqttMn Detroit de cent mil- 

es de lar^e , les dernieres navigations des Japonnois donnent 

leu de juger que ce D^tojit n'eft qu'uric «aye , au-deffu* de 

lamellepnpeutpaffei^rTerre^ / » «ucuu>^c 

Revenons k Georges de Hornn. Cet Ecrivain he j'exprime 

eft,renK)liede Lions & deTygres. On ttouve bien dans le 
Pays rfes Iroquois uiie. «f^ce de Tygres , dom le poil 

Silff"' g"«» H^ine font pas mouchet^^ dont la queue 
efkfor^ngur, f dont la chair eft bonne k manger ; mis i 
cela pr^s , ce n eft que vers le Tropique , que Ton commence 
•k voir de vrais Ty«es & de vrais Uoofc . ce qui ne prouve 
pourtant point , qu ils nyfoient point venus de la Tiriarie 8c 
de iHiKanie : mais comme en avan^ant toujours au Sud , 
lis y ont trouv^ des Chmats, qui Jeur convenofent davan! 
^I^J^P^^^V^^"^ onttout-i-fait abandonn^ les Pays 

Cf que S<%jNpiIine rapporteot , que les Scythes Ahthro- 
)pnazes ont deoeuDl^ une orunAe^ ^t^nAn^k a^ dL.v. :.^...>j^- 







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5» 3 >i t) E i; o R rc INK • , 

ttife ^e nflfre Atitei^r tduchanc la r^trait^ ^un grand nornbr^ 
de Scythes en Am^riqtie. On trouve chains les Ariciens les 
noms (te aueiques-un:^ de ces Peuples : ProLi^MiE parle de$ 
T(^iens ;^€l\\n>mytMti6.le% Apaleens y qu'il ditavbir iu pour 
Voifins les Meffagetes ,&c^aeV\\tit aflure avoir difparu. Am- 
mien jMaiicSllii^ dit exprefl^ment que la crainte des An- 
thropophages obligea pluiieurs des Habitans de ces Cbntrc^es 
k fe r^hi^ier ailleursVToutes ces Autorkes forment, ce me . 
iemble, au moins une forte con je^ure , que p)us d'unej^fa- 
tion Am^rjqu^ine a une Ordgine Scythe ou Tartare. 

Jufques-la de Hornn ne s'^are doncjpas C\ loin de Ton but, 
qu'il hy revienne de terns en terns j & xo^ feConnoit le S9a- 
vant jiuques dans fes hearts. Mats ^ la fin on diroit qu'a force 
de vouloir conje£hirer fur des convenanceis de rioms , la tete 
lui a totirn^. Qui ne rirojt » par exemtole , en lui voyant 
avancer firieuTcment que les l^<z&!cilr«^j, Ndtion Floridienne , 
font les^Apaldensde Splin, & que desTMns de Ptoliin^e' 
font defcendus les Tombas du Perou f Ce ^i fuit eft ehtore 
plus rifible. II y a , di^on, un PeUpj^/Vptfin- des Woeols , 

3u'on'appeHe^«yn>/w. Voil4 les i^M^i dup^Canadf : Hei-oiy 
ote dohne aux Ttttcs le nom d'Yinciu^ Voil^ les IrdquOis ^\ 
les Soutiptqis de I'Acadie. Par maUttur pour <fe fi lathes d^- \ 
couvener, la conje£hir£ pCHte J 'fki/x : car tous ces noms 
de^^auvages de laNouveueFrance, ouprefque tous^font 
de klagbn des Francois. .K^f'^lji^K^'i^'ka^ /. 

II y^kf^, lesHurons& WteuoiSj^T^i notre Aikcur 
^nne de^ Origines ^diifennueaty parent i peu pr^s la'mi- 
ihe laagi^i Fuiie cStmut Diale&e 4e ratitre : ai^ l;eu qpe les 
Souriquois , auxquels 6e Hornn doifipe les oilmes Ancitres , 
qu*aux Iroquois , n^l3nMbfoluolllenf^|-ien de commun avec 
eux, dans leLangage ; midan&letfara%re d'efprit. La Lan- 
gue,qu'il8p&rIentdft>uneDiale£^e^onquine, &l«b;Huron ' 
eft auili diffa-ent de I'Al^onquin , ^e le Latin Teft de TH^r 
breu. Ne^m-il pas aufli avoir I'imagination bien frappee, 
"* pour fe perfuader que le Meyra Humoru^ %t% Braftlieps , & 
le Paitt;jR^4e9,]^uitans deSanta-Cru^^^ de Saint 

Thoma^ , sflfc^nt d^ves dela Languexles Turcs , qui avant 

3ue de pafleccn Am^nque ^ avoienc^u qt|eique£onnoiif;lnce 
, 6cet Ap6tt)rf? ; • ' - 

I^a confiance abandonne notre Auteur , lorfqu'il fembie;^ 

qu'ellg 



^'-~-i.> fj , Mil 



>ms , la tete 



.DES A MERIQUAINS. ,, 

qu elle devrojt rtoins lui manouei-; il n'ofe d^ider. fi VAmi- 
rique Meridionnale a peupl^ >s Terres Auftrales , ou fi elle 
en a «5u fes Habitans : mais il la retrouve bient6t , & elle 
lu. fait erftreorendre de d^brouiller I'Origine des Empiresdu 

P^rou & du^M^xique. liconvientavec pUeursHiftofieS 
que ces Monarchies n'^toiem pas fort aiiciennes , lorfque les^ 
^fpagnols les d^truifirent , SOjue leurs Fondateurs ont eu 4 
combattre des Peuples^Barbares^ ^tablis dZis ZleZ d^ns 
ks Pays , qu lis avoiem choifis , fur-tout Siik le M^ia^ 
oulesmoeurs^toiem bien moins douqes aWms de Cortez * 
que parmi lesP^ruviens. Cette difference venoit apparem- 
ment de ce que les Conquerans du Mexique n'etoient pas 
auffi polices, que <:eux du Perou. ^ 

Lesuns& iesautres.fion encroit deHornn, font n^an- 
moms form de«n6mes lieux : ce font , dit-il , les Peuples du 
Cathay ; les Japonnois , qui en font originaires ; les Cl5inois 
qu il fuppofe toujours defcendlis des Scythes j quelques Egvp! 
tiens & quelques Ph^niciens , de quilces deux EmpTres^JS^ 
re9u toute leur Po ice . leur Religion , & les Artsl^oiU af' 
furement une Origme bien m^lansie , & bien bifar^enuf- 
fonie. Ma,s enfin le Scavant HoTlandois veut que tbiliL 
Peuples ay em ejavoy^ des Colonies en Am^riq2e . &wl 
le prou ver , ,1 n el pas concevable oii H va chercher des Tms 
Cathayens . Cor^ens , Chinois , & furtout Japonnois dans 
toutes les Parties du Nouveau Monde. Uy a fouJent entre ces 
^onis 4 peu pr6s le mfime rapport , qu'entre VAlfam^ XEquus 
de Menage ; mais auffi on feur fait faire un fflong chemb 
quon ne doit paste furprisf s'ils ont fi fqrt chTng^ fur la 

f ^ P-^ Pf jufqu'aux Chiquius du Paraguay ,mWj1 ne 
faffe deriver le nom , lequel eil purement dl la dlS^ £f! 
paenols , de celui de rarkair T L ^ a^t tww^*^^ 



-, , •- V . ,* Xl. "' purement ae la tam^M 

pagnpls , de ce ui de Cathay. Le nom A'Incas , qGilSt ce- 

^lu, dela Famille Imp^r ale du Perpii , a , feloA ik tVop de 

reffemblance aveclem^me nom de Cathay . pour qifil^foit 

permis de douter que ces Souverains ne tir^^nt leurbr gbe 

dece grand Pays. En un mot , chercher des Catayenf en 

^nque , c eft , dit-il chercher des Grecs en It,lie; & des 

IVciens en Afrique. Les Cor^ens appellent leur Pays Cao- 

done la CaUrornu a ^t^ peuplde par une Colonie Cor^en- 

* Tome III '"^"^^ duM^xique, peut-il venir d'ailleurs 



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L\X> R I G I N E ^ 

que qu^l^ues-uns donnent au Japon ? 
sur du M^l^ique , avoit un^, Barbe a la 
■faut pas davantage pour le faire OrJginaire 
ine. Ce n'eft pourtant paTfans Cbrupule , que itotre 
^ur quitte les etymologies pouFla figure de ^ Barbe ; mais 
cette Bacbe eft fort iinguliere dans un Al^xiquain. D'ailleurs 
il trouve que le nom duMqn^ue a beaucoup d affinit^ avec ^ 
celui de Mom:[aiu]^i0lM9fKend^e ne i9ai fur quelle au- 
torite , etre un mi^ d'Ronneiir au^Tapdn : ainfi ce Prince 
pourroit bien tirer Ton Orieine de ces Ifles. .^i. 

Cepeiidant ce ne font ni lesiCathayens , ni les Japonnois , '^ 
quiontfoncl^ laMonarchie M^ximiallne: de Hornn en/ait 
ho^nneur k Facfur, Roy de la Cnine , qui , d^ron^ par 
Ciiblay , Grand Gham des Tartares , s'enfuit avec cent ftiille 
Homme& fur mille, Vaiffeaux en Ameriqudl^ & yd^viiftie .. 
Fondateur d'unnouvel Empire. Manco , autre Prince t^hi-' 
4|pis , Originaire du Cathai , avoit fond^ deux fi6c\es aupt^ 
ravant celui du PeroiL. VoiU bien de$ horns, que les Peres 
CouP|.ET , LE CoMTE & DU Halde ne J|:avoient pas. i 
Manco avoit port4 les Arts k une tr^s-grs^^ perfeftion , 
.&pe fiit lui, qui ^leva ces Edifices fomptueux , .qui eton- 
^ent fi fort les Efpagnols. II ne meria p9VU de Chevaux eh 
AmdtSque , parce que de fon terns , dit Marc Pol de Ve- 
nife , il n'3r en avoit point k la Cbine. Mais pourquoi les 
Chinois dii Perdm n'ont-ils pas confe^^ leur!^ara£leres ? 
c'eft , r^pond €6 ifornn, qu'ils^toient^op difiiciles 4 ^crire ; 
ilsontirouW; qu'il ^toit plus coiirt & plus aife d'y fuppleer 
par (ti^pguf^fymbo^ues. '*'■ 

Voimine jiartie de ce qui a'tite^critJiiHa queftion pr^ 
fentei &J^uJs Jjien trotnp6 , fi la fimple expoution de tant 
d'opini^«i|iverfes n*^ pas fu£||bite ijpur fournir k tout 
Lefteur, sti^ntif lesljuiiii|reS|K^dontil a^pin^Qur prendre 
le feul parti , qui cbnvkgpe ifur oette Pander controverfe\ 



quon na jfsiit! qu'i^bl^lflnej^''^ en vpulant^claircir. II me^ 
paroit qu'eUb ^Jflp^' ^ cesodeux points. !<>. Comnfent le 
Nouveau MoncoVt-ilpu etre peupl^ ? a". Par qui , & par 
quelle Iro^e iW^^te ? 

Ri^n , ce me f^ble , n'eft plus aifi^ que de r^pondre au 

premier. L'Amdriaue a pu etre peuplee , comme les |rois 

^autres parties du Monde. On s'eft form^ fur cela des diffi- 




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. DES AMERI QUAILS.' ,, 

cuIt^s, qu'on cro^oit infolubles, & qui ne letoient point 
Us Habitans de I un & de I'aufre Kemifphere , font Certai: 
nement fes Defcttidans d'un meme Perel Ce Pere commun 
avoit recu f.u Ciel un ordre precis de peupler toute 1^ 
Terre. & e|4ela ^t^. II a fallu pour cela Lnchirdes diffi^ 
cult^s, & on lesafranchies. Y enavoit-il de plusera«J«s 
pour les extrimit& de I'Afic , de I'Afriaue , & Sev£t^^' 
pour fe tranrporterdansdeslfles'affez^loigndes decemnd 
Continent^e pour paffer en Am^rique f non fans &"! 
La navigation, quis^eftfifortj^erfeai^nn^e depuis trois ou 
quatre liecles , etoit oeut-etre nliicnarfa;to^,^5i-„^-l_- 



quatre fi^/Ies . etoit peut-Vtre'pIus]^aiirdS^^ 

neleftaujourd'hui.Dumoins^e pfcut-on pas 



^ms, ^elle ^-i^—jvMiuiiuj.x^uHioins^e ^ut-on oas 

«ffau-e , pour Irdeffem , que Dieu avoS de peupler toute la 

^^^ les Auteurs ', que j>i citis ;$'en font tenus k cette 
poffib ht^ qu on ne f9auroit nier , ils ont raifonn^ fort iufte ; 
ear sil n'eftpasd^mohtr^ au'il^r:,\tt^» r^flr,«^ tJ^ * 




aiinr.r.\ A n" P°'"^' daiUeurs.des Cotes de I'Afrique 

tc ^^c /n?n^-^"*""*"^o^50i^^^' ^«* Acorresaux Antil- 
les , des Ifles Britannioues & desCotes deFranceen Terre- 
neuve , laTraverf^en^eft ni longueni difficile: j?n^irroL 
dire autant de la Chme au Japon , du Japon & 'de? Epp ! 
, * nes^aux Mes Marmnnes , & Vu au iJ&xique. K y "fins 
^ Mfie des Ifles auffi ^foign^es de tout Continent , ofi IWi 
pas ete furpris de trouver des Hommes ; pourquoi le feroit- 
on den avoir trouv^ dans rAm<trique? & ^utin concevoh- 
que les Petit^Fils de Noe , lorfqu'il forentol>Iig£de fefS 



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rer &defe r&andre, ft onl2s deffeim #.DiL, parS 
tnoitie de 1 Univers ? ^ ^mi '^ n *• ** 

II falloit done s'en tenir h ; ttiais la quJlSltoit troo fim- 
ple &larWetropaif^eifaire,Ln^,^^^^^^^ 

fS'- ' Tl "" ??"'^r ^^^*^^ comment, & par oui 
I Am^rique a ^t^ peuplee : & parce que les Hiftoires LZl 
fourniflbiem rien pourcela, plutotquede demeurercour? 
lis ontr^abf^les conjeftures mime, les plus frivoles!^"; 
fimple convenance de noms , une Wgere apparence leur ont 
paru des preuves , & fur ces fondemens i^fneux ils ont bTti 
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j6 Dt U ORIGIN E 

6es fy denies , dont ils fe font entj^th , dont lesplus ignor^uis 
peuvent appercevoir le faux*, Qdquon. renverfe fQuvent par 
un f^uifait , qui ne peut ^tre cantekL De-U ii eft a.ttiv&m.e 
limaniere , dontleNouveau Monde a re^u fes premiers Ita-<' 
l^tans , demeura^t fort incertiune , on a imaging des dimcut* 
tes , oil il nj en avoit point ;|on a port^ rexiravagawce jjuf-^ 
qu'^ fe j>erfuader queles Am^i;)quaiu$ n'i^toienit point iffus du 
premier Homme , que nou$ reconnoiiTons pdur notre Pere 
comqoun ; comme u rig|noraiice de la maniere , doitt un fait 
eft arriv^ , devoit le faire iuger impoifible^ pu ^ d^iinoie 
meme und^gr^dedifficult6.l / 

/Ce qu'il y a en ceci de plus fineulier, c'eilquon n'a pas 
pris, pour f9avoirce qu 'on chercno it , lefeul moyen , qui 
nousredoit: je veux dire J la. confrontation des LangUf s : 
en effet dans la recherche , dont il s'agit , il me paroit qvf6 IHl 
connoiflance des> Langues principales de YAm^nq^n oclvp 
comparaifon avec ceTies dp notre Hemifphere, qui font rten 
gard^es comme Primitives , pourroient nous faire j^|i]tV^-' 
nir a quelque heureufe decouverte ; fie que ce ittidyeii 
le moins Equivoque detouS , deremonter ilorigiije des Na- 
tions , n'eft pas auiB difficile , qu'on pourroit le croire. Nous 
avons en , & noiis avons <^ncore des Voyageurs & des MiC* 
iionnaires, qui ont travaflU^ fur les Langues , qu'on parle 
dans toutes les Provinces puNpuveau Monde* II ne faudroit 
que faire unRecueilde kurs Grainmaires & de leiirs Voca* 
bukifes , &les rapprocher d«es Langues mortes, ou vivantes 
de I'ancien Monde , qui paffent poiir etre originates. Les 
I>iale£bs mSmes> malgr^ ralteration > qu'elks pnt fouffertes , 
ttennent encore aflez, dj. ia matnce ^ ppti^ tious fourinir 'de 
.grandes. kmleres. ' /, /•, -'^ ■,':•• '\-'.- 

Au Ifett de ©e moyen , qu'on a n^glig^ > 6n a chercni 
dans les Mceurs^les Costumes , la Religion v & les Tfadi^ 
tioiis des Amiriquains/, leur preofiiere.Origihe : cependant 
|e fuisperfuad^quecdiexiitmen nepeut produire qii'un faut 
|Our , ptus^apaple deblouir & d^garer , que de conduire 
furement au but , won fe propofe. Les anciennes Tradi- 
tions s'effiicent de rel|>ritde c^ux , qui n'oht , ou qui pendant 
glufieurs (licles n'oni eu. aucun fecours pour les conferyer ; . 
: la moitie du Moade eft dans |e ca$. De nouVeaux eveite- 
otens f un nouvei ordre de chofes , font naitre d'autres Ttt^ 






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D t$ AMEaiQU AlNS. ,^ 

aitidnr, qui (jfl&icent ie« premieres, & font effac^es k leiir tour 
Aui>^Utcl'jiitfi6cleoudeUxon na plus rien , qui puiffe fer- 
vir d« gj4i4ii pour retrouver la trape des premierej Tra- 

' Lesftlrturs d^g^fte^m en tr^s-peu detems par le Com- 
merce avec dautrei Nations , par le melange de plufleurs 
Peupies, qui feteunjffem ; par le changement de dtmination, 
touj^urs fuivi dune nouvelle forme de gouvernement. A 
/ combren plus fort^raifon cette alteration de mceurs & de 
caraaere doit-elle hre ftnfible parihi des Peuples errans 
d<jven«s Sauvages , viy^m fans principe , & fans regies , qui 
Kjs rappelkm aux MoBUrs antiques ,' telles que font 1 edu- 
catioti , & Iji foci^te. Les Coiitumes s^aboliffent encore plus 
ai^enL Un nouveau genre de vie en introduit de rJou- 
velles , & lona bientot oubli^ celles , que I'pn a abandon- 
fl^es.Quedirai-jede la privation des chofes les plus n^cef- 
faif es 4 a vie ? La n^ceffit^ , oil Ton eft de sen pafler , en fait 
perdr^ les noms avec I'ufage. 

, Enfin rien n'a effuy^ de plus promptes , de plus fr ^quentes 
^ dc plus ^trang^s revolutions , que la Religion. Quand 
uije fois on arenpnc^ k I'unique veritable , on ne tarde point 
i la perdre de vue , & on sengage dans un labyrinthe d'er- , 
reurs fi peu liees entr elles , parce que I'inconf^quence & les 
comradiftioiis fontl'appanage effemiel du menfonge ,^au'il 
ne refte pasle momdrem, qui puiffe ramener k li vS. 
Nousen avonsvu dans le fiecle precedent un exemblebien 
lenhble. Les Boucaniers deS. Domingue etoient Chretiens 
& n'avoient de commerce qu'entr'eux rtout^fois en moinj 
dj trente ans , par le feul d^faut d'exercice de Religion , 
d inftriiaion , & d une autorit^, qui les retint dans U devoir 
lis en^tOient venus jufquin'a voir plus du Chretien que le 
Baptem^. $ ils avoient fubfifte feulement jufqu'i latroifieme 
generation , leurs Petits-Fils auroi6nt 6i€ auffi'peu inftruits 
des prrncipes du Chriftianifme , que les Habitans d6 la Nou- 
VelleGuiiwe^e^desTerres Auftrales. Peut-etre auroient- 
riscon{erVf^ue|(ues pratiques, dont ils n'auroientpu ren- 

drerarion, at0^ft-ce pas de cette forte que tant de Nations Irt- 
? % fefont troUvees avoir mele danS leurCulteldolatre 
,tfes ceremonies , qui paroiffoient copiees d'apres les fiotres >*^- 
II n en eft pa&de meme des Languejr. Je conviens qu'une 



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38 D E r O R I G I N F 

Langue vivante eft fujette 4 de continuels changemens , & -^' 
comme toijtes I'ont ete , on peut dire qu aucuije ne s'eft con- i^ 
fervie dans f^ pqrete originale. Mais jl n'en eft pas moins 
vrat, que malgre les changemens , gue rufage y a faits , elks " 
n'ont pas perdu tout c« qi?i les diftinguoit des autres , ce 
qui fuffit pour ce qu'il nous iaut dans 1^ cas pr^fent ; & 
(jue des ipiffeaux , qui font fortis des principals ft)ufces/ 
je veui^ dire.des dialeftes , on peut remonter jufqu'auk Lan* 
gues Meres, comment cela ? c eft que, fuivant la remarque ' 
d'un fijavant Academiaien ( a ) , les I^angues Aleves fe re- 
connoiflem en ce qu'elles font plus energiques , que celles , 
qui en font derivees , parce qu'elles ont ^te formees fur U 
nature ; qu'elles contiennent uti plus erand nombre de mots 
imitatifs des chofes , dontil* font les fignes; qu'elles doivem 
moins au hazard , & que le melange #qui a forme les "Hia. * 
leftes , fait tou jours perdre k celle-ci une partie de I'energie , 
que leur donnoit le rapport naturel dc|eur fon avec les chO' ^ 
; ies, dontils^toient les fignes inftitu^ 

De-la je conclus , que fi I'on trouv* dim rAnii^rique deS - 
Langues ,^ qui ayent ces carafes , il n'eft pas permis de 
douter qu'elles ne remontent a la premiere o^jgine des Lan-^ 
gues *, & par confequent que les Nations , qui les parlent , 
n'ayent pafle dans cet Hemifphere affez peu de tems apr^s l^* • 
- premkre difoerfion des Peupks i furtoUt, ft dans notre Coriti- , | 
nent elles font entierement inconnues. J'ai deja'obferve , ' 
qu'pn fuppofe gratuitement qu$ les arrieres Petits - Fils (k 
Noe , ou n'ont pu pafferdans le Nouveau Mpnde , Ou tt'y'^-^f 
, ont pas pen^. Je ne vols en effetaucune raifon, qui puiflc ^i 
autorifer une pareille fiflfeofitioiu & qUi peut croire de bonne "' 
■ /"^^ » <I"^ Noe & fes Entans en |javoient moins que nous ; 
\W I'Artifan & le Pilqte du plus grand Navire , qui ait jamais 
•, ^ete , d'un Navire, qui devoit voguer fur une Mer , laouejle 
" n'avoit plus de bornes , & qui avoit k fe garantir de tdStd'e- 
tueils, ait ignore, & n'ait pas commuiSque k Ci8»ix de fes 
Defcendans , qui ont v^cu avec lui , . & par qui devoit s'^xe- 
cuter l'ordredu€i:^teur, de peupler I'Univers , ne leur ait 
pas, dis-je, communiqii^ I'art de havigtif r fur un Qc^an 

mnesjlimites r 
que I'Am^rwue n'a point evi 

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DES AMERIQ/UAIKS 

(THabitans avant le Deluge ? Eft il vM;r««,Ki ui * -^^^ 

, Moyfene nous apprend-H pi al tnT i ^u Monde ; & 

cela avee la pretention de ceux m.J >'?'""^"f accorder 
Premiers Hommes ienoroienM^.r/ ^^ ^utiennent que les 

biendireferieurmenTcoXe Tautori^^^^ ^P^"'-°" 

• refpeaabl^ comma 'aVSj^LdeS^ aul f ""^'g^^g^ ^» 
eft un effJdeI'audacede/Rnm^» '.^V^ ^ navigation 
d.ns Iesvu#aSsdu Crfat^^^ 

ce prLipe TS^^" S«"nJ.S' f^""°"JO"« en revenir k 

tfoM poim ^t?itnor^f 1 neceffaires aux defleins de Dieu 

^^•indXe enaStrf^f""' '^"^ ^" ^"^?'^"^ remplii? . 

les; & ircSdit^erafLdlr'"'"'' ^"' "^ ^""^i- 

qui e» a fait tpmber pfufieurs dan" Foubrc'eft"iT' " 
toientphis neceffaires, & one tTlV a T' i' *^*^^^^"?s ne- 

du enplufieufs endrous quTks H bi?anfde r V 1'^^^ 
les Efpagnols ^voient d^Vands VaiffLu* /^ . "" f '°"' 
frttl'art de navieuer. PlinP^ri;:?'?!!"'^ '' ^ .^'^SeHoient 



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40 ' D E V O R I G I N E 

Navigateurs. Le P. de Acofta convient que Vafco de Gama 
trouva parirti les Habitans du Mozambique I'ufage de la Bouf- 
fole. Les Infulaires de Madagafcar ont une Tradition , qui 

fiorte que les Chinois ont envoye une Colonic dans leur 
fle. Rejetter cette Tradition iur rimpoffibilite de naviguer 
fi loin fans Bouffole, n'eft-cepas unepure petition deorin- 
cipe ? Car enfinfi la Bouffole eftnecfflaire pour aller de la 
Chine i Madagafcar , j'ai autant de droit de dire , ftir la 
foi d'une Tradition conftante dans une grande Ifle ; les 
Chinois ont pafle a Madagafcar^ done ils connoiffoient I'u- 
fage de la Bouffole ;qu'on en ade raifonner ainfi: les Chi-r 
nois ignoroient I'ufage de la Bouffole , done ils n'ontpoint 
paffe k Madagafcar. Je n'dntreprends pourtant pas de ioute-. 
nir le fait , quoique je puiffe le faire avec de bons Auteurs i 
mais je ferpis auffi fonde k I'avancer , que d'aytr^s k le re^ 
jetter. 

u%P^ Chinois , dont rOrigine remonte aux Petits-Fils de 
Foe , om eu anciennement des Flottes ; c'eft un fait affez bien 
etabli dansl'Hiftoire : Qui a pu les empecher de paffer au Me- 
xique par les Philippines ? Les Efpagnols font tous les ans 
cette route. De-li ils ontpu en ra/tgeant la Cote peupler tout^ 
rAmeriau6 du cote de la Mer du Sud. Les Ifles Mariannes » 
& tant d'autres , qu'on decouvre tous les jours dans I'efpace 
"46 Mer , qui fepare la Chine & le Japon de I'Am^ricjue , 
Ont pu etre peuplees de la meme maniere , les unes pliitot , 
& les autres plus tard, L§s Habitans des Ifles de Salomon, 
ceux de la Nouvelle'Guinee,'d? laNouvelle Hdllan^e , & 
^es Terres Auftrales reffemblent trop peil aux Ameriquains , 
pour qu'on puiffe imaginer qu'ils ayent la meme origine, fi 
on ne remonte pas auX terns les plus elpienes. Leur ignorance 
ne permettra jamais de fjavoir d'oii ils la tirent ; mais enfin 
tousces Pays font peuples : il eft bien yraifemblable que quel- 
ques-uns I'onft 6tQ par accident. Or s'ils foi^t pu etre de cette; 
t maniere , pourquoi veut-on qu'ils ne I'ayertt pas ^te dans le 
meme tems & par la meme voye , que les autres parties de la 
Terre ? 

Les anciens Geltes & l?s Gaulois , fi renomm^s par leur 
habilete dans 1* Navigation , qui ont envay^ tant de Coto- 
hies jufqu'aux extremites de J'Afie & de I'Europe , & dont on 
nefjauroit prefque ni^r que I'OriginQ ne remonte jufou'^ux 

Eiifans 



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n^gligies , pour aller s-^tablfrdan tpdtZef'VT. 
dans leur Origin/S™^ aveteo^nV;)" dit Co^ 

la peS'ct 'at iT ' wf rat d\"bfr '"' ' "" '^ 

ques reftes. LAfie^ le pre«^)er ftjour ^es Hommes & nar 
SS^rira" tcSr&'^;fAt/^^i'■S-"7->°"- 
tone? LEgypte qu,s'eft vaoi*e d'avoir /tilaLrwdes 
plus belles connoiffances , & ool eft r»,omki. j i" °" 
ranee la plus profonde ; rEmpSe' des tts fiancie,r& 

Hommes ; la Maumame , d'o6 ?ont fortis tant de Scavants 

des Peulkf • "<?r'tP" "'"'■"'" «" dans W voSge ^ 
des Feuples , qui fembtoient naVoir de I'Homme fti.e% 

fe dS^X' du M^''"' [^^ Am^riquaN™"^":!" 
lunores au reite du Mdntte , foient devenus Barbares & 

t^d^t^A ^-" J?»- floriflknts EmpirltfXnt ' 
nTcXT*Sr rilf"'/^ ''^''^''^ qu'on croyoit d'une 
fU" /?/" "' "''''* Hemifphere. *^ . 

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43. 3 • D E U OR 1 G I N E 

Qu'on recherche ce qui avoit rendu fi feroces les Monta- 
gnards des Pyrenees , dont plufieurs le font encore ; quelle v' 
eft rOrigine des Lappon/& des Samojedes , d'oii font venuS , 
leS Cafres & les Hottentots. Pourquoi fous les memes paral- - 
leles il y a des Noiis en Afrique , & il n'y en a point aiUeurs ; 
& on pourra trotaver de ciuoi repondre aux mSmes'queftions 
touchaiit les Eskiiaux & les Algonquins , les Hurpns & les 
Sioux , les Guayranis & les Patagons. Que fi on demande 
pouro^oi; les. J^i»^iq«ain&.n'ont ^joint de barbe , ni de poil 
....*---par tolt Te corps , &. pourquoi Id pliipart font de couleur 
rougeitre , je deft^anderai k mon tour pourquoi la plupart des 
Afriquains font noirs ^ Cette queftitfn n'entre pour rien^ani 
la difpute fur I'OriginedesAmeriquains. 

Le$ Nations Primitives fe font melees & divifees adiver- 
fes 
cieni 

teni/- fes Habitans , qui fe mi^tiplbiei 
qud les plus Foibles etoient obliges de fuir devant ies plus 
Fo^ts; I'inquietude & la curidfite , fi naturelles . aux Hom- 
mes , mille raifpns , ^u'il eft aift d'imaginer , & qui entroient .- 
toiites dans les deffeins de la P^ibvidence ; la maniere , dont 
fe font faites ces tranfmigratioi^ ; la difficulte de conferv^r, ' 
ks Arts & les Traditions parmi ^s Fugitifs tranfplant^s (kjis> 
des Pays incultes , & hors de pbrtee d'avoir auel(|ue Gom- 
jnerce avec les Nations civilifees,: toutcela eit^aife «i cohce- 
voir. Les accidens imprevus , lesltempetes & les naufrages 
ont certainement contribue i peu»ler toutelaTerre habita- 
ble ; & ^ut-il s'etonner apr^s ctla de certains rapports, 
4 mi'on appterfoit entre des Peuples kijourd'hui fi doignes les 
•\irfe des autrts, &de la difierence A qui fetrouve entre des 
Nations voifioes ? \ ' ' . 

On peut comprendre encore qu'il a d^^rriver qu'une part je 
de ces Hommes errants , ou forces par la n^eflit^ de fe reunir 
pouf fe defendre , & fe fouftraire k la domination d'un P^uple 
puiffant , ou entraines par 1 eloquence & Thibilet^ d'un L^- 
giflateur , ayent form6 des Corps de Monarchies , fe foiene 
foumis k des Loix , fe foient raffembles en Corps de Nations. 
Tels ont ete fes commenc^'mensdes plos ariciens' Empires dans 
J'AncienMondei tels onTpuetre ceux du Perou & duMexiqu© 



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D E S AM^RIQU AINS. 4^ 

, dans le Nouveau ; mais les monlimens hiftoriques nous man- 
qUent pour en fijavoir davanbg|e , & il n*y 4 , je le r^pete 
que la connoiflance des Langues primitives , ijuipuiffe porter 
quelqu^ jdurdansces t^n^bres. 11 eft affez etonnanf qu on ait 
neglige jufqu'^pr^fentunmoyenfi natureU& d'une execu- 
tion h facile , defaire des decouvertes aufli ihtereffantes pour 
le moins , que la plupart de celles , qui occupent les Scavans 
depuis deux fiecles. On connoitroit du moins parmi ce pro- 
digieux nbmbre de Peuples divers , qu'on voit dans I'Ame- 
rique , & differ ens entr'eux dte Lancage , quels font ceux, qui 
parlent des Langues totalement differentes de celles de I'An- 
cien Monde, & qui par cooJeqUent doiventetre.cenfes avoir 
paffe en Amerique dans les premiers terns , & ceux , qui , par 
I'Analogie de leur Langue avec celles , qui/ont en ufage dans 
les trois autres Panies daMonde , donnent lieu dejuger que 
leur Tranfmigratioif eft. plus recent^ & doit etre attribuee , 
ouk qiMlue naufrage', ou iquebue accident femblable L 
peux , dont j'ai parle dans le cours de cette Differtation, 



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Juio. 



JOUR N A 

HISTORI QUE 

D' U N VO Y4 G 

DE L'AMERIQUE. 

Addrejje a M^ la VuCffESSE^ns LESDiGuiERks. 

PREMIERE LETTRE. 

A Rochefortt cetrcntieme de Juin, iyio» 
ADAME, 




V O U s avez fouhaitt^ que j6 vous ^criviffe r^gulierement 
par tdutes les occaiions , que j'en pourrois trouver , & je 
vous I'ai promis , parce gu'ii ne.fti'eft pas permis de vous rien 
refiifer: mais.jecrains tort que vous ne vous lafltez biemoc 
de recevoir mes Lettres : car je ne puis me perfuader que vou» 
lertrouviez auffi int^reffantes , que vous avez cru qu'elles le 
devoient ^tre.En effet,c*eft Air un Journal fuivi,que vous avez 
coinpt^ i mais en premier lieu , je pr^vois que les Meffagers , 
dontje me fervirai, pour vous faire tenir mes Lettres, ne 
ferpnt pas tous bien fiddles , ni des plus exafts ; & fi cela 
eft , vou» n'aurez qu'un Journal tronque & fans fuite : d'aiU 



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/ ; VOYAGE DE L'AMERIQUE. Let T 4. 

leurs je ne (93] jjas^trop de quoi je l^s remplirai. Car vous — 

. n ignowz pas que 1 on m envoye dans un Pays . g£i ie feVai * 7 i c. 

fouvent cent lieues,&davantage, fans rencontJe^ Juin. 

me , & fans voir autre choft que des Bois A^c 1 .^e j 
Rivieres & des Montagnes. E^^utnoZlfl'nt^^^^ 
aeux , au on y peut rencontrer ? Des Sauvages , dont^^e ' ' 
n entend^ point la Langue , & qui ne fcavent pis la mienne 
De plus, gue me d>roient.ils ? lis ne ^^avent^rien ; & (^^ 
leur dirai-te ? lis ne font ^as plus ctirieux d apprendre Tes 
4louvel es dEurope que vousni.moi , Madame^ ne le fom! f '' 
mes d'etre inftruits de leurs affaires. ' ' 

' A ^" ^^^^"'^ ^^^ ; quand je ferois Homme A ufer du privilege 
des Voyageurs; je vous connois trop , pour ofer bre X 
.cette li^ert^.avec vous , & pour me laSte^r de vou eTflt 
accroire. Mais ne craignez rien , je ne me fens point d'inc^! 
nation a forger des aventures ; j'ai d^ja fait I'expdriehce 
ae ce que.dit un Ancien qu on ri^ change point de caraSre ' 
en pafl'ant la Mer, ni en changeant de cLat, & i?fpere Ion 
f^rver celm de fmc^rit^, que%ous;meconno^k^, erparcou" 
rant I'Am^rique ,& les mVs , qui laXarent d^no^^^^^^^ 
etiez en peine de ma fant^ , qui ne vous>aroiffoiL^as en aff"z 
bon etat pour entreprendre un Voyage Ti p^nil^ arace7.u 

etre aufli iujr^ avoir toutes ks autres quali ^s neceffaires Jun- 

charg^; Mais crpinei-vousbien, Madame, que 'aTd"lne^f2 * ^• 
perirAmoiti^ chemin de Paris i RochefoV^^XsTC^' " " 
peut-te pasoubhe que je vous ai fouvent dJt que nosRi! 

^'"*%^% P."."- ^°"' ^"" <^e^R"iffeaux, encomparaifon 
de celles de l^lm^rique : il s'en eft peu fallu que la ffie n'SJ 
et6 veng^e de cet outrage. ^ ^ 

J'ayois oris une Cabanne 4 Orleans avec quatre ou cina 
OfficiersJu Regiment de Conti , Infanterie. te feize ^un? 
v,s4-vis de Langets, & ne pouvant avancer 4 caufe ^un ve" 
contraire affez fort, nous vouliimes gagner cette BouVri 
pour nous affurer d'un bon gite, au !af quTfll ut y X 
la nuit II falloit pour cela traverfer laRitiere , & S Ie 
propofames i nos Bafteliers , quiy t^moignerent de la r/pu! 
gnance ; majs c'^toj de jeunelf (/ens , &Lmme nou inX 
nm , ,1s n oferent /ous comredire. Nous n'^tions pas encore 



















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46 J 6 U R N aTl HI ST O RIX2 tJ E 

au milieu dir\Canal , que nous aurions bien voulu etre k 
recommeneer ; mais il hitoit plus terns , & ce qui me fachpit 
1b plus, c'eft que c'etoit moi , qui avoi^t buvert I'avis , qu'on 
fe repentoit fort d'avoir fuivi. Nous ^tions v^ritablement en 
grand danger , & on le vo'yoit bien fur le vifage de nbs Con- 
duce urs ; ils ne fe demonterent pourtant point , & manoeu- 
vrerent fi bien , qu'ils nous tirerent d'afFaire. \ 

Le danger paffe , quelqu'un de la Compagni^ , leq^l avoit 
'^te plufieurs fois fur le point de fe deshabiller pour fe jetter k 
la nage , fe mit k crier de toute fa forqe , mai$ d'un ton , qui 
faiibit voir que le Coejur lui battoit encore , que j'avois eu 
grand'peur. II difoit peut-etre plos vrai, qvni ne penfoit ; 
mais a c6up fur , il deviuoit , car pour ecarter les reproches , 
qu^l'on jcommengoit k me faire , & pour tacher de perfuader 
les^auires , qu'il n'y avoit pas de danger , i'avois fait affe^ 
bonne contenance. On rencontre affez fouvent de ces faux 
Braves , qui , pour ca«iher la fra^eur , dont ils font faifis , 
veule/it faire diverfion , en donnant furetux , qui font beau- 
coup plus raflures qu'eux-mdmes, Cependant, MSdame, (i 
je croyois aux prefages , voili bien de quoiliugurer mal d un 
Voyage , bii je dois faire plus d^rois mille lieues furMer , 
& naviguer en Qrtbr d'EcOrce tur deux des plus grands 
Fleuves du Monde , & Tur d^s Lacs prefque auffi grands & 
pour le moins auffi orageux , qufe le Pont Euxin & J^ Mer 
Cafpienne. 1 

La Loire ne fut point traitable tout le refte du jour, & 
nous coucMmes k Langets'V nos Offipiers , qui avoient k leur 
tete leUr Lieutenant de Roi , etoient de fort honnetes gens , 
& d'un aitnible commerce. lis avoient d'ailleurs l5eam:ou|^ 
de Religion , & ils en donnerent pne preuve , qui n'avoijt, 
rien d'equivoque. Une efpe^ e d'Aventurier , Anoiti^ Petit- " 
JWaitre , Srinoiti^ Bel-eforit , Vetqit joint 4 eux k Parii : juf- 
qu'i Orleans il setoit aflez con'tenu, rriais du motuent quQ 
nous fum6s embatqu^s , it commenca de s'^manciper tin peu , 
& infenfiblement if tint des proposrtbrt libresjur la Religion, 
J'eus la confolation de voir qu^ous nos Oifnciers en" nirent 
ofltenfes ^u point, iiu'aucun ne vouhit Ibg^r avec lui i Lan- 

§ets. Ce fut un jeune Lieut^oant, quiiui eii fit la declaration , 
: qui I'obligea cf aller cfhetcher ailieurs un gJte. 
/^arrivai ici le dix-neiif^j on my attendoit , parce que j'^^ 





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, °:"^7^^AGE DE 1.*AMe'r;IQ. Let I 4, 

connoiffance' J'al dija fait Campate'avl'& 7v" P'^' 'I* 
qui la commando', & avecCHAVITrrr^''''^°''^«<"'' 
te : j-ai eu i Quebec pour Wfctu M 1' r P"T'J''°- 

avec quelques-un's de, Officiers &\*s pX" '' O^,'"'''* 
affure que nous gvonsuntris h.i.. P^ • '^^'"8«"- <>'" nous 
d'Officler de Marin^.Tu a t oZ ^^iP''^' ' * '' ">'« P»"« 

v,ga.ion, que nou^al?om L? ^ Que Se" r P°"' 'V'"" 
Ainfi je ne pouvois rien difirer 1^^' 1, ^°"""'"<l»nt. 
du Na'v,re ."k pour Tagrlme"; t h Sock«.''°" '^ '^^'"'^ 

Je fuis , Sec. 



1 7 2.0. 

Juin. 



SECONDE LETTR 



1720. 

E. juiii 



ftir U 'FUuvc Saint Laurent! 



emanji^es fur 
■ntfuve., 



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A Quebec , ce vint-qtup, ^i.'^mbre , ,710, 

MfEfAME, ■' ''^:(- ' 

issf* iS erde":re^' f^'srt" i^ r 

c. -.alnous r^dui,, iU^ p« plffi de'fcutih 



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i*48 JOCft-NAL !irSTC||IQUE 

- ce qui fejpaffe fur le Vaiffeau. D'ailleurt^^ n'eft plus flMle 
i^ 20. qu'une Navigation comme celle-ci ; aufliny eft-on occupy 
Juillet. qui examiner d'oii vient le Vent , combien on avance , & (i 
' Ton eft en route : car pendant les deux tiers du chemin , on 
ne volt que le Ciel & TEau, Je vais n^anmoins vous marquer 
ce que ma memoire me ^urnira de plujs pi-opre i vous amu- 
ier pendant un quart-d'heure , pour tenir , autant qu'il m*eft 
poflible , la parole , que je vous ai donnee. 
/Nous reflames en Rade tout le premier de Juillet , & le 
f ^cond nous appareillames k la faveur d'un petit foufle du 
Nord-Eft. Les trois premiers jours les Vents rurent toujours 
du bon cot^ , mais bien foibles , & on s'en oonfoloit , parce 
<iue la Mer etoit belle. 11 fembloit quelle voulut nous ama- 
doiier , avant que de fe montrer dans toute fa mauvaife hu- 
meur, Le quatrieme, ou le cinquieme le Vent tourna & nous 
mit k la Bouline (a). La Mer devint groffe , & pendant pr^s 
de fix femaines nous f6mes fecou^s de la bonne maniere. Les 
Verjts ne faifpient que tourner , mais ils no^s prenoient bien 
ij| fouvent par devant que par derriere , & nous etions pref- 
^tOujours au plus pris {b), 
' neuvi^me d'Aoiit nos Pilotes fe croyoient fur le G^ 
de Terre-neuvt , & ils ne fe trompoient pas de beadi- 
^ p. Ils etoient meme en regie j car un Don Pilote doit tou- 
jours etre un peu de I'Avant defon Vaiffeau (c|; maisde^ 
puis le neuf jufqu'au feize, nous ne fimes prefqije poinV de 
chemin. Ce qu'on appelle le Grand B^»e-«c"Te«:fi=neuve , 
eft propremept une Montague cacheetous les Eaux , environ 
a fix cent lieues de France du cote de TOccident.' Le Sievir 
Denys , duquel nous avons un tr^s-bon Ouvrage fur I'Ame- 
rique Septentrionnale , & un Traite fort inftru£lif de la Pe- 
che de la Moru^ , donn^ k cette Montague cent cinquante 
-. lieues d'etendue du Nord au Sud ; mais , ielon les Cartes Ma- 
fl rines les plus exaftes ', fon commencement ^ du cotd du Sud , 
■* eft par les quarante & un degrez de Latitude Nord , & fon 
extremite Septentrionnale eft par les quarant^-neuf degrej , 
vint-cipq Miftutes, 



{/t) Aller a la Bouline, c'cft prendre le 
Vent de biais. 

( b ) £cre au plus pr^s , c'efl quand on 
jiince Ic Vent, en le prcnsac de biais 1 pjuce 




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qu'il vient prefque de devanc. 

{ c ) C'eft-a-dire , fe (roire pll^s mtatt 
qu'il n'eft. 



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X , environ 



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i mJKmVKNAt mVAMmiQ. Ur. IT. ,, 

U y^mi eft que fes deux extr^mifc^s fe teonineat telle- 
mem en pomte, qu'il eft mal aif^d'en marquereSm em 
1« bornes. Sa plus gr^iide lafgeur , d'Orient en Occident , 
eft d environ quatre-vint-dirreues Marines de France & 
d Angleterre , entre les quarante & les quarante-neuf di^grez 
**^ .^.?"8?,'J^«- -^f ?"» r^r^ <»« Matelots qu'ils y avcnent 
momllel Ancre ^ cnq brafles ; ce qui eft encor/contre le 
Sieur Denys , lequel pr^ten^'il n'y en a jamais trouvl 
moins de vim-cinq. Mais iMPcertain rf^'en plufieurs en- 
droits ilv en a plus de foi^Ste, Vers le\ilieS de fa Lon- 
gueur, dli cote derEurope, il forme une efpece deBaye. 
qu on a nomm^e laFoffe ; & c'eft ce qui fait que de deux fe 
vires , qui font fur la meme ligne , &^ la Vu? I'un de I'autre . 
1 un trouvera fond , & I'autre ne le troi#vera pas. 
^ Avant que dWer au Grand Baric , on en rencontre un 
"--^ plus petit qui s appelle /. Banc Jacquet, II eft par le traver" 
du miheu de fa longueur : quelques-uns memele font pre- 
. ceder dun autre , auquelilsdonnent la figure d'un Cone: 
snais t ai vu des Pilotes , qui des trois n'en font qu'un , & fe 

Je Grand Banc des cavit^s^ dont la profondeur a tromp^ 
ceux , qui n en diftingyent trois , que pour n'avoir pas fil^ af- 
fez de <!:able. Quo.qu'il en foit de\ grandeur & I k We 
de cetteMontigne, dom il n'eft pas poffible d'etre inlruit : 

o^«^"2f '' i°? ^ """"T! ""^*I"?f 'i^ prodigieufe de Coquilla. 
ges, & plufteurs efpdces de Poiffons de toutes grandfeursi 
la plupart fervent de, nourriture ordinaire aux Morues 
^om le nombre femble ^galer ceH des Grains de Sa- 
ble , qui couvrem le Banc.TOpuis plus de deux fi^cles on 
en charge toife les ans .deux ii trois cent Navires, & il nV 
paroit prefaue ROint. On ne feroit pourtant pas mal de diA- 
continuer de terns en terns cette Pache , d'autant plus que le 
Golphe de Saim Laurent , kFleuve meme , pendant pfus de 
gixan^ heues , les Cdtes de I'Acadie , celles'de I'lfle Lyale 
P^-fl^ Terre-neuve, ne fpm aii^res moins fournies de ce 
Poiffon , que le Grand Banc. Ce fom \k , Madame , de vraies 
Alines , qui valeht mieux , & demandem beaucoup moins 
de frais , que celle du Perou & du M^xique. • ^ ^ ^ h 

^ol w?"" ^'^"'°"P h ^^V^^l' ^°"^ ^^^^"^ ' que les Vents Vc„?t JS 
fontraires nous reunrent fur les Frontieres du I?oyaume des «--«' <i- r 

^lomc Hit C '* 'cgnent. 



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Aout. 



50 ' JOUaNAL HrST0RI>QUE 
Monies; car e'eft iiien le plas d^fagt^able & h plus jn- 
coflimode Parage de tout rOc^an.Le Soleil ne s'y monstre 
preique ian^is , & la plupact du terns rairy efi couvert d'une 
Brume firoide & ^aifle , qui fait connoitre les approches dii 
Banc, de maniereine $y pas miprendi^^ Ouelie pourroic 
£tre la cauTe d'ua Ph^^nomeiiie ii inarqu^ & ti^conftant ! Se- 
roit-oe le Voi£bage des Terres & ides Forets^ qui les cou- 
vrent? Mais outre que k Cap de JH^y qui dk la Terre la . 

Itlus proche du Grand Banc , «n eft ^o^n^ de trente>cinq 
ieues , la meme choie /n'urive P<miK de tous les autres 
^ot^s de rifle ; & de pkn^ Tlfle de Terre-neuve n*eft embru- 
mee , que du cote duGr^tnd Banci par-tout aiUeurs fes Cotes 
joiiiffent d'un air pur ,/& d'uti Ciel ferein. II eft done vrai- 
femblable que c'eft lalproximije^ du Grand Banc, qui caufe 
les Brouillax^s ,. dont le Cap ^ Raze eft ordinairement £n- 
velopp^ , & il en fast chercher lacau(e iur leBanc meme. 
Or voici fur cela ma conje£lttre , que je foumets k la ddciiion 
des S9avans. ^. ^' 

Jie commence par obfe^er que nous avons un autre (igne 
de Tapproche du Grand Banc : £'eft que iur toutes fes extc^- 
otitis , qu'on appelle commiin^ent fes Ecotres , la Mer €^ 
toujours glaniflante^ jfic Jes Vents iawt^meuK. Ne pou^roit-con 
point isgaraer cela comnui la caufe des firouillards , qui y 
»enent , & dire* que I'agitation de TEau , dont le fond eft 
mel^ de Sable 6c de Vaies , ^aiffit I'Air (c Tengraifle ^ & que 
le Soleil tt'en attire que des ?^apeurs gebffieres , qu'il ne peut 
jamais bien rifoudre ? jPn me dean^dera d'oii vient cette 
agitation de^Mfir fur les £corre$.du Grand Banc, tandis 
quei>arrtout aJllein's^& fur le Banc meme , il regne.uncalme 
prafond ? La ivoici , £ je ne mevtirompe. On ^pKouvetous le& 
jours dansces Parages des Couraas , qui pontent tantot d'un 
c6ti , & tfintdt dun autre. La Mer irc^gulieiement poufll^e 
pariCCS'Courans, & heurtant av£c imf^tuofit^ contre Tes 
Dords du Banc, qui font-pr^que pqCrtout i^ pic, en eft re- 
pouftl^e afvec la meme vioieiipe , ce qui caufe I'agitation , 
qu'on Y remarque. - \ '^ ] f 

Que fi k memeichofe n'arrive point .-aax appvoches de tous 
les JHautsFonds , c'eft que tous n^ontpasune auffi grande ^ten* 
^e , qUe icolui^ci; qu'il n'y a point de Courans aux envi« 
rons , qu'ik n'y font pasft ibrts , qvl qu'ils ne s'y croifent pas , 



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£ia;SajA{diffffrtfiliffS 



C-.L?t^l. .\..'^.'^1 ^ " 



Aout. 



DUN VOYAGE DEUAMERIQ. Let. n. jr 
qu'ils ne rencontrent pas des hords auffl roides , & n'en font 
point repoufles aveC autant de force.' II eft certain d'ail- 
leurs , comme je I'ai d^ja obferve d'apr^s les Marins , que 
I'agitation de la Mcr, & les Vafes, quelle remue , comrin . 
buent beaucoup i ^paiffir i'Air, & I engraifer les Vents ; 
mais que ces Vents , qiiand ils n'ont point d'autre caufe , ne 
s'^tendentpas bien loin , & que fur le Grand Banc , k quel- ** 
que diftance des Bords , on eft tranquille comme dans une 
Rade , k moins d'ui|Vent forci , qui vienne d'ailleurs. 

^Ce fut un Vendildi, feizi^me d^Aout , k fept heures du t,„, v.. 
loir ,^ que nous nous trouvames fuf l^rand Banc , par foi- 
Xante ficqiiinze Braffes deau. Arriver au Grand Banc , cela 
«'*PJ?l%**^f "*'*>' e" ^ortir , c'eft Manc^uer; ce font deux 
mots , done la Peche des Morues a enrichi nfitre Langue. 
C'eft la coutUme , auand on a trouve fond , dH^ier : V^^e U 
Roi, 6c on le fit de bon coeur. Notre Equipage ibupiroit 
aprts la Morue fraiche ; mais le Soleil etoit couch6 , le Vent 
^toit bon , & on jugea k propos d'eA profiler. Vers les onze 
heures du foir , Vent forc^ de Sud-Eft , lequel , avec la feule 
Mijeae, nous auroit faitfoire trois lieues par heure. S'il nV 
avoit eu que cela , en ferrant , comme on ht dans la minute , 
tomes les autres Voiles , nous n'aurions pas ^te k plaindre ; 
mais il furvint une Pluie fi abondante , qu'on auroit dit que 
toutes les Cataraftes du Ciel etoient ouvertes. Ce qu'il y eut 
depis, <e:ft.que le Tonnerre commen5a par oii il finitordi- 
4iairement; iltombafipr^s de nous» que le Gouvernail en- 
fiit engourdi , & que tous les Matelots , qui faifoient la Ma- 
noeuvre , en reffemirent le contre-coup. 11 redoubla enfuite , ' 
& cent Pieces de Canon n'auroient pas fait plus de bruit. On 
ne s'entendoit point; un coup n'attendoit pas I'autre ; oa«6 
fe Yoyoit point au milieu des Eclairs , parce qu'on enitoit 
^Woui. Enfin pendant une heure & demie , il fembloit que 
nous ^tionii la Tranch^e ; le Coeur battoit aux plus intr6pi- 
des; car le Tonnerre reftoit toujours fi*r notre tetc , & s'il 
^toit tomb^ ime feconde^is , nous auiions pu aller fervir 
de pature aux Mor^.,aux depens defqudlcs nous avions 
compte de faire bientot bonne chere. CaAar ou PoUux car 
ie nef^ai lequel des. deux itoit en faftion, fous.k noii de 
Feu Saint Eime ( « ) , nous avdit bien avertis de tout ce fia- 

G ij 



n 






.Mimm 



1720. 
Aout. 



& de la Pcche 
^ccPoiflbo. ' 



5z ^ JOURNAL HISTO RIQU E 

cas , & fans cela , nous aurions bitn pu etre furpris , & tour- 
ner fous Voiles. ' ^. 

Au l>out d une heure & demie , la Pluye ceffa, le Tonnerre 
ne grondoitplus que de loin , & les Eclairs n'^toient plus que 
de foibles lueurs a I'Horifon. Le Vent ^toit toujours bon , & 
n'^toit plus fi brutal , & la Mer parpiffoit unie comme une 
"Glac^. Chacun alors voulut aller fe coucher , mais tous le» 
Lits etoient inond^s , la Pluye ayant pen^tre par les fentes 
les plus imperceptibles , ce qui eft inevitable , quand le Vaif- 
feau eft fort agit^. On fit comme on put , & on fe trouva 
encore tr^s-heureuxVen dtre quitt^ k fi bon marche. Tout* 
ce qui eft violent ne dure point , fur-tout le Vent de Sud-Eft , 
au moins dans ces Mers. U n'eft conftant , que lorfqu'il fe 
fortifie peii k peu , & fouvent il finit par une Tempete. Le 
Calme revint avec le jour ; ,nous n'avancions pas , mais nous 
noiis d^fennuyimes en pechant. 

Tout eft bon dans la Morue, quand elle eft fraiche; elle 
ne perd m^me rien de fa bonte , & elle devient un peu plus 
ferme , quand elle a ^t^ deux jours dans le Sel ; mais ce font 
les Pecheurs ,/euls , qui en mangent ce qu'elle a de phis ex- 
cellent, c'eft-A-dire, la T^te, la Langue, & le Foye, qui 
d^lay^ dans THuile & le Vinaigre, avec un peu de Poivre, lui 
fait une Saufle exquife. Pour conferver tout cela, il ^u- 
droit trop deSel: ainfioq jette ilia Mer tout ce qu'on n'en ' 

Seut pas confommer dans le terns de la Peche. La plus^giade 
Iprue , que j'aye vue , n'avoit pas trois pieds : c^^Huit 
celles du Grand Banc font les plus fortes : mais il n'^P^uc- 
eti)^ point d'Animal , qui , il proportion de fa jraii^eur , ait 
la Gueule plus large , ni qui loit plus vorace. On^tfouve de 
tout dans le Corps de ce Poiifon, jufqu'il des t^ts de Pots 
caffes , du Fer , & du Verfe. On s'^toit in^gini gu'il digeroit 
tout cela , mais on eft reVenu de cette erreur, qui o'^toit fon- 
dle que fur ce qu'on lui avoit trouv^ des morceaux deFer k 
moitieuf^s. On eftperfuad^ aujourd'Kui que le^a«.ic'eft le 
nom , que les P^cheurs ont donn^ k TEftomach de la Morue , 
fe retourne comme une Poche, & que ce Poiflbn fe d^- 
charge , en le retournaht , de tout ce qui Fincommode. 

On a^pelle eo HoUande Cahdcau , une forte de Morue , 
iiui fe peche dan» la Manche & dans quelques autres en- 
curoits , & qui ne differe desMorues de TAm^nque , qu^par- 



M.A 



V'' 



DUN VOYAGEDEUAMERlQ.LET.il. 5, 

cequ'elle eft plus petite. On fe contente de faler celle du 
Grand Banc, & ceft ce quon appelle Mome Blanche, & 
plus commun^ment , Mome Vem. \l. Denys dit i cette oc- 
cafion qu il a vuTaire en Canada d'auffi beau Sel , que celui 
quon y porte de Brouage, mais qu'apr^s quon en eut faiJ 
leffai dans des Marais cr^ufes expr^s , on les jeboucha. 
Ceux , qui ont le plus cri^ que ce^ays n'^toit Jbon k rien , 
ont ^t^ plus dune fqisceux m^mes , qui ont empechd qu'on 
nen retirat aucun avantage. *i"wii 

, ^;^?*°''VF^^/ » ou la Merluche nefe peu^feire que fu/^ 
les Cotes : celademande de grand%foini.i:MucOup 4'ex- 
perience. M. Denys , qui convienl que t^^eux^n'il rf 
vu faire ce Commerce en Acadie , ^'y /o^ft^fuin^^rouve 
parfaitement , & rend tr^s-fenfible qu'on a eu torTd'en con- 
clure que la Morue ny eft pas abondante. Mais il pretend 
que pour y faire a Peche avec fucc^s, il faut queries Pe- 
cheurs foient ^tablis dans le Pay, ; & voici quel eft fon rai- 
lonnement. Toute Saifon n'tft pas propre pour cette Peche • 
on ne la Pf "' ^^/^ que depuis le commencement du Mois de 
Ma, jufqua la fin cfu Mois d;Aout. Or ft vous faites v^j, 
.^gMatelots de France , ou vous les payerez pour toute I'an- 
/I1&, & les frais abforberont les profits, ou vous ne les 
payerez cue pendant la Pa^he ,& il^ n'y trouveront pas leur 
compte. Car de dire quon les emplovera le refte du tems i 
fcier des Planches, &iceuper du tfois , ceft une erreur; 
lis ny gagneront certamement pas ce qu'ik d^penferont ' 
ainfi , ou ^Ffaudra qu ils ruinent I'fntrepreneur , i)u ils mour- 
ront de raim. * 

Mais s'ils fontHabitans, on en feramieux fervi, &ilne 
tiendra qu i eux d'te ^ leur aife. On connoitra les bons Ou- 
vriers ; ils prendront leur tems pour la Peche , ils choifiront 
Jes bons endroitl, ils gagneront beaucoup pendant quatre 
inois,& le refte de 1 We ils travaillerom pour eux^dans 
leurs Habitations. Si on s'y ^toit pris de cptte forte il v a 
cent cinquante ans , PAoadie feroit devenue une des klu» 
puigantds Colonies de I'Am^rique. Car tandis qu'onpubGbit 
en France , avec une forte d'aflfeaation , qu'il n^^toit pas pSf- 
fibledy nen faire, elle enrichiffoit la Kouvelle AugletWr^ 
par la feule Peche , quoique les Anglois n y cuffent pas tow 
les avantages , que nous y pouvions avoir. 




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Aout. 



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Combat Je 
la Balcine 



54 J qU^ALi^ttlSTOlllQUE 

Quand on eft forti du Grand Banc , on en rencontre plu-; 
fieurs autres pluspetits,& tous prefmie ^alement poiUon- 
neux. LaMorue n eft pas meme lefeul Poiflon , qu'on trouve 
dans cene Mer. On y voit k la vCriti peu de Requins , point 
du tout de Dorades , de Bonites , ni de tous ces autres Poif- 
fons , qui demandent des MerS plus chaudes : mais en re- ' 
compenfe elle eft remplie de Baleiiies , de Soufleurs , d'Efpa- 
dons , de Marfouins , de Flettans , & de qudntit^ d'autres de 
moindfe valeur. Nous y avons euplus d'une fois leplaiiir du 
Combat de la Baleine coritrie TEjCpadon, & rien n'eft plus 
amufant. L'Efpadon eftdela groffeur d'une Vache, long de 
fept k huit pieds, & fon Corps va toujours en retrecilTant 
vers la queye. Son nom vient de fon arme , efpece d'Efpadoil 
long de trois pieds , & large de quatre doigts. II eft pofe fu^ 
fon nez , & de chaque cote il a une fuite de Dents de la lort-^ 
gueur d'un pouce , rang^^ dans une diftance 4gale les unes 
des autres. Ce Poiffon le /met i toute fauce ,, & c'eft lin e»* 
cellent manger. SaTete eft plus ddicate , que celle du Veau , 
plus groffe & plus quarr^e. 11 a les yeux extr^mement gros. 
rte Jamais la Baleine &/l'Efpadon ne fe rencontrent, qu'ils 
& ne fe battent , ^ c'eft , dit-on , celui-ci , ^i eft toujours PAg- 

§reffeur. Quelquefois deuxEfpadons fe joignent contre une 
laleine , oc alors la okrtie n'eft pas egale. La 3aleine n'a 
pour Arme offenfive QC defenfive , que fa Qjeue ; pour s'en 
lervir centre fon Eniiemi , elle plonge la T6te, oc fi elle 
peut frapper l*Efpad0n , elle raffomme d'un coup de fa 
Queue , mais il eft fort adroit k I'efquiver ,^ & auffi-tot il 
fond fur la Baleine J (Sc*lui enfonce fon Awne dans leDos* 
Le plus fouvent il nt la perce pas iufqu'au fond du Lard , & 
ne lui fait pas grand mal. Quand elle le peut voir s'^Iancer 
pour la frapper , Wile plonge , mais Tpipadon la pourfuit 
dans I'EaU , & roMige 4 fe rcmontrer. Albrs le Combat re- 
commence , & dure jufqu'4 ce que I'Efpadon perde de vfij^' 
fa Baleine , qui b^t toujours ^en retraite, & qui ni^e mieux 
que luiifletir d*eku. - A*'. 



PuPlcnan. 



que 



Le flmanfA. tomme une gitande Plie i il paroit que ce 

Ju'on appelle JP^r, eft fon dimiiiutif. U eft gris fur le Dos , 
: blanc ifous le Ventre. Sa lorigucureft ordinairemcnt de 
quatre i cinq pieds , fa largeur ati moins de deux , & il en ^ 
pn d'^paiffeur. U a la T^9 rort groff? ; tput efi eft ex<jw & 



t 



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DVNVOYAdBpEL'AMERIQ.LET.n. cc 

^it tendre : on t,« dkX)s un Su: , qui vaut mieux que la - 

inoeb la d^ufi fiae. Ses Wux , oui font prefque auffi grSs que » 7 2 o. 
ceux de I'Efpadon. &les bbri des deux c6t^s. qS'onl^ Aout. 
pellei2j&«^ font d^s morc^aux tr^s-d^licatJ. On jetS 
tout k CorDs i k Mer ^our engraifler les Morues . dont le 
Fkttan eft le jJus dangereux enneml . & qui ne fiit qu'un 
i;epas de trois de ces PoiiTons. Je ne vous dirai rien ^a° 
dame, de toutes les efpeces d'Oifeaux, qui vivent fJr cL 
Mers . & au. ny fi,bfi4ent . que de la P^c^^ ^car^us^^^^^^^ 
P^cheurs. ftien des Vo^ag^rs en ont parU , & ils n'en one 
^jien djt , qui m^rite qu on sy arrete. . 
^•^sLedix^uit, bonvent: apuscroyons que les Ventsnous 

- n'A°"^ "" P^" ''""P "" ^''^' & «ous faiLs rOueft-S 
Oueft , pour nous remettre dans notre latitude. C'eft que 
depuis dix ou doi^M jours nous navons point vuleSolSu 
& que par confeaHsnt nous n'ayons pu prendre hauteur! 
Cela arrive affez Cmvem , & c'eft ce ^i ^ait le plus grand 
4langerdecette navigation. Vers leshurthei^dumaln on 



au-Jeyant , fic^uand il eft pracheVon hi SmndrpaVq^ueJe 

e C6toit un Ariglois , &: le Capitaine 

lie '. r%n <>m» an*A«Jh>»> ._ 1^1^ 



l^D^kSn^- — "^ -^S«»*,«ie^pitaine 

^a£ ks L 3Lil '^"' *' ''^.'''^'^^^^ ^ nous^itions 
par les 45 d6a-6j. II nv avoit pourtant pas trop isV fier. 

car a pouvoit ^e dans la meme erreur que nous.^CepL^^^ 
ft fll?^?' &«>mmeleVent contiSuoit^te b?nTon 
de^"our "^ ^^ P^**" • "^ P^^ le Golphe dans 

fomes co«rfbrn& ; c etoit cependant notr^ falut. A onze heu 
res de nuit mmtfnn n^m^,*. r~-> !„ 1. 



r^c Jo -TJ^'pi""'/- " "'"" »*H«^""-"i nuire laiut. a onze fteu- Piiot™&''" 

res de nuit IWonfon oarut fort noir devant nous . quoique J^g^.odd/c 

rs le-Ciel fut trb-ferein. Us Mat^ots de S. '' ^^* 



par -tout a,llem....^,« ,„, ..re. - lerem. i^es Matelots de 
?S (**) ne*»al«ncfirent pouiti dire que cf^toit laTerre. 
JLUifacier fe mocqua d eux , mais cojnme illes vit perfifter 
dans leur lentiment . il commsnra i, ^r/»;,o «,':i„ -.Jr..._- „. 



dans leur fentiment , il coniencarwoire^iJiuuIIoKent 

r boiAeur if faifoit fi peu de vent qu*k 



bien avoir raifon. Par __„. ,,,,„,,, „ ^^ vent qua 
peine le Navire gouvernoit j ainfi il efpera Sue le jour v?en- 
<iroit avant qu on approchat cette Terrejde trop pr^s. A mi. 



(*) L'Equip^ d*on Vaia«aa eft par- 
ttg< en quaere Bandes , dont chacune eft en 
iawoD peiidam qoave hcuia. C'eft ee 



au'on 'appdle/4«r« U Qiitrt. Cfaaquc Pant tp 
\ commaiuKc pai uh p^ckr. 






i,W,'.-, 






^^ J ,.hAi%^i3^ 



'^. 



K- 



\ 






1720. 

Aouc. 



^6 JOURIiJr AL HISTORIQUE ^ 

nuit le quart chaneea. Les Matelots, qui fuccederent aux 
Premiers , furent cfabord de leur avis ; mais leur Offiqier en- 
treprit de leur prouver par de bonnes raifons que la Terfe ne 
devoit point Itre li , & que ce au'ils voyoient , ^toit 
une Brume, qui fe diffiperoit avec 1 Aurore. U ne les per- 
fuada point , oc ils s'obftinerent k foutenir que le Ciel 6tok 
trop pur, pour 6tre embrum^ de ce c6t^-la, s'il n'y avok 
point deTerre. ,. 

Au point du Jour , ils fe mettent tous k crier qu ils voyent 
la Terre. L'Officier , fans daigner meme y regarder , leve 
les ^paules , & quatre heures fonnant , il va fe coucher , en 
difant qu'i fon reveil il trouvera cette pretendue Terre fon- 
due. Son Succeffeur , qui ^toit le Comte de Vaudreuil , plus 
circonfpea, commence par faire ferrer quelques Voiles , & 
ne fut pas lontems fans s'appercevoir que cette prficaution 
^toit n^eifaire. Dis que le jour parut, on vit rHorifon_preC- 

2ue tout bord^ de Terres , & on d^couvrit un pent Navirc 
inglois mouill6 i deux port^es de Canon de nous. M. de 
VouTRON , qui en fut averti , fit auffi-t6t appeller i Officier 
incr^dule , qu'on eut bien de la peine i faire fortir de fa 
Chambre , dtoii il proteftoit que nous ne pouvions pas avoir 
une Terre fi prhs de /nous. II vint cepenciant apr6s deux ou 
trois femonces , &41avue du danger, que fon ent^tement 
nous avoit fait courir , il fut faifi cT^tonnement. C'eft pour^ 
tant le plus habile Homme de France pour naviguer fur ces 
Mers , mais trop d'habileti nuit quelquefois , quai^d on s'y 
fie plus que de rai(bn« 

Cependant, Madame , fi le Vent n'^toit point tomb^ la 
veille k quatre heures du foir , nous nous ferions perduyl|ns 
la nuit; car nous courions ai pWines Voiles fur desBriRms, 
dont il ne nous auroit pas ^t^ poffible de nous tirer. L'embar- 
ras ^it de ffavoir oil nous etions. Ce qu'il y avoit de cer- 
tain, c'eft que la veille nous n'etions point jpar les quarante- 
cinq d^grez. Mais Etions- nous plus au Nord, ou plus ixl 
Sud ? C eft fur quoi les fentimens furent partag^. Un de ho* 
Officitrs aflura que la Terre , qui paroiiToit devant nous, 
^toit TAcadie ; qu'il y avoit fait un voyage , & qu'il la re- 
connoiflbit: un autre foutint que c'^toit les IJies de Saint 
Pierre. Mais quelle apt)arencfi , lui dit-on , que nous foyions 
^ svan^j^s \ II n'y a pas encorp vint-quatre heures que nous 
^ * \, ^tions 



■^, -V . V 






DyN VOYAGE DEL^AMERIO. Let II c. 
^tions fur le Grand Baflp,.&,il y . oiu, h^' t!^' F 

^rand Banc aux Mcsl^Sal pferJeTe pLTrt'"" "*" 
t>r^tendit que c'^t le Cap 2 S Oi^ilV^ f Chaviteau 
^dans notrfEftime, dit-il /cela ^^p^us l^utL & ?"' 

ceiTe &.ue la hauteur no^arancP p^^^^^^^^^ 

Son raifonnement nous parut iufte n^.il • V^* 
inoins bien d^fife qu'il ffe fut tromS ;». ^""°"' "^^"- 

Dans cette incertitude on prit le oarti d'^ui ^ r^i "^^.^"e- 
Pitaine du NaviVe Anglois^KSs^Vi^^^^^^^^^^^ L'.^r 
& Chaviteau enrecut Tordre A r«« ««L "i "*^^^^' "0"s » 

, II y a quinze ans qu'il nous arriva dan« tp m^mo d 

comprendre d'oi. cela venoi., le "eStont fo« b/rT?' 
vemnevenan. point duNord:Enfo?leSteio2"^?„° 

me . <^i rafoule Vaiffeau , I co^^^S/tl^t^l 



17 zo. 
Aofit. 



(*) En 171 J le mime Chaviteau fe 
trompa dans foa Eftimc d'une maniere 
bienplus fiineftc. n^toit encore Pilotc du 
Roi file /# Ch^mtMM . & ayant Iti plufienrs 
joun UiK prendre hauteur, la nuitdu 17 

Tome in. 



?l°if ^ll!!!.'"S''"^« fur unRocher, 
prts de l>iir^>i^ , dan. llfle Royalc , & 
petfonne ne fe fauva. On trouva fur les 

H 






-jei^ski* ^ 



ji 7 i o. 

"■A A 

A out. 



J' 



Du Cap 
Raze. 



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58 JOlTRNAt HISTORIQUE 

fi leMatelot n'avoit pas eu des yeux marins, caripeuiey 
yoyoit-on , & fi le Tinjonnier cut ^t^ moins prompt i chan- 
ger fon Gouvernail. ^, * u* • 
k nai point vu ; Ma^me , cette Glace, car je ntos 
point Ve ; maisL tolis ceiix , qui ^toient alors fur le Font, 
nous aS^rerent qu'elte paroiffoit auffi haute que les lours de 
Notre-Dame de Paris ', & qu'elle paffoit du moms de beau- 
coup leslilats du Navirc. J'ai fouvent vii foutemr que cela 
dtoit impofflble , parce qu'il eiit fallu qu'elle eut ^t^ prodigieu- 
fement profokde pour s*^lever fi haut au-deffus de la Mer , OC. 
qu'il n'efl pas W)"»ble qu'il fe forme une Glace de cette hau- 
teur. A cela ie^t^ponds en premier lieu , que pour mer le 
fait , il faut donSr le d6memi k bien du Monde , car ce n eft 
pas la premiere fojl que Ton a vu en Mer de ces Ecueils flot- 
tans. La Merrdd Incarnation faifant la meme route que 
nous, courut le m% danger en plein jour: la Glace, qui 
penfa la faire teerir , fiute de tent pour I'^viter , tut apper9ue 
de tout I'Equipage , & pg^e b^eaucoup plus grande encore , 
qwe celle , que nous rendontrdmes. Elle ajoute que Ion don- 
nk I'Abfoluiion G^nerale\comme on fait dans les plus grands 

II ell certain en fecond lieu que dans la Baye d'Hud/on 
ilyade ces Glaces formes parlalJhute des Torrents , qui 
tombent du haut des Montagnes , & qui fe d^tachent avec 
un grand fracas pendant l'Et6 , & font enfuite port^es par 
les Courants de c6t6 & d'autre. Le Sieur JiREMiE , qui a 
paffe plufieurs annees dans cette Baye , dit qu'il a eu la curio- 
fit^ de faire fonder au pied d'une de ces Glaces , qui etort 
echouee , & qu'on fila cent braffes de ligne , fans trouver le 
fond. 5e reviens k notre aventure. c j t-zi j 

Le Cap de Raze , Madame , eft la Pointe du Sud-Eft de 
rifle de Terre-neuve : it eft fitue par les quarante-fix d^grez , 
& environ trente minutes de Latitude-Nord. La Cote court 
de-14 cent lieuSs a I'Oueft , prenantun peu duNord, & fe 
termine au Cap de Rayt , qui eft par les quarante-fept d6grez. 
Prefque k moiti^ chemin eft la Grande Baye d&PlaiJancet 
qui forme un des plus beaux Ports de I'Amerique. A I'Oueft- 
Sud-Oueft de cette' Baye ily a un Morne , qu'on appercoit 
de loin, &qui fert^la reconnoitre: on I'a nomm6 le CAtf- 
peau Rouge, parce qu'en eflfet il paroit de loin avoir la forme 



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DJUN VOtAGf i>ijL'AMEltlQ: LEt. n. V9 
rfun G^peau , & que la^couleur en eft rougatre. ie vint- 
trois i iriidi nous ^tions par fon Iravers , & le foir nous ran- 
ge^es les Mes de Saint Pierre , que nous avions k (IriboM, 
c eit4*dii'e , a mam droite. \ y 

Ce font trois Ifles , dont les deux Premieres font fbrt hau- 
tes , & du. c6t6 , oil nous ^tions , il ne paroiffoit que des 
Mojitagnes ctfuvertes de moufle. On pretend que cette mouffe 
*^?"77 !i? quelques endroifs de li^s-beau.J>orphyre. Du 
cot6.de Terre-neuve il y a quelquejf Terres labourables , & 
un affez bon Port, oii nous avons eu qflglques Habitations, 
La pFus grande & la plus Occidentale des trois; qu'on ao^-- 
pelle plus commun^ment I'Ifle ^tf£«e/o«, n'eft nasfihatfte 
que les deux autres , & fon Terrem paeoit fort uni. EUe a 
environ trois quarts de lieues de long. Le flqt-quatre au point 
du jour elle reftoit cin^ ou fix lieues derriere nous , mais de- 
puis mmuit nous n'avions pas eu de vent. Vers les cinq heu- 
resdu matin il s'^leva un petit foufle deSud-Eft^. En attendant 
qiiil tat affez fort pour enfler nos Voiles , on s'amufaApe- 
cher , & on prit une affez grande quantite de Morues. On" 
sarr^ta deux heures plus (ju'il nc falloit 4 cette Peche & 
nous eumes bientot tout lieu de nous en repentir. ' 

lletoithuit heures , quand on appareilla , &nouscburu- 
mes tout le iour , dans I'efperance de decouvrir le Cap de 
Raye , qui itoit fur notre droite , 6u la petite Ifle de Saint 
Fauly que nous devions laifferi la gauche , & qui eft pref- 
qu^ vis-Arvis du Cap de Raye ; maas la nuit fe ferma /fans 
que nous euffions rien vu. On eut'bien voulu alors avoir 
profit^ du terns J que nous avions perdu. Ce qu'il y eut de 
plus facheux, c'eft que vers kminnit nous effuyames une 
Tempete ^ez femblable k cel|li^e nous avions cffuy^e fur 
le Grand Banc , & que ne pbivknt douter que=«ous ne fuf- 
"fions pr6s de I'une des deux Xerres, entre tefquelles iious 
devions paffer, nous n'o(lmes profiter du Vent, qui nous 
auroit fait faire bien du chemin. Ainft , malgr^ I'avis de Cha- 
viteau , qui r^pondoit de paffer fans rifouq , on mit en 
Panne (a), .^ 



1720. 
Aout. 

Des Iflcs (!c 
Saint ntuk.-. 

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(«) Mettle en Paiine, c!eft an^ le 
Viufleau , auand il eft fous Voiles. I>oar cela 
on carguc les granJes Voiles , & on difpofe 
les Honiers de telle forte, cjue le Vent (bu£9e 



dans la grande Mifene pour lol faire battre 
le M&t , & dans la petite , pout I'dventer. 
iAinfi, le VaifTcau poufR des deux cotiSs, 
XMivancfc point. , 

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1710. 

Aout. 



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60 *^ J O U R N A L k} S>T OR I Q U E 

Au point du jour nous appW9umes le Cap de Raye,, fur 
lequel les Courants nous portoient , &,pour furcroit de dif-» 
grace , nous n'avfons plus de Vent pou» nous foiitenir. 
Nousiiions.prefque deflus, 16'rfqve fur l«s cii\q heures & 
. ^ deiT^ au maun un petit air de Vent de Nord-Oueft vint fort 

^ propml^ riotre fecours. Nous n'en perc^mes rien , 6^ nous 
nous tirimes du mauvais pas , oil nous ^ions. Le Nord-Oueft , 
apr^s nous avoir rendu ce bon office , nous auroit fait bien 
plaifir decider la place i un autre; mais ilne le fit point, 
& pendant deux jours il nous retint ^ Tentr^e du Gomhe de 
" Saint Laurent. Le troifi^me jour nous paflames jcntr^ ^Me de 
Saint Paul , & le Cdv Saint Lauirnt, qui eft la pointe la plus 
Septentrionnale de rifle Royale. Ce Paffage eft fort ^ti^t , 
& on ne sV hazarde point , quand le Ciel eft embrum^ , 
parce que llflfe de Saint Paul eft ft petite , que la Brume la 
cache aif^ment. Celui , qiii eft entre cette file & le Cap de 
Rave eft heaucoup plus large : mais nous dtions par^s pour 
prendre Tatftre , lorfque le Vent changea , & noijj en profi- 

tames. 

Le Golphe de Saiilt Laurent a quatre-vmt heue's de long , 
dc Sn?£ qu'un bon Vent de Sud-Eft nous fit faire en vint-quatre heu- 
rcnt , & des.;^ i I'aide des Courants. Environ a moiti^ chemin on ren- 
i/7« »uhOi. corttre les IfUs aux Oijeaux , que tiQus rangeimes kh petite 
if»^. port^ du Canon , & qu'il ne faut pas confbndre avec celles , 

^ que Jacques CxRTiER d^couvrit auprfes de I'Ifle deTerre- 
.$uve. Celles , dontils'agit , font deux Rochers , quim'ont 
Xu s'^lever 4 pic , environ foixante pieds au- deflus de 
lUj & i>Dt le plus grand n'a gueres que deux ou'trois 
cenisoas de circuit.' lis foiu fort pris I'un de4'autre , & je ne 
cr©is|>as qii'il y ait entre les deux aflez d'Eau pour une grande 
Chal<Mipe* 11 eft djfficile de dire <J)e quelle cooleufils font,- 
car la fiente desOifeanx en cojuvre abfojument lafurface, 
& les bords. On d^couyre neanmoins en quelques endroit$ , 
des veines d'line couleur roiigeitre. •- 

On les a vifiteespluiieurs fois ; on y a charg^ des Chklou- 
pes entieres d'^ufs de toutes les fortes , & on aflure que Tin- 
feftion y eft infupportable. On ajoute qu'^vec les Goelans 
& les Tangueux , qui y viennent de toutes les Terres voi- 
fmes , on y |ax)uve. quantity d'autres Oifeaux , qui ne ^au- 
roient voier. La merveille^eft que dans une multitudes fi prp- 




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Aout. 



DUNVpYACEErEL'AME.RiQ.LETjI. 6i 
digieufe dc Nids » chacun trouve d'abord le 3ien. Noui tira- 
des un CQUptde Carton , qui mit i'aUarme dans toute certe 
R^publi^ue Vblatille , &^il fe forma au-deffus des deux Ifles 
ua(nuage igiis de cesOifeaux, lequel avoit bien deux ou 
troisjieues de circuit. 

L©>^ndemain , vers k point dii jour , le Vent tomba tout-'i- 
C9up;.Encore deux heures , & nous doublions le Cap des Ro- 
furs, nous entrions daqs-Ie Fleuve de Saint Laurent, qui 
coule Nord-Eft, & Sud-Oueft ; & le Vent de Nord-Oueilt 
aui s'deva bientdt , nous eik fervi , mais nous anions perdj 
deuk heurfes l^int-guatre ^ pScher ,-& en confSquence deux 
purs i IXntrie du Golphe h1 fallut attendre ici que le Nord- 
Oueft tomb&c , & nous attendimes ciriq jours , pendant lef- 
quels nous ne i^mes pas cinq lieues. Ce retardement ne fut 
pas m6me le plus grand msl , qu'il nous fit : il 6toit tr6s-f roid 
ii flous fecoSa beaucpup , & peu sen fallut qu'en tombant ' 
il ne rious fit perir de la jnaniere , que vous allez voir. Mais 
il faut auparavant vous faire la Cart^ du Pays , oil nous * 

^tions. • , . „ . 

Le Cap des Rofiers eft proprement Tentr^e dy Fleuve Saint bu Cap d^' 
Laurent, & ceftde-li, qu'il faut mefurer lalargeurde fon ^°J'?»* . '^^ ' 
Embouchure , qui eft d'environ trent^lieues. On peu en» ^&.V^ 
deji^lus au Sud, font laB^e & la Pointe de Gafvi , ^ fIcuvc sai„t 
Gacfupe. Ceux , qui pr^tendent qu^ le Fleuve Saint Laure*flt ^""'' . ^ 
a quaranteJieues de large k fon tmbobchure., le-^neforent 
appagmilferit de la Pointe Orientale'de Gafp^. Au-deibut 

de la nave nn annpf'rrkir nno eifner-a A'f{\^ — .r_'_/i -__/>" i^ 



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Baye on app^90it une efpece d'Ifle , qui n'eft au fond ; 

Kbcher efcarp6 , d'environ trente toifes de long, de'*^ 
°?*.,fr^*"'%.^ 1^ *I"*^* de^large. ^n diroit un PaiJ de 
vieill6 ^raille , & on affureVil touchoit. autrefois au 
Mom Ml, qui eft vis-i-vis, dans le Continent. Ce Rocher 
a dans foiii milieil une oijverture en forme d'Arcade , pat 
laquelle pne Chaloupe BiTcayenne peut pafferi la Voile ^ 
& c eft-tfequilui a fait donner le'nom A'lJltJ^ercet. Les Navi- 



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V, n ' *I" °" * nomiiiee la Table a Roland, L'Me 

Bonavemute eft ^ une lieue dfe I'Ifle Perc^e , & prefque i^ la 
>mame diftance eft llfle Mifcou , laquelle a hvit lieues de 
circuit, & tin tr^s-bon Havre. Un peu au large de cette Ifle 



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1 7 zq. 
Aout. 



1720. 

Septem 
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6i JOURNAL HISTORIQUE, 

il fort du milieu .de la Mer une Source d'Eau4)ouce , qui 
bouillonne , & jaillit affez haut. 

Tous ces Parages font excellens pour la Peche , & le 
Mouillage y eft bon partout. II feroit m^me aif4 d'y ^tablir 
des Magafins , qui ferviroient d'Ehtrepot pour .Quebec. 
Mais on a perdu k faire le Commerce des Pelleteries un terns 
infini , qu'on auroit du employer k affiirer celui des Morues-, 
& de quantite d'autres Poiflons , dont cette Mer abonde, 
^ k ,fe fortifier dans des Poftes , dont on a connu trop 
tard I'importance. II ^toit naturel qu'ayant fi pres de nous 
des abris furs & commodes , nous allaffions y attendre le 
retour du bon Vent , mais on efperoit de moment en moment 
qu'il reviendroit , & on vouloit en profiter k I'heure meme. 

Enfin le Jeudi deuxieme ^e Septembre le Nord-Oueft 
tomba fur le midi ; alors nous trouvant fans pouvoir avan- 

'" cer , ni prefque manoeuvrer , nous nous amufames k pecher , 
& cet amuiement nous fut enc6re fatal. Car leTimonni^r , 
plus attemif k la Peche, qu'i fon Gouvernail, laiffa venir 
le Vent fur les Voiles , ce Aii s'appelle eft-termes de Marine , 
frendre Chapelle. Pendant le calme nous avions deja beau- 
coup d^rivl fur I'lfle XAmkofty , I'accident , dont je park 
nous en fit approcher de fi pr6s , parce que les Courants nous 
y portoient , que npjus voyions deja tout k decouvert les 
Brifants > dont I'lfle eft bordee en cet endroit. Ppur comble 
de difgrace , le petit foufle de vent , qui venoit de s'^lever , 
nous manqua au befoin. 

Pour peu que ce Calme eut dur^ j c'^toit fait de nous. \5n 
moment apr^s nos Voiles s'enflerent un peu , & nous vou- 
lumes revirer de Bordj mais le Navire, contre fon ordi- 
naire , refufa de venir au Vent ('«),& cela deux fois de 
luite : preuve certaine que le Courant , qui Tentrainbii , 
^toit bien fort. Nous nous crume%fans reffource , parce que 
nous ^tions bien pr6s des Ecueils pour rifquer de revirer de 
Vent arriere {b), Mais apr^s tout , il n'y avoit point d'autre 
parti k prendre. On mit done la main k I'oeuvre , plutot pour 

. n'avoir rien k nous reprocher , que dans I'efperance de nous 
fauver ; & dans Tinftant meme nous ^prouvimes que Dieu 
vient au fecours de ceux , qui s aident. Le Vent tourna au 

(« ) ToiBner en pr^Ccntant la Prouif au I (*) Touincr t^ prdfcntant la Poupe 
, Vept, . 1 ad Vett, . J 






W ?^^\9YAGE DE L-AMEbIiq. Let.,11. 6, 

Pomte dAnfCoffy, qu. noMS ayoi. faitfant de peur, itoi. '/* °- 

Cette Me s'^iwid environ quarante lieues Nord-Eft & Sud- ^'■^* 
Oueft , prefque au rtiilieu du Fleuve Sa nt Laurent. Mais elle D'fcrfprio. 
a fort peu de laraeur. Elle fut conc6d^e aif Sieur Joliet a '■' T' ^'^- 
fon retour de la l5^couverte du Miciffipi , mais on ne luYfir '' " 
pas un grand pr^fent. Elle n'eft abfofument bonne Vr^n 
tile eft mal boif^e , fon Terroir eft ft^rile , & elle rfa Uun 
feul Havre oil un Batiment puiffe etre en furetl.II Suru" 
" SJ-' 'iX^ quelques ann^es , qu'on y avoit d^couverc 
une Mme d'Ar^ent & faute de Mineurs, on fit part r de 
Quebec, ou/eto,s alors un Orf^vre , pour en fair?! W 
.. ve . mais il n alia pas bien loin. II sWr^ut bientot aux dif- 
cours de celui, qui avoit donn^ TaQI que laMine n\Sf- 
toit que dans le Cerveaa bleff^ deT" rtomme.Tequef 1 d 
recommandoit fans ceffe d avx)ir confiance en Dieu. ti iueea 
que fi la confiance en Dieu pouvoit par miracle faire trouver 
uixe Mine , il n'etoit pas n^ceffaire dWr jufqu'A AnticX 
& Il revmt Xur fes pas. Les Cotes de cette Ifle Yont affez po.f- 
fonneuf^ ; toutefeis je fuis nerfuade que les H^rS du 
Meur Joliet trbqueroient volontiers leur vafte Seieneurie 
pour le plus petit Fief de France. ^eigneurie 

. Quand on a paff^ cette Ifle , on a le plaifir de fe voir tou- ^ 
jpurs entre deux Terres , & de sWurerldu chemin , que l\)n 
Jait : mais il faut nayiguer avec bien de la circorifpe^ion fur 
If ^^"Xr* ^^ J?^**^' troifi^me nous laifl-ames a gauche les 
Moms Notre^DoMe, & le Mont^Lo^ys; c'eft ufe Chaine 
de Montagnes fort hautes , & entre lelquelles il y a quelques 
Vallons , QUI etoient autrefois habitues par des Sauvaees. les 
environs duMont-Louys ont meme de fqrt bonnes Terres 
& on jr trouve^qllelques Habitations Fran9oifes. On y pour' 
roit taire un Etabliffement fort avantageux pour la Peche 
furtout pour celle de la Baleine , & ilne feroit pas inutile 
auxNavires, qui viennent de France ; ils y trouveroient des 
lecours, dont ils ont quelquefois un extreme befoin. La 
nuit fuivame , e Vent, iugmenta , & peu sen fallut qu'il 
ne nous jou^t d'un mativais tour. Nous S'^tions pas loin de 
la Fointe de la Tnmte , que nous devions laiffer fur riotre 
droite i-mais nos Pilotes ne s'en croyoient pas fi proches - 









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64 JOURNAL HISTORIQUE • 

d'jiilfeurs ils s'eftimoi^ aflez au large , pour ne rien crain* 
dre. M. d^ Voutron s*6veillaen furfaut, en crtant de bander 
au large. Si cet ordre eut 6t6 differ^ d'un quart d'heure, le 
Navire ^toit.brife contre la Pointe , qui parot quelques mo< 
mens apr^s, Le quatrieme ay foir nous mouillames , pour la 
premiere fois , u|i peu au - delTous de ce qu on appelle les 
Mammell(s de Matance.Ce font deux Tetes a une meme Mon- 
tagne, laquelle eft doign^e du Rivage de deux lieues. Je 
ne crois pas qu'on puiiTe voir un Pays plus falivage. On n'y 
apper^oit que de mauvais Bois , des Rochers » du Sable , 
& pas un pouce de bonne terre. A la verite ily a de belles 
Fontaines , de bpn Gibier &: en abondance , mais la ChalTe 
y eft prefque impraticable k tout aijtre , qu & des Sauvages & 
k des CanadienS' 

Nous reftames la pendant quatre jours , parce que de Tau- 
tfe cote du Fleuve nous avions k parer la oatture de Mani- 
couogan , fameufe par plus d*un naufrage , & qui avance 
deux lieues dans le Fleuve. File tire Ton noin d une Riviere , 

^ui fort des Montagnes de Labrador ^ forme un aflez grand 
,ac , ^uiporte le meme^nom , & plus commun^ment celui 
de Saint Barnahi , & fe d^charge dans le Fleuve au travers 
de la jBatture meme. Q.i}elqi!e$-une$ de pos Cartes Tappellent 
la Riviere Noire, 

Le huitieme nous appareillames : ce n'^toit pas la peine, 
pour le chemin , que nous fimes ; mais la variete defennuye 3 
OL rexercice eft bon aux Matelots. La nuit du dix d Tonze 
nous fimes quinze lieues ; encore la moitie.d'une, ^ nous 
aurions pare le Paflage le plus important du Fleuve. P'ail^ 
leiirs nous aurions gagn^ v^s forte$ Mardes , car jufqiies-li 
elles ne font prefque pas fenftbles , ft ce n'eft fur les Bords : 
mais le Vent tourna tout-4-coup au $yd>Oueft,^ nous 
pbligea de cherch'er un abri: nous le troyvimes ibus /^e 
Veru ,oyx]^yx% reftimes cinq jpurs. Nous nV manquions de 
rien , mais ay |}out de ce tems-U nous vQuliimes voir ft du 
^btk du Nord nQu$ trouverions , comme on nous Tavoit 
fait efperer, des .Vents de Terre, qyi poyrroieyt noy$ faire 
^ntrer dans le$ jgr^indes Maries. 
.Nous allimes done mouill^r ay Moulin Baude ; la traverfe 
^ Aa Pott ^ eft de cinq lieues. £4i arrivant je demandai k voir ce Moulin » 
§c on me mgntra qyelqyes floc|iers , d'oii fort un Ruiffeau 

d'yne 



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Carte du Cours 

LA RIVIERE DU SaGUENSX 

of^ellee par les Souvo^m 

Pit c hitaouichetz 

Drcsvee sur Us Afianuscriis cUtDepostr 



des Cartes, tt Plans Jc la^Ktrtnc. 




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Carte du Coujis 

DE LA RIVIERE TiV S AGukks 

appellee par les Sauvaqes . 

Pit C HITAOUICHETZ 

Drcssce sur les JUamiscrits duDepostr 
des Cartes, et Plans Jc lo-Jfacinc. 




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DIJN y OYAGE DE L'AMERIQ. Let. II. 6, 

dune Eau Claire. C'eft du moins de quoi batir un Moulin 1 

lEau; maisilny a pueres d'apparen^e quon nV en bi "ffe ^T^ 

V- ™ «'">-'»• Le iaguemy eft nn peu au-deffus cVrt bre 
une R,v,ere , que 1« plus gros Vaiffeaux peuvenrremom^ 
vrnt^c-nq henes. En y entrant on laiffe 4 Ln d?oi e7e P«t " 

Ltlf"^^:!l !T-' ""Geographer onl'tilrquT 

au terns de laVraite & qui cn,^:^fSeZtl uTcT 
enX 'qn'eTeTa! °" ^' '*^ ^^S^ d'une Foire : & Slj 

Na'ions'stv'i^^du N^^i'^'dTS •■±°j<' ^^ 'o"*^ ^ 

re„doie„t,d^|„elaNa"41S^^^^^^ 

foitdu Canada; que les jfiffionnaires profitoient de iS 

arMaUnXru;^rx":„':*^i:!-st^"«^«^^^^^ 
t?rteJ^^f's;:„te/is,S^^^^ ' 

geui^ parloient beaucoup de radou£c & iL ri^„ T' 
ont fuppoft que c'^toit uSe VilleT,uel™« Aute^KS 
nft^vafirf qt^eUe avoit une JuriflS^ j)"'*"" "^ ■»«■ 
Au refte , Tadouffac eft un bon Port & on m'- ,(r- a 
gue vicinq Vaiffeauxde Guerre y^iioiemC'jS 
de tous les Vents , que I'Ancrase vJtSL ^ ^ ,i;' ," 

P^s d un^ hauteur prodigieufe ?environnent de Routes Mm 
& il en fort un pent Ruiffeau , qui peut fourdr de rl.?i 
tous les Navires. Tout cePavs eft nWV«iif u ^.^} 

^tant mouilM avec Z^^..,, dans c/mt^rendroi; ^e Tin 
meme terns quatre4e ces Poiffons , qui entre xte & Oul„f 
^toient prefque de la longueur de notre VaSearr^^.r ' 
ont.fait autrefois cette Plche avec {iZL Z ■ ^3^<I"e$ 

^esdeU^^^^^ 

Tome III^ " - 



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„a J O U R K A.L H 1 S T O R I Q U E 

taire , qu'on pourroit faire tranquillement dans un Fleuve $ 
& celle , ,qu'ofl va fi^re fur les Cote$ du Groenknd avec tant 



Septem- de rifques & de dipenfes ! 
bre. Les deux jours fuivans point de Vent deTerre, & nou» 



j^es aeux jours luiYtins pouii. uc vcui uc xci««i) v^ .iwuir 
regrettons fort notre premier moHillage , aupr^s duquel il y 
avoit derf Habitations Fran^oifes ; au lieu qu'i^i on ne voit 
ni Hommes , ni Betes. Enfin leitroifi^mejour k midi nous le- 
yons I'Ancre , & nous franchiflbns le Patoge de Yljle Rouge ; 
qui n*eft pas aif^. II faut d'abord porter fur cettelfe , comme 
\ S on vouloity aborder ; c'eft pour ^viter la Poifltt aux 4^- 
\ louettes,, qui eft k Y^trie du Ssieuenay , fur la gauche , & 

aui s'avance beaucoup dans le Fleuve. Cela fait , on revire 
e bord. Le Paflage ?u $udd6 1'lfle Rouge eft beaucoup plus 
iur ; maisil auroit fallu pour cela retourner fur nos pas , oc 
le Vent auroit pii iious njanquer. L'Ifle Rouge n'eft qu'ua 
Rocher prefqu'a fleur d*au , qui paroit v^ritablement rouge » 
' & fur lequel plus d'uo Navire a fait naufrage. 
Benncux Lft lendemain yS^Y^cm pew de Vent& dcMar^e , nous al- 

^^''' lie^^f de Quebec §c de Tadouffac Qnla laifle igauche , & 
ce #^J»gP <fft clangereux , quand on n*d pas le V«htifouhaiu 
>1 eftfa& , ^roK, 8t d'un bon quart de lieue-Eli terns dc 
CMAii^LAMJ ii ^toit beawqoup plus aiiJJ; mais fia 1663 ua 
frembiement de Tw?re didracina une. Montage , fa janca Iur 

J'lftfs amt iCwdr^ , qu'elle aggrandit de moitie , & i la place , 
p^itoit iceitf Moptagne , ilpw^it un Goufr^A , dont il ne tajt 
MS ixppde s'apprfl^her. On poBwroit pa% au Sudde IMle 
!mx Cga^m/k ce P^iJage feroit facile & fans danger, il 
^^ \fi «Qp de M, d'lheryille , qui I'a tenti avec ftcc^ » 
^^i^QSmmm eft 4fi paO^r ^u Nord , & h coiituine^ft uofr 
A^i (mypmm pew l^ comnmn d«s Hommes.^ 

icslint PaJ. ^^Vy /?««/> Qi««ommfin6ent lesHabitanons du coti du 
Nor4, Sfokily a desPinieres, qu'on eftime beaucoup; oa 
y trpwye £3tt<m de* Pins roughs d^une ^amle bc»ut^ , & 
Li ne csffwt iajDa;^. M«ffifiur$ daS^maawc^de Qi^becjTont 
|Sgn»i«<te cette 3»ye (ii i. Six li^ue?.plus haut «ft "« P'J- 
^ l9©nA0ire eMr^«ei»em ^lev<i , oii fe temmift ufie Chaine de 
J^on^pgne5, qwi s'^^end plus dequatre cent Jieues ilOuett^ 

(«) On y a <kcouve« depois pqiuae fott bdlcMincie flomU. 



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§rac eufement la vue. Cette Ifle aTvJoa quamrllT'"^ 
de circuit , & en 1676 elle fut 6rig^e en Com?r ?" i ^^"^^ 

cS «ttm2!. P 1 Artillerie , qui l^avoit acquife de Fra^ . 
cois miMfM^ Vr^mxet Eveque de Quebec, he avoit d^ia ' 

on y compte aujourd'hyi fix Paroiffe* 

1.,; A.V^A "V? *5I"* fonnent cette Me, il nV a on 






^ Les Maries mont^nticir^guli^rementcinahenrpc /irk •/• 

pendant fept. A Tadouffac ellS monr«2rS7> ^ 5^'^" . ' ^ '^"^^ 
finr fi« kA..r» . Ar , "^ '^"^5 montent & delcendent «'" f "ve , & 

lantlixh^ures; &plusonmonteleFleuve. ol... liph/J dcUD^cii^ai. 



Les 

got <fiiB lePort deTadouffiic. & 4 l-F^Sl. j. c "*'"' 
5le ne fait que c6mme«Sin,er 4 Gfe±,i!>^'"^ ' 
l.eu« plus hau. fur cetteRiviere , &n^^ZL fi""'"' 
haute aux trois endroits en mini tenis cX vlni r j ""* 
de ce,ue la 'apidit.d„S.gue„aVrj3u?g'S'enZfr 






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^ 6«. .JOURkIl H;|Sf0^4l(JUE 

-"-io/" celle duFleuve^int Laurent, refoulaAt la ^laree, faitpeh- 

c A. dant quelque terns l'e>ilibre dfe . Che^outimi avec 1 Entree 

bept^A- ^^ 4a Ririere d^s le Fleiive. Cette rab^dit^ au refte neft au 

^'^'" point , oil on la voit / que depuis le Tremblement d^Terre 

de i66x. Ce Tremblement renverfa une Montagne dans la 

Riviere , dont eU6 «^tr^<:it le Lit , & forma, une Peninfule , 

qu'on appelle Checoutimi , au-deffus de laquelle il y a un Ra- 

pide , que les Canots m^mes ne peuvent pas franchir : la. 

profondeur du Saguenai , depuis fon Embouchure jufqui. 

fchecoutimi , eft egale k fa rapidit^. Auffi n'oferoit-on pas y 

letter les Ancres, fi on n'avoit pas la facilite damarrer le& 

Vaifleaux aux Arbres, qui couvrent lesBords de cette Ki- 

. ' ■ 5;- 

On a encore obferve que dans le Golphe Saint Laurent , 
^ huit ou dix lieues au large, les Marees font differentes, 
felon les diverfes pofitions des Terres , ou la vanete des bai- 
fons ; qu'en quelques endroits elles fuivent les Vents , iSc 
qu'en tfautres elles vont contre le Vent ; qu'4 rEmbouchure 
du Fleuve , en certains moi» de I'annee , les Courants por- 
tent touiours en pleine Mer , & en d'autres , toujours i 
Terre ; enfin, que dans le Fleuve meme , lufques vers les 
Sept Ifles , c'eft - a - dire , ^pendant foixante lieu^s , il n y * 
- point de Flux du cot^ du Sud , nrie Reflux du cot6 du Nord, 
II n'eft pas trop aife d'apporteride boimes raifons de tout 
eela; ce qu'on peut dire, ce femblej'^de plus raifonnable, 
c'eft qu'ilie fait fous I'Eau des raouvemens, qui produilent 
., <;es i?regulari4es , ou qu'il y a des Courants , qui vont & 
viennent de la furface au fond , & du fond k la furface , 4 la. 
maniere des Pompes. ^ ^ 

Une autre obfervation a faire ici , ceft que la declinailon 
V de la Bouflble , qui dans quelques Ports de France n'eft gue- 
res que de deux ou trois degrez Nord-Oueft, va t<?ujdup 
en diminuant iufques par le travers des A9orres , oii el e 
n'eft plus fenfible i mais qu'au-del^ «lle augtnentc de telle, 
forte que fur le Grand Banc de Terre-neuve elle eftde vint^,, 
deux degrez & plus ; qu'enfuite elle commence k diminuer , 
mais lememem , puifqu elle eft encore de feize degrei i Que- 
bec , & de douze au Pays des Hurons , ou le Soleil le cou- 
che trentd*trOis minutes plus tard, qu'4 Quebec. 

Le Dimanche vint-deux uous ^tions mouUles par le tr*- 



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Dc I'lae 
J^Oilcans. 



iJa-»-Tfr 






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DVN VOYAGE DEL'AJiEB in i ™ 

a,«nda„,- k «'our de^a Ma°I t " ouTc/pr "k" '" ^"^^ 
les Terres bonnes , & les HahJtan. /a- T / ® *^^^* ^eau , c.^ 

la reputation d'etre'un peu &" & "nt'^^ ^ 'i'^ °"' bre^''"^" 
^ eux , pour f9avoir I'avenir , on ce ""^ ?- ^ "> ' ^""^^ ' 
eioignes. Par%xemple , ^ l^s^avir^, d?F^' ^'"^^ ^'' ^^^"^ 
peutfop, onlesco^ltepo^renlvofr? ^^""'^'^^"^^ 
afIureq^u'.]^ontquelquefrr%;X^ 
quayant devind une ou deuxVois, & avant^T, ^^^ 
pour fe divert r , qu'ils oarJoienr ^Jf? ^ ' ^^" accroire , 
Wine ^ aVSent rolTtTltfe/'"'"^^ 
Lorfque Jacaues Carrier d^couvrit^ette ^. ' -i r 
tpute remplieJe Vignes^, & la noi^rUlT ^^ V^HX^ 
Navigateur ^toit Breton : aor^s \r,iO.Z ^^M^ Bacclms. Ce 
quiom arrach^ les Vienes & i n u^"^^^^ 

cellens Fruits, ollomln^^'t ^T ^'T'"' ^ ^'ex- 
il n'eft pas mauvais. EnTJe L„„i;^ "^"^"^'5 ^^ Taba^c , & 
mouilla^devant Queb"cToS ie mtn' "'"'? '.^ ^^'^'^'^^^ 
auparavant en Canot dUorci tJ * '^'^^ ^"'^ ^^"res 
faire dans ces fragiles Voit Ires ilfa .."" ""^'^ ^' ^'^"^"^ ^ 
peu a peu. VoiUT Madam cV cue ^l?"'^' ""^ accoiitunie 
parncularit^s de n,on VoyL cl fom T "^ "PP""^^ ^«* 
des bagatelles , qui ferdinftom 1. ' 1°"^^ ^°"« ^oyez , 
PerfoiSies d^diXmS^ ^^-S*"* ^°?""* ^ amufer des 
dans la fuite a„dqur4Se^uJ^^±^^ 
mais je n'ajoiterai rienTcettl w^ '"' ^ "'^^^ ""^^er : 
pas manquer roccafion d'un Navir?]Vlfr.T ^* ^* ^-^^"^ 
le point i mettre k h Voil^jSi I'honn '"^ ' ^"' '^ ^"*' 
encore pj^- le Vaifleau du Roi. ^''' ''^ ^°"* ^^rire 

Jefuis, &c. 




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70 JOURNAL ttlSTORlQUE 



1720. 
Oaobre. 



T R G I S I E M E L E T T R E. 

Defcription de Quebec , CaraBere de fis Hahitans ^ 

& dc IcL fa^on de vivre dans la Colonic 

Fran^oife. 



A Quebec, ce vint-huit pSobre, 1710. 



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Origine du 



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ADAME^ 

J E vais vous parler de Quebec ; toutes les Defcriptions , 
que j'en ai viies jufqu'ici , font fi defeftueufes, que j'ai cm 
vous faire plaifir , en vous reprefentant au vrai ce'tte Capitale 
de la Nouvelle; France. Elle raeritev^ritablement d'etre con- 
nue , ny eut-il que la fmgul^it^ de h fituation ; car il n'y a 
au Monde que cette Ville , qui puiffe fe vanter d'avoir un 
Port en Eau douce , k fbovint lieues de la Mer , & capable 
de contenir cent Vaiffeaux de ligne. Auffi eft-elle plac6e fur 
le Flcuve le plus naviguable de I'Univers* • 
v^ngine du C© FleuYC , jufqu'i XMe d'Gf Icarts^j c*eft-ii-dire , k cent ' 
Bom lie Que^ djx oudouzc licucs dc U Mer , n'» jamais tn«ins de qoatre ^ 
cinq lieues de large; maisau-deffusderifleilfef^trecittout-i-^ 
coup de telk forte, que devant Quebec il n*a plus qu'un 
mille de largeur; c'eft c© aui a fait donnfir i cet eiidroit le 
nom de Que6eio ^ ou Quebec, qui en Langue Algonquin© 
iignifie Retreciffemem. Les Abenaquis^, dont la Langue eft- 
une Dial^ Algonquine , le nomment (^uelibec, qui veut 
dire ce qui eft ferm^ , parce que de I'entree de la Petite Ri' ' 
viere de la Chaudiere , par oil ces Sauvages venoient k Que- 
bec du voifinagede I'Acadie, la pointe de Z«w , qui avan- 
ce fur rifle d'Orleans , cache entierement le Canal du Sud; 
rifle d'Orleans cache celui du Nord , de forte que le Port dp 
Quebec ne paroit de-li qu'une grande Baye. 

La premiere chofe , qu'on apper9oit en enttant dans la 
Rade , eft une belle Nappe d'Eau , d'environ trente pieds de 
Jarge , ^ de ^uarante fie h^ut, ^Ue eft ^mr^Jediatepient k I'Epr 



Da Sauft 
Je Monuno- 










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^ Cut de Sac tnUe* h$rfiu^ h i tmim 

^^iiUge de BcMipoxjt- 




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17 io. 
Oaobre. 



Smratioa Ar 



DUN VOYAGE DEL'AMFR TO r «, 

quelle, commejeraiderobTi^tZ^^ *^^""?» i?" 

droit meme, oii le Figure eft ^nlf z" *?^^ "i^^^ ' ^ ^ sFmar 

^ ?"Ma,iskqueIiedichargelf^^^^ ^"^ en tout 

• du Nord-Oueft. Quebec d^enS^pl'^^^^ 

16 Fleuv'e. Le mSuXgeT^^'i '^"^•.''^^^"^P^" dan» 
<l^au , & I'Ancrage y Ift ban ^ ^^t? ' ** * "^'"^'^^ ^''^ffe* 

te ABcres, mais VSL daf^^^^^ *^'*^'" quelquefoi. fur 

laqueUe eft prL^L^L SFeLXlS'a'u^^* J'^*-^^"^' 
pour raifurer Jes Habitans «^f.l r T?^"f «l« Ravage ^ 

. ftape dp ««^dk)cX^Ldeur& r/"^"?^ ' ^ "«^ 

Soff^* o^nere k rX ' «^ ad- 

prdTondeur. Ellens forment TZ Bu^ ^ "* P* ^«"co»«P d«r 
cupe route la 4eur Tla^a« &!v J''^"^ ^ ^'^^- 

& au d^tour.du CapauxD^mamc jT ' ^*^^^^^^«^ 



Dcfcrijptkw 



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ka|^^^^ve.<<>4-'t^'LKi^raa>ti 4 <ij:!v 



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72 . J O U RN A L H ISTO RI QU E / 

~ — aflfez longue de M^iToos fur le bor d d'une Anfe , qu'pn sppelle 

» 7 * o« VJq/e tics Meres. On peut regarder ce Quartier pofflme une 
Oftobre. efpece de Fauxbourg de la B^e Vi.Ue. 7 

Entre ce Fauxbourg .& la Grande.Rue on monte k la Haute 
Ville par une Pente ii roide , qu'il a fallu y faire des Dejgrez , 
Jie forte qu'on n y peut monter qui pied. Mais en prenint d^ 
la Place fur la droite , on a pratiqu^ un Chemin , dont la 
pente eft plus douce, & qui eft bord^ de Maifons. Ceft k 
fendroit , oil les deux Montees fe r^uniffent , que commence 
la Haute Ville du cot^ du Fleuve ; car il v a encore un6 Baife 
Ville du cot^ de la Riviere Saint Charles. Le premie^ Bati- 
ment de remarque , qu'on trouve k droite du premier cote , 
eft le Palais Epifcopal: toute la gauche eft bord^e d^Mai- 
fons. Vint pas4)lus loinon fe trouve entre deux Place? affez 
' grandes : celle de la gauch* eft la Place d'Armes , fur la«- 

Suelle donne le Fort, oil loge le Gouvefneur G^nerial: les 
Lecollets font vis-i-vi$ , & dWTez belles Maifons oc^cupent 
pne partie du contour de la Place, , , ^ Ji j 1 * 

Dans celle de la droite on rencontre d'abord la Catljedrale , 
mii fert auffi de Paroiffe i toute la Ville. LeS^min^re eft ^ 
cote , fur I'Angle , que forment le Fleuve & la Rivifere Saint 
Charles. Vis-irvi$ de la Cath^drale eft le College des J6- 
fuites , & dans les entredeux il y a des Maifons allez biep 
' baties. De la Place d'Armes on enfile.deu^c Rues * qi^i font 
traverf^es par une troifi^me , & qui foripe une 9^- grande 
Ifte , toute ocGup^e par I'Eglife & Je Couvent des R6dpUets. 
J^ fecondfrPlace a deux Defcentes k la R|viere Sainf ^harlps , 
rune fort roide , k cot^ du SemJnaire , & oil il y a peu dp 
Maifons ; I'autre , A cot^ de I'Enclos des J^fuites , laquelle 
tourne beaucoup , a I'Hotel-Dieu 4 mi-c6te , eft bord# $le 
Maifons affez petites , & aboutit au Pala*s ^s>\ d^mepre I In- ^ 
tendant. De faUtre c6t4 des7^fuites » oii eft l?ur £gWe, »I 
y-aune Rue affez loamie, oii font les Urfylines. . Au refte 
toute la Haute Ville eft Mtie fur un Fond , partie d« Mai*r? , 
^ partie d'Ardoife {a), * . ' ^ t • 

D,/cripdo. t«ll^ «ft . Madame , la Topographie de ^Qjuejaec^,^ ^ 



Ac fes princi. comme vou« voye* , a une affez grande ^tendue , 4orit pref- 
p,u^ Edifices: ^g toutes les MaifoQS font b^^ties de Picrres , & oa i on m 



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que toutes les 

(4) On peat tok pat k PlM gwy^ dp cette V^le orfeUc ^ au aff« confid^ttblemw^ 

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Plan dc la Ville dc 

Quebec 

JnntsPLoiaf. 

SeJude Ju CUf, au-Diamanl 
Cavakr JtcJto^. 
letHeeoltir. , 

Lu Utnluus. 



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et dtfunJanue. 

-■■ JfMocA .' • 
Le Smjt tmuKuelfft . 

I Utietuuuicc . '• 

, *■ 

B^iijt cU la, b<uft^ ItlU.. 
Batteru. dt HuJreiul^, 
Batttri^Dauphimr 
Batttnt Royalt,. 

Batten^ au Cnauaw. 

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BajboiXfSPLouie. 
Bmuh dt UGlaaert). 
JttmiBatUon, de Jouia-b. 
BalouU'S.^Z^suIt. . 

Medoute, Jf^oeA^ 
CoteHtLdt, luB^tauc. 



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1710. 

Oaobre. 



DUNJOURNAL DE t'A mFKl Q. Let. HI. 73 
compte pourtant qu'environ fept miUe Ames. Mais pouf ache- 
ver de vous donner une jufte id6e de <;etfe Ville, je vaiivotfs 
faire connoitre plus particulierement fes principaux Edifices 
Je vous parlwai enfuite d^ {es Fortifications. LXglife de li 
Baffe-Ville a ^t^ batie en confluence d un Voeu fait pendant 
lerSi^ge de Quebec en 1690. Elle eft d^di^e fous le nom de 
Notn-Damdc la ViUoirc, & elle fert de Succurfale pour la ' 
commodue des Habitans de la Baffe Ville. Sa ftruaure eft 
tr^s-fimple, une propret^ modefte en fait tout Ibrnement. 
Ouelques Soeurs de la Congregation , dont je vous parlerai 
dans la iuite , font logics entre cette Eglife & lePort : elles 
ne foht aue ouatre ou cinq , & tiennient une Ecole. 

Xe Palais Epifcopal n a'de fini oue la Chapelk , & la moi- LEvicUJ. 
U^ des Batimens , que porte le Deffein , fuivrfnt lequel ce 

^T u"l\. j"^^"*,"t ^°'.'6- ^'** ^^ i^""^'* ac'^eve , ce ?era un 
tr^s-bel Edifice. Le Jardin s'^tend jufqucs fur la Croupe du 
Rocher , & domine toute la Rade. Quand la Cabitale de 
la Nouvelle France fera auffi floriffante que eelle de FAncien- 
ne { & il ne faut d^fefp^rer de rien , Paris a ^te lontems '^ 

beaucoup moins que |i eft Quebec aujourd'hui ) quautant 
que les yeux pourront porter , ils ne verront gue^ourgs, 
CMteaux , Maifons de Plaifance , & toutcela eft d^ia ^bau- 
ch6 : que l^Fleuve de Saint Laurent,, qui roule majeftueu-, 
fement Jfes Eaux , & les amene de I'extr^mite du Nord ' 
oude lOueft, y fera couvert de Vaiffeaiix : quellfle d'Or- 
leans & les deux Bords des deux Rivieres , qui forment 
ce Port , d^couvriront de belles Prairies , de riches Coteaux 
& des Campagnes ferules , & il ne leur manque pour cela 
que detre plus peupl^es : qu'une partie de la>.iyiere Saint 
Charles , (jui ferpente agreablement dans un <jh|feiit Vik 
ion , {era jointe i la Ville , dont elle fera fanju&te le plus ' 
beau Quartier : que I'on aura revetu toute la RSe (je Quays" 
magnihques; que le Port fera environn^ de Batimens fuperbes, 
& Gp on y aura trois ou quatre cent Navires charges des ri- 
cheffes , que nous n'avons pas encore feu faire valoir , & y 
apporter en echange celles de TAncien & du Nouveau Mon^ " 
de , vous m avouerez , Madame , que cette Terraffe offrira 
un pomt de yue , que rien ne pourra dealer , & que d^s k prd- 
lent ce doit etre quelque chofe de fort beau. L»path,!,ira. 

La Cath^drale ne feroit pas une belle Paroiife dans un des iVirt '' '^'"■ 
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^■^ 1720. 
Oacbre. 




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DuFott&Ju 
Cap aux DJa- 
mauts. 



DesRdcollcts 
#c des Utfuli. 



nes.- 



celui des Romains. Son Architefture, ion Choeur, fon 
Grand'Autel , fes ChapeUes fentent tdut-4-fait I'Eglife de 
Campagne. Ce qu'elle a de p|us paffable , eft une Tour fort 
haute , lolidement batie , &; qui de loin a quelque apparence. 
Le Seminaire , qui touche a cette Eglife eft un grand Quarrd, 
dont les Batitnens ne font point encore finis. Ce qui eft fait , 
eft bien conftruit, & avec toutes les commodit^s n^cdTaires en 
ce Pays-ci. C'eft pour la troifieme fois qu'on bitit cette Mai- 
fon. Elle flit bruiee toute entiere en 1703. Et au mois d'Oc- 
tobre de Vannee 1705 , comme on achevoit de la r^tablir , 
elle fut denouveau prefque toute confumee par les flammes* 
Du Jardin on d^couvre toute la Rade , & la Riviere de 
Saint Charles , autant que la vue pent s'etendre. 

Le Fort eft un beau Batiment , qui doit etre flanqu^ de 
deux Pavilions faillans; mais il n'y en a encore qu'un de 
fait. On va , dit-on , travailler inceflamment k I'autre (a). 
On y entre par une Cour affez fpacieufe & reguliere , mais 
il" n'y anoint de Jardin, parce que leFort eft conftruit fur 
le bord du Roc. Une belle Galerie avec un Balcon ., qui 
fegne tout le long des Batimens , y fuppl^e en qu^Ique forte. 
Elle commande la Rade , au milieu de laqueUe on pent fe 
faire entendre aifement avec un porte-voix , & on y voie 
toute la BaiTe Ville fbus fes pieds. En fortant du Fort , 8c 
prenant fur la gauche , on entre dans une aiTez grande Efpla- 
nade , & par une pente douce on arrived la cime du Cap 
aux Diamants , qui eft une fort belle Plate-forme. Outre Ta- 
grement de la'vue , on refpire en ce lieu lair le plus pur ; on 
y voit quantity de Marfouins , blancs comme laNege , jouer 
fur la furface des Eaux , & on y ramafle quelquefois des 
Diamants , plus beaux que ceux d'Alen^on. J'y en ai vuc 
d auffi bien tallies , que s'ils fuflent fortis de la main du plus 
habile Ouvrier. Autrefois ils y ^toient fort communs , & c'eft 
ce qui a fait donner au Cap le nom , qu'il porte. Pr^fentemenc 
ils y font fort rares. La Defcente du cote de la Campagne eft 
encore plus douce , que du c6t^ de I'Efplanade. 

Les Peres R^coUets ont une grande oc belle Eglife , & qui 

C«) Ilc(ladiev6. V 



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|&i&iii^;t!M.tf;„ . 



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D-UNVOYAG1!,DEL-AMERIQ.Let.,II ,. < 

Le Frere Luc y en a m s de A famn «.f; , "'^*'"'^"t peints ; 
ces ombres ll Maifon r:p'^;^ri-EgU".a''rftlt'"w* 

odeur , qu-elks r^pandent dao. k rnLi, T ,''*'»'»'"«« . 

brod^n, , touKs font uS«Lm c^S^ &' 5-' '"?' 

Uurs^aim^ftordMairemenTd-rfcu^."''"''^"''* . . 

certain que, quand cette Villp l^'A,^t . iiaihce. II eft 

BarraqulsF4,ol^^^^^^^ 

la feule , avec le Fort , qui fiit batie de Pi^rrfc '/r • ^^'fon» 

figure: les premier vLaS^urraui e^^^^^^^^ 

paraifon,i;fie„trepreL?e^^^^^^^^^ 

ceux , qui les ont fu vis , & oui felnnllUJ «a"ment ; 

copies, onttenu lememe laSe CeDenrn^T^^ t' °"' 
ont difparu , & les Barraoue; nlr iih ^u ^?' ^" Cabannes 

jourd'L la Ville, & menace7LTde tou?^ '^^^^^^^ ^"- 

La fituation n'en eft pas meme avantaSufe • il eft iJ'' a 
plus grand agr^ent, qu on eutoulniS ' "eftprivedu 
fui de la vOeril avoit d'C SIT kK!^'' ' T t '^ 
& fes Fondateurs avoient ^t? affez bon« P^*!^?^^ ve , 

qu'on les en laifferoit jou" ; Lis fls feZ\ T"' l""/^'"^^ 
.Wale & le S6n.nL leurTnl^un^:^^ ^^S^^ 

K ij: t 



e 



1720. 

Oaobre. 



76 J O U R N A Ic^H I S T O R I Q U E 

laiffe plus que la yue de la Pl^e , laquelle n'a pas de qtSoi les 
dedommager de celle , qu'ils ont perdue. La Gourde ce Col- 







De IHotel 
Pieu. 



.«w.w par un fetit uois , reitepr^cieux de Fantique 
Foret , qui couvroft autrefois route cette Montagne. 

L'Eglife n aj-ien de beau en dehors , qu'un affez joli Clo- 
cher : elle eft toute couverte d'Ardoifes , & c'eft la feule du 
Canada, qui aitcet avantage ; car tout eft ici couvert de 
Bardeaux. En dedans elle eft tort omee. Une Tribune bardie , 
l^gere,bien pratiguee, & bordee d'une Baluftrade de Fer , 
peint , dor^ , & df'un bon Ouvrage : Une Chaire de Pridi- 
cateur toute doree , & bien travaillee en Fer & en Bois : 
trois Autels bien oris ; guelques bons Tableaux ; point de 
^oute , llais un Lainbris plat affez orn^ ; point de Pave , 
^^ais un bon Plancher , qui rend cette Eglife fupportable en 
Hyver , tandis qu'on eft tranfi de froid dans les autres. Je ne 
vous parle point des quatre grandes Colonnes cilyndnques & 
maJHives , dun feul Bloc (Tun certain Porp/tyre noir comme du 
Ceay , fans tdches & fans fils , dont il a plu au Baron de 
LA HoNTAN d'enrichir le Grand' Autel : elles y feroient beau- 
coup mieux fans doute , que celles , qu'on y volt , gui font 
creufes, & groffierement marbrees. On pardonneroit pour- 
tant volontiers ^ cet Auteur , s'il n'avoit d^figur^ la verite , 
que pour donner du luftre aux Eglifes. 

L'Hotel-Dieu a deux grandes Sales , I'une pour les Homr 
mes , &.rautre pour les Femmes. Les Lits y font bien tenus , 
les Malades bien fervis , & tout y eft commode & d'une 
grande propret^. L'Eglife eft derriere la Sale des Femmes , & 
n'a de coniulerable que le Maitre-Autel , dont le Retable eft 
fort beau. Cette Maifon eft deffervie par des Religieufes Hof- 
pitalieres de Saint Auguftin , de la Congregation de la Mi- 
fericorde de Jefus , & dont les premieres font venues de 
Dieppe. Elles ont commencdi fe bien loger ; mais felon tou- 
tes les apparences elles n'acheveront pas fitot, faute de fonds. 
Comme feur Maifon eft fitu^e ^ mi-cote , fur un platon , qui 
avance un peu fur la Riviere de Saint Charles , efles jouiffent 
d'une affez belle vife. 

La Maifon de ITntendantfe nomme U Palais , parce que le 
Confeil Sup^rieur s'y affemble. C'eft un grand Pavilion , 



J^ 






'mxw^'^\**^f*^^^-f-" 



■i^'ft-.-* 



De l'H6pital 
Gdndral. 



DUN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. m. 77 

dont les deux extremit^s d^bordent de quelques pieds . & o^ ' 

1 on monte par un Perron i double R^mpe. La^ Facade du '7 10. 
Jardm, quia la v^e fur la Petite Riviere ;V qui yS^ Oaobre. 
de pbm pied , eft beaucoup olus riante , que cel?e de^l'Emrre - 
Les Magafins de Roi font fir la Cour i droite & ltw,f^^ 
eft dernere. La Porte dWeeft niafqu/e par l^Momag^^^^ 
fur laque le eft la Haute Ville , & qui ne prefente en cet en* 
droit , qu'un Roc efcarp^ fort de(?greabfe (4 la vu" C^to^t 
b,en p.s encore avant I'incendie , qufreduifu ,11 y a quelaues 
annee^ , tout le Palais en Cendr^s , car il ^avo^" S 

tinir^ri:)'' ^" ^'""^^"^ "°^^"' ^- la'aue/qSuft 
En fuivant , cette Rue , ou pour parler plus jufte , ce Che- 
min, on entre d'abord dans la*Campagne, & au bout d'un 
demiouart deheue ontrouverHooitalGin^Ml rSfti t 
belle IVlaifon du Canada, & Ke d^oarer^^^ 
phis grandes ViUes de FrinlertrktrSlEtroccu" 
- poient autrefois le Terfein, oii elle eft fitu^e M 1 «^ 
Wllier , Eveque de Quebec les a transfSa^^ bViSf 
a achet^ leur Emplacement , & y a d^penfe cent miHe^uc 
en Batimens , en tmmeublemens & en FondationT Le feul 
defautde cetHopital eftMetre bati dans unMaSs' onef 
pere Y remedier , en deff^chant le Marais ; ^^It R^ et 
de S. Charles fait en cet endroit-l^n Coude , oii les Eauxn! 

fr V fJ!.'r"I^T'^''^"^^- ^°" Appartement dans la Maifon 
& y fait fa r^fidence ordinaire ; ila loue fon Palais , ou ieft 

lT^tl'''lPr-^%\%r'^^' ^^* P^"^res. II ne d^3aiVne 
pas m^me de feryir d'AjfcSnier k I'Hopital , auffi-bien Sx 
kehgieufes , & il en rempht les^fonaions aiec un zlfel une 
affiduite , qu'on admireroit dans un fimple Prte Jui v? 
vroit de cet_Emploi. Des Artifans, ou autres VauHe^; 

grand age, ouleursinfirmit^soternkmoyendegagrLur 
vie , font recus dans cet Hopital jufqtfi la concfrfence da 
nombre debits qui y font fonJ^s , & trente Eieufes 
font occupies k les fervir. Ceft un Effein de rHLlofeu de 
Quebec; mais pour les diftinguer, I'Eveque leur a donn! 
quelques Riglemens particulie'rs , & leur^fait porj SL 

< «) Ce Palais fut cncoie cmicrcmem bruW en 1 7i<. 















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172.0. 
Oftobre. 

Des Fortifi- 
cations. 



78 J OU RNA L HIS^T ORIQUE * 

Croix d'Argent fur laPoitrine. La plupart font Fiiles de Con- 
dition , & comme ce ne font pa,s les plus aif^es du Pays , le 
Prelat eri a dot^ plufieurs. 

Quebec n'eft pas Cortifi^ r^gqlierement , mais on travaille 
depuis Idn-tems a en faire une bonpe-Place. Cette Ville n'eft 
pas meme facile k prendre dans letat , oil elle eft, Le Port eft 
flanque de deux Baftions ,' qui dans les grandes Maries font 
prefqu'i fleur d'Eau , c'eft-4-dire , qu'ils font 6lev6s de vint- 
cinq pieds de Terre , car la Maree , dans les Equinoxes , 
monte k cette , hauteur. XJn peu au-deffus du Baftion de la 
droite , on en a fait un demi , lequel eft pris dans le Rocher , 
& plus haut , a cote de la Galerie du Fort , il y a vint-cinq 
Pie(^s de Canon en batterie. Un petit Fort quarr^ , qu'on 
nomme la Citadelle , eft encore au-deffus , & les Chemins , 
pour aller d'une Fortification k I'autre , font extremement 
roides. A la gauche du Port , tout le long de la Rade ,. juf- 

3u'^ la Riviere de Saint Charles , il y a de bonnes Batteries 
«Canon & quelques Mortiers. , , 
De I'Angle de la Citadelle , qui regarde la Ville , on a fait 
une Oreille de Baftion , d'oii Ton a tire unRideau en equerre , 
qui va joindre un Cavalier fort ^chauffe , fur lequel il y a un< 
Moulin fortifi^. En defcendant de ce Citjlier, on rencon- 
tre k une port^e de Fufil , une premiere#'our baftionn^e ,' 
& ^ la meme diftance de celle-cii une feconde. Le deffein 
etoit de. revetir tout cela d'une Chemife , qui auroit eu les 
memes Angles , que les Baftions , & ^ui feroit venue fe ter- 
miner a I'ex^^mite du Roc , vis-i-vis le Palais , oii ily a 
deja une petite Redoute , auffi-bien que fur le Cap auxDia^ 
mants. Je ne ffai pourquoi cela n'a pas etc ex^cut^. Tel 6toit , 
Madame , i peu pr^s I'etat de la Place en 171 1 , lorfque les 
Anglois firent pour la conquSte du Canada un grand Arme- 
ment , qui ^choua par la t^m^riti du G^n^ral de la Flotte , 
lequel , (tontre Tavis de fonPilote , s'approcha trop pr^s de^ 
Septlfles, y perdit tous fes plus gros Navires , 6c trois millQ 
Hommes-de les meillcures Troupes. 

Quebc^; eft encore aujourd'hui dans lejneme ^tat , ce que 
vous pouire? juftifier fur le Plan en Relief , que Monfieur de 
CHAUSSJfGROS DE LtRY , Ing^nieur enChef , envoye cette 
annee en France , pour etre mis au Louvre avec les autres. 
Mais aprls vous avoir parl^ du materiel de notre Capitale , 









ijJ.*<..w^^'S. a 



j^. 






, i D'UN VOYAGE DE L'AMERIO Let m 

il Hut vous dire deux mots defe«r...;„T^-^V..."'- 79 

|_^.it.de«u.. ,uii.fbt/t'r.uTS^^^^^^^^^ 

J'ai jd^ja. dit qu'on ne compte gu^res k 0„pK«. 
mille Ames ; mais on y trouve un n eHr M^ "i^ u ' T^ ^^ 
ne m^que rien , de ce qui oeut farlV ""c^^- f ^°'^» ' ^ii^il 
l^n GoJverneur'G^nlXSrav^^^^^^ 
bleffe,desOfficiers, & de/rro^fi^ i t / ^^^°'' » delaNo- 

Commiflairede Mariner? un r r5 J d °"' ^"^^^^^^"« J "n 



Des Habi- 
cans. 



Jefuites i trois Comniunaut& deFni« ' i? '*«°"«s & des 
tou^^^„es-ePetro^./r;o?;^^^^^^^ 

hommes tfont gu"r« guece«e ,^ff?' q"»nt,ti de Gentils- 
aife.Lesnouvetre/cour1^te?fe JdfS-''" i?"' "vrealeur 



re^rtour. & la converfofn "' ^^« Beaux ''A;,'o„t 

fant un a,>de liber irquitf rend fS"Al.'>M^^^^^^ 

merce de la vie , & nulle DarJ^m.. »g'"'''« <l»ns le. com- 

-™e„.„otreU„gue.ol?r:iteX'i:iStter 

/VM.Bfeon. ^/?JP«y»<fc Saint SimoD. 

( M. de Clcrambaut d'Aigrelnont. | ' '^ **' « ^"po de Wkaneoun. 



"5 






/■: 



-■^ 



80 -JOURNAL HISTORIQUE 

— On rie voit point en cePays de Perfonnes riches , & c eft 

'l\''' bien dottimige , car on y aime k fe faire honneur de fon 

Oaobre. bien, & perfonne prefque ne s'amufe^theraurifer. On tait 

^ bonne chere , fi avec cela on peutivoir de qOoi fe bien met^ 

tre ; finon , on fe retranche fur la Table , pour etre bienv^tu. 

Auffi faut-il avouer que Us Ajuftemens font bien k nos Creo- 
les. Tout eft ici de belle Taille i & le plus beau 5ane du 
Monde dans les deux Sexes ; I'efprit enjpue , les iftanJeres- 
douces & polies ^ont communs k tous ; & la ruftiCit^ , loit 
' . dans le Langage , foit dans les fa9ons , n eft pas meme^ con- 
nue dans lesCampagnes les plus ^cartees. 



DlRcrencc: 
des Colonies 
Angloifcs 
Ftan^ifcs. 



aevivre , a'aeir 5c deparleru».- , — — - , ».t* » 

juger que la iStre eft la plus floiiffante. II regnedans la K. An- 
eleterre , & daiis les aytres Provinces du Continent de 1 Am^- 
«que foumifes k FEmpire Britannique , ^ne opulence , dont 
ilJemble qu'onine f9iit point propter ;& dans laNouyelle 
France une pa^vret^ cachie par un air d aifance , mil ne 
paroit point l^ttidi^.Le Commerce & la Culture desPW 
Sops fortifient la Premiere, I'induftne^desHaktans fojimnt 
laSeconde , &!e gout de laNatiori y "-^P^"^ "" ^gjf^^^f"' • 
infini. Le Colon Anelob amaffe du Bien , & ne fait a^cune 
d^oenfe fuperflue : Le Fran§ois jouit de ce quiU ,• & lou- 
7eSt"Stpafflecequ'iln'a^oint. aiui- itravaiUe^^^^^^^^ 

nTritiers; celui-^i laiffe les SiWdans la n^ceffite , oil il 
s'eft trouv^ lui-mame ,:^de fe tirer daffaire comme il pourra. 
Les Anglois Am^riquains ne veulent point de Guerre, parce 
Gu'ils ontbeaucowpiperdre; il$ nemenagent point les Sau- 
vaees , parce qu'ils ne croyent point en avoir befoin. La 
JeSneffe Fran§oife , par des rai(ons contraires- , d^teile la 
Paix , & vit bien aveclesNaturels du Pays , dont elle s attire 
aiftment reftimependant la Guerre , & I'amiti^ en tout terns. 
Je pourroispouffier plus loin ce paralelje; mais^il (autfinir: 
le Vaifleau du Roi va mettre k la Voile ; les Navires Mar- 
chands fe difpofentile fuivre , & peut-dtre que dans tr0s 
jours il n'y aUra pa? un feul BItiment ^^^^^ *^°^- 

QUATR^'ME 



> '• 



.X' 















^ 



DTJNVOYAGE DE L'AMERIQ. Let. IV. 8, 



QUATRI^MELETTRE. ..... 

Du Village Huron de Lorette. Ce aui^^^' w t , Fevrier. 

la 'Colonic Fran^olfi Ju CalX. 'dT^oXT'' "* 
• ■ / * ' • <iu^ y ont eu cours. , * 

A Quebec, ce quinzeFevrier, 1721. 

JVIadame-, 

vi'tSr co!^^^^^^ dont Je veu. 

lous ai die q^^^^^^^^ 

vuide. Un NaVire de \farr«;nl a V"ebec feroit 

eft couvert CeS nn 2^ V **^* ^^^^®* ' ^'ont le Fleuve 
vent furvenir. '^^"''"'^^^^ ^°"^^e tous les accidens , qi|i peu- 

croi&oititoujou"s au leu d?df^.'"'" ^^^J^ent; I'Eau 

ces deux Bitimens font rli;.rr.L P- f^ aes tffets, dont 
P'autres ne le c'ZmZs^^^^^^^^ P°^."' r.^«- 



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fXi" , , t . 



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1 yii. 
Fevrier. 



dc Lorette. 



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82 J O U R N A L H I S T O R I Q U E 

point potyE.vous en mander des nouyelles. Mais I'affaire'du 
Navire Pf oven9al pourra bien avoir des fuites , car le Capi- 
taine foup9onne quelqu'un de lui avoir joue d'un tour. Ve- 
rions k mon P^lerinage. 

A trois lieues [d'ici vers le Nord-Eft , il y a un petit Village 

de Hurons Chretiens , dont la Chapelle eft batie fur le mo- 

#Rle& avec toutesles dimenfions ^lqXz. Santa Cafa d'ltalie , 

a oiK^on a envoye k nos Neophytes une Image de la^ierge , 

fembl^le k celle , que Ton voit dans ce c^lebre Sanftuaire. 

On ne cb^oit gueres choifir pour placer cette Miffion , }m' 

lieu plus fauvage. Cependant le concours des Fideles^^ 

fort grand , & (bit imagination , foit devotion , foit pi:efven- 

tion , ou tout ce que vous voudrez , bien des Perfonn^ m'oni: 

affure qu'ils avoient Qvk faifis , en y arrivant , d'unelecrete & 

fainte horreur , dont ils n'avoient pas ^t^ les MaH|r6s. Mais ce 

jx[\ii faitiltous une impreifion d'autant plus grande , crue la 

.. r reflexion meme y contribu^, c'eft la folide piete des Haoitans 

de ce Defert. 

Fcrveur des Ce font dcs Sau vages , mais qui n'6nt plus de leur naiffance 

Sauvages. & de Icur origine , que ce qui en eft eftimable , c'eft-cl-dire , 
la ftmplicite & la droiture du PremieisAge du Monde , avec 
ce que la Grace y a ajout^ ; la Foi des Patriarches , une Piete 
fincere , cette droiture & cette docilit^ de Coeur , qui font 
les Saints ; une innocence de moeurs incroyabJe , un Chrif- 
tianifme pur , & fur lequel le Monde n'a point* foufle I'air 
contagieux , qui le corrompt , & fouvent des a6ies des plus 
heroiques vertus. Rien n'eft plus touchant , que de les enten- 
dre chanter k deux Choeurs , les Hommes d;un cote , & les 
Femmes de I'autre , les Prieres de TEelife , ^fe-de^ Cantiques 
en leur Langue. Rien n'eft (^mparable a la ferveur & a la 
modeftie , au'ils font paroitre dans tous leurs exercices ,de 
Religion , oc je n'ai encore vu perfonne , qui n'en ait et^ 
toucn^ jufqu'au fond de I'Ame. • ., 

Ce Village ^toit autrefois beaucoup plus peupl^ , mais les 

, Maladies , &: )e ne f^ai quoi , qui reduit mfendblement k 

rien toutes les Nations de ce Continent , ont fort diminue le 
nombre de fes Habitans. La vieillefle & les infirmites de quel- 
ques-uns de leurs anciens Pafteurs avoient aufti fait quelques 
breches k leur premiere ferveur , mais il n'a pas ^te difficile 
de les y rappeller , & celui , qui les gouverne pr^fentement ^ 



1 



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lemnel , doht la tranfgreffion eft fnnm.C^ \ i \i °~ 

penetrable de la Pi^te & de I'lnnocence La dS & liVk 

s^r ol^t s^d^^^^^^^ 

pi6t6 , ou Ion sedifia mutuellement. lis furent fuivis d'lm 
Feftm general , donr Madame Be>n fit les fi^is & recu^ 
tous les honneurs. Les Homines , f^ivant I'ufage , ma^eren 
dans uneMaifon & les Femmes, avec les petitT filfans 
dans une autre JedisMaifon, & non pointSnne "a? 
ces Sauvages fe font depuis peu log^s k la*^Frana,ife ' 

Lesl-emmes dans ces rencontres n'ont accoutum^ de ti 
moigner leur gratitude, que par leurfilence & e^r modef 
tie; mais parce que cWt la^^^iere DameTqu "fi^ alors 
dans ja Colonic , ou, r^galok wut le Village ,T„accorda ' 
aux Huronnes un brateur, par I'organe cfuqiel eUes £ 
Ployerent i leur illuftre BienWice tous les^entimens de 

leurCc^ur Pour esHommes,apr^s que le Chef eu^^^^^^ 
gue llntendant , ils danferent 6c chaiiterent tant i7lbn 

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't>l.i*2*A •' 



I 7 1 I • 
F^vrier. 



84 /joiJRNAL HISTORIQUE 
voulut. Rien , Madame , it'eft moins divertiffant , que ces 
Chants & ces Danfes. D'abord tous font aflis k terre comme 
des Singes , fans aucun ordre : de tems en terns un Homme 
fe leve , s'aVance lent<^ment au milieu de la Place , toujours , 
dit-on , en cadence , tourne la tSte de cote & d'autre , chante 
un air , qui n'eft rien moins que m^lodieux , pour quiconque 
n'eft pas n^ Sauvage , & prononce des paroles , qui ne figni- 
iient rien. Tantot c'eft une Chanfon de Guerre , tantot une ^ 
Chaiifon de Mort ; quelquefois une Attaque , ou une Sur- 
prife ; car comme ces Gens-li^ ne boivent que de TEau , ils 
n'ont point de Chanfon i boire , & ils ne fe font pas encore 
avifes de mettre leurs Amours en chant. Tandis qu'on chante , 
le Parterre ne ceffe point de battre la Mefure , en tirant du 
fond de la Poitrine un A^, qui ne varie ooinf. Les Connoif- 
feurs difentquils ne perdent jamais la Mefure; je m'en rap- 
porte k eux. 

Quand Tun a fini , un autre prend fa place , & cela dure 
iufqu*^ ce que rAffemblie les remercie , ce qui arriveroit 
bientotffans unpeu de complaifance^ qu*ileft bon d'avoir 
pour ces Gens-la. C'eft en eftet une Mufique bien ennuyante 
& bien defagr^able , du moins k en juger par ce que j en ai 
vu. Des jGofiers ferr^s , une Monotonie continuelle , des 
Airs , qifi ont toujours quelque chofe de fi^roce , ou de lugu- 
bre. Mais leur voix eft toute autre , quand ils chantent k lE- 
glife. Pour ce qui eft des Femmes , elles Tom d'une douceur , 
qui furprend ; elles ont mSme beaucoup de gout & de difpo- 
ution pour la Mufique. ^..^^ 

Dans ces rencontres , la mhmgue eft ce qui vaut le mieux , 
on y explique en peu de moti, & prefque toujours d'une 
maniere ing^nieufe, le fujet cra4a ^ete, a laquelle on ne 
manque jamais de donner des.motifs relev^s. Les louanees 
de celui , qui en fait Its frais , ne font pas oubli^es , & foa 
profite quelquefois de I'occafton des Perfonnes , qui font 
pr^fentt^ , quand on parle fur-tout devant le Gouverneur 
GendraT, ou llntendant , pour demander une Grace , ou 
pour faire quelque repr^fentation. L'Orateur des Hiironnes 
nous dit ce jour-l4 des chofes ft fpirituelles , qu'on foup^onna 
llnterpr^te , qui ^toit le Miffionnaire meme , de lui avoir pret^ 
fon efprit & (a politefle avec fa voix ; mais il protefta qu'il il'a- 
voit rien ajoute du ften, & on le crut, parce qu'il eft connu pour 



f 1^ .■!« iX&iii»^.. Jjtt »y J 






DW VOYAGE DE L'AMEHIQ. Let. IV. 8c 
^n des Hommes du Monde le plus franc & le pl^ vrai (a) 
;rAvant ce pent Voyage ,'avois fkit quefques excuffions 
aux environs de cette ViTle; mais comme la Terre eft pa out 
couverre de cinq ou fix pieds de neige , ces courfes ne^ n^n 
pas mis beaucoup en etat de vous parler de la nature du Pays 
Je 1 ai autrefois parcouru dans toutes les Saifons , & je nn k 
vous affurer quon voit rarement ailleurs des Terres p us fi! 
\condes, & June meiUeure qiialit^. Je me fuis furtout fort 
>^u^ cet Hyyer i m'inftruie des avantages , qu Wu " 
roit retirer de cette Colonic , & je vais vous faWpa^rrdu 
fruit demes recherchesLe CanaJa n'e^richi^ point la Fan- 
ce ; c eft une plainte aufli ancienne , que la CoUie & die 
n eft pas fans fondement. On n^y trrfuve point d'Hab ta^s ri! 
ches ; cela eft encore vrai. Eft-ce la fauw du Pays , & n V 
a-til pas beaucoup de celle des premiers Colons ? C'eft fur 
quo, ;e vais tacher de vous mettre k portde de prononcer 

La premiere fource du malheur des Provinces , qu on a hc^ 
nor^es du beay^npm de I^ouvel/c France , eft le hrZT^Te ^ 
r^pandit dabord «kns le Rovaume, qu'elles n'avoiemrint .?j 
de Mines , & on nf fit pas alfex d'attemion que le plus S ^ 
avantage , qu'on puifle retirer d'une Colonie , eft lOertfa 
tion du Commerce; que pour parvenir k ce deffein! ilSt " 
faire des Peuplades ; oue ces Peuplades fe fontpeu T ieu & 
^n$ quil y paroiffe ^an? un Rovaume , tel qLe lafr^^ee 
& oue les deux feu Is objets . qui fe pr^feiterem d'abS^I 
e Canada & dans l^cadie ,le veux dire , la Pelleterie fiL 
la Peche,demandoient que ces Pays fuffent peuplS 'a^^ 
s lis 1 avoient et^ ils euflent peut- Wdonn6 plus de re ou?s I 
laFran^e,que I'Efpaane nVn a tir^ des plus riche/S- 
ces du Nouveau Monde; fur-tout, fion veut aJmlrJ ur ? 
truaion des Vaiffeaux : mais Ncl« delVr^dJv.rot^'"'^' 
venoientduMexique&duP^rou,/bfoC[^^^^^^^ 
delEuropeenaere ; qu-unPays. qui neproduifoit pas tester"! 
cieuxM^taux , ^toit regards comme un mauvais I^vs FrnT 
tons fur cela un Auteur fenft , qui avoit 6t6 fur IS '^'^ 
Les demandes ordinaires , qu'on nous fait , dit Marc Lef 
carbot font Y a-t^il des Tr6?ors ? Y a-t'il de VOr & de l^r 
gent?Et perfonne ne demande , ces Peuples-li font-ils dif-^ 
pof^sa entendre laDoSrine Chr^tienne ?*& quant a.«c Mil 



F^vrier, 



'on s'eft fai- 
du Canada. 



-!*»• 



X'' 



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r.ritcs.qu'on 
a faitcs Hans 
fon Ecablirte- 



J 



" 8 (J JOUI^NAL HISTORIQUE 

lyi I . w lies , il y en a vraiment ; mais il les faut fouiller avec induf* 

Fevrj[er. » trie , labeur & patience. La plus belle Mine , que je f$ache , 

\ » c'eft du Bled & du Vin , avec la nourriture du Beftial ; qui a 

de' ceci , il a de I'Argent ; & de^ Mines , nous n'en vivons 

point. Les ^ariniers , qui vont de toute I'Europe chercher du 

Poiffon aux Terres-neuves & plus outre k. huit ou neuf cent 

lieues loin de leur Pays , y trouvent de belles Mines , fans 

rompre les Rochers , eventrer la Terre , vivre en I'obfcurite 

des Enfers lis trouvent , dis-je , de belles Mines au 

profond des Eaux , & au Trafic des Pelleteries & Fourrures , 
dont ils retirent de bon argent. 

Non-feulement on a fjit A laNouvelle France , Tans la con- 
noitre , une fort mauvaife reputation ; mais ceux memes , 
qui croyoient en pouvoir tirer quelque avantage , n'ont pris 
pour cela aucunes mefures. Premierement on a ^t^ un terns 
infini fans fe fixer : on defrichoit un Terrein , fans I'avoir au- 

Saravant bien examine , on renfemen9oit , on y ^levoit des 
atimens , puis , fans trop f^avoir ][^urquoi , le plus fouvent 
on I'abandonnoit, & on alloit fe placer ailleurs. C'eft cette 
inconftance , qui a le plus contribue k nous faire perdre I'Aca- 
die, & k nous empecher d'eii rien retirer , tandis que nous pof- 
fedions cette belle Peninfule. L'Auteur , que j'ai d^ja <;it6 , 
& qui avoit et^ t^moin de nos irr^folutions , ne craignit point 
de les reprocher k ceux , qui en ^toient les plus coupables. 
C'eft aind , dit-il , que de tout terns nous avons fait des levees 
de Bouchers ^ que nous nous fommes port^s avec ardeur k de 
nouvelles Entreprifes , que nous avons projette de beaux 

commencemens , & puis que nous avons tout quitte de 

verite , pour faire de telles Entreprifes , il fatit de I'aide & du 
fupport ; mais auifi faut-il des Hommes de r^folutidn , qui ne 
reciilerit pas, & qui ayent ee point d'honneur devant les yeux, 
Vaincre ou Mourir, etant une belle & glorieufe mort celle, 
qui arrive en executant un beau deifein , comnie pour jetter 
les fondemens d'un Royaume nouveau, & ^tablir la Foi Chr^- 
tienne parmi des Peuples , entre lefquels Dieu n'eft pas con- 
nii. « Je pourf ois , Madame , poufler beaucoup plus loin ces 
reflexions ; mais je craindrois de m'engager trop loin dans des 
difcuilibns , oil je ne dois , ni ne puis enirer , ayec les feules 
connoiffances , que j'ai pr^fentement, ' 

Je viens au Commerce. II a roule iontems en Canada uni- 



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.i^'aaJBd.l? ■,«■<'• lUi-aS^iii. >'j _ii 



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cupames enfJn !e Port &IaBTv^^rD?r^ ""'• ^°"«yoc- 
Plus dune fois desEfcadrL hTr ^ ^'^'""' ^"^ 
des Sieges , & les M&'Llji^^^^^^^ ^/"?5 ^°"^^"" 
de euerre , qui ne le cerlpn; ^ • . " >" ^"' ^^" deWxploits 

nations , & rui„/leSm;rcrd"es An^S^'"^' ^^^ «^^^- 
mais ceux-ci , k qui on enlZr^ii rl '^*'f '°« «*«"« cette Ifle ; 
ces r connoiffoi?" °"o„ fe"'^^? ?'"* ^°«es Plal 

Glaces du Nord?& t'^SfJf ^^^^^^^^ s'allumer dans les 

qui devoit lui donner oh^ \I^ a- ^"'-"if'nj? au rnili^ de ce 
rapproche de nos Sraves .of '"'"r'- '^' ^e comportoient k 
vued'uneTemX iSv^^^^^^^^ un habile PibteiJa 

ge; lis reparoient enS fin; 1a^^^^ 
cauf^ dans leursPoXr& oar c^^^^^^^^^ ^"'^ ^^«" 

tus enTerre-neuve foV^.^'. ^*'°i3i'^"<'®» touoursbat- 
fendiffent, ilsyon^to^^?" f' '"'^""^""'', ou qu'ils fe de- 

On s'eft encore nln/mol ^^*%"''s tranquilles. 
& riche Prov^^^ce a ^1?^?°"^ '" ^"^'^ = ""^ S^^^de 
ticuliers, dont aucunne ;v%P""T''"''f ^^ 
glois faifoient fur Ts CA J/ ^"2 • ' '^"^" que Jes A.i^ 

L Etabliffem ns ; ;feTs Kl' • '""''"^ 4-^^ ^^^^^^ 



dont il ne^eftbiei relevV T' "' ''°"^^ ' ^ ^^"* ^ ^i » 
perdu. Ce fom nos Ennemi,^ au moment , aue nous I'av^' 
cequ'il valok. '^'' ^^"^ "°"* om fait comprend^^— • ^ 

feutes , qu'on v a £iit« I,™ ' ' . " ",' 'S'"™" Are les °»J"™ p=r 
Na,io„'n\ m^ux p„r™ W^rW^ " «^"'%1' ""^''^ ^«"^=. ■ 



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I 72 I. 
Fevrier. 



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¥■* 



88 JOURNAL HISTORIQUE 

' poignee de Francois eft venue ^ bout de les faire difparoitre 

f)rel^u'entierement en moins dun iiecle ; & il y en a ^ dont 
'Efpece manmie tout iL fait. On tuoit les Orignaux , ou 
Elans , par le leul plaiHr de les tuer , & pour faire montre de 
Ton adrefTe. On ne s'avifoit pas meme d'interj^ofer TAutorit^ 
du Prince , POur arrSter un defordre fi cryiJnt/Mais le plus 
grand n)al eft venu de Tinfatiabie avidit^ des Particuliers , qui 
s'appliquoient uniquement ^ ce Commerce. 

lis arrivoient pour la plupart de France comme Simonides , 
<;'eft-^-dire , ne poffedant que ce qu'ils avoient fur le Corps , 
& ils etoient dans Timpatience d'y reparoitre dans une meil- 
leure Htuatidn. Dans les commencemens cela etoit aife : les 
Sauvages n'ontconnu letrefor , ^ue renfermoient leurs Bois , 
que par la fureur , avec laquelle on leur arrachoit des mains 
leurs Pelleteties , & on en tira d*eux une prodigieufe quan- 
tity , en leur donnant des chpfes , que bien des gens ne you- 
droient pcujnt ramafTer. Depuis meme qu'ils oiuju^les yeux 
ouverts fuf les prix de cette Marchandife , & qu'ils fe font 
un peu plus attaches au folide , ilfut encore lontems tr^s-aifd 
de les fatisfaire ^ peu de frais : aVec un peu de conduite , on 
auroit pu continues^ Commerce fur un aifez bon pied. 
^ -On feroit n^anmoms aifez embarrafle k nommer aujour- 
,;'ahui une feule Famille , que c^ Trafic ait enrichie. On a vu 
des fortunes auffi immenfes , que rapides , s'^lever & difpa« 
roitre prefqu'en meme tems , commQ ces Montignes mou- 
vantes , dont parlent quelques Voyageurs , & qu un Tour- 
billon de Vent ^leve & applanit dans les Plainesiablonneufes 
de FAfrique, Rien n'a ete plus ordinaire dans ce Pays-ci , 
que de voir des Gens trainer dans la mifere & dans Topprb- 
bre une fanguiffante Vieilleife , apr^s 'avoii;^^t^ en^tat cle fe 
faire un Etabliflement honorable. Apr^s toul)$ Madame , ce% 
Fortui|es manquees par des Particuliers , qui ne les m^ritoient 
^omnt , ne feroient nullement dignes des regrets du Public , 
^rak contrecoup n'en etoit pas retombe fur la Colonie , qui 
s*eft bien-tot trouv^e r^duite au point de voir prefqu'abfolu- 
ment tarir , ou d^tourner ailleurs une foi^rce , d'ou il pou« 
voit couler tanc de richefles dans fon feiil. 

Sa ruine commenca par fon abondance.|A force d'accumu- 
ler les Peaux de Caftor , qui ont toujours fait le principal ob- 
jet de ce Commerce , il s'en trouv4 une fi grande quantity 

dans 



V 






accumu- 



nos Avemurie^rs, q& ^P - 

le parti deles porter auxAndois fr^^f^ , r "'P"'ent Fevrier. 
rent dans la NSuvelle Yo3c ?)n fir nf T^ P'"^'^"" ^ ^'abli- 
arr^ter le cours de ces Lfertiom ^Pj;"^'n " ''"'"^^^^ I»"r 
de fucc^s ; au contrSre , ceuT 'al T '^'' '"^^"^ ^^^^^^^ 
Chez nos Voifxns , Y Wnt retenS^n i"?^'^' '^°'' ^°"^"'« 
ment , & les Vaoahnn^c *^.®'^"".* IW»^ ^a crainte du chiti- 

.u. u„e panic Jeffif™i-S::i."far'' ''«"'' ' 

di^e i tou* les autre. <fe?oJfr d.T^V™?'V *^ <<« defen- 
ces Co«g-^ft£ limiii\ o*!^."* ^» Colome. U nombre de 

encore fdus -le noto drC« £:5i- ^^"r^':"*"'- en doiine 

la Jeuneffe eft "ritfie^^^^^^ 

comme^e plus , au moins fi ouverteiWt ' t.VI?^^ ^"^ "> 

prendre une habitude dej libittSA' j ««, /aifle pas Jv 

^mais parfeitement f ^y bSd "S^^^^ "^ ^ <J^^it 

elle y ^uife fes forces Jlft^ ""'»<?»«« le gout du travail . 

are Lftrain e . Huand e/e fc '"''P'^^^ ^^ ^^ ""^i" * ^ 
Tb/we ///; ^ "** ^"* " ^ P^"« P^-opre aux fatigue* 

M 



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17 11' 



1 



90 J U R N ALHISTORIQUE 

de ces Voyages , ce qui arrive bientot , parce que ces fatigues 

, . font exceiiives , elle demeure fans aucune reffource , & n eft 

Fevrier. pjuj propre cl rien. De-U vieiit que les Arts ont ^t^ lontems 

negliges , que quantite de bonnes Tevres font encore incul- 

tes , & que le Fays ne s*efl point peupl^. 

On a iouvent propof^ » pour abolir ces pernicieux Conges , 

/ fans que le Commerce en fouffrit , & meme dans la vue de 

le rendre plus floriflant , de former quelques Peuplades Fran- 

};oi(es dans des endroits choifis , & oil il fikt aif^ de r^unir 
es Sauvages , du moins entertains terns de I'ann^e. Par-li^ 
ces vafles Contrees fe peupleroient infenfiblement , & il ny 
auroit peut-etre que ce moyen d'executer ce que la Cour a 
cu fi lontems ^ coeur , de Francifir ces Sauvages , c'eft le 
terme , dont on fe fervoit. Je crois du moins pouvoir afliurer 
que , fi on avoit fuivjl ce projet , le Canada feroit aujoyrd'hui 
beaucoup plus peupl^ qu il ne I'eft ; que les Sauvages , attires 
& retenus par les fecours & les> douceurs , qu'iL auroient 
trouv^s dans nos Hsd>itations , auroient iti moins errans^ 
moins miferables , fe feroient par confequent multiplies , au 
lieu qu'ils font diminu^s ^connemment , & fe feroient atta- 
ches k npus de m^iere , que nous en pourrions k prefent dif- 
pofer, cpmme desSujets hiSmes de laCouronne ; d'autanc 
plus que les Miffionnaires auroient beaucoup moins rencon- 
tre d'obftacles k leur Converfion. Ce que nous voyons^pf^ 
femement ^ |:.<^ette ) & avec quelque proportion paermi les 
Iroquois , les Aleonquins & les Ab^naquis , domicili^s. dans 
la Colonie , ne laifle aucun d(Kite fur la v^rite de ce qu^ 
)*avaflce , & il n'eft perfonne pamti ceux , qui ont le plus 
frequent^ les Sauvages , qui neconvienne quojinedoit ja- 
mais bien compter (ur ces Peuples , que quand ils font Chr^ 
tien$. Je n'^n veux point d'autre exen^le , que celui des Ab^ 
naquis , lefquels , quoiqu'en pettt nombre , ont ilk- pendant 
les deux demieres guerres le principal Boulevariide la Nour 
vell^ France contre la Nouvelle Angleterre. ^ 

Au refte , Madame, le preset , que je viens de vous ex''; 
pofer , eft auffi oncien que la Coloniei c'^toit celui de M. de 
Champlain , fon Fondateur , & il a hi du goik de prefque 
tous les Mifl^onnaires , que j'ai connus , & dK>nt les Mnibles 
travaux , dans la iituation , oil font depuis lontems les cho- 
fes , ne produifent pasi de grands fruits dans les Mi^ons us 



jrfmt^-.. 



^iS^'iA 



D'UN VOYAGE DEUAMERIO Let IV 

. qu'elle puiffe preter la main icSle Jl I. ? ^ r^^ ' '"^*I" ^ <^e 
tlfier rine par IW ?c'eft ^firf ^^^°"y^«ne , pour for- 

cent heues ""de Pavs & Hf» fl...«, Jt j P^"P^^*^ P^us de cinq 

Rien n'a peut-£tre plus contribu^ i le fei«. u„» • 
fnvoici raiftoi?e enpe2demo« En .Ao '«» "onnoye?- g™" J- 
d« Mes du Continent d^ iLiSl™ " 'ffe '!„?<"""'? « " 



lans 
es. 




~nne , avec rau^Vnuibrdiul;'!'^?:^ ^^™«^ ■» Cc^ 
fes p,ec« de .punze fob pour vint ,^ le!2Vo™'J^*rio2^ 

Mil \ 



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I 7 * '* 
Fevrier. 



« 



5(1 JOURN AL HISTORIQUE 

Le mSme Arret ordonnoit que tous les contrats , biyets , 
compter , achats , ■& payemens feroient faits entre toutes 
fortes de perfontij^ au prix d'argent ,H&ns qu'il jput Screuf^ 
d'echanges , ni cw^pt6 en fucre , ou autres derirees', k peine 
de nullite ^es aftes. Et pour le paff(6 , 11 fut regU que toutes 
les ftipulations. de contrats , billets , dettes , redevances , 
baux a ferme en fucre & autresdenrees, feroient reduites 
payables en argent , fuiyant le cours des ntoonoyes fufdites. 
En execution ae cet Arret , la monnoye augmenta d'un quart 
dans la Nouvelle France , ce -aui ne tarda gu^res ^y caufer 
bien des difficultes. En effet M. de Champignjr Noroy ,.qui 
fut nomm^ Intendant de Quebec en 1684. & qui I'eft aujour- 
d'hui au Havre de Grace , fe trouva bientot embarrafle , foif 
poift le payement des Troupes , foit pour les autres d^pen- 
fes , que le Roy faifoit dahs cette Colonie. 

Outre cela , les fonds, qui ^toient envoyes de France, arri- 
voientpre^ue toujours trop tard , & d6s le premier de Jan- 
vier il ^lloiit payer les Officiers & les Soldats , & fatisfaire 
k d'autres charges ^galeiiient indifpenfables. Pour obvier au 
plus prefli^ , M. de Champigny s avifa de <ionner cours k 
quelques Billets , qui tenoient lieu d'argent , en y obfervant 
toujours Taugmentaticuiiye la tnonnoye. On drefla un proc^s- 
verbal de cette Fabrique , & en vertu d'une Ordonftance du 
Gouvemeur G6n6ru & de llntendant , on nut fur chaque 
pi^ee de cette monnoye , qui ^toit de Carte , fa valeur , la 
fignature duTr^forier i une empreinte des Armes de France , 
& en cire d'Efpagne celle duGouverneur & de rinttedani. 
Oil en fit enfuite imprimer en France fur des cartons avec les 
^mSme^ empreintes , qu'avoient les monnoyes courantes du 
Royaume , & Ton ordonna qu'elles feroient repr^fent^es tous 
les ansavantl'arriv^e des Vaifleaux de France , poury ajou- 
ter une marque , afin d'empecher qu*on n'en introduisit de 
contrefaites. 

Cette monnoye de carton ne fubfifta pas lontems , & Ton 
«n rjevint aux Cartes , fur lefquelles on ^rava de nouvelles 
cmpreimes. Llntendant fignoitcetie , qui ^toitde quatr^ li« 
vres & au-deflus, & fe contentoit de parapher les autres. 
Dans les demi^is terns le Gouvemc;ur General fignoit auffi 
celles , qui ^toient de fix livres & s^r-deflus. Au commence- 
ment de iautomne 9 touted les Cartes fe rapportoient auTr^. 



,f^: 



' f^r,'* * ■• *"^ 



. DXri^yOYACE DE LUMERIQ. Let. IV.,',, 
foner, qui dohnoit pour leur valeur rf». T^„„ .j u ■ 



rur,etK"G^„^STL"S^^^ 

& on les bruloitaprtsen avoir drelKun procis-verbT' ' 
Tant que les Lettres de change ont i,i SAsi "'• , . fe> 

wflMe leire , on a difcontinui de rapporjer krcar,e« .^1 

.eUemen,,,„-elk%£K ete'„r„5;i"">^ ■ 
Perfonne n'en voulut plus recevoir ? 7r „ " ' ^ 1"* 

enneremem d^rangd ;^ W drrr;ihrfif„rrau?„r,f^^ 
les Habitans propoferem dV ner^r. la :T ' ?"'" '.7' 3' 




dre7d7niiri^'^:^'^;t^^r;riiui^":^r''^''<°*^^ 



"\ 



I'augmemation des efpeces dans une Colon[e~ne Jes v Fair A,, 
refter , ou, ^to,t ce qu'on avoit pretendu /& que itrS Kv 



* . 



.7feJ!Jme'??ider;i^nsfete"f*>^" 

roMloi. que fur un fond deC<^oTlS&'^L^?i'5Pr^^ 

p«bea„eoupcWdenuis^e JsrikrOrc^^^^^^^^ 
panduefurtreme mile habitans , ne pent 1« meareTle^: 

n.«me.ou.Iefu^.„s deleurs L^&fc^ W 

















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I 7 2il» 

F^vrier, 



■ -* . p . • ^--^ ^ 

f : ■-■ , . 

94 1 O V R N A L -H I S T O R;I QUE 

parce que ceux^i font obliges pour fubfifter d'avoir des Terres 
a la Campasne , & de les laire valoir pai* eux^mSmes. 

~ Lorfque^ Roi eut retir^ le Canada des mains des Compa- . 
gnies-, daMajeft^ydepenfap^ddnt quelques ann^es beau- 
coup plus , qu elle n'a fait ^uis ; •& la Colonie dans ces 
tems-li a envoy^en France prefque*la Valeur d'un million en 
Caftors chaque aiin^e , quoiqu'eUe ne fut pas aufli peuplee , 

?u elle ^fl aujouryiJhui : mais elle a toujours plus tir6 de 
ranee , qu'elle n'a pu payer , &elle a fait comme un Parti- 
culier; quia trente millelivresde rente, &; qui e».tiepenre 
quarante mille & plus\ Par-1^ fon credit eft tbmbe , & en torn- « 
bant , a caufe la ruine de Ton Commei-ce , qui , des Tannee 
1706. ne rouloit prefque plus que fur les menues Pelleteries. 
Tous les M archands en vouloient avoir , Sc c'eft ce qui les 
ruinoit , parce qu'iis les achetoient fouvent plus cher des Sau- 
vages , qu'ils ne les revendoient en France. 

Je fuis , &c. 



1721. 



n r 



C I N Q U I E M E LJ: T T R E. 



Mars, jp^^ Ca/lors 4u Canada ; de Uur difference d^gvec Us Bihres 
ou Caftors id Europe i de lew maniere de bdtiri de ce quils 
curer aavantages ' • ~ • • .----- 

du Rat Mufque* 



rpp 
peuvent procurer aavantages a la Colonie} de la Chajfe du 

Cajlor , & ' " *jr.r_ I 



A <]^uebec , le premier de Mars , 1721, 



M 



AD^ 



ME, 



J E devois partir un pu deux jours apr^s que j'eus ferm^ ma 
derniere JLet^e ; mais je fuis encore arrSt6 faute de voiture. 
Je n*ai rienitlfaire de mieux en attendant , que de vous entre- 
tenir des; ^uriofit^s de ce Pays-ci 9 & je commence par ce 
au'on y void de plus iingulier ; c'eft le Caftor, La d^pouille 
de cet Animal a iufqu'i.prefent fourni k la Nouvelle France le 
principal obijet de fon Commerce. U eft par lui-meme une des 
merveilles a& la nature , & il peut Stre ppur I'Homme une 



./ 'ii'»» ».,■<■ '.S\-i 



: -i^-.*««s'.: 



-{■^'^ "ta f ^ y^-viv 



Du Totl Ju 



Chapehers de Par s des R^dempnc 11 f p^/®?* ^"^es des Caftorde o- 

me Animal, mais foTt quflf B^^^^^^^ S^^'' ^'"* 

extr^mement rare; ouquefonPojTn^A ^1*^" ^^'^ ^^venu 

que celui du Caftor AEauain nn P"' '^ "'^'"^ ^°"t^ » 

qnedece dernier, fi ce^?ZaTrannn f P^^^^^P^"^ gueres 

je vous dirai deui mots" t Sn de ?e«^^^^^^^^^ 

pas meme qu'aucun Autcur air 4.t, " ."'I' "^^ "« fcache 

commede^elquechoSecu2-^' ^'' "^^ ^^^^Anfhial, 

de I'avoir 3bfe?v4 ^pr^s "em .Irf "^^^^^^ 

d'Europe font comme'fes cS^ r. ' ^"^^^"^ !« Caftors 

L Quoiqu*^^! eii foil , Madame . le Sor H.f r 'j n 
Ouadr^p^de Amphibie , qui ne oeur ««? . ^^"^'^^ ^^ "^ D" 
tfms dans I'Eau , & qui oTJ^tThC P°"'?"' P^^ "^^^^^ ^on- Caftor 
plurvu qu'il ait la commSdS^ de fe r'"' ^' P"?^*" ^7 ^"^'^ » 
pifcsgraiJdsCaftorsomS^ili^^^^^ que quefe. Les 

zeUcesMe large d une aeS^^^^^^ ^"^ quin- 

livfes. La cbuWr de Cet Ajiimal ert S ff ' P^C®?' foixante 

?es Jius recul^s', ils font ^^^.^r^::^^^^' ^" ^or^ 
il syVn rencontre quelquefois de m!h.c n , "S'" ' *"»'« 
tempte ils font ?runf & 1 m.A^f ^m"' ^"^ ^">^? P^"« 
le Slid, leur couleursVcSrcir fn"'^ "^^ !i^' ^T^"^^"' ^^rs 
Chez leVlllinois ilsLtorefaue f^^^^^ ^^ P^"^ ^" PJ"«- - 
de coul^ de Paille On Sre Xt'^/" ^ ^" ^ "^^^^ vu 
noirs.& moins ils font fo^u^^dtM ^ * "^^^ 

yem leur d^pouille eft moireftfrnt'^cte 
Providence, qui les Paranrif J!>r* i A • f" "" effet de la 

yfont plus ex^fe KXilS hVh£"'''.- *'"*'^ I"'"' 
Corps ^«erau.P,S«. oSV„v''SaauW F"'""' '' 
Le plus gran jeft long de hii. i d«l^"s Tl " »? """"J- 
qu'4 deux pouces fur le Do« oT,:- -i^ • " " ■"*""« )uf- 
doa jufquilaTSte & iuWi ?'A"' * W"' »vec pro^r- 

L^eregarda„^avecfefc^^-'«^^^^^^ 



\ 



^itkm 



A^3^ift>*ftifct J 






^ 



1721. 
Mars. 



^ 



t. 



9« JOUR|»AL illSTORIQUE 

moins opaque , ce qui prouve qu'il eft creux ; auffi n'enfalt- 
on aucun ufage. L'autre Foil eft un Duvet tr6s-fin , fort ^pais, 
long tout au plus d'un pouce , & c'eft celui , qu'on met en 
oeuvre. On I'appelloit autrefois en Europe Laine dt Mof- 
cov/V.Ceft-li proprement I'Habit deCaftor, le premier ne 
lui fert que d'omement , & peut-etre pour I'aideri nager. 
Dcfcrlptlon On pretend que le Caftor vit quinze ^^vint ans: que la 
Anitomiquef Pgmelle porte quatre mois , & que fa Portee ordinaire eft de 
dccct Animal, uaj^e Pctits J quelques Voyageurs en ont fait monter le 
nombre jufqu'4 huit ; mais 16 ne crois'pas que cela arrive fou- 
vent. Elle a quatre Mamelles, deux furle grand Peftoral, 
entre la feconde & la troifieme des vraies Cotes , & deux en- 
viron quatre doits plus haut,i-es Mufcles de cet Animal font 
extr^mement forts> & plus gros , que nefemble comi)orter 
fa taille. Ses InteftinS au contraire Ibnt tr^s-d^licats , fes Os 
font fort durs , & fes deux Machoires , qui font preiqu'e- 
gales , ont une force Extraordinaire : ch^une eft^arnie de 
dix Dents, deux incifives, & huit molaires. tes incifiyes fupe- 
rieures ont deux pouces & demi de long , les inferieures en 
ont plus de trois , & fuivept les courbures de la Machoire , 
ce qui leur donne une force prodigieufe , qu'on admire tou- 
iours dans de ft petits Animaux. On a remarqu^ encore que 
les deux Maclioires ne fe r^pondent pas exaftement , mais 

Sue les fup^rieures debordent en avant fur les inferieures , 
e forte qu'elles fe croifent comme les deux tranchans des 
Cifeaux : enfin que la longueur des unes & des autres eft pr6- 
cifement le tiers de leurs Racines. 

La Tete d'un Caftor eft a peu pr^s de la figure de celle d'un 

Rat de Montagne..1l a le Mufeau un peu allong^, lesYeux 

\ petits , les Oreilles courtes , rondes , velues par dehors , 

Mkns Poil en dedans. Ses Jambes font courtes, particuli^re- 

ment celles de devant ; elles n'ont gu^res que quatre ou ciiiq 

pOpceS de long, & reffemblent affez k celles du Bl^reau. Les 

brigles en font tailUs de biais , & creux , comme des Plumes 

• -^ &re. Les Pieds de derriere font tout differens; ils font 

'''■ plats, garnis de Membranes entre les Doits ; ainfi le Caftor 

pent marcher , mais lentement , & nage avee la meme faci- 

lite que tout Animal Aquatique. D'ailleurs * par fa Queue il 

eft tout i fait Poiffon, -auffi a-t'il ete juridiquement declare 

jel par laFaculte de Midecine de Paris , & en coofequence 

^ 06 




^ 



l.'».i|3ik. ipt,',,.»*'\.>- "'•..„,'''\ i 



DX7N VOYAGE DEL^AmVr TO t * 
- ppuvQit manger fa Chat leHours Ji'^^'^^SJl a d^cid^^^^^^ 

train de dlrriere du CaZr.lUift^U? "' "S"/^^" ^« ^^ 
rang, que la Maquereufe "'' *°"' ^""^^ «" mime 

deWa:;S:t^XSf^ r'^^'jf d^ <=««e con- 

bitations,au'ileftra?edvSt^^^^^^^ 
Sauvaees2lomicili^senSr^2JL?^"''"?T*^'«'Nos 

Madame. que je^ne c^n^i^ rSl je^/^ P"^^ 

mime, quandinaduSS Iiifi« """"^"^ " ^^^ 

pour lui Aire perdre un perit S 'r- ^^'^^^ 

avec cette pr^caudon c'K„^° a k ""^S® ^^^ ^^e. M^is 

de Viande plus iS ni Sj r^^" "'^S^'* " "'^A point 

On pr^tencf mlme&P^S aufe 
-.yeau; bouillie ,^^a WoT„ 3" "f "'""ffant^ , que celle du 

faut rien. ■ ere nuie i Ig broche , il ne lui 

, tre pouces dans^ rW wTi^ ^^^°''.^^^' largedequa- 

' trois dans fonextrlmS f '« , ^'"^.^^ans ion miJifu i 8? de 

Elle eft ^paiK& C^orl 

eft une gJaiffe ferme!?^un cirn^^^ 
affez i if chair dSurfouS. m^ 1'^' 'r"^/" ' .^"' ''^ffemble 
9uand on la^rSm iSs Ell** a ^' ^"^"' davantage , 
ecailleufe, domleVjLaX!?n:,ri^*^ ''°"^^"« d'unePlau 

ligned'^p^iffeuTS^^^^^^ T ""^ '^'"^ 

font appuyees les un« f... iL ' S"** ae longueur , & 

eUesy font ewchlffS" de X„1 '* 'f"' *^" <<« fond , & 
t^m , voE^M-oiverez Te m.^i luelgue chofe de plus Si- 




C*) Annie 1704, h 

Tome I/I^ 



iJ 



V 



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N 



/' - 



v^.' 



1^. 



■* 



. ... i .. 



I 7*1. 
Mars. 



Du. CMftf 
rtum. 






98 JOURNAL ttlSTORIQUE 

Roi °dans ce Pavs , habile dans hM^decine, dans TAnato- 
mie, dans laCnirurgie & dans 1» Botanique ; qui a refpric 
fore orn^, & qui ne fe diftingue pas moins daris le Confeil 
Supirieur, dont il eft Membre, que par fon habilet^ dans 
tout ce qui eft de fa Profeffion. On eft v^ritablement furpri» 
de trouver un Homme d*un m^rice ft univerfel dans une Co- 
lonie. Revenons au Caftor. 

Les v^ritables Tefticules de cet Amphibie n'ont pks hh 
connus des Anciens , apparemment part^ qu'iis font tr^' 
petits & fort caches fous les Aines. On aybic donn^ ce nom 
aux Bourfes , ou Poches du Cajlareumj qui font bien differ 
rentes , & au nombre de quatre dans le Bas Ventre du Caftor* 
Les deux premieres , qu'on appelle fupirUures , parce ou'elles 
font pluls ^levies , que les autres , ont la figure d'une Poire , 
& communiquent enfemble , comme 4es deux Poches d'une 
Beface. Les deux autres, qu'on a.poe\U injfiruures , font ar- 
rondies^ par le fond. Cdles^li renierment juie matiere r^ft- 
neufe , mollaife , adh^rente , mel^e depetites Fibres , de cou- 
leur erif^tre en dehors ,jaunitre en dedans.^ d'une odeur for-- 
te , ddfagreable & p^n^trante , & qui s'enflamme aif^ment, 
c'eft le vrai Caftomim, II fe durcit a Fair dan$ Te^pace d'un 
mois , & devient brun , caflant & friable. Si Ton eft prefl*^ 
de le faire durcir , il n'y a qu'4 le mettre dans la Chemin^e. 

On pretend que le Camnuin, qui vient de Dantzie^ eil 
meilleur que celui de Canada; )e m*en rappOrte aux Dro- 
guiftes. II eft certain que les Bounes de«eiui<l font plus pe- 
tites , & qu'ici meine les plus £0*0%$^ fdnt les plus eftimees. 
Outre la groffeur, il flkut qu'^lles foieat pefantes, de cou" 
leur brune , d'une odeur ^Irfltrante & forte , ;^e(nplies d'uite 
mati^re dure , caflame 6c ft'iable , de meme couleui^ du jau^ 
natre*^^, entrelatfleCis d'une Membrane d^li^e , & d'un goue 
acre. Les Pr dpri^t^s du Cajtortum font , d'att^nuer les matie- 
res yifqiieuleS , de fortifier le Cerveau , d'abaifler les Vapeurs « 
de provoquer auxFemilies leurs Ordinaires,d'empgcner la 
Corruption , £|c de faire^i^vaporer les mauvaifes Humeurspar 
la Tranfpiracioiii On s'enfert auffi avec fucc^ contre I'Elpi- 
lepfte , la Paralyfie , I'Apopl^xie , & la Surdity. 

Les Poches iof^ieures contiennent une Liqueur on^ueufe 
& adipeufe ^ qui reflemble au Mi6l. Sa cpuleu^ eft d'un jaune 
pale , fon odeur f(6tide , peu differente de celjb^ ^Cajioreum ; 



''fi 



I .';ite,i 



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i'<'>^f^^'"f M, 



■•^^y^", 




pVH VOYAGE DE lAMERIQ. Let V «, 

comme font encore queJques Autei.« ^. i l'?*® ^*^ ^*"« 

coupe ces pr^te^nd'us^Tell^^^^^^^ . . 

feurs , pour mettre fa vie en fiiret^ rCft 5 r n "? S?'**" 

il deVrSit alors fe d^po^L";rr au 6ri^l ?^^^^^^^ ' °^ 
refte eft prefque compt^ »our ?L V'"a **5^*To»^on, le 

^able, qPj luTifaiHSL^Ie^'rarCafto^^^^^^ 

de Mante , qu WappellTRobe S A^i T T% "^"^«'« 
pern le Poi^nd^^^T^^^ 

s'engraiffe , & enlet ^tat il eft bien p^s bronre S^!L"^ ^ 

pioyer le lec , silsay m^lojent un peu de eras On r^ruJUj 

qu',1 dojt avoir^t^ port^ quinze ou IxZFmoii^lS^T^ 

dans fa bont^. Je vous laifle k denfer f^A^L. i ' P ^'* 

mens on a iti affez f^pk SouSre co^^^^^^^^ commence- 

queleu^yieillesH^de?!^^^^^^^ 

Maii on na pa leur cacher lontems un fecret de cette n^ml 

II y a environ trente ans , qu'un nomm^ Gtur^ir^^ • ^ 

N ij 



1 



;,::v.?^. 



I 7 11, 
Mars. 



Cadors. 



^^0? 



100 JOURNAL HiSTORIQUE 

liter la confommation , d'en faire filer & carder avec de ji 
Laine , & dexette compofition ilfit faire des Draps , des Fla- 
nelles , des Bas au Metier , & d'aures Ouvrages femblables , 
mais avec peu de fucc4s. Get eflai fit connoUre mie le Poil du 
Caft^ n'eft bon qu*4 faire des Chapeaux. Iji eft trop court , 
pour pouYoir etre &U feul , &c il en faut mettre beaucoup 
iiioins de la moiti^ aved lai Laine , ainfi il'y a peu de profit <^ 
faire dans cette Fabrique. On a pourtant con(erv^ une de ces 
Miuiufafhires, en Hollajade , oii on en voit des Drap& & des 
Droguets ; mais ces Etofesfont cheres, & ne font paK d'un 
bon ufage. Le Foil de Caftor s'en d^tache bient^ , & forme 
^ia fuperficie comme un Duvet , qui leur ote tout leur luftre* 
Les Bas , qu'on en a faits en France , avoient le mSmq defaut. 
induftrie & Voil^ , JMadame , tout ce ^e les Caftors peuvent procu* 
trav.iux des ': Ter. d'avantages k cette Colonic pour fon Commerce : leur in- 
duftrie , leur pr^voyance , le concert & la fubordination , 
qu'0n^admi£6^€^euxi4eur attention^ fe menager des "^om^ 
modit^s , dont on n'avoit pas encore cru les Brutes capables 
de fentir la douceur , fourniflent k THoinme encore plus d'inf- 
tru£lions, que la Fourmi, ^ laquelle I'Ecriture Sainte renvoye 
les Parefleux. Us font au moms parmi les Quadrupedes ce 
que les Abeilles font parmi les In^d:es Volatiiles. Je n'ai pas 
oui dire k Gens inftruits qu'ils ayent un Roi , ou une Reine , 
&-il n'eft pas vrai que , quand ils travaillent en Troupe , il y 
ait un Chef, qui commande ; & punit les Parefleux : mais 
par la vertu de cet inftind, que donn^ aux Animaux celui , 
dont la Providence les gouverne ,^j|^lcim fcait ce qu'il doit 
faire , & tout fei fait (kn^ confufion ,^nsBinbarras , avec un 
ordre, qu'on ne felafle point d'admirer.^ut-etre apr^s tout 
n'en eft-on ft t^tonii^ i que faute de remdnter k cette Intelli- 
gence fupreme , qui fe fert de ces Etres d^nu^s de raifon , 
pour mieux faire eclatter fa fagefle & fa puiflance , & pOur 
nouS' faire fentir que notre raifon mSme eft prefque touj6ur$ 
par notre pr^fomption la caufe de nos egaremens. ,.i,i. 
La premiere cnofe, que font nos ing^nieux Amphibies, 
lor{qu ils veulent fe loger , c'eft de s'aflembler : vous dirai-je 
enXribus, ou en Socilt^s ? ce fera tout ce que vous vbudrez; 
mais ils font quelquefois trois ou quatre cent enfemble , for-* 
mant une Bourgade , qu'on pourroit appeller une petite Venifi^ 
D abord ils choififlent un Emplacement , oil ils puiflfent trou- 



^4 



I . ii. i,- ..-fA „-iTA..- 



,,-T:T^r^~ 




|,afinqu'ilsn'ayent 

"~ , quand iis I'ont 

-ouler ces pieces 

lifent vers I'en- 

'L\ P*"* O" MQins loiy 



ni Lac , ni Ekuib , ils v fuooiLm t? ' X ' ''', ™ "O"""" 
gue , ou , comme on park ici . d-uneChL^il^ "", ^^ 
lolu dc Mtir. Trois ou quatre Caftors fe mettent ai, o,., J' 

pas tant de chemin k faire pour 

mis en pieces. lis n'ont plus en ^ 

pour lespouflVr dans rEau,'& 
, droit , oil elles doivent etre platci 
' J Cespi^ces font plus ou moins vr^mn ni,.» «.i • i 

pas une goune d'eau. Ceft ay« leuM« <2ie l«Y»55 
preparen, cfeTerre; ScleurQ^J^u^X^Zfc^c 
mem de Tnielle pour maconner; maisencoiitA,!^ '*■ 
voiturer ce MorSer ,^e ou'ils fom JnT^- ^T ' f°"' 

Patt« de derrtere. A^yiTJ^^Tvtn IS'llb '""" 

leurs Pattes , en&ite de leur Queue. Les FondeoiemEl! 
D guefjom ordinaireiHen. dix 4 douie pie* dSeuT* 

tioivif font toujoars ejafleipent gardte. ta RieteSi: U^ 
de ces peuts Lacs, que !« Digues ontforiS&Tq^q^t^ 






Mars. 




• ■■-;./' 



\. 



fiy,/ 






'A ' 



i 7 2 1 . 

Mars. 



Leur prf- 
voyancc. 



--> 



102 JO i; R N A L Hi S T O r! Q U E 

fur le Bord d'une Riviere , ou k l*extremit^ dune Pointe , qui 
>vance dans TEau. Leur figure eilronde , ou ovale , & elles 
font youtees en Anfe de Panier. Les Parois pnt deux pieds 
depaiffeur, les Materiaux en font les nf6mes, que dans les 
ChauiTfes , mais nioins gros;^^ tout eft fi bien enduit de 
Xerre Glaife en-dedans , qu'ii n'y entre pas le moipdre air, 
Les deux tiers de I'Edifice font hors de I'Eau , & dans cette 
Fartie chaque Caftor a fa Place marquee , qu'il a foin de jon- 
cher de Feuill&ges , ou d6 petites Branches de Sapin. On n'y 
voit jamais d'ordures , & pOur cela , outre la Porte commune 
de la Cabanne , &.une autre liTue , par laquelle ces Ani> 
maux fortent pour aller fe baigner ? il y a plufieurs Ouver^ 
tures , par ou lis vont fe vuider dans I'Eau. lies Cabannes or- 
dinaires logent huit ou dix Cafiors : on en a vu , qui en ren- 
fermoient jufau'^ trente j mais cela eft rare. Toutes font aSei 
pr^s les unes des autres , pour avoir entr'elles une communi- 
cation facile. 

L'Hyver ne furprend jamais les Caftors. Tous les Ouvra* 
ges , dont je viens de parler , font achev^s k la fin de Sep- 
tembre , & alors chacun fait (es proviftons pour I'Hyver, 
Tandis qu'ils vont & viennent dans la Campagne , ou dans 
les Bois , ils viventde Fruits, d'Ecotces & de i'euilles d'Ar- 
bres ; ils pechent auffi des Ecreviifes & quelques PoifTons : 
alors tout leur eft bon. Mais quand il s'agit de fe pourvoir 
pour tout le tems , que la Terre couverte de Neiges ne leur 
tburniroit rien , ils le contentent de bois tendre , comme de 
Peupliers , de Trembles , ou d'autres femblables. Ils le met- 
tent ep piles , & le difpofent de fa^on , qu'ils puiflent tou- 
jours prendre les morceaux , qui trempent dans I'Eau, On a 
remarque conftamment que ces Piles font.plus ou moinsgran* 
des , fuivant que I'Hyver doit ^trfe plus ou iiioins long, & 
c'eft pour les Sauvages un Alnjjiiiach , qui ne les trompe ja- 
mais furla duree du frojd. Les Caftors , avant que de manger 
le Bois , le decoupent en petits morceaux fort menus , & les 
apportent dans leur Loge ; car chaque Cabanne n'a qu'ui^ 
Magafin pour toute la Famille. 

Quand la Fonte des Neges eft dans fa force , comme elle 
ne manque pas de caufer de grandes inondations , les Caftors 
quittent leurs Cab^iles , qui ne font plus logeables , & cha- 
cun y^ de fon cot^ , oii bon lui femble. Les Femelles y re< 

•« ■ ■ « 



/•..r, 



vers le mois de Juille^ qu?Is fe S^ C.mpagne jufques 

ouileurs Digues SielL^f /."i/*"^* ^ ^^"^s Cabarthes 

d autres ; mais bi^n Vs iaffjn I. kp '^P^'^^' ' ^^^ ^^ font 
ger de demeure. La olu/nrS" -^^ ""i^'^^"* ^^"vent A cW 
^i^ y font encore for^c^"/.^^^^^^^^^ de Vivlf : 

Jiausf Carnaciers , contre^fifi" i •f^^"''^ ' °" P^*" les Ani- 

Nature ait donn^ m^SJ^de fo^ 1 f""?^ ^"" ^>^^"r de la 

^clatter davanta/eYa puiffamTJP^ ne faifoic 

ceux-U , maJgr/leur ^foS^ ^ f^ ^^6^^^ ' «« ^e que 
que ceux-ci. ^ ^oibleffe , rtiultiphent beaucoup plus 



^ 










"*^ .^ruuver tous les ans au m^^Iv * r "^ ™anque po nt 
Ammauxy bitiffent ou Xr^m 'S^^ ""5 Logement: Que ces 
mierechofe, que font LTov^'u?. ^" ^'"-^ "' ^^ E'^e- 
""ers , c eft dl rompre L cS ">l ^"'Z.^''"vent les Pre- 

do„nederEau.SiSchSfceS 1"' ^"i 

i n> en auroit pas affez i3 .. .-^^^ P? '^'^"» les^aux, 
droit faire un /oitage 5^ /^ <^on"nuerla route, &ilfaul 
^ cieux Caftors voSofter ,IT -^^ '' ^'""^^^ ^"^ <^« offi- 
dit^ des Paffans. On ^^t k onT""'^' PT ^* ^^^"^•"o- 
de Quebec, ou des CaTrJ en tr-.'ir''"' *^^°^^ '^^ ^^^^^ 
n.ffent de I'Eau i un MoZlpilnZf'"'' P°"' ^""' ^°"^- 

<4^^^^^l^^ ^ on en croit .„c... 

maIraifonnable,qu^lvo^JVesLoS fc""''^P'"^^*^ ^"'*'* 
. fon Langa^e part?culier : que ce PeuS" ^ouvernenient , & 
fiffoit des Commandans , q2i dam uT ^""P^'^'e fe choi- 
tnbuoient k chacun la tVcSe nnl' '?''^c"* ^ommuns dir- 
crier k I'approche de rEnne^J^ °'^2.' ^'' Sentinelles , poir 

Pareffeux^^Ces prtlTE^iirrl^^^^^^^ 
<|uonappelle4..r.^i-;titf^P^^^^^^ 



»iv>-* <i"%t; 



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/- 




DelaChaffc 
ilu Caftor. 



1Q4 JOURNAL HISTORIQUK 

autrer, ne travaillent point, & fe logent fous Terre, oii 
leur unique attention eft de fe menager un cheiBin couvert 
pour aller k TEau. On les conndit au peu de Poil , qu'ils ont 
fur le Dos , ce qui vient fans doute de ce qu'ils fe frottent 
continuellement contre la Terre. Avec cela , ils font maigres ; 
c'eft le fruit de leur Pareffe : on en trouve beaucoupplus dans 
les Pays Chauds , que dans les Pays Froids. J'ai d^ja femar- 
que que nos Caftors , ou Bievres d'Europe , tiennent plus de 
ceux-ci , que des autres ; en effet M. L^mery dit qu'ils fe 
retirent dans les Creux &dans les Cavernes , qui fe rencon- 
trent fur les §ords des Rivieres , furtout en Poloj^ne. II y en a 
auffi en AUemagne, le long de I'Ebre, & en France fur le 
Rhone , I'lfere ^ I'Oife. C^ qui eft certain , c'eft que nous 
ne voyons point dans les Caftors Eurdp^ens ce merveilleux , 
qui diftingue fifortceux du Capada.C'eft bien dommage, Ma- 
dame,qu'ilne fe foit point trouve de ces admirables Animaux, 
ni dans le Tybre , ni dans le Pernieffe : cue de belles chofes 
lis auroient fait dire aux Poetej; Grecs & Romains \ 

II paroit que les Sauvages du Canada ne les moleftoient 
pas beaucoup avant notre jirrivee dans leur Pays. Les 
Peaux de C^ors n'etoi^nt pas celles , dont cesPeuples 
faifoient plus d'ufag? pour f^ couvrir , & la Chair des Ours , 
des Elans, & dequelques autresBetesFauves leur femb^t^^^ 
paremmentraeilleure, que celle des Caftors. lis les chajSbient 
n^anmoins , ^ cette Cnaffe avoit fon terns & fon c^rfnionial 
marqu^ ; mais auand op ne chafle , que pour Lrbefoin , & 
que ce befoin eft borne au pur n^ceffaire , ojrpe fait pas de 
grandes deftru^ions ; auffi , lorfque nous^rivames en Ca- 
nada , nous y trouv^mes un nombre p|:0digieux de ces Am- 
phibies. /; 

La Chafle du Caftor n'eft pas J^cile ; car il s'en faut bien 
que ?et Animal ait auwmt de fSafce pour fe deffendre , ni d'a- 
drefle pour eviter les embuenes de fes Ennemis , qu'il montre 
d'induitrie pour fe bieji^oger, & de pr^voyance pour fe 
opurvoir de tous les b^oins de la vie. C'eft pendant THy ver , 
qu'on lui fait la Gutrre dans les formes : c'eftra-dire , depuis 
le commencement de Novembre jufqu'au mois d'Avril. Alors 
il a , comme tous les autres Animaux , plus de Poil , & la 
Peau plus mince. Cette Chaflia fe fait de quatre manieres , 
qui font les filets , I'AiFut , la Tranche , & la Trappe. La 

premier? 



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-^ 






DUN VOYAGE DEUAMFR in T 

pr(«niere eft ordinairement Jaime iir..^' ^"- ^- '^5 

Amphibie- font fi percans , ^Tt TA %^T! ^^"^ ^^ "t 
malaif^ de I'approcher aflJz oour i? .t^"' ^ ^"" ' ^^ '^ eft 
gagn^ l'Eau,Xnt il ne s'L'aS oa! K "'' "^""' ^"'" a« 

qu'il ne revient point au-deflT.d* c' i ^f "j? ^ ^^^ » parce 

3onci la Tranle &Tla Snp ""'"" ^.' ^" Bleffure/c'eft 
muniment. ^ '^''P^^ ' ^" «" « attache plus com- 

Quoique lesGaftors aventfaJHp.,^ D» •/- 
ver , ils ne laiffent pas de^fa^de Z ^'^^^»°n* Pour I'Hy- 
curfions dans ks Bois Dour ! rtl^' ^" '^'"^ ^^^q^es ex- 
fraiche & plus tend?e ; Ee d/l^^fV""" '^^""•""re plus 
fieurs Les'sauvages dVeffe'^"^^^^^^^^^^^ 
feites 4 peu pr^s comme un 4 de chlfre l^ ^^' ^'"^PP^^ » 
mettent de petits morceauvtS k • ' J P^"' ^ppas fls y'^ 
coupes. LeLto nW^s nk^A/V"^^^^^^^^ fraichemen^ 
fur fe Corps une^ofl{L^L^^J?^'^l^^"^ ^"^ ^'^'"be 
Aaffeur /qui fufient ^^^l^^ '^ ?-- ^ & le 
mande plus de precaution & v^;^; j^ ,*. ^* Tranche de- 
^ procede. QuanS la Sace n'al^V. '^^^^^/^ '"'»«^e''e on y 
^:/eur, on^faituieoilerturel^^^^^ 

viennent pour refpirer pE leur jr.^ ""^I ' ^^' ^aftoVT y 
on les fent^enirdeloTa^piceo^^^^^^^ T iesy attend, & 
fez grand mouveai,n^t?l^?u1 ^Infi^"' ^^^ 
fes mefures pour le^f cafler la T^te .. 1 2 ^*^^ ^^ P^^" ^^e 
tent dehors: Pouragir^coJenhK* n" ™°^'"' 3"'^'* ^^ »""- 

la Glace , de. laBourre deRofeanv „ j ^ . " "" tlaiis 

pa.lesylaifferlonten,s,iUs!;S^&J!r''"^'>^^^ 
le f oupant. Ceux , dom les Caham«.T j "^o^ralKs en 
Tom m. ' ^Wannes font dans des Lacs , 



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to6 J O U R N A L H I S t 6 R I QUE 

ont itrois ou quatre cent pas du Rivajge une efpece de Maifott 



7/ * de Campagne , pour y relpirer un meiTleu* air : alors les Ch^- 

^"■*- feurs yfe partagent en deux Bandes , I'une va rompre la Ca- 

bannedes ChSnps , I'autre donne en bieme terns fur celle du 

Lac ; les Caftors , qui font dans celle-U , & on prend le terns 

qu'ils y font tous , veulem fe r^fugieii dans I autre , mais ils 

i'y trouvent plus qu'une Pouffiere , qi^on y a jett^e expr6s , 

^ qui les aveugle , deforte qu'on en a l)on marche. Enfin en 

quSques endroits on fe contcnte de fai^e une ouverture aux 

thauffees i par ce moyen les Caftors fe trouvent bientdt k 

fee , & demeurent fans deffenfe : o\i b en ils accourent pour 

^ iremidier d'abord au mal , dont ils ne c^nnoiflent pas les Au- 

teurs ; & comhie on «ft bien pr^par^ k les recevofr, il eft 

r^re qu'on les manque, ou qu'on n'en attrape au moms qu el- 

Qudqae. "^"vokTd'autrii parucularit^s fur Ifes Caftors , que je trouve 

Panicuiarii^s ^aus Quelques M^moif es , dont je ne voiis garantis pas la hd6- 

furccsAmphi- j.^^ ^^ pretend que qUand ces Animaax ont d^couvert des 

"' Ghaffeurs , ou qOelques-unes de ces BfetesCarnacieres , qui 

leur font la Guerre, ils plongent enbattant lEau de leur 

Queue; avec uafi giT&nd bruit , qu'on Us emend d une dernier 

litue. C'eft amJ'alrem^ent pour avertir ous « autres d etre 
fur leur* gardes. On dit encore qu ils ont 1 Odorat fi hn ^ 
qu'etant (Pans I'E^ , ils fentent uA Caikit de fort loin. Ma^ 
6ti ajoute qu'Us ne Voyem aue de cot6 , kionplus que les Li6- 
vres , & que ce d^faut les Uvre fouvent kux Clwffeurs , qu fls 
veulent 6viter. Enfin on affure que , quand un Caftor a perdu 
if Femelle , il ne s'accouple point avec une autre , comme 
on le rapporte de la Tourterefle. 

Les Sauvaees ont grand foin d'empecher que leurs Chien* 
ne touchent aux Os du Caftor, parce qu'ils font dune 
duretd , 4 laquellc les Dents des Chiens ne r6fifteroient pas. 
On dit la fhUme chofe d«s Os du Porc-Epi. Le commun de ce» 
Barbares apporte une autre raifon de cette prtcauuon ; c eft , 
difent-ik , pour ne poim irriter les efprks de c^ Anmiaux , 
qui empecheroient qu'une autrefois laChaffe nefutheureufe. 
Mais ie crois que cette raifon eft venue km^s coup ; & c eit 
ainfi que la fuperftition a fouvent pris la place des caufes na- 
turelles , k la h«|ite de I'Efprit Humain. Au refte , Madame , 
je m'^tonne ,^u'on n'ait pas encore effay^ de tranfporter en, 






~^Z3^- 



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^ifv > '^*> i-^-* ' 




France ouelqdei-ons de ces merveiHeux Am^f K' ^ 

ye, qu'on prendroit IeRatM.,^.,2 ' ^^ fi jembla- 

ndVes ;&r,onlirvoit ^"l^e/TrA?"? '*^'^''" ?«" <*«^ ^ 
un Mufc tr^s-exquis. c"t Animal ^•"H' *?»» '^nferment 

crit , foiis le nom de Afw >//JLc II r ' ^ * ^- ^^^ a d^ 
mois de Mars , & fa nLrifc afc^ ^f P'^"^ ^" 
ceauxae Bois, qu'il oele Tv/n. ^^o*^* de quelques mor- 

& desfeuillesdecetePameXiri?"*^' ' puTsdestiges 
i des Fraifes & des irlmhSf!: ? ^ '/"« mange gute que • 1 

Fruits dans VA^rnXZiuo^^^r ^"^if^^"' ^'-"^es 
ment le M4Ie fans Jal^meir '^"'"^ °° ^°" ^^'•e- 

Quant 4 leur iSnl^ll^^'^H^" f'vaill&4. 

pas poffible de lui 6tir un K W. S ?'T°?' »'<»» '1 a^H 
fe Palais auffi «gri°&tere N« '&f t"S#' 
/brt eo train devous Parl»-X aL« riff ^J Mad^, 
va?.s , & des AnimaS, ^ouffom ™^ r 1* ■"» San- 
miSs il fautremettre "piTei ZeSfef" * " ?">"v 
-navemr <pe a.. Voituf, 4 pZ , TJe^!^.'"' "*"' ■•* 
. ' ; Je fuis , &c. 

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r dt Qiebheoftx Trois Rh^al^^omni^^ peiitimnr 
me l^tla^ige. Des Seign«$m dela Sm^elle France, t ^ 
>nofi 4 Se^iancoun. ^ad^tion fitf knMt^ iie. ^ 





PuaMe. B^rij^f&n 4fs T^s Rivi 




le'deMars, lyzi, ''* 



Qi^M 



jdrte qiie i'aVM? ^ris la voyjB d*une Cambiatura , que la 
' .GJaci ^elflehttrb^facileen ce Pays pendant THyverV, 
It flfc coute ms dlus que les Voitures ordinaires. Qn fe 
tt)ur cela d'uSe Tr^e , Ou , comme on park icf; d'unfe 
v^anllei qui coule fi (jfouceihent , qu'un feul Gheval fuffit 
iouSi trainer , ^ va tt>ujoors legalop. On en change de 
tfems wi terns , &! i bon. marcW.^Dans un befoin on Feroie 
\ %ain(i W vint-quati-e heures foixant^ iieues , beau^roup plus 

^'l ^omrtSod^ment , ^ue dans la mieiUeure €haife de Pofte. 

DCS scU Mbn premiei' gite fut k ia Poinuaux TrembUs , 4 fept lieue& 

pneurie»du dc b MP"*!^ » ^'^^ i® n'^toh parti « qu^tuie heure avant 

cana-Ja. i^-^nwi Ceft uneTdis bonoes Paroiffcs do Pays. L^gUfe eft 

erandJ, & bien b^tie , &Tes Habkans y font fort h. leur kife. 

&e^ii^ral les aniens Habitans font ki pivs riehes que les 

Sdineilrs , & en |voici* la raifon. Le Canada n'^toit q^ 

craSdeTFor^ , quirid les Fran96is ont cpmmenc^ de s v 

4,blir. Cebx , i qui Ton a donn^ des Seigneuries , n'^toie 

gens ^ lis mettre bar eu5Mtt6mes en vakur.* C'6tof* '<- 

ciers , dSs Gentilshjomi]|jMdes Communaiit^s , qr-* 

pas desponds affeii ccaH|ables , ppw y Joger 

.vriers pbur cel^. ^ a dope falli^'qu'ils y etabliffi 




\ •% 







17^1. 
Mars. 



Du Droit cfe 



DVN VOYAGE D£-fAMERIQ. Let. VI ,o, 
iKans , qui avant que de pouvoir v recueilli, jL • /.'°' 

Tme tputesles avances. Ainfi ils nWr,ft ^'"^^ * ""* 
,_ Seigneurs , qu'i une tUdtlJn^^fZ'^ » engager envei-s 
^•avec les Lods fei^mt „1^?^", ■ ■'t.?'°'''^«- ^e forte 

. ,-lfues de torn, & d'une profond" u? illimSf S*''" ^.^"^ 
J Ifand revenu dans un Pays (i peu oS /t^ - Pf ' '' "? 
»|^y.eu de Commerce au-dedans "^ "^ ^ . & ouil y a fi 

%o?toutxiv''?T""'''''r»'''°'«. %"i on. engage teftu 

Conteil le dixieme dfiSars .ig, aLI^L"' i'*'?''". P" ''^ 
Pays aucune SeieneuriV »,i„ 'jV'*' '' "y » en ce 

4 laqueUe Te S de kZ^'ff "?'•'" • r f""' Tirrces . 
ieil , prononca a meme ahn.iA ,<o^ etant en Ion Con- 

cun autre, de j2ger de Ia%aSdes^^^^^^ 

que Ja portion congruedesCu?^s eft pa^^^^^^^ ' 

qui appartiennent k I'Eveaue F .. R J^ J ! l^ixmes , 

3^clare , que le Dro k deT./ri: °' ^!f ' ''^ "'^'"^ ^rret 
norifique. ^e Patronnage n'eft point cenfe Ho- 

>Je partis de la PointfeauUKg^rembres le miafrp :.t.o . i ' 
avec un Cheval Borgne, je le chania?.n?fv "'^^^°"' «'*"«-" ^' 
Boiteux, Sccelui-oiLn^rrun Pouflfr A "^ '^''"'''«"" """"""' 
lais ie fis dix-fept lieue, en ?«"/:„ h^ittu'rer T^*^'^ 
vaidetris-bonneheurechezleBaroiidpRi!! ' & jarn- 
Voyer de la Nouvelle See l«nnfi ^^«=^«ncourt,Crand 
, perJiettred'allerpius loih!^^^^^ vouUit jamais me 

Tes^Tertes un Vill^l&l^^i^^^^^"^^^'"'"^ ^ ^ 
rituel , par ^aimL^y^'^^^W^y!?^^^ » P°"'" ^e Spi- 

■ >ne. i/Bar4'd1SL«'ri&dte'T^^ '"P^- 

|en.duSud^uicoulefore„rite"Sa^D^'''''' "^ ' 
& qui porte fon nom. Ce nift nourLnf^*? °"?W«e «s, ,. 

Terre ^ui a iii irieie e^=,jin„£ • ' P,^V?«'e?irande 
qui eJ3e rat,tj.rdSvr "'""''''' ^°^''''^' • 






V i - 



<■ 




Mars. 



nom 



^i 



D'oii 

vcnu Ic 
ik Riviert 
J'li^tiie a. la 
Riviere dc 



no J O U R N> L H I S T O R I Q U"E 

La vie , que me^M. de Beckancourt dans ce D^ert , car 
on n'y voit point encore d'autre Habitant que le Seigneur, 
rappelle aflez naturellement le fouvenir de ces anciens Pa- 
triarches, qui ned^daignoient point departager ayec feurs 
Domeftiquerie travail de la Campagne , Sc-vivoient pref- 

2ue auffi fobrement qu'tfux. Le profit , qu'il peui faire par le 
)ommerce avec les Sauvages , (es Voifins , en achetant d'eux 
les Pelleteriesde la premiere main , vaw^bien les Redevances , 
qu'il pourroit tirerdes Habitans, k qui il auroit partag^ fes 
Terres. Avec le terns il ne tiendra qu'i lui d'avoir des Vaf- 
faux , & il fera des conditions beaucoup meilleures , quand 
HWra fait d^fricher tout fonTerrein. La Riviere deBeckan- 
courtvfe nommoit auparavant /a iJmV/ic Piiwn/ff : je m'infor' 
mai de la caufe de ce nonj , car I'Eau de la Riviere me pa* 
rut £9rt belle , on m'aflura qu'elle 1ft tr^-bonne , &; il n'y 
a aucuile mauvaife •deur dans tout ce Canton^ Les uns itie 
dirent n^anmoins , que cette caufe ^toit la mauvaife <palit^ 
des Eaux : d'autres Tattribuoient il la grande quanat^ de 
Rat&Mufqu^s , qu'on y.trouve , & dont les Sauvages ne peu- 
vent fouffrir I'oaeur ; mais voici une troiii^me Verfion , que 
ceux , <|ui ont fait plus de recherches fur TAncienne Hi^oire 
du Pays, pr^tendent etre la veritable. 
Des Algonquins ^toient en Gued'e contre les Omiontcha^ 



la Lafigue Huro'nne .- cependant on pretend que ce font les 
Hurons , qui Tont chalKe dei leur ancienne Demeure , & qui 
I'ont m#me en partly detruite. Quoiqu'il en foit , elte^^toit , au 
terns , dont je parle , en Guerre contre }es Algonquins , qui , 
pour-€nir d*un feulcoup cette Guerre , dont ils commen- 
9oient k fe laffer , s*avifere'nt dHin AratagSme , qui leur 
r^uffit. lU fe mirent en embufcade fur les deux bords de la 
petite Riviere ^^qui porte aujourdliui le nom de Beckanir 
court. Eniuite ib detacherent quelaues Canots , dont les 
Condu^eurs firent femblant de pecner dans le Fleuve. lU 
f9av9ient que leurs Ennemis netoient pas loin , & ils i^ 
doutoient point qu'ils ne couruflent d'abord fur lesr pr^ten^ 
dus PScheurs.: eneffet , ceux-U ne tarderentpas 4 vdir fondr^ 
-fur eux une flotte de Canots j ils fir6nt iemblant dWoir 



-y 



" ' * i 









■"Ht\ 



1721. 

Mars. 



DT;n VOYAGE DEL'AMflRIQ. Let VI nr 
peur , prirentyla foite . 6c gagnerem la Riviere, lis v iVkinr 
fuivis Je fort pr^ v*r un fnnemi, qui croyo t avoir^^^ 

avant . ils atorVnSe paroirrX L 

te leur r^uffit ; ceux , qui les p^ur£Lri^^*^ Cette.f^ein- 

iSrp^^Te!'^"' Us re croyoien. au n.rn.n^t^^L\t 

fufibn , dont on ne leur don^a St le emt 1 ?' ""' *^°"' 
Unefeconde d^charge, qiMTiv^He forrTrl ?/' ''"'^^^^ 
acheva i«ur d^route! lis^voulure^t ^^^^^^^ 
lis ne pouvoem plusfe fervirde l«,rc r "■^» ""^'^ 

Ji , a n-en eft plS d«?ou qu^t alSui**/^'"'- ' ' 

mem aI&tf/"S?!,Sr''r"'" ">" pa* prifeme- D, va,„ 
»np laJff«l«;» ™ ' ^ *«oit, il y attuelques ann^es 11 ^Wnaqui ^ 

etti. I'epouvame iufinfes Sns rX^^i"'" ''"' ? fouvent 

pelle, oi«i8 p„S^„* b"ai^ ' d'S'Jr'""' <=<"- 
ferveurn-eft plus ^M^^Tn f^ "^ ""ouer que leur 



'* 



1^^ 





yK-J 



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4~ 



112 



17x1. 

Mars. 



Apr^s 



Situation dc .^~^'r~ 
U Villc des Vlllte 1% 
Trois Rivic- ^^ 
KS. 



'I 



Du Lac Hi 



t 



Z^- 



JO URN A^IJjjMjfip O R I Q U i : 

TEau-de-Vie , lis y o||^p|W|HPK les Sauva|es ne bQivent 
^mais- , que pour Jl^yir^^pendarit une t'unefte Exp6- 
Jience nous a appri^^ qu i niefure que ces Peuples s^loigqent 
4e Dieu , ils ont^oins de deference pour leul^afteurs , 
& fe rapprochent des Anglois. II eft bien k craindre que le 
Seigneur ne p^ermette qu'Us devienncnt r j|n|| j p»gm's , pour 
nous punir^dTavoir contrifeu^ , jpa^^jjIIPPraHiSnt^i^ , 41?s 
rendre viclfeux , cpmme il eft d6]a. arriv6 4 quelques autres 
Nations. / 

oir embraffe le Miffionnaire de Beckancourt {a), ^ 
iirgade , & faifavec lui de triftes reflexions , que 
.^nquer de fournir le d^fordre , dont je viens de 
j.-..w.j»,*^dont il eft fouvent reduit k gemir devant Dieu , 
je tra^r&i le FleuVe Saint Laurent , ppur me rendre en 
cette Ville. Rien n'eft plus charrtiant , Madame, gue fa finia- 
tiom.Elle'eft, b|tie fur unC6teau de Sable , qui na gu6re>J 
de ft^riie , que I'pfpace , qu'elle pent occuper , fi elle deVient 
jamais une Villi confid^rable : car 4 jfrefent c'eft fort peu de^ 
chofes. Du refte , elle eft environn^e de tout ce qui peut ren^^ 
dre line Ville affl^able & opulente. Le Fleuve , large de pris . 
d'unPdemie lie^A eflri/es pieds. Au-deli on ne voit mie 
Can^agnes ciiltivi^, fertile^^ couronnees des plus belles 
For^ts du Monde, tin peu aVt-deflbus , & dir meme cote , 
que la Ville , le Fleuve re^bit\n| aflex belle Riviere yqui , 
avant que de confondr^fes EMi a%ec les Sien^es , en te90U 
en meme tems deux autres ^I'une i fa,droite , & I'autre k fa 
gauche , & c'cft ce q1iyb«4#le noiHile Trdig Kivieres , que 
pone la Ville. oj^ " rJ^ 

Au-defliis , & pref<(u*ijameme diftance , commence leiac 
da Smt Pierre y lequeipPftiviron trok liepes d^large, & 
fept de long. Ainfi rien We borne la.vM;de c^ c6fS-l^ , g.le 
Sfljieil parok l^ coucher dans lerOnd^g^e Lac ^ quiWfeft 
qd^Un elargiflement du Fleuve , re^it jliieutifs Rivieres. II yf 
a afed'apparence que ce font c^iftvieres , qui aved le tefms 
ont ftiangye Terrein bas & moiipl , | trayers duquel elles 
coulwfetw t^ela eft furfbat fenfibfUi imrd 'de celle de Samt 
ItaBi^ois; dont TEmbouchure eft'femee de plufieurs Ifles, 
Ml pourroientbien avoir ^t^ jointesau Cdntinent. D*ailleurs;' 
*|[ans tQut le Lab ,^1 c€ n'eft au milieji du Canal , dont la forc€ 

(4) Lc PcrcEuftache Le So e VR* , 

■ '♦ ' du 



«. 




in^'i^^ i^ 



I7i I. 
Mars. 



<«> 



rent pas aiftment. En ricomDe^fs n T '''"8?» . "« fe ti- 

de quoienrichir une erandeWl^ ?i^%^^3"s fo.iVoifi„age •'ciaviiic. 
la rend tr^s-impofrante . & c^eft .^ / i "^ '• ^^ fi'"a"on 

Iets?4iine affez belle EdiffpS 
majnesReHgieL;&u^^^^^^^ 
, d Urfulines , qui v font ai. ««J[l ^ j ^^ '"^ ^ "" Monaftere 
font roffice dkf^iXe " ^^'S^^^ ^^ ^"^"nte , & qui y 
ftde Saint Vallie??)!!? S^^ /ncore une Fondation de 

-feiffc^ri^^ur 4 Ouebi/^^^^^ ^'^ '.^'^^'^^^ P^^ ^' Con- 
tenalXx Trds JtiW^^^^ Untendant avo^t un Lieu- 

tice oiJ^re , dont le r h^/T r ^"' ^^"^ ^'^^ a une Juf- 
Elle doit mor^^etf^^^ 7 Lieutenant G^n^ral. • ^ 

---ens %SL7e"l?tt^^^^ ^%^°- 0.,.„e/e 

ges de differemes^Nations II in !?Jr j ® r^^ **es S^uva- fon Eabuffc- 
des Quartieri lesX "^1? v5T m'' 5""°"' P^^«e"« "''^ 
Rivieres quiontCltrS^^^^^^ ° - 

fort loin. La fi^uation dn i;l» • • » « qu on remonte 

qursy faifoit eneaL". ll^ ^°{?' ^" granj Commerce,^ 
des Iroquois. &■ d««* :» .._ ^'? ^'?" 



^ieJ^ l'roqwir"l^''A^ntVf "^^ ^""^^'i ^'°" nommee la RivieA 
GouyeZurtG6niZ.li^^^^^^ ^j?"^^^' °^"gea leT 

tenyient une bonne GarnJ-on^^ oi.ils%ntre- 

verSeur Partial*" r.Ainfe ^^^^ou- 

nie un des plus i^ponaJL de hSfe^^^ 
de quelques ann^dsles SauvaeSfe iS/ f "^^^ "^H ^^^^^ 

J* 



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I . 



V 



114 JOURNAL HISTORIQUE 

■ bertA des Paffages , oil ces fiers Ennemis leur dreflbient fan* 
I 7 1 1 . ceffe des Embyches , & n'^tant pas mSme toujours en fiiret^ 
Mars i la vue & fous le Canon de notre Fort , ce0erent d'y porter 
leurs Pelleteries. Les Jefuites , avec ce <ju*ils y avoient affem- 
ble de Neophytes , fe retirerent trois lieues au-deflous , fur 
un Terrein , que leur avoit donn6 1'Abbd DE LA Madeleine^ 
un des Membres de la Compagnie des Cent Affocies , formee 
par le Cardinal DE Richelieu : d'oii <?e Terrein a oris le norn 
de Cap de la Madeleine , qu'il porte encore aujourtfhui («). 
n ,p „^ , La Miffion , qu'on y avoit tranfport^e , n*y a pourtant pa» 
mJcwL. fubfifte lontems. C'eft en partie I'effet de I'inconftance des^u- 
vages , & principalement une fuite des Guerres & des WJa- 
lacUes , qui ont preTqu'entierement d^truit cetteEglife naif- 
fame. On voit bieii encore aux environs une trowjpe d'Al- 
gonguins , dont la pWpart ont et6 baptifts dans leur Enfance , 
mais qui n'ont aucun Exercice r^gld de Religion. M'* de la 
■ Compagnie des Indes Occidentales , qui ont aujourd'hui la 
Tri^ite &s Caftors , ont inutilement tent^ de les attirer & Cne- 
coutimi, oil ils ont d^ja r^uni plufieurs Families de la meme 
Nation, & decelle desMontagnez , fous la conduite d*un 
Miffionnaire J^fuite. D'autres ont voulu les joiiidre aux Abe- 
"^aquis de Saint Fran9ois. Leur unique r^ponfe 4 c^s invita- 
tions a et^ qu ik ne pouvoient fe r^toudre i quitter uh lieu j 
oil les Os de leurs Peres repofent ; mais quelques Perfonnes 
font perfuad^ , & c^ n'eft pas fans fondem^nt ♦ qiieijJette r^ 
fiftance vient moins de leur pan , que d^ Gens , 4 qui letir 
Voifinage eft utile , & qui fans doute ne font pas affei refle- 
xion qulls ia^ri&m le »lut de ces Sauva^siun alfez ^egef 
inter^.' ■'.'"'•■'..' •■.■,;:.'.'■■■■■', '..^ ■'-'' 

On vient de m*aflur<r , Madame ^ que dans ouelques jours 
il y aura une occasion d'envoyercetteLettre k Quepec , d'oii 
elie pourra aller en France de bonne heure parlTfle ftoyale. 
^ Je vais achever de ia remplir de ce qui rieg;arde les Chajfles tlei 
' Sauvaees. Celle duCaflor, ainfi.que jeTai d4]a remarqu^ ^ 
n*eft devenueleur principal objet,que depuis qulls ont vO 
le cas , que les Frant^ois taifoient de la P^pouiUc; de cet Ani-r 
mal. Cetoit aup»ravai» celle de tOurs , qui tenoit ie pre^ 

(«) Ontre les Mines dcTcr. WW nlnfienta Sooiccs d^an MJaAales, (jni 
^ aflcz abondantcs an Gip «k la Mactekiiilc , font ist toltam qualu^i,^'*' celles Jb 

on y a dfcouvcR , il 7 a quclijaet aante , f org^ ^ 

"'- . • ■ M^-. ■, ■■'' '■ - 



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P^IJ VOYAGE DEL'AMERIQ.lET.vr „. 

mier m|, & 06 la SuperftWoi, avoit lepufsde part Voici - 

ce qmie j)rat,<,tie encore au^ourd'hui dans WHa& Da?m ^^^ 
c^lMt /qui ne fom pas Chr^iens. v-naaeparmi ' 

C eft toujours un Chef de Guerre , am en m>.r«,« i . 

fe fill en grande c6r&t&^ , eft toeX S^^^^ u^"* ^^ ''^''' 
ioun , pendagt lefwls H „4ft pas ml^^^^^^ 
imegouti.d'^aii: l^levousdiriienp^^^ 
^e que IM Saijvages appi^Uem Mner , c'eft ne rien oren^e 

^u tou^Ge tfd^ pai tout, malgr^ I'exiame f5S 
f exceffive afaftmence ne fjaiSoit , ce {embk , m^er de 
Jeurcaufer,vflsn«Gefl'ent#chanter,^ tantqueffuTdui? 

y Ge Jeun0s^Wervepow 

noure oil Ton tfouver a beaucoup d'Ours.SS« m^l; 

fe djcouper la Chair enplufieurs endroits du Cori pour^ 
rendre propic^ feuj^j Q^es. Mais il eft bon de SoK'i^ 

neleiirdemandent point leurfecQurs, pour i^^rTh^S^d^^^ 
^^neux Anim^x, iUeur Aiffit de^fWoi^^yTa 

I^Sl^el^ele^^ 

Us Sausages acidreffent auffi pour le m6mefuiet dei Vffiu* 

J' * % ^*'*^4!'^ *" "® ^°"' occup^s que de cette oenf^e 
tandis quils veiflent , il eft naturel que pendS le£ & 
meri , qui^e dort pas ^tre bien profoS a^cSSJnS ^ 
vuides , jk r^vent fouvent aux Ours. Mais ce n'eft pas 
entorej^^^ 

Gantonj mt moyen que tous les r^es s'accordent fur cela ? 
Tourefoii pourv^ W„n habile Ghaffeur ait crq v4 en 
fonjge 4€U3t jo^ trbii fcis^e fuite d^ Ours dans un I J.fm,!. 

nQsSauvages>ibit<|u^ft>rce|fei^ - 

r6ve |><€ntot , 0u few femblant dV avoir reve & k r^rnl.f 
' lipn ^ft prife d'aUer de.ce c6t^-lL / "' "' 

boi;^k^l'S^I^¥7'^'K^*^^="^'^'^^Ctiefcho]fi , 
pour leParttdeChaae donneatQusx^u?^,^ doivem. 

■', * ', , .'.^^ ;■.•.>'. r:'-.^ . ' P i; ' • 



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l"-aAv, V '\'^1 v:';.^:.; \> 



1*7 i !• 

Mars. 






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L'Ours paffe 
fix mois fans 
ganger. 



ii6 JOURK AL HISTO R IQUE 

etre, un grand Repas, & perfonne n'oferoit s'y prefenter^fans 
avoir prisauparavantle Bain,c'efl:-il-dire,fans s etre jette dans 
la Riviere , quelque terns quit faffe , pourvu queja Riviere ne 
foit point glacee. Ce Feftin n'eft pas , comme beaucoup d'au- 
tres , oil iHaut tout manger : quoiqu'on ait lontems jeun^ , 
& peut-etre par Cette raifon , on y matige fobrement : celui , 
qui en feit les honneurs , ne touche k rien , & route fon oc- 
cupation , tandisque les autres font k Table , eft de raconter 
fes anciennes proueffes k la Chaife : de nouvelles invocations 
aux Manes des defunts Ours terminent la Fete, On fe met 
enfuite en marche barbouill6 de noir , ^quippd comme pour 
la Guerre ,& parmiles acclamations de tout le Village. Auffi 
la ChaiTe n'eft-elle pas moins noble parmi ces Peuples , que 
la Guerre : I'AUiance d'un bon Chaffeur eft meme plu^e-. 
cherchee , que celle d'un Guerrier fameuit , parce que la 
Chaffe fournit k toute la Famille la Vie & le Vetement , & 
que lesSauvages ne fouhaittent rien au-del^. Mais un Homme 
n'eft pas repute grand Chaffeur , , s'il ne tue douze grandes 
Betes en un jour. . "\ 

Ces Peuples ont pour cet Exercice deux grands avantages 
fur nous : car en premier lieu , rien ne les arrete , ni Bui0bns , 
ni Foffes , ni Ravines.^ ni Etangs , ni Rivieres. lis vont ^ou- 
jours devant eux , par la ligne la plus droite. En fecond lieu , 
il eft peu, ou plutot il n'eft point d'Animaux, qu'ils ne ga- 
gnent k la courfe. On en a vu arriver dans un Village con- 
duifant avec line Houfline Hes Ours ,^u'ils avaient laffes , " 
comme ils auroient mene un Trouipeau de Moutons ; & le » 
Cerf ie plus agile ne I'eft pas plus qu'eux. Au reft'Jle Chaffeur 
doit profiler peu pour lui-meme de fa Chaffe. Heft oblig^ d'en 
faire de grandei^ liberalites.^Si on le previent , & qu'on la lui 
enleve, ilfautqu'il fe laiffe depouiller fans rien dire, & qu'il 
fe contente de la'gloire d'avo^r travaille pour le Public. On 
life trquve pourtant pas mauvais ousj^^ans la diftribution , qu il 
fait du produit de (a Chaffe ,. fa Farnifle foi.t partagee la pre- 
miere. Maisilfaut avolier que ceux, avec qui nods 
plus de conime^ce , ont deja un peu perdu de cette 
generoijte , & de det admirable defint^reffement. Ril 
plus contagieux , que I'el^rit d'lnteret , & rien n'eft 
pable d'altere^les moeury. . / 

' Le terns de la Chaffe de I'Ours eft I'Hyyer. Alori 



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D-UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. VI. 1,7 
maux font cacWs dans des creux d'Arbres ; ou , s'ils en trou- 
vent dabattus , , s fe font de leurs Racines une faniere 
dont ,1s bouchent I'entree avec des Branchesde Sapin To^ 
lis font parfaitement k i'abri des rigueurs de la SpiSn q- 
. eel. leur manc^ue ils font un Triu eTxer ^ &'o" t'^ 
foin , quand ,1s y font entr^a^ d'en bien fermer I'ouvlfture ' 

d^t de bien ores, Mais de S^eteLCT^ 
loge , ,lnef^rt point de fa retraite'de tout I'&yver c^A.i 
qu, n'eft plus r^voqu^ en doute. On n'eft pfsCi„s alrl 
cu!, „y porte aucune provifion , &parcon?equTnt que nS 
danttoutce tems-1^, ne boit , ni ne mange iViWreaC' 
de fes Pattes , en les lechant , une fubftance , qui le" ourrk 
comme quelques-uns I'ont avance : c'eft fur quli il eft p/rm^^^ 
a chacim de croire ce qu'il voudra. Ce qui dl certa n^ S 

auonen a te„u> laChaine pendant tbut^nHyverTS^^^ 
donner n, k bAire , n, k manger , & ou'au honf L r " 

|f want qu un Animal pourvu d'une fi bonne Fourrire & 

f ttfiftdes pi?cau6ons dont aucun autre qK„™VvKi 

Cferfeneloi'r'^'"^^'*^" ^" i« Ipparen/e/r^ht 

Chaffeurs croyent en avo,r trouve quelou'un i I cfS ' 

un grahd cercle d'un quart de lieue TZT^f^^J^Z 

ou moms , fmvant le nombre des Chaffeurs. QnZVnJZ 

fujte ej fe refferrant toujours , & chacun cherche devam foi 

!i ,1 ne d^couvrira point la retraite de quelques Our* n ' 

maniere ; s'^1 y en a , il eft difficile qu'^ ^XSido;^' ''"^ 

car nos Sa^y^ges font d:e'xcellen, kret? CTdemarii 

meme q|3rt"oeuvii re«pmmence k quelque diftance I iT t ' * 

tout le terns de la Chaffe s employe^de cette forte ' 

Uhs qu'un Ouri eft tu^ , le Chaffeur lui met «n'^^-* 1 r» ' j *■ 
leTUyau de fa pL alWe, S danslLZi '^"iJ .^"^'^'^'l: 
rempl,ffant|infi^^^^^^ 

il conjure fonEfpmd|n'avoir aucun feffentimentTcf qVil SU '"^ "" 



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Mars. 



ii8 JO UR^AL .JIIS T OR I QU E 

Vient de faire k fon Corps , & de ne point lui erre contraire 
dans tomes les ChaiTes , qu'il fera dans la fuite. Mais comme 
I'Efprit ne repond point , le Chaffeur , pour f9avoir fi fa priere 
~ ''^ exaucee , coupe le Filet , qui eft fous la Langue de 



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fOurs , & le garde jufqu'A ce qu'il foit de retour au Village. 

Alors tous jettent en grande ceremonie, & apr^s bien des 

, invocations, ces Filets dans le Feu. S'ils y petillent, & fe 

retirent , comme il ne peut gueres manquer d'arriver , cela eft 

pris pour une marque certaine que les Efprits des Ours font 

appaifes : iinon , on fe perfuade qu'ils font irrit^s , & que 

la Chafle de Tannee fuivante ne fera pas heureufe , k moins 

qu* on ne trouve le fecret de fe les reconcilier : car enfin il y a 

remede k tout. 

R.5cept;on , ^es Chaffcurs font bonne chere , tant que dure la Chaffe , 

que Ion fait & pour peu qu'elle ait r6u1Ti , ils emportent encore avec eux 

aux chafTeurs j|g q^jj regaler leurs Ami?, &nourrir lontems leurs Families, 

Ce n eft pas a la verite un grand ragout que cette vjande bou- 

canee , mais tout eft bon pour des Sauvages. A voir la r^cep* 

tion , qu'on leur fait ; les louanges ,. qu'on leur do^ne ; I'air 

content & fuffifant , qu'ils prennent , vous diriez qu'ils re- 

vienneiit de quelque grande Expedition , charges des de- 

f)ouilles de route une Nation detruite. II faut etre Homme, 
eur dit-on , & dffent-ils fans fa9on eux-memes , pour com- 
battre & pour vaincre ainfi les Ours. Une autre chofe , qui 
ne leur attire pas de moindres eloges , .& dont ils ne tirent pas 
moins de vanite , c'eft de ne rien laifler du grand Repas , que 
leur donne encore au retour de la ChaiTe celui , qui y a com- 
mande. On y prefente , pour premier Service , le plus grand 
Ours , qui ait et6 ^ris , & on le fert tout entier avec {es En- 
trailles : il n'eft pas meme ^corch6 ; on s'eft content^ de lui 
griller la Peau , comme on fait aux Pores. Ce Feftin eft voue, 
k je ne f^ai quel G6nie , dont on croiroit s'attirer I'indigna^ 
tion , fi on ne mangeoit pas tout. II ne faut mSme rien laiffer 
du Bouillon , oii les Viandes ont ^te cuites , & gui n'eft gue- 
res qu'une Graifte fondue , & reduite en Huile. Rien n'eft plus 
tnauvais ; auffi y a-t'il tou jours i^uelqu'un , qui en qr^ve , 8c 
,. plufieurs en font fort incommodes. 

Que^spat- jLes Ours ne font mechants , en ce Pays , qtie quand ils ont 
{icuJantds fur fairii ^ qu quand ils ont et^ bleffes. On prencl n^anmoins tou- 
**"' ^ jours fes precautions , quand on les approche. Raremem iU 



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V 






DUN VOYAGE DE L'AMERin V 1., 

a«aquent;ilsfuyentmeme hZ n ^- ^"* ^^- *19 

font done partout comieen Canada o."' ^''" ^°^"- ^'^^« 
dre ^ la demand© de M Defnr^n! ' ^ ^"'■^" P" repon- 

let, rOurs eft en rut. II dev^^!^^ V^""' ^" ""O" ''elruil. 
fade, &dWr,mauvaisgoOt a^^^^^^^^^^ fa chair eft f. 

qu, mangentfouvent des chofes^ m f n?"^^^? '"^'^" '* eux 
c*ur, ont de la peine k y toucher^ O^f^ ^'°''?' '^^"^'^ i« 
Paffion maigrit pL en u^ mo s un ^„1^^^^^^^ ^« ^<^«« 

de cette figure , aue n^ f=,;^ . "" f*-ninial de cette efpece & 

II eft moJs feprenaS'^Slr".!*"?;' "'l'^ 'I* "''^O" ! 
vaife humeur /qulf^elkit pa u'°"rfa r '■"'"*^ * ''« ^ ■»»»- 
chemm. Ceftui eff« de ft^aloufi" ' ''"'on'rer fur fo„ 

damfesBois, &doMil'ftevL'l" i ?•'' '™"« Pmout 



tj Zl. 

Mars. 



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.« vc juiquaui'rmtems. EUe a n^anm^r ' ' • ''"® ^* ^^o'*" 
d^faut J elle eft trop huileu^ TSTw *''T"''' "" 8''^"^ 
ment , elle donne la dyfenteri; aIT T "^1 P"' «»«^^''^- 

J oubhois , Madamfe , de vous dire nSic m ' 
nenc toujours 4 Jeurs Chaffes un JrLT ®t ^^"*^J« me- D« c/ 
cefontlesfeulsAnimau*r?nLA" ^'^"^ "°™bre de Chiens ; '^^ chafie 
neles^IevenrqueS^ ^fii* ^jevent ; Sell ^^"^^'" 

attacks 4 leurs Maitres , quUes ISSff?? ^^^'^ ' ^^°« 
mal i & ne les careffent iaS n„ ?^^JJ' Pourtant affez 
heHre*4 1'efpece decSe ^^^SuJ^' f'^fl^ tr6s-bon«e- 
cxcellems £haffeu« Je n^^^^^ 
vantage, pai^qu^onrnVypel^;^^^^^^^ <«- d. 



^e fuis , &c. 






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120 JOURNAL H I S T 6 |L I Q U E 



t 7 21. 

Mars. 



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S E P T I E M E L E T T ^ E. 

chelieu & de Saint Frawi 

VAnden Fort de Richelieu , 

dans cfiMjue Paroijfe. 

diemies. Des'autres 



Defcripti0n du Pays & des IJles ^ Ri 
cois. pu Vithge Abenaqui. De VA 

,. & del ceux , qu'on avoit conduits 
Bellks ASions de deux D^nUs Cakadi, 



Chafes des Sauvages. 



\ A Saint Francois, ronzieme'cie Mars, 1711. 



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ADAME, 



Des Ifles de 
Richelieu & 
dc Saiat Fran- 

I 



Je partis le neu^des Trois Rivieres. Je he /is quei'traver- 
fer le Lac de S. Pierre , en tirant au ;5ud ; je fis ce Voyage 
en Carriole , parce que la Glace etoit uncore aflfez forte jpour 
toutes fones de Voitures ; & j'arrivai vers le midi a S. Fran- 
cois. J'employai I'apr^s-din^ & toute la journ^e d'hier a vifi- 
ter ce Canton , & je vais vous rendre compte de ce que j'y ai 
obferve. - I 

*A Textremke Occidentale du Lac de S. Pierre , il y a uii 
nombre prodigieux d'Ifles dfe toutes grandeurs , qu'on appelle 
tes Ifles de Richelieu ; & en toutnarit fu^ la gauche , quand on 
vient dp Quebec , on en trouye fix aiitres , qui bordent une 
Ance affez profonde , dans Igwjuelle (e decharge une jolie Ri- 
viere , dont la Source eft au vpifinage Ide la Nouvelk York. 
Les Ifles , la Riviere , & routil^ Pays , ^'elle arrofe , portent 
ie nom de S. Francois. Chacune des Ifles a plus d'un grand 
quart de lieue de long ; leur largeur eft n^gale : la plupart de 
celles de Richelieu font plus petites. Toutes itoient autrefois 
remplies de Cerfs , de Daims , de Chevreuils & d'Orignaux ; 
Je Gibier y foifonnoit d'une maniere ^toifidante , &; n'y eft pas 
encore trop *«re ; mais les grahdes Bete^ ont diibaru. 
. On peche auffi d'excellents Poiflbni dahs I^ ^iv||^ de 
S . Francois & 4 fon Embouchure. L'Hy ver on fait^ des trous 
dans la Glace , on y pafle des Filets dejcinqou fix brafles de 
Idng , 6<: on ne les retire gu^res k vuide. [Les Poiffpns , qu'oh '- 



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-^Vmm^BEVAMEKlO Let VJf ^ 

]N»* les ArbresVelles partem ^^^^^^ ^,* *^^""S°« » ^ ^n juger 
culm.^, font forlbonnerLS Ha&c^'r" ' 1"'°" ^" ^ d|a 

tendit un peu. Mais ne ferrsVf ' ^""^^^^^o^ins , ne les fou- 
faineaas ? '^ "'"'^ 3"® > ea les rendant ^ 

. fans, plis c2nnus foutlf riol T; "^^^ ^^^°^» ^ ^^^^ Mahin- '''^ Awi^' 

-York, & il parcifSe^ *^T ^'Nouvelle 

fomV^nusig.Fi^Sides^ LesAWnaquis « 

vdk France , les plus nmr^c!^^^^ <fe ^^ Nou- 

meiirer parnii nous, &t unfS ft -^ y*' P^^^^ 

dans le f leuve Saint taurent^ nS?''''^''^ ' Z*"^ ^^ ^«*^^ge 

x:-eft-Mire, enviroS uneS&K^"^ vis-4-vis de Syileri ; 

-ducdt^ dii Midi. lis V e"to^n/nl ^ ""^ «Mefliis.de oiejiec 

^'Eauvfi'ontite^Pi^^^ 

tement fui le bord d[e la S^e /^'?- '^^'^^"t P'^^en- 

lieues de fon EmbouchSf; Z^e if r!?^^'^ ' ^ ^^"'^ 

droiceft fortagreable & tvft i" ^^^^^^^^aint Pigrrp. l.'en. 

de Sauvagfes; fur-tout rl'AhlnL • " ' .^.°®' Cabannes 

Chr|t,ens. Cette Nation eft ddcL RtaI . ■ * *'!J'*'" ''^^ ^ 

n^eaVrran§ois:maisleMiSnnairerl^^ 
inquietudes a^eur fuietVaiefo^^^^^^ 
LelraifonsenfontS^^ '^^ ^^^^^^^ cfc Becfeancourt. 

faine. La maniere de ?a tirer eft r^"*?^"'. ^^^''aWe , & fort 

commence i monter auX A^Les " f ""P^"* ^orfoue la S^v* 

. » if^c^W^H Aubl "^ ■ ' ' °" fait |,neent,5le dans le 



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121 JOUtNAL H%S TORI QUE 

Tronc de TErab] e , & par le moyen d'un morceau de bbis , 
^ ^u'oii y inf^re , (ur lequel rEaii coule , comme fur une Gout- 
^^^' tiere, cette Eauieft recue dans . un VaiiTeau , qu'onmetdef- 
fous. Pour qu'elie coule avec abondance , il faut qu'il y ait 
■^ ""'^bealiCoup de Nwes fur la Xerre , mi'il ait gel^ pendant la 
y que le Ciel libit ferein , & que le Vent ne foit pas trop 
, Nos Erabl^s auroient peut-etre la m^me vertu , fi nous 
ipns^eilFrance[autant de Negesqu'en Canada i & fi i^U^s y „ 
pient auffi loi^ems. A memre que la Seve s'^paiflit , elle 
tie mdips , & iii bout de quelques tems , elle s arrete tout— - 
'-' 11*^ aife dkiljuger qu'apr^S une telle Saignee, I'Arbre*^ 
ne s en j»wte pas mieuxi on aflure cependant, qu'illa peut 
§F«iffrirplufieufs ^Qtiees de«fttite^ On feroit peut-^trp mieux 
de les faire repofar onxju deux ans ^ pour lui laiffer li terns de 
Veprendfe fes rorces:! Mais enfin , quand il eft epuife ,' on en 
eft quitte pour le cpuper , & fon B[ois , fes Racines , fes Noeuds 
font prqpres k bien des chofes. II faut que cet Arbre foit ici 
bien commun , car on eii brMe beaucoup. ^ 

VEau d'Erablie 4.ft pez diiire, quoiqu'un peu blanchatre : 
file eft extrememe^t ^fraichiflante , & laifle dans la Bouche 
,iin jpetit gout de S^cre fore agreable. Elle eft fort aniie de la 
Poitrine ; & en qiielque quantity , qu'on en boive ,' quel- 
qa*^chauftl6 que Vok foit, elle ne fait point de mal. Ceft qu elle 
n'a poi At cette cru^itel qui caufe la Pleur^fie ; mais au con- 
trait'e , une vertu bailfainique , qui adoucif le Sang , & un cer- 
tain Sel , qui en enitretjent la cnaleur. On ajo^te , qu^elle ne 
fe criftaliCe jamais ; imaiis que ft on la garde un certain tems ,. 
elle devient un ^exCelleiit Vinaigre. Je ne garantfs point ce 
fait , & je f^ai qit'uh Vov-aeeur ne doit point adopter indifti^- 
iremment tout ce qupn lui dit. ^ ^ ^'■"^■ifi^ 

II y a bien de Fapparence que les Sauvages >- iq^i connoif- 
fent fort bien Routes lesWertusde leurs Plantes ,' ont fait de 
tout tems de cet|:e Eau llufage^^^ qu'ils en font encqrp aujour- 
d'hui ; mais il eft c^ain qu ils nt f9avoi&nt «as en former le 
. Sucre , comme nous leur avons appris i le raire. Ilsfecon- 
tentoient de lui donn^ir deu^ ou trois Bouillons , pour Tepaif- 
ftr un peu , & en faire uneiefpece de Sirop , qui eft affez agrea- 
ble. La fa9on', qu'on y ajpiite , pout en faire du Sucre , eft 
de la IMer bouillir , jufqyl^ ce qu'elie piienne une conftftance 
fuffifante , & elle fe purinp d^lle-meme , fans quon y mele 



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mJN VOTApEDip LAMERKJ. Let. VII li, 
rien^detranger. II faut feulfemem avoir foin ^ ne oas' tron 
feire^ttire^ l«^SuciCf ^ & de le bien- ^cumer r7 fi ^^ j^ 
faute,, ou'on y. fakt c^ft de le hZ^dul^jtL^^^^ 
rpp , c'eft ce qui fait qu'il eft ^tod gras sf^^'U r " ^*" 

a moms quilnefoit purine. 5"=«»uie au gout , 

Ce Sucre fait iftrec attention, & il en demande beauco.m 

tomach. Outre Hue la facnn pn I/u^'. * x_ _ • P?'"^ ^?^' 



r7 2 I . 
Mars. 







J[r --.-'1* "".«•"«; wj» V'SiUies. Je nen vols nninrl^ 

*fon , & ileft cerfam qu'au fortir de* mains ^es Sau^va^es 
ifeft plus pur , & beaucoup meilleur , que celui dL Ifles !-"; 

ne nature , on 1 auroit faitentret dans l6 Commerce maiW^ 
n en fait pas aflezpour que^a devienne iS obiet " IZu? 

&fcS*"^'^/'?»PP''"^H^^'"«*»i« Verifier, leFr^ne 
& les l^overs de diff^rentes efoeces , donnent auffi de rlau ' 
dom on ^ait du Sucre : mais elle rend mojns , &le Sucre n'en 
eftpasfibon. Quelques-unsn^anmpinsdonn?^^^^^^^^ 
ce.£ celui , qui fe tire du Fr^ne j mais on en fait fort peu Z 
nez-vous cru Madame , qu'on trouve en Canada "e aue Vi> 
g.le dit en pr^difant le renouvellement du fi^cle^rToue le 
Miel couleroit des Arbres (4) ^ w .. u vr , que le 

Tout ce Pays a ete lontems le Th^^e de bieh des Scenes d« Fort dc 
fanriantes,parce<juepeadantlaGuerrTdesIroq^^^^^^^ 

iS;T? 1 — '""""^^T decesBarbares. Ils^endoiS, 
dans la Cok)^ie par une Riviere, qJife d^charge dani ?e 
Fleuve de Samt Laurent , un peu aa-deflus du U de Saint 
Pierre, du mime cot^que celle de W Friinco?, &1 S 
<IuelIepourcettera.fon, on avoiU*,rd donn^ Lur „om : 






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17X1. 

Mars. 



AutresFdirM 
i^.ms routes ccS 
* I'aroil!es. 



""^iKlles Ac- 
tions d'uncDa- 
mc & (t'une 
Dcmoifclk 
Caaadicnncf. 



124 ^OITRNAL «nS.T O Rl QU E 
elle a port^ depui$ quelque ferns celui de Richelieii ^ & 911 Ttf 
noirnne pri6fenteinenc Zs Riviere de Sorel. Les Ifles de Ricl^e- 
Iku , qu lis rencontroient d'abord , leiir feryoient ^galemenc ,- ^ 
& pour les Embufcades , & pour la Retratte; mais quand oii ' " 
kur eut ferm^ ce Paflaee par un Fort , qu'on bitit k Tentr^e 4er 
la Riviere , ils prirent leur chemin par les Terres au-deflus & rA 
au - deflbus , K fe jenerent fur -tout du cot^ de Saint Fran-> 

J;ois , oil ils trouvoient les memes commodit^s pour exercer 
eurs brigandages , & ils y ont commis des cniaut^s , dont le 
r^cit feroit horreur* / 

lb fe r^pandoient de-Ik dans toute la Colonie , & il fallut ^ 
pow^e earantir de leur fureur , conftruire fur clraque Paroif" 
fe des \(peces de Forts , 011 les Habitans puflSent fe r^'gier a 
la premiere allarme. On y entretenoicnuit^ jour unou deux 
Fadionnaires ,'& tous avoient quelques Piece»de Campagne^ 
ou tout au moins quelques Pierriers , tant pour ^carter rnit^ 
nemi ,■ que pour avertir les Habitans d'^re Au* leurs gardes f 
ou pour demander du fecours. Ces Forts n'etoient que de V 
grands Enclos ferm^ de Paliffade», avec quelques R^outes : 
fEglife & la Maifon du Seigneur j etoient renferm^s , &; il 
y avoit enc<n-e affeM'^^P^ce, pour y retiref , en cas debefoin « 
les Femmes , les Enl^'ns , & les Beitiaux, C'en ^oit slifez.pour 
fe mettre hors d'inralte , & )e ne ff acht pas que les li^oquois 
ayent jamais pris aiTcun de ces Forts. 

lis fe iV>nt m^me rarement arrSt^s k les ten^ bloqu^s , plus 
rarement encore lesont-ils attaqu^ii force ouverte. L'un eft 
trop p(^rilleux pour des Sauvages , qui n'ont aucutie arme 
derenfive , & n aiment point une Vidoire teinte de leur Sang. 
L'autre ne con'rient pas k kur maniere de faire la (vuerre. « 
Deux attaaues du Fort deVerpheres font n^anmoins fameufes 
dans les faite^anadien» , & il iemble que les Iroquois ne s'y 
foient attaches par deux fois , contre kur coutume^ que pour 
faire 6clater la vakur & Ttntrepidit^ de deux Amazoaes. 

En* 1690. ces Qarbares ayantil^u que Madame j^'Verch^- 
res ^toit prefque feule dans fon Fort , s'en approcnerent , fans 
Stre apperf as , & fe mirenten devoir aefcali^der la Paliflade. 
Quelques coups d« Fufil , qu'on tira fort k projpos aii preitiier 
bruit , qu'ils firent , Icfs ^carterent ; mais ils r^mrent bientot : 
•ils furent encore ntpoufli^s , &ceQui kui>^caufoit plus d'^tph^ 
nement , c'eft quails ne voyoient qu'une Feihme , & qu'ils U^ 



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DUN VOYAGE DEL^MERKQ.Ut. VII ric 

vojroient par-tput. C'ecoit Madan^^ de Vercheres , qui tailoit 
paroitfe une cWenance aufli affiir^e, que f, ellelvok p 
une nombreuft Garnifon L'efperan^e' ^ue les AffiTea^s 
avojem con^ue d^abord , d'avolr bon march^ d unrpC 
ou ,Is ^avojent dtre d^garnie d'Homoies , ks fit retourne/nfu* 
^eurs (ois i la charge ; mais la Dame les ^arta touiours f H «" 
fe M.t de ra foaependam deux jou„ , .vec Une Cour^^ 
une pretence dEfpm, qu, auroiem fait honneur ^ un vieux 
Guerner ; & eUe contra.gnu enfin TEnnemi de fe reti^r de 

Deux am apr^ , un autre Parti de la m^me Nation beau 
c^up plus nombreux , que le premier, parut i la v^ du mt 
me Port, tand.s que tous les kahitans Itoiem dehoS , & S 

les autres,&marcherenterifuite vers le Fort. U FirSi! 
gneur , Sg^e de quatorze ans au^plus , en ^toit i de^^^ts^aT 
Au premier en , qu'elle entendit , elle courut pour r^rtfer • 
es ^auvages a pourfiimrent , & Vtn d'eux fa joig^Jt dTn; 
le terns, au elk mettoit le pied fur la Porte ; miiJayamS 

U ne fe trouva dans le Foi^t, qu'un jeun^ S^oldaL ^ una 
Troupe de Femmes, qui , i la vue de le«rs Maris ^^u"on 
carrotoit & au'pn em^enoit Prffonniers , jettSiefcS 
ramentables: ajeuneDqpoifelle ne perdit^i le?Jj^«' 
«4.Ie coeur. EUe commen9a par oter Fa Coeffur« l^Z:\ 
fest:heveux , orit un Chape^u , & un Jufte-au Co ps e„^ 
ferma fous la clef toutes ces Femmes.. dont les e^nXmehs 
& les okurs ne pouvoient qu'infpir,r Ju courageSS 
mus efle tira un coup de Ca^on , & quelques cffuRslelFuni 
^ f^montrantavee fonSoldat, t^tot^dans uSS^Joute 
& tantot dans une autre changeant d«»jms en feSTd'Hatt" ' 
& tiraijt toujour* fort 4 propo§, d^s gu'elle voyoitleTlm 
quois sapprocher de laPaliifade, cesSauvages rperiliadt 
rent qu;,! y avoit beaucoup dp Monde dans Kt^ & lor^ 
que Jc Chevalier deCrifafy, averti parle - ' • »i^^°»^*- 
parut pour fecourir la Place , l^he 








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De I'Elan ou 
Otignal. 



Dcfctijxnon 
dc ^Orij5na'^. 



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ii6 JOURN A L HISTO RIQUE 

Revenons a la Chafle. Celle de TOrignal neTeroit gu^res 
moins avantageufe aujourd'hui pour nous , que celle du Caf- 
tor , (i ceux , qui nous'ont precedes en ce Pays J avoient fait < 
plus d attention aux profits, quon en pouvoit tirer , Qcnan 
avoient pas prefqu'entierement detruit i'£ipece ^ au moins 
dans ies endroits , mii font ^ port^e de noMS. 

Ce qu'o|i appeller ici Ongnal, c'eft ce qu'en AUemagne , 
en Pologne & eir l^lofcovie on nomme Elan , ou /a Grand'' 
Bete. Get Animal eft ici de la grotfeur d'un Cheval , ou d'un 
Mulet d'Auvergne. II a la Crouppe large ,'Une Queue,, de la 
longueur d'un Doit feulement , le Jarret fort haut , des Jam- 
bes & des Pieds de Cerf ; un long Poil lui couvre le Garrot , 
ie Col , & le haut du Jarret* Sa i^tea plus de cleux pieds de 
long , & il la porte de longueur /ce qui lui donne un mau- 
vais air. Son Mufle eft grps & rabbatu par-deffus a peu pr^s 
comme celui du Chameau ; & fes Nafeaux font fi grands , 

Su'on y peut aifen|^^ourrer la moitie du Bras. £nHn fon 
lois n'eft guer^|^ns long , que celui du Cerf, & il eft 
beaucoup l^^u^'MR^^^ pl^^ ^ fourchu ,^ comme celui du 
Daim , & il fe'^^p^lJe tous les ans ; mais je ne f9ai ^ fi en 
fe renouvellant , iF^end Mn accroiilement , qui marque les 
annees de TAnimal. / 

On pretend que I'Orignal eft fu)et/^ I'Epilepfie, & que 
quand fes acces le prennent , il les fait pafTer en fe anxtaSvi 
rOreille de fon Pied gauche de derriere, jufqu*^ en tirer du 
Sang ;«ce qui a fait regarder la Corne de ce Pied , comme un 
Specifique contre le Haut-Mal. Oi» rapplique fur le Cceur du 
Malade , & on fait la meme chofeppur la Palpitation : on la 
lui met dans la Main gauche^ & on lui en trotte TOreille. 
Mais ppur^oi ne lui en pas tirer du Sang , 'comme fait VOri- 
gnal ? On juge auffi cette Cprne tr^s*bonne contre la Pleu:- 
refie , les Douleurs de Cpli^ue , le -Cours de Ventre , les 
Vertiges & le Pourpre, en k pulverifant, & la faifailt boire 
dans de TEau. J'aidtil^ire que les Algonquins , qui faifoient 
autrefois leur nourriture ordinaire de la Chair de cet Ani- 
mal , ^tpient fort fujets^ ^ TEpilepfte > & n'ufoient point d^ 
ce remede. lis en avoietit , peut-Stre , de meilleurs. 

JLe Poil de TOrignal eft mel^ de gris-blanc , & de rouge> 
noir. II devient creux, quand la Bete vieillit, he fe foule 
p^s > Of. ne perd jamais fsi Vertu jplafticjpe : ainii pn a beau le 



..*-■..■-•?;:■•-..-■. 



DtrNVOTfAGEDEL'AMERIO Let vrr 
Selles deChevaL?Sa XT^ftSwh t^Marefits & des 

& nourriffan.e; cetSrdUtage"^teji'^ 

mal ; mais nos Chaffeurs mii ^« L:^ ii °?""3f ieflaut- 




une aOi. plaifan.^ ,rj^^ fcnd oS"' "'H'' 
quel les autres paroi/Tem L fourmh IiT^t' ""?■;*' •*"- 
Jambes fi hautes , oue huifni, J. j «■ " ^ ' '?''«P' - 'Is , les 
point: fa Peau^ :af:-^ZyrttlTr"l''^^"'^<^^^ 



« *- v^iiaitc uc ces, Animaux 

une affez plaifam^ traditio, dun gra^d bri^',;i?" "^I^", 
guel les autres paroiffent Jes Fourm"f l\?A^ ^upr^sdu- 
Jambes fi hautes , aUe huitniprlc J^ t^'' ^ ' ^J'^ent- jIs , les 
point : fa Peal eftTl^^r" u^^^^^^^^ 

ila]u,^aniere deBras\ quiJuifort7el4 "^^^^^^ ^ 

^ert^npime nqus faifons des n6tre7 llZ ' ^ -"""^ '^ 
^ ?-^^f"iteuVandnombred^^^^^ 



Enqucrrems 



ces Anmaujrsaffemblerif !„ i^ j ^^8^* fonthautes, J' f^« ch 

pour femetireMt: d'J^e'i'cX^rdn'''''' ?"""«' '""^ 
&ilsy demeurenttantau'iU v-rnT. 7 ""uvais terns , 

qu'il k aift de l^r Z«r WS """S"";- <='''*^'<'« 

Quand fe Sdeil commence dw/ff 'f?' P'^ ""=»« . 

dte la N^e : carTceUe de , v /v^^'P™"- (<>"• 

Croute ruAa fupe&decetteN LZ /*^""'/°'»"*« ""« 

, forignal. q„i e"?! pefL tXaffe^l^f ?^^^^^^^^ 

' s ecorche la Jjmbe , & a de la oeiL JJf ." ?'"* '°'"^''"' ' 

. ges , on ne rapproch^ pa Z feL*?'"^, '' ^^ ' ?"!, ^'^^- 
iW.e«delulfeo^l|4t?ri;t^r^^^^^^ 



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Sciences 
porpdBtion . 



23 WEST MAIN STREET 

WEBSTEtiN.Y. 14580 

(716)E72-4S03 



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171 1. 

Mars. 



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,z« JO URN A L H IS TO a I Q U E 

colere , tandis que Ifi Ghafleur cach^ derriere un Arfere pcm 
prendre toutesJermefures pour rachever. hOngmi vj jou^ 
muft un grand trot, qui ^gale prefque la cpjirfe du Boeuf Sau. 
vage , m le foutient tr^slontems ; mais Ip Sauvages cou^ 
rent encore mieux que kii. On pnitend qu ij ft wet Igenpjix 
pour boire , pour manger , & pour ft couCher , ^ qu il a 
Sans le Coeur un petit 0$ , lequel . r^u^t en Pou^/^ » f .P"? 
dans du Bouillon , faciUte \ts Couches , & appaift les dpu- 
leurs de rEnfamement, «„»..«« 

. , Les Nations les plus Septentrionnales du Canada ont un^ 

..?':r'ru mamere de faire cette Chafle . qui eft foi*. fimple 6c ftns au- 
cSi rifque. Les Chaffeursft divtfent en deux Bangles ; I un? 
s'embaraue dans des Canots , &j«6$ Canots ft tenant k quel, 
que diiUnce les unsdes autres, ilsrorjnent un demi cercle affe* 
' grand, dont les^eux bouts touchent le Rivage. L autre Bande, 
lui eft reft^e iterre, y faiU peu pr^s la «n«'W^"jL^"<=^"^;jl^ 
embraffe d'abordun grandTerrein; alors cesChaaeui|Uf hent 
leurs Chiens , & font lever tous les Orignap? , «^«/«^ 
ferm^s dans cet efpace , Us pouffenF tou|our« piPayant , 6f 
les obligent de ft jetter dans la Rivigre , ou dans lel^c ; il* 
„V fom pasplutot entres. qu'an tiredeffus deious4esCa- 
So«: toSs les coups portent, fif ileft rare <ju'il en ^chape 

""champlain park d'une autre maniejre ^ chaffer , non- 
feulement les6rignaux , n>ais encore es Cerfs & les Cari- 
bous , laquelle a quelque rappprt^.celle-ci. On enferme. 
dit-il ! un efpatie de Foretavec des Pieux entrelaflK^ de ^ran- 
ches d'Arbres , & on n'y kfciffe qp'u w oiiyerture a^z toite , 
oil Ton tend des Xafets de Pfaux crues. Cet efpace eft dp 
forme triangulaire , & de I'angft , o^i eft IW^, on tire un 
autre triangle beaucoup plus grand. Amfices deuxEnclos ont 
communicltion VunMps 4'autre p»r j:es deux angles. Les 
deux cdt^s du ftcond triangle font i»um fermes de Pi?iix , & 
les Chaffeurs ranges fur une ligne . ^n fpnt la b*fe. lis avan- 
ienVerfuite . fans%on,pre la ligne , & en ft rapprochant tou- 
jours les un^ des autres , ils lettent de grands pns , & frappent 
fur je ne fcai quoi .qui raifonne1>eaucoMp : les B6tes chaff^es 
d'une part, & n? pouvant ^haper , ni a droite, ni> gau- 
che , etourdies d'ailleurs & ^uvint^es par le bruit , ne (jau- 
roient fti v, quf d^ps I'^utre gnclps, & plufipurs, ^n y entranj , 









A 



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Mars. 



DTJN VOYAGE DEUAMERIQ. Let. vn 419 

fe trouvent priCes par le Col;ou par leurs Comes. EUes font de 
grands efforts pour fe d^barrafer , &^eIquefois elles em- 
portent , oubrifent les Lacets ; queloueSis auffi eUes s'^trjw- 
glent , ou du moms donnent aux Ckffeurs le terns de les d- 
rer i lemr aife. Celles m^es, qui s'ichappent, n'en font 
gu^res plus avanc^es , elles fe trouvent renlferme^s dans un 
trop petit efpace , pour ^viter les Fleches , qu'on dkoche de 
toutes parts contre ellesi ^ 

L'Orignal a d'ail^s Ennemis , que les Sauvages , & qui c*m«*«T 
ne lui font pas une moms rude guerre. Le plus terrTble de t^s C-Kl: 
MeCarc^u^ouOiuricajou efpecede^fiat, dont la Queue' ^«^«.»^ 
eft fi longue, <fiiFenfait plufieurs tou?s fur fon Com , & ^ 
d un Poil roijx.l)run.i)6s aue ce Chaffeur peut joinXe un 
Orignal , il feute deffus , & s^attache k fon Col , <n?il en- 
toure de fa Ijjngue Queue , apr^s quoi il lui coupJi ?a V Jne - 
jugulaire. L Qnenal n'a qu'un moyen tf^viter cemalheur 
c'eftde fe jetterfrEau, dis qu'il ilTvoit faifi p J^^^^^^^^^ 
i*"??^„f ^i® ^^^S^J*?";! .«» »« J>e«t foujfrir I'Eau, Se ' 



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RenardsWeCr^:&,es^7;;^^^^^^ 

quMs ont ^vent^ un Orignal , deux vont fe rangerTfes c6t^, 

le troifi^me fe plac^derriere lui . & tous troif manSu^^enJ 

« ^'f "^'? r ''''*•*"■ ** "^'^' ^"?^.', ^ °^"g^"' d'aller , oh?h , 
ont lajffe le Carcajou , avec lequel ils s'accommn^*s„*l.,/:.:" ^-: 



^ Vr '^'T n • .' ^^rr, * """gent a aiier , oa ils 

ont lajffe le Carcajou ,ave<: lequel ils s'accommodent enfuite 
pour le partage du Gibier. Une autre rufe du Carcajou pour 
atraper fa Proye , eft de erimper fur un Arbre : U , coSchI 
de (on long fur une Branclie avanc^e , il.attend qu'il paffe un 
Origial,& faute deffus, d6s qu'i^^ le voitUaport£. BieS 
des Gens , Madame , fe font mis dans lefprii mie les Rela- 

du Canada HnnnPMf 3IIV Coii»»»^« . I.*.. L«r*/. . ..7 



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-.-. , ».,»»„.» , .», .V7.li ju» udns i eipnt que les Rela- 
tions du Canada donnent aux Sauvages plus Wfprit ou'il*'^^ 
nen onf . Ce fom pourtant desHommes: foiis tmeicfimat ' 
trpuvera-t pn des Brutes , qui aycpt I'inftinft pl3s iSduftrie ™ 
que le Caftor , le Carcajou & le Renard ? T '"""'"^^"^ » 

LeCerf en Canada eft abfpkunlMitlemfime, ki'enFrance On c«f * 
peMt-fitre cpmmun^mem un pju plus grand. Illi parrpal ^^^- 
que les Sauvages 1 mquietent beaucoup. U ne trouve pas du 
moins mi is lui faffent la guerr# flans les formes , & av« ap- 
p^reil. n n en eftpas dp m6m« du Cmhu, Ceft m Animal u^ 



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Mars. 



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De la Chafle 
duBa-uf. 



ijo J O U R N A L H 1 S T O R 1 Q V^ E 
peu moins haut que I'Owgnal, qui tient plus de I'Afn'e, que du 
Mulet pour la figure , & qui igale pour le moms le Cerf en 
agiliti. II y a quelques aan^es , gu'il eri parut un fur le Cap 
aux Diamans , au-deffus de Que^gc ; iljuy/>« apparemment 
des Chaffeurs , mais il s'apper§ut bientot qii'il n'etoit pas en 
lieu fur , & il ne fit prefqu un faut de-1^ dans le Fleuve. C eft 
tout ce qu'auroit pu tkire un Chamois dans les Alpes. 11 paiia 
enfuite le Fleuve k la nage avec la meme c^l^rite , mais il n'jr 
gagna rien. Des Canadiens , aui alloient en Guerre , &qui 
etoient campus vers laPointe de Levi , I'ayant apper^u , lat- 
tendirentifond^barquemem, & letuerent. On eftimefort 
laLangue de cet Animal , dont le vrai Pavs paroit ^re aux 
environs de la Baye d'Hudfon. Le fiejir J6remie , qui a paffe 
plufieurs ann^es dans ces QuartieriS Septentnonnaux , dit 
qu'entre la Riviere Danoife & le PortNelfon ^^ tout 
I'Eteilen paffe des quantit^s prodigieufes , qui , cRaff6s des 
Bpis par \gs Maringoins & les Tons, viennent fe rafraiclur 
au bord de la Mer , & que dans I'efpace de quarante ou de 
cinquante lieues on en rencontre continuellemenrdesTrou- 
peaux de dix mille au moins. • 

11 paroit que le Caribou n'a jamais beaucoup peujri6 dans 
les lieux les plus fr^quent^s du Canada ; piais les Origiiaux y 
etoient par-tout k foifon, lorfque nous decouvrimes ce Pays ; 
&ils pouvoient faire un objet pour le Commerce , & une 
douceur pour la Vie , fi on \es avoit mieux m^nagis. C'eft ce 
qu'on n'a point fait j & foit qu'ii force d'en tuer , onj^it 
apauvri fefpece ; foit qu en les effarouchant , on ^Hc 
oblifeis de fe retirer ailleurs , rien n'eft plus rare aujour^T. 

Urns les Quartier^ M^ridionnaux & Occideot^x de la 
Nouvelle Frahce , en de9a & au-del4 du Miciffipi ,\W Chaffe 
laplusc^l^breeftcelleduBoBuf, &voicide quelle maniere 
elle fe fait. Les Chaffeurs fe rangent fur 4»atre Lignes, qui 
forwent untrfes-grand Qu4rr4 , & commenoent par raettre le 
feuaux>Hetbes i qiii font feches alors , &foFthautey; puis , 
k mefure que le feu gagne , iUavancejit en fe refe.rrapt. Les 
Boeufs , mii crjagnent extr^mementJe feu , fiiyent toujours , 
& fe trouvent kh fin fi ferr^ les unJ <iontxe les autres , qu'on 
lestue-ordinairement jitfqii'au ^efnter. On pretend quil ne 
- revient jamiisuri Parti de Chaffe » quin'ait amfi jette par 
terre quinic censOu deux mille Boeufs. Mais de peur que les 



^, . , , ^, „ , . ■ • „ ,-....^— V 



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1721. 
Mars. 



p'UN VOYA(?E DE L'AMERIQ. Let. VII. 131 

differerites bandes de Ch||reur&ne fe nuifent les uns aux au- 
tres , tpus conviennent'auparavant de leur Marche , & du 
Lieu, oil ikchaffeuont. II y a meme des Peines fktuees eomre 
les TranfgrefleuM de ceR^gleinent , auffirbienique comre 
ceux » qui en quittant leur Pofte , donnem moyen aux Boeufs 
d'echaper. Ces Peines confiftent en ce que chaque Particu- ' 
her a droit de d^pouiller les Goupables , de lei|r oter jufqu'i 
leurs Armes , ce qui eft le plus grand affi-ont, qU'oh puilTe faire 
k un Sauvage ; & fde brifer leurs Cabannes. Les Chefs y font ^ 

loumis comme l©|#utres j & qui entreprendroit de les y fouf- 
fraire, s'expofergk ,- dit-on , a fufciter une Guerre, quine 
hniroitpasfitot. '^ _ ^ 

Le Boeuf du Canada eft plus grand que le "fldtre. II a les n.r.r- 
Cornes baffes , jioires ,.& courtes ; une grande Barbe de crin d^Y^TsZ 
fous le Mufeau , ^ autant fur la Tete , d\>ti elle lui tombe fur ''•S«» 

n ^' " °^^ lui donne un air hideux. II a fur leDos 
une Boffe, qui commence fur les Ranches, &va en aue- 
mentant jufques fur les Epaules. La premiere Cote de devant ^ 

eft plus haute d une coud& , que les autres au-deffus du Dos , 
& large de trois Doits , & toute la Boffe eft couverte d'uft Foil 
unpeu rouflatre& fort long ; le refte du Corps I'eft d'une\. 
Laine^noire , qui eft fort eftim^e. On affiire que la d^pouille 
d un Boeuf eft de huit livres de Laine. Cet Animal a le Poi- 
trail fort large , la Croupe aflfc fine , la Queue fort courte , 
& 6n:n& lui ir6it prefque point deiCou ; tnois fa T^ eftiplus 
groffe que celle d0S n6tres. II ibit ordinairement;^ dhs qu'ilap- 
per96it quelqii'iin , & il ne fautqu'un Chien , pouif^i?« pren- 






— --^, „ WW .u..vwi. wiL.i« t«.iuuui«iiuruesr«Laaii0urs,iiiii'^ 
pas beaocoap plus traiiabk , xjuandilef iV^dwsbnii^SrVaeattK 
nquvellement nes. Sa Chair eft b6niiqr,maisdh/ne mange 
gu6res que celle des Vaches , parce cjpjecelle desTaureaux & 
^nopddcej ^uanti faPeaM » od afefuconnoit gilere^denwit- 
taiitv «li^ i« paffe aifemrtit , i& qiioiquo ij^?orte,.pUirf^ 
vient fouple & moeleufe commcide nidUttuv ChanioisA lies 
Saavages en font des Bouchers, qui font'tr^s^legeis^&Aae 
les Bales de Fufil ne percent pas ai{6ment. " : \ 

On troure aux environs de la Baye d'Hudfon un autre 

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ALt/jH, 



Du Bocui, 



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^_ 131 J Q U R N A LUl S T O R I Q U E 

"1711. Boeuf ^ (iont ie Cuir ^ la)Lune one les memes avantages que 

Mars. <^i^|:,4ss^oeufs, 4oni( jeviens de parler. Voicicequ'endit 

H isL librem0 : >» A quinze lieues ae la Riviere Danoife fe 

\ trou Ve la Riviere 4u Lf>up Marin ^arce qu'effedivement il y 

»enz beaucoup dans cec endroit. Entreces deux Rivieres , il 

«» y aune efpece de Bceufs , que nou^nommons Boeujfs mujtftus, 

'' M a caufe qu iis fentent fi fort le Mu^c , que dans certsline Saifon, ' 

ft il eft impoffible d'en mangetC Ces Animaux ont detr^s-belle 

n Laine ; elle eft plus longue i"^ que celle des Moutons de Bar- 

tf barie^ J'enavois appon^en France en 1708. dont je ^'^tois 

» £iiit faire des Bas , qui ^toient plus beaux que des Bas de 

H Soye. . . . Ces BoeuFs , quoique plus petits que les notres , 

H ont cependant les Cornes oeaucoup plus grOttes & plus Ion- 

jt gues . Xeurs Racines fe joignent fur le haut de la Tdte , & def- 

H cendent k cot^des Yeux prefqu'auffi basque la gueule; en- 

i» fuite le bout remonte en haut , qui forme comme un Croiflant. 

j» II y en a de fi grofles , que Ten ai vu ^tant f^p^ies du Crane , 

qui pefoieht les deux enfemble foixante livres. Us ont les Jaih- 

4» bes fort courtes , de maniere que cette Laine trune toujours 

„ par terre , lorfqu'ils march^t ; ce qui les rend ft difformes , 

^ que Ton a peine k diftinguer d\in peu loin , de quel eot^ eft la 

^ TSte. U n y a pas une grande quantity de ces Aa|tnaux , ce 

qui feroit que les Sauvages les auroient bient6t d^ruits , ft oa 

** en faifoit taire la Chaife. Joint 4 ce que , contme ils ont les 

^ jainl^s tr^-couites , on les tue , lorfquil y a bi^ de la Nei^ 

** ge » ^ coups de Lances ) ians qulb puinent ftiir. 

«. -. !! LeQuadrupedeleplusconuminaujourd'huien Canada, eft 

»« chcvroul. jg chevreuU , lequel ne differe eil rien des ndtres. OmUt qu'il 

jette des larmes , lorfqu'il i$ voit poufll^ k bout oar les Cnai^^ 

ieurs. Quand il eft ^eune , fon Poil eft ray^ delMufieurs coi^ 

leurs taioag : dans la fuite ce Poil tombe » & il en revient un 

autre , qui eft de la couleur des Chevreuib ordinaircs. Cet 

Animal n'eft point ftiroucbe , & s'apprivoife aifiioiefit ; il pa* 

roit natwellement ami de rHomme. Une Femelle devenue 

doflidtifflie fe retire dam le Bois » quand elle eft en cbaleur , 

& d^ qoelle a M couverte , die revient au Logis de fon Ma!- 

tre. Lorfquele terns eft venudemettre bas, elle retourae dans 

le Bois fSiy demeive quelques jours avec fes Petits , puis elle 

revient fe montrer^fonMaitre : elle viftte aftiduement fes 

Petits. Onlafuit, quandonle juge Apropos, onprend fes 



17 2 1* 
Mars. 



Dd Loups 
Serviers Ac des 



D-UNVOYAGEDE VAMERI<J,Let. VU. 1^3 
Nourriffons , & elle continue de les nourrir dans la Maifon. II 
eft affes ftonnwit que routes nos habitations rfcn aventpas 
desTroupeaia enQers : les Sautages ne leur donnentla chife, 
que par occafion* , 

^ i^ ? auffi dans les/Boiji, du Canada beaucoup de Loups , 
ou pffitdt de CkatsfervierU ; tar ils n'ont du Loup , qu une ef- *«.!« 
pecc de hurlement ; en tout le refte , ils font , dit M. Sarrafin i^«»«Js- 
ex gerurefeUno. Ce font de vrais Chaffeurs , qui ne vivent que 
des Animaux , qu'ils peuvent attraper , & qu'ils pourfuivent 
uifqu'4 la cime des plus grands Arbres. Leur Chair eft blan- 
che , & bonne k manger. Leur Foil & leurs Peaux font fort 
connus en France : c'eft une des plus belles fourures de ce 
Pays , & qui entre le plus dans le Commerce.' On eftime eri- 
core plus celle de certains Renards noirs , qui fqpt dans les 
Montagues du Nord. J'ai cependant oiii dire que les Renards 
noirs de Mofcovie , & ceux du Nord d6 FEurope , font plus 

^.^\*"^.^^^*?'l'®."^* *^* ^°"' ^^^ ^"^^ ^^^^ » apparemment i caufe . 
de la difliculte de les avoir. 

II y en a de plus comihuns , dont les uns ont le Foil noir ou 
ens , meledeblanc; les autres font tout gris, d'autres d'un 
^ouge tirant fur le roux. On en trouve-, en remontant le Mi- 
Ciffipi , d unej;rande beaut^ , dont le Poil eft argent^. On y 
rencontre auCdesTygre? & des. Loups plus petits,que les 
^ndtres. Les Renards donnent lachaffe aux Oifeaux de Riviere 
d\ine mamere fort ing^nieufe. Ils s'avancent un peu dans 
1 Eau , puis fe retirent , & font cent cabrioles fur le Rivage 
Les Canards, les Outardes , & d'autres Oifeaux femblables * 
que ce jeu divertit , s'approchent du Renard; quand il les 
yoi% k fa oprt^e., J fe uent fort tranquile d'abord , pOur ne les ^ 

point ettaroucher, 11 reoiue feulement fa Qu^ue, comme 
pour les attirer de^ plus oris , & ces fots Animaux donnent 
danslepi^ge,iufqui becquetter cette Queue. Alors le 
J 5S^ J '^'^ °*""*» ^ manque rarement fon coup. On a 
drefle des Chiens au mSme manage avec aflez de fucc^s & 
ces mSmes Chiens font rudemeutia Guerre aux Renards ' 

Uneforte deFouine, qa'onsinommit Enfant JuDiM^ Dcccquv,,, 
ou B^Puanu, parce que fon Urine , qu'elle 14che , quand •ppe"^ m ..c- 
elle eft pourfuivie , empefte I'Air k un demi-quart de lieue k ""' ^'^'"^'"• 
la ronde , eft d'ailleurs un fort joH AnimalrElle eft de la 
grandeur d'un petit Chat , mais plus grofle , d'un Poil luifant , 



J*. •». 



Mars. 



114 JOURNAL HISTORIQUE 

• til ant fur le gri* , avec deux lignes blanches , qui lui fonuent 
iur le Dos une figure ovale depuis le Col jufqu'i la Queue. 
Cette Queue eft touffue , comme celle du Renard ,i & elle la 
redreffecomme fait I'Ecureuil. Sa Fourure eomm6 celle des 
fekans, autres Chats Sauvages a peu pr^s de 'la grandeur des 
n«)tres , des Loutres , des Fouines ordinaires , des Pitois , du 
Rat de Bois , de rHermine, des Martres , font ce qu'on ap- 
pcUe la Menue Pelleterie. L'Hermine eft de la^roffeur de 

, nos Ecureuils , mais un peu moins allong^e ; ion Foil eft 

/ d'un tr^s-beau blanc ,• & elle a uae longue Queue, dorit 
IVxtrimite eft d'un i\oir de Jay. Nos Martres font moins rou- 

'g.;s, que celles de France, & ont lePoil plus fin. Elks fe 
tisnnent ordinairemeni au milieu des Bois , d'oii elles ne for- 
te nt qu^ |ous les deux ou trois ans , mais elles en fortent tou- 
iours eifl grandes Troupes. Les Sauvages font perfuad^s que 
I'ann^e , oil ils les voyent fortir , fera bonne pour la Chaffe ; 
c'eft-i-dire, qu'il n^gera beaucoup. Les Peaux de Martres fe 
\ endent ici atluellement un Ecu Piece , j'entends les commu- 
ries, car celles, qui font brunes, vont jufqu'4 vint-quatre 

francs & plus. ; ; ,.i i n i 

I Le Pctoi ne difFere de la Foiiine, qu'en ce quilale Foil 
ilus noir , plus long & plus ^pais. Ces deux Animaux font 
la Guerre aux Oifeaux , m^me a*i^ plus gros , & font de 
grands ravages dans les PoulalUers & dans les Colombiers. 
Le Rat de Bois eft deux fois de la groffepr des ndtres. 11 a la 
Bueue velue , & fon Foil eft d'un tr6s-beau gris argent^. On 
en voit memes , qui font tout blancs , & d'un tr6s-beau blanc. 
La'Feinelle a fous le Ventre une Bourfe,qui s'ouvre & fe 
I ferine , <mand elle veut : elle y met fes Pctits , quand elle eft 
po^rfuivie, &fefauveavec eux. ♦ 

pjjur ce qui eft des Ecureuils , on les laiffe affez eni-epos , 
aufl| y en a-tll en ce Pays un oombre prodigieux.-On en dif- 
tingue d^ trois efoeces i les rouges , qui ne different point des 
notres ; les Suips , qUi font un peu plus petits , & qu'on a 
ainfi nomm^s , parce que leur Foil eft ray^ en longueur de 
rouge , de blanc &?ide rtoir , i peu pr6s comme les &iifles de 
la Garde du Fape ; & les ficureuils Volans , i peu pris de la 
meme taille que les Suiffes , & qui ont le Foil d'un gris obf- 
cur. On les appelle Volans, non pas qw'ils volent veritable- 
ment , mais parce qu'iU feutent d'un Axbre k I'autre , I'cfpace 






DUN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. VII. rj^ 
dc quarame pas au moins. De haut en bas , leur faut pourf^it * 
etre du double. Ce qui leur donne cette facilitd^de Tauter 
ce font deux Peaux , qu'ils ont des deux c6t^s , tntre les Pattes 
d2detriere,,^celles dedevant, & qui s etendent de la lar- 
geur de deux pouces. EUes font fort minces , & ne font cou- 
yertes que d-un Poil folet. Ce petit Animal s'apprivoife faci- 
lement; il eft fort vif, quahd ilne dort point; mais il dort 
fouvent , & par-tout, oil il peut fe fourrer ; dans les Poches , 
dans les Manches , dans les Manchons. II s'attache d'abord a 
fon Maitre , & le diftingue parmi vint Perfonnes. 

Le Pore Epy du Canada eft de la groffeur d'un moyen 
Chien , mais plus court , &.moins haut. Son Poil , d^environ 
quatre pouces de longueur, eft gros comme une Paille des 
plus minces , blanc , creux , & tr6s-fort, particulierement 
lur le Dos. C eft fon Arme , & elle eft offenfive & deffenfive. 
11 le lance d abord fuf ceux , qui attentent k fa Vie , & pour 
I)eu qu il entre dans la Chair , il faut Ten retirer k I'inftant , 
imon , il p enfonce tout entier. G'eft pour cette raifon , 
quon eft fort attentif^empecher lesChiens d'approcher de 
ces Animaux , dont la Chair eft tonne k manger. Vn Porc- 
Epy k la Broche , vaut bien un Cochon de LaitT 

Les Lievres & Its Lupins font ici comme en Europe , ex- 
cept6 quils ont les Jamtes de derriere plus longues. Leurs 
Peaux ne font pas d'un grand ufage , parce qu'ils muent con- 
unuellement: ceft dommaee, car leur Poil eft trfes-fin, 6c 
ne gateroient rien dans la Fabrique des Chapeaux. L'Hyver , 
ces Animaux grifonnent , & fortent rarement de leurs Tan- 
meres , oil lis vivent d^Qs plus jeunes Branches du Bouleau. 
LEt6 , lis ont le Poil roux. LesRenards leur font une cruelle 
guerre ert toute Saifon , & les Sauvages les prennent en Hy- 
ver,fur laN^ge avec des Collets, quandils vont chercher 
des Vivres. 

Pai I'honneur d'etre , &c. 



;'*«, 



1711. 

Mars. 




S 






17* »• 
Mars* 



136 JOURNAL HISTORIQUE 



HUITltiME L'Et¥rE. 

Defctiption da Pays emre U Lac Saint Pierre & Montreal: 
En quoi ildiffere de celui de Quebec. Defcription de rifle & 
de la Ville ae Montreal , & des Environs. De la P£cm du 
tMup Marinade la Vacht Marine , du Marjbuu$^ ^ det 
BaUines. 



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M 



\ Montreal* C9 vinti^me 4e Mars, 1711, 



ADAME 









Des iiiesde ^^ parti^^e treizl^me djp Saint Fran9ois , & le leiuUmain 

Richelieu. j*9irrivai en cette Ville. Je n'ai pas eu dans ce Trajet i qui eft 

d'environvim lieues, le plaiiir^ que j'avoiseu autrefois en 

faifant U m^me route en Canot ^ par le plus beau terns du 

Monde , de voir s*ouvrir devant moi , a mefure que j'avan- 

cois , des Canaux 4 perte de vue ^ entre ce prodieieux nom- 

bre d'lfles , qui de loin , ne fembloient faire qu une mime 

Terre avec le Continent , & ^rrlter le Fleuve dans fa courie : 

Ces agr^ablesPoints de vue,qui changeoient i cbaque inftant , 

comme des Decorations de Theitre , & qu'on croiroit avoir 

^t^ m^nag^es expr^s pour r^cr^er les PaiTans : mais je ne laif- 

fai pas d'en Itre un peu d^dommag^ d'abord par la fingula> 

xixk du fpedacle d*un Arcbipel devenu en quelque fa9on un 

Continent , & par la commodity de ie promener en Carriole 

fur des Canaux entre des Ifles » qui paroiflent avoir ixk plan? 

t^es i la ligne , comme des Grangers. 

Diffcrancedtt PouT 1^ ^oup d'ocil, il n'cft pas bcau dans cette Saifon, 

iMys d<; Que Rien n'eil plus triile , que ce Blanc r^pandu par-tout , & qui 

d A?'*'3''" prend la place de pette belle vari^^ de couleurs, le plus 

c i oauw . _j^jj agrementdes Campagnes ; que des Arbres , qui paroif- 

^ lent plant^s dans la N^ge,&neprefententauxyeux, que des 

Tetes chenues , & des Branches cbarg^es de Glacons. An 

refte , Madame , le Lac de Saint Pierre eft ici c^ mi ei^ la Rif> 

Ytere d^ \^vc% eii France* Du cot^ de Quebec , les Terres foiit 

bonWs, 



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i 'fcjiB" ^if.a.J^ 



b^Mf ^tiw> 



' ;. M> .in;'i.' 






^ DTJKVOYAGEDEL-AMERIQ.LETivnr ,„ 

^ep. pegr& ci„<,u,„, JxVl,?s"K.fo" d" l>T"\t. 
Trois Rjviere5 par les quarante-fix n^crr/cRrJ^ i wV '®^ 



i 7M? 

Marsi, 






iX^an^r^* ^'^""*«"' compariesav^k Maine & 

fesFondateurs, maiscenom n'a pupafferdans rufageorS 
jaire, ,lna lieu, oue dans les Xftes pubUcs /& na?mi ^1 
Seieneurs , qu. en ?ont fort jaloux. CesSeignJu/s ^auT ont 
le Domaine, non-feulement He l:i v;iio ^ '• ' ^ °?' 

ff"f. "•?.• *'. ««»inemem vim Paniculiers, emr" let . 
quels on lauro.. paitagie , ne rauroiem pas mife dans rEtae 

Tome iff «a"e, t agrement de h^ envi- «^«^ viiic. 



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138 JOURNAL HJS T ORJ Q tJ E - 

rons & cte fes vAes infpirent une c6rtaine gaye't^ , dtent totit 
le Monde fe reffent.'Elle ti'eft pointfprtifi^e , une fimple Pa- 
Ijffadc baftionnde , & affez mal entretenue , fait toute fa d6- 
fenCe , avec une affpz m^chante Redoute fur un.petkTertre ; 
^ui fert de Boulevard , &; va fe terminer-eri di^uce pente k une 
petite Place quarr^e^ C'eft ce qu'On rencontre d'abord en ar- 
rivant de Quebec. II n'y a pas mSme q^uarante ahs , i^ue la 
Ville etoit toute ouverte , & tpus les jours expof(6e a -etre 
briil^ par les Sauvages , ou par les Angjols. C? fut le Che- 
valier de Callieres , Frere du Pl^nipotentfaire de Rifwick „ 
qui la fit fermer, tandis qu'ilen ^toit Gouverneur. On pro- 
. jette depuis quelques annees de Tenvironner de Murailles (a) > 
-mais il ne fera pas aif6 d'engager les Habitans k y contr^buer- 
lis font Braves & ils tie font pas riches : oh les ad^ja trouv6 
difficjles^perfuaderdelan^ceffit^de cette d^penfe, &^^t 
convaincus que leur valeur eft plus que fuffifarite pour deten- 
• dre leUr V-ille.contre quiconque oferoit ratta^er. Nos Cana- 
diens ont tous , fur cet article , affez bonne opinion ^'eux-me- 
mes , & il fant convenir qu'elle n'eft pas mal fondle ; mais 
par une fuite de la conlRance , qu'elle leur infpire , il n'eft pas 
li mal aif^ de les furprendre , que de les vaincrer 

Montreal eft un quart^ long , Titu^ fur le bord du Fleuve , 
lequel s'^levant infenfiblement , partage la Ville dans fa lon- 
cueur eil Haute & Baffc ; mais k peine s'appercoit-on que Ion 
Siome de I'une k Tautre. L'Hdtel-Dieu » les MagafiiK du Roi 
& la Place d'Armes, font dans la Baffe Ville ; cW auffi le 
Ouartier de prefque tous les Marcfiands. Le S^ininaire & la 
Fai-oiffe, le/R^eoUets. lesJ^fuitcs, les Filles de la Congr^- 
eation , le Gouverneur & la plupart des Officiers font dans la 
Haute. Au-delA d'un petit Ruifleau , qui vient duNord-Oneft, 
& borne la Ville de ce c6t^Ji , on trouve quelques Maifons ,, 
& lHopital G^n^ral ; & en prenant fur la droite au-46l4 desl 
R^collets , dont ie Couvertt eft ij'eiftr^mit^ de la Ville du 5 
meme c6tl, il commence k fe former une efpece de Faux^ ; 
boure , qui avdc le t€ms fera un tr6s-bcau Quartier, _ . 

L« Muites ri'ont ici qu'une jp6tite Maifon ; maisieur E|life 
flu'on achevede couvrir , eft grande & bien b^e. Le Cou- 
vent des R^collets eft plus vafte, & la Communaut6 plus 
nombreufe. Le S^minaire eft au centre del* Ville : ilparoit 

' (4) Cc Projcc eft piffentement ezdcutii 






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1 

D^N VOYAGi: DE L'AMERIQ. Let. VIII. ,39 
qu'on a eu plus en vue <ie fe rendre foliie & cominode, que 



"-*-» 1*" - ^:r!f .t""** * »". ""'« v-dHu;ajaie , que celle d< 
Ouebec. Le Service $ y fait avec une modeftie i&,un6 digni- 
ty , quf mfpirent du refpea pour la Majeft^ du Dieij , ou'cwi v 
adore. - / ^ . ^ 

y\^ Maifon a;^ |Hltes de Ja Congregation , quoiqu'une des " 
gl«?^grandes de la Ville , eft encore troo petite pour loger une 
h norhbreufe Communaute. C'eft le (Jhef d'Ordre & le No- 
. viciat d un Inftitut , qui doit^etre d'aiitaift pli'is cher i la Nqu- - 
velle France , & i^ette Ville ^n pahiculier , qual y a pris ^ 

naiffanof, & que taifte la Colonic fe regent des avaniages 'que 
lui procure un fi bel Etabliflempnt. L'Hotel-Dieu eft dtffervi 
S^i^S^L'S'eufes, dont les premieres orit ^t^ tiroes de celui 
de la Fl6che en Anjou. ElUs font pauvres , cepe^dant il nV " 
parojt mi leur Sale , qui eft grande , bien meublee , & bien 
garnje de Lits ; ni k leur Eglile , qui eft belle & tr6sK)rnee ; ni 
4 leur Maifon , qui.eft bieh bitie , propre & commode ; mais 
elle^ font mal nourries , quoique toutes infhtiguablement oc- 
cupees , ou de I'lnftruaion de la Jeuneffe , ou du foin des Ma- 
lades. V 

L'Hopital General doit fon'^tabliffement d un Particulier 
nomm6 Charron, qui s'^toit affocie plufiours perfonnes de - 
piet6 , npn-feulement pour cette bonne oeuvre , itaii auffi 
pour founiir les Paroiffes de la CampagnedeMaitres d'Ecole 
qui hffent pour les Gar§ons ce que les SceufS de la Confereea- 
tion font pour les Filles r^maisfti Society fe diffipa bientot • 
des affaires furvenues atix uns , rinconftance des autres re- 
duifirent le Sieur Charron k lui feul. 11 ne fe d^couragea pour^ ' 
tant point; ilvuida fa bourfe, il eut le fecret de faire^ouvrir 
cellesdequelques perfonnes Puiffantes ; ilaUti , il a affembM -^ 
des Maitres ^ des Hofpitaliers ; on s'eft fait un plaifir d'aider " ' 
& d autorifer un Homme , qui n'^pargnoit , ni fon bien , ni fa 
peine, & que rien ne rebutoit. Enfih, avant fa mprt, qui " 
arriva en 1719 , il aeu la confolatidn de voir fon proiet hors 
de tof ."%e d'Mouer , au moins quant k I'Hopital Geff^ral. 
La Maifon eft be% ; & TEgtife fort lolie. Les Maitresi d'Ecole 
ne font pas encore bien dtabli$4an$ les Paroiffe^ , & la d^fen^ 
fe , qu'iis om eue de la Cour , dejprendre un Hdi^it ^mi^orme ^ • 



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Riviere de$ 
Prairies 



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Le Sault aoz 
Hecollets. 



1, * 



^ 4^ JOURNAL HISTORIQUE 

ijxi, & de s engager par des Voeux. fimples , pourra bien les enw^ 
Mar's, pecherdeleperpetuer.. 

Dc ride 4e Entre Tlfle de Montreal & la Terre Ferme, du cote du 
jefus, & dc la Nord , il y a une autre Ifle d'eaviron huit lieues de Ions , & 

2"-' ui a bjen deux lieues dans fa plus grande largeur. Elle fut 
'abord nomm^e fljle dc Montma^y , du nom d'un Gouver- 
neur General du Canada : elle fut enfuite conced^e aux J6- 
fuites, qui Tappellerent /'ijfZe <& /W«5 , & elle a conferv^ ce 
dernier nom , quoiqu'elle ait paffe des maias des J^fuites ei> 
'celles de Meffieurs du Setninaire de Quebec , qui ont com- 
mence'd'y mettre des Habitans ; '& comme les Terres en font 
bonnes , il y a lieu d'efperer qu'elle fera biemot toute defri* 

te Canal, qui (epare les deux Mes , porte le riom de Riviere 
des Prairies , parce qu'elle coule au milieu de fort belles Prai- 
ries. Son Cours eft embarraffe rers le milieu par un Rapide , 
qu'on z^^^'^.U Sam auRkolUt^ en m^moire d'un Religieux 
oe cet Ordre , qui s'y eft noye.. Le$ Ecclefiaftiques du Semi- 
naire de Montreal ont eu lontems affez pr^s de-li une Miffioh. 
de Sauvages , qu'ils ontdepuis peu tranfport^e ailleurs. 

Le troifieme Bras du Fleuve eft feme d'un nombre d'Ifles ft 
prodigieux , qu'il y a prefque autant de Terre que d'Eau. Ce 
Canal porte les noms de Milles-Ifles ou de Riviere de Saint 
JeaA. A la Tete de I'lfle de Jefus , eft la petite ZJle Bi^ard, ainfi 
appellee du nom d'un Gfficier Suifle., a qui elle a^partenoit , 
& qui eft riiort Major de MontreaL Un peu plus nkut vers le 
Sud, on trouye rijle Perrot f ainfi nomm^e par M. Perrot, 

?ui a 6ti le premier Gouverneur de Montreal , & qui ^toit le 
erede Madame la Comteffe de la Roche-Allard , & de 
M'^Ma Pr^fidente de Lubert. Cette Ifle a prefque deux lieues 
en tout fens » & les Terres en font bonnes. On commence k 
la defricher. L'Ifle Bizard termine le Lae des deux Montagus ; 
& rifle Perrot f^pare ce meme Lac de celui de Saint Loius. 

Le Lac des deux Montagnes eft proprement I'Embouchure 
dela grande Riviere , autrement. appellee la Riviercdes Ou-- 
taouMSf dans le Fleuve Saint Laurent. II a deux lieues de lon- 



Des Envi 
rons dtMont 
(caL 



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gueur , &i peu pr6s autant de largeur. Celui de Saint Louys. 
eft un peu plus grand , ce rfeft encore qji'un elar^iflement du 

Fleave Saint' ^"'"'-'^ ~"^'*— * ^" *""' — - ^ '''- 

alaUoit pasjpl 



Fleave* Saint Laurent. Jufqu'iprefent,. la Colome Fran^oife: 
slu&loio i rOueil * mais 00 cpounecUfe k faice.dc 



' ^^'H.^ J[?.^^^^^^L'AMERIQ.Let. Vni. r4t 
iiouvelles Habitations unpeu plus haut,& les Terres font oar 
tout excellente*. . ^ ^ 

Ce qui a fait la fureti de l^fontreal & de tous fes Environs 
pendaiit les dernieres Guerres^, ce font deux Villages d'lro- 
quois Chretiens , & lefort de Chambly. Le premier des deuv 
Villages , eft celui de Sault Saint LoUi* , fitue dans le Conti- 
nent du cote du Sud, trois lieues plus haut que la Ville de 

^ Montreal. II eft fort peupl^ , & a toujours et^ ?egarde comme 
une de nos plus fortes Barrieres contre les Iroquois Idolatres 
& contre les Anglois de la Nouvelk York, ft a deia chaneJ 

deux rois de niarp Aane Vofna^^ J« J i- _ _••_ *^ ' /. O 




Du Sault S. 
Louys. 




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quoiqu il en foitaujourdhuialTez Soigne. Ilparoit quon I'a 
enfin fix^ ; car lEglile, qu'on ne faiyiue d'achever , & k 
Maifon des Miffionnaires , font , chafi dans leur genre, 
deux des plus beaux Edifices du Pays. LaTftuation en ell charl 
Wante. Le Fleuve fort large encet endroit y eft feme de plu- 
fieurs Iftes , qui font un tr^s-bel effet. L'Me de Montreal route 
peupl^e eftenperfpeaived'un cot^, &'la vuen'eft prefoue 
point born^e de 1 autre k caufe du Lac de Saint Louis oui 
commence unpeu plus haut* ' ^ 

Le fecond Village porte le namdela Montai 




Des Iroquois 
Monta- 



e 



•^'f^ 



, - prelentement en Terre Ferme vis>i vit 
I'extr&nit^ Occidentaje de rifte. Ce font les Eccl^fiaftiques dil 
Semmaire de Montreal , qui le gc^uvernent. II eft.forti bien 
des Braves de ces deuxBourjgades , & la ferveury ^oit admi- 
rable avant que I'avarice de nos Traitans y eut introduit 
1 Yvrognerie qui y a fkit de bien plus grands ravages encore, 
que dans les Miffion&deSamt Fransois & de Beckancourt. 

Envain les Miffionnaires ont employ^ , pour arr^ter ce de mr j 
fordre , toute leur induftrie & toute leur vigilance : ils ont eu «u«r;f [f 
beauimplorerle fecours des Puiffances , menacer dela colere J"'"'1'=''e« 
du Ciel , apporter les raifons les plus perfuafives , tout a 6t4 "s'i'cux '^'"^ 
inutile : les accidens memeles plus funejftes , & o£i il n'etoit ''8«- 
pas poffible de m^connoitre la main de Dieu appefantie fur les 
Auteurs du mal , n'ont pas it6 fufl^ans pour faire rentrer en ' i 

•ux-memes des Chretiens, que lavidit^ dun gain fordida 



VJl 



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1721. 

Mars. 



,41 JOURNAL HISTORIQUE 

avoit aveugles. On voit jufques dans les Places & les Rues de 
Montreal , les Speftacles les plus afFreux , fuites inevitables d& 
rYvreffe de ces Barbares : les Maris & les Femmes ; les Peres , 
\ , les Meres & les Enfans ; les Freres & les Soeurs , fe prendre k 

la Gorge , s'arracher les Oreilles , fe mordre k belles Dents 
comme des Loups enrages. Les Airs retentiffent pendant les 
nuits de hurlemefis beaucoup plus horribles que ceuxdont les 
Betes f(^roces font retentir les Bois. 

Ceux qui ont peut-etre le plus ife reprocher ces horreurs., 
font les premiers a demander fi ces gens-la font des Chretiens ? 
on pourroit leur repondre : oiii ce font des Chretiens & des 
Neophytes , qui ne fjavent ce qu*ils font ; pais ceux , qui de 
fangfroid, & avec connoiffance de caufe'i les r^duifent par 
leur avarice en cet etat , ont-ils de la Religion ? On ffait que 
les Sauvages donneroient tout ce qu ils ont pour un Verre 
d'Eau de Vie ; c'eft une tentation pour les Traitans , contre 
laquelle , ni les cris des Pafteurs , ni le zele & I'autorite des 
Magiftrats , ni le refpeft des Loix , ni la feverit^ de la Juftice 
fouveraine , ni la crainte des Jngemens de Dieu , ni la penfee 
de I'Enfer, dont ces Barbares dans leur Yvreffe prelentent 
une Image bien fenfible , n'ont encore pu tenir. Mais detour- 
nons la vue de ces objets defagr^ables. 

Le grand Commerce des Pelleteries , apr^s que la Ville des 
Trois Rivieres eut ceffe d'etre fr^quent^e par les Nations du 
k Hrminfce Nord & del'Oueft,fe fit pendant quelques ann^es k Montreal, 
iujeu oil les Sauvages abordoient en certains terns de toutes les par- 

ties du Canada. C^toitune^foece de Foire , qui attiroit beau- 
coup de Fran$ois dans cette Ville. Le Gouvemeur General 
& rfntendant s y rendoient auffi , & Ton profitoitde Toccafion 
pour accommoder le* difFerens , qui pouvoient fitre furvenus 
entre nos Allies. Mais fi par hazard , Madame , vous tombez 
fur le Livre de la Hontan , oil ileft parle de cette Foire, 
donnez-vous bien de garde de prendre tout ce qu'il en dit pour 
des verites. "La vrailemblance n'y eft pas m^me gardee. Les 
Femmes de Montreal n*ont jamais donn^ lieu ^<;e que cet Au- 
teur y metfur^eurcompte , &ilnV a rien ^craindre pour leur 
honneur de la part des Sauvages. II eft fans exemple qu'aucun 
d'eux ait jamais pris la moindre liberty avec les Fran9oifes , 
lors meme qu elles ont 6t6 leurs Prifonnieres. Ils n*en fontpas 
meme tenths , & il (etpk i fouhaitfer que les Fran5ois euflent 



De la loirc 
de Montreal 



1 7^ !• 

Mars, 



^ 



DUNVOYAGfelMpL'AMERIQ.LET.Vni. i« 
le m^me digout des Sauf^gffes. La Hontan ne pouvoit pas 
ignorer cequieftdenotoriet^publique en ce Pays ; mairil 
vouloit ^gaver fcs Memoires , & pour y r^uffir , tout lui ^toit 
bon. On eft toujours fur de plaire k certaines geni , quand on 
ne garde aucunemefure dans la liberty, qu on fe donne d'in- 
venter , de m^dire , & de s'exprimer fur certaines matieres. 

On voit encore de terns en terns arriver i Montreal de peti- 
tes Flottes de Sau vages , mais ce n'eft plus rien en comparai- 
fon^paffe. C'eft la Guerre des Iroauois , qui a interrompu 
ce grand concours des Nations dans la Colonie. Pour v fb- 
pleer , on a etabli chez la plupart des Magafins avec des Fdrts 
^ouily a toujours un Commandant & alfez deSoldats, pour- 
mettre les Marchandifes en furete. Les Sajuvages y veulent 
toujours avoir un Armurier , & dans plufieurs fl y i des Mif- 
fionnaires , qui y feroient plus de bien , slls y etoient feuls de 
Jran^ois. On auroit bien du, ce femble,r^tablir les chofes fur 
1 ancienpied ^ depuis que tout eft en Piix au dedans & au de- 
hors de la Colonie : ce feroit le moyen d y retenir les Cou- 
reurs de Bois, k qui leur avidit^ , fans parler de tous les d6- 
Idrdres , qu attirent le libertinage , fait faire tous les jours des 
baileffes , qui nous rendent meprifables aux yeux des Barba- 
res , ont avih nos Marchandifes ,- & encheri les Pelleteries. 
Outre que les Wages, naturellement fiers , font devenus 
inlolens , depuis qu'ilsfe voyent recherch^s. 

rt^-^^t^ P°V"?;' ^'^" P?"* f'rich'*- le Canada , que la r,,,, „^ 
Chaffe, & on ny depend pomt des Sauvages. DeuxrSbns a. Uup'S! 
de s y «ppliquer, qui nont pourtant pu ju%u'ici engager nos ""^ 
Colons IttifaireJe principal objet de leur Commerce. Jen ai 
nen i ajoOter k ce que j'ai d^a eu I'honneur de vous dire de la 
Feche des Morues , qui feule nous vaudroit plus quele Perou 
fi les Fondateurs de fa Nouvelle France euffent pris les mefu * 
res convenables pour s'en affurer la poffeffion. Je commence 
par celle du Loup Marin, des Vaches Marines & des Mar- 
fouins , qu on faitfaire partout dans le Golphe Saint Laurent 
& bien avant dans leFleuvememe. * 

Le Loup Marin doit fon nom k fon cri , qui eft une efpece 
de hurlement ; car dans fa figure , il n'a rien du Loup , ni dau- 
cun Animal terreftre , que nous connoiffions. Lefcarbot affiire 
qu il en a entendu , qui crioient comme h& Chathuants ; mais 
ce pouvoit etre de jeunes B^tes , dont le cri n'etoit pas encore 



X 




17 i !• 

Mars. 



144 JOURNAL HIST.ORIQUE 

bien forme. Au refte , Madame , on ne balance pas ici k met- 
tre le Loup Marin au rang des Poiffons', quoiquil ne foit pas 
muet , qu'ii naiffe k Terre , qu'il y vive pour le moins autant 
que dans I'Eau , qu'il foit douvert de Foil ; en un mot , qu'il ne 
lui manque abfolument rien , pour etre regard^ comme un ve- 
ritable Amphibie. Mais nous fommes dans unnouveau Mon- 
de X il ne faut pas exiger que nous y parlions toujours le Lan- 
gage de I'ancien , & I'ufage , contre lequel on ne raifonne 
point , s'y eft mis en polleflion de tous fes droits. Ainfi la 
Guerre , qu'on fait au Loup Marin , quoiqu'on la faffe fouvent 
k Terre , K a coups de Fuiils , fe nomme unePeche ; & celle 
qu'on fait iux Cattorsdans I'Eau , & avec des Filets , s'appelle 
une Chafle. 
pefcription La Tcte du Loup Marin approche yn peu de la figure de 
du Loup Ma- celle du Dogue : il aquatre Pattes fort courtes , fur-tout celles 
tin- de derriere : dans tout le refte , il eft Poiffon. II fe traine plii- 

tot qu'il ne marche fur les Pieds ; ceux de devant ont des On- 
gles , ceux de derriere font en forme de Nageoires. Sa Peau 
eft dure , & couverte d'un Poil ras de diverfes couleurs* II y a 
de ces Animaux , qui font tout blancs , & tous le font en naif- 
fant ; quelques-uns , k mefure qu'ils croiffent , deviennent 
noii^ , d'autres roux j plufieurs ont toutes ces couleurs en- 
femble. 

Les Pecheurs diftinguent plufieurs efpeces de Loups Ma- 
rjns ; les plus gros pefent jufqu'^ deux mille , & Ton pretend 
qu'ils pnt le Nez plus pointu que les autres. II y en a , qui ne 
S)Ot que fretiUer dans I'Eau ; nos Matelots les appellent BraJ^ 
feurs y ils ont donne k une autre efpece le nom de rfau : je n'en 
fcai ni la raifon, jii lafignification : a une autre, celui de Grofi 
fes Tetes. II y en a de petits fort ^veilles , & fort adroits k cou- 
per les Filets , qu'on leuo tend: leyrcouleur efttygrie, ils 
font badins , pleins de feu , f^ jolis , autant que de^s Animaux 
de cette figure \p peuvent etre : les Sauvages les accoutument 
k JesJiiivre , cpmme fi c'^toient dp petits Chiens , jSc ne laif- 
fent pourtant pas de les manger. 

M. Denys parle de deux fortes de Loups Marins , qui fe 
rencontrent fur les Cotes de I'Acadie : les uns , dit-il , lont fi 
cros , que leurs Petits ont plus de volume , que nos plus jgrands 
Pores. II ajoute.que peu de tems apr6s qu'ils font nes , le Pere 
^ h Mere ks amenent^ I'Eau, & de tems en t^ms les rame- 

nent 



Ses dWcrfes 
Tipeccs. 



- h 



I7i I. 

Mars, 



l3^N VOYAGE DE TAMERIQ. Le^ Vin. 145 
n(bt a Terre , pour Ie$ faire t^ter : que la Pedie smfah au 
mois de F^vrier , loHque les Petits , auxquels on en veut prin- 
cipalement , ne vont prefque point encore dans I'Eau : qu'au 
premier bruit , les Peres & Meres prennent la fuite , en faifant 
un fort grand bruit, pour avertir ieurs Petits delesfuivre 
ce que treux-ci ne manquent point de faire , fi les Pdcheurs ne 
. r 2 ^"'" ^°""®^ "" coup de Baton fur leNez , & que 
cela fuffit pour les tuer. II faut que le nombre de ces Animaux 
foit bien grand fur ces Cotes , s'il eft vrai , comme le meme 
^uteuriaffure, au'en un feul jour onpfend de cette forte 
julqu a huit cent de ces Petits. 

La feconde Efpece , dont parle M. Deriys , eft fort petite 
& chaque Bete ne donne gueres d'Huile , que ce qu'il en peut 
tenir dans fa Veffie. Ces Derniers ne s eloignent jamais beau- 
coup du Rivage , & il y en a toujours quelqu'un , qui fait la 
5>enimell«. Au premier fignal , qu'il donne , tous fe jettent k 
la Mer ; au bout de quelque terns ilsfe rapprochent deTerre , 
tx felevent fur Ieurs Pattes dederriere , pour voir s'il ny a 
nen k craindre : mais , malgre toutes Ieurs precautions , oiien 
furprend un grand nombre k Terre , & il n'eft prefque pas 
pollible de les avoir autrement. ^ :i r 

On convient que la Chair du Loup Marin n'eft pas mau- ufa.c de i, 
vailei manger , mai&.on trouve beaucoup mieux fon compte c'»ir & de i^ 
k en faire de 1 Huile : la fa^on n'en eft pas difficile. On en foit »f " "^^ ^"^ 
fondre la Graiffe fur le feu . & elle fe r^fout en Huile. Sou- "'""• 
vent meme on fe contente de faire des Gharniers , c'eft le 
nom , qu'on donne k de grands Qui^rra de Planches , fur 
Jefquels on etend la Graifle de plufieurs Loups Marins : ellc 
s y fond d elle - m^me , & I'Huile coule par une ouverture , 
qu on y a ^ratiqu^e. Cette Huile , quand elle eft fraiche , eft 
tort bonne pour la Cuifine , mais celle des jeunes B^tes 
rancit bientot, & celle des autres, pour peu qu'elle com- 
mencf k vieillir, deffeche trop : on s'en fert alors pour 
bruler , ou pour paffer l^s Peaux. Elle eft lontems claire , 
elle n a point d'odeur , & ne laiffe point de Lie , ni aucune 
lorte d^iqimondices au fond de la Barrique. 

Dans les premiers tems de la Colonie on a employ^ une' 

grande quanut^ de Peaux de Loups Marins k faire des Man- 

chons. La mode en eft paflKe , & leur grand ufage aujbur- 

4hui eft de couyrir les M*llej & l^s Cpfres. Quand eUesfom 

Tome Ul, T • 



Ufage de la 



.us 



¥-«"»r- 






17* !• 

Mars. 



Particularlc^l 
de crs Ani- 

BUUX. 



14 JOURNAL HISTORIQUE 

tannics , elles ont pfefque le meme grain que le Maroquin r 
elles font moins fines , mais elles ne s'^corchent pasii aife-* 
^enc , & elles confervent plus lontems toute leur fraicheur. 
On en fait de tr^s-bons Souliers , & des Bottines , qui ne 

f>rennent point I'Eau. On en couvre aufll des Silages, dont 
e Bois eft plutot u(6 que la Couverture. On tanne ici ces 
Peauxavec I'Ecorce dePeruffe, & dans la Teiilture , dont 
on fe fert pour les noircir , on mele une Poudre , qui fe tire 
de certaines Picfres , qu'on trouve fur les Bords des Rivieres* 
C'efl ce qu'on appelle jPierrcs de Tonnent , ou des Marcaffite^ 
de Mines. 

C'eft fur les Rochers , &; quelquefois fur la Glace , que les- 
- Loups Marins s'accouplent , & que les Meres font leurs Pe^ 
tits. Leur Portee ordinaire efl de deux , & elles les allaitent 
affez fouvent dans TEau , mais plus foUvent k Terre ; quand 
elles veufent les accoutumer k nieer , elles les portent « dit-on » 
fur leur Dos; les laifTent aller de terns en tems dans TEau y 
puis les reprennent « & continuent ce manage , jufqu*cl ce 
que ces Petits puifTent niger toUs feuls. Si ce fait eft vrai » 
voili un Strange Poiflbn , k qui la Naturae n'a pas m^me ap- 
pris ce ^jUe la plupart des Animaux Terreflres f<favent pref- 
qu'en natilant. Le Loup Marin a les fens fort vifs , & c'eft fon 
unique d^feiife : elle ne les empeche pourtant pas d etre fou- 
vent furpris , comme je I'ai deja remarqu^ ; mais la plus or- 
dinaire fa9on de les pScher efl celle-ci. 

La coutume de cet Animal , quand it eft dans TEati » efl 
d'entrer avec la Mar^e dans le$ Anfes : quand on a re- 
connulei'Anfes, oh il en entre un grand nombre, on les 
fermb^avec; des Filets & des Pieux ; on nV la^e de libre 

2u'unafle£ petit efpacd, par'oii les Loups Matins fe glifTent^ 
)hs que la Maf^e eft haute, on bouche cette ouveMiure ; ainfi^ 
apres que k Mer s'eftretir^ , ces ^oifTons demeurent k fee , 
& on n*a que^ la peine de les tffrooimer. On les fiut auffi en 
Canot dans les endroits, oiiil y«nabeaucoup) & quand 
ils mettent laT^te hors de TEau pour refpirer , on tire deffus. 
S'ils ne font que blefles , oh lesprend fans peine : s'ils font 
tu^s roides, ils vont d!abordifond , conune il arrive aufli 
aux Caftors : mais on a de gros Chiens , qui font ftiMs k les 
pScher k fept ou huit brafles de profondeur. Enfin j'ai oui dire 
^qu'un Matelot en ayant un jour furpris k Terre un grand 



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-St.. 



-1. 

V. 



I 71 I. 

Mars. 



Dcs Vache« 



Marincj. 



Troupe™ ,.,I Je. avo,. conduit, i (b„ Logemem-avec une 
S^f. '/Sr"??'' ""?" P"f»i«"nTroupiu deBaufi & 

Nos PScheurs prennent aujourd'huf affer n^,, 4« v u 
Marine, fur te. cSe. du Gol^he de SainTLaur^.'^&'iet 
fjai point fi on en a amais pris ailleiirs leVAAil ' 

;: avoient autrefois i,abl/uneP^hei'flJd;&ble£'' i? 

■. neleurapasfaitbeaucoupdeprofii Lafimi^Si; , i"*"? 

n;eft pas L. diiferente d? ceHu L<K.fei„ "itH' 

Gnwi Z)«„. Cette Dem eft dW trSl YyoiL f S? K- ^ 

Que tou.es celks . ,ui con,pofe„tIaMaSe&ceP^o^ 
& qui ont quatre doits de Leueur. "*""* "^ cePoiffoi^ 

deffous de rifle ^Orlea'i^Vikt fe'te/S^ 
qu on trouve dans la Mer- dan« I'Fa!. rvL*^ "i ^ *^^"*» 

Les Margins Blancs rendent une Barrique d'Huile Rr 
cetteHuiIeeftpeudi&rentedecdleduLo^pMi^^^ : . 

vuperfoime qm ait mang^de la Chair decefiSS^^^ 

4ux Maifouins Gris ; on dit aue ce n'eft pas un mau vais m^ 
pr; oi»fe«desBoud,ns&LAndoumLdeIe^?sBoyr,L 

quecelle du Mouton . mais nioin, bai,n; que ceUe S V«u * 
La Peau des uns & des aiufesie tanne Rr r^ «,«• ? 

deMaro.pun.D-alH»d eU.X^col^df£i^!TL.„'^S.^^^ 

• N 1 Ij 



.jiSN f^ 



*^. 



1721. 
Mars. 



De ia Pechc 
lia Mairouio. 



,48 JOURNAL HI StO ill QUE 

un pouce d'^paifleur. Orr la gratte lonteim , & elle devient 



II y en a de dix-huit pieds de long fur neuf de large : on pre- 
tend que pen n'eft meilleUr pour couvrif uhe Im^riale de 
Caroffe^ ^ , ^, . , 

On a ^tabli depuis peu deux Paches de Marfoums au- 
deffous de Quebec ; Tune dans la Baye Saint Paul , & I'autre 
fept ou huit lieues plus bis, Vis-i-vis une Habitation , qu'on 
appelle Camourafca, durtom de certains Rocher*, qui sj6l^- 
vene cbhfid^rableinent au-deffusde I'Eau. Les frais n*eft font 
pas grands ^ & les profits iroient fort loin , fi les Marfouins 
etoient d«s Animaux d'habitude : mais foit inftinft, ou ca- 
price , ^k trompent fouvent toutes les mefures des ^echeurs , 
^ prenjiep* ime^ autre route, que eelle, 06 on les attend. 
D'aillettrs ces Pfichess, qui n*chrichiroieht que d«s Plarticu- 
liers , oht occafionn^ un inconWnient , qui Fait crier le Peu- 
ple :' c'eft qu elles ont beaueoup diminu^ celle des Anguilles i 
faquelle en une grande rcffouree pour les pauvres Habitans. 
Car les Marfouins fe trouvant inquiett^s ^u-deflbus de Que- 
bec , fe font retires ailleurs , & les Anguilles ne trouvant plus 
fur leur paffage ces gros Poiffons , qwi les obligeoient de re- 
brouffer chemin , defcendent le Fleuve^an&obftaeles ; d'oii it 
arrive qu'entre Quebec & les Trois Rivieres , 011 ron en 
prenoit une quantity prodigiej^e tbus lesans , on n'en prend 

preique plus. ' ^ d '• 

La maniere", dont fe fait la Pcciie du>lar(buin eft peu dif- 
ferente de celle , dont j'ai parle en dernier lieu au liijet du 
Loup Marin. Quand la Maree eft baffe , on plante dans la 
Vafe , ou dans le Sable des Piguets affez pr^ lesuns des au- 
tres, & Ton y attache des Filets en foitne d'Amonnoirs , 
dont rouverti^re eft aflez large ; de forte n^anrtibins que , 
quand le Poiffony a pafle , il ne la peut plus retrouver pour 
en fortir. On a foin de mettre au haut des Piquets des Bou- 
quets de Verdure. Quand la Mar^e monte , ces Poiffons ^ 
qui donnent la;*Ghaffe aux Harengs , leiquels gagn^t tou- 
jours les Bords , & attires par la Verdure , qu'il^iment beau- 
coup , s'engagent dans les Filets , & sV troiivent enferm^s,. 
A mefure quela Mar^e baiffe ^ on a le plaiiiF de voir leur em^ 



I . 






barras, & 1^ mouvemem jnutiles , qu'ils fe donnent pour 
6chaper; enfin lis reftent J fee , & fouverit ^chou^s les uns 
fur les autres^ ft grand nomhre , que d'un feuj coup de Ba- 
ton on m affomifte deux ou trois. On pretend ' du'ifs'eh eft 
trouv^ parmi les Blancs , qui pefoient jufqu'i tro?s mille. 

Tout le Monde i^aitdequellertianierefe fait la P^chede 
la Baleine , ainfi le^ne vous en dirai rieri. On-dit ici oue les 
Bafques , qui la faifoient ?utr'efois dans le Fleuve Saint Lau 
rent, ne lont interrompue, que pour s'addoriner tout en- 
tiersau Commerce des l>elleteri«s , qui ne demandoient , ni 
tant de depenfes , ni tantde fatigues, & dont les profits 
^toientalorsplus confid^rables & plus prompts. D'aiileurs ils 
n avoient pas pour cette P^che toutes les commodit^s , qu'on 
pgu avoir pr^fentement , qu'il y a des Habitations fort 

de la retdblir, mais fans fucck lis Ehtrepf eneurs, 6u n'avoient 
pas /« /ends nieeffaires poureri feire les avancs, ou one 
voulu etre d^doriimag^s trop t6t de leurs frais , ou ont man- 
que de conftance. II paroit n^anmoins certain que cette Peche 
pourroit 6tre un grand objet dam le commerce de cette Co- 
lonic , & quellefe peut faire avec beaucoup moins de de- 
penfes & de perils que fur les Cotes du idroenland. Qui 
empecheroit meme de fa rendre ftdentaire , comme M. Denvs 
propofoit de faire celle de la Morue en Acadie ? Voili Ma 
dame, toiitce qui regarde les Peches . qui peuveht enrichir 
le Canada : h vous parierai des autres , quand w vau& en.. 
treoendraid«la4iiax)ieredevivrc dans ce Pays. r 

'' • ; Wl'honneurd'etre^ 



172 r. 
Mars. 



Oes Baldness 



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150 JOURNAL HISTORIQUJ? 



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1721 



Avrii! NEUVlfeME LETTRE. 

Animaux pwpres du Canada. Des Arbres , qui iuifinicont^ 
muns avcc la trance ,&de cettx , qui lui Jimt particuliers. 



A Ghambly , ce premier Avril , 1 721 . 



M 



ADAME, 



U N E dea prixicipales d^fenfes de Montreal contre les Iro- 
quois & laNoaveUeYorkeil leFort dcChambly : c'eft de 
ce Fort que )*ai rhotiiseurdovous ^crire. Jy fuis venupour 
rendre viilte au Commandant, qui eft Mv de Sabrevois ,. 
d'une des meilleures Maifons de Bdauce % mon Ami , mon 
Compagnon.de Voyage, & bon Officier. Je vais en deux 
mots VDuamarquer la miiatioadecetce Place impofcante, & 
votis eii £uicci la diefijdpcionJi . 

Dans les premieres ann^ de notre Etablifiement en ce 
Pays , les Iroquois, pour fairc des courfes jufques dans le 
centre ^e nos Habitations * defcendoieiit une KiViere, qui 
fe d^cfaargfB dans k Fleuve Saint Laurent, un pen au-deuus: 
du Lac de Saint Pierre , i laquelle , pour cette xaifon on don- 
na d'aboTti le nom de Riviere deslrojquois. On Ta depuis ap- 
pellee h Rivierv de Richelieu, k caufe d'un Fort, qui por- 
toit ce nom , & ^'on avoit conftruit k Ton Embouchure. Ce 
Fortayant^t^ rum^ , M. de Sorel, Capitaine dans Carignan- 
Salieres, en 6t conftruire un autre ,'auquel on donna Ton 
nom: ce nom s'eft communique k la Riviere 4 qui le con- 
ferve encore aujourd'hui , quoique le Fort ne fubfifte plus 
depuis lontems. Quand on a remont^ la Riviere , environ 
dix-fept lieues , allant toujours^au Sud , mais prenant un peu^ 
du Sud-Oueft , on trouve un Rapide , & vis-4-vis une efoece" 
de petit Lac form^ j»ar 1^ Riviere m6me. C'eft fur le Bord 
meme du Rapide , & vis-i-vis du Lac , qu'eft fitui le Fort, 
l^uc d'abord bati de Bois par M. deChambly, Capitain^ 



^^ ^\ 






'.••"' :i^,t-AKft«.i '^A "^ 



dans le R,igiment dd Carienaf, - sVl^ ^' J* ^* '5^' 
que M de lord cOrtftTuSf rs e„ "r^iJ o" ?'7" ''""' ' 

treticnt tomourt une affe* h^nXTr' -r ^"^ ^ ony en- 
EHyironUom fortes oncommr"'^?* ^" T^^res des 

Mtin une ViUe. r ?^®"' ^"^""^^ ^^ terns on y 

; ae Canton de la NoS Francf 'o^il fnif PT^^^^ P°'"' 
peimler. Le Climat y ett plurdoux^ n .i„iP^"' ^ P^P^^ ^^ 
fa Cfolonie & les ^^bkaCylZn^,^^^^ ^^ 

quois, quidans le fond font i bonnJ^^'nl fuTnJ u""' 
cherontpas4febrouilleravecnou« ,S-«5 i' ^ * "^ *^^«''- 
en <5tatie ne iespas craindreTVu?^i„"oT ""^°"^ 
croij , encore raieSx de ce VoifmTee nnf^T^^ j^T"^ ' J« 
velle York. Bien d W rai/S ' ?"fl^ ?^J"^ ^« ^^ "ou- 




^ vous Uetenir des^^rStu^Tcl^:^^^^^^ 

meur^ A ce que le Gojphe & le Fleuv7w?«' ^^ V ^"^ ^"" *^^- ^ 

ventfourni?auCo.iIrCedi^^^^^^^^ # 

i parler des reffources oue Uc Hak;!- '^'^*"^® » " ^e refte 

pour la v«, f/v^^^^^^^'^'^^^nsypeuventtrouver 

Partout, oiil'feauduFleuveeftf»l«V /.'-a x j- , 
le Cap Tourmente , jufqu'au^o?4e o« w ' "^^J?"" ^-•'^-. ^■' 

tousl^Poiffons. f i vTventdSl'd^aT^'^^^^^^ Lr^cT 

mpn , le Thon . TAfofe , la Truite , ia Lamor^H?? * ^^"^" p'- ' ^ ''^ 

rAngulledeMer,leMaq„^e.u la SoK&f^^^^ ^'-"-'- ^ 
chois , la Sardine , le tuviot , & bVauco»„'i ' ^ ^ ' ?;^"- 
inconnus en Europe. Tow4 bL«^^.a? "^^^^ ^^'^^"^ 
lets. Dam le GolXV oS ^h^^^^^ ^""^.^ ^"* f'i- 
Rayes , la CommSne XcL <^T^'^^:''^^T''' 1^ 
ieur gout qu'enl-rance' ,\ le P^^ q^ui' ni'rpastftW " 
des Lencornets, efpece deS^chea • «fccr2k pas eftime ; 

autre efpece de Reouiem^ K-...^«»» •' *-™ens de Mer, 



r 



Laureac. 



Gol- 
ins Ic 
Saiuc 



■17*1- 
Avril. 



T)\xLtm^-* 



net, 



i^i wipit N AX HjI S T O R I q u e 

CdteMnKKlie^ & Ia maniere de lea y p^cher eft a0bz dn- 
jgkkhttM. O^Wm un TrcH^ k U (ii»€« , on y enfonc« deiixjPer- 
vhej li^es enKiiible de telle Toite, qu'elles font le m^md jeu 
oue les TenaiUes , & il eft rare qu »n les retire fans une 
fliiitre, ' ^ ■ 

J'i^i dit que le Lencornet eft: une e&ece d» S^che : fa figure 

«eft n^anmoins aiTez difFi6rente de la Seche ordinaire. II eft tout 

rofld I >>t» plutot ovali il a au-deffiM de la Queue une.maniere 

de reburd , qui lui fait eomme une rondache, ficlaTSte eft 

environnee de Barbes de la long;ueur dun demi pied , dont il 

fe fert pour prendre d'autr^s Poiffon^ II y en a de deux efpe- 

■ ces , qui ne difti^renc qiie par le volutne ; les unsfont de la grof- 

• feur a'une Barrique ; lesautresont unpied de long : on ne 

prend gu^res que de ceux-ci , & on les prend au Flambeau ; 

jls aiment fort la lumiere , on leur en mdntre fur le Rivage , 

■ quand la Maree eft haute , ils sen approcheiit , & ilsjr dejneu- 

rent ^choues. Le Leiicofhet rotj , bouilU ^ fricaflS, , eft un 

fort bon manger ; riiais il rend la Saufle tpute nOire. 

Dc la Go- LaGoberge eft comme une petite Mbrue ; elle en a le gout, 

berge i dc la & onJa fait auffi fecher. Elle ii deux Taches noires auxdeux 

fl/on'r d'u ^^^'^^ ^^ la T^te , & les Matelo'ts difent que ce Poiffon eft ce- 

ToKuV, &c; lui dans lequel Saint Pierre trouva de^uoi payer le Tribut a 

rEmpereur Romain , i>our Notre Seigneur & pour lui , & aue 

Yes deux Taches font les deuic endroits , par ou il le prit : c eft 

pour cela qu'ils hii ont donn^ le n^df^^ jPoiJJbn Saint PUrre, 

La Plie deMer a la.Chair p][us fefmeoc deipeiUeur gout, que 

celle des Rivieres : on la prend , auffi-'bjien que les Hommarts, 

ou EcTfsyiiles de Mer.,^ aveo de longs Batons arm^s d'un Fer 

pointii , termini par une ^chanqrure , qui empSche les Poif- 

fons de fe d^arrafler. Enfin , en plufteurs endroits , fur-tout 

vers I'Acadie , les Etangs font remplis de Truites Sauinonn^es 

lofigues 4*ut* pi^^ , & de Tprtues de deux pieds de diametre , 

d<MK^Ia Chair eft exceUente , & I'Ecaill^ uiperieure ray^e de 

blSc,de rouge j&de bleu. » 

Panni les Poiflbns , dont le Lac Champlain , & le^ 
res , qui s'y d^chargent foiit rempyk? M. de ChampP 
remarqud un affez fingulier , qu'ill^pelle Chaoufarot 

remment du^om , oue lui donnoient les Sauvages. I .,_ 

efpece particuliere du Poiflbn arm^, qfi'on trouve en plufteurs 

^tr|^ emlroits. C.^lui-ci ^U Corpsii peu pr^s de la teure d'un 

^"' , • Brochet. 



■Dn PoiiTon 
Mai. 




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3, 




:.^2:J^.r'-\- 




7 -. ""'^■-.*\*- ■ * 

D-UN VOYA GE DE L'AMEn in f ' iS' ' ^ 
B~che.; mai, il ^ louver. dune S Irin '•?•„'" ---_ 

je bout r« 5ui peu. Lfj^l^r 't^cX^^•i* e^i' P" *"'• 
U Pew , qui couvre ce«e At?te?S"nd?e 1T ',' "'i"^*' " 
^ propo«if)nn& 1 celle du Poiifon dom.ll f ^' ongueur 
me partie. Sa largeur eft de dSiTdoirrd™.^ "'^ '' '™*'5^- 
LesSauvages ^«&«emklAXc^^.^^/}^P»i^^. 

^--t^feflit'niSkrd^x.-inr'""'' «^ iu 
^^^.T^Sj^tr T' '■'"'* p-™= '^"■« 

- , -,-.uffi la Guerre^ux K«r<l«Airf "^^^ 
™-Joins , ^'en habile rham...T: • • ^:'^'" • " ^a ^ajt nean- 

5a„s li Veau7 i ttee a^^^^^^^ " ^-"^he 

cette^rmepourunJ?ofeaufrc nS ^erepofer, prennent 

vre la Gueul^, & fait /fiSemll 1' ^ ' ^« Po'^on , ou- 
pour raviP fa Prove . cue mS^^ mouvement neceffaire 

tongues , & fori poimuL l^tu "''^"^""^ ' ^°"' ^^ez 



\; ,• 



aux Oifeaux. 




avec la Seine. & il/?? dl^^^^.^P'tl cLl*'''' ^'^^ 
hiiare. A vant que de fe fervi!- de ce KL *i S*'^""?"" "^^ 



:erejw "* - — r •--*•"""» x^eaux* 

L'Murgeon eft ici uirPoiflbn de M&rRrA^v j • . 

— . . . * 



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„4 J O URN A L H J-S T O R 1 Q U E 
"ilconvenoitque ceRordes Poifforis doming ^^galement, 
dans rOcean, & dans les RiVteres.'Quoiquil en foit, 
voitici desEfturgeons dehuici "dix^Sc douzepieds delong, 
& d'une groffeur prbportionn^e. Get Animal a lur la lete 
. une maniere de Couronne relev^e d'un pouce , & il eft cou- 
vertd'EcaiUes d'undemi pied de diametre , prefque ova les, & 
parfemees de petites figures , qui approchent de celle des 
Fleurs de Lys des. Armes de France. Voici de quelle maniere 
les Sauvaees le pechent dans les Lacs. Deux Hommes lont 
aux deux extremit^s d'un Canot ; celui aui eft derriere , gou- 
verne, I'autre fe tient debout , tenant dune main unUard, 
auquel eft attachee une longlie Gorde , dont rautrebout eft 
noue k une des Barres du Ganot. Dhs qu'il yoit I Efturgeon 
i fa port^e , il lui lance fon Dard , & tache de prehdre le d^- 
fautldes EcaiUes. Si le Poiffon eft bleff^ , il fuit , & entraine 
le Ganot avec affez de rapidii^ ; mais apres avoir nag6 1 elpace 
d'environ cent cinquante pas , il meurt , & alors on retire la 
Gorde , & on le prend. II y a une petite efpece d Efturgeon ^ 
dont la Ghair eft fort tendre , & tr^s-d^licate. 
p .. Le Fleuve de Saint Laurent nournt plufieurs Poiffons , am 

c;Sit"c?cl" ne font point conrius en France. Les plus eftim^s font T^cA^ 
""•' gan & le PoiJTott Dorc. Les autres Rivieres du Canada , OC 

fur-tout celles de 1' Acadie , ne font pas moins bien partagees , 
que ce Fleuve , le plus" Poiffonneux peut-etre de tout lOJm- 
vers & celiii oil il v a de plus de fortes de Poiffons , & des 
meilleurs. 11 y a des Saifons , oil le feul Poiffon pourroit nour- 
rir toute la Colonie. Mais je ne ffai quelle croyance on doit 
donnerl^re que j'ai vu dans la Relation Manufcrite dun An- 
^cien Miffionnaire , qui affure avoir vu un Homme Mann dans 
la Riviere de Sorel , trois lieues au-deffous de Chambly. La 
Relation eft ^crite avec beaucoup de jugement ; mais pour 
mieux conftater le fait,& pour montrer qu'une premiere appa^ 
rence ne I'a pointtromp^ , I'Auteur auroit du ajouter A fon R6- 
citlaDefcriptiondeceMonftre. Oneftquelquefoisfaifiau pre- 
mier coup #(Eil d'une reffemblance , qui avec des yeux atten- 
tifs , & desregardsrr^flechis , s evanouit d'abord. Au refte , ft 
ce Poiffon de figure Humaine ^toit venu de la Mer , il auroit 
fait bieniu chemin pour remonter fi pr^s de Ghambly , & il 
feroit jffez furprenant qu'on ne Teiit apper^u qu'en cet e»- 
droit.'^ 



i>a<la 



■m- 



;n cet en- 




eees en Oifeaux , oue nos Lacs & nos Rivieres le fonf l^P^T 

fons. II y en a nJanmoins , qui ont leurmlrii T T '^I .• , 

paruculiersil'Am^rique. Onloit^ci deVAig ^/d^^ ^-&5ci 

peces. LespIusgrosomlaTete&leCouprfSrbla^^^ 

donnent la Chalfe aux Lapins & aux LievreT^ l!c ' "'' 

dans leurs Serres & les Lportent dt^f kuVs MaSr& 

dans leul-s Nids. Les autres font tout gris , & feTomenLn? 

Fecheurs. LeFaucon, I'Autour, leTiercelet, fontab^In 
eipece de 1- aucons , qui ne vivent que de la Peche 

&dlrnott'^d^^^^^^^^ ^^JS-^^^^' ^esrouges, , De^Pcr... 

^^^1 n •? ' ^elles-ci font ks raoins eftimees ; elles fentenf *''= "«« «^P«^- 
. trople Raifin , le Genievre & le Sapin • elles onr 1/1^^1 S '=*• 

iQngue , & 1 ouvrent en Evanta 1 , comme le Cnm A^^A^ 

de brun & de gns ; les autres de gris clair & de gf^ brun f 'ai 

d t que les Perdrix noires ne font pas les plus elimies iuel 

TtXSr"' lespreferentLx rou^ges mSfou" es 

h-er^ & ^75 ^" ^" u""^.^ » ™"" ^» fottes,qu'elles fe laiffent 

oJtS ^^nie approcher , fans prefque remuer. 

oJ'trouve quel^^efS^s^trurte^^ ^-'* 

M. Denys afTure q" Jfel^c'XL^^^^^^^^ 

I'AcaSfe -'i^aiv'^ '^""^•"- ^'^^ P^"' ^^^^ vrai du c6t' d^ 
1 Acadie , mais ,e ne vpis pas qu'en ces Guar iers-ci on en 

foitbienperfuad6. lis fontj^Iul gros qu^n pKe 'urne» 
Plus no,rs , & ont un cri di^rerit^de celui des nS/ Les &r 
fray^J^aucontraire, font plus petites & leur ^rJ nvS 
au&4efagr^able. Le Chath^nt^cSet n^de dfff fe.L" 
duFra„9ois , qu une petite Fraife blanche auwur du Cou & 
un en particuUer Sa Chair eft bonne k manger' & Wen d« 

ver font des Mu bts , aufquels il caffe les Pattes , & qu' 1 en- 
graiire& nourruavecfoln, jufqu'i ^e qu'il en ait b^fSb La 

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171 !• 

Avril. 



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156 JOURNAL HI STORI QUE 

" Chauve-Souris eft ici plus grofTe qu*en France. Les Merles & 
les Hyrondelles , y font des Oifeaux de PaiTagS , comme en 
Europe. Les premiers ne font pas noirs , mais tirant fur le 
rouge. Nous avons trois fortes d'Allouettes , dont les plus 
petites font de la grofleur duMoineau. LeMoineau lui-meme 
eft un peu diffidrent du notre : il a bien les nvemes inclinations , 
mais fa phy (ionomie eft aflez mauvaife. 

On voit dans ce Pays une ouantite prodigieufe de Canards ; 
& j*en ai oiii compter jufqu k vint-aeux efpeces difFerentes. 
Les plus beaux , & ceux. domla Chair eft plus delicate , font 
les Lanards Bronchus : on les appelle ain(i , parce qu'ils per- 
chent fur les Branches des Arbres. Leur Plumage eft extre* 
mement vari^, & fort brillant. Les Cygnes, les Poules- 
d'Inde , les Poules-d'Eau , les Grues , les Serfelles , les Oyes , 
les Outardes , & autres grands Oifeaux de Riviere , fourmil- 
lent partout , ft ce n*eft au Voiftnage des Habitations , dont ils 
n'approchent point. Nous avons des Grues de deux couleurs ; 
les unes font toutes blanches ; les autres d'un gris de lin. Tou- 
tes font d'excellens Pottages. Nos Picvi^rts , ou Picque-Bois , 
font d'une grande beaut^. II y en a ^qui ont toutes les couleurs ; 
d autres font noirs , ou d'un brun obfcur partout le Corps , 
excepte la T^tel & le Cou , qui font d'un tr^s-beau rouge. 

LeRoflignoldu Canada eft ^ peu pr^s lememe , quecelpi de 
France pour la figure ; mais il n a que la moitie de ion Chant ; 
le Roitelet lui en a derobe I'autre moitie. Le Chardot^neret 
h'a pas la Tete aufti belle , qu'en Europe . & tout fon Pluma- 
ge eft mel^ dejaune & de noir. Comme je n'en ai point vu en 
Cage , je ne f^aurois vous rifen dire de fon Chant. Tous nos 
Bois font remplis d'une forte d'Oifeau de la grofleur d'une Li- 
notte , lequel eft tout jaune , & a le Gofter alfez Hn ; mais fon 
Chant eft fort court , & n'eft point vari^. 11 n'a point d autre 
nom , que celui de fa couleur. Une eft)ece d'Ortolan , dont le 
Plumage eft cendr^ fur le Dos , & blanc fous le ventre , & 
qu on a nomm^ fOifeau Blanc , eft celui de tous les Hotes de 
nos Bois , qui chante le mieux. II ne le cede gu^res au Roffi- 
gnolde France ; mais il n'y a que le Mile , quife faffe enten- 
dre ; la Femelle , dont la couleur eft plus fonc^e , ne dit mot , 
meme eA Cage. Ce petit Animal a la phyftonomie fort belle , 
& il eft bien nomme Ortolan pour le gout. Je ne f^ai oil il fe 
retire pendant I'Hyver; mais il eft toujours4e premier , qui 



" T 



\ 



^•UN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. K. .,7 
nous annonce U retour du Printeim. A peine la Neiae eft Jle "— 

e^&x»^:i°.i^^^^^^^^ , 

les Serins. La douceur deleur dam, I'^clat de iLr PluZT ' 
qui eft d un beau rouge incarnat ; une petite AieretteTu^k / 
ont fur la Tete , & qu! ne reffemble pas Ll kce^ComZe^ ' 
oue les Peintres donnent a.,,rR«;o'i-j: o_ '^""/"""es. 



^^^ 



"•;-' , ^.^au.uii incine pour lui I unanimity des fuffraees s'il 
flatoit auffi agr^ablement les OreiUes , gu'il charmTles Yeux 
ceftcequon appelle encePays-ci fdifeauMZ^, \ 

<-e nom a deux ongines. La premiereJe/f fa nPH^o/n. * 
lar avec (es Plumes , iln'eft guSun nl^liic' f ^ "'^'"^ ' ^'^ ''^'^^^'' 
leHanneton ordmaire. uCde eS l^S^"^^^^ ''°"'" 

:^ezfort,qu'ilfaitavecf«S"^^^^^^^ 
celui , aue font ks groffes Mouches. Ses Pattes Z qS om u« 
pouce dje long , font comme deux Aiguilles ; fonl^^cTft de 
meme , & ,1 en fait fortir une petite tromp; , qu'H enfonce 
danslesF eurs, pourenattirerleSuc, don?ilf^nourrit La 
FemeUe n'a nen 5e briUant , un affez beau blanc fSus L Ven 
tre, & uncendre c a rfur^tout lerefte AncZr^lc 
faparure : maisle Maleeft u'vraitfoux.^r Pf^ 
h tete une petite Touffed'un beau noir , la Garge rouge t 
Yen re blanc , le Dos , les Ailes & la Queue fun vefd de 
FeuiUes deRofiers ; une couche d'Or r^pandu^fur tout co 
Plumage, yajouteun grand ^clat, &un petit Duvet Sert 
ceptible y produK les plus belles nuances , qui fe pXV 

Pn?ff!^r ^?^*S'."" ^'^"' confondu avec le CoUl>ry : & En .k.; i 
en effet il paroit quil en eft une efpece : mais le Colib?y des f^'^'^^'--' 
ineseftunpeuplusgros, a le PlumagVsmoins briUant ^&Ie ■"''"" 

peX7^k?de?;*'^P? *'"• ^' P°"r&nmoins me'tr?m! 
per lur 1 eclat de fon Plumage , parce que jLi'en ai point vu 
de vivant : auelques-uns ont avanceqj'il a u^hantC m^" 
lodieux : filefaiteft vrai, c'eft un grand aVanW qu?^ i 
furlQifeauMouche, que perfonneLencoreenXu Chan- 



En Olio! :l 



,^ 



i 



I 7 i 1 • 
Avril. 



Du Serpent 
« ^jnnctces. 



ijgJOURNALHISTORI QUE: 

ter. Mais )'ai entendu moi-meme une Femelle , qui fifloit 
d'une maniere tr&s-aigue , & affez defagreable. Cet Oifeau a 
I'Aile extremement forte , & le Vol d'une rapiditefurprenahte. 
Vous le voyez fur une Fleur , & dans le moment il s'^leve 
en I'Air prefque perpendiculairement. 11 eft Ennemi du Cor- 
beau , & Ennemi dangereux. J'ai oiii dire i un Homme digne 
de foi , qu'il en a vu un quitter brufquement une Fleur , qu'il 
fucoit , s'elever comme un Eclair , aller fe fourrer fous TAile 
dun Corbeau , qui pianoit fort haut , le^percer de faTrompe, 
& le faire tomber mort , foit de fa chute , foic de la bleffure , 
qu'il avoitre§ue. ^i'^^' . " 

L'Oifeau Mouche s'attache aux Fleurs , qui ont 1 odeur plus 
forte, &illesfuceen voltigeant toujours: maisil ferepofe 
de terns en terns , & alors on a tout le loifir de le contempler. 
On en a nourri quelque tems avec de I'Eau fucree & des 
Fleurs. J'en ai gard^ autrefois un pendant vint-quatre heures : 
il fe laiffoit prendre , & manier , & contrefaifoit le mort ; d^s 
que je le lachois , il reprenoitfon vol , & ne faifoit que papil- 
lonner au tour de ma Fenetre. J'en fispr^lent i un de mes 
Amis., qui Ic lendemain matin le trouva mprt , & cette nuit-li 
meme il avoit fait une petite gel^e. Auffi ces petits Animaux 
ont-ils grand foin de pr^venir les premiers froids. 

II y a bien de I'apparence qu'ils fe retirent vers la Caroline , 
oik I'on affure qu'on ne les voit qu'en Hyver. lis font leurs 
Nids-en Canada , oil ils les fufpenclent 4 une Branche d'Arbre^ 
& les tourr^nt de telle forte , qu'ils font k Fabri de toutes les 
injurej^de I'Air. Rien n'eft fi propre que ces Nids, Le fond en 
eft de petits Jjrins de Bois entrelaffi^s en maniere de Pannier , 
& le dedans eft revetu de je ne (cai quel Duvet , qui paroit de 
Soye. Les (Kufs font de la grofleur d'un Pois , & dm des ta- 
ches jaunes fur un fpnd blanc. On di< que la portee ordinaire 
eft de trois , & quelquefois de cinq. 

Parmi les Reptiles de ce Pays , je ne connois encOre que le 
Serpent i Sonnettes , qui m^rite quelque attention. On en voit 
qui font gros comme la Jambe d'un Homme , quelquefois me- 
me ils'en trouve de plusgros, & ils font longs k proportion. 
Mais il y en a , & je crois que c'eft le plus grand nombre , qui 
ne furpaffent , ni,en groffeur , ni en longueur nos plus gjran- 
des Couleuvres de France. Leur figure eft affez hnguliere. 
Sur un Cou plat & fort large , ils ont une affez petite Tete, 



^ D-UN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. IX. ,59 

IS£ ""iT T',^ ' ^^"^ ^''^ ^'^^'^^tes . le jaune pile 
ydomineavecd'affez belles nuances. *^ 

Mais ce que cet Animal a de plus remimnahl*. ,.'«A r 

r ^"^ ^/**" ' ^"-?" » tous les ans d une rangde d'Ecaille En* 

rla^J. i T '• ^" ^* '^!?'"^"^ ''^^«^e "»enie bruit , que la 
Cigale en volant; car vous f§avez fans doute , Madame aue 
le pr^tendu chant de la Cigale , n'eft que le bruk rau^eUe^k^ 
avec fes Ailes. Au refte , fa reffemblalice , dintVe Sarle eft 
fiparfaite que ,yai^t^ tromp^ moi-meme. Ceft^ce bruit 
qui a fait donner i ce Serpent le nom , qu'il porte. ' 

ni.if iT -^i ^^ """"^"^ ' ^' °" "V rem4e fur le champ , 
rencontre ce dangereux Reptile , il croit unePlante A la- 

^mmi A?"' T? ia piler, ou la macher, & I'appliquer 
comme unCataplafme AirlaPlave. Cette Plante eft^bel?e & 

ne Plume d Oye , s eleve k la hauteur delrois ou quatre pieds , 
& fe termme oar une Fleur jaune de la figure , ^ de la erani 
deur d'uneAfarauer te fimple. Cette Fleur a unVodeur Ss- 
douce. Les Feuifies de la pLte font ovales , ^troi^es foflte- 

II eft rare que le Serpent iSonnettes attaque les Paffans 

q^eutaffur^piemplusdepeur^, quemoi, car ie ne Tanner 
9US , que quand il fuyoit. Lis fil)n marche Lr^^ 
Pique a'abo,rd , & fi on le pourfuit , pour peu qu'il a" tie loifir 
de fe reconnoitre , il fe re/lie en ronS , fa^xS m jeu , & 
s elance d une grande roi/eur contre fon EnnemuSs Sauva^ 
ges ne la.ffem pas de lui donner la chaffe, & trouvent fa 
Chair tr^s-bonne : j'a. meme oui dire a des FranccMs am en 
avoient gout^ , que ce n'^toit pas un mauvais ^Zer^MaS 
c^toit des Voyageurs, & ces <3ens-ii troutenr^i^'bon 

nT^a!tro;L=ar' '^^"^' ^" "^^^ ^' <^^^^ 
h ne fjai , Madame , fi je dois entreprendre de vous parle.r 



1721. 

Avrii. 



i. 



i 



Des Bois (la 
Canada, 



■jt. 






I 72 !• 

Avril, 



Des Pins dc 
deux cipeccs. 



I *' 



Quatrc ef- 
fects JeSapin. 



i6o J O U R N A L H IS T O R I Q-U E 

des Bois du Canada. Nous fommes au milieu des plus gratides 
Forets du Monde ; felon tomes les apparences , elles font 
duili anciennes que lei Monde meme , & n'ont point ^te plan- 
t^es de Mains d'Hommes : ^ la vue , rien n'eft plus magnifl- 

aue , les A?bres fe perdent dans les Nues , & ily aune variete 
'efpeces din^T^tes iiprodigieufe^ que parmiceux memos, 
qui fe foiit le plus appliques k les connoit^e , il nVft peut-Stre 
perfonne , qui n en igndre plus de la moiti6. Quaiit k leur 
quality , & k Tufage , oil on les peut employer, les fenti-^ 
mens font (i difFerens , & dans le Pays , oil nous fommes , &/ 
dans celui , oii vous etes , que je ddlefpere meme d'etre jamais 
en etat de voiis inftruire , autant que je le fouhaiterois , fyry 
cet article. Au moins p6ur le prifent dois-je me borner k qiiel-^ 
ques obfervations fur ce que j'ai vu par moi-meme , 8^%ir 
ce que j'ai oui dire^iGens, qui ont, & plus d'exp^riwice , 
& plus d'habilete que moi en cette matiere, / 

Ce qui a d'abord le plus fr^P^ mes yeux , en arrivant la 

{>remiere foi^ en ce Pays , ce font les Pins , les Sapins , & 
es' Cadres , qui font d'une groffeur & di'^ne hauteur furpre- 
nante. II y a ici deu^ fortes d© Pins , ^tis produifent une 
Refine fort propre k faire le Bray & le Godron. Les Pins 
Blancs , au moms quelques-uns , jettent aux extr^mit^s les 
plushautes une efpece de Champignon femblalsle ^ 6uTon- 
dre, que lesHabitans^appellentC^rifiwe^ & dont les Sau- 
vages fe fervent avec fucc6s contra les Maux de Poitrine , & 
contre la E)yffenterie. Les Pins rouges font plus gourmeux 
& plus maflifs, mais ne viennent pas ii gros. Les Terroirs , 
qui produifent les uns & les autres , ne font pas les plus pro- 
pres a produire du Grain } ils font ordinairement compofes 
de Gravier, de Sable, & de Terre-Glaife. 

II y a quatre efpeces de Sapiii en Canada. La premiere ref- 
femble a la notre ; les trois autres font I'Epinette blanche , 
I'Epinette rouge , & la Peruife. La feconde & la quatri^me 
s'^levent fort haut, &font excellentes pour la MIture , fur- 
tout I'Epinette blanche , dont on fait aufll de bonne<]har- 
pente. EUe croit ordinairement dans des Terres humides & 
noires , mais qui etant deifechees , peuvent porter toutes for- 
tes de Grains. Son Ecorfe eft unie & luifante , & il sy forme 
de petites Veflies de la grofTeur d'un& Fi/e de Haricot , aui 
contient une efpege cle Terebentjiin*? fouveraine pour les 

Tlayes, 



■Jsi!.;,t^- . -tr 



-.■vH'. 



il 



/ 




D*UN VOYAGE DErAMFRrn T r.r ^- 

FraWs; On al^r "qC'e K^^ & "leme pour les 

. d'en mettre deux gouttes daS un 8n.^ir'"'l7,f '" "^^' '^ 

L'Epinette rouge ne reffemble prii^ue en rien i vv ■ ^L 
blanche. Son Bois eft mafflf /^T i^ . ^en ^ i Epmelte 

Conftruaion & a CWnl' f^/i"' '''" 4"^?^^ P^"*" ^^ 
font que Gravier && ^^^\croh ne 

elle nl jette pas aiL de anmm« ^^ eft gommeufe , mais 

ufage Json £ du'e lofcerenSe^? '" /" ^"'^^ ^^'- 
qufle rend tr^s-propre S de^ ^r? '^"'/^ P^"'""'' ' ^e 
/ort bonne pourV Weurs I ?T'^'' ^^^^^^^rce eft 
• Teinture, qui tirffur feXauin L 1''?""^^^^^^ ^"^°"^ ""« 
croit cet ArL , font ArgiSe L' P'^P^" ^« ^erres , oCi 

coup plus agr^able.Leadre, au n^o^Lhb^c f. ^^''' 
que dans de tris-bonnes Terres '^ ' "^ ""'^"^ 

tinte'^^^^^^^^^^ Dc.ch.„«. 

Les Premiers L f r^! r ^' ^^^."" ' ^ ^^ ^henes Rouges Arables .ivi^ri! 

m a de fort eros , done on 6it d'afferbeaux MeubU '} ^ 



Deux fortes 
de Cadres. 



■^ 



I 7 1 !• 

Avril. 



i52 J O U R N A L H I S TO R I Q U B 

il en a toute la figure & les propriet^s ; mais it lui faut un Ter- 
roirhufn(de& rertile. 

Le'M^rifier, quife trouve pele-mSleavec TErable, & avec 
le Bois Blanc , eft tr^s-beau pour faire des Meubles ; il jette 
beaucoup plus d'Eau que I'Erable , mais elle eft amere , & le 
Sucre , qu on en fait , ne perd jamais Ton amertume. L«s Sau- 
vages fe fervent de fon Ecorce contre certaines Maladies , 
qui furviennent aux Femmes.Il y a en Canada trois fortes de 
Frenes ; le Franc » le Metif & le Batard. Le Premier , qui 
vient parmi les Erables , eft propre pour la Charpente , & 

Eour laire des Futailles deftinees aux Marchandifes feches. 
e Second a les memes propri^t^s , ^^ ne vient, non plus 
que le Batard , que dans des Terres bafles & fertiles. 

Oh compte auffi dans ce Pays trois efpeCes de Noyers ; le 
•Dur , le Teridre , & un Troiueme , qui a I'Ecorce tr^s-fine. 
Le Noyer Dur produit de tr^s-petites Noix , bonnes k inan- 
ger , mais difficiles h vuider. Son Bois n'eft bdn qu*4 bruler. 
Le Noyer Tendre a des Noix longues , & auffi grofles que 
celles ae France , mais lesCoques en ^iit tr^s-dures. Les Cer- 
neaux en font excellens. Le Bois n'en eft pas ft beau que le 
notre ; mais en ricompenfe il eft prefque incorruptible , & 
en Terre , 8i dans TEau, & difficile k confumer par le Feu. 
Le Troifteme produit des Noix de la grofleur de celles du 
Premier , mais en plus erande quantiii<^' , ameres, & renfer- 
m^es dans des Coques tort tendres : on en fait de tr&s-bonne. 
Huile. Get Arbre produit de TEau plus fucr^e que celle de 
TEraSle , mais en petite quantite. II ne vient ,° non plus que 
le Noyer Tendre , que dans les meilleures Terres. 

Les Metres font ici fort abondans par Contr^es : j'en ai vu 
fur des Coteaux fa3>lonneux , & dans des Terres bafles tr^s- 
fertiles. lis portent beaucoup deFaynes, dont ilferoit aife 
de tirer de 1 Huile. Les Ours en font leur principale nourri- 
ture , auffi-bien que les Perdrix. Le Boi$ en eft fort tendre , 
& bon afaire des Rames pour les Cbaloupes : mais les Avi- 
rons de Canotsfe font d^Bois d'Erable. Le Bois Blanc , qui 
croit parmi les Erq^les & les M^rifters , eft tr^s-abondant. 
Ces Arbres viennent fort gros , & droits; on en peut faire 
des Planches & des Madriers , & mSme des Futailles pour les 
Alarchandifes feches. II eft doux , & fort aif^ k mettre en oeu- 
vre. Les Sauvages en levent les Ecorces pour couvrir leurs 
Cabannes. 



vf?t- 



I)-UN VOYAGE DE L'AMERI^ Lht. K. „f, 



172 I. 
Avril. 

Ormes cte. 



■4- 



travailler , ma.s ,1 5ure plus. C'eft de ^LcV de rOrme ^r^c , 
rouge que les Iroquois font leurs Canots : on ep voit d'une ''" ^^'''- 
reule pi^ce , o^ilpeut tenir vint Hommes. 11 y en a auffi de 
creux, oi. les Ours & les Chats Sauvages ferettent dfout 
le mois de Noyembre , jufqu'en Avril. L Tremble viemo^ 
dinairementlelonades Rivieres, &des Mares. 

On trouve dans Tes Bois les plus touffus un grand nombre , . 
de Pruniers, charges de Fruits , mais fort ^cFes Le JS',- ^,*'" P"' 
gr^er eAun Arbriffeau tr^s^mo^leux ^ produit un^^u^''^^^^ " 
aigre en Grapoes de couleur de Sang 3e Bauf. On les fa 
infufer dans cfe I'^iau , & on en fait u^ efpece deVinaigre 

aes ivumeaux& des Prairies : il porte auffi un Fruit en Granne 
dun rouge,tr^.vif & aftringent. Ilya^trois fortes deGrS! 

Le bL"""^"'- ""^^y^- ^^ ^°"* 1^? '"^™« q"en France 
Le Bleuet eft ici comme en Europe , par Cont?^es. Ce F"Sit 
eft mervcilleux pour gu^rir en peu Je terns la D^^me ne 
^es Wages le font f^cher , Jmme on fait en /ranee les -. 

vtviT ^^- "a ^""^ ^ ^T"* ' ^^ ^^ g'-offe"' des Cerifes. 

dajs lEau. CeFruiteft Sere, & on en fait des Confitures . 
L Epme blanche fe trouve le long des Rivieres , & produ i 
IfT^X^^ ^^"^« ^ ^rojf Noyaux. C'eft la niurriLre de 
plufieurs^ete. Sauvages. On app'elle ici CotQnnieryme Plante 

^d?"!' ' 'r ""5 ^^^'T ' ^ ^^ ^^"^^"r d environ troi 
P eds , & au bout de laqueffe viennent plufieurs Touffes de 
Fleurs. Le matin . :i^;^nt «.,« 1^ p«/u» AL-. .. 1 **'""" ^^ 




coue 

5? . ' -ir- : >-"" *-» -'"wc , aures qu On la tait boUillir. La 

Graine fe forme dans une Gourfe , qui contient une fort^ de 

Le Soleil^ une autre Plante fort commune dans les 
Champs des Sauvages, & qui vient de la hauteur de fept i 
huit pieds. Sa Fleur fort groffe a la figure de celle du Souci ! 
& fa Graine eft rang^e de meme. Les^auvages , en la faifani 
bouilhr, en tirent uneHuile, dont ils fe |a 4nt 1 Jc^^^^^ 
veux. Les Legumes , que ces Peuples cultifent le pl^, font 



t-ij^ » ' J- ^ ''*'V 



1 

'-.*■• 

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1 7 1 I. 
Avril. 



164 .JOUiNAL HISTO|.LQUE 
le Maiz , ou Bled de Turquie ^ le Hancot, les Citrouilfes, 
& ies.Melons. lis ont une efp6ce de Citrouilles plus petites 
que le» notres , & qui out un gout fucr^. On les fait cuire 
toutes entieres d*ns I'Eau , ou fous la Cendre , & on les 
il^ange ainfi , fans y rien ajouter. Les Sauvages connoiffoient , 
avant notre arriv^e dans leur Pays , les Melons ordinaires» 
& les Melons d'Eau. Les Premiers font auffi bons qu'en Fran- 
ce, furto«t dans ceite Ifle, $c lis y font'tr^s-abohdans. Le 
Houblon & le Capillaire font auffi des p^duftions naturelles 
du Canada ; mais le Capillaire y croit beaucoup plus haut > 
& il eft infiniment meilleur qu'en France. Voil^,Madame, une 
Lettre , k laquelle vo^ reconnoitrez aifement un Vo;^ageur, 
qui fe promene dansTes F6rets & dans les Plaines du Canada, 
oc qu'on y entretient de tout ce qui fe pr^feifte k fa vuej»Mai» « 
que pouvez-vous attendre d'un Homme, qui parcourt iltti^ 

Pays comme celui-ci ? ' ^*d'^ 

Je fuis , &c. 



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IXIEME LETTRE. 



Des Caujes du Froiddu Canada^'Des Rfjfourc^^juon y 

trouve pour la Vie. Du CaraBere des Precis 

Canadiens. 



A Montreal, ce vint-deuxieme d'Avril, 1721. 



M 



ADAME 



On nc con- 
noit en France PerfonnCS , 



vaiscot^. 



I L eft furprenant qu'en France , oil Ton voit fi fou vent desf 

;rfonnes , qui ont pafle une bonne partie de leur vie en Ca- 

^af foif ^ 1"*= nada , on ait une idee ft p§u jufte de ce Pays. Cela vient faiis^ 

par on mau- j^^^^ j^ ^^ ^^g |g pj^^ grand nombre de ceux , k qui on s'a- 

dreffe , pour en apprendre des nouvelles , ne le connoiffent , 
que par fon mauvais cote. L'Hyver eft ordinairement com- 
mence avant que les Vaiffeaux mettent k la Voile pour re- 
tourner en France , & il comnience toujours de maniere k 
etonner quiconque n'y eft pas £ait. J-eS premiere^ Gelees rem» 



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171 I- 

AvrH. 



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DTJN VOYAGE DEUAMERIQ. Let; X.,(f* 

pliffent enpeude jours fes Rivieres deGla^ons, & bientot 

a Tert-e eft couyerte/ de N^ges , qui durent fix mois , &T 

levent toujours k la jiauteur de fix pieds dahs les ^ndtoits , 

ou le vent n a point de prife. ^'iutuiis , 

A la virite on ne i^anque point de Boii pour fe or^cauMofi 
ner contre 16 Froid , bui ae vient bientot extreme , & emoiet^e" v /'^^ 
fceaucoup ftir le Prifiems : mais c'eft quelmie di^e Tfon ' 
trifte , que de ne pouvoir fortir au-dehors , ?ans ^tre ehcl I 

SeXr ^ '''' %T^ "^"'"^^ ^'^P"«• Dailleurl, qJel ^ 
rpeSacle , quune N^ge, qui vous ^blouit, & vous cach^ 

tomes tes b^auWs de it NaLe ? Plus de difference entrele! 

Rivieres & les Campagnes , plus de varidt^, les Af bres mimes 

font converts deFrimats&ilpend A tou!^^ 

^es Glajons ,Co)ks lefquels il n> a pas trop de furet^ k fe trou! 

ver. Oue peut^an penfer , quand on vo t aux Chevaux dec 

Barbes de Glaces dun pied'de long, & coi^nrvoyage 

dans un^vs oil les Ours memes pendant fix mois nvSt 

fe moiitrerirAir Auffin'ai-fe jamais palK d'Hyve da^J 

" PfX^,' fl"e je nave vu apporter i I'Hopital queiu'un 4 

qunl falloit couper ^es Bras & ^s Jambes gel^s? eS I fi 

le Ciel^ft ferem , il fouflef de 1$ Partie deTOueft urt Vent 

qui^oupe le Vifage. Si le Vent tourne au Sqd , ou k I'Eft e 

terns sadoucit un peu, mais ikombe une Ndge fi ^oaiffe 

qu on n^yoit pas k dix pas en plein midi. ^'ilfurvient un De-' 

g;el dans les formes , adieu lesChapons de rente, les Ouar 

tiers deBoeufs ou de Moutons , les Volailles & les Poilfons 

qu on avoit mis dans les Greniers fur la bonne foi de la Gel 

l^e; enforte que, maier^ les rigueurs d'un Frojd exceffif , on 

eft Encore reduit a fouhaiter qu'il ne difcontinue pas 

On a beau dire ^guejes Hy vers ne font plus auffi rudes, 
qu ,1s 1 etoient il y/qi5tre-vint ans , & que felon toutes les 
apparences lis sadouciront encore dans 1^ fuite : ie mal de 
ceux, qui font venus avant nous, 6c le boriheur de cenx 
mil viendront apr^s ne gu^rit point le mal pr^fent , que.nous 
roufFrons. Un Creole de la Martinique , qui feroit d^ebaS 
pour la premiere fois en France pendant le grand Froid ^e 
1709 , auroit-il jt^ fort foulag^ de^m ent'endrelire a^ moi , .„! 
revenois alors de Quebec , que ces Froids n'^toient pas en- 
core au point de ceux du Canada ? Je lui aurois pouitant dit 
vrai , (Jc J en avois de bons t^moms -, mais il auroit pu me re- 



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166 



J O U R N A r HO TO R I Q U E 



1711. 
Avril. 



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pondre qu'il n'eti crouvoit pas le Froid de France moins pi- 
quant , en apprenant qu'il en faifoit encore de plus vifs dans 
le Canada. 

Cependant , dis que le mois de Mai eft.venu , on change 
bieAtdt de tangage ; la douceur de cette fin du Printems , 
d'autant plus dgrdable , qu elle fuccede kune Saifon plus ri- 
goureufe : la chaleur deTEte , aui nbus fait voir ^n moins de 
quaife ittois les Semences & les Kecoltes (<x) , la ferenit^ de 
lAutomne , pendant leqUeldh jouit d'une fuite de beaux' 

tpurs , qu'on voit rarement dans la plfepart des Provinces de ^ 
France : rout cela , joint k la liberie , dont on jouit en ce 
Pays , forme une.compenfation , qui en fait trouver a bien 
des Gens le f^jour pour ie moins aum agr^able , que celui du 
Royaume , oil ils font n^s , & il eft certain que nos Cana- 
diens ne balancent pas k lui donner la pr^f6rence. 
inconvd- Apr6s tout , il y a dans ces Froids 11 Apres & fi longs , des 

nicnsdu grand inconv^niens , auxquels on ne f^auroit jamais bien rem^dier. 

^"'"^ Je mets au premier rang la difficult^ de nourrir les Beftiaux , 

' qui pendant tout I'Hy ver ne peuvent abfolument rien trouver 
dans les Campagnes ; par confequent coiitent beaucoup k 
nourrir ,«&: dont la Chair", apr6s fix mois d'une nourriture 
r^che , n'a preique point de g.oiui. li faut auffi bien du Qrain 
pour les Volailles , & de grands foins pour leS conferver penr 
dant un fi long tems. Sion^vite la d^penfe , en tuant 4 la fin 
d'Oftobre toutes les Bfites , qu'on veut manger jufqu'au.mois 
de Mai ; vo^s jugez bien qu'une telle Viande eft fort infipide > 
& de la mahiere , dont je vouliati dit qu'on pSche le Poiflbn a 
travers la Glace , il ne f^aurok etre fort abondant ; outre qu'il 
eft d'abord gel^rde forte qu'il eft prefqu'impoffible d'en avoir 
de frais dans la Saifon , ou il eft plus diffie:ile de s'en paflef. 
On feroit m^e fort embarrafl*^ pendant Je Cafreme , fans la 
TMorue & les Anguilles. De Beure & d'CEufs frais , il n'en eft ' 
point queftioh , & il n'y a gueres ^lus k compter fur les L^- - 
gumes ," qu'on garde comme on peut dans des Celliers , mais 
qui n'ont prefque plus aucune vertu , quand ils y ont et^pen- 
dant quelques mois^ ^ 



(« ) On Isboiucks Terres pendant I'Au- 
tomne: on feme depuis la mi-Avril jufqu'au 
dixi^mc de Mai. On coupe les fileds depuis 
Ic (juinzi^nc d'Aouc juUju'au vinu^mc de 



Septcmbre. Les Terres , qu'on n'a labour^ 
quau Printems, rappottcnt moins, parce 
que les parties nitteufes do U Higt ne t'f 
infinuent pas ii bien. 






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I 7z I. 

Avril. 



DXJN VOYAGE DEt'AAa^Aio Let Y ^ 

Ajoutezicel*, qu'4 1'excepuon dfCl^l. r "'^ 

dW excellence quL^, &c£spetft?^Sl^ ^°"' V" 

gardent point , les Fruits de France n^ont ^.nf I ' ^"^ "/ ^ 
en Canada. VoiU, Madame, tous?« SSf ^"''^'''''"^"^ 
nous caufe le ^rand Froid. N^Js ^^stZ^^g ^Z 
du Soleil , qu'on y eft dans les Provkces li^.iiJ. ?'.?''* 
mles de France , &■ 4 mefure L'on " anci\3,^^f '^^"'^"n- 
on s-en approche incore V^t^„Va^ ■^^^°^'"'- 

perfonne , 4 mon avis . rfa encore &en ejpliqu/ " ^" 

La plupan des Auteurs, qui oni irait/~,,f 
font comeftij dedJre que celS fi o„« &rT''"' ' "^ , «*>»■■' 
■nent de ee que la N^e deme,.™^ i„ . ^^ " f "" "«"" 5" '" ""'■> 

qu'il„>A„as%offibkfquyk rtcLX"" "u* ^"'■'' fe/^ «'"" 
.outdamfe endroits'cSuvens marsfLr?" "T' C"" 
gu:iIoigL la difficult , car TdeSe" oS""?"^ ^^' 
duic cette abondance de Wees fou.T. r r ^ '"''S-n"' P™- 
que le Languedoc & la Province & J Chmais auffi chauds 
2oup glus Lgnis des MonTagnes f^ "' '''' ^''""'"» ''""- 

echauffer la Terre ; cela peut Itre vrai en A ^, jf^l . « poui/ 
les Bords de la Mer , mais par-tout ani!l« f a ^ '^ "4 
.ou.es les N^ges fon*. fondu^rdan"s le ';" IfcT -'"'^ 
avant qu'il y ait une Feuille aux Athr^t C,7i °''^ 

roi. pas mieux amorift 4 prlten^e au " £ .^"'""r-^f 
. plut6t par la chaleur de la ^erS" que^ar ,Llk'^^^ 
que c-eft tou ours par-deffous quWU commences it 7 * 
dre : car 4 qui per?uadera-t'il qu'une Te?ra !■?. V°"- 

Eau geUe , ^t pf^ de dialeur X PAI, '""Yese f une 

temeS. les Rayons du sSdl-TaultVilll ''■*''" f™/'';^- 
laqueftion fur^la caufe de ^ol^^e d 'nL?™ T)t 
des Pays .mmenfes , fous le mil.eu J la ZoaSp?! f'"'" 

natureUe une Relation de la NouTueVt « ,^^ ttS: 






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lAvril. 






,68 J O U R.N^ L rH I ^ T 6 R I Q U E 

k ^clairciri:efomt de Phyftqu.e. II ne peut ipufFrir qu on at- 
tribu^^4e?Froids , dont iTOus cherchons la caufe , k tout ce 
eje viens dedirej mais il me femble qu'il va trop loin ; 
car il nV a rien k repliquer centre I'experience , qui nous 
rend fenlible la diminution duFroid, ilmefure que le Pays 
fe decouvre , quoique •€ ne foit pas k proportion de ce qu'elle 
devroit etre , fi I'epaiffeur des Bois en ^toit la caufe prm- 

Ce V il avoue lui-meme , ^'il n'eft point rare de voir en 
Ete dela Gclee pendant la Nuit apr^s une Journ^e fort chau- 
de, me paroit une demonftration contre lui : car comment 
expliquercePhenomene autrement , qu'en difant que le So- 
leil ayant ouvert pendant le jour les Pores de la Terre » l*""- 
midifte , qui y ^toit encore renferm^e , les Parties de Nitr6 , 
qudilaNegQ y a laiffees en quantite , & la chaleur , que con- 
ferve apr^s le Coucher du Soleil un Air aufli fubtile , que ce- 
lui , qu on refpire en ce Pays , forment ces petues Ge ees de 
la meme maniere , que nous faifons de la Glace fur le Feu. 
Or rhumiditedelaTerreentre evidemment pour beaucoup 
dans les grandsf roids de ce Climat , & d'oii viendroit cette 
. humidite dans un Pays , oii le Sol eft ordinairement mele de 
beaucoup de Sable ^ a ce n'eft de la multitude & de 1 6tendue 
des Lacs & desRivierej , 4e I'epaiffeur des Foreis , des Mon. 
tagn^ couvertes de Neges , qui , en fe fondant , arrofent les 
Plaines , & des Vents, qui en portent par -tout les exhar 

laifons ? « , • i • 

MaisfilePereBreffani s'eft tromp^ , comme je le crois, 
en excluant toutes ces chofes du principe des Froids exceffifs 
du Canada , ce qu'il y fubftitue me paroit y contribuer ve- 
ritablement beaucoup. Ily a , dit-il, fous les Climate les plus 
chauds des Terres Humides , & il y en a de fprt feches dans 
les Pays les plus froids : mais un Certain melange de fee & 
d'humide forme les Glacons & le$ N^ges , dont la quantite 
fait I'exc^s & la dur^e du Froid. Or , pour peu qu'on ait voya- 
ge en Cjmada , on ffait que ce melange s'y rencontre d'une 
maniere tr^s-marqu^e. C'eft fans contredit le Pay s du Monde , 
oiiily aplusd'Eau, dc il eri eft peu , d9nt le Terroir foit plus 
meie de Pierres & deSable, Avec cela il y pleut affez rarement, 
& I'Air y eft extremenjentpur & fain ; preuve certaine de la 
f«^cherelle p?iturelle de h Terre, pn effet le Pere Breffani af^ 

fur^ 



, ,^^ 



^ DtJN VOYAdE DE L-AMERIQ. Ut k r^fo 

?.?»?".!!" ^^'^f ,^'<l^'^'^^m^ la Miffion dans' le Pays 
des Hufons , il s y eft trouv^en meme terns jufqu'A foixante 

A lav^rit^ cette prodigieufe multitude de Rivieres & de Ucs 
qui occupent autant d efpace dans la N. France, qu?n occuoe 
la mpm# des Terres de I'Europe . devroit fans 2eff^ 
n Air de nouvelles Vapeurs ; mais outre que la plOpart de ces 
Eaux font extremement claires ,& fur un fond Kbie leu 
grande & commuelle aritation en ^mouffant la pointe de$ 
• rayons du Soleil , empecle qu'il n'en eleve beaucoupde Va- 
peurs, ou les font retomber d'abord en Brouillards Car les 
Vents excuentfurces Mers douces d auffi fr^quentes &dl^^^^^ 
violentes TempStes que fur I'Oc^an : & c'eft auffi if vl^a- 
ble raifiwi pourquoi il pleut raremSit fur Mer. 

Pere nS^n-^ ^^ A ^' ^^' v °'^' '/?^»^* ^"^ Canada , feloii le 

*e X r? l'^ *^ ""^'^TS^ ^^ ** M^*- duNord couver! 
te de Graces ^normes pendant plus de huit mois de 1 We 

Vous pouvez , Madame . vous fappeller ici ce que ^a rapor^ 

t6 dans mafecondeLettre du frolct, que nous ?aufa dam ?es 

^ent ^^'fn^r'f^' ^°'^5^' d'une^Glace, ou plfit6t e 
Vent, qui foufloit fur nous ducdt6 oil elle tot, Scauicefft 
au moment, gu'ellefut fousle Vent. Ile^Sii d'a^eu'f 
cm line nei^eic, , miedu Vent de Nord-Eft, lequel nou/^^^^^^ 
du cote , o^ font fes Glaces du Nprd , & qudWdn Zfe^l 
pas un auffi grand froid tandis que ce^lijX Smb2nt' ^1^^^^ 
aut point douter cju'elles ne coitribueht htTucouXe^dr^Ci 
ncquants les Vents d'Oueft &• rl*,N«.J^A.,-X^ i.^ ■ . " 




fa 



-i'"" . ," i un en croit le MiHipiinaire Ita ifen , r^l^vition 
du Tcrrem n eft pas la moindre caiife de la fubSl t^de I'A^ 

rTaiZlf.?'r'^^^^' ^ r ""« ^"«^ n^ceffaire, de la 
rigidit^ du froid , qu'on y refient. Le Pere Breffani s'efforce 
de prouver cette elevation par la profondeuHe" a M^"^'^! 
augmente , dit-il^ niefure qu'on approche du Cot JuCaS- 
da , & par e nombre & la hauteur JS Chutes , 0^^ rencon 
iremdanslesRivieres-MaisilmefemblequelaVTofS^^^^^^^^ 



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Avril. 



De la Pechc 
des Anguilles. 



170 JOUR p ^ L HI S T O R I Q U E 
la Mer ne prouye aijrolument rieii, & <jue les Chutes du Fleu-. . 
ve Saint Laurent ^d^ qy^lques Rivieres de 1^ Nouvelle Fran- 
ce , ne prouvent rien de plus que les Cataraftes du Nil. 
D'ailleurs , nous ne remarijuons point , aue depuis Montreal , 
oil commencent les Rapides , julqu'i la Mer , le Eteuve Saint 
Laurent foit beaucoup plus rapide , que quelques-unes de nos 
Rivieres d'Europe. Je penfe done qu'il faut s'fn tenir au voifi- . 
nage des Glaces du Nord , & que m^me malgf^ ce voifinage » 
ii le Canada etoit auffi d^couvert & auifi peupl^ que la Fran- 
ce , les Hy vers y feroient moirts longs &moinsrudes. lisle 
feroient pourtant toujours plus qu'en France , k caufe de la 
fer^nit^ & de la puret^ de TAir ; car il eft certain qu'en Hy ver , 
toutes chofes egales d'ailleurs , la gel^e eft plus rude , qpand 
le Ciel eft pur , & que le Soleil a rarefi^ I'Air. 

L'Hyver pafK , la PSche & la Chaffe fourniffent abondim- 
ment dequoi vivre k ceux , qui veulent s'en donner la peine ; 
outre les Poiffons & le Gibier , dont je vous ai d^ja parl^ , le 
Fleuve Saint Laurent & les Forets fourniffent aux Habitans 
deux fortes de Manne , qui leur,font d'une grande reffource. 
Depuis Quebec jufqu'aux Trois Rivieres, on pechc dans le 
Fleuve une quantity prodigieufe de groffes Anguilles , qui def- 
cendent , a cequ'on pretend, du Lac Ontario, oil elles pren- 
nent naiffance.dansdes Marais , qui font au bordde ce Lac du 
cote du Nord, &comme elles rencontrent, ainfiqueie I'ai deja 
remarqu^ , des Marfouins blancs , qui leur donnent la Chaffe, 
la plupaj:^; violent retourncr fur leurs pas , & c'eft ce qui eft 
caufe OMipn en prend un ft grand nombre. Voici de quelle ma- 
n^e.teifiit ceftfi i>i&che. 

Dans r^tendue du Terrein , que couvre la haute Maree , & 
qu'eUe laiffe k fee en fe retirapt , on difpofe (Jes Coffres de di- 
iaticpen diftan^e , & on les appuye contre une Paliffade de 
Clayf $4'Q^^kqui ne laifl)? aucun p^affage libre aux Anguilles. 
D^^rafids Eperviers de mSme matiere & de mime ftru£iure 
font f fi^ji^ifi& par le boi|t le plus ^troit dans ces Coffres , & 
l^mre extr^mit^, «jui eft fort large, eft adoff(^e contre les 
Clayes, fur leiquelles on met par mtervalle des Bouquets de 
verdure. Lorfqu^ Ic tout eft couvert par la Mar^e , les An- 
guilles, qui eherchem toujours les bords , & que la verdure 
attire , fe trouvent en^rand nombre le long de la Paliffade , 
«ntrent dans les Eperyiers , qui les conduilent dans les Pri- 






_, BVN VOYAGE DELAMERIQ. Let-. X. ,7, 

pomte un peu recourbie , ce que je ne me fouvfem pafd-j" 

d apre er ce Poiflbn eft de le afpeodre dam irCheS * 

leve deUe-meme, & toute I'Huile s'icoule. Commron jn 
fajtdegrandesprovifiompendanttrois mois , que d"re "e.M 

wllT'^^'T'^^'^'l^''^ •«"■'"'» yJwcedeRamiers „ 

qui paffentici dans tes mois de Mai- ^deJuio"^^ !«!„*' , "■! "^"'8= 

n eft^plus la meme chofe aujourdUi. U en vient encire nian! 
moins mfau aux environs des ViUes un affez «ranTn«mk~ < 
fe repoferJbr Us Arbrei.On les appellexommS wfo^ 

desFieeons dEurope, affetpout en 6ire Une quitriime et 

pfe.\trKrdte;rs£ 
^-d'^r.^tai^.^r'''*-''-^"^'^^^ 

On diroit que ces Gifeaux ne cherchent quU fe faire tuer • ^ 

quils choihffent pou^^'y percher , & ils s'y rangem de ma' 
mere , que k plus mlT-adroit Tireur en peit aEe uneTa" 
mie douzame au moins dW feul coup L Fufil On a ti^ffl 
trouv^ e moyen d'en prendrejbeaucoup en vie ohles nouf 
m jufou'aux prenueres Gd^es ; alors on^Ieur coupe"a Go^e 

r h'"'r.?^"ry °^ ^^^ ^* confervenSmy veT ' 
II- senfuit de-U , Madame , <iue tout le Monde a ?r L U^V 
ceflTaife pour vivre ; on v oavTL« o» r^^pu i? *® "^ Hcurcaftcoa- 

tout ce qu il faut fairey^nir de France^ y cofitentbeaucJup. 

Y ij 



1 7 » 1. 
Avril, 



1172 J O U RN A L H 1 Sjr O R I Q U E 

■ Les plus a plaindre font les Geitt>ommes , & les Dfficiers , 
qui nont que leurs Appoinwmen|i , & qui font charges de 
Families. Les Femmes ii appbrtent ordinairement ^our L?ot i 
leurs Maris que beaucoup d'eforJt^ d'amiti6 , d agr6mens , 
& une grandefecondite; maisDi^u r^paiid fur lesMariag«s 
dans ce Pays la benediaion , qu-Hirepandoit fur c^ux des Pa- , 
triarches : il faudroit pbtir falre fubliAer de fiAiombreufes ta- 
milles , qu'on y menat auffi la vie des Patriarches ; mais le 
terns en eft paffe. II y a dans la Nciuvelle France plus de No- 
bleffc', que dans toutes les autres Colonies enfemble. LeKoi 
V entretient encore vim-huit Compagnies^des Troupes de la 
Marine, & trois Etats-Majors. I^lufieurs Famijles y ont et& 
annoblies , & ily eft refti plufieUrs Qfficiers du Regiment 
d6 Carignan-Salieres , ce qui apeuplS le Pays de Gentilshom- 
mes , dont la plupart ne font pas k leur aife. Us y feroient en- 
core moms j il le: Commerce ne leui' etioit pas perrais » (fc li la 
Cbafle dc la PecHejiI^toient pia$ ici de droit commun* ^ 

. .un.«„ „c . Apr^s tout , c'eft uo peu leui- faute , s*iU fouflfrent de la di- 
ftavcntpai^en fgtteVla Terre eft bonne prefque parrtout, & I' Agriculture 
^ ne' fait point deroger, Combien 'de Gehtibhommes dans tou- 

tes les Provinces renvieroiem k fort.des fimples Habuans du 
Canada , s'ils.le connoiffoi^nt ?.Em^» , qui bnguiflettt ici 
dans iirie.honteufe indigence-^ l»n»ls excufables de ne pis 
cmbraffer une Profeffion , que la feule corruption des moeurt » 
& des plus faines maximes adegraJ^e de fon anci^nne no- 
!fefeffe ? : Nous lie <;omioiffotis point au-JWonde de Climat plus 
fain , que celui-ci : il n y regne auc\«»^ Maladie particuliere , 
iesCaVnpagh^' & les Bois y font reroplis de Simples mervleil- 
leux , & les Arbres y diftilent des Baumes d'une grande 
vertu, Ces avantages deVroient bien au moins y retenir ceux , 

3ue la Providwce y afait naitr.e ; mais la leger^ti^ , rayerfioa 
'uB travail stffidu &(regle , & I'efprit d'inddpendance en ont 



riuneurs ne 



Bonnes & 
mnvai 
lit^s des 
ks du Canada. 







fr^quentation4efesHabitwisnaturels, quimettent tot^tleiur 
tonheur dans la liberty & rindipendance , font ^lus que fuffi- 



I^^UN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. X. xix 

fans, pour former cecaraftere. On accufe encore nos Creoles 
.dunegrandeavidite pouramaffer, & Us font verkablement 



, ^„ . , ^^^j w«. , aw, «-..g^t> , ^ ijuoi ns s expolent ; les efforts . 
ou lis font , paffent tout ce qu'on peut imaginer. H eft ceoen! 
dam peu d fic^mmes moins mt^reffes , qui diffipent avec plus 
de facilue ce qui leura cput^ tant de^peines i acquerir & 
qui temoignent moins de regret de Tavoir perdu. AuffinV 
a-til aucun lieu de douter qu'ils nentrepreSnent ordinaire- 
« ment par gout ces courfes fi p^nibles & fi dangereufes. Us ai- 
* ment i reipirer le grand air , ils fe font accoutSm^s de bonne 
heurei menerune vieerrante; elle a pour eux des charmes , 
qui leur font oublier les perils & les fatigues paff^s , & ils 
mettent leur gloire i les affronter de nouveau.^ls ont beau- 
coup defprit, fur-tout les PerfonnesduSexe, quil'ont fort 
brillant , aife , ferme , fecond en reffources , courageux & 
capable de conduire les plus grandes affaires. Vops en a'vez 
connu , Madame , plus d'une de ce caraftere , & vous men 
avez temoigne plus d;une fois votre etonnement. Je puis vous 
affurer quelles font^ici le plus grand nombre, & Su'on les 
trouve telles dans toutes \q% conditions. 

Je ne fsai fi je dois mettre parmi les d^fauts de nos Ca- 
nadiens la bonne dpinion, qii'iis ont d'eux-memes. II eft cer- 
tain du moins quelle leur infpire une confiance , qui leur fait 
entreprendre & executer , ce qui ne paroitrqit pas poffible k 
beaucoup d autres. II faut convenir d'ailleurs qu'ils ont d'ex- 
cellentes qualites. Nous n'avons point dans le Royaume de 
rrovmce, ou le Sang foit communement fi beau , laTaille 
plus avantageufe , & le Corps mieux proportionne. La force 
du Temp6ramment n'y repond pas toujours , & fi les Cana 
diens vivent lontems , ils font vieux & ufes de bonne heure 
Ce n eft pas meme uniquement leur faute ; c!eft auffi celle des 
Parens, qui, pour la plupart, ne veillent pas affazfur leurs 
Enfans , pour les emplcher de ruiner leur fant^ dans un age 
pu,quaiid elle feruine,c'eft fans reffource.' Leur agilitlsJ 
leuradreff^ font fans ^gales : les Sauvages les plusiiaBiles ne 
cpnduifent pas mieux leurs Canots dans les Rapides les plus 
dangereux , & ne tirent pas plus jufte. 
Pien des Gens font perfuades qu'ils ne font pas propres aux 



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- Sciences , m cfemartdent bcaucoup (Tapptoron , &^ itu 
ae fuivte.Te ne fjalirois vous ditefice pr^jug6^eft bien oi 
fflal fond^ ; catlibtis n'avons pas encore eu de Canadi^^Hr^ 
ait e'ntrepris de te cdmbattre , line f eft ^eut-we que fur la 
dflfeoatibn ,tliiris li<Wdfe on Keleve. Maisperfonne 
r^ur cdntetter un ginie rare pour les M^chaniques ; lis n oiit 
pi'efqae pas befoin de Maitres pour y exceller , & on en voit 
to'us les [oars , qui r^uffiff«m dans tous les Metiers , fans en , 
av6ir fa'it d'ipprehtfiTage. -■' \ 

Oiielqaes-uns les taxeht d'ihgrktitude , ils m cmt n^anmoins 
paru ivoir le coeur dTez boh ; mais leur legeret^ naturelle les 
empSc'he foUvent de faire attenrion aux devon-s , qu exige la 
feconnoiffance. On pretend qu'ilsfont mauvais Valets ; € eft 
qu'ils ont le cceur trop haut , ^ quMs ajment jrop leur liberty , 
2our vouloir s'airujettirKervir.D'ailleursils {ont fort bons 
Maitres. Ceft le contraire de ce qu'on dit de ceu|c, dont la plu- 
part tirent leur origine.lls feroient des hommes p^rfaits, fi avec 
leurs vertus ils avoient conferv^ celles de leurs A^c^res. On 
s'eft plaint quelquefois qu'ils ne font pas Amis conftans : il s en 
faut bien qUe c3a foit general , &: dans Ceux , qui ont donne 
lieu k cette plainte , cela vient de ce qu ils ne font pas accou- 
tum^s k fe giner , meme pour leurs^ propres affaires. S^ils ne 
font pas ail^s k difcipliner , cela pa^rt du meme princige , ou 
de ce qu'ils ont une difciplinfe , qui leur eft propre , & qU ils 
crovent meiUeure po\it faire la Guerre aux SaUyages ; en 
quo. ils n'ont pas toSt-a-fait tort. D'aiUeurs il femble qu lis ne 
' ?ont pas les maitres d'une certaine imp^tuofite;, quiJes rend 
plus propres ^Tun coup de main , ou k une expedition brufque , 
Su'aux operations r^gulieres & fuivies d'une Campagne. On a 
encore o^ferv^ que parmi un trfes-grand nombre de Braves , 
flui fe font diftingu^s dans les dernieres Gucrres , il sen eft 
?rouv6 affez peu , qui euffent le talent de cpmmander. C eft 
peut^tre , parce qu^ls rfavoignt pas afflK^aopr" k ob^ir. 11 eft 
?rai que , quand ils font bieifmen^s , il n*eft rien , dont ils ne 
vienSent Aout , foit fyr Mer , foit fur Terre ; mais il faut 
Oour^ela qu'ils ayent une grande id^e de leur CommandanJ. 
FeiiM. dlberville , qui avoit toutes les bonnes qualit^s de la 
Nation , fans en avoif les defauts , les auroit men^s .au bout 

"lly°aune chpfe, fur quoi il neft pas facile de les wcu- 



d;u^ voyage de L'ameriq. u. x- ,., 

fer : ceft le peu de naturel de plufxeurs pour leursPareJ 
qui deleur cote 9nt pour eux xine tendrefe affezTal S 
due. LesSauvages toinbent dans le meme d^faut & fl nm 
duit parm. eux les memes effe«. Mais ce qui do L' ^r if '^I 
chofes faire eftimer nos Creoles , c'eft au^U nm I '^f 
fonds de pi^c^&de religion-, &Ve ri'"" -^^quelirur 
education fur ce point, it eft vrai Juffi que hors de ?hez eux 

cela iJs font extr^mement braves & adroits on en ,^ . • 

tirer /e grands fei^ices pour la Gueirpou^laM 

pour les Ar s , & ,e crois qu'H feroit du blen de I'Etat I t 

mulupher plus qu'on n^a fait jufqu'A pr^fem. Les Homm^^^^^^ 
la principals richeffe du Souvefain , & le Canada Sh 
ne Dourroit etre d'aucune utility k la France , que p'ar^e feu 
endroit , feroit encore s'iUtoit bien peuple , une desulus 
imfiortantesdenbs Colonies. ^ »"neaespius 

' , Je fuis , &c. 



O N Z I ^ M E L E T T R E. 

De la Bourgadelroquoifi du Sauk Saint Louys. Des 
diffircns PeupUs , qui habiunt U Canada. 

AuSault Saint Louys, ce premier de May, 1721. 

JVlADAME, 

'• ■ " 

ae raques. »^ elt un terns de devotion , & tout infoire la mUi 
dans cette Bourgade. Toui les eiercic« de la RSa^yPpt 
nquent dpne maniere tris-idifianie . & on v reffem eS^ 
.mpreffion q,V aUifffe la ferveu^ de fesSe« H^! 
uns; carileftceitam qu'eUe a it^ lontems le'^lieTduC^I 



172 1. 

Avril. 



May, 



\ 



*■<, 



. '.t^iiiilii'..., , 



■^ 

«. 



1 71 I 

May 

Orl<j;ine c? 

.IjBourgaded 

Sault S. Louys 



A 



,75 J O U R N A L H I S T O R I Q U E 

Les iCliffionnaires , apr^s avoir lontems arrofe les Cantons 
Iroquois de leurs SueuFS, & quelques-uns memes de leur 
Jc Sang, pefdirentenfin toute efperance d y ^tablir la Religion 
''' Chretienne fur des fondemens folides ; mais non pas de r6dui- 
'• re un affez grand nombre de ces Sauvages fous le joug de la 
Fov. Ilsavoient reconnu que Dieu avoit parmi ces Barbares 
des Elus , comme il y en a dans toutes les Nations ; mais ils 
^toient perfuad^s que , TpoW a/urerjeurvocatwn & hur iU<;- 
tion ' il talloit les f^parer de leurs Compatriotes , & ils pri- 
rent la refolution d'^tablir dans la Colonie tous ceux , qui fe^ 
trouveroient difpofes \ embraffer le Chriftianifme. lis propo- 
ferent leur deffein au Gouverneur G^n^ral & a 1 Intendant , 
qui portant leurs vues plus loin,non-feulement rapprouvetent , 
mais comprirent que cet Etabliffement feroit tr^s-ut^p^la 
Nouvelle France , comme il I'a k^k en effet , auffi-bieoju un 
autre tout femblable , q"i » ^^^^aitdeguisdins I Wede Mont- 
real, fous le nom de ^ Montagne, & dont MM. du Semi- 
naire de Saint Sulpice ont, toujours eu I9 direftion. 

Pour revenir 4^elui , qui a fervi de. modele i 1 autre , un des 
Miffionnaires des Iroquois s'ouvrit I quelques Agniers de Ion 
deffein ; ils le gouterent , & c'eft particulierement de ce Can- 
ton , de tout tems le plus oppofe aux Miniftres de 1 Evaneile , . 
& oil ils avoient ^t^ le plus cruellement traites , que s elt tor- . 
mee cette Peuplade. Ainfi , au grand ^tonnement des Fran^ 
cois & des Sauvages , on vit ces redoutables Ennemis de Uieu 
& de notre Nation, touches de cette Grace viaoneufe , qui 
fe plait ^ triompher des Coeurs les plus durs & les plus rebel- 
les , abandonner ce qu'ils avoient de plus cher autnonde. 
pour n avoir plus rien , qui les empSchat de f^rvir le Seigneur 
*^ . i-i_ - Ai . c><..:£>.a «liie Vii.r<-timi(> pfirnre-nour des jau- 



'.y 



Pervcut de 
fes premiers 
Hiibitans. 



Leur nombre s'accrut beaucoup en peu de terns , & ce pro- 
£r6s fut en bonne partie I'eiFet du tl\^ des premiers Neophytes, 
Sui compof^rent ce Troupeau choifi. On les voyoit dans le 
?ort meme de b Guerre , parcourir , au p^ril mcme de leurjrie, 
tous les Cantons, pour y faire des Profelytes , & (wand ils 
tomboient entre les mains de leurs Ennemis , qui fouvent 
^toieni leurs plus proches Parens , Veftimer heyreux de mourir 



'p 




p;U]^YAGE DE L-AMERIQ. Let. 




177 

lesy 

lefa- 

memes des 

aburuiavttM.a^m fu^erahundav it gratia, (a) Le p u" fouve,^ 
Oil leur I^oiUe choi A oude renoScer k Jefus-driff & de 
retourn^jlans leur Canton, ou de fouffrir la Mort laolS 
. cruelle **|i ny a point dexempkqu'aucun ait accepte la^^e 
i cette condition Quelques-um memes ont perir/on4m2 
de miferes dans les Cacfiots de la Nouv6lle Vork , Sis 
ppuvoient fortir , en changeant de Croy ance , ou du moins en 
renonsanti vivreparmi le^J Francois ,ce quails ne cmyo^K 
pas pouvoir faire , fans s'expofer 4'perdre la Foi. °^°'^"^ 
Des Neophytes , qui dans des occafions pareilles faifoient 
parouretant defid^ht^ & de-grandeur d'Ame Xoient ala - 
rement s y etre pr^par^s par des vertus bien piies : on ne peut 
en effet r^voquer en doute certains traits , qui ont IcIaS 
danstoutela Colonie, & qui rendem bien crJyabSceux 
3T°"' ^" P°FTem9ins que les Sauvages mines &leurs 
Pafteurs. Vdici ce qu'en ^crivoit en idss! M. de Saint Va! 
her, qui gouverne encore aujourd'hui cette Eglife. ,,Lavie *» 
commune de tous les Chretiens de cette Miffion n'a rien de « 
commun , & 1 on prendroit tout ce Village pour un Mona! 
ftere. CommeilsnW quitt^les commodft^s^^de leur Pavs 
que pour affurer leur Salut , on les voit tous port^s k la pra il 
fuedupUisparfaitd^tachement ; &ilsga^4entparmieuxun 
rien V te^ PO"*- ^""^ fanftification , qu'il feroit difficile d^y 

€ette Bourgade fut d'abord plac^e k la Prairie de la Ma- 
deleine ,jenviron une heue plus tas que le Sault Saint Lou vs 
du cot^ du Sud Les Terres ne sy i!ant pas trouv^es Ss 
pour la culture du Maiz , on la tranfporL vis-4-vis I sSLl 
meme , dou elle a pris fon nom, quelle porte encore , 
quoiqu elle ait ^t^ transferee de - 1^ , il y a peu d We« 
une autre heue plus haut. J'ai d^ia dit que\a fituation en 
t.f'r'^T' r J^Slife & la kaifon^des MiSnaires 
font deux des plus beaux Edifices duPays, & gue c'eft ce 
qui fait jugerquonapris de bonnes mefures pour n etre plus 
Tome III, '7 



« 



17 Zl, 

May, 



^ 



jiiitoa:-.fe.i^i» ^, 



I 7» !• 

May. 



D« Habi. 
lans dc Tcrrc 
neuve. 



\- 



Ces£iki- 
maxKk 



178 XOURNAL HISTORI.QUE 
obligate f^"''^ ^^ nouvelles tranfmigrations. 

J av^ compt^ en arrivant ici d'en partir immediatement/ 
apr^s les Fetes ; mais rien n'eft plus fujet aux comretems d^ 
toutes les efpeces, c[ue ces fortes de Vovages. Je fuis donji 
encore incertain du jour de mon depart , & comme il taut tbiit 
mettrei profit , quand on fait des courfes , comme les miert- 
116S , jV ai mis ce retardement. J'ai pafK le terns i entretehir 
quelques anciens Miffionnaires , qui ont vecu lontems aVec 
les Sauvages , & j'en ai tir^ plufieurs connoiffances touchjnt 
les Peuples divers , qui habitent ce vafte Continent , & dont 
ie vais , Madame , vous faire part. / 

La premiere Terre de rAmerique * que Ion apper^dit en 
venant de France en Canada , eft Vlfle de Terre-Neuvel une 
des plus grandes, que nous connoiffions. On n'a jamais pu 
fcavoir au jufte , fi elle a des Habitans jiaturels , & fa ttfnhti , 
fiit-elle par-tout auffi r^lle, qu'on la fuppofe , n'^ftpas^ne 
raifon pour prouver qu'elle n'en a point. Car la Peche & la 
Chaffe fuffilent k des Sauvages pour fubfifter. Ce qiii eft cer- 
tain , c'eft qu'on n'y a jamais vii que des Eskimaux Z qui n en 
font pas originaires. Leur veritable Patrie eft la Td-re de Za- 
horaSor^ oaLahrador; c'eft-14 du moins , qu'ils paffent la plus 
grande partie de Tannic ; car ce feroit , ce (emble ,/profaner le 
douxnom dePatrie , que dele donner k des Barbkres errans , 
qui ne s'affeOionnent i aucun Pays, & qui poiivant ^ peine 
peupler deux ou trois Villages, embraffent uji Terrein im- 
inenfe. En eflfet , outre les Cotes de Terre-Neuve , que les 
Eskimaux parcourent pendant TEti , dans toitt ce vafte Con- 
tinent, quieftentreleFleuveSaintLaurenti le Canada, & 
la Mer dut^ord, on n'a encore vii que des Es/kimaux. On en a 
mSme trouvd affez loin en remontant le Fleiive Bourbon , qui 
fe dicharge dans la Baycd'Hudfon , venant de I'Occident. 

L'origine deleur nomn eft pas certaine lytoutefois il y a biea 
de Tapparencc qU'il vient du mot Abinacjiii Efquimamjic , qui 
veut dire , Mangeur de Viande crue. Lfes Eskimaux font en 
eSsi les fculs Sauvages , que nous coiinQiffions , qui man- 
gKit la Chair crue, quoiqu'ils ayentiuffi Tufage de la faire 
ouire , oufecher au Soleil. 11 eft encore certain que d« tous les 
Peuples connus de rAmerique, il n'en eft point, qui rem- 
plifle mieux , que celui-ci , la premiere idie , que I'on a eue 
en Europe des 5auvage$. II eft prefque le feul , oil les Hom- 






PUN VOYAGEDEL'AMERIQ.Let.XI. ,70 

tnes ayent de la Barbe , & ils I'ont fi dpaiffe jufqu'aux Yeux 
\ q"0" a peine ideWrirquelques Traits deleSrV^^^^^^ 
om d ailleurs K ne fca. quoi 3'afFreux dans r/ir , de p^^^^^^^^^^ 
effares, des Dents larges & fort fales , des CheveSxo dinT 
rememnoirs, quelquefois blonds , fort en d^fordre,& torn 
1 exteneur fort brug^ Leurs Moeurs & leur Caraftc^e ne 
deinentent pomt ce#nauvaife phyfionomie. lis fonSces 
farouchcs , d^fiants , inquiets , toijours port^s a faire du mal 
. aux Etran^ers , qu. doivent fans ceffe e?re fur leu« earde! 

\avec eux. I'our ce qu, eft de leur Efprit, on a fi p^ de^com! 

o£ I« / '"^'''O"^" f toujoursaffezpourfairedu Z 
. On les a fouvent yu aller la nuit couper les Cables des Na. 

& profiter de leur Naufrage : ils ne craigneift pas meme de les 
attaquer en plein jour , quand ils ont re^nhtt que leu^s EquI 
pages fontfoibles. U n'a jamais ^te poffible de ?es apprivX 
mLT V^f T""'' ^'-.r^ravec eux , qu'au bou?S un S 
baton. Non-feulement ,1s ne s'approch^nt point des Euro? ^ 
. p^ens ma,s ,ls|ie mangent rien de Te que ceux-ci leur or/fen 
tent; & en toSes chofes , ilsprennei 4 leur Slrrcfes prl 
caut,ons , qu, marquent une grande defiance , STen infpi?ent 

fe^ tT' ^'"""°T^^^°^^ " q"i vientdel3art 
Hs ont laTa,Ile avantageufe, & font affei bien faits. lis ont la 
Peau du Corps auffi blanche que nous, ce qui vient, fans douS 
de ce quMs ne vont jamais ,ju\ , quel^e^haud cm » 

Leurs CheveuxWonds, leurs Barbel, lablanclieurdeLr 
Peau , e peu de reffemblance & de commerce , qu'ils ont avec 
leurs p us proches Voifins ,, ne laiffent aucun 2eu de douter 
qu ,1s n ayent une or,g,ne diff^rente de celie des autres W 
r,qua,ns ; nia,s 1 op,nion , qui les fait defcendre des Bafques 
meparoit peufoncfee,fur.tout.'ileftyrai, commeonmera 
affur6 , qu ,1 n y « aucun raport entre les Langues des unS & ^ 
des autres. Aurefte, cette alliance ne f^auroit faire honneS V 
k aucune Nat,on ; car s'il n'eft point fur la Terre de R^rion 
moms propre i etre habitue par des Hommes , que Te^rre- 
Neuve& Labrador, il n;eft peWre pas un PeJpI^ fl^i^- ' 
rue mieux d'y etreco,ifi„^, que les feskimaux.^ouK^oTje 
fu,s perfuade qu'ils font originaires du Groenland. (af ^ 

i 4 ) Voyex Vnmrc dc la Nouvellc Frawc , liyre i. p,ge ,7. <$. fi,i^. 



1711. 

May,^ 



•V 






wik^'A^^t'U.l^t^Ud^. ,^ t\^ ^'^•>.^^^^>*^£tl»t. 1>>J'^t^ 



I 7 1 « 



,80 JOURNAL HIST ORl QUE 

Ces Sauvages font tellement couverts , qui peine on leur 

voit une partie du Vifage , & le bout dcs Mains. Sur une ef- 

May. pece de Chemife faite de Veflies , ou d'Inteftins de Poiffons , 

coupees par bandes , & affez-proprementcoufues , ilsont une 

■ maniere de Cafaque de Peau d'Ours , ou de quelque autre BSte 

fauve , quelquefois meme de Peaux d'O^aux , un Capuchon 



Ojlgai 



de m^me Etoffe que la Chemife , & cfmy eft attach^ , leur 
couvre la T^te , au haut de laquelle fort un Toupet de Che- 
veux , qui leur ofFufque le Front. La Chemife ne defcend que 
jufqu'aux Reins , la Cafaque pend par derriere jufques fur les 
Cuiffes , & fe termine par devant en pointe plus bas que la 
ceinture ; mais aux Femmes , elle defcend des deux cotes juf- 

3u'i mi-Jambe , & elle eft arretee par une ceinture , d'oiipen- 
entde petits Offelets. Les Hommes ont des Culotes de Peaux, 
dont le Foil eft en dedans , & qui font revetues en dehors de 
Peaux d'Hermines , ou d'autres femblables. Ilsontaufli aux, 
Pieds des Chauffons de Peaux , dont le Poil eft pareilkment 
en dedaiis , & par deffus une Botte four^e de meme , puis de 
feconds Chauflons & de feconde^ Bottes. On pretend que ces 
Chauffures font quelquefois til|)lees & quadrupl^es , ce qui 
n'empeche pas ces Sauvages d'etre fort leftes. Leurs Fleches , 
qui font les feules Armes , dont ils ayent I'ufage , font arrases 
de pointes faites de Dents de Vaches Marines , & ils ^ ajou- 
tent encore du Fer , quand ils en peuvent avoir. II paroit qu'en 
Ete ils font 4 1'Air la nuit & le jour ; mais I'Hy ver ils fe logent 
fous Terre dj^ns des efpecesde Grottes , oil ils font tous lesuns 
fur les autres/. . 

De. Pcuples On conn^it peu les autres Peuples , qui font aux environs 
jcs Environs & au-deffus dc la Baye d'Hudfon. Dans la partie M^ridionna- 
do^iou Nci- j^ j^ ^g^^g g^yg jg Commerce fe fait avec les Miftaffins, 
les Mortfonis , les Criftinaux & les Affiniboils ; ceux-ci y 
viennent de fort loin , puifqu'ils habitent les bords d'un Lac , 

2ui ett au Nord , ou au Nord-Oueft des Sioux , & que leur 
.angue eft une Dialefte Sidufe. Les trois autres font de la 
Langue Aljgonquine. Les Criftinaux ou Killiftinons , vien- 
nent du Nord du Lac fuperieur. Les Sauvages des environs 
du Fleuve Bourbpn , (4 & de la Riviere de Sainte Therefe , 

( « ) On Jit que quand on a remontf ce I a tbxi par Jes Rivieres & in Lacs , qui $'y 
Tlcuvc cent lieues , on le ttouve imprati- d^chargent , & qu'enfuitc il couie au milira 
^uablependantdnquawe, maisqu'on ptend | Sm ues-bcau Pays , & que cela dun jui- 



^; 



.:/. 



D'UNVOyAGEDEL'AMERIQ.LET.XT ,8r 

nont^aucune affiA^de Langage, ni avec ks uns, ni'avec " 
les autres. Peut-^tre s'entendfent-ils mieux avee les Esk?maux 
quon a rencontres , d t-on , affez loin de I'EmbouSe da 
^euve On a remarqud qu'.ls font extrememenc fuperrtu eux 
& quils ontquelque forte de Sacrifices, Ceux, qui es onJ 

1 Idee dun bon & dun mauvais G6nie , que le Soldi eft leu; 
grandeDivimt^ & gue quand ils veulem d^liberer n^r una 
Affaire importante, ils lefont fumer, cequi fe Dratiaue ^n 
cette mamere lis s'affemblent i la poiWdTjo^^^^ 
banne d un de leurs Chefs / qtii , apr^s artNriuumrfa pL 
la pr^fente tro,sfo,s au Soleil levanf, ^conddt de.dTux' 
tel^Sn"Rrt'"' -P"^"^"t AftraS'tefavo! 
rable A la Nation. Cela fart, tousceui , quicompofentl'Af ' 
femblee fumcnt dans la meme Pipe. Tous ce7sauvltf. ' 
quoique de cinq pu fix Nations diff|rentes , Lt connusTn; 
les Relations, Francoifesfous le nom B&nAr^nn^A^Q 
Parce que le Pays^qu'ils habiten^TA^rr/c g^^^^^^^ 
toif^ & qu'en Canada on appelle SalanescTT^'r^nl 
mouill^s, qui ne font bonsirien. lerrems 

En remontant au Nord de la Baye , on trouve deux Rivie- 
res dontla premiere fe nomme l[ Ripi.r^ DanoT^hfe 
conde hR^v^en: du Loup Marin ; il y a le lon^de'cS deux ' ^ 
Rivieres desSauvages,aufquels on a donn^, ielffcanCr ''' 
quoi le nom,ouphat6tlefobriquet deP/a^S'j&r 
Ils font fouvem en Guerre contre les Savanois ; ^mais S 
uns , ni les autres ne trauent leurs Pnfonnicrs av^c cet e bar! 
barie , qui eft en ufage parm, les Canadois ; ils fe con en^nt 
de les tetenir dans I'elclavage. La mif^re rcMuit queSS^s 

lesSavanoisi d tonges extremit^s ; foit pareffe d?L Tp^^^^ 
foitque leurs Terres ne puiflent abfolument rien produire^ s' 
fetfbuvent, Iojrquela(:haffe&laPecheleurmaSS^ 
auoines Provifions , & alors on pretend qu'ils ne^S^S 
difficuk^defe manger les uns lesautres. Les plus cheXaf' 
fent les premiers j on affiire que la coutume eftparmi eux ^uo 
qjiandun Homme eft parvenu iun ape ruNJl«™ . i '5 
?%cha«« i 6 Fa Jle, i| lt^\k^^\VzJ^^:t: 



qa'ta.Lac des AfliiutMils , a'oii it fort; On 
pent en ayoir des nourellcs plus «crtaines ^ 



dcp"|» quinze ans qi,"on a nn pen plus bactu 
ces Pays Scptentrionnaux. 



172 

Mai 



i ' '. ' 



H 



1721, 
May. 



si 



y-r 






v:*T« 



i8z JOURNAL HISTORIQUE 
Enfans , qui lui eft lepluscher , & qui letraagte le plus prom- 
ptemeht qn'il peut : U croit meme taire en cela une bonne ac- 
tion , non-feulement parce qu'il met fin aux fouffrances de fon 
1 Pere , mais encore parce qu'il eft perfuade qu'il avance foil 
' boVheur ; carces Saiivages s'imaginentqu'iin Homme, qui 
mejirt vieux, renak dans Tautre Nlonde a I'a^e d'un Enfant i 
la Mamelle ; & qu'au contraire , ceux qui finiffent leurs jours 
de bonne heure , font vieux , quand ifs arrivent au Pays des 

Us Filles parmi ces Peuples ne fe marient , que quand , & 
avec qui il plait k leurs Parens , & le Gendre eft oblige de de- 
meurer chez fon Beau-Pere, & de lui etre foumis en tout , 
iufqu'i ce qu'il ait des Enfans. Les Gar5pns quittentde bonne 
heure la Maifon Paternelle. Ces Sauvages brulent les Corps 
morts , & en envelopent les Cendres dans une Ecorce d'Ar- 
bre , qu'ils mettent en Terre. lis dreflent enfuitefur laTombe 
«lie eipece 31'Monument avec des Perches , aufauelles iFs at- 
tachent du Tabac » afio que le Defunt y trouve dequoi faimer 
xlans l^utre Monde. Si c'^toit un Chaffeur , on y fuipend auffi 
fon Arc & fes Fleches. Les Meres pleurent leurs Enfans pen- 
dant vint jours , & Ton fait des pr^fens au Pere , qui y repond 
par un Feftin. La Guerre eft bien moins en honneur chez eux , 
que la Chaffe ; mais pour etre eftime un bon Chaffeur , il faut 
jeuner trois jours de fuite , fans rien prendre abfolument , & 
avoir pendanttout ce tems-R le Vifage barbouille de noir. Le 
jeunefiniTle Carfdidatfait au grand Efprit un Sacrifice (Tun 
morceau de^iwcune des Betes , qu'on a accoutum^ de chaf- 
fer , & c'eft ordinairement la Langue & le Mufle , qui hors de 
ces occafions , font la part du Chaffeur. Ses Pai'ens n'y tou- 
chent point , & fe laifferoient plutot mourir de fairti , que d'en 
manger ; il n'en peut r^galer que fes Amis , ou les Ecrangers. 

Au refte , on aff6re que ces Sauvages ibftt d'un defmterreffe- 
m^nt parfait ,'& d'une fid^lit^ k toute ^preuv€ ; qu'ils ne 6#H7 
vent k)uffrir le menfonge , & qu'ils ont la fourberie en hor- 
feur, Voil4 , Madame , tout ce que j'ai pu apprendre deces 
Peuples Septentrionnaux,avec le(quelsnous n'^vons jamais eu 
^ un (Jommercc bien r^gW , & que nous n'avons vus qu'en paf- 
fant. Yenons k ceux , qui nous font plus conmis. On les peut 
divifer en trois Claffes diftin^u^es par leurs Langues , & par 
leur g^nie particulier. 



— -%i 



May. 



D-UN VOYAGE i5e L'AMERIQ. Let. XI ' jS. 

Colomcs Angloifes au Sud , laLouyfianeau SnH FA /^ * '"""'" 
de Pays , il nV a que trojs Laneues Mere, rl^n/f ' ^. * l^ 

ne, oclaHuronnej nousconnoiffonspeuIesPeunL o.,i 

.fo«fu.Vi. ^"''^'''' ^ " ""merce mWS'. pas id 
mi te'S'^'T ,°r' 111* ''* ^"'« "" Etabliffemem par- D„sio„. 

de lumieres & eou, ce qui eft ai Nord-S du M",i^' 

5^ «s"vSes''ciL'±' *ll rr '« »vecu.„,este nS: 
ue ces valtes Contrees. Ils'habitent ordii«rem«nt dans d^ 
Frames fous de grandes Temes &ites de Pmux& bfe^,„ 

S!lw t' ^" ^Is voyagent en grandes Troupes A la mal 
^Y&Sr^^Jefc/^^^^^^^^ 

tS!?! • S^ **''''^'°"* "f ^^ Paroiflem pasTrop bien fondJef 
Tous les Sioux vivenr rl<> la mA».> !-„ ^'K "^y" wnaees. 




& oue rei.ir m.'AA t-;™""*^ *"*^ id iviviere Uccidenta e , 
« mie ceux , qu on a vus d;»ns un terns le long de la Riviere 

^ans une Praine. Le nom de Sioux , <ue nous avons doiu^ t 
cesSauvages, eft enuerement denotre fa^on , ou plutd tee 
neft que les deuxdernieres fyllabes decelui de kSbSL 



:■&■ 



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v\;- 



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Dcs Aflinl- 
boils. 



Du Lac des 

Afliuiboils. 



,84 JOURNAL HISTORIQUE 

que plufieurs Nations leur donnent. D'autres les appellant jVtf- 
^uefTis. Ceil le Peuple-le plus nombreux , que nous connoil- 
fionf en Canada. 11 Itoit affez pairible& peuaguerri, avant 
que les Hurons & les Outaouais fe fuffent refugies dans Ion 
Fays , en fuyant la fureur des Iroquois. Us voulurent le mo- 
fluer de fa fiiiplicite , & ils I'aguerrirent i leurs d^pens. Les 
3ioux ont plufieurs Femmes , & ils puniffent feveremem eel- 
les , qui oSt manqu6 a la fidelite conjugale. lis leur coupent 
le bout du Nez, ils leur cement en rond une partie de la Peau 
fur le haut de la Tete , & f arrachent enfuite. J ai yu guelques 
Perfonnes perfuadees que ces Sauvages ont I Accent Chmois ; 
il ne feroit pas difficile de verifier ce fait , ni df fjavoir fi leur 
Laneue a quelque rapport ayec celle de la Chme. 

Ceux, qui ont pratiqu6 les Affiniboils , difent qu'ilsfont 
crands , bien faits , robuftes , agiles, endurcis aufroid &i 
routes fortes de fatigues ; qu ils fe piauent par tout le Corps,& 
y tracent des figures de Serpens,ou d'autres Animaux;& qu Us 
Ltreprennentdett^s-gran^ls voyages, liny a "enen cela, 
qui les diftingue beaucoup desautres Sauvages de <:« Conti- 
iient , que nous connoiffons ; mais ce qui les caraftenfe par- 
ticulierement , dtft qu'ils ont beaucoup de Aegme » du moms 
ont-ils paru tels au prix des Criftmaux , ayec qui ils font en 
commence; ceux -cffont en effet d'une Vivacit^ext^ordi- 
naire ; on les voitfoujours danfans & chantans . 8dls parlent 
avec une volubilite de Langue , & une precipitatibn , qu on 
n a remarqu^es dans aucune autre Nation Sauyage. 

Le veritable Pays des Affiniboils eft aux enviisons^ uil Lac , 
qui porte leur hom,>& que Ton comiok Pf5-U"F'.^"5,°"; 
que ?ai vu k Montreal , m'a affure y avoir ^^ , mais il lavo t 
vu , comme on volt la Mer dans un Port , & en paffant. L opi- 
nion commune eft que ce Lac a fix cent lieues^de circuit; 
qu'on ne peut y aller <![ue par des chemins prefqu tmprauqua- 
fe; que tous les Bords en font charmans; qUelA'ryeft 
for temp^r6 , qOoiqu'on le place au Nord-Oue> du Lac Su- 
p/r eur , oil il ?ait iJn froid extreme , & quM comprend un 
Lrandnombred'lfles, quon I'appeUe dans le Pays, le Lac 
dTs Ifles, Quelques Sauvages le nomment f^chiniptyyxi 
veut-^dire if Grande Eau , Be il femble en effet qu A foit le 
R^fervoir des plus grandes Rivieres ,& tous les grands Lacs 
de r Am^rique Septentrionnale : car on en fait lorur lu? piu- 



t^*^ 



^■fl ^ - 






qall lew ioaakm ne lui eft infirieur m ri^/£' ?" 'Vf" 
ie , qui c^Ie , dit-on . iTcW & ™ *" V^ "° '"^""^ 

ce Lac n'ait pas ^t^ connu dK S«vl„. • """""S* que 
tout le PatiSTeS . UauS; T T'"''?'''^ P"" 

pourtantpas.Xladaoie. tom^^U. -^ r""* 8«antis 

da;;:ra^;^\,rsau™T^or.u^'^^ *■} '-^^''-i:' 

en comme^e. ^Ju.tSt'SoMSroS^S'r 
coumfam Interprtte plus de quinze cem liSeXs*^ 
fe fa re entendre 4 plus de cent Peuples diversVwi om cbi 

due unneoTe, EUe commence i rAcadie & au GoW>r!£ 
Saiqt taurent, & fait.un circuit de donzrcMt iSS 

J^^Afe^-^'-^^'-Vi'^tK 

^U& Abinaguis , ou CW^^Voifinf de la Nouvelk An 
^ettire , ont pour plus proches Voifins les^i^^* 

"" A a 




D« Peuplet 
oc la Langue 
Algonquinc. 



De« Nationi 
AWoacjuifcsAc 



-i, ,, 



ft'. 

4f 



- - *'A.-» 



,*'^5^i;^^^„^,.feJ^ ' " ^V ^'^^ 



1 7 z I i 
May. 



Des SauYa- 
»c$ du Noid. 



V 



t«<r ^ © R JSrAti Hlli T OR f <J U E 

plus il I'Eft font k^JkK^rwait*., ou SouH^uois , ^on«H^ay» 

Lopre eft rAc«Ue , la^fi^te^^ »^y« ^ ^Xtiu! 
LntI^wentJufqu'iGafp6,i^^unAu«eur ks a <ppelljf 

Gafpituytt^Ski les Ides, qui en font proches. En ^mon- 
tant leFleuifeSaintJ-aureitf, on ne rencontre plus iujour- 
d'hui auciiiTNation SauvagJ fuiqu'au S^gUfen^. tepen- 
dantVlorfque le Canada iut d^uvert , & lien deslann^es 
apr^s, on comptoit dans c« ffpace plufieursNatioi^s, qui 
rrr^pandoient aans Me d'Antlcofty , ver?JesMonts!Notrl- 
Danie , & le long de laRive Septentrionnale du Fleuv^, Cel- 
lesTdont les anfiennes Relations par entp^usfouvenL font 

appelloit auffi , fur-tout cesderniers , Algon^ms Inf^eurs , 
pSrce qu'ils habitoient le basdu Fleuvepar «PPO"^5J^^ ^ 
mais la plupart des autres font r^duits i quelques FaiJiUes , 
' q^ron^encontretantotdansun endroit, & tamot d^ns uix 

^Ty en avoit , qui defcenddi^nt dans Ja Colonie des buar- 



U V en avoit , qui aeicenaoi^m uaiw .« v^.w — ■ — -^-- 
tierslu Nord , qSelquefois Pir> Saguenay , & plus f^uvent 
oar ksTrois Rivieres, & dont on n'entend plus parlor de- 
Euisl^iiem .Tels^toW enu'auir^ \^vA^kanugu^:s:t. 
iauvae" venoient de fort loin ,H ik ^toteiit environ^^ de 
puKauJirPpuples. 

Cc Saint Jean , ft mfqu'aux Lacs des Mifiaf^ni & Ntnuj- 
c^ Prefqir^^^^^^ T^^ d6truits par lefer'des Iroduois, 
oup«l« maladies, foice de ^f^^^^^ ^**^lT.;eS 
fiXres les avoient i^uits : <J^ft^«",<i°^»8*^ '^^^^f^^?' 
ram vice , d'une grande douceur , on n'a voit eu aucunej peine 
laiN viwB y u ¥ s r\^'(L. A- A les affeftionner aux Francois. 



. d une granae auutou* , v/i* ««»«•- " ----ir- .- 

i les gagner i Jefos-Chrift , & i^ les affetonner aux Frafl^ois. 
EiSI Quebec & Montreal on teiicontre encore vers les 
. Trois Rivieres quelques Algonquin^ , qui ne formenj poim 
un VilUge . & qui l?afiquent avec les Fran9o;s.Dan5 les pre- 
SSers terns cetteVatioiToccupoit tout le Bord Septentrionnal 
Sre,depuisQuebec/oCiM deCham^^^^^^ 
^tablis , & fe alliance avec eux , juTqu au Lac de S. Pierre. 
DcsAigon. DepwsimdeMontreal,enfoivanttouioui^leNor^^^^ 
^ins,d.sV rencoStre quelques Villages de M«#«g^J, de r«imycai«£«^5 , 

«%: tlzli^X^ vrais Algon^uins, &quiont feuls coi^ 



tres 

ooins 

neun. 



miersTqui font l« vrais Algonmiins ,& qui ont fouls con^^ 

li) Ploficoa^tivw fc ptoooncent Ol^AOUilKS. 



>,' 



• J Ai*^- 




■ • ; '■ ~: ^'■•- ' ■' ■ , 

fmfh L*ig«e Algdnquihefens alt^ratidn, out idontid leur 
«ohi i unipetit Lie fittod eiitref le Lac Huron , & la Riviere 
deslOutaoMais. LesTemifcamings6ccupeBt let Bords tfim 
aut^e petitl.ac ,_flui lidrte auflileurnom.^qui.parok £tre 
*. i^raie foiiree de la^ Riviere des Outaouais. Les Tetes d^ 
lie n enjpnt pas loin , leur nom vient de la figure de leur M 
t lis tr<|uvent dans cette figure une gfandc beaut^ , & il '^' 
i f'!"J^lJ.'f PParence que les Meres la dortneht k leurs En- 
tans , lorfqd lis font encore au Ber<feau. Les Amikoues , qu'on 
appelle.aufS laAiir/o«^a Ctf7&/-,fontr^duits prefqu'i rien -on 
«n ti^uve Ids reftes dans meManieoua/in , qui eft dans le Lac 

Hur|nviBrs|eNordaeiOu^ouaisl,autr«foistr*5-nombreux, 
bordoient laigrande Riviere , qui done leur nom, &dontils - 
le prpgndoi^nt les Seigneurs. Je n'en connois aujourd'hui que 
troi!^ ViUagi^s affez peu peupl^s , dont je parlerai dans la 
Ante.- .• j ^ *'■'■ ..'r. '■..-•'■<>, {;.i;K^: ', . ,. ■" 

Entre le liac Hul^ori & le La<? Sup^ricur , dans le Detroit 
ntSme, par oil le fecond fc d^haw^ dans k premier, il y a un 
Rapide , que nous ayons appell^le SaultSainu Marie. Ses 
environs ^toi^nt autnefois peupl^s de Sauvages , qui y ^toient 
-^nus , dit-ori , de la Rive M^ridioanale <£ Lac Vp^rieur , 
& qu'on appelle 5«i^/m/r5 , c'eftii^ite ,^a^/Va«5^5'i^i. O 
leur a appal-enimeni: ddnn^ c« w)m , pour s?^pamner la peine ' 
de prononcer <ielui , qu'ils portoiertt, car il n'eft pa^poffible ■■ 
den pouvoir venir a bout, fans reprendre deux ou trpis 
fois haleine (a J. II n'y a aucunc Nation ^tablie, au >moins/ » 

?ue je f9ach^; fur leslSordj duLacSup^rieur ; ipais dans les ' 
bfteis i que nc(u*y^tuponi, bn foitlaTraiteavefi lesicrif- 
tiriaux , qlii y viennent du Nofd-Eilv & <iui appartiennent k 
la LangU* Algbnquine , & avec lei Affiniboils^ q^i font au 
I PI <br«-Oi»eft. 
' ' LeLac 
dan» le 

fitr^ciflant y|«leNord, a pei? i'SEans'ftu-^S Bo7ds ; je 
rte ^ai ftiSmf fi aucune Nation y a jamais ^t^ fixe , & c'eft * 
fans^fijrtdertent , que dans piufieurs Carte* on le nomme Zac ') 
desIUtmiSi En remontant h Rivhne JeSaim Jofgpk , dont i\ ( 
revolt les Eaux, on trouve deux Bourgades Se differeotes* 

['■■■■'.■■ "^ Aa ij 



17* !• 
May, 



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kht^i-' Aji J-.jJ>^' JA,i. 






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IJXU 

May. 






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\%% JVC^ im K'A t fl I ST O rYQ U E; 

^ Nations y qui y foQit vepues d'aill^urs , il tiy apas m^me Iot»> 
tenis. Ce Lac a du c^ de EOueft une graiide Baye , quis'^ 
tend vint-hMit liwes au Sud, & qu'on noin.me la Bayedes 
Puans , ouiOmpLemeiK h B*ye, Son. eoei:^ eft fort large« &: 
fem^e dlfles , domqiwlquesrupes pni jjifqu'i quin?e ou vim 
lieues de ciriiuit. Elks ^Igient autrefiSs faabities i>ar lei ^<»m- 
teouatamiSs dOnt eUes fKurtent le ii<»n » ^ Texception dequel- 
ques-uned , qu'on laiffe k droite yoii il y a encore quelques 
dauvagesl appell^s NQqiuts. LesPouteouataaus occupem aiH 
jdStfhui une fes plus petites^fe leurs Wes , & iU ont encore^ 
deux autr^ Villages i run dans la Riviere de Saint JoTeph , 
& Tautte au Detroit. JPan^^^le.food de ia.Paye i^'^ a de& Sakis 
& des Otchagns. Ce font ces Verniers., qu'on appelle Bmns , 
je n'en f^ai point encore la rai(bn; niais avant que d ar- 
river chez eujc ^ <mi laifle k droite une ««»e petite Nation , 
qu'ompjpeWe Maiomines , on FoUes Avoines. \_ 

Desoataga- Ujie petite ftiviei* ,|(»i: embarraflKe de Rapides , fc de- 
mis, des Maf. charge dans le/fond deia Baye v ell*? «ft connue ^us le nooi 
S^m de IGvieitdes/Remtf^A caufe du voiTmage des Omgamis^ 
vulgairetqiPnf^^appell^ les Renards. Tout ce Pa^s eft tort beau^ 
& plus efii:o|*ecelui ♦quis'llteftdau Sud jufqu k la Riviere(de» 
Illinois ih^JjiA pourtani hafclit^ que p^ toeux Nations tr^ 
peu noi^reufes , qui font leS'^Va/KWf QcXoAM^outins. II a 
plU4 qsetques-uns de nos G^ogf aphcs d'appeller ces der/iier& 
la Nadon Ju Feu , & leur Pays » laTcrre dfijetu U»e 4^vo- 
que a donnelku^cetted^omination. ■ ..; . si • u 
D« Miami* W y » cinquattte aufti oue les Miaiiiis dtoicm eiftWis k Fex- 
«cdcsiiiiiiois, tr^t^ M^ridioiinale duLac Michi|;a»v en un lieu , nomm^ 
Chicagou » du nom d'unepetite Riviere , qui fe^ette dans le 
Lac ytt dontla Source n^eft pas ^loign^e de ceHe 6es IUinois.> 
lis font pr^fentementfikiar^ entrois Bourgades^dont rufie/dd: 
furlaRtviei«deSiumJofeph ; liafeconderAifMne autre Ri- 
viere, qui porte leur nom, & fe^^charge dai» le Lac Eri4 v 
& la trc^me, fur la Riviere d'Oiiabache y quiporte ft^ Eattx 
dansleMiciffipi : ces derniers. font plus connusfousle non> 
J^Ouytuanons.Ojx ne doute preique point que cette Nation » 
& celle des Ulinois ne Ment y il ny a pas trop lomems^ un 
inline Peuple, vulagrandeaffinite, cpii fe remar que dans le 
Langage des uns& des autres. Je pourrai vous en parler plus 
furement , loi^ue je ferai fur les lieux» Au refte y la pldpart 



J' 



1721, 

May, 



DTO VOYAGE DE L'AMERIQ. Let.«I. ,«, 

des Nations Algonqumes, fi on en cxcepte celles , qui font " 
pfasavanc^sjersleMidi^s'occupemafezpeudeiat^^^^^ 
pt?/"^*^V ""'T' ^'^S^ uniquement^de Chaffe & de 
I J ^u^fo'Jt-eW^peu^entaires, La plurality des Fem- 
'"®; ^S^^Sf* P,^"*"?* quelques-unes ; cependam bien loin de 
maluj^ier ,^s dimmuent touj les jours. II nV en a na« iml 

S d^uSr""*^^ '^ ""^'^ ^'""^ quelque^SsX on? ; 

, Usjnfaut bien que liLangueHuronnes'^tendeauffi loin n^n r 

quelAIgonqu,ne;c6qurv,emfansdoUtedecequ^ 

qui la parlent , ont toujours 6ti moms errans que les Aleon """'"'«' 

qums. Je dis la Langu^ Huronne , pour me coifermer au TenI ' 

timent le plus comm^nement regfi j car quelquesiuns foutien 

nenteneore , que c^eftjl'Iroquoife , qui eft la Matrice. Guoi- 

qu U en foit , tous les Sauvages , qui font au Sud du FTeuve 

Saint Laurent , depuis la Riviere de SoTel , jufqu'i I'extr^mitl ^ 

auUcEri^.^meme^aflezprocfaedelaVi^^^^^ 

tous. Les Dialeaes s en font extramement multipU^es , & il v 

^U^J?'? "'"f^iff 'S^^ ^Je.^u'gf^e^^Lesciflqtantons, qui 
compofem la R^publique Iroquoife , ont chaSun la leur , & 

toutcequonappellcMtautrefoisiiidifi^reminentHurott tcZ 
yoit pas le mSme. Langage, ««"», na 

Mais il eft bon d'obferyer que conmiQ la plibart des Sauv^ 
8" ^" ftj^^* P»^' ^^1 «1? tO"Menis en Commerce entr'eux ;, 

r tantot A&es , & tantot EnnemJs , quoiqUe les trois Languel 
^^es .tot 1 ai parli , n'ayent entr'elles aucune forte dW 

/ mt6 , i>i^d knalogte , ces Pwiples ont ifianinoins trouv^ ]& ' ''^- 
moyen d^ traiter enfemble fans avoir befoin de'Truiilieineilc • 
foit c[ue 1^ long Ufage leur donne la Wlitede fefaireentenare 
pa^igries.;foit quils fefoieijt form^ une efpece de Jarcon 
^:?TS^' ^"'' apprennent paf habitude. On vi^t m^aver^^ 
tit-^JI faut m embarquer , je finirai cet article a mon d«- 

/ J'ai iTionneur d^&f e , &c* 



f^ 



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I 7» I. 
May. 



t9o Journal h rs t <>a f 0;U1& 
DOUZIEME LETTRE 

Vosam jurqU'kCatar6cout.Befcnpttm duPays, & desRa- 
'^J^s^diyiatue dc Saint Launru, W'f'* |^"^^« 
^/brt. VuCaraSendes tongues du Canada, & desfeu^ 
pUs, qui ks parUm, OHgine dc la Guerre entre ks Irvguois 
& les uilgonquins. 

- j!i;eataroCOui,lequatora«deMay, i7»«» 

ADAME , 

J fe bartis du Sault Saint Louys le pwniiei^^ Msry , apr^s 

X>ccidentale d^lTflf de Montrea , oil ,e frm^/l^ ^ minuit. 

oui eft fort beau. L'airis-midi , je traverfai le Lac de Saint 
W/piur mtrfA^auxCa/cadeu oi. ,e trouvai ceux de 
iSsSenr qui y ^toient all^s en drSture , dccupis 4 recou- 
.?_®J^,„lki. ^«,M««vftJpntlaiflKtJmber, en le portant fui 





Defcrl 
Jes Rapii 

fleuve 



:Soa 
[esdu 
Saint 




me « 1 agrement w«. 1 JHWWW..-M*— " -7 — i- — ^ 
res : ilnefeut^eapwrlesbrifer^ 
& facil^i Ilftiffiit'de ferotimipd^orces , dip Gommes , & de 
RadyVencqre eft-ilbi6h>u ffendroits ,^oCi 1 on ne tfQuve 

des Gommes ?& des Rj«iinies propres i coudre les Ecorces. 

mentau-defliScle ITflePerrot , cjuif^it la reparation A^lMdc 
S^uritlMuySiU^yxLac des deux MpnM^.VomUmu 
onpre^ un peu idroite , & Votx fait paffer les Canots i vu.de 
dansUnendtU. qu'on appelle leTrou: on les tire enfuite 4 
Terre , & on fait m portage dun demi quart de lieue ; c eft-i- 
dire , qu-on-porte le Canot & tout le Baeage fur fes Epau e . 
SpV^vVerunfecondRapide.appen6/.^«#j; celm- 
tcieftune telle Nappe d'Eau , auitombe dun Rocher plat. 
IkH d'envii^n un demi pied. On pourroit fe ddivrer de cet 



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May. 



DVNVQYAGEiDErAMERIQ.LET. Xn. t^^t 
embarras , en creufantunpeu le Lit d*une petite Riviere , qui 
fe d^charge dans une junre au-deffus des Cafcadesu La d^pen^ 
lenenferoitpasconuderable. '^■■ 

. Au-deffus duBuiflbn , le Fkuve a un grand quart de lieue ».«..:«./ , 
deltrg(.,,^Ies Terresdesdenx c6tes fonfexcelli,tes& bien > Fo«rc" 
coiiees. On commence a deifrichercelles, qui font fur la Ri- >'«x»>»ii.&fu< 
vaSeptentrionnale, & ii feroit tr W6 dV faire un grand i"'<i 
Chemm depuis laPomte , qui eft Vis-A-Vis de llQe deMont^ ?|uryJi£. 

real,)fufquiuneAnfe,qu'onanomm'(^eAx(;tf^«c.Oii^vite- ^ 
roit par-lA quarante lieues d'une Navigation , que les Rapides i^ 
rendent prefqu irapratiquable , &. toujours fort longue; Un ^ 
Fort feroit meme beaucoup mieux piac^ , & plus n^?effaire k 
la Galette , qu i Catarpcoui , par la raifon qu'il nV fcauroit 
pafferunfeurCanot,qu'onne,levoye j au fieu qu'i Cataro- 
coui, onpeutfeghflerderriere desiaes, fans dtre appercu. 
D ailleurs , les Terres des environs de Jia Gafette font tres- 
bonnes, & on pourroit parconf^quent y avoir toujours des 
Vivresenabondance, ce qui ^pargneroit bien de la d^peiife, . 
Outre cela , une Barque pourroit aller eh deux loursJe bon 
Vent, de la Galette ^Niagara. Undesobjei^, qu'onaeuen 
vue , en conftruifant k Fort deCatarocoui , ait^ le Commer- 
ce aVec les Iroquois ; mais ces iauvages viendroient auffi vo- ' 
lontiers i la Galette , qu a Catarocoui. lis auroieht, i la v^- 
nte , un peu plus de chemin % faire ; mais ils ^viteroient une 
Traverfe de huit ou neuf lieues i^ qu'il leur faut fair^ dans le 
Lac Ontario ; enfin , Je^^orj de>f Gajeite couvri^it tout le 
Pays , qui eft entre^rgrande Riviere des Outaouais &1e'Fieu- 
ve S«ntLaurept<;car ce Pays n'eft point abordable du cot^ 
duFleuveracaufe des Rapides, & rien ri'eft plus aift, que 
de ^arder les bords de la grande Riviere. Je tiens ces Obfer* 
rations d'un Commiffairei^ la Marine , (a) qui fut en voye de 
lapart duRoi fen 1706, pour yifitei^.^i^ lesPoftes ^loign^s du 
Canada. '■■•■'' ■■ ' ■ "■ ■' - ' ' -« ■ • 



4' 



-^ . 



..V,... «*. .. «ju.»uk«,. us, v^c;ui^», quuy avoii en ce lieu lii' 
mais on les a prefque tous coupes. Le quatri^me , j© ne pife 
aller que jufqu a*i quatri^me Rapide ^ qii'on appelle /« C<Jiitf 
duLac^ quoiqu'il ne foit iloigni du|,r^cedent que de deux 

(«) M. °»S ClKKAUSAUT »' A I O AE MOMT. 



_ ,, 



/k* 







ia.^ 



171 1. 

May. 



^' lieues & 4e^ie * f>^r<:« mi^ de inei Carnw* sy cryva. Yout 
ne iwez pa* fiirprif^ , Msiaaine , de ces fr^ensNaufrages , 



cotcc. 




les uns dECOrce av/rmvs, piw »Ta.»», -»— b»— ^w — .. 
conftruhs; mais ordinvremftit ^us grands. Je ne connois 
que les I^ubis , wren ayent de cette efpece. Les autres font 
d'Ecorces de Bouleau , Ane largeur moins propornonn^e 4 
leur longueur , & beaucoupmieux wavaill**. C eft de ceux-ci, 
dUe je Vais vous donner la D*fcription , parce <iuc tous les 
Frincois & prefque^ous les Sauvages s'en fervent. 
Dcfcription On^tendlesEcorces.quirorttfort^PI^^^ 
dcsCanotidE- gy^s plattes & ttfes-minces , faites de Bois deCedre. Ces Ya- 
?aneues font affujetties fur toute la longueur par de petites 
Barres de traverfc , qui font la ftparation 4es Places dans le 
Canot; deux Mahres , ou Fr^cinteS de fflteie maticre , auf- 
miels fontcoufufe cespetkesBainfes, afemuffent toute la 
fcchine. Ehtw^foi V*rai%Hesae4wJU:orces ,on infmue de 

dont 

j>.«.A.^w.....«. . - infenfible- 

mem terSinJes en pointes tranchantes 8c rentrantes, Ces 

deux extr^it^ fom parfaiiemfent femblables ; enforte que 

pour changer de route , & retourner en arriere , il fuffit que 

fe Canoteurs changent de .Main. Celui , qui fe trouve der- 

fiere , eouveme avec fon AvirOn , en nageant toupurs , & la 

plus ferande occupation de cehii , qui eftTur le devant , eft de 

prendre garde due le Canot ne touchc rien ^ qui pwffe k cre- 

Ver. ToSslbntaffis i plat, ou f6r teurs Genoux , & leurs 

Avirons font des Pagayes de cinq k fix pieds de long , ordi- 

naireiiient de Bois tfErable; Mais qjwnd on va coittre un 

CourantAin peufort , il fatit ft fervir de U Percfaj , & fe tenir 

de bout , & c^ Vappelle picauer defond, II eft befom d un 

grand ufage «& blen garderTEquiliW dans cet exercice j 

!ar rien n^lpuskger , par conf^quent plusfaciU k tourner , 

quecesVoinirer, (font les plu* grandes , *vec leuf charge, 

i^rerttpasptesd'Undemipiipdd'Pait. 

LesEce^M,dbnteU€$fontcoinpoC6e«, aiiffi-biewque les 
Varangues & lei8 Barites^ font coufues avec des Racines de 
Sapin f lefqueUes fom plus pUantes , & ftchem heaucoup 



» i ;»■) 



7^^. 



I7» I. 

May. 



DUN VOYAGE DE TAMERIQ. Let. Xll. i.. 
?.nc"i*l"' J'?^*"'* '^"H'?;^;" Coutures font gomm^es en de- 
dans & en dehors jmaisilfautles vifiter tousles iours, pour 
..voir fi laGomme ne s'eft point ^caill^e. Les plu mnds^Ca 
, feote portent douze Hommes , deux A deux , &^uifre millieJs 
nefant. De tous ej SaUvages les plus habiles LXuaeurs 
font les Outaoua.s , & en g^n^ral les Nations AlgonS ^^ 
r^uffiffent ini6ux,queles iTuronnes. Peu de Franfoislbm ve 
jusiboutdelesfairemlmepaflablement; maispCles^^^^^^^ 

duire,ilsfont pour lemoinsauffifiirs, que les Natureirda ^ 
Pavs . auffi sy exercent-ils d^s la Bavet'te? Tous ces Ganots 
jufqu aux pkis petits , portent la Voile , & avec un bon vem 
pemrent faire vmt lieues par jour. Sans Voiles , il faut avoir 

de b^sOnoteurs pour en faire douze dam uneeauZrte?^^^„ 
, Du C6teau du Lac au Lac de Saint Franco^ il n v , « .» c • °" ^« ^' 

bonne demie lieue, Ce Lac , que jep?(n.^^^^^^ 
.Jieuesdelong, &t<.u} aU pfustJ-ofs dans fa plH^nde la? 

Sii^I'T ^" ^r^ ^^'^^^^^^ baffes^mafs dies pa- ^ 

Jpiflertt affez bonnes. La route depuis Montreal iufques?li 
«ent un peu du Sud-Oueft & le Lac de Saint Franco?s court 
Oueft-Sud-Oueft, &Eft.Nord.Eft. Je campai iSd^ate- 
ment au-deffus , & la nuit je fus ^veill^ par des cris Sbz p^^^^ 
cans , comme de gens .qui fe plaignoienJ. J'en fus d'aborlef- 
fray^ , ma,s on me raflara bientot , en me difant que c?to L 
des Huars, efpece de Cormorans. On ajoiita qui ces crL 
nous annon$oient du tent pour le lendemain , ce qui fe trou! 

Ufixi^mejepaflailesC^>««r^Z^,.On appelk >„ 

des Canaux , que forment un grand nombt^ d'MesV qui ciu pi«l- 
vrent prefque le Fleuve en cet endrou. Je n'ai poinl vSde 
Pavs olus charmant & les Terres y paroiflentlbonnerLe 
r J? ^fi' "°"^ "^ ^»'»«* que/ranchil- des Rapides : le plus 
confid^rable, qtfpnupmme leifo«/r«rr, fait pLfeulemem 
i voir , & nous eumes bieft deJioeineinous eTu^^^^^^^^^ 
n^anmoins ce jour-li pr^ de fept Jieues ^ & fallai camoer a.! 

basc^uW5Wr;c*eftunRaprded'une'demielSillS 
que les Ganots 9e peuvent monter . qu'i demie charge. Noul 
Mr ^tf-^l ?««n:iNdus naViguames enfuitl S 
trolsOieuies du foir k la Vo,le ; niais alors Ja Pluye noiisXt 
gea de camper &not.sarr6ta tout le jour fuivant/lffiba 
meme I^h«it un peu de N^ge , & la iuit il ^la , comm^ i! 

, ' Bb ' 



\ -" 



>utrc$ Rt- 



1 



i-y 



'V. 



ij 21. 
May. 



I)e rifle To- 
nihau. 



,94^ JOURNAE HISTORiQUE 
fait en France au mois de Janvier. Nousj^ns n^anmoin* 
fous les'Mteies parallele$,oue le UngucdocLe neuf nous paf- 
SrieS^ilP^r^^lolgn^ du long Sault tf environ fcpt 
S & d^ cinq Jes Calais , qui eft fe dernier des Rapides. 
UGJe«eettiuAelieue&demiep^^^ ^.T'^'nul 

vinws le dix. Je nc pouvois me lafler d'admirer le Pays , qui 
Ifl^eceL Anfe^esGaUots. UrTdftpaspo^^^ 
^phw belles ForStsUV airemarqu^ (&r-tout des CWnes 
d'une hauteur extraordinaire. ,«„oiu- 

A cinq ou fix lieues de laGalette il yaune Me appellee 
rJLS dontleTerrein paroitaffez fertile ^^ ^^^LE 
f oTune demie Meu^ de long. Un Iroquois , qu on a appeU^ le 
QuZ-, je ne f9ai pourquoi , homme de bej^^ouD d efprit . 
fe fort i4aionn^ aux f ran^oi^ , en avoit oht^mXt^omz^ 
ne du feu Comte de Frontenac , & li montre la P«"Ue de 
^tte eonceifion,>quiconque \^^^.:^';^^^?':^^^ 

ce ^Sl pas la couwme des Sauvages; mais cel"r."/ffjfft 
touws ef maniei^s des Francois. lime re^ut foitbien, &.1 




S>u fk tern. Aoit beai. , & la noit fort elaire; ceta «<«« 
• eneUe.inoi»embarquer4troisheur«dttmaim.Nousoaf- 

S aamSieo June Vpe« tfA'cWpel . q" «n » "?■»"* '" 

ffireoour eaenet Catarocoui. U Fkure eft plos libre , & a 
ttoS«^«Antoa&»pr<»»des,8cc>ftdaBsliili*«*ifle, 

""^ itaUem«mS«*Iu*chofedebienagr4!We.Ustord$du*te^^ 
« oS^^feiaoMsp*™ unfayfagebienVkrii, &ilen 
^ftlfS d^ntt^ du Lac Ontario, qm n'en eft qua 



tatvcoHi. 



' 1 1 



-.? ■' 



DXJN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. XQi ioc 

one petite lieue : die eft femied'ines dedifferentes grandeurs, 
tputcs bien boif^es , & rien ne termine rttorifon de ce c6t4- 
li. CeLjmapoit^ auelque terns Ic nom de^««rZtfitt^/on 
lui domuenfuiteceluidei7»/M«/Mc, auffi.bienqu'auFortde 
Catarocoiu , dont le Comte de Frontfenac fut le Fondateur ; 
maislnfenfiblement le Lac a repris foq ancien nom , qui eft 
Huron, ou Iroquois-, & le Fort, ceN du lieu, o^il eft 
oati* . j ^ 

Le Terrein depuis la Galette jufqu'iici parolt affei ft^rlle . 
mais ce n eft que fur U lifiere. : il eit tr^s-hon au-deli. II y a 
vis-i-vis du Fort une Ifle fdrt jo^« auhiilieu duFleuve. On v 

avoit mis des Corhnnc rin: <iiv^» ,.«>.. I.:_i:^ c. .11. ' 



1711, 

May. 



avoit mis des Cochons , qui f^ 
le nom. De deux autres pi 
une demie lieue de diftani 
meYIpauxCeJrvs, 8t V 
Catarocoui eft double , c e 
milieu 41ry a une pointe , 



^ultiplje , & elie en porte 

'-'' aui font au-deffous , i 

lautre,rune fe nom- 

\mx Cerfs, L'Xiife de 

^^^ que preique dans J£«i. 

wvacnce beaucoup , & fous 



'"^ w 7 ^ ^" °" ^^^ mduillaee pour les grandes Bar- 
ques. M. de la Sale, fi c^lebre par i^% d^couvenes & paries 
maiheurs , qui a hh Seigneur de Catarocoui , & Gouverneur 
du Fort , y en avoit deux oil tl^is , qu'on y a coulees i fond , 
"f.HM* y.*?"' encore. Derriere le Fort il y a un Marais , oii le 
Cxibier toifonne i ceft une douceur & une occupation pour 
la Cx^nrfon. II fe faifwt autrefois ici un tr6s-grand Commer- 
ce, fur -tout avec les Iroquois, & c'^toit pour les attirer 
Chez nous , pour les emp|^her4? porter leurs Pelleteries aux 
Anglois, &pourl(|gtenir«ux-me^esehrefpea, qu:Qii avoit 
bit! le Fort : mais ce commerce n*a pas dur^ lontems , & le 
Forni'a pas empech^ ces Barbares de nous faire bien^du mal. 
^ S?^ f ^^S^^*"^' encore quelques Famjil|^-dehor$ 
cK la FlacI , & il y en-aauffiquelques-unes ^imBmfagutt t 
JJation Algonquine , qui a encore une Bourgacle^rlelB^d 
Occidental du Lac Ontario, une autre ii Niagara , & 4iii© 
troiueme. dans le Detroit. 

, Je trouve ici , Madame , une occafion pour envoyer me$ 
Lettresi Quebec ; ie vm profiter de quelques heures dieloi- 
firpour remplu- cclle-ci de ce qui me refte a vous direiur la 
^erence des Langues du Canada. Ceux , qui ks ont etudieefi 
aTond , pr^tendent que les trois , dont je vous ai pafl^ , ont 
tfm les Cara^eres des Langues primitive^i & il eft certain 




'Ja// '•"•^^M%. ,« 




"/ , 



• ., v^ 



-t: 



'^j^r- 



'I- 






196 JOURNAL HI^STOklQUE^ . 

qu*elles n*ont pas une origine commune. La feule prononcla- 
tion fuffiroit pour le prouver. Le Siou-fifle en parlant i^ le Hu- 




ron 

V^ au 

Jrononce ^ , ^ 

e n'ai pu riep apprendre de particulier de la premjere de ces 
trois Langues ; mais nos anciens Miffionnaires ont beaucoup 
travaill^ Tur les deux autres , & fur les principales de leurs 
Dialeftes : voici ce que j'en ai oui dire aux plus habiles. 
carafteredc La Langoe Huronne eft d'une abondance , d'une energie ,' 
lonnr.^"'""" & d'une nobleflfe* qu'on ne trouve peut-etre reunies dans au- 
cune des plus belles , que nous connoiffons , & ceux , k qui 
elle eflf prop;-e , quoique r^duits k une poign^e d'Hommes , 
ont encore dans I'ame une elevation,qui s'accorde bien mieux 
avec la majefte de leur Lan^age , qu'avea le trifte ^tat , oti 
ils font reduits. Quelques-uns ont cru y trouver des rapports 
avec THebreu ; d'autres en plus grand nombre ont pretendu 
qu'elle avoit la m^me origtne , que celle des Grecs ; mais rieii 
n'eft plus frivole , que les preu ves , qu'ils en apportent. II ne 
faut point fur-tout compter fur le Vocabulaire du Frere Ga- 
briel Saghard , R6collet , qu'on a cit6 pour foutenir ce fen- 
timent : encore moins fur ceux de Jacques Cajrtier & du Ba- 
rpn de la Hontan. Ces trois Auteurs avoien*t pris k la vol^e 
qUilques termes, les uns du Huron, les autres de I'Algon- 
quin , qu'ils avoient mal retenus , & qui fouvent fignifioient 
toute autre chofe , que ce qu'ils croyoient. Et de combien 
d'erreurs rfont pas ^te caufe de pareilies m^prifes de quantitd 
de Voyageurs ? 

La Langue Algonquine n*a pas autant de force , que la Hu- 
ronne , mais elle a plus de douceur & d'^legance. Toutes 
deuK ont une richeue d'expreffions , une variet^ de tours , 
une propriety de termes , Une r^ularit"^ , qui etonnent : mais 
ce qui (urprend encore davantage , c'eft que parmi des Bar- 
bares , qu'on ne voit point s'^udier k bien parler , & qui,n'ont 
jamais eu I'ufage de I ecriture , il ne s'introduit point un mau- 
vais mot , un terme impropre , une conftruftion vicieufe , & 
que lesEnfansQ^mes en confervent /jufques dans le difdburs 
tamilier , toute la puret^. D'ailleurs la maniere , dont ils ani- 
ment tout ce qu'ils difent , ne laifte aucun lieu de douter qu'ils 
ne comprenneflt toute la valeur de leurs expreifions , & toute 



Caraftere de 
la Langue Al- 
gotx^uinc- 



>'*-■" 






.1^ 



•y" *«' 



I 72 I. 

May. 

Panlculart- 



DtJNVOYAGEDEUAMERIQ.Ut.XII. 197 

la beauty de Uur Lan^ue. Us Dialeftes , qiii font deriv^es de 
1 une & del autre ,n en ont pas confer v^ toutes les graces, 
ni la n?ame force. Les Tfonnonthouans , par exemple c'eft 
un des cinq Cantons Iroquois, paffent parmi les Sauvaees 
pour avoir un Langage groffier. , * 

I^ansleHurontoutfeconjugue; uncertain artificS. que „ • , . 
le nevousexpliquerois pas bien-,v fait diftinguerles noms, UsTiTul 
les pronoms , les adverbes , &c. des verbes. Les verbes fim- g«eHmonnc. 
pies ont une double conjugaifon , I'une abfolue , I'autre r^- 1 
ciproque. Les troifi^mes perfonnes ont les deux gentfs , car 
il n y en a que deux dans ces Langues ^ k f^^vok fe genre no- ' 
ble , & le genre ignoble. Pour ce qui eft des nombres & des 
terns , on y trouve les memes diflf^rences , que dans le Grec 
Far exemple , pour raconter lin voyage , on s'exprime autre" 

*"®? ' ^\J?r * ^*,". P.^' ^^"^ . ou fi oa I'a fait par Eau. Les 
verbes aOifs fe multiphent autant de fois , qu'il y a de chofes 
qui tombent fous leuraftion; comme leverbe , qui fignifie 
!pfnger, vane autant defois , qu'il y a de chofes comeftfbles. 
L aftion s exprime autrement k I'^gard dune chofe animee . 
Of d une chole irtamm^e : ainfi voir un Homme , & voir une 
pierre , ce font deux verbes. Se fervir dune chofe , qui appar- 
tientA celui, qui senfert, ou icelui, k qui on parle, ce 
lont autant de verbes differens. 

II y a quelque <;hofe de tout cela dans la Langue Algon- Panicuhri- 
quine, mais la maniere n'en eft pas lameme, & je ne fuis thTilui 
nuUenient en etat de vous en inftruire. Cependant Madame ^"' Aigonqui- 
fi du peu que je viens de vous dire , il s'enfuit que la richeffe "'' 
& la variete de cesLangues les rendent extr^mement difficiles 
k apprendre , la difette & la ft^rilite , oti elles font tomb^es , 
ne caufent pas un moindre embarras. Car , comme ces Peu- 
ples , quand nous avons commence k les frequenter , ieno- 
roient prefque tout ce , dont ils n'avoient pas f ufage , ou qui 
ne tomboit pas fous leurs fens, ils manquoient de termes 
pour les exprimer , ou {es avoient laiff^ tomber dans I'oubli. 
Ainfi n ayant point de cuke regl6 , ne fe formant de la Divi- 
m6 , & de tout ce qui a du rapport k la Religion , que des 
id^es confufes , ne faifant prefque aucune reflexion , que fur 
les chofes fenfibles, ou ne concernoit point leurs affaires, 
gui etoient tr^s-born^es , n'^tant pas accoutum^s A difcourir 
des vertus, des paffions, & de beaucoup d'autres fujets d« 



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■'-■-.' • - ' - 

,98 JOVR-NAL HtSTORIQUE 

nosentreciens drdirtaircs; ne cuhivant«i arts , «ie ceux ,qui 
leur ^oient n^ceffaires , & <iui fer^duifoientiun tr6s-peiit 
nombre ; ni aucune fcience, n'obfervant que cequi 6toita 
leur port^e , & pour la vie n*aya« Jf^n de fuperflu , m au- • 
cun rafinement j quand il a it6 ciieftionde leur parler dau- 
tres chofes , on atfouv^ un grani vuide dans leurs Langues , . 
& il a fallu . pour fe rendre intelligible , les remplir de cir- 
conlocutions embarraffantes, & pour euj, & pour noul. 
de foitc qu'apr^ avoir appris d'eux leur Langage •, on a ^t^ 
oblia^ de teur en enfeigner unc autre , compof^ en partie de 
leul^ronres termes , & en partie deir notres t^aveftis en Hu- ^ 
ron X eS Algonquin , pour leur en faciliter la prononcla- 
tion. Quant aux taraaeres , ils n'en avoient point , & ib y 
fupplSicflt par des efyic^ d'Hi^roglyphes. Uien ne les a 
plus furpris 5«e de nous voir nous expfiquer auffi aifement^ 
pir ecrit , que par parole. * -^ 

^ Oue fion mJ demandciquoi onareconnu queleSiojl, 
le Huron , & 1' Algonquin font plut6t les Langues Meres , ^ue 
quelques- unes d?celfes , que nous regardons comme leurs 
i)ialea«s , ie repondrai qu'on nc peut gueres s y «>6prendre . 
& ie n'en veux point d'autre preuve , que les paroles de M. 
I'Abb^Dubos, que i'aideja cities (a) ; ""^ enfin , comme 
nous ne pouvons juger ici que par comparaifon, fi de ces r^fle- 
xionson peut bien conclure que lesLangues de tousles Sauya- 
aes du Canada font d^riv^esSes trois, que j ai marquees , , a- 
Soue qu*elles ne prouvent pas abfolument que celles - ci 
font primitives , & de la premiere infbtution des Langues. 
J'aiolte que tous ces PeupTes ont dans leu«i d.fcours un peu 
de ce g<inie Afiatique , qui donne aux chofes un tour & des 
expreffions figur^es , & ceft peut-^tre ce qui a perfuad^ i 
3ques-uns qn'ils tiroiem leur origme de l^Afie, ce qui eft 
d'aillcursaffexvraifemblable. r r * 

Diffir^ice Non-feulemeni le» Peuples de la Langue pronne fe font 
icsPcupiesdc touiours plusocoup^s que les autres de a culture des Terres. 
NatioM Ha- . i. ^^ ^ ff bcaucoup moins ^tendusi ce qui a oroduit 
::ra«Va- deux Ss ; car eir preiSier lieu ils fe font mieux &ablis , 
ri Aign. ^'"ux log^; , mieux*^fortifiSs , il y a toujours eu parmi eux 
•^"^ Sus de police , & uneforme de gouvernement plus marquee. 
Uqu& d« Chef , au moins chez les vrais Hurons , qu» 



fiwet. 



iii? 






DUN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. XII. ,99 
font les Tiormontates , eft h^reditaire. En fecond li^d juf- 
qu'aux Buerres des Iroquois , dont nous avons ete les t^- 
inoins,leur Pavs 6toit plu^ peupU , quoique la Polygamic 
ny eat jamais kii en ufage. lls.ont auifi la reputation tfetre 
plus laborieux , plus in^uftrieux , plus habiles dans leurs af- 
faires, & plus mefures dans leurs demarches, ce qu'on ne 
f(f auroit attribuer , qu'ii I'efprit.de (ocisti , qu'ils ont mieux 
conferva que les autres. Ceei U remarque fur-tout diis les 



1721. 

May, 




quand il sagit des affaires gln^rales. Heft vrai que malerJ 
cette diyerfite , qui ne fe remarque pas 41 premier coup d'oeil, 
il y a bien de la reffemblance dans le caraaere d'efprit les 
moBurs , & les coutumes de tous l^s Sauvages du Canada • 
mais c eft une fuite du commerce , qulls ont continueUement 
enlemble depuis bien desji||cles. 

Ce feroit ici le Ueu de vous parler du gouvernement de ces 
Peuples , de leurs coutumes & de leur Religion ; mais je n'y 
vofis encore qu'un cahos , qn'il ne m'eft* pas poffible de de- 
br^iUer. Vous ne voudriez pa^,^ douie qu'ik I'exemple djfe 
cerlams Voyageurs , qui ne font point difficult^ de r&iplir 
leuK Journaux de tout ce qu'ils entendent dire , fans s'embar- 
raliarde rien verifier, je vous dibitaffe toutes les extrava- 
gance^, qu'on a mifes fur le compte de nos Sauvages ou 
auon a tiroes , comme on a pu , de leor&traditii^ns, Cestra- 
diuons daiUeurs fonj ft peu lures , & fe cpntredSent prefque 
toujoursfi groffierement, qi»;^^^^^ nen 

d^eier de certam & de fuKVi. ,En effet comment des Peuples 
tels, qu'onatrouv^ ceux-ci, auroient-ils du fe tranfmettre 
bien fidelement ce qui s'eftpaff* parmieu^jaipws t^md^ fi^ 
cles , nayant eu aucun fecours , pour fpujs^r imir Mtmoi. 
re ? & peut-on concevoir que de^Homme? ,' gui p^nfetu ft 
peu 4 1 avenir , fe foient jamais aff^z occup^ du paff4 . pour 
en conferver un fouvenir fidele ? Auifi apr^s toutes les re- 
cherches , qu'on a pu faire , on eft encore ^^avoir qUdle 
etoitla fuuation du Canada, lorfqiie nous en times la pre- 
miere d4cQuverte vers le milieu du leizi^e fi^cle. ; 



Lefeui point de leurHiftoire, qui foit venu jufqu'4 noiis 
revStu de quelque vraifemblance , eft I'origine de la guerre , 








#. 



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Orlgfnc <fc 
la guerre , que 
ksAlgoocjuiidi 



4li 



t ,., ... V-^ .,1^-. 






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May. 



200 JOURNAL H 1^ T OR I ^ P 

que M. de Ctemplain trouva fort allum^e ehtre les Iroquois 
d'une part, &Jes Hurons & les Algonquins de I'autre, & 



ontca 
nit contte 
Iroquois* 



& les Hatons daiis laquelle il s'engagea beaucoup plus qu il ne convenoit ^ 
ont^afoute- ^^^ y^bles iiiterets. Je n'en ai pu m6me decouvrir Upo- 
que , m^s je he la crois pas fortancienne. Je vais , Madame , 
finir par-14 cette Lettre: mais je vous avertis d'avance que je 
ne garantis point la verit^ de ce trait hiftorique , quoique je 
le tienne d'affez bon endroit. <r . 

Les Algonquins , comme je I'ai d^ja obferv6 , occupoient 
toute cette itendue de Pays , cjui eft depuis Quebec , & peut- 
etre meme depuis Tadouffac jgfqu au Lac de Nipiffing, en 
fuivant la Rive Septeiitridnnale du Fleuye Saint Laurent, & 
en remontant la grande RivierS , qui fe d^charge dans le Fleu- 
ve au-deffus de flfle de Montreal. Cela peut taire mger que 
' cette Natioft ^toit alors affez ijombreufe , & il eft certain 
qu'elleafeit lontems une tr6s-grande figure dans cette partie 
de rAmerique,.o{i les feuls Hurons ^toient en 6tat de leur 
difputer Iwjr^^minence fur toutes les autres. Par rapport i la 
Chaffe , ilsn'avoient point d'^gaux, & pour la Guerre , lis ne 
reconnoiflbient point de fup6rieurs, Le peu , qui en refte iu- 
iourd'hui ,^ rfa point'd^g^ner^ de I'antic^ue valeur de cette Na- ^ 
tion , & leur malheur ne leur a point tait perdre encore leur 

' ?-es Irotfuois avojent faif avec eux une efp^ce de conih^i- 
ration , fort utile aux uns & aux autres , mais qui , dan^ 1 id6e: , 
des Sauvages , chez quiun grand Ghaffeur & un grand Guer- 
rier vontde pair , donnoit aux Algonquins «ne vraie fup6rio- 
mh fo#^l«J^fcoquoisi Ceux^i , prefqu'uniqueraent occup^s de 
la culture des Terres, s'^toient engag^slfeire partde leurs 
f recohes aux Algonquins , qui de leur cot^ deyoient partager 
avec eux le fruS deleur Chaffe „ &4es 4^fendre contre cpii- 
coi«rA^ erittepwtdroit de les inquietter.' Ces deux Nations 
v^cuiini ii«fi afler tentfems e»l}Oftne intelligence ; puns une 
hiiiieur m4lplae^edela^artdes uns; und^pit, auquel on ne 
s'attehdoit point de la part des autres , rompirent cette union, 
& brouillerent irr^conciliablement ces deux Peuples. 

Commef Hy ver eft le terns dela grande Chafftp , & qualors 
la Terre couverte; de N^ges ne fournit pas d'occupation i 
ceux , qui la'boltivent, lesSauvage* des deux Natiortscon- 
ftder^^s fe joigivoient enfemble pour byvernpr di^ns les Bois ; 



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BVff VOYAPE DE L'AMERIQ. Let. XIL .0, 
mais ies koquois pour I'ordinaire laiffoient chaffer les Aleon- 
qums, & fe contentoient.decorcher les Betes def^rffT 
Cher les Viaades, & d accommoder les Peaux 'C^^^^^^^^^^ 
teme„tpar.toutrouvragedesFemm^; peut-tequ^&J 
n ^toit pas encore I'ufage : quoiqu'il Ik Lt , les Iroquo? ne 
sen faifeient ps une peine. Decerns en terns nlanSs il 

F/T.l^rf ' q"^^"«-"«* d'entr'eux de s'effayer ^^3/- 
. Je, &M^s Algonc^uins ne s y oppofoient pas : en quolnsf. 
rent mauvaisPoStiques. IlirnVa pendan^u^ HySun^^ 
Troupe des deux I^ations s'arreta^^dans un endfoitvl^ns 
.avoient compt^ de faire bonne Chaffe ; & fix ieunes A°Pon 
cuins accomp Ws d'autant d'Iroquois de meme age, St 
detaches pour la commencer. - «»sc, lurent 

Ik apper^ufentd'abordquelques Elans, &tousfepr^Dare ^ 
rent au/fe-tdt k courir deffus; mals les Algonquins ne vo^ulf rem 

paspermettreauxlrqquoisdelesfuivrer&leurfirententend^^^ 
qu I s auroient affez ^faire ^our Scorcher toutes les filtes 
ciuils alloient tuer Par malheur pour ces Rodomons troi; 
jours fepafferent , fans qu'ils puffent abbatreun feul oXnal! 
quoiquil sen prefentat un grand nombre. Cepeu de Ss 
les mortifia, &nefitapparemment pas de d Jaifir aux Iro! 
quois , qui firent inftance pour avoir la permi4n d aller d'un 
autre cote, oil ,1s fe flattofent d'etre plus heureux. Leur pro" 
pofiuon fut rec"^ des Algonquins, ^comm^ le fut autrifSs 
des Freresde David celle , que fit ce jeune Berger d aller com! 
battre le Geant Gphath : on leur dit qu'ils h^<^t bien vZs 
de pretendre avoir plus d'habilete que des Algliquins • oue 
leur fait^toit de remuer la Terre , & qu'ils de^oient laiffe??' 
Chaffe k ceux , k qui elle convenoit mieux. 

Les Iroquois outr^s de cette r^ponfe ne r^pliquerent poin 
mais la nuit fuivante ils partirent fecr^tement pour la (5haSS 
Les Algonauins fu«nt furp^^^leur r^veil TSe ks poim 
voir, mais leur ^tonnen^ent fes:hangea bientot en un chLrio 
extreme. Car d^s le foir du meme joSr ils appercure m 1^^^^^^^^ 
quois , aui revenoient charges de Viandes d'OnVnal II n'pi 
ppmtd'flommesauMonde,q^ifoientpKufcep^^^^^^ 
Pit , & qui le portent plus loin , que les Sauvages de cffiys. 
Leffet d-e celui des AWquins fiit prompt : 5 peine l^Jo- 
quois furent endormis,q][i'ils eurent tous laTete caffde. Un tel 
aliaffmat ne pouvoit pas demeurer lomems cach^ , & qubique 
Tome JJI. , • Q^ H"'' 



1 72 1. 

May, 




♦ 



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,t--.A.vi^rvti^' 



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101 



1721 
May. 



Les (iHi;es 
Itette gucite. 






101 ™,URNAL HISTORIQUE: . 

les Corps eufferttit^ wterr^s fea-^tement , on en futb^ 

deration ^ mais elle voulu%voir juftice des Meurtrif 
la rpr5-oit ttop.^ur ifluiaccorder : on ne vot 

„ Nations , ils s'^g»L^ _, 
qori^^p des Erii!emi^<Jii|s te . . 
rrtg de coeur , &Hiua«d lis 
il^tomberenttoik-i-coup lur« 
' -^ nous 

I?, W qui a emprau;. twui. xv 7,*t"T7'j, ® 7 
taJdes Irodiois avec unefer^t^ d au^ 

Wit ?^ de cfttte ,S»reur pr^cipitee , HV^^Tn^lrs les 
ZSJnMfes mefure^ 4 & qui fe ralentit d'abord. D aijeurs les 

SnXiere S leurs Ennemis, & cela eft encote plus 

fidcshoZlT/mc des autres. On dit commun^ment, 

aS^ airSem en Renards, qu'ils attaquent enWs , 

Sp m?^ & cette conduite leuf a 8 frien r^u^ , .que ft^ 
tks Francois il ne iercwt petit-etre plus mention aujourdhui 
tocSes Nati , qui on| oft s'oopofer^ ce torrent. 
' Lefplus maltraites de^ous ont et6 les Hurons , qui fe fom^ 
trouv^s engages dans cette guerre, comme Allies, ouVoi- 
U fini des Allonquins , ou parce qu'ils fe rencontroient fur le 
^ / f h!min del unl & d^s aut?es. ol a vu avec ^tonnementune 

' Natfon despbsnombreufes,&desplus .^^^^^^ 
S^ dnent ; & la plus eftim^e de toutes pour Ta faeeffe ^^5, 
^ eSdifparoitreprefque entieremeftt en afezp^ujanfl^es 
On peut Sire m^me Jil n'en eft aucune dans cett^l^e de 
r Am^rique , Uaquelfe il n en ait cou^ibgucou^^ 

force lehroquois igrendre les ^^P^^ ' ?^, J^g^MT g 
tout k Canada ygl^s Ah^quis , qu ds dHMlBPRIXiieter 



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DV N V O YA G B D E L'A M E R r Q. Let. XH; 203 
chez eux. Car^epuis qo'ils pnt go^t^ de la guerfe, ils ne fcau- 
roient demeurer tranquiHes , femblables aux Lions , dom la 
vue Sc le gout du Sang ne fait qu'augmfenter la foif infauabje , 
qu'ils en ont. On aUroit pein^A croire jufqu'ou ils fdnt afi^s 
chercher des Homnies , pour les combattre. Cependant k 
force de faire la guerre , comme ils n ont pas laiff^ de recevoir 
de terns en tems d'^flez grands tehees , ils fefonttrouves eux- 
memes extremement diminues , & fans les Efqlaves , qu'ils 
ont amenes de toutes parts, & dont ils ont adopte le plS^ 
grand npmbre , leur Utuation ne feroit guires aujourfhui^ 
plus heureufe , que celle des Peuples , qu'ils ont fubjugues. 

Ce qui eft arrive en cela aux Iroquois , on peut le dire a 
plus forte raifon Je tous les autres Sauvages de ce Pays, & 
il ne faut JJks s'^tonner fi , comme je I'ai deja remarque , ces 
Nations diminuent tous les jours d'une maniere bien fenfible. 
Car encore que leurs guerres ne paroiffent pas d'abord aufli 
meurtrieres que les notres i elles le font beaucoup plus k pro- 
portion. La plus nombi»eufede ces Nations n'apeut-etre ja- 
mais ^t^ de plus de foixante mille Ames , & de tems en tems 
il fe paffe entr'elles des aftions , oil il y a bien du fang re- 
pandu. Une furprife, ou un coup de main detruit quel- 
quefois une Bourgade ^tiere ; fouvent la crainte d'une ir- 
ruption fait deferter tout un Cajjtoiv,^ alors cesFugitifs, 
pour iviter de mourir par leFer de leurs Ennemis, ou dans 
l|s fupplices , s'exoofent k perir'de faim & de mifere dans les 
Fo>^ts ,;ou fur les Mohtagnes , parce que rarement ils ont le 
Ipifir , ou la precaution d'y porter des vivres. CeJa eft ar- 
rive le fidcle pr^c^ent k un tr^s-grand nombre de Hurbns & 
d'Algonquins , ds^nt m n'aj)u Icavoir ce qu'ils etoiem de«. ' 
yemis. ' ^ 

s • Jefuis, &c. 



c . . ■.' "■■; 


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1721. 




May, 


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104 



JOURNAL HISTORIQUE 




7^ 



TREIZIEME LETTRE. 



. "fr»** "' 



Defcription. du Pays jufqu^ U Riviere dts Onnontagues. 
huflux & du Reflux dans Us grands lacs du Canada, 
Maniere, )dom UsSauvages chantent la Guerre. DuDieu 
de la GueA-e cher ces PeupSs. De UDeclaration de la Guerre: 
Des Coliers de Porcelalne & du Salumet, & de kurs ufaais 
four la Paix & pour la Guerre. j 

^M I'Anfe de la Famine , ce feizi^me de May , 171^ 



M 



ADAME, 



•- N 



«, . Me voici degrade par un Vent contraire^, qui a bien la 

carets.'' mine demurer llntems^ & de me retenir plus d'u" jour dans 

Route jufqui le plus mauvais endrdit du monde. Je vais me dflennuyer a 

':^^. voSs krire. II paffe' ici fans ceffe des ^^m^^^^^^ntiet^^^^^^^ 

tioaduPays. Pigeons I que nous appellons Tourtes ; fi quelquune vou- 

loit fe cha?ger de mes Lettres , vpus f5auriez pe"t-etre de 

mes noavelfes , avant que je forte d'lci : mais les Sauvages 

nefefont point avifts ae dreffer cesO.feaux^^e manage, 

comme faiToient, dit-on, autrefois lesArabes,&bea^up 

d'autres Peuples. . i ru«,.-« «,£l - 

Je m'embarqusi le quatorze pr^cif^menti 1 heure meme , 
i, kquelle i'te arriv^ la veille \ Catarocoui. Je n avois que 
fix lieues i faire pour gagner Xlfle aux ChevremU ,pu 1I7 a un 
ioli Port", qui rieut recevoir de erandes Barques ; maij mes 
Canadi'ens n'avoient pas vifite Teuf Canot, dont le Soleil 
avoit fait fondre la gomme en plufieurs endroits, ilfaifoit eau 
de toutes parts , & il me feUut perdre deux heures entieres 
pour le r^parer dans une des Ifles , qm font i 1 entree du.Lac 
Ontario. Ndus naviguimes enfuite jufqu;^ dix heures du fdir , 
fans pouvoir gagner I'lfle aux Chevreuils , & il nous faf lut 

' ■'' pafferlereftedelanuitdansuntr^-mauvaisendroit. 
Be. vlgnn J'appercus U pour la premiere fois des Vignes dans le iJois. 

fcciadi II y en avoit prefqu'autant de Seps , que d'Arbr^s , k la^imt 



DUN yOYAGEDE t-AMERIQ. Ut. XIII. zo< 

defquels lis s'elevent. Je n'avois pas encore fait certe fe- 
marque , parce que je m'dtois toujours arret^ jufques-la dans 
des endroKs decouverts ; mai5 on m'affure que ck par-tout 
la meme chofe jufqu au Mexique. Ces VignJs ont le pied fore 
gros,& portent beaucoup de itaifim. Mais les grains n'en font 
gueres que de la groffeur d'un Pois ; & cela ne peut etre au- 

fremem.lesVignesi^^tantpointtaillees,nicultiy^es:Quand 
lis font mur$ I c eft une bonne manne pour les Ours , qui voiit 

les chercher au haut des plus grands Arbres. lis n'int pour- 

tant quelereftedesOjfeaux, qui ont^bientot vendaiiee des 
Forets entieres. < ° 

Je partis le lendemam de bonne heure , & k onze heures du 
matin ie m arretai klljleaux GaLhts, trois lieues par-deU I'lfle 
auxChevres, par les quarante,|rois degr^s trente-trois mi- 
nutes. Je me rembarquai un pe|^ aprb midi ; & je fis une tra- 
verfe dune lieue & dertiie poilf gagner laPoinu de la Tra- 
verfe : Ci pour vemr Ik du lieu, ou j'avois paffe la nuit, il 
m avoit fallu cotoyer la Terr^ferme , j'aurois eu plus de qua- 
rantelieues^faire, &loneftbienobligdde prendre ce par- 
u , quand le Lac neft pas bien calme ; car pour peu qu'ilToit 
apit^, les vagues V font auffi groffes qu'en pleine Mer. II 
neft pas meme poffible de ranger la Cote, Stiand le vent ' 
•vientdu large. ^ 

De la pointe de rifle aux Gallots on volt k I'Oueft la Rf- 
viere dQChouguen, autremetj^t appellee la Riviere d'Onnonta- 
^e, qui en eft eloigneede quatorze lieues. Comme le Lac 
etoit tranquille, quilny avoit nulle apparence de mauvais 

SS-'^ . ^"^ "°"' ^'''^"^ V" petit foufle dev^ntd'Eft, qui 
fUffifoit a peine pour porter la Voile , je r^folus de tirerioit 
fur cette Riviere , afin d epargner quinze ou vint lieues de 
circuit. Mes Conduaeurs , plus experiment^ que moi, iu- 
geoient 1 entreprife hafardeufe j mais par complaifance ils d^- 
Firerent k mon avis. La beaut^ du Pays , que je laiflbis k ma 
galiche, ne me tenta point , non plus que les Saumons & 
.quantity dautrg* Poiflons excellens, qu'on peche dans fix 
belles Rivieres , qUi font 4 deux ou trois lieues les unes des 
autres (a). Nous primes dqnc le large , & jufqu'4 quatre 



1 72 I 
May. 



{») I,aRiviere J* t AJftmptien 
licue dflyi>)inte de la T- ^ 



SMbles , trois liniifs plu 
rUntht , Ideux lieues 




i one 

Ic : cellc dis 

celle M U 

fcUeV* /« 



^»nde ?amint . i deut autres lieues : ceHc 
dt I* Petite famine . i one lleu)f : celk lU 
/« Grfff Etm$ , a uoe Itcue. 



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.i». 




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May. 



nous en repentir : mais alors 
us auriofts,bien vo?ulu etre 



106 JOURNAL HISTORIQUE 

heures nous n'eumes 

le v^nt forca tout-^|L-|-_,2^___. ... , 

plus pr^s de T ^ ( |tf | SH iF"^^ ^®" ^* P PfP^"^ » 
dont nous ^tionJiPalftt^s lieues , & nouseumes bien de 
la peine k la g^fer. Enfin i fept heures du fokiious aborda- 
^ me^ ^ T-^/?^ <«/<» Famine, ainfi nomm^e depuis que M. do 
la Barre , Gouverneur General de la Nouvelle France , penfa 
y perdre toute Ton Arm^e par ^ tel||py^^ maladies » en 
allant ^ire la guerre aux IroqOTB?: * ^* # > 
Pcfcription 11 etpiti lems^ue nous arrivaffion| ; le yent(6toit fort , & 
Ac I Anfe dc la [q^ yamiks fi groflcs , qu'on jp'auroit pas'cle paller la aeine a 
famine. ParioSs-^-vis du Louvre par le tems , quC nous avions. A^ » 
refte (it endroit eft tout propre a faire perir une Armde , qui 
aiioit lompt^ fur la Chaffe & fur la Plche , pour fubfifter , 
oils que rAir y paroit fort mal fain. Mais rien neft olus 
beaii que les Forets , qui couvrent tous les Bords du Lac. 
Les Clienes blancs & rouges s'y ^levent jufqu'aux nues , on 
y' voit ertcoi^ un Ai^re de la plus grande efpece , dont le 
bois dur , m^is caffant, reffemble l>eaucoup i celurdu Plane, 
& dont lafeuille^cinqpointes,de mediocre grandeur^ 
d'un tr^s-beau verd en-dedans , & blanchatre en-dehors.^n 
' kri a donn^ h nom de Cotormier, parce que dans une 6(^ue de 
la eroiTeur i pe« jrSs de celle du Maronnier d Inde , il porte 
unl efpece de Cotton, qui paroit pourtant n'etre bon irien. 
- ^irlebordduLac,jaiobferv6quilper4 



rv. Flu- & En me promenantfur U -~^ , , - ^ » . . 

du^« dS fenfiblement dece,c6t6-CK,% le reconnojen c?^<pjedan^ 
^^' I'efaace d'une demie lieue en p^ofondeur UTerrein ^ beau- 

coup plus bas dottliis fabl9nnsiJ4jqu'au^el^* J'ai auffi remaf- 



«% 



qu^^dans ceLac^l o»*a0^e la m^^^^ chofe airive 
S, une efpecVde Flux & deRefluxjJrefque 



dans toUs lei apirfS 
mpmentan^ 



, delayers, qui f^nt affez p^s du Rivaee, 
■#;ouv^ant & fe (i^rant W#rs f6is^^^ 



: quart-d'heure, c^Oi^e lafurface ^d La^ ffitiort^Jjie ,^ 
% 2u il ne fit prefque ^oint de vent. ^)f.avoh' r^flfechi^- 
; > *:':_i^:.,\.L^.«a /^oU^onV^^nif Has Sources i. aui le 



flue tems , j iinaginarque ce 
trouvent au fond des LSics , 



Atbre* 
eac cnco! 



[eut^nif des Sources , qui fe 

lu^oc db ces Courans avec 

Ufjul dfes Rivieres v q|ii s'y (SpErPnt de toutesf arts , & qui 

. prbSuifent ces mouvemens ^fermittan^. , c r 

^ Mais croiries^rVous bien , Madame , gue dans la Saifon , 

iK 0% nous fommes., & paf les quprajite-trois d6gr6s de lautwde , 



wg^ 



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-^tf". 



\*. 



May. 

ftuilles au 
moisdcMaya 



'^^ 



DTJN VOYAGE DET!%MERIQ. Let. Xni, 107 

H ny « pas encore unefeuille aijx Arbres, quoique nous 
ayionsquelaUefoisdes xrhaleurs telles, que vousenavez au 
mois de Juillet? Cela vient fans doute de ce que la Terre 
qui a ^t^ cpuverte de NtJges pendant plufieurs fl?ois , n'eft pas 
encore aflfez 6chauffee pour ouvrir les pores des racines, & 
faire monter la fe ve. Au refte la Grande & Petite Famine meri- 
tent bien peu le nom de Rivieres : ce ne font que des Ruiffeaux 
fur-tout la derniere , m^is ellesfont affez poiffonneufes. II v a 
f iW^' ^'^"^|''^^«"f Prodigleufe , mes Gens viennent 
d en ablKtre un Nid , ou il y avoit la charge d'ufie Charrette 
de bois He deux Ajglons ^ qui n'avoient pas encore de Piu- 
ses , & qui^toient plus grds que les Poules d'Inde les plus 
grandes. Ds les ont mangfs , & les onf trou v^s fort bonsf Je - 
r6viens ^ Catarocom , oj la nui|, que fy paflai , je fus td- 
moindunefceneaffezcurieufe. . . • *^ 'V 

Wers les dix oir onze heures du fdfr ,.cofl«ne j'^tois fur le ^a„.e„ 
poim de me retirer , j entendjs un cri , qu'on nie dit etre un ''^'«"^" '=• 

i<>i*fA . ,Av nAii Ao #ArMo m^m,Xt, 1^ iL --' Tf , • _ >. _ Guerre "^ 



M'anlerc St 



parmi 




cri de guerre , & peu de terns apr^s ,e vis une Troupe de Mif- fcTsL!:" 
fifaguez , qui entroiem dans le Forten chantant. Depuis quel- ^ 

«ues ann^es ces Sauvages fe font kiflKs engager daris la gudr- 
""" ^ IrpqucHs font aux Cheraquis , Peuple affez fiom- 
qui habite un tr^s - beaii Pays au Sud dii Lac Erie • 
- ce mns-lk les nbints demangent^leurs jeunes gens! 
jm.- ^"^''■® °^i^^* "."^^ves ^ ^quipp^s^comme s'ils avoient 
li^e une mafcarade , le Vifige peint de maniere k inf- 
pirer de lta[eur, & fuivis de prefque tous les Sauvages 
qui demeu^ aux environs du Fort , apr^s avoir parcouril 
les Cabann^s en chantant leurs^chaiifons de guerre , au fon du 
Chi<^hikpu6 (a) , venoient faire lameme chofe dans tous fe& 
Appaiieinons du Fort , par honneur pour le Commandant & 
pour les Omciers. 

•t ^f y?"* avoueMa4ame,quecetteC^^monie a quelquechoi 

auimfpire^e rhorr.eur,quandon la voit pour la premiere f| 
: qu^ je ri'avois pas encore feflti jufques-U, commejens 
alors , que J etois parmi des Barbares. Letir Chant a touiours 
^uelque chofe delugubre& de fombre j mais ici iV trouvai 
je ne f^ai dtlloi d^firayant, cauf^ peut-etre uniquement par 
lobfcurit^ de 1^ nuit , & par I'appareil de la Fete^ car e'en eft 
une po^ l^s Sauvages. C'eft aux Iroquois , que sadreiFoit 

(a1 Ceft une ef£ccc dc Calebaffc lemgUe de £edt$ CaiUowu 



r-^ 



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1711- 

May. 



Dii Dtea de 
la Gucire. 



DclaDdcla 

ntion 
(iucuc 



zo8 J O l| R N A L H I S T O R I Q U E ^ 

cette invitationi^ais ceat-c't, At^i la Guerre desChera- 
quis commence k devenir ^charge, ou qui n^toient pas en 
^meur , demanderent du terns pour deliberer , & chacun ^ en 

retournachezft>J» ^ f j** /. " • J 1 

Ilparoit, Madame, quedansces Chartfoflson mvoauele 

Dieudela Guerre , que les Hurons appellent Areskoui, & les 
hoquoisAireskoue. |^ ne f^ai pas quel nom on. lui donned 
dans les LaSgues Algonquines. Mais,rt^-.I Pa* unjpeu ^tpn- 
nant que dam le mo«Grec Ae«., qui eft le Af^« & ie Dieu / 
de la Guerre dans fous les Pavs , ou 1 on a fuivi la Tbtologic 
d'Homere . on trouve la facme , 'foi^ femblent dinyer plu* 
fieurs termes de la Laneiie Huronne 8J Iroquoife , qui <)nt 
rapport i la Guerre ? J«gt»«m fignifiefaire la Guerre, &J^ 
comugueainfi*:^a«/<>»jefeislaGuerre ; 54«rpytu fo^^ 
Guerre J ^rego » il feit la GuerrfeV Att refte , Areskouiweft 
pas fimlement le Mars de ces Peuples , il eft encore le SoUve- 
rain^esDieux^outCommeilss'expriment , le GfandiJ-lpr^t, 
le Cr^ateur & le M^itre du Mpt^e , le G^nie , (lurgojvfrn* 
tout ; maisc'eft principalement pour les exp6dUions MiU^i- 
res, qu'onl'invoqaf , cortime ft la quality , m lui tait If pms , 
d'honneur , itoit cettc d» Dieude? Armies. Sort nom eft le 
Cri d6 Guerre avant I9 Combat ,% aw l^ftde la Mel6e : dans 
les Marches ntSme on le Hpete fduveirii:, coiiune pour sen^ 
couraeer, & pour wiplorer fonaffiftance. 1 «:" ,> Vi.i 

,Ddcia. Le^r la H^che , c'& d^cUrer la Guerre j tc»ut ^rticuli^r 
d= i» a droit de le faire , fans qn'on puiffe y. troi^ver 4 Hedire j (i cj 

V rfeftparmiles'Hurons^&lesIroguoiSj^JiitesM^ 
" le$ ordonnint & defenderit la Guerre, quaM H Mm^]>P ? 
nous velrons eiifon lieu lufqupli sNkeiid km autorit^4ani 
ces Nations. Mais ft lutte Matrone veuteti^agei^quelquUP.* 

qui tie a^a|i^ttt,d*elle, ^ ^' y^F^^r?^'^^ 
Sour app&r Iw- Manes <i«fon Mari i defo« F##^o^^ 
Sroch/Parent , (bit po&r avoir des Priftmmm , qiM renmia^ 
cent dklis faCabanne , ceux que lamort,ou la cg»tivit^ Jui a 
enlev^s ; il feut qu'elle lui pr^fen^^in Colter de P(in;elame,|0 
& ileft rarequ'une telle invitation ibit tans e<fe«, i^-V 

Ouand il?agita^une Guerredans les formes, erttj^«f<^ 
plufieurs nations , la fecon de s'exprimer eft , /#e»^« fii 
VhaudierefurUfia ; & eil^ a fans dome fpn pngmg dans la 
<;outurae barbare 4* manger tes Prifonmers , &ceux , qui ont 



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qucrclle, on l«i cnvcH'e une Porcelain! ivA^i'^''*"*^^ 

. porjenUcs termJsV on ufe, SouiflonVla Vh^^^T 
Tes Eilnem s. Apnds tout cpr J „..? ^^ ^^ ^"^"" ^e 

oremiers fem. «v5 •^^^**V-^® **^^<^'f peut-etre dans les 
oremiers terns , qin»ne fa^on de ri^r kraU^goriaue telUo.!! 
J Ecriture meme noys en fwmit plu^euw &; v?^^* • ^ *" 
paremment pas a faire 45lS.EnneT fq Ji fuff^it danX!?; 

J ai ditque jfe Porcel5na%6 ces Pays font des cinnill.c 
ellfe* fe trouvent fur les C6tes aAI ^I lu ? ,*-<^q"'|>s •' Digrcffion 

ptu poihtues , rS flies & affe^/^'X T ' rH^^* H? "'^"""^'^ 
. ^ ion renferm^ ^s <^s CoquillS ,?!iw Y ^^'f ^" ^°'^- 
:. mais le dedanVeftTun^ b" fvl "„j^ g' ^5""^^ ""r^"'' 

.,;,|x#m auffirfekqujksiotrtirpMifqu^ 'outage, dde 



^ 



-* 






* 



aio JOURNAL HISTORIQUE 

bords de rifle de Montreal , & je n'ai jjas oui dire que les Co- 



licrs dc I'orcc- 
laine. 



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De leur ufa' 



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Couleurs, lunp mancne «. i.iui.«= vjwiwlwv. — j,.-....,._ ,-. 
plus commune , & peut-etre pour cela meme , moms eftimee. 
la feconde pafoit avoir le grain un peu plus fin , quand elle 
eft travaillee. Plus fa couleur eft foncee ,;& plus elle eft re- 
cherch^e. On fait de Tune & de f^utre de petits Grains cilm- 
driques ; on les perce , & on les enfile ; c eft dequoi on fait 
les-Sranches & lis foliers dc Porcelaine. Les Branches neibnt ^ 
autre chofe, que quatre ou cinqfils, Ou.petites lameres d^ 
Peaux d'environ u.i pied de long , oil font enfile? les Grains 
de Porcelaine. Les Coliers font des mameres de Bandeaux 
oudeDiademes formes de.ces Branches ,affujetties par des 
fils , qui en font un tiffu de quatre , cmq , fix ou Jept rang^es ^ 
de Grains , & d'une longueur proportionnee ; cela^epend de 
I'importance de I'afFaire, qu on veut traiter, & de la digmte des 
nerwnnea . h. qui on prefente le Coher. ^ , 

^ PaMfmelange des Grains de difF^rentesCouleurs. pny 
forme telle fieuFe&tel caraaere , que I'on veut , cequilert 
fouvent^ diftlnguer les affaires, dom il eft queftion. On peine 
memequelquefpis lesGrains: du moins eft-il certain quG^n^n- • 
voie fouvent des Coliers rouges , quand il s agit 4e la Guerre. 
Ces Coliers fe confervent avec fom, & pon-feulement ils. 
compofent le Trefor public , maisils font encore comme les 
Reeiftres & les Annales, que doivent etudier ceUx, qmtont 
chare^sdesArchives,lefquelsf0Qtd6p,pfes dans laCabanne du 
Chef Quand il y a dansTin Village Seux Cheft d^une autori- 
t^ 6gal^ ils gar^dent iour a ;oM^e Trfor-& .Archive pen^ ; 
danfunenuity mais cette nuit,,Tu momaprei^nt , eft tine 

annee emiere. . ^, ^ ./ .^ ' 

II aVa «ue les affaires de confequence , qui fe traiteot par 
des'CoW; pour les moins importantes, onfe feftde Bran- 
ches de PorceS^^nes , de Peaux, de Couvertur6s, de Maiz , ou 
en Grains , ou en Faring , & d'autres chafes femblabes: car ,), 
ent^e de tout cela dans le T?^ public. Quand .Is agit d in- 
viter un Village,ou un.e Nation k entrer dans une Ligqe,quel. 
quefoisaulieu^eColier,onenvoyeunPav.llont^ 
mais cet ufage e^ft moderne, & il y a b.en de I'ap^ehl^ q6e Jes 
Sauvages en o^t pris Hdee k la vue des Pavilfcns blancs des 




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DUN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XIILiu 

Fran5ois , & des Pavilions rouges des Anglois. On dk meine 
. que nous nous en fommes fervis.les premiers avec eiix , & 
ou'ils ont imaging d'enfaqglanter les leurs , lorfqu'il eft que- 
ftion de declarer la Guerre. 

Le Calumet n eft pas moins facre parmi ces Peuples , que le 
Colier de Porcelaine : il a^neme , ft on les en croit , une origi- - 
ne Celefte ; car ils tiehnent que c'eft un prefent que le Soleil S« 
leur a fait. II eft plus en ufage chez les Nations Meridionnales 
& Occidentales , que dans celles du Nord & deTEft , 8^ on 
I'employe plus fouvent polir la Paix , que pour la Guerre. " 
Calumet eft un mot Norniand^qui veut dire Chalumeau ; & le 
Calumet des Sauvages eft proprement le Tuyau dune Pipe ; 
mais on comprend fous ce nonv,la Pipe meme &: fon Tuyau! 
Dans les Calumets de parade , le Tuyau eft fort long , &: la 
Pipe a la figure de nps anciens Marteaux d'Armes :elle e|l or- 
dinairement faite d'une efpece de Marbre rougeatre , fort aifc 
^ travailler , & qui fe trouve dans les Pays des Ajouer , au-de- 
^ du Miciffipi. Le Tuyau eft dkin Bois leger /peint de diffe- 
rentes Couleurs, & il eftornede Tetes , de Queues & de Plu- 
mes des plus beaux Oifeaux ; ce qui , felon toutes les apparen- 
ces n'^ft qu'iin pur ornement. 

L'ufage eft de fumcr dans le Calumet , quand on Taccepte ,* 
& il eft peut-etre fans exemple qu'on ait jamais viole I'engage- . 
ment ,que Ton a oris par cette acceptation. Les Sauvages font 
d|i moirts^^erfiaacles que le Grand Efprit n'en laifferoit pas I'in- 
fraftion impuifie. Si au milieu d un Combat I'Ennemi prefente 
im Calumet , il e/l permis de !e refufer ; mais fi on le recoit , il 
"^■t metfre fur le champ les Armes bas. II y a A^^ Calqmets 

*^ouslesdifFerensTraites. Dans le Commerce, quand on 
iwenu de i'echange , on prefente un Calwmet pour le 
cimenter , ce qui le rerid en quelque forte facre. Quand il s'a- 
git.de la Guerre, nori-feulement Ic TwyauAmais les Plumes 
m^me , dorht il eft orn^ , font rouges : quQllllefois ils ne le font 
que- d*un cote , ,& on pretend que fuivaift la maniere , dont 
les Plumes font difpofees , on feconnoit d'abordi quelje Na«. 
tiort-enveulentceux, quilesprefeiuem. ~ 
' On n«|eiit gu^res douter que les Sauv;ages^ «n faifant fumer d 
da^ 16 CalUI*»etfi^ux',dont ils recherchcrtt4'4Uiartce, ou le coin- i^^ 
merc^,n'ayertt intention de prendre leSoleiipouf t^moin,& en 
quelque iit^n pour ggrant de leurs TxaiteS:j4car ils ne man-». 



I 7 2 I . 

May. 



Du. Calumet 
& de foQ ufa- 



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De fun 6ri- 









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ce qui me paroit d'autant moins vraifemblable , c;|ue ce Ca- 
ducee n'avoit aucun rapport au Soleil , & que dans les Tra- 
ditions des Sauvages on rfa rientrouve , qui puiffe faire juger 
qu'ils ayent jamais eu aucune connoiffance dela Mythologie 
des Grecs.Il feroit, k mon avis, beaucoup plus naturelde 
penfer que ces Peuples , inftrui.ts par leur experience que la 
« fumee de leur Petun abbat les vapeurs du Cerveau , rend la 
Tete plus libre , reveille les efprits , & nous met plus en etat 
de trailer d'affaires , en ont pour cette raifon introduit I'ufaee 
dans les Confeils,ou effeftivement ils ont fans ceffe la Pipe kla. 
Bouche,& qu'aprfes avoir murement d^libere& pris leur parti, 
ils n'ont pas cru pouvoir trouver de fymbole plus propre pour 
mettre le fceau k ce qu'ils ont arrete , ni de gage plus capable 
d'en affurer I'fexecution , aue rinftrument , qui a eu tant de 
part k leurs deliberations. Peut-etre meme vous paroitra-t'il 
plus fimple , Madamfe , de dire que ces Peuples n'ont point 
imagine de flgncs plus naturels p^ur marquer une ^troitte 
union , que de fumer dansJa meme Pipe , fur-tout (i la fumee 
qu'on en tirq , eft offerte k une Divinite , qui y mette le fceau 
de la Religion. Fumer done dans la meme Pipe en figne d'al- 
liance , eft la meme chofe , que de boire dans la meme Cou- 
pe, commeils'eft detout tems pratique dans plufieurs Na- 
tions. Ce font-li de ces ufages , aui viennent trop naturelle- 
ment k I'efprit , pour y chercher du myftere. 

La grandeur & les ornemens des Calumets , qui fe prefen- 
.tent aux Perfonnes de diftinftion , & dans les occafions im- 
portantes, n'ont rien nop plus, dqnt il faille chercher bien 
loin les motifs. Pour peu que les hommes ayent de commerce 
entr'eux , & fe refpeftent mutuellement , ils s'accoutument k 
avoir certains cgards les uns pour les autres , principalemem 
dans les occafions , oil il s^agit d'affaires publiques , ou qiiand 
on veutgagner la bienveillance de ceux , avec aui Ton traite , 
& de-\k le loin , qu'on apporte , pour donner ^lus de decora- 
tion aux pr^fens, qu'on leur fait. Au refte ceft siuxPanis, 
Sation etablie fur les Bords du Miffouri , & qui s'^tend beau- 
coup vers le JNouveau Mexique , qu'on pretend que le Calu- 






DIJN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XIII. iM 

niet a^t^ donnepar le Soleil. Mais ces Sau Vages ont apparem- 
ment fa,t comme beaucoup d autres Peuples. lis orit vOuki 
re ever par le merveilleux un ufage , dont ils eto em les Ai^ 
teurs ; ^ tout ce qu'on peut concture de cette tradit on Veft 
que les Panis rendent au Soleil un culte plus ancien ou plu 
marque que les autres Nations de cette partie du Comi,?enr 
de 'Am^nque, & qu'ils fe font avif^s les premiers de fa edu 
Calumet un fymbofe d alliance. Enfin fi le^Calumet' toi da„s 
fon mftitufon e Caduc^e de Mercure , il „e feroit emp ovf 
quepourlaPaix ou pour le Commerce ; & il eftconft^nJ 
2bj^t ^^' ^^''' ^" Trait^s, qui ont la Guerre pour 

Ces Notions , Madame , m ont paru n^ceffaires pour vous 
donner une connoiffance parfaite 5e ce. qui regarde^la guerre 
desSauvages, dont e vous entretiendral dans mesLfttres 
lufqu k ce que , aye ^u,f^ ce fujet , ou , f, ce font des dS 
fions elles ne font pas tout-i-fait^trangeres k mon fu e . 

Daille^rs unVoyageurtachede placer lemoinsmalqu'ipeu 
tout ce qu'il apprend fur fa route. ^ ^ 

/e fuis , &c. 



f , 



QUATORZIEME LETTRE. 

• K'" '^ If . 



Riviere des Sabfes. Motifs des Guerrcs desSauvaL,mpart 
des Guerners , &tout c^quiprkede leur'dipan. teln Adieux 
Leurs Armes offenfives& d^fenfzves. ^ foin ,^Usomdc 
porter ay^c euxUurs Dieux tutelalres, P^ulantis du 
Fays fufqu a Niagara. . 



M 



A la Riviere des Sables , ce dix-neuf May , 1721 . 
ADAME , 



I7ii. 

May. 



M 



M fe voici encore d^grad^ par urt Venf ceAtraire , qui vient ^^''^g'^ 
de le Jever au moment que nous dtions le'plus en train H'p- "*"" 5^;'"" 
vancer. II nous a meme ?urpris fibrufqu.m/nV^^^que noSs au" ^^^> 



V 



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■ ' ' '*'.^ 






I 7 i * 

May 



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i,. JOURNAL HISTORIQUE 

rions ^te forf en peine , fi nous n'euffions tr^s4-propos ren- 
.nnn-fcette petite Riviere , pour nous y refug.er . Vous m a- 
^oXz MSe, qu'U^'biendesJfagren^|« &de^^^^^^^ 
comm6dtes a effuyer dans un voyage tel que celuKi.Il eft^^^^^ 
f S faire cent , & quelquefois deux cent lieues , fans trou- 
It uneMaifon nf^^^ un Hopme;.de ne pouvo.r 

«ver une maau f jg jeux ou trois lieues , pour 

■ l?i;|r^n S " vU^tl^^ent , fkns rilquer: ia vie par le 

caprice ^esVents , de le vo r v p^.^^^ ^^ ^^ 

- r/'^fttn/ onfaXyeVurvient.^^^^^^ 

Kivage uenic , , ^ Vent^ft impetueux , il 

Tut'^crrVheTurabTdaS fe Bois , ou Ion n4 pas fans 
faut chercher u^^^^^ y ^,^^ ^.j^^^^ ^^ ^^ 

f 'ufe par^e d s^inconveniens , en conftruifan.t des 6ajc 
nue pou naviger fur les Lac. ; mai. il faudroit pour cela 
nuele Commerce en valut un peu plus la p^me. , 

' %ous fmnmesuci fur la lifiere cTes Canti^s Ii^quo.s , & 

' A « f^i; heau Pays. Nous nous embarquanies hier de 
1:Lm prTpSeru terns dumonde.^l .e faifoupas 
grand 'J^tin P« f ^ • j comme une Glace. 

' "i? ^""f" tf ou dix heures nous paffamesdevantl-Embou- 
enure uc la pcTerres v font un peu balles, mais 

"" T? boifie?PVifqu^^^^^^^^ Rivie-s> qui, arrofent 

tres-bien boiiees- ^^^^^^l"^^ , j^ ^j^_^. j^^^ ^^ 

.. les Cantons }'?^f9^^^^^^^ Gannentaha , fur le bord 

„ Source f "" ^^ ^Xit.^^^^^^^^^^ onze heures & demi6 un 
duquel ^y.^Xtd Eft'i^^^^^ n^^ttre la Voile, 8«^ nous 
■ Sren 1 dtures i^^^^ la Baye des Goyogo^ns ^ui 
Tldiv lieues de la ^iyiere d'Onnontague. Toute la Cote 
f nt'cet^efpace eft y&ae Marais & de Terres hautes. , un 
' "^^ r Kl.nSes couvertes de tr^s-beaux Arbres , & fur- 
peu ^jb^^Ss ' Tfemblent ^oir ete plantes k h main. 
%n ;Kfe?'re vSlent , qui nous LcueilUt par e tra- 
cll!.Bave des Goyogouins, nous obhgeade nousyre- 
versdelaBaye des*^ y g ^^^^^.^^ ^^ 'aye jamais 

. vu. ^"^P'^r3"" q la gauche en-entrant, on apper^oit 



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pVHVOYAGEDE t'AM£kl^.LEf,XlV. 215 
Riviere , par oil les Goyogouins defcendent dans le Lac. Le 
ye'nt ne clura point ; nous nous remimes en route , & nous 
fimes encore trois ou quatre lieues. Ce matin nous nous fom- 
mes embarques avant le Soleil leve , & nous avons fait cinq 
ou fix lieues. Je ne fgai combien le vent du Nord-Oueft nous 
retiendra ici. En attendant je vais reprendre mon recit fur lies 
guerres des Sauvaees , o\i je Tai interrompu. 



■ V5Fi= 



I 7 2 I. 

May. 



-...j^.*^ .„»,.„», uviv^iii i/vut iuiuiuaire a invitation pou 

fndre les Armes; le moindre motif, un rien fouvent les y de- 
nme.La vengeance fur-tout: ils ont toujours quelque injure 
lenne ou nouvelle k veager ; car le terns ne referme point 
fortes de playes , qtielque legeres qu*elles foient. Auffine 
tloit-on jamais compter que la Paix fdjt folidement etablie^n- 
: tre deuxNatiQns , qui ontete lontems eftnemies ; d'autre part 
■ '. ^®^"';^^ remplacer des Morts parses Prifonniers Sbu d ap- 
> paiferleurs ombre«? ; 1^ caprice d uh particulier ; un fonge , 
qu^n exphque^fa fa$on, &^ d'autres raiYons, ou pretextes 
auifi frivoles , font qu'o% voit fouvent partir pour la Guerre 
une troupe d' A venturiersr, qui ne fongeoient a rien moins le 
jpur j)recedent. , 
11 eft Vrai que ces petites Exp^ditiOiri , fans f#eu dti'Con- 
^ leil , font ordinairement fans coufequence , & comnie elles 
liedemandcntpasdegrajndspreparatifs, on y fait p^ d at- 
__^tention ; mais generalement parlant , on n'eft pas trop ftche 
de voir la Jeuneffe s'exercer & fe teniren haleine , & il fau- 
droit avoir de grandes rajfohs pour s y oppofet. f e%ore y em- 
ploye-t-on rarement I'autorite , parce que chacun eft le mai- 
tre de fes demarches : mais on tache d'intimider les uns par de 
faux bruits,qu'on fait courir; on follicitefoiis main les auti^es ; , 
on engage par des prefens les Chefs a rompre la partie , ce qui " 
eft fort aif^ ; car il nefaut pour cel^qu'un Songe vrai , ou pre-* 
tendu. Dans qUelqpes "Nations , la derniere reffource eifde 
s'adreffer aux Matrones , & elle eft prefque toujours efficace i 
maiS on n'y a recours,que qpand I'affaire eft dune grande Goq- 
feqUence. ' 

r -S"^*"^^ ' ^"' interreffe toutei la Nation , ne fe conclut ..e nn^ 
pas fi aifement : aa en balance avec beaucoup de maturite les '"anicrcon 
incpnveniens StM avantages , & tandis qii'on delibere , on "^^*""^» 



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lis JOURNAL HIS TORI QUE 

■ aDDorteuntr^s-grandfoinaecartertoutce qui pourfoit^on- 

' ^ * '• ner ^ I'Ennemi le moindre fujet de foup9onner quon veiu 

M^y- rompreavec lui. La Guerre une fois r^folue, on penle d a- 

borci aux Provifions & ^ I'Equipaee des Guerriers , & cela nc 

. demande pas Beaucoup de'tems. Les Danfes , les Chants , les 

Feftins , quelques Cefemonies fuperftitieufes. , qui vanent 

beaucoup ?elon les differemes Nations , en demandentbeau^ 

coup davantage. ■' ^ i ^ j c^t 

Celui qui doit commander ne fonge pomt a lever des So - 
:. _..♦.» „'..;* ;«.^r,^ nlnfipiirs iours . oendant lelquels il elt 



\^' 



Prrfparatifs 



-duChcf. 







» 
» 

» 






dats , qu'il n'ait jeune plufieurs jours , pendant lefquels il elt 
N^barbouill^denoir, na prefque>oint ie converfat.on avec 
^ peribnne , invoque jour &.nujt fon Efpnt tute to , obferve 
Fur-tout avec foin fes Songes. La perfuafion ou i| eft ,J:oivant 
le genie pfefomptueux de ces Bar bares, quil ya maVeher a . 
unlviaoire certaine, ne manque guerjs de lui cau|j des 
Reves felon f^s d^firs. Le Jeune hni , il affemble fes 4mi* , 6c 
un CoUer de Porcelain^ a la MaiiC ,1 leur park en c^^s termes;. ■ 
' Mes FreVes ,* le- Grand Efp^t autorife mes fdi#niens , & m a 
'' iJonlTe que je dois fa^ Le Sang dVn tel. n'eft^^pint 
effuye , fon Corps n'eft point coM^ert, & je yeux rtracquit, 
Zv enters lui de ce devoir «. Il expofe de meme les autres 
motifs , qui lui font prendre les Armes. Puis il ajoute : .. Je fuis 
done reiolu d'aller en tel endroit lever des^heye lures , ou 
faire des Prifonniers ; ou bienje veux manger tell6outelle 
,, Nation. Si-je peris dans cette gloneufe entreprife , ou U 
,, quelqu'un de ceux , qui voudront bien maccompagner , jf- 
„ nerd la vie , ce Colier fervira pour nou^ recevgir , ahn que 
Tous ne demeurions pas .couch'es dans la" Pouffiere, ou dans 
I laBoue«.C'eft-a-dire, apparemment, quil fera pour celui 
qui aura foin d'enfevelir les Morts. , r> r > 

En prononcant ces demieres paroles , il met le Colier a 
terre , & celui qui le ramaffe, fe de'clare par-l^fon Lieutenant ; 
puisH le femercie duz^e, qu'il t^mcMgne pour yenger fon Fre- 
re , ou pour foutenir I'honneur de la Natioit. On tait enfuite 
chauffer de I'Eau, on debarbouille le Chef , onlui accommo- 
de les Cheveux, & on les graiffe , ou on les peint On U.> 
met differentes douleurs au Yifage , & on le revet de fa pWs 
belle aobe. Ainfj pare , il chante d uiie voix fourde fa pan- 
. fon de Mart ; fes Soldats , c'eft4-dire , tons ceux , qui fe font 
Qfferts k I'accompagnVr , ( csr on ne contraini perfonne ) en- 

/ 






#■'■ 






May, 

D^liWratioo 
I. 



.D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ Lht. Xiv: zi. 

tonnent enfuite Fun apr^ Tautre leur Chanfon,deGuerre> 

. carchacun a la fienne, qu'iln'eft na« nprmH « i j* 

chanter : iiy enaauffidW^ef a^^^^^^^^^^^^ '^ 

dehberauon I'A^teur ae I'Entreprife. hhs que foTproiet a 12 

I unique Mets doit etre ^kChien/QuJques - Zt! en ' 
dent que cet Animal eft offert au Dieu de fa Guerre ^ av^nr 
que d'etre m,s ^ns la Chaudiere , & peut-etre qu'oi /e oraS 
que amfi parmi auelaues Nations. Je^uis mil bfen affe de" • 
. . ,vous avertir le, , ^latfame . que dans ce que je vous dirai fur 
cet arucle , ,e nejarantis oas que tout fo?t d'un S Sral 
parmi putes les %ons.>ailil paroit certain que^dans Sc 
cafion , dont il s^git ic. , on fait quantity d'invo^ations ^ tous 

iesEfpnt$bons&mauvais,&fu?-toutau Dieu.de iTg^^^^^^^ 

Tout cela dure plufieurs jours, ou plutot fe r^itere plufieu'j m r - 

Ent^"'V "^^^^9«'°^q"? tout le monde fembleWi^ue <J"'on**t^'a 
;ment occupe de^es Fetes , chaque Famille prend fes meSJes Tl ^^°" '^«- 
pour avoir fa part des Prifonnie?s , qu on fera , aL dlTeWr °"""^- 
respertes, ou de venger fes Morts. Dans cette vu^XS 
Zll rf^P'i' Tr^^ ^°" ^°'^ ^°""« f« parole & desV 



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^"^c^x"- ILi ^rT'^ ' ? qu'ilsy'prendront part ' 

lous ceux, qui senrolent , donnent auffi au Chef oour 

.figne deleurengagfetnent,un morceaude Bois avecleuJ mar- 

r que ; & quiconc^ue aprcs cela retireroit fa parole , ne ferokpL 

enfure ^defavie ; du moins il i^fteroit Lhonore^our tou- 

iours. Le Parti ^tant forme , le Chef de Guerre prSre un 

jnouVeauFeftin, oii tout le Village doit etre invtfl van" 

,qu on touche^ riert^ ,1 dit , ou un Orateur pour lu & en fon 

nom; -MesFreres.jefjaiquejenefuispasWoreun Horn" . 

lEnnemldaffezpr^s Nous avons^^t^ tues j lesOsdetels& « 

W lir ^"'^"^^"^ ' 'T"'"' <^^"tr^ «ous , il ^ut « 

E e . 



.vt. 



'i 



Majr. 



Danfes & Fef- 
tin des Gucr- 
riers. 



■ >ff: - 

»« J O Jj R I* A L H 1 S T O R I Q U E * 

": LfatisfaiK. Citownt desHommes; comment "ons-nom ■ 

. Nattes > Erfin , TEfprit , \m s'mterteffe i ma gloire , ma ml 
» oirrdelel "nwr. /eune3e , prenei courage ,rafM.ch.fe 
: $osChevei*"^ignez.;ous fe Vifage , rempl.ffe»vos Car- 
: XiV. fSs retemit nos Forlts de Chants taa,«s de£ 
» Snujfons nos Mons , & apprenons-leur quils vont et*e 

§?Je''Tectff-ttllaMS &cU^ 
f ipoAden. en chantant , & jurent de le b>en f«o"d" ' °» d/. 
Zl,,Ar i la oeine. Tout ce a eft accompagn^de geftes tres- 
Sp«ffifsp1>urfai e«ntendre qu'ils ne reculeront pas devan 
1-S.nem ?^raais il efti remarqier qu'il n'khappe aaucundes 
Sorda^au'cuneexpteffion, qui denote la moinSte dipendan- 
« rlt fe r7duitTpromet?re d'agir avec beaucoup d^umon 

ctf , fo'us lacon\«iK*.queUnes afaues .ft obl,g^ delu. 
' fiiireunorifenf.dS mo nsparmiquelques Nations-. 

«^, ,» Us SS'^nt fuivis'de D»<-« > ?SS^ foi'lefont 
KiPcupkion. „„■„„„ dem*che fiere , mais en cadence ; d autres tois ce loni 
'•'^"^- 3esrou«*ensaffez;ifs/figur&&reprefenftt.|desop^^^ 

£s d'uneCampa^ne, & TJ^h^f T/S'e nV,n i q^ 

l^rslesF^sd-apparea.quecelui quien&u^^^^^^^ 
«P,tr« he touche k rien. Les jours fuivans , & lulqu au depart 
S!f r'uerriers il fe^affe bieh des chofes, dontle recit^a 
des ^"er^»«^s , li le V font pas mdme d*une pratique 

"^ Sofrrctlntlri^ Moubber un^coutu- 

^/rSncuS, dont les Iroquois fur-tout ne fe difpe.n- 

. Snt iamaTs^ elle paroit avoir li imagio^e pour con joitre 

tix qromrepbienfait.&f9^^^^^^ 

Ia^L . car ces Peuples , qal nous traitons de Barbares , ne 

"oT/oiven^^^^^^^^ pu'ifc avoir ^ veritable courage, fi 



■■«* 



N 






:"n;-vV;.,'t"C 



171 1. 
May. 

Epreuves , 
uii lull met Ics 
Guciriets. 



DUN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. Xiv;\2i9 

Ton n'eft pas maitre de ks paffions , & fi on ne %ait pas fou* 
frir ce qui peut arriver dLplus fenfible. Voici de quoi il 
s'agit. - ' ' -mm, \Z 

JLes plus anciens de laTfoupe Militaire font aux jeunes 
Gens , principalement k ceux , q^ui ii'ont pas encore vu l%u- 
neini , toutfes les avanies , don! ils peuvent s'avifer. lis leur 
jettentdes cendres chaudes fu^ia t^te ; ils leur font l^s repro- 
ches les plus fanglans ; ils les acc'ablent d'injures , & pouffent 
ce jeu jufqu'aux plus grandes exlr^mit^s. 11 faut endurer tout 
cela avec une infenfibilite parfaite; donner dans ces 01 ca- 
fions le moindre figne d'impatience , e'en feroit affez pour 
6tre4.ug^ indigne de porter jamais les armes : mais quand cela 
fe pratique entre gens de meme age , conime il arrive affez 
fouvent , il faut que I'Agreffeur foit bien affure de n'avoir 
rien fur fon compte , fans quoi , le jeu fini , il feroit oblige 
de r^parer I'infulte par un pr^fent. Je dis , le jeu fini , car tout 
le terns qu'il dure , il faut tout foufrir fans fe ficher , quoiqdfe 
le badinage aille fouvent k. fe jetter des tifons de feu i la tete , 
& i fe donner de grands coups de baton. 

Comme I'efperance de guerir de fes bleffures , fi on a le ,,„caniions 
malheur d'en recevoir , ne contribue pas peu k engager les pour ks buf- 
plus braves k s'^xpofer aux plus grands perils , apr^s ce que je ^^• 
\ieas de dire , on prepare les drogues , dont les J[ongieurs font 
char^^s. Je vous dirai une autre fois quelle forte de gens 
font ces Jongleurs. Toute la B)ourgade etant affemblee , un de 
^ Charlatans declare qu'il va <?ommunique^ux Racines &: 
aux Plantes , dont il a fait bonne provifion ^^Vermde gue- 
rir toutes fortes de playes , & meme de renwe la vi*e aux 
morts. Auffi-tot il fet meti chanter ; d'autres Jongleurs lui ri- 
pondent , & I'on fappofe que pendant le concert , qui ne 
vous paroitroit pas fort melodieux , & qui eft accompagne de 
beaucoup de grimaces de la part des Afteurs , la vertu medi- 
cinale fe r^pand fur les drogues. Le principal Jongleur les 
eprouve enmite : il commence par fe taire faigner les l^vres ; 
il y app^gue fon remede ; le fang, que Timppfteur a (bin de 
fucce/ adroittemenit , c|ie de couler , & oii crje : miracli, 
. Apr6s>ela il prend un Aqltoal mort , il laifleatii Affiftans tout 
le^^oifir de bien s'aflurer ^u'il eft fans vie , pim par le moyen ^• 
d'iine canule, qp'il luiairifer^e fous la queue, il la fait re- ' 
muer » en lui ioi^m des herbes dans la gueule, & les cris 

Eeij 



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Pi^cantions 



V *• 



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^A 










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17x1. 
jMay. 



iiamis 
ie pr^paret 
Guerre 



i& J o u iuj^pftH I «^ T O R r Q U E 

d'admiratioiwedoutlent* Enfin toute la Troupe, des h 



;. 



fairietoSfdesCabannes enchantant la vertu desJ|Pdes. 
Ces artifices dans le fondn'en impofent 4 perfonne , mais ils 
amufent la multitude , & il faut (uivre rulaee. 
Pratiques En voici un autre , qui eft particulier aux Miamis , & peut- 

propres aux gtrc k quelqucs autres Nations du Voifinage de la Louyfiane. 

Miamis t«ur j^ j.^j J^^ Jgj Memoircs d'un Fran9ois , qui, en a hS t^iooin. 
Apr^s un feftin folemnel on pla§a, dit-rf, fur un6 efpece 
d'Autel des figures de Pagodes , faites avec des Peaux 
d'Ours , dont la t6te ^toit peinte de couleurs vertes. Tous les 
Sauvilges pafliTrent devant cet Aut«l en faifant des g^nufle- 
xioiis ;& lis Jongleurs conduifoient laBande, en tenant k 
la main un fac , bii etoient renfermees toutes les chofes, dont 
ils ont accoutUm^ de fe fervir dans leurs evocations. C'^toita 
qui feroit plus de coptorfions , & a m|:fure que quelquun s y 
diftinguoit, on lui applaudiffoit par d^ grands cris. Quand 
Sn eut ainfi rendu fes premiers hommages aux Idoles,' tout le 
moride danfaavec beaucoupd? confufion, au Ion du Tam- 
bour & du Chichikoue , & pendant ce tems-li les Jongleurs 
faifoient ferablant d'enforceler divers Sauvages , qui paroif- 



foient expi: 
fiir les l^v 

Qua 
iidoitk 
mes , parcou 



luis en leur mettant d'une certaine poudre 
iles faifoient revivre. 

^rce eut dur^ quelque terns , celui , qui pr^- 
lyant k fes cotes deux Hommes & deuxFem- 
...V., i.».v«w.-. toutes les Cabannes, pour avertir que les 
Sacrifices alloient commencer. Lorfquil rencontroit quel- 
qu'un en fon chemin » il lui mettoit les deux mains furlatetCj^, 
& celui-ci lui embraffoit les genoux. Les Viftimfis-^^voient 
etre des Chiens , & Ton entendoit de toutes parts les cris de 
ces Animaux, qu'on egorgeoit, & les Sauvages, qui hur- 
loient de toutes leurs forces, fembloient Ijeur faire paroli. 
D^s que les viandes furent cuites , on les ofFrk aux Pagodes , 
puis on les mangea , & on brulaj, les osi Cependant les Jon- 
gleurs ne ceffoient point de refufcitei^ de pr^tendus morts , & 
& tout finit par la diftribution , qui flit taite k ces Charlatans 
de ce qui fe trouva le plus k leur Menfeance dans toute la 
Bourgade. . 

Defctipiion Depuis la refolution prife de faire la guerre, jufqu'au d^- 
des Raquettes part des Guerriers , toutes les nuits on chante , & les jours 
pour marcher f^ ^^^^f^^ kidixQ les Prcparatifs. Ond^putedes Guerriers pour 

failaNegC|OC r , ■ . . ^ 



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BirN VOYAQE DE L'AMERlft. £et. MV. u, 

aller chanter la Guerre che« le^ Voifips Sc ks Allies , qu'on » 7 1 1 . 
a fouvent eu foin de difpofer , par des N^gociations fecrettes. ^^Y- 
Si ia Marche fe doit faire par eau , on conftruit , ou Ton r&l ^^J,"'"'^ 
gre 1^ Canots t fi c'eft Ay v^r , on fe fpurnit 'de Raquettes K^g?"" '" 
oc de 1 raines. Les Raquettes , dont il faut necefl^irement fe 
fervir , pour marcher ftir la Neige , orit environ trois pieds de 
long i & qumze ou feize pouces dani leur plus grande lar- 
geur. Leur figure eft ovale , k cela prk», qHeJ'extremite de • 
demere fe teroiine en pointe ; de petits batons de traverfe 
palKs k cinq ou fix pouces des deux bouts , fet^^t k ks ren* 
dre plus fernws , & celui , qui eft fur le devg|P«ft comtfe 

la corde d'un^ouvertujre en arc , oil Ton met le pied , qu'on y 
affujettit avec des courrqyes. Le tiflu de laRaquette eftde la- 
nieres de cuir de la largeur de deux^iignes , & le contour eft 
d'un bois leger durci au feu. Pour bien marcher fur ces Ra- 
quettes , il taut tourner uh peu les genoux en-dedans , dt te-i 

nir les jamb^s^art^es. II en coute d'abord pour s'y aceoutu- 
mer ; mais quand on y eft fait , on marche avecAcilit^ & fans 
fe fatiguer davantage , que fi on n'avoit rien au?pieds. 11 n'eft 
pas poffible^dufer de ces Raquettes avec nos^ouliers ordi- 
naires ; il fautprendre ceux des Sauvages ,' qui font des efpe- 
ces de Chauflons de Peaux boucannees , piifles en-deffus k 
I'extremite du pied & lies avec des cordons. 
Les Trdnes, qui fervent i porter le Bagage , & dans unbe. 
. iom , les Malades & l§s Bleffes , font deux petites t>lanohes 
fort mmces de la largeur d'un demi-pied chacune , fur fix ou 
fept de long. Les devans en font un peu releves , & les cotes 
font hordes de petites bandes , oti Ton attache des courroy es 
■ pour affujettir ce qui eft fur la Traine. Quelque charg^es que 
foient ces voitures , un Sauvage les peut tirer fens peii^, k 
I'aide d'une longue bande de cuir , qu'il fait paffer fur fa poi- 
trme , & qu'on appelle Goliers. On en yfe auffi pour porter 
des fardeaux , & les Meres s'en fervent pour porter leurs En- ' 
fans avec leurs Berceaux j mais alors c'eft fur le front, & non 
pas fur la poitrine qu'ils font appuy^s. 

^ To^t etant pret, & le jour du depart venu , les adieux fe aj- j 
fontavec degrandesdemonftrations d'une veritable tendreffe. GuerrS 
Chacun veut avoir quelque chofe , qui ait ^te a I'ufage des 
Guerriers , & leur donne des eages de fon amitie , & des af- 
, furances d'un fouvenir ^rnel, lis n'entrent dans prefqu'au- 



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JOyRNAL HISTORIQUE 

cfirie CabaniSe , qu'on ne leur prenne leur Robe , pour leur 

, en donner un autre meilleure , ou du moins auffi bonne. En- 

yiiy, fin tous fe rendent chez le Chef. Us le trouvent arm6 comnie 
' le premier jour, qu'il leur a parle; & comme il a toujours paru 
en public depuis ce tems-la. Eux-memes fe font peints le yi- 
fage , chacu^t^ivarit fon caprice , & tous ordinairement de 
maniere ^ fai'repeiur. Le Chef leur fait une course harangue , 
puis il fort de fa Gabanne , en chantant fa chanfon de" mort. 
ftus le fuivent i la file , gardant un profond filence , & la 
meme chofe fe pratique tous lermatins , quand on fe remet en 
marche. lei les Femmes prennent les devans avec les provi- 
fions , & quand les Guerriers les one jointes , ils leur remet- 
tent en main toutes leurs hardes , & reftent prefque nuds : au- 
tant n^anmoins que la Saifon le pent permettre. 

Autrefois les armes de ces Peuples etoient TArc , la Facile , 
& une efpece de Javelot , I'une & I'autre armeesde pointes 
d'os travaill^es en differentes fa9ons , & le Caffe-tSte : c'6toit 
une petite MPiie d'un bois tr6s-dur , dont la tete, d^ figure 
ronde , avoit un cote trenchant. La pldpart n'avoient aucune 
arme defenfive,mais lorfqu'ils attaquoient unRetranchement, 
ils fe couvroient tout le corps de ptites pknches l^geres. 
Quelques-uns ont une maniere de Cuirafle faite d'un tilTu de 
Jonc , ou de petites Baguettes pliantes , ^ffez proprement tra- 
vaill^s. Us avoient meme anciennement des Cuiffarts & des 
Braffades de meme matiere , mais comgie cene armure ne s'eft 
point trouv^ U'^preuve des at'mes i feu , ils y ont renont^ , 
6c n ont rien mis i la plac©. Les Sauvages Occidentaux fe fer- 
vent toujours de Bouchers de Peaux de Boeufs , qui font fort 
legprS , 6c que les BaUes de Fufil ne percent pas. U eft aifez 
etonnant que les autres Nations n'en ufent point. 

Q ii'and ils font ufage de nos Ep^es , ce qui eft tr^s-rare , ils 
s'enlervent comme d'Jifpontons : mais quand ils peuvent avoir 
des Fufils , de la Poudre & duPlomb , ils laiffent 14 leurs Fle- 
ches , & tircnt tr6s-jufte. On n'eft pas k fe repentir de leur en 
avoir donn6', mais ce n'eft pas nous, qui avons commence : 
les Iroquois en ayant re9U des HoUandois , alors Poffeffeurs 
de la Nouvelle \ ork , 9 a ete pour nous une niSceffiti d'en 
faire prendre i nos Allies. Us ont des efpeces d'Enfeignes pour 
fe reconnoitre & fe ralher; cefontdfe petits morceautd'E- 
corces couples en rond , qu'ils piettent au bout d'une perche , 



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May. 

Du foln 



: DUN VOYAGE DE 1,'AMEIII^. Let. XIV. 223 

' & fur lefquels ils ont trac^ la marque^ kur Nation , ou de 

leur Village. Si le Parti eft nombreux ,-chaque Famille , ou 

Tribu a fon Enfeigne avec fa marque diftinaive. Les armes 

font auffiorn^s He diffi^rentes figures , & quelquefois deh 

* marque particuliere du Chef de l^xp^dition. 

^ Mais ce que I'on oublieroit encore moiris que les armes , ..u .om 

& ce que Ton conferve avec le plus grand foin , dont les Sau- 'i"''" °"' ^ 

vages font capables , ce font les Manitous , j'en parlerai ail- Ecu"''""' 

leurs plus amplement , il fuffit ici de dire que ce font les fym- 

boles , fous lefquels chacun fe r^refente fon Efprit familier. 

On les met tous dans un Sac fait de Jones , & peint de difFe- 

rentes couleurs; & fouvent,pour faire honneur auChef, 

on place ce Sac fur l6 devant de fon Capot. S'il y a trop de 

Manitous ,'pour tenir dans un feul Sac , onles diftribue-dans 

plufieurs , qui font confix k la garde, du Lieutenant & des 

Anciens de chaque Famille. Alors on y joint les prefens , qui 

ont ^tefaits pour avoir des Prifonniers , avec les Ungues de 

tous les Animaux , qu'on a tu^s pendant la Campagne , & 

domon doit faif e ait retour un facrifice aux Efprits. 

Darts les marches par terre , le Chef porte lui-memefon 
Sac , qu'on appelle /a Nam ; mais il peut fe d^charger de ce 
fardeau fur qui bon \m femble , & il ne doit pas craindre que 
perfonne retufe de le Toulager , parce qu'on y a attache une 
diftinftion : c'eft comme un droit de furvi vance pour le Com* 
mandement , au cas que le Chef & fon Lieutenant meurent 
pendant la Campagne. Mais tout en vous ecrivant , Madame, 
me voici arrive dans la Riviere de Niagara , oil je vais trou- 
ver bonne Compagnie , & oil je refterai quelques jours. Je 
partis de la Riviere des Sables le vint-uni^me avant le Sqleil 
lev^ ; mais le Vent nous contrariant tou jours , nou& mmes 
pbliges d'entrer k dix heures dans laBaye desTfonnontliouans. 
A moiti^ chemin de la Riviere des Sables i cette Baye , il y a 
une petite Riviere que je n'aurois pas manqu^ de vifiter , fi 
i'avois ^ti pliitot inftruit de ce qu'elle a de fingulier , & de ce 
que je viens d'apprendre en arrivant ici. 

On Tappelle (Jafconckiagon , & elle eft fort ^troite , & peu n r • • 
profonde i fa d^harge dans le Lac. Un peu plus haut elle a de u rS 
deux arp'ens de large , & on pr^endque les plus grands Vaif- ^<:C»fioneh,a- 
feaux y pourroient dtre k flot. A deux lieues de fon Embou- CtJlncs'fin- 
chure , on eft arr^^ par une Chute , qui paroit bien avoir guiieres. 



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Z24 



J d U R K A L HI S T^O R fQ^) E 



1721. 



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foiiantepi«d«.deMut,> deux aiT)en$d«larj5«j w^^ 
de Fufil au-dcifiis , on en trouve une^ li^cond^ de memc lar- 
May. Aeur , mais moins haute desrd^ tiers i^& iwtf demie heue 
pjas loin , une troifi^me de ceftt pieds de haut bien niefUf & , 
& de trois arpensde l^ge. On rencontre apr6s cela plufieurs^ 
Rapides , & aprjss avoir encore navigo^ cmquante Ueues, on 
- , appercoituneqvtri^meC^mte, quinecedeenrienilatroi- 
fiSme. Lecours de cette Riviere eft de cent lieues , & ouand 
on I'aremont^e environ foixante Ueues , on n'a que fix lieues 
^faire parterre, enprenantidroite, pour arriyer i (OA^o , ^ 
furnomm^ U htlic lUvurt, U U|« , oii on la. joint , s appelle 
Ganos, o{iunOfficierdigned«M.<«)&lememe , de^uije 
tiens tout ce que jeviens de VQ|i|*d)re , m a affui^ avoir yu 
une Fontaine , dont I'Eau eft comme de 1 Huile ,^ a le gout 
de Fer. II m'a ajoute qu'un peu plus loin , il y en a une autre 
toute femblable , & que les Sauvages (e fervent de Ion fcau , 
pourappaifertouteswrtesdedouleurs. 
Dcfctiptioft "^ La Baye des Tfonnontbc^^ns eftun heupharmant : une 
, de la Bayc des - )^^ Riviere v ferpeute entre deux belles Prunes , bord6es de 
f^ZT Coteaux , entre lefquelles on d^ouyre des Valines , qui s ^- 
tendent fort loin , & tout celafprme le plus beau point de vue 
dumonde, born^ par une grand« F^ret de bawte-Futaye: 
mak Jfi letrein me paroit un peu lejer & f^blomieux. T4ous 

nous remimes en route k une heure& demie , & nous^vogua- 
mes iufqu'i dixieure^ du foir. Nous ?vion|jd|ffem de nous 
retirer dans uneApetite Riviere, au'oni^^k^Rmere^aux 
^4i«/i;mai?i>oUsentrouvames Untrue J^h^e par les ba- 
bies, ce quiiiwye (ouvept aux peme^Rivieres ^qui fe de. 
cbargent dans fes iacs , par la raifon qu;^le^ eptrainent beau- 
coup de Sable aveA eUes : car quand He Vent vipntdu large, 
ces Sables font arrit^s oar lei^Yagues^ &foripentpe|iipeu 
uneDigMefi haute &fifprte,)quelecourant d^sRjyieres ne 
la (Vauroit frwchir J ce n'e/l qyand If? Eayx groflMent par la 
fonte des Neiges,, . i.^\ .,. vi^. .;;^ y'^m. ^ . . ^ 

DeiaRWic Je ftii doHC oWig^ de p»tfer lereftc de Jji nuit dans mon Ca- 
re deNiagara. ^^^ ^^ I'effuyai uue affeii?rje gel^e. Auffi ipeme voyoit-on 
les Arbrilfeawx bourgebnner. Tow? les Arbres 6toient comme 
dans le miUeude myvV. Nous partimes dp-li i trois heure? 
. & demie du matin , le viW-deux , jour de,I Afcenfion , & j al. 



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■ M - )^^t ^ "o "^ h^f e$ dans ]pe qu'on app^IIe ie Grand 

thouans, mais o^ lesTerres n^'oii%paif*biei[leures. Vers les 
deux heures apr^s midi, nous%ntrames dans la Riviere de 
AT^^am, formee par la grande Chute, dont jevous parlerai 
bientQt, ouplut6tc eft leFeuve Saint Laurent, oui fort du 
lac Er,^ V & paffe par le Lac Ontario apr^s du«2r e 1 eut'^ 
% t:7' ^" ^^rl-^- R'viere de Niaga^ra de>i7la Chu"e 
&4cet efpace eft de fix Iieues. On fait le Suj en y entrant 
<J«and on y a fait trois heues , 6n trouve fur la main gauche 
auelques Cabannes d'lnoquois Tfonnonthouans & de Miffi! 
faguez , comm? k Catarocoui. Le Sieur de Jonquaire 
Lieutenant dans nos Troupes, y a auffi fa Cabanne, ilaquelle 
on donne par avance le nom de Fort (a) : car on pr^tenJ bien 
qu avec ie terns eliefera charge en une viritable Fortereffe. 

J a, trouv^ Id plufieurs Officiers , qui doivent retourner 
dans auelques jours i Quebec. Ceft ce^qui m'oblige 4 ferme J 
cette Lettre , que /enverra, par la meme voye. Pour moi He 
prevois que , aurai apr^s leur depart le t^m% ie vous en ^crire 
encore une , & le l,eu meme me fournira prefque de quoi la 

il^f a' *''•'' ""^ ^"^^^ ^T'""' «PP>-endre d'ailleurs d^TOffi- 
aers , dont je viens de parler. 

** J'ail'honneur d'etre, 



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A Niagara, cevintrois May, \y XI, 

{») U Fort ait j b^ti depuis I YEmh I nonville en ivnSr Mr; .,. ^> • /. . 



May. 



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Tome III, 



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iii JOURNAL HISTORIQUE 



1721. 
May. 



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QtriNZIEME LETTRE. 

Ce qui fe pap entre les Tfonnonthouans & les AngbisaToc^ 
cafion de notre Etabllffement a Niagara. Defcription du Pays. 
D(^nfe du Feu ; Hijioire a cetu occajion. Dejcripuoa du 
Sauk de Niagara. , 



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Au Sauk de Niagaira , ce vint-fix May > i^i-U, 

ADAME, """-'■■^'^ 



J' A I deja eu Thonneur de vous dire que nous avons 
projet d'un ici utt projet dIEtabliffement : pour bien entendre ce qui 
itabiiffement y a donn6 Hcu, 11 faut fifavoir que les Anglois pr^tendent , 
aNiagara. ^^ ^^^^^ ^^ ^^^.^^ d'Utrecht ., avoir la Souverainet^ fur 
tout le Pays Iroquois , & par conf^quent n'etre born^s de 
ce c6td-li, que par le Lac Qntario; cepe^^nt on a com- 
pris que, fi leur pretention »voit lieu, il nfe tiendroit bien^ 
tot plus qu'^ eux de s'etablir puiffamnient dans le centre de 
la Colqnie Fran^oife, ou du moins d'ehruiner abfolument le 
^ 'Commerce. On a dom; jug6 i propos de parer k cet inconve- 

nient , en ^vicant ndanmoins de donner atteinte au Trait^ , & 
on ^>a jpen troiivi de mieux , que de nous placer en un lieu , 
qiiiWtis aflurat la connminication libre des Lacs , & oti les 
Anglois ne fiiffent pas les maitres de s'oppofer k notre Etabllf- 
fement. LaCommiffionen a ^te donn^e k M. de JaNCAiRE,le- 
quel ayant ^t^ dans fa jeuneffe Prifonnier desTfonnonthoi^^ins, 
' gagna fi bien les bonnes graces de ces Sauvages , que irfeme 
/ dans le plus fort des Querres^oue'nous avons euescontr'eux, 

/ & quoiqu'il y ait tr6s-bien fervi , il a toujours jpui des privile- 

ges attacn^s a fon adoption. 1 n • 

Dhs qu'il eut re^u fes ordres pour I'ex^cution du frojet » 
dont je vous ai parl^ , il fe rendit chez eux , affembla les Chefs, * 
& apr^ les avoir dTur^s qu il navoit point de plus grand plali 
fir au monde que de Vivre avec fes Freres , if ajouta au'il les 
vifiteroit bien plus fouvent , s'il avoit chez eux une Cabanne,, 
oiiil putferet&er, quand il voudroit Stre enlibert^. Ilslui 
r^ponciirent qu ils n'avoient jamais ceflK de 1? regarder comme 



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1 7i I. 

May. 



D^N VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. XV. 227 

yn de leurs Enfans^ ou'il ^tpit le maitre de fe loger par-tout, o£i 
bon lui fembleroit , & au'il pduvok choifir le fieu , qu'il iuee- 
roit le plus cotaode. II fl'ea demandoit pas davantage, il 
Vint auffi-tot ici , choifit pour fon emplacement le borclde la 
Riviere , q w termme le canton de Tfonnonthouan , & y dreffa 
■ ""n ^^''^""^J H "0"velle en fut bientot ptortee dans la nou- 
velle York , & elle y caufa d'autant plus de jaloufie , que les 
Anglois n avoient jamais pu obtenir dans aucun canton Iro- 
quois , ce cjui venoit d'etre accorde au Sieur de Joncaire. 

lis fe plaignirent avec hauteur, & leurs plaintes appuy^es de opnodcVa 
prefens, miremdabord les quatre autres Cantons dans leurs -unfdcsAn 
Cjnterets : mais ilsn'enftirent pas plus avances, parcequeles g°j'=^"^E"- 
Cantons Iroquois font ind^pendans les uns des autres , k fort ' 

jaloux de cette mdep^ndance. II falloit done encore eaener 
c^luide Tfonnonthouan , & les Anglois n'omirent rien pour 
y reuilir ; mais lis s'apper^urent bientdt qu'ils ne viendroient 
jamais k bout de deloger Joncaire de Niagara. Alors ils fe re- 
dujjirent^demander, qu'au moins il leur fut permis d avoir 
auHi une Cabann^ au memelieu : mais cela leur fiit encore 
refufe. >, Notre Terre eft en paix, leurdirent lesTfonnon- 
thouans , les Francois & vous n> pourriez pas demeurer en- 
iemble , fans la troubler. Au refte , ajouterent-ils , c'eft fans 
conf^quence , que Joncaire v demeure. II eft Enfant de la Na- 
fruftrer ^°"^' . « il ne noiis eft pas permis de I'en 

, . ^^ faut avouer , Madame , qu'il ri'y a gueres que le zele du 

bien pubhc , qui puiffe engager un Officier , 4 Semeurer dans juSSSSl 

un Pays tel cue celui^ , il n'eft pas poffible d'en voir un gia. 

plus feuvage & plus affreux. D'un cot^ on voit fous fes pieds. 

& comme dans te fond d'un abime , un grand Fleuve kla. ve- 

rite* mais qui en det endroit, reffemble pfis i un torrent par fa 

rapidity, & par les TourbiUons , qu'y forment mille Rochers , 

au travers defquels il a bien^de la peine k trouver paffage , & 

par 1 ^cume , dont il eft toujours cotfvert : de I'autre , la vue 

eft mafqu^e par trois Montagnes pof^es les unes fur les autres . 

Ccdontladernierefeperddans les Nues. C'eft bien \k que ' 

les Poetes auroient pu dire , que les Titans avoient vouluV- 

calader le Ciel. Enfin de quelque part que les y6ux fe tout-- 

nent , ils ne d^couvrent rien , qui n'infpire une fecrette hor- 

rcur* , ' \ 

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ii8 JOURNAL H I S T O R 1 Q U E 

II eft vrai qu'il ne fau| pas aller bien loin pour voir un 
grand changement. Derriere ces Montagnes incuites & inha*- 
May. bitabies , on apper9oit uh Terrein eras , des Forets magnifv 
ques , des Coteaux agr^bles & rertiles ; on refpire un air 

{>ur , & on jouit d'un Climat temper^ , entre deux Lacs , dont 
e moindre (a) a deux cent cinquante lieues de circuit. 11 me 
paroit que , fi de bonne heure on ay^it eu la precaution de s'aC- 
surer par une bonne Fortereffe . & par une Peuplade raifon- 
nable , d'un Pofte de cetteiiiip«fahce ; toutes les forces des 
Iroquois & des Angloh pintes enfemble , ne feroient pas au- 
jourd'hui capables de hous en chaffer ; que nous ferions nous- 
mernes en ^tat de donner la Loi aux Premiers , & d'empecher 
la plupart des Sauvages , de porter leurs Pelleteries aux Se- 
conds , comtne ils font impunement tous les jours. 

La Compagnie, que j'ai trouv^e ici avec M. de Joncaire^ 
^toit compolee du Baron de Longueil , Lieutenant de Roy 
de Montreal ( h) , du Marquis de Cavagnal, , fils du Mar- 
quis de Vaudreuil , aftuellement Gouverneur G^ndral de la 
Nouvelle France , de M. de Senneville , Capitaine , & du 
Sieurde la Chauvignerie Enfeiene , & Interprete du Roy 
pour la Langue Iroquoife : ces Meffieurs vont neeocier un 
Accommodement avec le Cao0ft d'Onnontagu^ , & avoient . 
ordre de vifiter I'Etabliffement du Sieur de Joncaire , dont ils 
ont 6t6 trfes-contens. Les Tfonnonthouans leur ont renouvell^ 
la parole , qu'ils avoient donriee de le maintenir. Cela s'eft 
fait (fans un Confeil , o^ Joncaire , k ce qu'ils m'bnt dit , a 

{)arle avec tout I'efprit d'un Fran9ois , qiii en a beaucoup , & 
a plus fublime Eloquence Iroquoife. 

La veille de leur depart , c'eft - k - dire , le vint^jUpatre , un 
Miffifagu^ nous r^gaia dime Fete , qui a quelaue chofe d'af^ 
fez fjhgulier. II etoit tout-^-fait nuit quand elle commfen^a ; 
& en entrant dans la Cabanne de ce Sauvage , nous trouva- 
raes Un feu allum6 , aupr^s duquel un Homme faiattoit en 
chantam , fur une efpece de Tambour : un autre fecouoit fans 
ceffe fon Chichicoue , & chantoit auffi : cela dura deux heuv 
res , & nous ennuya beaucoup , car ils difoient tou jours la 
meme chofe , ou plutot ils formoient des fons a demi arti- 
cul^s , qui ne varioient point. Nous, priames le Maitre du 

((} U eft mote GoayctoGttt dc cette 
ViUc. 



Dc(cr!ptIon 
He la Danfc du 
Pcu. 



(f) Le LacOotatio. Le Lac Ettf ena 
ttois cent. 



^ 



r 



DOJN VOYAGE DE UAMERIQ.VfeT. Xy. 119 

Logis de ne point pouffer plus loin ce Prdluddy, & il eut bien 
de ia peine i nous donner cette marque de coiriplaifance. 

Nous virties alors paroitre cinq oufix Feramls , qui fe'ran- 
geantcoteicotefurunememeligne, fe tenantVort ferries , 
& ayant les bras pendans , danferent & chamerdnt • c'eft-i- 
dire , que fans rompre la ligne , elles faifoient qUelques pas 
en cadence^ tantot en avant , & tantot en arrierk Quand 
dies eurent fait^^e manage environ un quart d'heure\on etei- 
gnit leteu , qui feul donnoit du jour k la Cabanne\ & on 
n'appercut plus rien, au'un Sauvage, qui avoit dans la Bpuche 
uncharbona41um^, &quidanfoir. La Symphonie du Tam- 
bour & du Chichicou6 , ne difcontinuoit point ; les FerAmes 
reprenoient de tems en tems leurs Danfes & leur Chant \ le 
Sauvage danfoit toujours , mais comme on ne le diftinguok . 
qu k la lueur du charbon allura^ , qu'il avoit dans la bcSchS , 
il paroiffoit un Speftre , & faifoit horreilt k voir. Ce mdan^ 
de Danfes , de Chants , d'laftrumens , & ce feu , qui ne s eA 
teignoit point , avoient quelque chofe de bizarre & de fauva- 
ge , qui nous amufa une demie heure , apr6s quoi nous for- 
nmes de la Cabanne; mais le jeu dura jufqu au jour : & voilk 
Madame , tout ce que j'ai vu de la Banfe dufiu , je n'ai pu 
f9avoir ce qui fe patfa le refte de la nuit.La Mufique, que i'en. 
tendis encore quelque tems, ^toit beaucoup pfus fupporta- 
ble de loin , que de pr^s. Le contrafte des voixd'Hommes & 
de temmes , faifoit k une certaine diftance , un affez bel efr 
fet ; & on peut dire , que fi le^Femmes Sauvages avoient de 
la Meihode , il y auroit bien du plaifir k les entendre chikter. 
J'^vois fort envie de f9avoir , comment un homme dRloit 
tenir fi lon-tems un charbon allume dans fa bouche , SH la 
bruler , & fans s eteindre ; mais tout ce que j'en a'i pA ap- 
prendre , c'eft que les Sauvages (Ibnnoiflent une Plante , qui 
rend infenfible au feu la partie , qui en eft frottee , & qu ils 
n'en ont jamais voulu donner la connoiflahce aux Europeens 
Nous fjavons que I'Ail&rOignon peuvent produire le me* 
me effet, mais pour tr^s peu de tems (a). D'aiUeurs , com- 
ment ce charbon peut-il refter fi lontems allume? Quoiqu'il 
en foit , je me fouviens d'avoir lu dans les Lettres d'un de nos 
anciens Miffionnaires du "Canada une chofe, qui a quelque 

. i!^.?" P'<««»^<1« »*fe»i"cdf la PJan- 1 cauftiquc , a cc^ vetnu 

» oc 1 Ancnoae dc Canada , daiUoin fort 1 \ - 



1711. 

May, 



v. 



X' 



Hlttoire a ea 
fujct. 1 



■^■. 



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€,. 



17 1,1. 



>3o JOURNAL HISTORIQUE 

rapport k geci , Sc qu*il avoit appris d'urid^tfe Miffidn- 
naire , lequel en avoit ^t^ t^moin. Celui - ci '^lui montra uii 



/ 



-/ 



Gu^rifoQ. 



May. jourune pierre , qu'qn Jongleur avoit jett^e dans lefeu en 
fa prefencs , & Vy ^yoit laillee jufqu'^ ce quelle en fut toute 
p^netree. Apr^s quoi^^entrant dan^ une ei'pece de fureur , il 
I'avoit prife entre ie$ dents , & la portant toujours ainii ,^toit 
all^ voirnin M«ilaHe , oil le Milfionnaire Tavoit Tuivi : en 
entrant dans la Cabanne , il jetta la pierre par terre , & le 
^ PeirdTayant ramlani^e , il y trouva empreintes , les marques 
des dents du Sau^^age , dans la bouche duquel il n'apper^ut 
flucun indice de birulure. II ne dit point ce que le Ch9rlataii 
fit enfuite , pour foulagef le Malade ; mais voici en ce inem^ 
genr« un fait , qui vient de la mehie fource , & dont vous por- 
terez tel jugement , qu il vous plaira. 
Autre fait Uiie Feljtime Huronne , apr^s une Vifion vraye , ou imagi- 
; finguiier dune nairs , fut' attaquee dun tournoyement de tete , & d'une 
contrsi^on de nerfs prefque g^ri^raie. Comme depuis le com- 
mencement de cette maladieelk ne s'endormoit jamais , qu'eK 
le n'eut quantity de R3ves , qui la fatiguoient beaucoup , elle 
y roup^oiina du myftere,, & fe mit dans Tefprit , qu'elle gue- 
riroit par le iAoyen d'line Fete , dont elle regla elle -meme 
le C^r^monial , fuivant qu'elle fe fouvenoit , difoit - elle ,^ 
de I'avoir vu pratiquer autrefois. Elle voulut d^bord qu'on 
la portat dans le Village, oil elle ^toit n^e, & les Anciens 
qu'elle fit avertir de Ton defleia , exhorterent toik le monde 
il I'y accompagner. En un moment', fa Cabanne fe trouva 
^remplie de gens , qui venoientlui offrir leurs fervices ; elle 
les accepta , les inltruifit de ce qu'ils devoientiaire , & auili- 
tot les plus Vigoureux la mirent dans une efpece de hotte , 
& la porterent tour k tour ,. en chantant de toutes leurs forces. 
Quand on la f^ut proche du Village , on y alfembla un 
grand Confeil , & par honneur on y invita les Miffionnaires, 
qui iirent inutilement tous leurs efforts , pour difluader une 
chofe , dii ils foup^onnoient avec raifon autant d& fuperfti- 
tion, que de folie. On ^couta tranauillement tout ce qu'ils 
voulurent dire k ce fujet , mais quand its eurent ceflt^ de par- 
ler , un des Chefs du Confeil entreprit de r^futer leurs dif- 
cours , il n'y gagna rien nonplus -, puis laifTaiit li les Miffion- 
naires , il exnorta tout le monde k s acquitter 6xa£lement de 
^ut ce qui feroit prefcrit , & a maintenir les anciens Ufages. 



-r 



DTJN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. XV, 131 

Cpmrne il parloit encore , deux Deputes de la Malade eijtre- 

ient dans 1 Aflembl^e , donnerent avis quelle alloit arriv^ , 

. « prierent de fa oart , qu'oiTenvoyat.au devant d 'elle deut 

jeunes 6ar9ons & deux jeunes FUles ; par^s de Robes & de 

Coliers , avec des Pr^fens^ qM^lC|j|i3Uoit , ajo^tairt quelle 
declareroit fes intentions k ees quatrc^erfpnnes., 

Tout cela fut execute fur le champ , & peu de terns apr^s 

les quatre jeunes gens revinrent les mains vuides , "& preibue 

nuds ; la Malade s'^tant fait donner tout ce qu'ils avoient 

jilf(iu'4 leurs Robes. lis entrerent en cet etat.dans le Confeil I 

qui etoit toujours affembl^ , & y expoferent les demandes de 

cette Femme ; elles contenoient vim -deux Articles., oafnir 

lefquels ^toit une Couverture bleue , qui devoit dtrefour- 

nie pat les Miffionnaires ; & il falloit que toutes ces chofes 

fuffent livr^es i I'heure meme : on mi^tout en ufage pour 

obtenir la Couverture , mais elle fut conftamment refufee y8c . 

il fallut s'en pafler. D^s que la Malade eut re9ik les autres 

Prefens , elle entra dans le Village , toujours port^e , comme 

i'ai dit. Sur le foir^ iin Crieur Public avertit par fon drdre , 

de tenir des feux'allum^s dans les Cabannes , parce quelle 

devoit les vifiter toutes , ce quelle fit , d6s que le Soleil fut 

couchd , foutenue par deux hommes , & fuivie de tout le 

Village. Elle pafla au milieu de tous les feux , les pieds & les 

jambesnuds , & ne fentit aucun,ii|ial ; tancUs que fes deux 

Supports , quoiqu'ils s'ecartaflent du feu , aiitant qu'il leur 

etoit poffible , en fouffroi^t beaucoup ; car il fallut la con- 

duire ainii , au travers de plus de trois cem; BraHers : pour 

elle , on ne lentendit jamais fe pl^ndre y que du froid , & k 

la fin de cette courfe , elle deciara^u elle fe fentoit fou^ 

lagee. . '^t "" \ ■ ' • 

Le lendemain au lever ^Joleil on.commen^a , par fon or- 
dre encore, une efpece de Bacchianale , qui tUiratrpi^ jours. 
Le j}remier jour tout.iemonde courut pkr les Cabannes bri- 
fane & renverfant tout ; & k mefure que k bruit & le defordre 
augmentoient , la Malade aflufoit que fes douleurs dimi- 
nuoient. Les deux autres jours furenc employes a parcourir 
tous les Foyers , par oil elleatvoit paffe ^,& A propoler fes de- 
iirs en Vermes. i^nigmaelques>;iill3lioit les deviner , & le^ fc- 
complir fur le champ. II y en avoit d'une obfcenite k faire hir- 
reur. Lequatri^me jour la malade^ £t une f^conde; vifite de 



I 7 J I. 

May, 



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May. 



v; 



131 J OURKAL HISTORKJUE . 

* toutes les Gabannes , mais biei) difierente de la premiere, j^lllk ' 
^toit au milieu de deux bandes de Sauvages , ()ui marchbienc ' 
k la file d un air trifte & languilTanc , & gardoient un profdnd 
ftlence^ U n'^toit pefmis k perfpnne de'fe trouver fur fon chc- 
min,'& ceuXi.»qui avoient la tSte de fon efcorte , avoient 
foin d'^carter tous ceux , qu'ils rencontroient. D6s que la Ma- 

~^ lade j6toit entree dam une Cabanne , on la faifoic afleoir , on fe 
pla9oit autour d'elle ; elle foupitoit , faifoit le r^cit de^fes 
maux dun ton de voix fort touchant , & donnoit k entendre 
que fa cu^rifoji parfaite d^pendoit de raccomplifFemerit d'un " 
dUfir , lur lequel elle ne s'expliqugit point , -Scquil falloit de- 
virter. Ghacurt )^ faifoit de Jan fHieux ; mais ce d^fir ^toit 
fort compliqu^ ; il comprenoit beaucoup diff'diofes ; k mefure"^ 
qu'ort en nommoit une , il falloit la lui donner , &D6ur I'ordi- 
' naire elle ne fortoit point d*uneGabanne ,. quelle n'en eut 
prefque tout enlev^. ' - ' *t / :^ 

Lorfqu'elle voyOit qu'on .ne pouvoh rencontter jufte , elle 

- s'exprimoit un peu plus clairement , & quand on eut tout de- 
vine-, elle fit rendre tout ce quelle avoit re9u. Aiors on ne 
douta plus qu'elle, ne fiit guerre ; on en fit (Tne Fete , qui con- 
fi(la en des ens , ou plutot des hurlemens afireu:^, & des ex- 
travagance's de toutes les fortes. Enfin elle fit fes remercimens , 
• & pour mieux t^moignerfa reconnoiffance , elle vifita une 
troifi^e fois toutes les Gabanne.« , mais fans aucUne cir^mo- 
nie. Le Mifiionnaire t^moin de cf tte ridicule fcene , dit.que ■< 
la Malade ne fut pas entierement guerie ; mais qu elle fe por- 
toit beaucoup, mieux : cependant une*perfdnnefaine.& ro- 
bufte y auroit p6ri. Ce Pere «ut ^rand loin de faire o|pfervef 
\ que fon pr^tendu G^nie lui avoit promis une-gu6rifon pv- 
taite , & ne lui ayoit pas .tenu parole. On lui r^pondit que 
dans uoe ii grande quantite de chofes commandoes , il ^toit 

. bien difficile qu'on n'en ^ut pmis quelqu'une. II s'attendoit 
qu'on infifteroit-prihcipalement fui'ie re6js de la couverture 
bleue;^ <^ la, vOrite on lui en dit un mot , mais on ajouta qua- 
pr^s ce refus le GOnie s'Otoit fait voir pendant la nuit a la Ma- 
fade , & lui avoit affure que cet incident ne lui cauferoit au- 
' cun prejudice, parce au^ les Francois n'Otant pasNatureU 
du Pays , les GOnies n avoient aij^n pouvoir fur eux. Je 
rcviensi men voyage. 
Ptfaifdou },lef&emi nosQmciers 6tant partis , je montju ces affr^u- 

» • t5 fes 



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lyyU VOYAGE DE LAMERI<2. Let. XV. 133 ^ 

meux Siult de Niagara , au^effus^duquel je devois me Jar- Miy . 
quer.Cfvayageeffdetroisl.eues; il^toii autrefois de cinq. "» s,uU dc 
jIToit de 1 autre cdt^ de la Riyiere , c'eft-i^dire , ^"«"'- 
"f J VTV"'. *I"P" "® ^® rembarquoit, qu'^ deux lieues an' 

^S^ febfe '& ^"'"• ^^^^ ""^ ^"^^ ' -^^ *^ ^""-n ' ^ 

^Sl!*i w * » ^ °" P^*" conf^quent on peut s'embarauer 

farfi<^.l.Mon nremier/foin, en .rrivantffut dfyS ?a 

plusielle QfcaJe.qu, foitpeut-etre dam la Nature ;. ma is e 

reconnus d'abord que le Baron de la Hontan s'^tbit trompi 

^^"/rl^^ornt'^i:^'^^^^ 

^3 «^ certain gue , fi 6n ipefure fa hauteur par les trois Mon- 
- ^agnes , ou'il fiut franchir d abord , il n y%as beaucouTi 
raBattre ^es fix cent pieds , que lui donn/la Oarte de M? rfe- 
lifle, qui fans doute n'a avanc^ ceparadoxe, que furlafoi 

jefusariltVeau fommet de la troifieme Mintagne , j'obfeml 

cet e cWute deau , guo.qu'il faille quelquefofs mo^er V il 
fautencbre plus deiendre, & c'eft^qioi ces Voyieu^ 
paroiffeitn avoir pas fait affez d attention. Comme on^n^peut 

JLn eft isas aif^ d en mefurer 1^ hauteur avec les ^ftrumens • 
on a voulu le faire avec une lo^gue corde att^h^ei unTlon'- • 
gueperche , & apr^s avoir fouvent r^iter^ cette maniere , oa. 
n a trouv^ qu^ <^eni.q»«nze , op ^,x vJnt pieds de profondcur^ 
mais il n'eft ^s poffille de s'affurer fi la perche i?a pas S arl 
retee fur quelaue Rocher , qui avan^oit : car quoiqu'on Teiit 
toujours retiree mouill^e , auffi-bien qu'un bout de^a corde 
^ quoi elle ^toit attach^e , cela ne prouverien , puifque I'eau ^ 
qui fe pr^cipite de laMontagne, rejaillit fort haut en ^cu! 
mant. Four moi, aor^s lavoir confideree de tous les en- 
droits , d pii on peutVexaminer plus k fon a1fe , j'eftime qu'on 
"bS^"l? "■ ^"^'' ""^'"^ ^^ ""' quarante^u cinqilante "" 

Qpan^ k fa fi^re , elle eft en fer k Cheval , & elle a envi- 
ron quatre cent>s de circonfdrence ; mais pr^cif^ment dans 
fon milieu ^lle^ft pana^^e en deux par uiie Ifle fort etroite . 
f dome UU . _ G g - 



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172 I, 

May. 



Z34 J OURNAL HIST ORIQUE 

& d'un demi-quarc de lieue de long , qilii y aboutit. U eiivrat 
que ces deux parties ne tardent pas k fe reioindre. Celle , qui 
etoit de mon cote , & qu'on ne voit que de profil , a plufieurs 
pointes , qui avancent , mais celle , que je decouvrois en face , 
me parut fort unie. Le Baron de la Hontan y ajoute un Tor- 
rent, qui vient de I'Oueft, mais s'iln'apas ^te invent^ par 
cet Auteur , il faut dire que dans le terns de la fonte des Ne- 
ges , des eaux fauvages viennent fe decharger la par quelque 
ravine. 
Vous pouvez bien juger , Madame , qu'au-deffous de cette 
' ^ chute la Riviere fe reffent lontems dune li rude fecouffe ; aufli 

n'eft-elle naviguable qu'au bout de trois lieues , & precife- 
modt k lendroit , ou M. de Joncaire s'eft place. Elle ne devroit 
pas^tremoins impAtiquable au-deffus , puifque le Fleuve y 
tombe perpendiculairement dans toute falargeur. Mais outre 
rifle , qui la divife en 3eux , plufieurs ecueils femes 9^ & 1^ 
k cote oc au-deffus de cette Ifle , ralentiffent beaucoup la ra- 
pidity du Courant. II eft neanmoins fi fort malgre cela , aue 
dix ou douze Outaouais ayant un jour voulu traverier k I'lfle , 
pour eviter des Iroquois , qui les pourfuivoient , furent entrai- 
nesdansleprecipice,quelqu'efFortqu'ilsfiffentpourfe foutenir. 
owervations J'avois oui clire que les Poiffons , quiTe trouvoient enga- 
fur cette Caf- ggs dans ce Courant , tomboient morts dans la Riviere , & 
"***■ que des Sauvages etablis dans ces quartiers-lk en faifoient 

leur profit ; mais je n ai rien vu de femblabje. On m'avoit en- 
core affure que les Oifeaux , qui s'avifoient de voler par-def- 
fus , fe trouvoient quelquefois envelopp^s dans le tourbillon , 
que formoit dans lAir la violence de ce Rapide; mais j'ai 
remarque tout le contraire. J'ai vu de petits Oifeaux voltiger 
affez bas dire6lement au-deflus de la chute , & s'en tirer fort 
i)ien. 

C'eft fur un Roc , que cette nappe d'eau eft rc9ue , & deux 
raifons me perfuadent qu'elle y a trouv^ , & peut-etre creufe 

' avec le tems une Caverne , qui a quelque profondeur. La pre- 

miere eft que le bruit , qu'elfc fait ^ eft fort fourd , & icomme 
d'an tonnere eloign^. A peine I'entend-on de chez M. de Jon- 
caire, & peut-etre meme ce qu'on y entehd n'eft que les 

> bouillonnemens caufi^s par les Rochers , qui rempliffent le 

'^ lit de la Riviere jufques-li. D'autant plus qifau-deffus de la 

Catara^e , on ne I'entend pas k beaucoup pr^s de fi loin. "" ~ 



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m. 




'■'iVf^ 



I72I. 
May. 



DtJN VOYAGE DE L'AMERIQ. ^t. XV. 2,5 

feconde eft guil n'a jamais rien reparu , dit-oft , de tout ce 
amy eft tomb^ , pa^meme les debris du Canot des Outaouais " 
dont ,e parlois tout-i-'heure. Quoiqu'il en foit, Ovide nous 
donne la defcription d'une femblable Catarafte ou'il dit Ttrl 
danslad^icieufe Valine deTemp^. II s'entui Tn ql ^ 
Pays de Niagara foit auffi beau , mais je crois fa Cataraae 
beaucoup plus belle (tf). i«»id«c 

Au refte je n'ai apper^u de brouillard au-deffus, que 
par dernere ; de lorn on le prendroit pour une fum6e* & il 
neft perfonne , qui ny fut tromp^, s'il arrivoit' Ma vue de 
1 li^, fans etre pr^vcnu qu'il y a en cet endroit une Catarafte 
auffi furprenante jjue celle-U. ^ 

Leterreindestfoislieues, quej'ai faitesipied pourvenir 
Id, &quon appelle XtPona^de Niagara, ne paroit pas 
bon ; il eft meme aifez mal b J| , & I'on n y fcaSroit faire 
dix pas , fans marcher fur uneTourmiliere , & fans rencon- 
trer des Serpens 4 Sonnettes, fur-tout pendant la chaleur du 
jour. Je crois, Madame, vous avoir dit que les Sauvaees 
mangent par delices la chair deces Reptiles. En een^ralles 
berpens ne caufentl)oint d'horreur k ces Peuples : il n'eft au- 
cun Animal, dont^on voye plus fouvent la figure marquee 
fur leur vifage , & fur d autres endroits de leur Corps , & ils 
ne leur donnent ordinairement la chaffe , que pour les man- 
ger, Les Os & les Peaux des Serpens fervent auftl beaucoup • 
aux Jongleurs & aux Sorciers pour faire leurs preftiees , & ils 
fe font des bandeaux & des ceintures de leurs Peaux. II eft en- 
core vrai qu'ils ont le fecret de les enchanter , ou , pour par- 
ler plus jufte , de les engourdir ; qu'ils les prennent tout vi- 
vans ,. les manient , l^s mettent dans leur fern , fans qu'il leur 
en arrive aucun mal, & que c'eft ce qui contribue davantage 
a leur donner le credit , qu'ils ont fur ces Peuples. 

J'allois fermer cette Lettre , lorfque Ton m'eft venu dire Circonftan. 
que nous ne partirions pas demain , comme je my attendois "* ''«= '» ^*«- 
11 faut bien prendre patience , & mettre le terns 4 profit : ie £/" ^""^ 
vais done reprendre I'article des guerres des Sauvages, qui 

(a) £/f titmut Hm0m4 . prinft* quod undiqu* eUiiJit 



- .f 

7. 



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fii°^ ' 



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Effmfiu Tindo fpmnufis vtlvitur Vmdit , 
DejtBiiqiM gmi ttmut tgitmttM Fmmt 

ifubiU conducit . fi$mmiffn$ »ffngiiu SylvM$ 



M^Ufflorpb. LIv. t. 

Ggij 



■ v-^-' 



IJX I. 



136 JOURNAL HISTORIQUE 

ne ferapas fitdt ^puift.Des que tous lesGuerriefs font em« 
barques , les Canots s'^loignent d'abord un peu , & fe tien- 
May. nent fort ferr^s fur une meme ligne ; enfuite le Chef feje- 
ve & tenant en main fon Chichikoue , ilentonne fa Chanfon 
de guerre , & fes Soldats lui repondent par un triple he, tire 
avec effort du creux de la poitrine. Les Anciens oc les Chefs 
du Confeil , qui font reftes fur le Rivage , cxhortent alors les 
Guerriers k bien faire leur devoir , & fur-tout k ne pas fe 
laiffePfurprendre. C'eft de tous les avis , qu'on peut donner 
aux Sauvages , le plus neceffaire , & celui , dont , pour I'or- 
dinaire ,ils profitent lemoins. Cette exhortation n'interrompt 
point le Chef , qui chante toujours. Enfin les Guefriers con- 
jurent leurs Parens & leurs Amis de ne les point oublier , puis 
pouffant tous enfemble des hurlemens affreux , ils partent de 
fa main , & nagent avec une telle viteffe , qu'on les voit dif- 
paroitre dans I'inftant. 

Les Hurons & les Iroquois ne fe fervent point du Chichi- 
koue, mais ils en donnent a leurs Prifonniers, de forte que cet 
inflrument , qui eft pour les autres un inftrument de guerre , 
femble etreparmi euxune marque d'Efclavage. Les Guerriers 
ne font prefque jamais que de petites journees, fur-tout quand 
ils font en grande troupe. D'ailleurs ils tirent des prefages de 
tout ; & les Jongleurs , k qui il appartient de les expliquer j 
avancent & retardent les marches comme il leur plait. Tant 
qu'on n'eft point en Pays fufpeft , on ne prend aucune precau- 
tion , & fouvent on ne trouveroit pas deux ou trois Guer- 
riers enfemble , chacun etant de fon cot^ k chaffer ; mais 
quelqu'eloigne que Ton foitde la route , tous fe rendent ponc- 
tuellement au lieu & k I'heure marauds pour fe reunir. 
>e- On campe lontems avant le Soleil couche , & pour I'or- 
dinaire on laiffe devant le Camp un grand efoace environne 
d'une Paliffade , ou plutot d'une efpece de Treillis , fur le- 
qud on place les Manitous , tourn^s du cote , oii Ton veut 
all*. On les y invoque pendant une heure , & on en fait au- 
tant tous les matins , avant que de d^camper. Apr^s cela on 
croit n'avoir rien i craindre , on fuppofe que les Efprits fe 
chargent de faire feuls la Sentinelle , & toute I'Armee dort 
tranquillement fous leur fauve - garde. L'exp^rience ne d^- 
trompe point ces Barbares , & ne les tire point de leur con- 
fiance prefomptueufe, EUe a fa fource dans une indolence 



Du Campi 
mcnt. 




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, y 



I 7 1 1 



« 



entree 



DUN VOtMpE DE L'AMERIQ. Let. XV. 137 

& dans une parefle , que rien ne peut vaincre. * / x 1 . 

Tout eft Ennemi ftir le chemin des Guerriers. Si neanmoins May. 
lis renconirent dfe leurs Allies,, ou des Partis a peu pr^s de »«= i> rcn- 
torce ega]e de Gens , avec qui ils n ont rien a demeler on fe S?""^ **" '*'f- 
fait amui^ de part & d'autre. Si les Allies , qu'on rencontre , dc Gucif^ 
;^ient en guerre contre les memes Ennemis , le Chef du Parti 
-le ^lus fort , ou de celui , qui a arm^ le premier , donne k 
1 autre quelqufej Chevelures, dont on he manque jamais de 
faire provifionpotrtes occafions-li , & lui dit : « Fbus aver « 
cofij) ici , c'eft-a-dire , vous avez fatisfait k votre engage- « 
rtent, votre honneur eft a couvert , vous pouvez vous en 
retourner «. Mais cela s'entend , lorfque la rencontre eft for- 
tune , qu on ne s'eft pas domie le mot , & qu'on n'a pas befoin 
de renfort. 

Quand on eft fur le point d'entrer dans le Pays entwrfTl Oe 1 
on s'arrete pour une ceremonie, quiaquelque chofe d'affez ^^^^ '•= P^ys 
lingulier. Le foir on fait un grand Feftin , apr6s lequel on ^""'"''" 
s'endort.D^s que tous font eveilles , ceux , qui ont eu des 
reves , vont de feu en feu , chantant leur chanfon de mort 
dans laquelle ils font entrer leurs fonges d une maniere enigl 
matique. Chacun fe met I'efprit k la torture pour les deviner 
& fi perfonne n'en peut venir a bout , il elt permis k ceux ' 
3U1 ont reve de sen retourner chez eux. Voili qui donne beau 
leu aux Poltrons. On fait enfuite de nouvelles invocations aux 
Efprits , on s'anime plus que jamais k faire merveille : on jure 
de fe fecourir mutuellement ; enfin on fe remet en inarche j & 
fi on eft V*au jufques-14 par Eau , on quitte ks Canots , qu'on 
a grand foin de bien cacher. Si tout ce qui eft prefcrit dans ces 
occafionss'obfervoit ex^ftement, il feroit difficile de furpren- 
dre un Parti de guerre , qui eft entre dans le Pays ennemi. On 
ne doit plus faire de feu , plus de cris , plus de chaffe ; il ne 
faut plus memf fe parler , que par fignes. Mais ces loix font 
mal gard^es. Tout Sauvage eft ne prefomptueux , & incapa- 
ble de fe gener le moins du monde. On ne neglige pourtant 
gu^res d'envoyer tous les foirs des Coureurs , qui employent 
deux ou trois heures k aller de cot^ & d'autre. S*ils n ont rien 
vii , on s'endort tranquillement , & on abandonne encore la 
garde du Camp aux Manitous. 

Si-tot qu'on a d^couvert I'Ennemi , on envoye le reconnoi^ dcs appro 
tre , & fur le rapport de ceux , qu'on a envoy es, on tient «='>«. &dciai- 

tatjuc. 



4 -J 

..TV ! 



, f»-» 




\. 



238 JOURNAL HISTORIQUE 

Confeil. L'attaque fe hit ordinairement au point du jour. C'eft 
* "7 * * * le terns , oii Ton fuppofe que TEnnemi eft dans Ton plus pro- 
May, fond fommeil , & toute la nuit on fe tient couch^ fur le ven- 
tre , fans remuer. Les approches fe font dans la mdme pofture 
en fe trainant fur fes piecls & fur fes mains jufqu'ik la port^e du 
Trait. Alors tousfelevent , le Chef donne le fignal par un 
petit cri , auquel toute la Troupe repond par de vrais hurle- 
mens, & fait en meme- terns fa premiere decharge : puis, 
fans laiffer k I'Ennemi le tems de fe reconnoitre , elle fond fur 
lui le Caffe-tete k la main. Depuis qu aiix Caffe-tetes de bois 
ces Peuples ont fubftitu6 de petites Haches , auxquelles ils 
ont donne le meme noin , les melees font plus fanglantes. Le 
combat fini,on leve les Chevelures desMorts & desMourans, 
& on ne fonge k faire des Prifonniers, que quand I'Ennemi ne 
fait plus aucune refiftance. ^ * 

Mais fi on I'a trouve fur fes gardes , ou trop bien retran- 
che on fe retire , pourvu qu'il en foit encore tems. Sinon , 
on prend refolument le parti de fe bien battre , & il y a quel- 
quefois beaucoup de fang r^pandu de part & d'autre. Un 
Camp forc^ eft I'image de lafureur meme, la f^rocite bar- 
bare des Vainqueurs, & le defefpoir des Vaincus , qui fjavent 
k quoi ils doivent s'attendre , s'ils tombent vifs entre les mams 
de leurs Ennemis , font faire aux uns & aux autres des efFons , 
qui paffent tout ce qu'on en peut dire. La figure des Combat- 
tans , tous barbouilks de noir & de rouge , augmente encore 
I'horreur du combat , & Ton feroit fur ce modele un ponraii 
bien naturel de I'Enfer. Quand la viaoire n'eft plus douteufe , 
les Viftorieux fe d^font dabord de tous ceux , qu'ils auroient 
trop de peine k emmener , & ne cherchent plus qu'4 laffer les 
autres, dont ils veulent faire des Prifonniers. 

Les Sauvagesfontnaturellement intr^pides , & malgr6 leur 
ferocit^ brutale , ils confervent toujours dans I'aftion meme , 
Leurmankre beaucoup de fang froid. Cependant ils ne fe m^lent, & ne 
■ • combatt^nt en rale campagne, que quand lis nepeuventl^vi- 
ter. Leut raifon eft qu une viftoire temte du fang des Vam- 
' queurs n'eft pas proprement une viaoire , & que la gloire du 
Chef confifte principalement k ramener tout fonMonde fam & 
faof . J'ai oui dire que quand deux Ennemis , qui fe font connus, 
fe rencomrent dans le combat , il fe fait entr'eux des dialo- 
gues affes femblables i ceux des Heros d'Homere. Je ne crois 



dc combattre. 



^^1 



* 



I 7i 1. 
May. 

LeurinftiiKa 

•ourconnoitn 

cs traces di 

IcursEniiemis 



DTJN VOYAGE DE UAMERtQ. Let. XV. ^39 

pas que cela arrive dans le fort de la melee , mais il fe pWit 
faireque dans de petites rjencontres, oui)ien avant quelde 
paffer un ruifleau , ou de forcer un retWnchement , onlfe 
dife quelques mots pour fe defier , ou pour fe rappeller quil- 
qu'autre rencontre femblable. ^ - 1 

La guerre fe fait prefque toujours par furprife , & elle reui^ 
fit affez ordinairement ; car autant que les Sauvages font acl Jurconn^juf. 
coutumes a negliger les precautions neceffaires pour n etrd '« traces de 
. pomt furpris , autant font-ils alertes & habiles pour furpren4 ' — ''~"~' 
"•dre. D'ailleurs ces Peuples ont un talent admirable , je diroisl 
"volontiers un inftinft , pour connoitre fi Ton a pafTe par quel- 1 
^ que endroit. Sur les herbes les plus courtes, fur la terre la plus 
dure, fur. les pierres memes, ils decouvrent des traces, & 
par la fa9on , dont elles font tournees , par la figure des pieds , 
par la maniere , dont ils font ecartes , ils diftinguent , dit-on , 
les veftiges des Nations difFerentes , & ceux des Hommes 
d'avec ceux des Femmes. J'ai lontems cru qu'il y avoit de I'exag- 
ger ation dans ce qu'on en racontoit , mais le rapport de tous 
ceux, qui ont vecu avec les Sauvages , eft fi unanime fur cela , 
que je ne vois aucun lieu d'en foup5onner la fmcerite. Si par- 
mi les Prifonniers il s'en trouve , que leurs bleifures mettent 
hors d'etat d'etre tranfportes , on les brule d'abprd , & com- 
me cela fe fait dans le premier emportement , & qu'on eft 
fouvent prefle de faire retraite , ils en fojit pour la plupart 
quittes a meilleur marche , que les autres , qu on referve a un 
Uipplice plus lent. 

TL'ufage eft parmi quelquei Nations que le Chef du Parti dcs fi^ne, 
vainqueur laiffe fur le champ de bataille fon Caffe^tete , fur quon UiEc 
lequel il a eu foin de tracer la marque de fa Nation , celle de '"^'"^""c. 
fa Famille , & fon portrait , c'eft-i-dire , un ovale , avec tou- 
tes les figures , qu il a au vifage. D'autres peignent toutes ces 
marques fur le tronc d'un arbre , ou fur une ecorce , avec du 
charbon pil^ & broye , mele de quelques couleurs. On y 
ajoute des cara^eres hi^roglyphiques , par le moyen defquels 
les Paffans peuvent apprendre jufqu'aux moindres circonftan- 
ces , non-feulement de Ta^ion , mais encore de tout ce qui 
s'eft pafli6 pendant la campagne. On y reconnoit le Chef du 
Parti par toutes les marques , dont je viens de parler ; le nom- 
bre de ks exploits , par autant de nattes ; celui de fes Soldats , 
par des lignes ; celui des Prifonniers , qu il emmene , par de 



^ » 






'.40 JOURNAL HISTORTQUE , 

- oetits Marmouzets, qui portent un baton, ou un Chichi- 

' TTTir P"^ . ceka des Moris , par des figures huma.nes fans tete , 

May avec des difFerences , qm font diiSnguer les Hommes les- 

^' Femmes , & les Enfans. Mais ce n'eft pas toujours fi pr^s du 

temmes , oc ic ^^^^^^ ^^^ ^criteaux , car 

Pricilulons Jufqu^ ce que ^^f^^ ^'^^"7 j^^^ queles Bleffes ne les re- 
pour aflurcr la font affez dc dil»gence ; 5iif<le craiiue quc ^ ^ 
Tctrauc , & . dans leur retraite , lis les portent tour 4 jouj^^'^^^f 

pour gardcr les taruent oaui furuneTraine , fi on eft en Hy yer. 

.rers &Ta Se chofe fe pratique chaque fois quilsren- 
con rent dele^rs Allies j honneur qui come un feftin a ceux 

les f'^'^M''^^^^^ >a^ifgr ^ ou le mutiler de maniere, c[u il en 
? ' TXoDi" 11 y a pourtant des Chefs , qui m6nagent 
Sc MSbies /& Se foufrent pas qu on les maltraue 
tron MaiVr en n'egale I'attention , avec laquelle on les garde. 

duKf Ouan^^ Sn ya ;arTer?e, il y a toujours quelqu un, 
flui les tient ; & la nuit ilsVont ^tendus a terre tout nuds , des 
?n J!tlttache?sides crochets plantes en terre leur tiennent 
Isfambes, le^b^^^^^^ & le couYi ferres , qu ils ne fcauro.ent 
remSf &de longJes cordes leur ferrent encore les mains 
&Te?pie^ de tell|fa9on , qu'ils ne peuyent faire le moindre 
mouvement fans /yeiller lesWages , qui font couches fur 

"Xtd les Guerriers font arriyes iune certaine diftancedu 

Comment on Vi'w -j ^ • ^ ^tis , ils s'arretent , & le Chet y 

TJri^sZ^nMoZr ayisquil eft proche. Parmi queues Na- 

^»^^- tfom d6s que I'Envoy^ eft k port^e d'etre entendu , il fait 

Sens cm" qui don Jent une*^ldee generate des pnncioales 

.f nmres & du fucc^s de la campagne. 11 marque d'al)ord 

ayentores , « ^u^"'- , y a perdus , par autant de 

^' Tmort AuSe Je2nes gLs I dkache\it pour .voir 
deslrnomaieTpl^^^^^^^^ fouyent m|me tout 

U^^:%mh^s un feul Homme abprde lEnyoye 



^, A 



,V '- \ '':■■, 

,^-/ ■ ' - "-• -, _ 

l3TJNyOYAGE.DE L'AMERIQ. Let. XV i^i 

teurj.i mbfurequccelui-^i lui raconte un fait" il le XL 
tout haut en fe tournant veh ceux , qui VontlccnJ^JJL Ti 
Ik lui repondentpar des accUmarior. rpaXSfs W^ 
bres fuivant cue la nouvelle eft funefte ou wS,!? "S"* 

LEnvoy^ efl enfuite conduit dans uneCaba^i n^ i 
Anciens lui font ks monies queftions , qu'o^luf.T ' f " ^^* 
f pr^s quoi un Crieur public^nvirtou^te k W^^^^ 
rafraichiflemens. AiUeurs on ne fonge d'abord quVbLrfr 
ceux, qu'onaperdus.L'Envoy^negitquedescVdemo« 
Onne va point au-devant de lui ; mais iVon entrl 1^ Je 
Village , I trouve toutlemonde affembU /raconte e„DeuJe 
nio« tout ce qui seft pafK , puis fe retir^ dan° fe cXn„e 
ou on lui ported manger, & pendant quelque terns on r?erf 
occupy qu'4 pleurer les morts. ^ ^ °" " ^^ 

Ge terme expir^ , on fait un autre cri pour aiihoncer la 
viftoire. Alors chacun effuye fes larmes , & il n4 plus quef 
tion que de fe rejouir. Quelque chofe d'affez fflX t 
prap<^ue au retour des ChaffeL : les Femmes , qui fom de! 
meurees au Village , vont au-devant d'eux , d^s ou'e lies fon 

ces de la Chaffe, elles leur annoncent par leurs larmes les 
morts , qui font arnv^es depuis leur d^paVt. Pour reveSr aux 
Guerriers, le moment , oil les Femmes les ioignem^ft i 
proprement parler le commencement du fupplici des Prifon- 
niers: auffi lorfque quelaues-uns ont d'abSrd iti deftinSi 
etre adopt^s , ce qu'il n'eJ pas permis de faire chez touS 
Nations , leurs futurs Parens , qu'on a foin d avertir .' les voS 
prendre un peu plus loin , & les conduifent k leurs Cabanni 
par des chemins d^tourn^s. Pour Tordinaire ils ignorem 
lontems quel doit ^tre leur fort , & il en eft peu , qui ^S 
pent aox premieres fureurs des Femmes. Mais cet irticS me 
Oieneroit trop loin , & nous partons demain de grapd matin? 

Je fuis , &q. 



172 I, 
May. 



! 



Tpme III, 



Hhl 



14* J O 



URN AL HIST ORIQU E 



172 1. 

May. 



SEIZIEME LETT RE. 

Premiere IReception dcs Prifinniers. Triomphedes (hur^ 
DillrihutioL qu on fait des Captifs: comment on decide 
TUrtn &cequidrrive H^ite. Avec quelle tnhumanae 
fnZifeceux, qlifont dejliies^ la mart Courage , qu Us 

. fontpnioitre. Des Negociations des Sauvages. 

A I'Entr^e du Lac Eri^ , 'c6 vint-fepti^me May , 17" . 



M 



ADA ME, 



J E fui s parti ce matin du Sauk de Niagara n avoi^^e^^^ 
fept lieu2s*ifaire pour gagner le Lac E^^'^^^j' ,?',,\^e 
fam oeiiie Nous comptons biende nepascoucher ici cetie 
^h ? ml'; tandis que mes Gens nageoieflt de tomes leurs 
force's TafbTen avanc^ une nouvelle f ettre , & pendant qu .Is 
p^nen^l^pe^ri^repos je vais I'achever .P-Ha donne^ ^ 
5m rnnadiens aue nous avons tencontris ici ,tx qui yont a 
M™^?e|. rrepT.nds mon ricit , oi. i'en itois demeure dans ^ 

P,™.„ .- " To« UsPrironniers . qui font deftin^a U mo«^& « oul 

^humartfe, ii i'la pudeur, & i c W coup, <P '"'J^'r "'^J 
on croiroit au'ilvatombermortirespieds, li on ne uavoii 
^aVcoXnTes Barbares font ingenieuxi m^^^^^^^^ 
plices les plus inouis. Toute la nuit fe paffe de la lorte au 
Campement des Guerriers. 



1 7*1. 
May. , 

ttiomphc 
des Gucrtiets. 



nravadesdes 
Piifonnicis. 



DTJN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XVI. 24^ 
^ Le lendemain Hk k jour du Triomphe des Vamqueur^* Les 
Iroquois & quelmies autres afferent une graiide modefti^, & 
un plus grand d^fint^reffement encore dans ces rencontres. Les 
Chefs entrent d'abord feuls danS le Village , fans aucune mar- 
que de viaoire , gardant un profond filence , & fe retirent 
dans leursCabannes, fans t^moigner avoir la moindre pre- 
tention fur les Prifonn?ers. Chez d'autres Nations il n'en eft 
pas de meme j he Chef marche k la tetede fa Troupe avec un 
air de Conquerant ; fon Lieutenant vient apr^s lui , & il eft 
precede d'un Crieuj , qui eft charge de recommencer les cris 
de mort. Les Guerhers fuivent deux k deux, les Prifo'nniers 
au miheu , courdnnes de fleurs , le vifage & les cheveux 
peints , tenant un baton d'une main & le Chichikoue de I'au- 
tre, le corps prefque nud^ les bras lies au-deffus du coude, 
avec une corde , dont les Guerriers tiennent les bouts , & 
chantent faris ceffe leur chanfon de mort au fon du Chichi- 
koue. -i 

Ce chant a quelque chofe de lugubre & de fier tout enfem- 
' ?'^' ^ l^ Captif na point du tout lair d'un Homme, qui 
loutre , & qui eft vamcu. Voici a peu pr^s le fens de ces chan- 
ions : » Je fuis Brave & intrepide , je ne crains point la ^ 
mort, ni aucun genre de tortures: ceux qui les redoutent, « 
lont des laches , ils font moins que des Femmes : la vie n'eft « 
rien pour quiconque a du courage* : que le defefpoir & la rage « 
etouffent tous mes Ennemis : que ne puis-je les d^vorer, St 
boire leur fang jufqu'A la derniere goufe** ! De terns en terns 
on les arrete , on s attroupe autour d eux , on danfe & on les 
fait danfer : ils paroiffent le faire de bon coeur , ils racontent 
les plus belles aaions de leiir vie; ils nomment tous ceux, 
qu lis ont tu6s , ou brules. lis font fur-tout remarquer ceux , 
auxquels les. Affiftans doivent plus s'intereffer : on diroit qu'ils • 
ne cherchent qu'^ animer de plus en plus contre eui les Arbi- 
tresde leur fort. Ces bravades en effet fomentrer en fureur 
tous ceux , qui les etitendent , & leur vanite leur coute cher. 
Mais de la maniere , dont ils re5oivent les plus durs traite- 
mens, ondiroit que c'eft leur faire plaifir, que deles tour- 
inenter. '• . • 

Quelquefois on les oblige db. coutir entre deux rangeesde fStufJ^l 
Sauvages arm^ de pierres & de batons , & qui doni^nt fifV leur entree * 
eux , comme sils vouloient les aflbriimer du premier coup '^"" '' ^'"''- 



, * 



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STl>RiQUB\ 




Difltibution , 
qu'on CO £>ic> 



144 lOURN AL HI 

llrfarrivc pourtant jamais au'ils y fuccombent , tant oii o^ 
fenre , Xo^xtikttii. qu'il femtle qu'ort frappe > raveuglc . & 
que lafeule fureur Conduit le bras . de ne point toucher aux 
Indroits , oil il y auroit du rifque pour fa vie. Dans cette 
^arcrchacun a^droh de les arrlter ; » l-r eft aufli perous 
de fe d^fendre, mais ils ne feroient pas les pl"s fo«^- P^^ 
qu'ils font arrives au Village , on le,^ conduit de Cabanne en 
2:abanne , & par-toUt onteurfait payer leur bien-venue. Ici 
on leur arrache un ongle , li on leur coupe un do.t ou avec 
les dens , ou avec un m^chant couteau , dont on fe fert com- 
.S^une i?ie. Un Vieillard leur dkhire la chair jufqu aux os ; 
un Enfant avec une alene les perce , oil .1 pent J une Femme 
les fouette impitoyablement jufqu^k ce que les bras b, torn- 
bentde laffitu^e ; maisaucundesGuerriersnemetlama^^^^^^ 
eux , qudiquils foient encore leurs Maitres. On ne p6«t meme 

les mutile? fani leur permiffion '.q^ > V^^r'^^^r l ^6 on 
^ cela pr^s , on a toute hberte de les faire foufrir , & *? o» 
les p?omen; dans plufieuVs ViHages , foit de la mSme Nation . 
ibitT f^ Voifins , ou de fe? A1U6S , qui I'ont fouhaite ; par- 

tout ils font reciis de meme. . , ^ 

Apr^s ces preludes, on travaiUe i la r^parmion des Cap- 
tifs , & leur ?ort depend de ceux , i qui ils-^font livres. Au 
fo t r du Confeil , oS on a d^liber^ de leur fort , un Cr^^^^^^ 
invite tout le monde ^ fe trouver dans la Place , oii la diftri- 
bution fe fait fans conteftation & fans bruit. Les Femmes , 
cui ont perdu leurs Enfans , ou leurs Maris k la guerre , font 
3?iir^irLent partag^es le. Premieres. 0" ^^^f " otr^ 
aux eneaeemens pris avec ceux , dont on a rc96 des Coliers , 
s'lfle tSuve pis affez de Captifs pour tout cela , on y fup- 
p ^e par des Ch^elures , dont ceux , i qui on les donne , fe 
St lux iours<ie r^jouiffancQ. Le refte du terns elles demeu- 
wTfirfpendues i la Porte de la C^bamie. Si au contrau-e le 
nomb^ des Prifonniers exc^de celui des Pr.^tendans , on en- 
vo?L le furSus aux Villages dei AUi^.p'ailleurs unChef 

;;:^: JemplTce ^^^.^^^^^k"^^^^ 
Efclaves , qui font tou ours bruits , quand bien mfime ceux , 
qu'ils rei^placeroient, feroient morts de maladie. Les Iro- 
^Sofs TiSanquent jamais de ^eftiner cmekues Pnf^^^^^^^^^ 
Sour U Public , & alors le Co^feil en difpofe , iromme il le 
fu^Vpropos. Mais lesMerCs de Famille peuvent encore caf- 






1721, 

May, 



DTJN VOYAGE DE L'A^ERIQ. Let. XVI. 245 
fer leur Sentence , & font Maitreffes de la vie & de la morf' 
de ceux mSmes , qui Miem ^t^ condamn^s ou abfous par le 
Confeil. ^ , , . 

Dans quelcfies Nations les Guerriers^ne fe d^pouillent pas Comment on 
entierement ,du droit de difpofer des Captifs , &• ceux en ^^"'^'^ •*" ***** 
faveur defquels le Confeil en avoit difpofe , font obliges de '*'"' 
les remettre entre leurs mains , s'ils I'exigerit ; mais ils fe font 
rarcihent , & lorfqu'ils 1^ font , ils font obliges de rendre les 

fages , qu ils ayoient re9us de ceusc, i qui on les avoit donnes. « 
i en arrivant ils ont declare lelirs intentions k ce fujet , on nc 
s'y oppofe pas pour I'ordinaire. En general le plus grand nom- ' 
bre des Prifonniers de guerre eft condamn^ ^ la mort , ou a 
un efclavage bien dur , & qui^Tle les affure jamais de la vie. 
Quelques-uns font adoptes, & d^^ors leur condition ne dif- 
fere plus de celle des Enfans de laN^n : ils entfentdans tous 
les droits de ceux , dont ils occupent la place , & fouvent ils 

prennent tenement Tefpric de la Nation, dont ils font devenus 
membres , qu'ils ne font nulle difficulte d'aller en guerre con- 
tre leurs propres Compatriotes. Les Iroquois ne fe font guerea 
foiitenus jufqu'ici , que parcette politique : toujours en guerre 
depuis un terns infini contre toutes les Nkipns , ils feroient 
au;ourd'hui prefque r^duits 4 rien , s'ils n'avoient eu I'atten^ r ' 
tion de naturalifer une bonne partie de leurs PriSnniers de 
guerre. , , v; 

U arrive quel^efois quVu lieu d'envoyer dans d'autres 
Villages I'excddent des Captifs , 01? en donne ^ des Particu- 
liers , qui n'en avoient pas demande , & pour lors , ou bien 
ils' n'en font pas tellement lesMaitres, qu'ils ne foient tenus 
de confulter les Chefs du Confeil pour ffavoir ce qu'ils en fe- 
ront; ou bien on les oblige de les adoj^. Dans le premier 
cas j( celui , ^ qui on fait prefent d'un felclave , I'envoye cher- 
cher par quelqu'un de fa Famille ; il le fait enfuite attacher k 
h Porte de fa Cabanne ; puis il affemble les Chefs du Con- 
feil, i qui il d^care quelle ett fon intention, & demands 
leur avi<. Pour I'ordinaire cet avis eft coaforme ^ ce qu'it 
d^ftre. Dans lefecond cas , le Confeil earemettant le Prilon- 
nier i celui , 4 qui on I'a deftin^ , lui dii : *< II y a lontems que <• 
nous fommes priv^s d'un tel , ton Parent, ou ton Ami , & * 
qui ^toit le foutien denotre Village. Oubieu ,iiou$ regret- *> 
tions I'efprit d'un tel , que tu as perdu , & qui par ik i^geffe <♦ 




:¥ 



May 



ric^u d'un 



A 



^4 J O U R^N A L HIST OR I fe U E 

" mairite^dit la tranquillity publiaue j il faut qu'il reparoiift au- 
„ iourd'hui J il nous ^toit trop cher,#ttrop pr^cieux|jpour 
^ diflferer davantage i le faire revivre : Rous le rertietton^ «|r fa 
1 Natte en la pegSnne de cc Prifonmer. 

II V a n^annidins des r »rticuliers , plus confid^f 6s apparem- 
inent que les autres , A qui on fait prefent d'un Captif fans au- 
cune ^on^ltion , & avec un$ pleine libert^ den faire ce qu ils 
jugerone ^ propos , & le ConfeH |lors s'exprime en ces ter- 
„ mis , en le remettant entre f6S" tikins t - Voici de quoi ripa- 
rer la perte d'un tel , & de n^oyer le coeur de fon Pere , de 
fa Mere , de fa Femme & de Its Enfans ; foit que tu veuilles 
** leur faire boire du bouillon d^cette chair, ouquetugi^es 
** mieux remettre le d^funt ftir a Natte en la perforine dS cM 
I Captif. Ti^1J^ux en difpofer k hn gr^. . > 

^ ',. , D^s qu'un Prifonnier eft adodte , on le condiiit i la Ca- 
""^ ' t5: banne , ou il doit ^tre , & on ^mmence par \\n oter fes 
. liens. On fait enfuite chauffer de TeW pour le laver \: on^panfe 
fes playes , sll en a , & fuffent-ell^ toutes pleines\ de Vers , 
il eft bietttot gueri : on n'omet rien bour lui faire oiiblier les 
ttiaux , qu'il a foufferts , on lui donn^i manger , on\ habilie 
proprement. En un mot on ne feroit pas plus pour\l Enfant 
5e fa Maifon , ni pou^n , qu il rejufcite, c eft aiiUi qu on 
s'exprime. Quelques j^tirs aprls on fait un feftm , J?endant 
lequel on lui donne folemnellement le nom de cehii, qu il 
remplace , & ddnt^non-feulement il a d^s-Wrs tous-les i^roits , 
mais il dontraae auffi toutes les obligations. . 

Parmi les Hurons & Ibslrpquois ceux,qui font deftines 
au feu i quelquefois ne font pas bien moms trait^s d-^bord , 
& mSm^ jufqu'iu moment derexecution , que c6ux , qui ont 
6^ adopt^s. 11 femble qu« ce foit des viaimes , qU on engraiffe 
oour 16 Sacrifice , & ils font effeftivement immoleS auDieu 
de laGu6rre : la feule difference, <^'on jmmvr eiix 3l U$^ 

autres , c'eft qu'on leuMJoirot ^^^^"^^^^BSS^^^ 

pr6s, on leur fait la #6illeure cHere , |||MWWble ; 

ne leur parlequ'avec 3miti6 ; on leuj doPlPWrn^s detils , 

de Freres , ou d^Nev6ux , fuivant la Perfonne , dont ils doi- 

ventp^r leu^»nbrtibp4iferles rti^nes : on leur abandonne me- 

lueiquefois des FiUfes, ^xJur leiir fervir commede Femmfes 

'" tout le tems', qu'il leur reft€ k vivre. Mais lorfqu il& 

'uit& di Icor (otty il les faut bien ^ajrd^r,fi on ne 



■^•1 



De ccut' 
qui font dcfti 
n^s au feu. 




H' ■ 

DtJN VOYAGE DlrAMERIQ. Let. XVI. 14/ 
, veut pas qu ils s ^chapent. Auffi ie leur cache-i'on fouvem. 

Quandilsont ^t^livrdM une Femine , au moment qu'on 
Uyfcut (jue tout eft pra pour I'ex^cution , ce neft plul une 

Mere . rVAiinpFiit-^ «.. .^-.OV. J„-. -i... . . i' mj une 



'^ ^T, -" f.— i^wM. «vAcvuuun , ce neit plus une '^°™"«nt>' 

Mere , c eft A^ne Furie , qui paffe des plus tendfes cardies aux ITJT' ^'^' 
dern ers excAc He h r:,ap FiT- ^«-4-,i !" . caitwes aux r«dcUurco* 




bre de ceiui , qu elle veut venger. « Approche , lui dit-elle << 

SlF/'^'/PPn^^' ^'•'' P'^P"" "" Feftin, boi? i longs* - 
Ig^de ce bouillon , qui va eire verfe pour toi ; recois le tf- « 
aah^ que le te fais , en immolant ce Guerrier : il ibra briil^ « 
^ dans la Ghaudiere ; on lui appliquera les Haches arden- « 
l^ie^ ; on lui enleYera la Chevelure.; dn boira dans Ton cr^ne • « 
'^ne.faisdonc olus de pkmtes;tu,feras parfaitement fatisfaite h! ^ 
. Cette formule , qui eft proprement ia Sentence de mort , va- 
, rie beaucoup pour Iss termes , mais quant i la fubftance , elle ^ " 
ellk peu pr6s toujours la meme.Un Crieur fait enfuite fortir 
le Caaif de la Cabanne, declare k haute voix les intentions 
de celui ou^de celle ,4 qui il appartenoit, & finit par exhof- 
ter les JeunesGensAbien fkire. Un autre furvient, qui ad- 
drefle la parole au-Patient, & lui dit : Mon Frem \'renJs 
courage, tu vas ctrejmli , 6^ il r^pohd frpidement : cek efi ^ 
bim , je u remercie. II fe fait auffi-tot un cri dans tout le Vii- * 
lage , & le Prifonnier eft conduit au lieu deftineA/on fup- 

Ordinairement on le lie i un Poteau par les deux mains & 
par les pieds , jnais Je maniere , qu'il puiffe aifememtourner 
tout autour. Quelqiwrois n^anmoins , quand I'execution fe 
iait dans une Cabannt^ doii il n'y a pas de daifcer qu'il fe 
auve , on ne le lie point, & on le laiff^ courir d'un bouti ' 
autre. Avant que Ton commence k le briljer , il chaiite pour 
la dermere fois fa chanfon de mort , puis iVfait le r^cit de fes ^^ 

proueffes, & prefque toujours de la mantere la plus inful- 

tame pour ceux , qu'il apper^oit autour deVi. Hies exhorte 
enfuite k ne le pas ^pargner , & i fe fouvenir fau'il eft Homme , 
& Cruei-rier. Je fuis bien tromp^ au refte , 6^ ce qui doit le 
plus 6ionner dans ces fcenes tragiques & baribares , n eft pa* 
qu un Pauent chante k pleine tete , qu'il infufte & qu'il dlfts, 
les ttourreaux , comme ils font ordinairement tous iufqu'au 
dernier foupir-i car il y a 14 mie fieitt^ , mji^leye I'efprit^ qui 
ie tranfporte, qui lediftralt^n peu dela pen^e de ce qu'it 
loutre, & qui I'empechetaeme demarquer trdp de fentibi^ 



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en ces occa- 
(ioiis. 



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148 IpraNXL HISTORIQUE^ 

— u ' » lit^.D'ailleui-slesmbuVemens, qu'ilsfedonnent, fontdiv^- 

' 7 » »• fion, imoufleht le fentiment , produifent k mSme effet, & 

May. quqlque chofe deplus, que les cris& If « l^^*^/ ft""" <»" 

, & qu'il nV a point de grace 4 efperer , & l^dei^fpo^donne 

i' des forces, &mfpirede la hardieffe., ir • 

Principe dc Cette efp^ce d'lnfenfibilit^ n eft pourtanr pas auffi univer- 

'"'"=' Telle, que Wdes gens I'ont cru. II n eft point rare de voir 

pou&r\ces Miftra5les des cris capabks de percer les coeurs 

Fes plus durs ; mais qui h'ont d'autre effet , que de r^jouir les 

Aaeurs & les Affiftins. Quant k ee qui procfuit d^ins les Sau- 

vages une inhumanity , dont on n'auroit jamais cru que des 

Hommesaiflentcapables, jecro^qu^ls.y font oarvenus par 

decrds.que I'ufage lesya accoutum^s inCenfiblemem ; c^ue 

felvie dl^oir 4e une Uchet6 k fon Emjem, , les m- 

fultes , que les Patiens ne ceffent point de faire k leurs Bour- 

reaiix fe d^fir de la vengeance , qui eft la paffion dominame 

de ces Peuples , & qu^ls ne croy ent pas Affifamment affou- 

vie , tandis que le courage de ceux , qui en font I objet , n eft 

point abbatuVafuperftitlonenfin , y*ntrent pourbeaucoup: 

?ar quels wfes neWante point 1111 faux x^le guid^par tant 

^^^X^'^voiis ferai point, Madame, le detail de tout ce qui 
fe paffe dans ces hSrribles executions.il meneageroit trop 
loi^ , parce qu U n'y a point fur cela d'uniformit^ , ni d autres 
regksrque\ iirocki & le caprice. Souvent on y voit ^. 
taSt d'^eurs que de Si,eaateurs c eft-M.^e , que d H^- 
tans de la Pourgade , Hommes , Femmes & Enfans , & cha, 
cun fait du pis cfu'il peut. II n'y a que ceux de la Cabanne , k 
LqueUe le Irifjnnier avoit it6 livr^ , qui s'abftieiment de le 
tourmenter, au moins eft^e la pratique de plufieurs Nations 
Commun^ment on commence par biuler les pieds , puis les 
Umbes , & ainfi en remontantjufqu> latete ; & quelquefois 
on hit durer le fupplice une femaine entiere , comme il eft 
arrive k un GentUhomme Canadien parmi l^j Iroquois. 

Les moins ipargn^s font ceux , qui ay*nt d^ja ^t^ pris , & 
adopt^s, ou mis In liberty, font repris de nouveau. On les 
regarde comme des Enfans d^natur^s, ou des ingrats, qui 
ont fait la guerre Jbur? Parens , ou k leurs Bienfaaeurs. & 
on ne leurfait aucune erace. 11 arrive quelquefois que le Pa- 
tient , lor5 m^me qu'U n^ft point ex^cui^ dans un^ ^^"^^^ 



D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XVI. .49 
n eft point lie , & qu'il ui eft permis de fe d^fendre, ce qu'il 
fait , bien moins dans I'efp^ran^e de fauver fa vie , iue pour 
venger par avance fa mort , & pour avoir la gloire i mSurir 
enJrave. On a vu dans ces occafions comfcen de force & 
de courage ces paffions peuvent infpirer : en voici un LZ 
^le, qui a pour garans des t^moius oculaires & digiSs de 



"^ 



May, 




c •. »•. . w, »**'"^» 4UC uc le aesnonnorer oarune nT- ^ .^ 

nes GelTs ^?i""%^<>"%"ence dangereufe pour Fes C n^/SS.* 
nes Gens , gui etoient fous fes ordres. iffe battit lontems en P«i«Httron5. 
Homme, mi, vouloit mourif les aimes k h main , ma," LThu. 
rons, qu,Iavo,ten tete, vouloient I'avoir vif /& il fut pris 
Par bonheur pour Iu,& pour ceux, qui furent faitsPrifon: 

T!UT ^"' ? °" '"' ^'"" **^"* une Bourgade , o^ U y avoit 
desMi/nonna,res, qu, eurent toute libertl de les entrS 
Ces Peres les trouverent d^une docilite , qu'ils regarSn 
comme un commencement de la grace deleur colverfion 
i. l"!f'"'^'''l'' I'^f baptiferint: ils furent tous Ss 
peu de lours apr^s , & t^moignerent jufqu'i la mort une forte 

& 'Z^?'? 'X ^'' ^?"^^S"^ "^ coUiffoient pas encore' 
& qu^aes Inflates p^mes attribuerem k la v«tu du €a! 
crement. •* 




core 

& de I «;wu.t:r la moH autant qu'n ,u, iero,t poiimie. Un I'avoit 
fa« monter fur une efp^ce deTh^tre , oJ'on commenia i°e 
bruler par tout le corns fans aucun m^na«««,^» ^ iipariit 



dabord auffi „ifenf,ble, que s'il n'eut rjenfouffert raais com, 

me,lcmtappercevpirundefesCompagnons,quW^^ 
to,t aifez pr6s de lui , donner quelq^e LrquelSS ? 
en .t^moigqa une tr^s-grande inqufetude , \ il n omit rien de 
cequ, pouvoitl'encourager AUpatience, parlefperancedu 
bonheur , qu, les attendoit dans feCiel , &7l eiK Fa confola" 
t,on de le voir exp,rer en Brave & en Chretien. 

Alprs tous ceux, qui ayoient fait mpurir celui-ci , retom. 
berept fur lu, avec tam d'acharnemem, qu'on aurokcm 
ou lis alloient le ipettre en pieces. II n'en pirSt pas plus Lu " 
& on ne f$avoit plus par oi, il pouvpit^^etre fen(Fble, Io> 
quun de fes Bourreaux lui cernrtout-autoxir la peau de la 
Jo/nc Jilt *^ J • 



y 



1 J tl 



,ca JOURNAL H I S T O RI Q U E 

tate , & la lui arracha avec violence. La douleur le fit tomber 
toc^noiffance , on le crut mort , & chacun fe ret.ra Ua 



7'-'' fans connoiffance , on le crut mort , oc cnacun le r«'-- -; 

May, foment apr^ il revint de fon ^y anou^ement , & ne voyant 

autour de lui , que le cadavre de fon Compagnon , il prend 

un tXn des d^ul mains , qu^^q" 'li^r^^lT^re twochet 
brulees , rappelle fes Bourreaux ,& les defie de s ^Pprpchei^' 
Sa refolition^es efFr^ya , ils poufferent des ens affreux , s a - 
merent, lesunsdetifons eml)rafes, les autre, de ^ sTOUgi. 
daris le feu, & fondirent tous enfemble fur lui: iUesre9Ut 
en Brave &le7fit reculer. Le feu dont il ^to.t envj onne u, 

Lvoit de retranchement; i^ ^'^" ^ "r^rVXfauf & cat 
les , dont on s'^toit fervi pour monter fur I Echafaui^, & can- 
tonnl ainfi dans fon propre Bucher , devenu le the^^^^^^^^^ 
valeur , arm^ des inftrumens de fon fupplice , il fut aue que 
temsla\erreurd'uneBourgade em,ere perfonr^n^^^^^^^^^^ 
procher d'un Homme plus qu J demi brule , & M^^ ^^ ^^,^ 
S^couloitde tomes les parties de fon Corps. „. »«„ i,*,:' ^ 

Un faux pas . au'il fit en vojilant evuer un t,fon ,f\^on^ 
lancoit , le livra de nouveau i fes Meurtner. . & il n eft pa* 
Sai're de vous dire cuils lui firent pa/- b- d^e^ la 
frayeur , qu'il venoit de kur caufer. Ajpr^s s ^^^^f^^^^ ^ 
toimenteV il^lejetterent aumUieu ^ un grand brafier & 
IV laifTerent, ne pouvant fe petfuader quil lien relevat. on 
fut tromS ; lorfqu'on i penfoit le moins , on le v.t , arme de 
tWbns c^rir vers le Viflage , comme s'il eut voulu y mettre 
tu: SVS^nde 4toPt fee d'effroi , & perfonne n^ut 
Vaffurance de fe pr^fenter fevant lui pour If ^ ^'•/ "f 
comme il approcCoit des Premieres Cabannes,un baton 
qu'on lui jetta entre les jambes , le fit tombei: , & «« J"; ^ 
Sjiavant qu'il eut pu fe relever. On lui coupa dabord les 
p"eds & kstains,onle roulaenfuite fur les charbons em^ 
Cs V enfin on le >etta fous un tronc d'Arbre , qui ^to.t eii 
feu. Alors tout le Village fe rangea autour de lui , pour gou- 
ler le olaifir de le voir bruler. , . 

Le Le , qu'il perdoit , ^teignoit prefque le feu ; mais on 
n'apprSdL plSs aucun efFo'rt de fa part. II en ft pourta" 
un dernier , qui ^pouvanta les moin« trftiides. 11 fe traina fur 
ks coudes fi< rur>s genoux aveciin ail menagant & une 
"^ieueur, qui ^carta lis plus prciches, plus i la v^rit^ d^- 
Semen?, que de craiSte ; car que pouvoit-d leur faire. 



i 






I 7 1 r. 
May, 



Habileti dc 



miN yOYAGEDE L'AMERIQ. Let. XVI. ijr 
fliutile commeil etoit? Dans ce moment les Miffionnaires , 
qui ne I'avoieni point perdu de vu^, setant approches & 
lui ayant remis devant les yeux les v^rit^s eterneUes , dont il 
avotc et^ fi penetre d'abord ; il rentra en lui-meme , & ne 
parut plus occupe que defonfalut.Quelque tems apr^s un 
Huron le pr»t a Ion a vantage , & lui coupa la tete. 

Cependant, Madame, fi ces Peuples font la 'guerre en. «aDu«edc 
barbares , il taut convenir que dans leurs Traites de paix & <=« P'^p'" 
generalement dans touies leurs negociations , ilsfont paroi- *'""•'""" ^'^' 
tre une habilet^ , & une nobleffe de fentimens , qui feroient ^°"""°°'' 
horineur aux Nations les plus policees. II ne s agit point entre 
€ux de conqu^rir , & d'etendre leur domination. Plufieurs' 
Nations memes ne connoiffent point de domainje proprement 
dit , & celles , qui ne fe font point ^Ipign^es de leur Pays , & 
qui feregardent comme les Maitrefles de leurs Terres , n'en 
font point jaloufes jufqu a trouver mauvais qu'on vienne sy 
«tablir , pourvu qu'on n'entreprenne point de les inquietter. 
Jln'eftdonc quefFion d^s leurs Traites , que de fefaire des ' 
Allies contre des Ennemis puiffans , de mettre fin k une guer- 
re , qui devient onereufe aux deux Partis , ou plutot de fuf- 
pendre les hoftilit^ , car j*ai deja obferve que les guerres font 
EterneUes parmi les Sauvages , quand elles font de Nation k 
Nation. AufE ne faut-il pas compter fur un Trait^ de Paix , 
tant qu'une des deux Parties peut donner de la jaloufie i 
fautre. » 

Tout le terns qu'on rtegocie , & avant meme que d'entrer 
en Negociation , \e jjrincipal foin eft de ne point paroitre 
faire les premieres demarches, ou du moins de perfuader i 
fon Ennemi , que ce n'eft ni par crainte , ni par neceflite , 
qu'on les fait ; & cela eft manie avec la plus grande dexterit^. 
Un Pl^nipotentiaire ne rabat rien de la fierte , lors meme 
que les Affaires de fa Nation, font dans le plus mauvais 
^tat ; & il reuflirfouventi perfuader ceux , avec qui il traite , 




ployer tout ce qu'il a d'efprit & d'eloquen^.^ , wa* « ic» i-ru- 
pohtions ne font pas agreees , il faut qu'il fe tienne bien fur {es 
gardes. II n'eft point rare qu'un coup de Hache , foit I'unique 
Reponfe, qu'on lui fait. II n'eft pas rtieme^horsde danger, 
quand il a evite la premiere furprife , il doit s'attendre a etre 

liij 






I 711 



251 JOURNAL HIST OR I QtTE" ^ 

pourfuivi , & i 6tre briil^ , s'il eft pris , & qu'une telle vio- 
lence puiffe 6tre colorte de quelque pr^texte , commede 
May. Reprefailles. Cela eft arriv6 i quelques Francois , chez les 
Iroquois , oil ils avoient h6 envoy6s de la oart du Gouver- 
neur G^n^ral ; & pendant bien des ann^es , les J«uit« , qu4 
demeuroient parmi ccs Barbares, quoiqu'ilsy hiffentfousU 
Sauve-garde Publique , & en quelque fa^on , les Aeents or- 
dinaires de la Colonie , fe trouvoient tous les jours k la veille 
d'etre facrifi^s k un reffentiment , ou d'etre les viaimes d'une 
intrigue des Gouveraeursde la Nouvelle York. 

Enfin il eft furprenant que des Peuples , qui ne font nulle- 
flient la guerre par int^rfit , &qui portent mSme le d6fint6reffe. 
ment iufou'au point que les Guerriers ne fe chargent jamais 
des dipouilles desVaincus, ne touchent oas mSme aux ha- 
bits des Morts , & s'ils rapportent quelque Dutin , I'abandon- 
nent au premier , qui yeut s'en emparer j en un mot , qui ne 
prenbent les armes, que pour la gloire , ou pour fe yenger 
de leurs Ennemis : il eft , dis - je , ^tonnant de les^ voir auffi 
exerc&, qu'ils le font dans le manage de la plus fine politi- 

Siie , & entretenir des Penfionnaires chex leurs Ennemis. 
s ont mfime , par rapport k ces fortes de Miniftres , une 
coutumc, qui paroit cTabord affex bifarre, mais qu'on peut 
n^anmoins regarder comme I'effet d*une erande prudence : 
c'eft qu'ib ne font jamais aucun fond fur les avis , qu ils re- 
" cdivent d6 leurs Penfionnaires , fi ceux-ci ne les accompa- 
gnent de qiielque pr^fent. Us ont^ompris fans doute , que 
pour pouvoir lagement compter fur de pafeils avis , il faut , 
non-feulemelit que cclui , qui les donne , n'ait ricn k efp^rer ; 
mais qu'il lui ^n coute mime pour les donner , afin que le feul 
int^rSt du bien public puiffe I'y engager, & qu'ilnele ftiffe 

pas trop l^gerifment. 

'^ \ Je fuis , &c» 



./ 



Iy 



Juin. 



DUN VOYAGE DE I'AMERIQ.Let.xVH in 

■ " ' '^^ ■:■ V — ^ 4~ 

DIX-SEPTIEME LETTRE. 

J^efcnjHion du IM Erii. Voyage jMau Ditroit, Projct 
dunEtabhffcnunt en ce lim-%, Ce qui Va fait manauer, 

^onJeUc/ux^U CommMdant Ju Fort de Pomchanrain & 
dc quoi il s agijfou. Des Jeux des Sauvages, ' 

Au Fort (U Pontchartrain duD^ tftt, ce huit ^uin, 171 1 . 

M 

Je partis le vint-fept de I'Entrie du Lac Eri^, apr^s avoir Dcfcdptio. 
termi ma derniere Lettre , & qijoiqu'il fiit fort tard, ie fis ^'^-''ErU. 
encore trois lieues ce jour-li , k h faveur d'un bon Vent . & 
du plus beau terns du monde. U route eft en cdtoyant la cote 
du Nord , & elle eft de cent lieues. Depuis Niagara , en pre- 



ADAME, 




LangueHuronne, qui ^oit ^tabUe fur fesBords, & que les 
Iroaupn ont entierement d^truite. Erid veut dire Chat , & les 
En& font nomm^s dans quelques Relations ia Nation du 
Choi, Ce nom yient apparemment de la quantity de ces Ani- 
Maux , au'on trouve dans ce Pays. lis font plus gros que les 
ndtres, & leurs Peaux font fort eftim^es. Quelques Cartes 
modernes ont donn^ au Lac Eri^ le nom de Conu-^ mais ce 
nom n'a pas feit fortune, non plus que ceux de Condi de 
Tracy , & d'O/ifew donnas au Lac Buron , au Lac Sup^- 
rieur ,& au Lac Michigan. ^ , 

Levint-huitiefisdix-neuf lieues ,&jemetrouvai vis-i-vis dc la g 
de \^Grande Riyiert , qui vient de lift, par les quarante- ^tcntrioJ 
deux d^grez quinze minutes. Cependant les grands Arbres ''''• 
n^oient point encore verts. A cela pr6s , le Pays me parut 
fort beau. Nous fimes peu de chemin le vint-neuf ,, & point 
du tout le trenti^me. Nous nous embarquAmes le lendemain 



De la C6« 



254 J O U R N A I. H I S TOR I Q U E 

avant le lever du Soleil , & nous avan9ames beaucoup. Le 
! -7 2 I . preuiier de Juin , jour, de la Pentecote , apr^ avoir remont^ 
Juin. pendant une heure ,line jolie Riviere ,, qqi vient , dit-on , de 
tort loin , & coule entre <leux belles Prairies , nous times un 
Portage d'environ foixante pas-, pour eviter de faire le tour 
d'une Pointe, qui avance quinze lieues dans4e Lac ; on la 
nomme la Longue Pointe , elle eft fort fablonneufe , & porta 
naturellemencTjeaucoup de vignes. Les jours fuivans ie ne 
. vis rien de renjiarquable , mais je cotoyai uivPays charmant , 
"cach^ de terns en terns ^r desrideaux affez defagreables , 
mais de p^u, de profondM. Par-tout , oil je mis pied k terre , 
ie fus encliant^ d#la beaute & de la variete dun Payfage, 
termine par les plus belles Forets du.monde. Ayec cela , e 
Gihierd'Eau y foifonne partout ; jene vous difai pas Irla 
• . Ch'affe eft auffi abondante darfS le Bois : mais je gai oue du 

cot^ du Sad il y >a une quantite prodigieufe de Boeuts lau- 

* . , ^*irr<jnvoyaeeoittoujours,comm«fefaifoisalors,^vecun 

ccsfoS^ Cielferein/&un Climat chahnant,fo^ 

la plus belle Fontaine ; qu on rencoritrat partout des campe- 
mens fyrs & agr^ables, oii Ton put avoir ipeu de/rais le 
plaifir de la Chtffe , refoirer ^on aife un Air pur' v &iouir de 
la vue des plus belles Cfampagnes , on pouri-oit dtre tent6 de 
vovaeer toute fa vie. Je me rapp6llois c«s anciens Patriarches , 
' flui n'avoient point de demeure fixe , habitoient fous desTen- 
tes , eioient en quelque facon les Maitres de tous les Pays , 
qu'ils parcouroient , & profitoient paifiblement de toutes leurs 
produftions, fans avoir les embarras inevitables dans la pol- 
feffioiid'un veritable domaine. Combien deChenes me re- 
prefentoient ceHii de Mambre ? Combien de Fontaines me 
* Faifoient fouvenir de celle de Jacob ? Chaque jour nouvelle ^ 

" fituation k mon choix : une Maifon propi-e &. commode , 
dreff^e & meubl^e du neceffaire en moins d'un quart d heure , 
ionchee de fleurs toujours fraiches fur un beau tapis verd: 
de toutes parti des beautes fimojes & naturelles , que I art n a 
point alterees , & qu'il ne fgRiroit imiter. Si ces agr^mens 
foufFrent quelqu'interruption , ou par le mauvais tems, ou 
par quelqu'accident impr^vu , ils n en ont que plus de viva- 
cit^ , quand ils reparoilfent. . 

Si je Voulois moralifer , j'ajouterois que ces alternatives de 






i 



D'UNVOYAGEDEL'AMERIQ. Let. XVII. zee 

plaifirs&de contretems, que j'ai d^ja affez effuyes , depuis 
que je fuis en route , font bien propres a faire feniir qu'iJ n eft 
point de genre de vie plus capable de nous remfettre fans ceffe 
devam les yeux que nous fcftnmes.fur la terre commetles Pe- 
lerins; que nous nepouvdnsufer, qu en paffant f des biens 
deceMonde J quil fautpeu de chofes a I'Homme , pour le 
rendre content , & que nous devons prendre en patience les 
maux , qui furviennent^ktraverfe , puifqu'ils paffent ega- 
leme^ , & avec la meme rapidite. Enfin combien de choTes 
nous y rendem fenfible la d^endance , ou nous vivons dune 
Providence divine , qui ne fi fert point , pour ce melange de 
^ien& de mal,des paffions desHommes, mais de la viciflitude 
des bailons , qu'on pent privoir , & du caprice des Elemens , 
auquel on doit sUttendre : par confequent quelle facilite , & 
combien d occafions n'y a-t'pn pas de meriter par fa confiance 
& la refignation aux volont^s de Dieu ? on dit ordinairement 
que les longs voyages ne fanaifient pas ; rien ne feroit pour- 
tant plus capable de fanaifier , que la vie , qu'on y mene. 

Le^(l«atrieme , nous fumes arretes Une bonne partie du 
jour lur une Pointe , qui court trois lieues Nord & Sud & 

Sr^f/P^^^.i^^r^^^^^^^- Plifr efl^Sepe^nda;it affez bien 
boifee-ducote de 1 Oueft , mais celui de I'Eft n'a fur un terreia 
lablonneux que des Cedres rottges, affez petits, & en m,^- 
diocre quantite. Le Cedre blanc eft d'un plus grand ufaae 
quele rouge, dont le bois fe caffe aif^raent, 6?dont on ne 
peut taire que de petits Meubles. On pretend ici que les Fem- 
mes enceintes n'en doivent point ufer pour leursBufcs La 
verdure de ce Cedre n'a point d'odeur , mais le bois e'n a. 
C eft tout le contraire du blanc. II y a beaucoup d'Ours dans 
ce Pays , & 1 Hyver dernier il en fut tu6 fur la feule Poime 
Pdee plus de quatre cent. 

Le cinquieme , vers les quatre heures du foir , nous appei^ Ar, 
9umes la Terre du Sud , & deux petiies Ifles , qui en font tr^s- D^troi 
proches. On les nomme les IJles des Serpens h Sonnems , & 
on affiire qu^lles font tellement remplies de ces Animaux 
que 1 Air en eft infea^. Nous entrameji dans le Detroit uno 
heure avant le Sol«l couche , & nous patfames la nuit au- 
deffus d une tr^s-belle Ifle , appellee Xlfie du Bois Blanc De- 
puis la longue Pointe jufqu'au Detroit , Ia;roufe ne vaut gue- 
res que I'Oueft: depuis I'entree du Detroit jufqu'^ Vlfi de 



1721. 
Juin. 



Des CcJrcs 
blancs & rou- 
ges. 



J J 



vee au 



1/ 



'W>i^' 



' .< TOURNAL HISTORIQUE 

17*1- Tar Huron . eUe prend un peu de I Elt , par le 5ua. Ainu 
les q"""n2-<!«"^S A'liUude-N«d. AudeflUs de line 

iieues ae long , lu o ^ ^^3^0^ du Canada, & 

Dc la nature On pretend , que c eit ici ic l?^"* 1 Mature ne 

pXaiors Rivieres , tout cela eft d'une fi bonne ,u»liti . & 
darra&ent fi heureux , aVon ne ftauro.t frefque 



poiffonneux , I'air pur 

'^'Sli'elwfve^ru fI" , qui eft fur la main gauche. 
■^^.r"- ,me Ueue^"u-deffous de ride delSainte Claire . on trouve 

Se"Mat?&tn^^^^^^^^^^ ^\ ^--? "^f 

ordes Po" teouatamis. Sur la droite , un peu plus haut , 1 y 
?n a unSme d'Outaouais . Compagnons inf^para^^^^ 

jl H.?rom deouis que les Iroquois ont oblig^ les uns & les 

f^tresXbVfc 

n^rmi eux s'il v en a parmi les Pouteouatamis , ils font en 
?r?s oetk noiib^e : lesWons 1^ foijt tous, mais lU nont 
^o ntSronnaires. On dit qu Us.n'en veulem po.m^ «^^^^^ 
Eelafereduitiquelques-uns des Prirtcrpaux, qui n ont pas 

beaucoupde^ 

les ^utres , lefqueFs en demandent depuis lorttems (a), 

( • J On Uut pn a enfin donnd un depuis plufieurs ann<c$, ^ 



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17*1 
Juin. 



D'dNVOYAdEDEL'AMERIQ.LET.XVn. 1,7 

U y a 16nifems que la fituation , encore plus que la beaut^ 
du Detroit , a fait fouhaiter qu'on y fit un ttabliirement con- 
hderable; lUtoit affez bien commence , il y a quinze ans 
mais des raifons , qu'on ne dit point , I'ont r^duit I tr^s peu de 
chofes. Ceux qui ne lui ont pas et^ favorables , difent • 1° 
Qu'il approcheroit trop les Pelleteries du Nord des Anglois ' 
qui donnant leurs Marchandifes aux Sauvages a mdlicur 
marche que nous , attireroient tout le Commd^ce dans la 
Nouvelle York. 20. Que les Terres du Detroit ne font pas 
bonnes , que toute leur fuperficie , jufqu a neuf ou dix pou- 
ces de profondeur , n'eft quede Sable ; & que fous ce Sable 
il y a une Terre glaife fi dure L que I'Eau ne la f9auroit p^ne' 
trer ; d'oii il arrive , que les Plaines & I'interieur des Bois , 
font toujours noyes ; qu'on n'y voit que de petits Chenes inal 
tourn6s , & des Noyers durs , 8c que les Arbres ayant tou- 
jours le pied dans I'Eau , les Fruits y muriffent fort tard. 
^*l^, ?5^ '?'^0"S "'o"t pas et6 fans replique. II eft vrai qu'aux 
entrirotts du Fort Pontchartrain les Terres font melees de^ 
bable , &«que dans les Forets voifmes , il y a des fonds pref- 
que toujours pleinsd'Eau. Cependant ces mdmes Terres ont 
porte du Froment dix-huit annees de fuite , fans etre jamais 
fumees , & il ne faut pas aller bien loin pour en trouver , qui 
font excellente«j. Pour ce qui eft des Bois ,• fans trop m'eloi- 

S"®^5l^/°" » i'^" a* V" en me_proraenant , qui ne le cedent 
en rifh.k nos plus belles Forets. * 

Qtiaht k ce qu'on dit , qu'en s'etabliffant au Petroit , on 
mettroit les Anglois trop k portee de faire le Commerce des 
Pelleteries du Nprd ; il n'eft Perfonne en Canada , qui ne 
convienne qu'on ne reuffira jamais k empecher les Sauvages , 
de leur porter lei^rs Marchandifes , en quelque lieu qu'ils 
foient ^tablis , & quelque precaution qu oil pfenne , h on 
ne leur fait trouver avec nous les mSmes avantages , qu'ils 
trouvent dans la Nouvelle York. J'aurois fur ceJa , Madame , 
bien des chofes k vous dire , mais ces difcuffions me mene- 
roient trop loin. Nous en cauferons quelque jour k loifir. 

Le feptieme de Juin , qui ^toik le lendemain de mon arriv^tf v.on.ci. de 
au rort , M. de Tonti , gui y commande , affembla les Chefs "°'* Nation* 
des trois Villages , dont je vous ai parl^ , pour leur commu- f" c3r''" 
niquer les Ordres , qu'il venoit de recevoir du Marquis de <Jant du S- 
Vaudreuil. lis I'ecouterent tranquillement , & fans I'inter- """* 
Tome III, " , K.]^ 



Conftil de 



■f. 



.,8 JOURNAL HISTORIQUE 

tompte }.& quand il cut fini , I'Orateur Huron lui dit en pen' 

' 7 » 1 . de niots , qu^ls alloient d^liberer fur ce qu d leur ayoit ^ro- 
Juin. ^ pof6 , & qu'ils lui fer^ient R^ppnfe dans peu. C eft la comu- 
me de ces Peuples , de ne jamais ripondre fur le champ , lorf- 
rtu'il s'agit d'Affaires de quelqiife importance. Deuxjours 
• ^r^s il! fe raffemblerent en^plus «and nombre chez le 
Commandant , qui fouhaita que je fuffe pr^fent k ce Confeil , 
avec les Officiers de la Garnifon. Sasteratsi , que nos 
Francois a_pi)elUnt le Roy des Hurons^fc aureft en effet le 
Chef H^t«Etafre des %ormontau^ , lefquels font les vi^is 
Hurons . s'y trouva ce joutrl^ ; mais comme »l eft encore Mi- 
neur , il nV vint que pour la forme : fon One e ^»ui gou- 
verne pour' lui , 8c qu'on a nomm6 U Regent , pos|¥|a paro- 
le, en qualited'OrateurdelaNation; & Ihonncuf de par- 
ler pour tous eft ordinairement d^fere aux Hurorfs., quand 
il s'en trouve dans un Confeil. Le premier coup doeil deces 
Affcmbl^es , n'en donne pas une id6e bien avantageufe. Ima- 
h, ginez - vous , Madame , une douzaine de Sauvages prefaue 
^ nuds , les Chev^'x accommod^s en autant de manieres dit- 
f^rentes , & toutes ridicules ; qudquej^s un Chapeau bor- 
d^ par - deffus , tous la Pipe | la boup«^v & dans la conte- 
nance de gerfs , qui ne penfent k «en. Ceft beaucoup , ft quel- 
qu'un lai£ ^chapper un mot en un quart d heuje , & fi on lui 
?^pondpar un Monofyllabe. Kulle marque de diftmaion* 
nulle prtfeance ; nlais on change bien de fentiment , lorl- 
qu'onvoitler^ultatdeleurs Deliberations. .. 

11 s'agiffoit ici de deux Points , que le Gouverneur Gene- 
ral avoit fort ^ coeur. Le premier ^toit defaire trouver bon 
aux trois Villages ^tablis au D^troit^quon ne leur vendit 
plus d'Eau de Vie , dont le. Confeil de Nlarine , avoit d^fendu 
abfolumem la Traite. Le fecond ^toit d'engager toutes les 
Nations k s'unir avec les Francois , pour detruire les Outa- 
framis , cominunement appell^s Us Remrds , aufquels on 
Ivoit fait grace quelques annees auparavant , & qui recom- 
mencoient leurs brigandages. M./de Tonti fit d abord rfpeter 
en peu de mots par fes Interpretes ce qu d avoit expofe plus 
au long , dans la^premiere Affembl^e , & 1 Orateur Huron , 
r^ondit au nom des trois Village^ II ne fit point d Exorde , 
sTalla droit au Fait. U park lontems , & pof^ment , s arre- 
tant k chaque Article , pour donner moyen k I Interprets, 



S 



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I 72 I. 

Juin. 



D'UNVOYAGEDEUAMERIQ. Let. XVII. 159 

^Texplkjuer en Fran9ois , ce qu'il venoit de dire en fa Langue. 
Son air , le fon de fa voix , & fon aftion , quoiqu'H nl fit 
aucun gefte, me parurent avoir quelqUe chofe de noble & 
d'impofant , & il falloit que ce qu'il difoit , fut bien Eloquent , 
puifque d^pouill^ dans la bouche de Hnterprete , qui 6toit un 
Homme ordinaire , de tous les ornemens du Langage , nous 
en fumes tous charmes. )e vous avoue mSme que , quand il 
auroit parle deux heures , j6 ne me ferois pas ennuye un- 
moment. Une autre preuve , que les beautes de fon Difeours 
ne venoient point de Tlnterprete , c'eft que jamais cet Hom- 
me ii^ut of6 prendre fur foi , tout ce qu'il nbus dit.. Je fus 
mfj3»6 un peu furpris , qu'il osat r^peter fi fidellement , qu'il 
faifoit , certaines cnofes , qui ne devoient pas plaire au Com- 
N^andant. Quand le Huron eut fini , ONANctJict , Chef & 
yrateur Pouteouatami , reprit en peu de mots , & d'une ma* n 

niere tr6s-ingenieufe , tout ce que le Premier avoit expofe 

f)lus au long , & conclutcomme lui. Les Outaouais ne par— 
erent point , §c parurent approuver ce qu'avoient dit les 
autres. 

La Conclufion ful , que les Fran5ois ^toieflt les maitres de Quel «» fixt 
ne plus vendre d'Eau-de-vie aux Sauvages ; qu'ils aUroient ^crifiilot. 
tr6s-bien fait de ne leur en avoir jamais vendu, & il ne fe 
peiit rien tmaginer de plus fort , que ce que dit I'Orateur Hu- 
ron, en expofant les defordres, qu'a caufes cette Boiflbn , & le , 
tort , qu'elle a fait k toutes les Nations Sauvages. Le plus zel^ 
Miffionnaire n'en auroit pas dit davaritage : mais il ajouta 
qu'ijs y ^toient tellement accoutumes , qu'ils ne pouvoient - 
plus s'eft-paiTer ; d'oii il ^toit aife de juger , qu'au defaut des 
Fran9oi$^ ils s'adrefleroient aux Anglois. Quant k ce qui 
concernoit la Guerre des Outagamis , il d^clara , qu'on ne ' 
pouvoit rien r^foudre , que dans un Confeil (Mineral de tou- 
tes les Nations , qui reconnoiflent Ononthio (a) pour leur 
Pere ; qu'elles conviendroient fans doute de laheceflit^ de 
cette Guerre , mais qu*elle»auroient bien de la peine k fe fier 
une feconde fois aux Fran9ois ; qui les ayant deja rdunies , 
pour les aider a exterminer I'Ennemi commun , lui avoient 
accord^ la paix , fans confulter leurs Allies , & fans qu'on put 
fgavoir le» raifons d'une telle conduite. 
Le jour fuivant j'allai vifiter les deux Bourgades Sauvages , 



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(^ ) Ceft le noffl , que les Sauvages dooncnt au Gouverncur CiaitiV. 

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£11 quelle 
difpolitiou 




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2(S(^^-'J OURN AL HISTORlQUE 



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duDitroic fccours fpiriiuels. Bien des chofess que )appris en memc 

terns , me confirmerept dans la penfee , ou I'etois deja , que 

dcs interets partic^liers ^toient.les feuls obftacles i ce que 

/ difiroient ces bonnej Chretiennes. 11 faut cfperer que les der- 

nieriv ordres du Confeil de la Marine leverpnt teut^s ces op- 
pofitiofts. M». de Tonti m'affura qu il alloit y tri^jjiUer eflica- 

cemenc {a). . , . /r-^ 

Ceux , qui m'avoient conduit dans ce Village , m allurerent 
que fans les Hurons les autres Sauvages du Detroit mour- 
roient de faim. Ce n'eft certainement pas la faute du Terrein ^ 
qu'ils occupent , pour peu qu'ils vouluflent le cultiver , ils y 
trouveroient au moins le neceffaire : la feule Peche leur en 
fburniroit une bonne partie , & elle ne demande pas u^ grand 
travail. Mais depuis qu'on leur a fait gouter de I'Eau-de-vie , 
, ils ne fongent pfus au^k amaffer des PelleteiPies pour avoir de 
quoi s'enyvrer. Le Huron plus faee , plus induftrieux , plus 
laborieux, plus pr^voyant, & plus accoutume i la culture 
des Terres , penfe plus au folide , & par fon travail eft en 6tat , 
ilon-feulement de fubfifter, fans avoir befoin de perfonne , 
mais encore de faire fyJififter les autres : ce qu'il ne fait i)as 4 
la v^rite gratuiiemenf ,^4r parmi fes bonnes qualit6s , H ne 
faut pas compter le d^iintereuement. , /?j'i 

Reception Je fus encore mieux re9u dcs Pouteouatamis Infideles , que 
qHon lui fail des Hurons Gfcretiens. Ces Sauvages font les plus bea^ Hom- 
ch« ics Pou- j^gj, jy Canada , ils font d'ailleurs d'uh natureriort doux , «c 
Kouataims. ^^^^ ^^^ ^^^^^ toujours eu pour Amis. Onanguice,leur Chef, 
me traita avec une polit^ffe , qui me donna bien auffi bonfle 
" opinion de fon eforit , que le difcours , qu'il nous avoit fait 
dans le C<»ifeil. U eft veritablement Homme de merite , & 
tou£-i-fait dans nos interets. , xr •♦ 

En repaffant par un Quartier du Village des Hurons , j ap- 
percus une troupe de ces Sauvages , qui paroiffoient fort ani- 
mus au jeu ; je m approchai & je vis au lis ]ouo\Gnt au Plat. 
C'eft celui de tous les jeux , qui attache le plus ces Peoples : 
ils en perdent quelque/ois le repos , & en quelque man|ere la 



( «) Let Hurons du D^trmt ont ctifin ob- 
teaa un Miffioniukc « qui a xcnouVcU^ 



parmi eux leur premiere fervrafr^ 



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DUNVOYAGEbEL'AME|.JQ. Let. XVII. 261 

raifon : ils ^ nfciuent tout c©iaii'i|9%t , & plufieurs ne le 
quittent , qu aprcs s'^tremis prekjue toiit nuds , & apr^s avoir 
pertKi tout ce qu'ils avoient dans letirs Cabaniles. On en a 
vay engager eur liberty pour un terns. Cela prouve bien la 
Mflion , car il n eft point d'Hommes ^ttmonde plus ialoux de 
leur iiberte , que nos Sauvages. 

V Le jeu ^ P/at qq on appelle auffi le jeu des O/Telets^ne 

Je )Oue qu entre deux perfonnes. Chacun a fix ou huit Offe- 

lets, que je pris d'abord pour des novaux d'Abricots : ils en 

^nt la figure , & font de meme grandeur : -mais en les recar- 

' dant de pr^s . je m apper9us qu ifs ^toient k fix faces indgales . 

SS^ -°"'' P"ncipales font peintes , Tune en noir , fautre 

en Blinc tirant fur le jaune. On les fait faurer en I'air , en frap- 

pane la terre , ou la table , avec un Pl^ rond & creux , oii ,1$ 

lont , & qu on fait pirouetter auparav^lt.' Quand on n'a point 

de Plat , on fe contente de jetter en I'iir les Oflelets avec la 

main; fi tousen tombant prefentent la meme couleur . celui 

qui a ,ou^ , gagne cinq joints , la Partie eft en quarante , & 

on defalque les joints gagn^s , k mefure que I'ldverfaire en 

gagne de fon cote. Cinq Offelets d'une meme couleur ne don- 

nent ou un point pour la premiere fois , mais k la feconde on 

tait rafle de tout. En moindre nombre on ne gagne rien 

Celui , qui gagne la Partie , continue de jouer ; le Perdant 
c6de fa place i un autre , qui eft nommd par les Marqueurs 
de fa Partie. Car on fe partage d'abord , & fouvent tout le 
YUlage s int^reffe au jeu : quelquefois meme un Village ioue 
contre un autre. Chaque Partie choifit fon Marqueu?, mais 
il le retire quand il veut , ce qui n'arrive , que quand lachofe 
tourne mal Dour les fiens. A chaque coup , que fori joue , fur- 
tout ,jfic eft un coupd^cifif, il s'^leve de grands cris: les 
Joueiirs paroiffent comme des forcenes , & les Speaateurs 
ne iohtpas plus tranquilles. Lesuns&les autres font miUe 
contoMons apoftroplient les Og^lets , chargent d'impr^- 
cauohj les G6nies de la Partie adverfe , & tout le Village re- 
tentit db hurlemens. Si tout cela ne fait pas revenir la chanfe , 
les Perdans peuvent remettre la Partie au lendemain , il ne 
leur en^oute que de faire k toute I'Affiftance un repas de peu 
devaleur. - r r 

On fe prepare enfuite pour retourner au combat , chacun 
invoque fon Gdnie , & jette en fon honneur du taJbac dan& 



I 7 z I. 
Juin. 



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Plat ou des er- 
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x6i JOURNAL H IS T O R I Q U E t 

le feu. On lui demande fur-tout desreves heureux. D6s qile 
le iour paroit , on fe remet au jeu j mais fi les Perdans fe font 
mis dans la tete que ce font les meubles de leur Cabanne , 
qui leur ont porte malheur , ils commencent par les changer 
tous Les grandes Parties durent ordinairement cinq ou fax 
iours , & fouvent lanuit meme ne les interrompt pas. Ce- 
pendant , comme tous les Affiftans , du moins ceux , qui font 
int^reffesaujeu, font dans une agitation , qui les met hors 
d'eux-memes , qu'on fe querelle , qu'on fe bat , ce qUi n ar- 
rive iamais parmi les Sauvages , que dans ces occalions , ec 
' dTns ryvrerfe , on pent jugTr , fil la fin de la Partie les uns 
& les autres ont beloin de repos. 
, . 11 arrive quelquefois que ces Parties de jeu fe font par or- 
J^X donnancedlMldecin^.\uklapriered'unMaladen^^^ 
L ieu pour la Q^r cela qu un tSve de I'un , ou de L'autre ; ce reve elt to^ 
gu^rifon des r is pour un commandement de quelque G6nie ; oc 

Maiadc.. )^i;^^l L ,, ,^ • ,^,c un trSs-graud foln. pn s'affem- 
ble pendant pUeursnuits pour ^eflSyer, & voir qui a la 

main plus beureufe.On cohfulte fon Genie , on jeune , les 
Perfonnes marines gardent la continence , & le tout pour 
obtenir unfonge favorable. Tous les matins on raconte ceux . 
qu'on a eus , & de toutes les chofes , qu on a r6v6es , & qu on 
^imagine pouvoir porter bonheur , o^^ en fait un amas , « 
on le! met dans de petits fachets, qudhporte fur foi. Si que- 
qu'un a la reputation d'etre, heureik , c'eft-^-dire , dans le 
?ens de ce Peuple , d'avoir^Uii G^ni^ familier plus puiffant , 
& plus enclin f faire du bi^ft , 6n ne manque point de le taire 
approcher de celui , qui tifent le Plat. On va mSme quelque- 
fK chercher bien Ln. & fi U vieiUeffe , ou quelcm infir- 
mit6 ne lui permetioit pas de marcher , on le porteroit iur les 

^^On afouveut preflK les Miffionnaires d^ fe trouver i ces 
ieux , dans la perfuafion , oil I'on eft , que leurs G6nies tut6- 
laires font les plus puiffans de tous. Jl arriva.un lour dam un 
Villaee Huron qu*une Malade ayant fa;t appeller un Jon- 
gleur, ce CharlaSan lui ordonnale jeu du Plat , & marqua 
Sn autre ViUage que le fien pour jouer. EUe envoya auffitot 
demander au Oief de ce Village fon agr^ment ; il fut accord^ , 
on ioua , & le jeu fini , la Malade fit aux Jouews de grands 
remercimens de la gu^ifon , qu'ib lui avOicnt , difoii-eUC; 



^ 



'f f;\ 



DUN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. Xvn. i6x 

procures. II n'en etoit pourtant rien , au contraire elle ^toit 
plus mal, maisjlfauttoujours paroitre content , lorsmeme 
qu on a moms lujec de 1 etre. * 

La maiivaiJfe humeur de cette Femme & de fes Parens torn- 
ba fur les Miffionnaires , qui avoient refufe d'affifter au ieu 
auelque inftance , qu'on leur eut faite pour les y engager & 
dans le chagrm de leur peu de complaifance en cette ocSafiin 
on leur reprochaque depuis leurarriv^e dans cePays, les 
Crimes des Sauvages n'avoient plus aucun pouvoir. Ces Reli- 
geux ne manquerent pas de profiter de cet aveu pour faire 
fentir k ces Inhdeles la foibleffe de leurs Divinites , & la fu- 
p6riorit^ du Dieu des Chretiens; mais outre que dans ces 
rencontres il eft rare qU'on foit affez bien difpof^pour enten- 
dre raifon , ces Barbares repondent froidement : « Vousavez 
vosDieux,& nous avons les notres : c'eft un malheur pour \ 
nous, qu lis nefoient pas auffipuiffans que les votres 

Le Detroit eft une Hes Contrees du danada , oii un Bota- ' 
nifte pourroit faire plus de d^couveiltes. J'ai d^ja obferve que 
tout le Canada produit unegrande quantity de Simples , qui 
ont de grandes yertus. On ne doute pas que les N^ges nV 
contribuent beaucoup , mais il y a ici une vari^t^ de terroir 
qui jomte i la douceur du climat , & i la liberty , qu'a le So* 
leil plus au ailleurs d'y ^chauffer la Terre , parce que le Pays 
elt plus d6couvert,donne lieu de croire que les Plantes y 
ont plus de force , qu en aucun autre endroit. 
J. « ® /"®* Conduaeurs ^prouva dernierement la vertu 
duneHerbe, qu'on rencontre par-tout , &dont laconnoif- ' 
fance eft des plus n^ceifairesauxydyageurs, nou pas pour 

fes bonnes mia ftp« _ /'at- ;«» no I.,. »X »r ^ X 



1711. 

Juin. 



-■^ 



DcmnBe 
a la Puce , g^ 



J. — ..<v,..^»«*^ ^^, .„a» wc Hum neit pas aiiez expreffif 
pour marquer les effets , qu'elle produit. Ces e£fets font plus 
ou moms fenfibles, felon le temp^ramment deceux, qui la 
touchent : il en eft m^me , fur qui elle ne fait rien : mais le» 
uns , en la regardaniffeulement , font attaqu^ d'une U\r& 
violente , qui dure plus de quinze jours , & qui eft accom- 
,pagn6e dune gkle fort incommode , & d'une grande deman- 
eeaifon par toutle Corps. Elle n'opere fur d'autres , quequand 
lis la touchent i & alors la partie attaqu^e paroit comme loute 
couverte de L^pre.On en a vii,qui «i avoient les mains tout^ 



^' 



^.I'j^'ii 



I'-f 






»<4 JOURNAt HISTORIQUE 
1 7 1 • • oerdues. On nV connoit point encore tfautre remede , que 

D«citrons , ^l '^'^^''^^.u forme & 

teueP=^scoj<e.ve aj^^^^^^^ 

•S'drrBtf^fdor jHoufai d.ia pl,e plus-d-une 
FoiS' Jefuis, &c. 







DIX-HUITIEME LETTRfe 



•' </« Sauvages. 

Au Detroit ce quatorzieme de Juin, iy^-'f 

]V1adame, 

A P R E's avoir ferm4 ma derniere Lettre , & I'avoir remife 
inlperfonne qui defcendoit i Quebec , ,e me difpofois 

Seoricautions de ceux , qui me conduifent , me voici de re 
tou^u Fort de Pontchartrain , oii e crams beaucoup d etre 
w-„!^prefter encore plufieurs tours. Ce font deces contre- 
S^ a^lTsTf^ut^s'attendre avec les Vo;^ageurs Cana- 

'^?nV, A^^^^ & f-«' fort n/gbgen* ^ P^; 



^ 

/ 



D'UNVOYAGEpEUAMERIQ.LET.XVni. i6< 
dre leurs raefures. Mais comme il faut tirer partie de tout , ie 
vais profiler de ce retardement , pour commencer k vous en- 
tt-etenir du Gouvernement des. ^auvages , & de leur facon 
de fe conduire dans les Affaires. Cette connoiffance vous 
mettra pjus en ^tat de comprendre bien des chofes , que i'au- 
rai occafion de vous dire dans la fuite. 

Je m'^tendrai pourtant Ie raoins que je pourrai fur ce fu- 
jet : premierement , parce gue tout n'y eft pas fort int^reffant ; 
en leeond lieu , parce que ,e ne veux rien vous ^crire , qui ne 
foit appuy e fur de bons temoignages , & qu'il n eft pas aife de 
trouver des perfonnes , dont la fincerite' foit hors^de toute 
atteinte , au moms d'exag^ration ; ou qu'on ne puiffe foup- 
connerd avoir trop l^gerement ajoiit^ foi , a tout ce qu'on 
leur a debits ; ou qui ayent enfin affei de difcernement , pour 
laihr les chofes dans leur vrai point de vue ; ce qui deman- 
de un long fejour dans Ie Pays , & une longue habitude avec 
ies Habitans. Je ne vous dirai done rien de moi , fur cet arti- 
de , & cela m empechera de mettre beaucoup de fuite dans ce 
cue je dirai :^mais il ne vous fera pas difficile de raffembler , 
& de faire un tout affez r^gulier des traits , dont je parfemerai 
mes Lettres , k mefure , que j'en ferai inftruit. 

II faut convenir , Madame , que plus on voit nos Sauvages 
de pres , & plus on d^couvre en eux de qualit^s eftimables. 
J-a Plupart des Principes , qui fervent k regler leur conduite, 
les Maximes generales , fur lefquelles ils <e gouvernent , & 
Ie fond deleur Caraftere , n'ont prefque rien , qui feme Ie 
Uarbare. UkiUeurs les id^es, quoiqu'entierement confufes, 
qui leur font reftees d'un Premier Etre , les veftiges prefque 
effaces du Culte Rfeligieux , qu'ils paroiffent avoir autrefois 
rendu a cette Divinit^ fupreme ; & les foibles traces , qu'on 
remarque, jufques dans leurs aaions les plus indiff^rentes , 
de lancienne Croyance, & de la Religion primitive , peu- 
vent les remettre plus facilement qu'on ne croit , dans ie che- 
min de la Veriie , & donner k leur (j|nverfion au Chriftia- 
nifme des facilites qu'on ne rencontre pas , ou qui font 
centre- balancees par de plus grands obftacles , dans les Na- 
tions les plus civilif^es. En effet I'exp^rience ne nous ap- 
prend - elle pas , que la Politeffe , les lumieres , les Maximes 
d'Etat, forment dans celies-ci un attachement & une proven- 
lion pour leur fauffe Croyance j que toute I'habiletO , & tout 
Tome ///, L 1 






'7^1. 
Juin. 



3 



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les Sairva- 

i;es du Canada 
ont plus aifet 
a convcrtir , , 
^ue les Na- 
tions les pluc 
poUcdci. 






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1711. 

Juin. 



Hie ^iai- 
r»]c de IcuB 
■ Gouvcrnc- 
uicnc. 




Divilion dits 
' Nations ca 
Tribus. 



266 J a U R N<4 % H I^#r 6*1 QUE 
le zele des Ouvriei^ Evang^Wa » oftt bien, de la peine i 
d^truire , & qu'il fa^t flue la ©race aeife pUis puiflamment 
fur des Infideles eclair^ , que leur pr^lomi)tfon aveugle pref- 
que toujours , que fur ceux ,^^qui nc lui oppofent que des- 
lumieres bornees. \ ^ * /• j 

La plupart des Peuples de ce Continent ont une forte de 
Gouvernement Ariftocratique , dont la forme varie prefcjue a 
I'infini. Car encore que chaque Bourgade ait fon Chef ind6- 
pendant de tous les autres de la meme Nation , & de qui les 
Sujets dependent en tr6s peu de cbofes, neanmomsilnefe; 
conclut aucune Affaire de quelque importance , que par la- 
vis des Anciens. Vers I'Acadie , les Sagamos. koient plus ab- 
folus, & il ne paroit pas qu'ils fuffent obliges , comme les 
Chefs le font prefque partout ailleufs ,_defaire des lib^ralites. 
aux Particuliers. Au contraire , ils tiroient une efpece de 
Tributde leurs Sujets , & ne mettoient nullement leur gran- 
deur , i ne fe rien referver pour eux. Mais- il femble , que la 
difperfion de ces Sauvages Acadiens , & peut-etre auffi leur 
Commerce avec les f ranjois , ont apporte beaucoup de 
cfaangement k leur anciehne fa^on de te gouverner , dont 
Lescarbot & Champlain font les feuls , qui nous ayent 

donne quelque detaTlTX / -, ,. ^ •. 

Plufieurs Nations onrchacune trois Families , ou iribus. 
principales , auffl aneiehnes , k ce cju'il paroit , que leur Ori- 
gine. EUes ont neanmoins une meme Souche , & il y en a 
du moins une , qui eft regardee , comme la premiere , qui a 
une forte de preeminence fur les deux autres, oiirontraite 
de Freres , ceux de cette Tribu ; au lieu qu-'entre elles , on ne 
fe traite que de Coufins. C^es Tribus font melees , fans etre 
confondues , chacune a fon Chef fepar^ dans chaquie Vil- 
lage ; & dans les Affaires , qui intereflfent toute la Nation , ces 
AChefs fe reiuliffent pour en deliberer. Chaque Tribb porte 
le nom d'un Animal , & la Nation entiere a auffi le fien , dont 
die prend le nom , Sqi^nt la Figure eft fa Marque , oa ft 
I'on veut fes ArmoiriesT^n ne figpe point autrement les Trai- 
t6s , qu'en tra^ant ces Fimjres ; n ce n'eft que des raifbns par- 
ticulieres en faffent fubftituer d'autres. ' _ ^ r 

Ainfi la Nation Huronne , eft la Nation Ju Porc-Epi ; fa 

premiere Tribu porte le nom de VOurs , ou du ChevreuU.j les 

• Auteurs varient fur cela ; les deux autres ont pris pour leUrS' 



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I 7* i< 
Juin. 



Obftivatloa 



DUN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XVUl i6i 
Animaux le Loup , & la Tormei enfin chaque Bourgade/a 
auffi le fien , & c'eft apparemment cette van^i^ , oui a d4^o- 
rient^ Ifis Aiiteurs des Relations. D'ailleurs il eft bon d'obler- 
ver qu'outre ces diftinftions de Nations , de Tribus , de Bour- 
gades par les Animaux , il y en a encore d autres , qui oiJt leur 
fondement dans quelque ufage , ou dans quelque everieftient 
particulier. Par exemple , ks Hurons Tionnontatei , dui font 
de la premiere Tribu , s'appellent ordinairement lii Nation 
du Petun , & nous' avons un Traite , oil ces Sauy^es , qui 
^toient alors ^ MichillimaJcinac , ont mis pour leur marque la 
iigure d'un Caftor. / 

La Nation Iroquoife a les memes Animaux , <^ue la Huron- v.mc>var,o« 
ne , dont elle paroit etre une Colonic , avec ofette difference '"'^ '" """" 
n^dnmoins ,* que la Famille de la Tortue y. eft divifee en deux , **** ^'"^*' ' 

Ju'on appelle /a grande & id petite Tortue. L^^hef de chaque 
amille en porte le nom , & dans les aftioi^ publiques on ne 
lui en donae point d'autre. II en eft de m^me du Chef de la 
Nation , & d^ celui de chaque Village. Mais outre ce nom , 
qui n'eft , pour ainfi dire , oue de reprefentation , ils en ont 
un autre) qui les diftingue plus tfarticulieremertt , & qui eft 
comme un jitre de dignite. Ainfi run eft appelle leplus noble , 
I'autre , le plus aitcien j &c. Enfin ils en ont un troifieme , qui 
leur eft perfonnel. Mais je croirois afTez que cela n'eft en ufage 
que dans les Nations , oil la qualit^ de Chef eft hir^ditaire. 

Ces impofttions de titles fe font toujours avec de grander 
ceremonies ; le nouveau Chef, ou , s'il eft trop jeune , celui , 
qur le repr^fente , doit faire un feftin & des prefens , pronon- 
cer 1 eloge de fon Predecefleur , & chanter fa chanfon. 11 y a 
neanmotns tel nom perfonnel ft c^6bre , que nul n'ofe fe I'ap- 
propricr , ou qui ew du moins fort lon^ems fans etre releve ; 
quand on le fait, cela s'appelle refufciter celui, qui le portoit. 

Dans le Nord, & par-tout, oil regne la Langue Algon- Dc 'a suc- 
q»ine , la dignit^ de Chef eft eleftive ; mais toutela ceremo- fSion t 
nie de T^leftion & de I'inftallation fe reduit k des feftins , ac- chefs.'"" " 
compagnes de danfes & de chants. Le Chef k\\x ne manque 
auffi jamais de faire le pan^^yrique de celui , dont il prend la 
place , & d'invoquer Ion Genie. Parmi les Hurons , oil cette 
dignite eft hereditaire , la fucceilion fe continue par les Fem- 
mes , enforte qu*4 la morttlu Chef ce n'eft pas Ion Fils , qui 
iui fuccSdfe , mais le Fils de fa Soeur ,, ou a foh defaut , (o 
' . • Llij 



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i<8 JOURNAU HISTORlfaUE 

7- plus proche Parent, en "g^e ^»"ij»"^- ^^'^'{^^""k ?'!^ 

^ 7 ^ ' • Lnt is'iteindre , la plus nob e Matrone de laTnbu, ou de 
Juin. la Nation choifit le Sujet , qui lui plait davantage , & le de- 
clare Chef. . - 



De 
Toir, 



.cicur-pou. *" Yrfautlvoirunagemur pour ^^^y''?'!^?^^^'^'^^ - 

i'- reditaire ny eft pas encore parvenu, on luidonneun Regent , ■ 

quia oute^'autSritd, mais qui I'exerce fous le nom.du Mi- 
neur. En general ces Chefs ne re^oivent pas de grandes ^ar- 
n,,« de reToea , & s'ils font toujours obeis ,,c eft qu lis f^a- 
?er.tf7^^^^ commander. II eft vrai meme quMs 

prien o2 propofent plut6t qu'ils ne commandent .~ & que ,a- 
' E ils ne fortent des bori?es du peu d^autorit^ , qu ifs ont^ 
Ainfi t:'eft la raifon , qui gouverne , & le fo^^r^ement eft 
d'autant plus.efficace , que I'ob^iffance eft plus hbre ,^& quon 
n'a pas il craindre qu il ne d^eenere en tyrannic. . 
«.. II V a plus , chaque Famille a droit de fe choifir un Con- 

.^?o'„£' feil" r , £ un AffiLt du Chef, qui doit yeiler k fes int^- 
;lts , & fans I'^vis duau^l le Chef ne f^viroit rien entrepren- 
dre Ces ConfeiUers ^oift fur.t9ut obliges d'av6ir 1 oeU fur le 
threfor public , & c'eft particuherement> eux ,^^u .1 appar- . 
tien d'en mariiefH'emploi. Leur r^pepuon fe faij dans ua 
Confeil g^n^ra\ ; m^djs on n'endorine point avis,aux Allies , 
comme ol le fait aux ^aions , & auxjpl^llations des Chefs. 
DaTle* Nations Huronnes , ce font le^ Femmes , qui nom- 
Jnent^Copfeillers , & fouvent elks cHoififfent des perfon- 

'"""ct^d^ Corners , ou Affiftans eft le premier de 
n,Cbrpsdes J* .1- eft celui des Anciens, c eft-^-dire , de tous 

.ncKns. to"^;;M^^^^^^^ rage de maturity. Je n'ai pu f^avo.r que 
eft pr^cifement cetige.le dernier eft celui des Guerriers II 
comorend tous ceux T qui font enitat de porter les armes. Ce 
/ CoXfouventKaleJeleChef^ 
^ BouVgade ; mais il faut qu'auparavant il fe foit diftingue par 
qSqle a&on de valeur V fmon il eft obligi «U^ 
Stide Subalterne , fj'eftXdire , de funple J>oldat , c^r il ny a 
ooint de grades dans la Milice des Sauvages. 
r. ..c '^ A la vSite un gtand Parti peut avoir plufieurs Chefs , parce 
.c^r?'^ qu^i'S: c^ltre^tous^eux, quf>nt d^Ja Comm^|, 
mais ils n'enfont pas ^oins foum.s a,i<:ommandan du Par«t 
efpece de General fans caraaere , fans autorit^ r^elle , qui ne 









jyV N V OYA G E D E L'A M E R I Q. Let. XVni. 169 
peut ni r^cpmpenfer , ni punir , que fes Soldats peuvent quit- 
ter , quand il leur plait , larls qu il ait rien 4 leuf <iire , & qui 
n^anmoins n'eft prefque jamais contredit : tarn i I eft vrai que 



1721. 
Juin, 




Pouvoir des 
Femmes dans 
Na< 



>' 



beiflance libre & volontaire eft toujours celle , fur laquelle 
on peut plus furement 'compter. Au refte les qualitez requifes 
pour un Chef de Guerrefont, d'etre heureux, brave, & defin- 
tereffe» II n'ejft pas ^tonnant qu'on obeiffe fans peine kgn 
Homme , en qui Ton reconnoit ces trois cara£leres. -^ 

Les Femmes ont la principale autorit^ chez tous les Peu- 
ples de la Langue Huronne , ft on en excepte le Canton Iro- ^^^"^ 
quois d'Onneyouth , oii elle eft alternative entre les deux uon^ 
aexes. Mais ft tel eft le droit , la pratique y eft rarement con- 
forme. Dans le vrai les Hommes ne parlent aux Femmes , que 
de ce qiuls veulent bien au'elles f^acheht , & rarement une 
affaire importante leur eit tommuniqu^e , quoiqye tout fe 
fafle en leur nom , & que les Chefs ne foientque leurs Lieu- 
tenans. Ce que je vqus ai dit , Madame , de I'Ayeule du Chef 
her^ditaire des Hurons du Detroit , qui navoit jamais pu ob- 
tenir un Miftionnaire pour fa Bourgade , eft une bonne^preu- 
ve que I'autorit^ r^eUe des Femmes fe r^duitibien peu de \ 

choles. On m'a pourtant affure que ce font encore elles , qui 
deliberent les premieres fur ce qu on propofe dans le Confeil , 
& qu'elles d^nnent enfuite le relultat de leur deliberation aux 
Che^ , qui en font le rapport au Confeil General , compofe 
des Anciens ; mais il y a bien de I'apparence que tout cela fe 
fait pour la forme & avec les reftri£lions, que je viens de 
dire. Les Guerriers coiifultent auffi entre eux fur tout ce qui 
eft de leur reflbrt j mais ils ne peuvent rien conclure d'im- 
portanC , ni qui interefle la Nation ou la Bourgade. Tout 
doit etre examine & arret^ dans le Confeil des Anciens , qui 
juee en demiere inftaiicei^^. - 

lUfaut conv^r qu'on||||rocede dans ces Aflembl^es avec safreiTe dp 
yne fageffe ^ une maturit^, une habilete . je dirai meme ^ cesConUiU. 
commun^fient une probit^ , qui auroient fait honneur k TA- 
r^opagig a Athenes*, & au S^nat de Rome dans les plus beaux 
jours de ces Republiques.C'eft qu'on n'y condut rien avec 
pr^cipitatioia , oc que les gruidc;$ paffions, qui ont Q. fort alt^r^ 






-'»* 



4 7*i« 
Juin. 



170 JOURNAL HISTORIQUE 

la politique , memeparmi les Chretiens , n'ont point encofe 
privaludans cesSauvages fur le bien jpublic. Les Int^reffSs ne 
laiffent pas de faire jouer bien des refforts , & d'employer un 
manege , donton auroit peine k croire capables des Barbares , 




Des Ora- 



teiHS, 



Des intitfts 
Ac CCS Pcn- 
ples. 



iiiawpourlprdinaireiagloi 

neur font les principaux mobiles de tomes leurs Entreoriles. 
Ce qu'on ne peut excuferen eux , c^que le plus fouyfent lis 
n^ent leur honneur k fe venger , & qtf Us ne donnem point 
dFbornes k leur vengeance. Defaut , que le leul ChWtianil- 
me peut bien corriger , & que toute notre politeffe & notre 
Religion necorrigent pas toujours. , o •, 

Chaque Tribu a fon Orateur dans chaque Bourgade , & il * 
n'y a gueres que ces Orateurs , qui ayent droit de parler dans 
les Confeils publics , & dans les Affemblees g^n^rales. lis 
parlent toujours bien , & k propos. Outre cette el<?quence 
naturelle, que nul de ceux , qui les ont pratiques, ne leur 
contefte i^ils ont une connoiffance parfaite des interfits de 
ceux , qui employent leur miniftere , & une dexterite k met- 
tre leur bon droit dans tout fon jour, qui ne peut aller plus 
loin. En quelques occafions les Femmes ont un Orateur , qui 
parle en leur nom , & comme i'il ^toit uniquement leur In- ^ 

Des Peuples, qu'on peut dire n^ polTeder fien, ni en public, 
ni en particulier , & qui n'ont point I'artibition de s'^tendre , 
devroient , ce ifemble , avoir peu de chofes k demeler les uns 
avec les autres. Mais I'efprit de I'Homme naturellement in- 
quiet ne fcauroit demeuref fans aftion , & il eft ingdnieux k 
fe procurer de quoi s'occuper. Ce qui eft cettain, e'eft que nos 
Sauvaees n^gocient fans ceffe , & qu'ils ont toujours quelque 
affaire fur le tapis. Ce font des Trait^s i tonclure , ou ^ re- 
nouveller , des ofres de fervice , des civilit^s reciproques , 
des alliances , qu'on manage, de|Jnvitations ^ la Guerre, 
des comprimensfur la mortd'un Cm, ou d'une Perfonne con- 
fiderable. Tout celafc fait avec une dignitii, une attention, 
i'ofe ra^e dire , une capacit^^ digne des affaires les plus im- 
pdrtantesj & elles le font quelqueftfis plus qu'il ne paroit; 
car ceux, qu'on depute pour . Cela ont prefque toujours des 
inftfuaionjs fecrettes , & le motif apparent de leiir d6puta- 



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17x1, 

Juirt. 



Politique dc* 
Orit Iroquois. 



VOYAGEDEL'AMERlO.LET,XVm. lyt 
fioiiifrift fouvent qu'un voile, qui en cache un autre plus 
ferieux. 

i-a Nation du Canada , {jj^depuis cjeux fiecbs y fait la^pre 
«ftre 4gure , eft riroquoiie.'*Ses fucc^s k la guerre lui ori. 
, JUln^ £r la pliipart des auktrts une fuperiorit^ , qu aifcune 
d'^e-ne'ft plus en etat de lui dlfputer , & de pacifique quelle 
etdit autrefois, elle eft devenue fort inquie>te & fort intri- 
guante. Mais rien n'a plus contribue k la rendre formidable y 
que I'a vantage de fa fituation , qu'elle f9ut bientot reconnoi- 
tre , & dont elle a tr^s-bieji ffu propter. Placeeentre nous & 
les Anglois, elle a compris d'abord que les uns & les autre* 
ieroient obliges de la menager , & il eft vrai que la princi- 
pale attention des deux Colonies, depuis leur Eltabliffement, d 
it* de la gagner , oude I'erigager au moihs i demeurer neu- 
tre* Perfuadee de fon cot^ que , (i Tune des d^ux Nations pre- 
valoit fur I'autre , elle en fercHt bie^tot opprimee , elle a 
trouvc le fecret'de balancer leurs fucck, &firon fait refle- 
xion que toutes fes forces r^unies n'ont jamais monte qu a 
cinqou fix nrille Combattans , & que depuisjontems elles ont 
diminue de plus de moitie, on conviendra^qu'elle n'a pu y 
fuppl^r que par beaucoup d'habilete & d'adrefler 'r 

Pour ce qui eft des Particuliers , & de I'interieur des Bour- 
gades , les affaires s'y r^duifent k tr6s-peu de chofes, & font "«;'^"' <*« 
bientot terminees. L'autorit^ des Chef^ ne s'eterid point , ou ^*""^'" 
s'etend raremenc jufques-li , & generalement par&nt ceux , 
^ui Ont quekjue credit , ne font occup^s que du Public. Une 
ieule affaire , quelque jpeu importante qu'elle foit , eft lontems 
en deliberation ; tout le traite avec bpaucoup de flegme & de 
lenteur , & rien ne fe decide , qu'on n'ait entendu tous ceux ,. 
qui veulent y entrer. Si Ton a fait fous mai|n quelque prefent k 
un Ancien pour s'afTurer de fon fufrage , on efl fur de I'obte- 
nir , d^s que le prefent eft accept^. II eft prefque inoui qu'un* 
Sauvage ait manque k un engagement de cette forte , mais il 
ne le prendpas-aifement , & jamais il ne re^oit des deux mains.- 
Les Jeunes Gens entrent de bonnd heure en connoiffance de* 
affaires , ce qums rendf6rieux & murs dans un kge , oil nous- 
fommes encore enfans ; cela les intereffe d^s leur premiers 
jeuneffe au bien public , & leUr infpire une Emulation , qu'orf 
a grand foin de fomenter , & dont if a'eft rien , qu'on ne puifT^ 
iepromettre^ , • 



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1 7 i " 
Juiti. 



171 



, JOURNAL flisTORIQUE 

Le olus erand d^faUt de ce Gouvernement , c eft qu il n v a 
Vd plus g""° "^ ^. ': Criminelle parm ces Peuples ; k la 

se, Wfeuts. vent^ , ce d^faut n » PO»"' y"?r^„^7 „„. nations , & la four- 
auroitparminous;leara^^^^^^^^^ 

•'inunmot.cesAm&iquainsfon.p.rf.i.emen.conva^^^^^^^^^ 
rH««,mP eft n^ libre , qu aucune Puiffance lur la 1 erre 

• ?a°T/fi!f.e de cSup "on 'dfnotr. Nature > .& Vft 

5f re MMhml , qui produit aiUeurs lant de crimes. Leurs 
rLSSceTiUSfpUbornte que les ndires , euH defirs 
le fomSdava«ag^ : riduits au fimple nteffaire , aMud 
U ProvXce a fa^n,ment pourvO , 4 pe^OPt - .Is I .dee 

SnT^l't/o^^i^eKMc .& encore plusdans 



DITNVOYAGEDE UAMERI-Q. Let. XVIII. 173 
le Domeftique ^ oii chacun fait ce qu il veut : oii 1q Pere , la 
Mere , & les &ifans vivent (buvent comme des perfannes 
rafletnbl^es par hazand , & qu'aucurt li^n n unic entre eux ; 
oil de jeunesgens traitent des afFaires de Ij {^amille , fans en 
rien communiquer k leurs Parens , non plus <me fi c*^toient 
des Etrangers ; oti les Enfans font eleves dans uJte^indepen- 
dance entiere ; & oil on s'accoutume de bonne heuW i n'c- * 
couter , ni la voix de laNature , ni les plus indifpenfables^C- 
!(roir$ de la Societ^. , ^ 

Si dans les Nations les plus fakement gouvernees , & qui \ 
font retenues par le frein dune Heligion toute fainte , on ne 
laifle pas de voir quelquefois de ces Monftres , qui deshono- 
rent liiumanit^ , ils y font du moins horreur , & les Loix les 
r^priment , mais ce qui n'eft que le crime d'un Particulier , 
quand il eft fuivi du chatiment , devient le crime de la Na- 
tion , qui le laiffe impuni , comme le parricide mem^ left , 
parm^es Sauvages ; y fut-il encore plus rare , qu'il ne I'eft , 
cette impunitd eft une tache , que rien ne pent laver , & qui 
fent tout-i-fait la Barbarie. II y a pourtant en tout ceci quel- 
€Xceptions , dont je parlerai bientot ; mais en general , lefprit 
de nos Sauvages eft tel. 

Non-feulementils font perfuad^s qu'une perfonne, qui n'eft 
pas en fon bon fens , n'eft point r^prehenHble , ou du moins ^""5 
ne doit pas etre punie ; mais ils s'imaginem encore , qu'il eft ^ 
ihdigne d'un Hoipmc , de fe d^fendre contre une Femme , ou 
contre Un Enfant ; bien entendu apparemment , lorfqu'il n'y 
va point de la vie , ou qu'il n'y a point de rifque d'etre eftro- 

S[6 i encore jprend-on alors , s'il eft poftible , le parti de fuir. 
lais qu'un Sauvage en tue u^autre ae fa Cabanqe , s^il etoit 
Yvre , & fouvent fait- on femblant de I'etre , quand on y^ut 
faire de femblables coups , on fe contente de plaiddre & de ^ 
pleurer le mort ; c'eft un malheur , dit-on , le Meurtrier ne 
l^avoit pas ce qu'il faifoit. 

S'il etoit de fang froid , on fuppofe.aifement , qu'il avoit de ^ 
bonnes raifons , pour en venir k cette extremite. S'il eft evi- 
dent ^'il n'en avoit point , c'eft k ceux de fa Cabanne , com- , 
me les feuls interefli^s , k le charier ; ils peuvent le faire mou- 
rir , mjiis ils le font rarement , & s'ils le font , c'eft fans au- 
cune forme de Juftice ; de forte que fa mort a moins I'air 
4'Hne punition l^giti^e , que d'une vengeance d'unParticu- 
Tom III, Mm 



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721. 
Juin. 



Prlncipcs*, 
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172. 1 

Juin. 



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174 JOURNAL Hist OKI QUE 

lier ; qu«lquefois iir^Chef fera bien aife de profiler de Vocca^ 
fion de fe d^faire d'un mauvais Suj^ En un mot , le crime 
n'eft point puni d'une maniere , qvii fatirfafle a la Juftice , 6c 
qui itabliffe la surety & la tranquillity publiaues. * 

Un Affaffmat , qui interefferoit plufieurs Cabannes , auroit 
cependant toujours des fuiies ^cheufes , fouvent il n'ea taut 
pas davantage pour mettj-e en combuftion toute une Bour- 
cade , & meme toute une Nation. Ceft pourquoi dans ces 
rencontres le Conf^il des Anciens ne niglige rien pour ac- 
commoder de bonne heure les Parties , & s'll en vient k bout, 
c'eft ordinairementle Public, qui fait les Pr6fens,&toutes 
les demarches n^ceffaires aupr^s de la Familte offenl6e. La 
prompte punition du Coupable finiroit d'abord toute 1 affaire, 
&fi les Parens du Mort , peuvent I'avoir en leiirpuiffance , 
il leur eft permis d'egi faire ce qu'ils veulent ; mais la Caban- 
ne croit qu'il n'eft pas de fon honneur de le facnhei: , Oc 
fouvent le Village , ou la Nation , ne juge pas k propos de I y 

contraindre. . „ . « , r ■ 1 *»-.„ 

J'ai lu dans une Lettre d\i P. de Brebeuf , qui a lontems 
n,.n.c.. .« vecu parmi les Hurons , que ces Sauvages avbient accoutu- 
Huronspunif- , j/„ ^i^ les Affaffins , cn cette maniere. lis 6tendoient 
i«: ''''^' iTcorprmJJrt fur des Perches, au haut d'une Cabanne &^ 
leMeurtrier ^toit oblig^ defetenir plufieurs jours deluitu 
imm^diatement au deffoos , & de recevoir tout ce qui d^cou- 
loit de ce Cadavre , non - feulement fur foi , mais encore lur 
. fon manger , qu'on mettoit aupr^s de lui , k moms que par 
tin prefem confiderable , fait k la Cabanne du D^to , il 
n'obtint de garantir fes Vivres de ce Poifon. Mais le Miflion- 
naire ne dit point , fi cela fe faifoit par Autorite Publiaue , ou 
ft c'etoit feulement une R^prefaille , dont ufoicnt les^lnterel- 
Qs , quand ils pouvoicnt avoir I'Affaffin en leur puiffance. 

Quoiqu'il en foit, le moyen le pkis ufit^ parnu tou&les 
Sati^^ges pdusdedommager les Parens d'un Homftie, qui a 
it^ aflaffinS , c*eft de le remplacer par un Prifonnier de Guer- 
re • alors ce Captif eft prefque toujours adopte : il entre dans 
tous les droits du D^nt, & fait bientdt oubUercelai, dont il 
occupe la place. II f ft neanmoins quelques crimes odieux, 
qui font fur le chamjp punis de mort , du moins parmi quel- 
ques Nations , tels lont les Malefices. • , „ 
Quiconque en eft foup^oiin^ , n:eft en suret6 nuUe part* 



De quelle 
maniere les 



Funitiondes 

Ma^icicns. 



•i l\-. i 



\ • 



l"*» 



^'•1711. 

Juin. 



D'UNVOYAGEDEUAMERIQ.LET.XVni.iyj 

qn lui fait m^me fubir , quand on s'eft faifi de lui , une forte 
de queftion , pouf robligec k nommer fes Complices , apr^s 
quoi il eft condamn^ au Mipplice des Prifonniers de Guerre ; 
mais on demande auparavant le confentemerit de fa Famille , 
qui n'oferojt le refuler. Les moins criminels font aflbmm^s ^ 
avant que d'etre b^ules. On traite k peu pr^s de meme , ceux 

?ui deSilonorent leurs Fai^illes , & pour Tordinaire , c'eft la 
amille meme , qui en fait'fufti<^' "^ 

Parmi les Hurons , qai ^toient fort enclins a dcrober , & nepiement 

?ui le faifoient avec une dexterite , dont nos plus habiles pouri«ci,ofo* 
iloux fe feroient honneur , il etoit permis , qiiand on avoit "°"^ "• 
dicouvert le Voleur , non- feulement de lui reprendre ce 
qu'il avoit pris , mais encore d'enlever tout ce qui ^toit dans 
ii Cabanne , & de le depouiller tout nud , lui , fa Femme & 
fes Enfans , fans qu'ils puffent faire la moindre r^fiftance. 
D'ailleurs , pour eviter toutes les conteftations ,' qui pou- 
voient naitre k ce fujet , on ^toit convenu de certains points , 
dont on ne s'^cartoit jamais. Par exemple , toute chofe trou- 
y^e , n'y eut-il qu'un inftant , qu'elle eiit 6t^ perdue , etoit a 
celui , qui Tavoit trouvee , pourvu que celui , k qui elle etoit 
auparavant , ne Teiit point deja reclamee. Mais pour peu 
qJon remarquit df ia fuperpherie de part du Premier ,011 
Vobligebit de reftituer i ce qui occafionnoit quelquefois des 
diffenfions affei diffi^iles k terminer : Voici un trait affez fin- 
gulier en ce genre. 

J Une bonn^ Vieille n'avoit pour tout bien au monde, qu'un Trait fingn. 
Collier de Porcelaine , qui valoit environ dix Ecus de "o^*"® {•'"„ ^^°g'"' 
' Monnoye , §c pile le portoit partout avec elle , enferme dans fcTrouvd" **" 
un petit Sac. Un jour qu'elle travailloit*aux Champs , elle ' 
.^ avoit ftifpendu fon Sac k un Arbre ; iine autre Femme , qui 
sen apper^ut , & qui avoit grande envie de lui efcamoter (on 
Collier « crut Toccafion favorable de s'en faifir , fans au on 
- put i'accufer de Vol : elle ne le perdit point <le vue , 8c au 
bout d'une heure ou deux , U Vieille etant paffee dans le 
Champ voifin , elle ;:ourut k I'Arbre , prit le Sac , & fe mit k 
crier , qu'elle avoit fait une bonne trouvaille. La Vieille k 
ce eri tourne la tete , St dit que ce Sac lui appartient , que 
c'eft elle , qui I'a fufoendu k I'Arbre , qu'elle ne I'a ni perdu , 
i>i oublie , & que (on intention etoit de le reprendre k la fin 
4e fpn travail j fa Partie Ipi r^pond , qu'on ne juge pas des 

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1^ JOURNilM HiSTORKil^W 

" intentions , & qu*6tant fortie ^e foil Champa, fans avoir rapfii 
fon Sac , elle «oit cenfi^ Vavoir oubli^. - * 

: Apr^s bien des conteftations entre ces deux Femihes , qui 
n€ fe dirent pourtant pas un m6t d^fc^ligeant , Taffaire nit 
port^e devant un Arbitre , qui ftit le Chef cUi Village , & ddnt 
» voici quelle fut la decifion : ^ A juger dans la riguSur , dit-il , 
» le Sac appartient ^ celle, qui Ta trouve ; mats lescirconftances 
>» font telles , que , fi cette F'emme ne veut pas etre tax^e d'ava- 
». rice i elle le doit rendre 4 celle , qui le reclame , & ie conten- 
» terdequelque petit pr^fent, que celle -cinepeutfedifpenfer 
>> de luifaire M« i'Cs deux Parties acquiefcerent ^ ce Jugement; 
dc il eft bon d'obferver que la crainte d'etre not^e d^avarice a 
bien ^utant de pouvoir furi'efprit des Sauvages,qu*ei(i ai|roit la^ 
t^ ci^ihte du chatiment , & qu*en ^n^ral ces Peuplesfe cOnduif 
'" rv ^ {giat beaucoup plus par les principes d'honneur , ^e par tout 
autre motif. 
cdrabien lee Ce que jc vais vous ajouter , Madame, vous en dbnnera 
■^ajivat^cs font une Houvelle preuv6. J*ai dit plus haut que pour empScher les 
^int di- <""es d'un meurtre, le Public fe charge de faire les foumif^ 
{ions pour les coupables, & de d^dommager les Intereifi^s : 
eroiries^-iirous bien que cela meme a plus deforce pourpr^ve- 
nir ces^ A^fordres , que les Loix les plus fi^veres r Rien n'eft 
pourtanwplus vrai: earcomme ces fatisfk^ions coutent beau- 
coup cb'ves Hommes , dont la fiexti paife tout ce qu'on en 
Eeut dire|!Se Criminel eft plus fei^bte k la peine, oil il voir 
; Public il ion ftijet , qu'il ne le feroit k la fienne propre , & 
le z^te de rho/ineur de la Nation retient beaucoup plus pyif- 
ikmment ces Barbares , que ne pourroit ^ire la crainte de la 
mort & des fupplices. *^ 

^'attttors il eftcertain querimminit^ n*apas toujoursfegn^ 

Sarfl^i emtfy autant qu'elle a fait depuis , & nos premier^ Mif- 
onn*ires ont encore trouv^ des traces^eP-anciehne rigueur , 
avec laquelle ils f^avoient r^primer les crimes. Le vol enpar- 
tkulier a touiours^t^ regard J comme une tache , qui d^hon- 
norcrpit unift Famille , & chacun^oit en droit' cl*en effacer lat 
hofltis^vec^ le fangdu Coupable. Ee-Pere de Breboeiif i^>per- 
9ut unknir un jeune Htiron , qui aflommeit une FiUe; it cou- 
rut41ui:p6ur'l*an-6ter, & liiidemandace quilefOttoiti cette: 
vi6l6he<K <• CTeft' ma Soeur , lui r^pondit Id^auvage, elle a: 
, vol^ , jc Kux expier parfa mort t'affiront , ^*elle m'^ fiiity, 



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176 JOURNAL HISTORTOttg 



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DVNyGYAGEDE tAMFRIQ. Let. XIX. 277 

& i tbute notre FamiUe «. On me^demande lim Lettre, & TTTT 

■ta time on vra«e ftuAfftrtt- mta ^^ ri"...!^ 0_. ' */Al* 

! Juin* 



je- finis en vous aflurant que jefuis , &c.^ 



DIX-NEUVIEME LETTRE. 

Ft)ytf5B Ju PitroitAMicfUllimakinac. Defcription du Pays 
Du Manage Jes Sauvagts, , 

A Michillimakinac, ce trenti^e de Juin , 1711^ 

AdADAME, 

C E fijt le dix-hum^me de ce mois que je partis enfin tout wp, 
de bon du Fort de Pontchartrain du Detroit , un peu avant T^i^^ 
le CQucner du Soleii. A oeine avoJs.;*. A..V .,«^ 1:^..:: _:».... 



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D - -- — "--"Y— "-» "-v <i»u9 |j<uictines la nuit tort 
mali notre aife: le lendemain tout ce que je pus faire , fuV 
de traverCer leLac de Sainte Claire ^ cetw traverfe tCd ce- 
pendant que de quatre lieues. Le Pays me parut bOii des deux 
cot&. A mo»ae ciienunon laiffe fur la^audie utie Riviere «/ 
qui a bien Un arpent de larg^ a fon embouchure; orti'a nom- 
mee/ai2/v/tf«^'iforo«5, parceque des Sauvages de cette 
Nation ^y ttfugierent pendant la guerre des Iroquois. Surla. 
droite, S3 prefcjue vis-i-vis , il y ena une autre, dontren- 
tr^e eft utie fois plus large, & qu'on rertionte quatre-vint \ 
beuesfansrencontrer aucunRapide, ce«uidlrar«dans les- ^ 
Rivieres de ce Pays ; on n'a pu me dire'fon nom. > 

La route depuis le Fort du Detroit fufqu'i la fin de la tra- 

rcl^' ^^.H'?^"*-/^ • ^^-^ on tourne au ^ford par 

1 tft jufqu wSud pendant quatre lieues , au . bout defquelles 
on trouve i mam droite uff Village de Miffiffaguez , plac^ fur 
un terreinfertile , i t'entr^e de til^kjlles Prafries , & dans la 
plus agr^aWe fituation , qui fe puiflc voir. Dc-fe^jufqu'au La<f ' 
Huron , on coimjtedouze lieues , & lePays eft toujours cSr- 
mant. Ceft un Canal magnifique , tir^ au cordeau , Bordk de 
Bois de hautes Futayes , ftpar^s par de belles Prafees Isr 






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171 ^ 
Juin. 



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i7« * J[ O U R IT A L H I S T. O |r I/Q U E 

fem^esd'KleStdont quelques-unei £bnt afTez grandes. Ony fait 

toujours le Nord- quart Nord- Eft, &4n/ entrant dans le 

Lac Huron, la route eft au Nord. pendant douze autres 

lieues. ■ ';^^' - "'■ ' ^^ ^ V 

soin , quA En faifant la traverffe du Lac de Sainte Claire , j'avois dans 

I" «""p"n""y<^" Canot un j^une Sauvage , fort & vigouretix , & fur les 

neft Jc fe pa- Btas duquel j'avois fort compte , en lui accordant le paffage , 

•^"^f- J|i^il me den^doit : mais il ne me fut que d uii mediocre fe* 

. coiirs. En recompenfe il me divertit beaucoup , jufqu'^ ce 

qu'im orj^e , qui s'^leva fur notre tete , co*ihnen§a a m'in- 

auiett^r, Ce jeune-Homme $ etoit mis ^ fa loilettp , ^y ajit que 
e s'ertibarquer , & il ne donnoit pas trois coups d'aviron , 
qu'il neprit foh miroir, pour voir fi le mouvement de fes 
bras n'aVoit rien derange dans I'oeconomie de fon ajuftement , 
ou fi la fqeur n'avoit pas altere les traits , qu'il s'etoit formes 
fiir fon vUage avec le rouge , & les aytres couleurs , dont il 
I'avoit peint. 

Je ne f/fii s'il efperoit d'arriver au Village des Miffiffaguez 
avant la nuit , pour s y trouver k quelque Fete ; mais nous ne 
pumes pas aWer filoin. L'orage creva , comme nous touchions 
prefque ci un^e Ifle , oii fe termine la travcrfe du Lac , & il 
Fallut y refte^^ L^ jeune Sauvage ne parut pourtant pas fort 
deconcert!^ de,\ce contretems, car ces Gens-l^ (^xonfolent 
aifemept de toiut. Peut-etre auffi n'avoit-il j^etehdu que 
fe montrei i ndus dans route fa beaut^ j mais ft c'etoit U 
fpn deffein, il y^oit bien perdu fa peine , je Tavois vu dans 
fpn natureUpeulde jours auparavant , & je I'avois trouv6 
beaucoup mieuxilqu'avec ce bifarre aflbrtiment de couleurs , 
qui liii avoit tant*il|out^. On \^\t ici peu de Femmes (bpeindre 
le vifage , inais Jfes Hommes , & ftir-tout les Jeuftes-Gens , 
font fort curieujilde cette parure; il y e^i^'qui employent 
une demie journ|e4fe farder ainfi^ tinijjuement pour aller 
de porte en porte jje faire regarder , & qui s'en retournent en- 
fuiti^ fort contens|d'eu3wnemes , quoiqu'on ne leur ait pas dit 

un mot. -i\ I ■ 

'. Nous etitfkinek Idans le Lac Huron le vint-uni^in? vers les 
dix heures du mftin , $c nous y eumes d'abord le div^rti0e- 
ment de la Peclfe de TEftureeon. Le lendemain , malgr^ le 
Tonnerre , qiii Ifoipda tout le iour y mais qui fe contenta d? 
iious menacer , Tj'aVaipjai jufqu k pr6s de yiat-cinq Ueuef dan? 






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17211. 
Juin. 



DUN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. XIX. 27^ 
itn?o»: '"'^«Jev?«-"'0ifi^'ne unc brume ^paiffe, qui nous 
empeehou de voir k quatre paj Levant notre CahJ, nous 
obljgea cTallcr plus lentemen J fiarce oue nous nav" g bns fur 
un Banc de Roche , qui en bi^^ 5es enloits n'eft paf cou^^^^^^ 
• d un dem. pled d'Eau : il s'^tend bien loin au larg^e , & a dk 
beues de long : nos Canadiens I'om appelI6 /cs P%s flats c • . 

guelte a cinq ou fix jieues cTouvenure , & trente de profon- '"^• 
^eur. Les Outaouais ont uh Village dans le fond £^ ce«e 

M'^?'ir-^"^i3°" "^"'^ ^''^ "" ''^'-^ Pays. DeJiiufqu'i 
Michil imakmac on ne voit rien deHtu/plus de Viene/ 
mauvaisBois, fort peu.de ChdTe. Di~eu^s^ideffu ^de^^ 
BayeduSagumam on apper A deux Rivieres affef«^^^^^ * 

pTude^^ofonlr^^^^ 

depuisbforcie/D^r^l:f„tro5Si?a"^^^^^^ ' 

4aMcHuron,7autprefo^^^^^ 

cePofte. quieftbien d^chu, depuisque M. delaMotte Ca 
dUlac a W au D^roit la mei&ure^ pi«ie des Sauvaees 
quiye«>i^ dtablis, Jc fur-Tout lesflErons. pSrsSu' 
laouaislesjfomfuivr^D^autresfefomdifperf^^^^^ 

tuf^'i/^"^^"^ '^^"^ P^"^ «^ Sl»'"« mediocre VillVgl^o^ 
|Uefaitifeanmoim encore un arfez grand comfcce £'pS^ - 

leteries , jterce que c'eft le paflfegefou le readtez-vSus t 
quantity de Nauons Sauvages. * vyus ae 

On y a confervMe Fort , & Ja Miifo,^ des Miffionnaires. 
qui ny font pas prfentement fort occup^s , n'ayarttTrtais 
youv^ b^auqoup de dociliti parmi les Outaou Js , St 
Cour juge leur pr^fence n^ceffaire dans un lieu . 06 il fait 
fouvent traiter avec nos Allies, & exercer leuVminiftere 
aupr6s des Fran50js , qui sy rendent en grand nombre Oa 
m'afiui^ aue depuis I'feablieinentdu D^roit , & h ^fo^ 
fiorudes Sauvages , quil a occafwnn^e , plufieurs Natlom 
du Nord, quiayoiem aecoutumd d'apporter ici leursPelli 
teries, oiit pris la route de laBaye dUidfon par jaRiviem '^ 

^ir jTa ;s;»rir r LIS: I j^^^ 






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I 7*1. 
Juin. 



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Bourbon ^y vontcomoifercer awficWs Aoglois^mai? M, de 
la Motte o'ayoit gard^ dWl^voir c^t ineonvinifint, pu^f- 
au'alors 410US etioos fin pbffe/non/dfi la Bayp dHudlon. 
^ La fituation de Michilfi^akiiiaCfift tr^s - ayantageufe pour 
le Commerce. Ce Pofte ei^ entre trois grands Lacs; le iW.- 
aiga«,quiatrois cent lieiies de circuit, fans parler de la 
grSdefiV' H»i sy d^chkge: le Lac «^, qmatro.s 
fentcinquantefieues'de circSpnference , & qui eft en forme 
deTriai?glei & UUcSupifUur qui en a (^nq cent. Tous 
trois fonf navigablei^ur leV plu^randes Barries, & es 
deux premiers ne fopfepar^s \ que>: un peat Dtoit , le- 
quelaauffiaflfizd'^pourfes memes Bitimens , qu.peu. 
?enc encore naviguer fans obftSclc , dans tout k Lac Erie , 
iufqu'4 Niagara, 11 eft yrai au'il i\'y a de communicauon entr6 
e Lac Huron , & le Lac Supeif^eur , que par un Canal de 
vint-deux lieues , fort embai-ralf^ de Rapides ; mais.ces Rapi- 
des n'emp^chent point les Canots , ae yenir decharger i 

MichiUimakinac ,tout ce ¥T?'^'''/\^^^^I''JTTen 
Ce Lac a deu< cent licues de long , de I Eft U Oueit , ^ en 
iacsupirieur. plufieurs cndifoits qu<»tte-vintie laisgeur ,/u Nord m iud. 
tome la C6te Mer?£inale eft fablonneufe , & affex droite ; 
il feroit dangtereuxd'y 6tre furpris d'un Vent du Nord , la 
Rive Septentrionnale eft plus commode pour voyager , par- 
ce qu'elfi efti toute bordie de.Roch«ri , qm forment de netits 
lfa?res,o6|it eft tfis-aif6 defcfdfugier^&nennetf plus 

n^celiiie, <hiand on n?|vige en Canot dan^ cc Lac , ou les 
Voyaceurs St remarqu^ un Ph^nomene affez lincuUer. 

OiSndildoits'y rfever quelque Tempdtc , difent-ds , on 
en^ averti deux jours auparavant. D'abord on apper90« "" 

Stk frimiffL^m fur la £rface de I'eau , ^ c^USure wute 
U ioumie .fans croitre d'une manier« fenfible ; te lendemain 
le Lac eft ciivertde lames affez groffes , m?is clles n^ fe bri- 
fent pas deloue le jour, de forte qu'on peut marcher fans 
cramte , & foon fait mime beaucoupdfi chemin, file Vent 
eft du bon M i mais le troifi^me jour , lorfquon y penfe 
le moins , leLac eft tout en feu ; ii'Oc^as , dans ia pfas gran- 
de fureur , n'ift pas plus agitd, & il f^^^joit i point nom- 
m6 un afyie , poSr fe'^mettre en sAret^ : c^ft ce quon eft af- 

i sure d? trouv^r fur la Cote du Nord , aujww 9"«>5 9^^^^ ^" 
Sud il faut d^s le fecond jour , camper aOcz Join du Rivage. 



pefcription Ju 




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IP^KT/E 



rBadumaiua 



SUPERIEUR^ 






^Foiiite an Foisaon 
Blanc 




Carte du Detroit 

ENTRE LE LAC SUPliRIEURET 
LE LAC HURON, 

avcc le Saufc Sainte Mane ct \e fh^ ^ 

Afichiflnnakinac , 

Dressy' sur Us Jlanuscur duDilpMJrs 

CarUj- et Pianr i/e la. Jfar^ 







Limca commiuii 



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Partie du Lac Huron 



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171 It 

Juin. 

Fable dcs 
Sauvagcs du 
LacSup^ietir. 



Mine; ie 
Cuivre. 



DUN VOYAGEI>EL'AMERIQ. Let. XDt. 28i 

Les Sauvages , par reconnoiffance , pour la quantity de 
Poiffpns , que leur fournit ce Lac.j & par le refpeft , que leur 
jnfoire fa vaftc dtendue , en ont fait une efpece de Divinit^, 
& lui offrent des Sacrifices h leur maniere. Je penfe n^an- 
nioins , que ce n'eft point au Lac mame , mais au G^nie , qui 
y pr^fide , qu ils adreffent leurs Voeux. Si on les en croit Fo- 
ngine dp Lac k quelque chofe de Di vin : c'eft Michabou , le 

^?ct'r '"f • "*"' W?'?^^ P^""; P'""'*^^ ^« C:aftors. 
Dans le Canal , par ou il fe d^charge dans le Lac Huron , il y 
a^m Rapidf , cauft par de gros Rochets ; nos Miffionnaires 
TT Tc®" ""?,?'^*. " flo"ffante Eglife , I'ont nomme , Ic 
. ^<mlt de Sainte Mane : ces Rochers , felon la Tradition des 
Barbares , font les reftes dune ChauflKe , que le Dieu avoit 
•conftrujte , pour arr$ter les Eaux des Rivieres , & du Lac 
^//Awz/tf^on , oui ont rempli ce grand Lac. 
. Sur ks bords , en quelques endrolts , & autour de certaines 
Dies , on trouve de groffes pieces de Cuivre , aui font encore 
1 Pbjet du Culte Superftitieux des Sauvages ; ils les regardent 
ayec veneration , comme un pr^fent des Dieux , qui ifabitent 
ous les Eaux ; ils en ranlaffent les plus petits fragmens , & 
les confervent avec foyi , niais ils /en font aucun ufage. lis 
dilent qu autrefois on vdyoit s'41ever beaucoup au-deffus de 
lEau un gros Rochef tout de h m^e matiere ; & comme 
llneparoitplus, ils pretendent que les Dieux I'ont tranfport^ 
ailleurs ; mais il y a bien de I'apparence , qu'avec le terns . 
les vagues du Up I ont couvert de fable & de limon ; & il 
eltu:ertain , ^u onad^couvert en plufieurs endroits une affez 
erande quarwj^ de ce M^tal , fans Stre mhm& obligd de creu- 
fer beaucouF A mon premier Voyage en ce Pays i'ai con- 
nu un de nos Freres , lequel ^toit Orfevre de fon Metier , & 
qui , pendant au'ilitoitdans la Miffion du Sault Sainte Marie .' 
en ^toit alie jhejcher la , & en avoit fait des Chandeliers 
des Croix & des ^ncenfpirs ; car ^e Cuivre eft fouvent 
prelqu^ t<)ut pur. 

Lorfque Michabou , ajoutent les Sauvages , forma le Lac ^u.^dc 
5uperieur , il demeuroit 4 MichiUimaKinac , oiiil ^toit ne • *""4' "^ - 
ce nom eft propremtfnt celui d une petite Me , prefque r ohde \ mTK JH: 
fort haute , fituee a i'extremit^ du lac Huron ;& il s'eft ^ten- ««• 
du par 1 ufage , k tout le Pays d'alentour. L'lfle peut avoir 
trois ou quatre milles de (Circuit ,& oij Ja. voit de douze 
Tome IlL , ' jj „ ■ 



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1721. 
Juin. 



Abondance 
ic la Peche 
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18a JOURNAL H I STORIQUE 

lieues. Eile a deux autres Ifles au Sud , dont la plus ^loign^e 
a cinq ou fix lieues de long ; I'autre eft tris-petite , & tout-i- 
fait ronde :, toutes deux lont bien boif^es , & les Terres y 
font bonnes , au lieu aue celle de MichillimaKinac n'eft qu'un 
Rocher tout - k - fait ft^rile , & k peine cpuvert d'un peu de 
mouffe & d'herbes. EUe eft cependanir un des lieux du Cana- 
da des plus cdebres , & elle a ^t^ lontems , felon quel^ues 
anciennes Traditions Sauvages , la principale demeure dune 
Nation , qui portoit le meme nom , oc dont on a compt^ , dit- 
on, jufqu'i trente Bourgades, r^pandues aux environj de 
rifle. On pretend que ce font les Iroquois , qui I'ont d^iruite, 
mais on ne dit pas en quel terns , ni k quelle occafion. Ce qui 
eft certain , c'eft qu'il n'en refte plus aucun v^ftige ; j'ai vu 
quelque part que nos anciens Miifionnaires en ont encore 
vu quelques reftes (d). 
. . . Les MichillimaKinacs ne vivoient gueres que de Plfihe , & 

til « Si. il n'y a peut - etre pas un fed endroit dans la Moi^de , o£i . 
elle foit plus abondante. Les Poiifonsles plus commtais dans |- 
les trois Lacs , & dans les Rivieres , qui s y d^chargefit , font ; 
le Hareng , la Carpe , le Poiffon dore , le Brochet , I'Eftur- 
geon , TAftikamegue , ou Poiffon blanc , & furtout la Truite. 
On y en peche de troi» fortes , parmi lefquelles il y en a d'u- 
ne groffeur monftrueufe , & en fi grande ouantit^ , qu'un t 
Sauvage avec fon Epee en darde quelqiietois jufqu'i cin- 
quante , en trois heures de tems ; mais le plus fameux de tous 
eft le Poiffon blanc : il eft i peu pris de la groffeur , & de la 
figure du Maquereau , ^ Teau & au fel , rien n'eft meilleur 
en fait de Poiffon. Les Sauvages racontent (pe ce fut Mi- 
chabou , qui apprit k leurs Ancetres a pecher , qu'il inventa 
les Rets , & que ce fut la toile d'Araignee , aui lui en donna 
I'idee. Ces Peuples , comme vous voyez , Madame , nefoiit 
plus pas d'honneur ^ leur Dieu , ou'il n'en m^rite , puifqu'ilsne 
craignent point de I'envoyer k ITEcole d'un vil Infeae. ; 

Tout ce qui paroit ici de Terres k la vue , ne donne pas 
I'idee d'un bon Pays ; mais il ne faut pas allet bien loin , pbur 
trouver des Terroirs propres k tout. 11 faut dire la meme cnofe 
des lies du Caftor ,qu'on laiffe k main gauche , peu de terns 
apr6s qu'on eft entr6 dans le Lac Michigan. Les Outaouais, 



Des Ifles du 
Callor , & de 
la Nation du 
Caftei. 



(«) Le nom de Micliiniioakinac (ignifie 
one gtaodc (]{aaiui(^ de Totcuifs : nais je 



n'ai pas oui diic qo'on y en uouve aujpai* 
d'hui plus qu'ailleuis. 



vt 






wims--' 



irUN VOYAGE DE L-AMERIO. Let XIX i», 

bonne coutume des Hurons aver i.f^.^i -i Pf ""* 
vicu dans ct, Qua«iers-c? LesTmiffI r ""' '""'?"« 

llfle JMi«jn,»^„ , au Nord du Uc Huron Xsl„'^ 
tant une <ks plus nobles du Canada fulvll I., c R""'" 
qui la croyenfdefcenduedu G^dt l^^^f'^'S^.' 




gme le Lac Nipiffing^ 
■"ans ^a grande Riviere 
Jes de ChauflTde , qu'il 
., l<^ deffein. On ajou- 
,'& quVl eft enterr^ fur 



C'eft lui ,' dit - on encore 
& tous les Kapides , qu'on i 
des.OutaoHais , qui en fort , ^ 
u |.yQ*f conftruites pour venir a 

ni cene forme 4 la MoS^gSe iDS??!^!"'? ',9''' ' ''°?- 
lieu de fa fipulture , & Sf ne palm ilZf '*°'^* P?"' '^ • 
fans Jni™£eleurs'ho.ma|e';f^^^^^ 

duC»ada. JereprendsleaM^riet^^^^^^ 
vaK^& apris avoir parltf^e qui concerneleStoetres" 
je viTs yous entretenir de iJWMiiages. . W^ * ' 
_iapluraliK des Femmes eft ^tablie'aansplufieurs Nations n, r 

toutes les^urs J «ec ufage eft fondi furce qu'on fe beXade ««"'""M.: 
quedes Ws'accommoderom nieux entfe e"les fqw 1; 
Etrangeres. Dans ce cas, Mutes les Femn,es font fu?kml 
me pied, niais parmi les vrais Algonouins il #«n , J«!i 
ordres, & cel& du fe.ond fo«?lS EfchvlTs aJre? 
Q uel^ues Nation, cm des Femmes dans tous les Outrtferoi 
ilsdoiventftjourner quelque terns pour la S^" &oK 
affuri gue cet abus s'eft in.rodui,%,uis quelle' trmfc 
m. les Peuples de la UngueHjttonne^ qui^e 12?u. S^^ 

.. N.nir 




tiS. 



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172 I. 

Jyin. 

- Pes (l^gret 
dc I'aicntrf. 



« 



284 JOURNIAL HISTORIQUE 

tment contentes d'unl feule Femme. IMais il regne dans le 
Canton IroqudisdeTfonnonthouan un bien plus grand d6- 
fordre encore, c'eft lit plurality des Mans. 

Pour cedui eft desidegr^s de Parent^ , par rapport au Ma- 
nage , les Hurons & les Iroquois y font fort fpfupuleux ; il 
faut chez eux n'etre |)oint du tout Parent pour s epouler ., 
I'adoption meme eft fcomprife dans cetteLoi. Mais le Man, 

fi fa Femrte meurt la Ipremiere , doit en eooufer la faur^ou 
k fon defiut , celle c^e la Famille de la I^efunte lui prefeii.. 
tera : la Feftime , de f6n cote , eft obligee k la meme chofe , k 
regard des Freres , ou des Parens de fon Man , fi elte le perd 
, ' fans en avoir eu d'enfans , & quelle fc)jt encore en age d en 
' °. avoir. Les raifons , qu'iW'en apportent , eft la meme , qui eft 
exprimee au Chapitre ly du Deuteronome ( a). Le Man , 
qui refuferoit d'epoufer la Soeur , ou la Parente de la Femme , 
3ont il eft veuf , s'expoferolt k tous les outrages , que lui vou- 
droit faire laPerfonne, qu'il auroit rejett^e , & il faudroit 
qu il les foufFrit en fitence. Quand , faute de Sujets, on permeti 
une Veuve de fe pourvoir ailleurs , on doit lui faire des pre- 
fens ; c'eft un temoienage , que I'on rend k &^onn^c/?"d""^> 
& quelle a droit df xiger , fi veritablement elle s eft bien com- 
port^e tout le terns qu a dure fon premier Manage. 

11 y a dans toutes les Nation* , certaines Families confide- 

Loix pani- rables , qui ne peuvent s'allier qu'entre elles , fur - tout parmi 

cuS^ur lii Algonquins. Commun^ment la ftabihte des Manages eft 

Us Mariages. f^cr^e daus ce Pays , & la pliipart regardent comme un vrai 

defordre ces conventions , que quelques - uns. font de relter 

etifemble autant de terns , qu'i|||en trouveront bieji , & de 

fe feparer , quand ils fe laffer^ifPlilf de I autre. Un Man , ^ui 

atandonneroit fa Femme fans unfujet legitime, deVroit^sat- 

t'lndre k bien des avanieSdie la pan de ceux , ^ qui elle appar- 

tient i & une Femme , qui quitteroit fon Man , fahs y etre 

forcee par fa mauvaife conduite , pafferoit encore plus mal 

fon terns. ^ , . , 1 * 1 r 

Chez les Miamis le Mari eft en droit de couper le nez k la 
Femme fugitive ; mais chez les Iroquois & les Hiarons on peut 
fe quitter dtf concert. Cela fe fait fans bruit, & les Parties 
ainfifedar^es peuvent prendre de nouveaux engagemens. Ces 
Sauva^s ne peuvent pas meme concevoir quil j^ifle y avw 



(«) Sf^tsbit Smtn tratrit M, »J. 5- 



f 









D'UNVOYAGE DE L'AMERIQ.JLet. XIX. ^S< 



''■%■% 



fur cela aucune difficult^ : « Nous He pouvions pas vivre en - 1721. 
bonne intelligence maFemme & moi „ difoit fun d'eux^ « Juin 
un Miffionnaire , qui tachoit de lui faire comprendre I'indV 
cence de cette fepaj-ation. « Men Voifin etoit dans le meme « 
cas , nous avons change de Femmes , & nous fommes tous h 
quatre contens :. quoi de plus raifbnnable , que de fe rendre * 
mutuellement heureux , quand il en coute S peu£k au'on « 
- ne fait tort k perfonne ». toutefois cet ufage , ainfflib ,e I'a « 
deia remarqu^ , eft regard^ comme un abus , & n'eJTpas an- 
cien, au moms dans la Nation Iroquoife. 

Ce qui trouble plus communemcnt la paix des Meinv^ ^ t t r 4 
Darmi fes Peuples 5u Canada , c'eft la jaloufi. , ^ui^t '^^ ^^- " 
des deux cotes. Les Iroquois fe vantent de ne tx n .' '■ e ' 
danscetravers; maisceux, qui les ont le plus praus,.' V 
furentquils font lalouxi I'exc^s. Quand une 1 enirur.^ . 1 
couvert que fon Man a une inclination , fa R.vaie doit b.cn 
fe temr fur fes gardes , dautant plus que I'lnfidcic Ei^oux ;ie 
peut^ini la defendre,ni prendre en aucune manierefo:i pa; ri. 
Un Homme , qui maltraitteroit fa Femiue pour ce fuiet fc- 
roit deshonnor^. ' * 

aS'^.c 0"^"^ - '^"!Jf ^^' P^'^"' ' ^"^ fe^traitent les Maria- 
,ges les Partftt intereff^es ny paroiffent point du tout, & s'a- 

bandonneetaveuglementaux volontesde ceUx, dont ilsd^- 

rendent dependans de leurs Parens , que dans la choCe meme , 
ou il leur feroit plus permis de n'en point dependre. On ne 
conclut pourtantrienfans leur confentement, mais ce neft 
qu une formality. Les premieres demarches doi vent etie faites 
par les Matrones ; mais il n'eft pas ordinaire qu'il fe falfe au- 
cune ayance ducot^ des Parens de laFille. Ce n'eft pas que ft 
Quelquune tardoit trop i etre recherch^e, fa FamiMe n'agit 
lous main poUr faire penfer k elle, mais on y apporte de grands 
mena^emens. En quelques endroits les Filles ne font pa! pref- 
fees de fe marier ,parce qu'il leur eft permis de faire , autant 
quelles veulent leffai du Mariage ,^& que la cer^onie des 
iNocesnecTiangeleurcondition,guepour la rendre plus dure. • 
Urdinairementon remargue beaucoup de pudeur dins la* 
mamere, dont les Jeunes-Gfensfecomportent, tandis qu'on 
traite de leur Mariage, & I'on dit que c'etoit encore'toute 
autre chofe dans ks premiers terns. Mais ce gui eft prefque 



'•il 



ne quelle m,> 
iiicrc "c f.,i- 
tciulesMaiia- 
gcs. 



1 



m 



■■Q,^ 



17 i !• 

Juin. 






DcsCcierao 
nics du Maiia 

ge. - 



'h 



28<$ JOURNAL HIS TOR I QUE 

incroyable , & qui eft neanmoins attefte par de bons Auteurs » 
c'eft q^en plufieurs endroits les nouveaux Epoux font enfem- 
femble une annee entiere, vivant dans une parfaite confi- 
nence : c'eft , dit-on , pour faire voir qu'ils fe font epoufes par 
amitie , & noil point pour fatifaire leur paffion. On mon- 
treroit meme au doit une jeune Femme , qui feroit enceinte 
la preni(§|l^ annee de fes noces. 

Apr6s cela on doit avoir moins de peine k croire ce qui' fe^ 
raconte 4e la maniere , dont les Jeunes Gens fe comportent / 
pendant la recherche dans les heux , oil il leur eft permis de 
fe voir en particulier. Car quoique I'ufage leur accorde de 
tr^s-grandes privautes , toutefois dans le plus preffant danger , ^ 
oil puiffe etre expofee la pudeur , ^ fous les voiles memes de .^' 
la nuit , on pretend qu'il ne fe paffe rien cdntre les regies de f 
la plus auftere bienfeance , & qu'il ne fe dit pas une parole , 
qui puiffe tant foit peu bleffer la modeftie. Vous trouver^z 
bon fans doute , Madame , que je n'entre pas ici dans le de- 
tail , oil font entres quelques Auteurs ; il vous feroit pferdi^e 
la chofe encore moins vraifemblable.- 

Jetrouve dans tout ce qu'on a ecrit des preliminaires & des 
■ ceremonies du Mariage de ces Peuoles bien des varietes ; foit 
qu'elles viennent des^ differentes Coutumes des Nations di- 
verfes , ou dupeu defoin , que les Auteurs des Relations ont 
eu de s'en inftruire exaaement : d'ailleurs tout m'y a paru fi 
peu digne de votre curiofit^ , que je n'aipas cru devoir my 
arreter beaucoup. C'eft au futur Epoux k taire les pr^fens , & 
eii cela , comme dans tout le refte , il ne fe peut rien ajouter 
aux manieres refpeaueufes & ^la difcretion , qu'il fait paroi- 
tre k regard de ta future Epoufe : dans quelques endroits le 
jeune Homme fe contente d'aller s'affeoir k cbt6 de la Fille 
dans fa Cabanne , & fi elle le foufre , 8c refte k fa place , on 
le pr^nd pour fon confentement , & le Mariage eft fait. Mais a 
travers ces deferences & ces refpeas il ne laiffe pas de faire 
fentir qu'il fera bientot le Maitre. 

En effet parmi les prefens , qu'ielle revolt , il y en a , qui 
doivent moins hre reg^rd^s comme des t^moignages d'amitie , 
que comme des fy mboles &des avertiffemens de I'efclavage , 
oil elle vaetre reduite; tels fontle Collier (tf ) , la Chaudiere 






Ce Collier eft cclui , dont j*ai patU I bande de Cuir , qui fett sk poittt 
, c"cft-»-dire , une longuc 8c large I ieaax. 



les Faflh 



.D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XIX. .87 
& une Buche, qui fe portent dans fa Cal^anne.. C eft pour lui 
faire entendre que ce fera 4 elle i porter les fardeaux ^Tfa re 
la cuifine , & k fournir la provifion de bois. ' 

La coutume eft meme en quelques endroits quelle porte 
davance dans laCabanne, oi, elle doit demeu?er aprlf s 
Noces , tout le bois , dont on aura befoin pour I'Hy ver fui- 
vant. Et il eft k remarquer qi^n tbut ce que Je ^ensydi e 
il n y a aucune. difference entre les Nations , oii les Femmes 
ont toute I'autorit^, & celles^, oil dies n'entrent pour Ten 
dans le gouvernement : ces memes Femnm , qui font en ouel- 
que fa^on les Maitreffes de I'Efat , du moins Lur "a forl^e 
^ qui en font le Corps principal , quand elles^ftnt parveTi^] 
4 ua certaia age , & qu'elles ont des^^fans eiiitat Se les fa"re 

lettV- "T *^^,^f "Wie<^o«fid6ration, & font dans 
ie domefti^e les Efclaves'Seleurs Maris. 

En p^neral il n eft peut-etre point de Peuples au Monde 
qui meWent plus le £exe. Tiolter un Sauv^ge 5e Femme ' 

oart enn^nr 'f^ 1^"^°'^ H^" ^'^^^^ ' ^^' Enfans n'ap- 
llrlT 5"^ ^^^^'^ ' ^ "^ reconnoiffent qu'elle. lie 
Pere eft toujours comme Etranger par rapport 4^euV tel! 
lement neanmoins , que , s'il n'eS pas regard comme Pere 
iI eft toujours refpea^ comme le Maitre dl la CaS jZe 
f?ai au refte f, tout cela eft univerfelparmi tous les P^^S 
que nous connoiffons en Canada , non pfus que ce auVrai f«' 
core trouve dans de bons M^moiJ^s /qSf^le^je^^^^^^^^ 

rice de la Cabanne , font encore obligees dTfournir i tous 

les befoms de leurs propres Parens , ce qui Joit apparem,^nt 

entendre de ceux , a qui il ne refte felus perfonS^ pour^uj 

endre ces ferv.ces , & aui ne font pYus ^ ^tat ,4 raXn de 

leur age , ou de leurs in^rmir^s , de s'aideT eux-memes 

^^uoiqujl en foit, le nouveau Mari^ ne laiffqipas d'avoir 
aurfTfes charges : outre la Chaffe & la Peche , &mZ 
tion dure autant qw fa vie, il doit d'abord faire uneS 
pour faFemme lui batir une Cabanne, ou rW^celTe 

Srtteellet'"'^""'^^^^"^^!^^^^^^ 

ruir D ^^Vf^ere , faire porter chez eux le produit de fa 

Chaffe. Parmi les roquois la ^emme ne fort jamais de fa Ca! 
banne, parce qu'eile eft cenf^e en etre la Maitreffe , ou cUi 







r V,".^- 






. ■ ' 


1721. 


Juin. 




. 1 ■ 



des Mercs lui 
lesPcret. 




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-iA«,., , .. .! •. 



I, V. * .^ ♦■- 



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X- 



^^-•^ 188 J O U R N A L H I S T O R I <i U/E 

1721. moins I'H^rioere. Dans d'autres Nations die ya ai/ bout d'ui! , 

Juin. ou deux ans de Manage loger avec fa Belle-Mere, r . 

DC* Accoui Les Femmes Sauvages pour 1 ordinaire , accoucHent fans 

chemens,&dc gj^e , & fans aucun fecdurs. II s en trouve pourtant quelque- 

kursfuitcs. ^^.^ . ^^^^ lontems en travail , & foufrent beaucoup. 

Ouand cela arrive , on avertitla Jeuneffe , qui tout d uncoup , 

& lorfque la Malade y penfe le moins , vient faire de grands 

cris k la Porte de fa Obanne , & la furpnfe lui caufe un far- 

' , fiffement , qui lui procure fur le champ fa delivrance. Ce n eft 

jamais dans leurs propires G^bannes, que les Femmes font 

leurs Couches ;' plufieurs font furprifes , & accouchent en 

travaillant , oi| en'voyage : aux autres , djs qu elles fe fentent 

pres deleurteVme, on areffe une petite Huttehors du Villa- 

ce , & elles y reftent quarante jours apr^s qu elles font accou- 

ch Jes- Je croispourtant avoir oui dire que cela ne fe pratique , 

que pour les premieres Couches. , , , _, ^ 

Ce terme expir^ , on ^teint tous les Feux de la Cabanne , 
oU elles dojvent retourner ; on en fecoue toutes les hardes , 
& a leur rentree on allume un nouveau feu. On oblerve a 
peu pr^s les memes formalites i IWd de toutes ks Perfonnes 
Su Sexe>dans le terns de leurs Ordinaires ; & non-feulement 
tint qOe durent ces incommoditis , mais encore pendant qu u- 
•*V.^ /I _-^^:-.« ^., ««..r..;rp . &• e les nourrlffent pour 



n';-u ci( lours 
i.i.t.ir,:. 






'if' 



Rien ne fero t plus louable que cette comumc , « i uxx ^ * »« 
tre fe gardoient alors la fidelity , qu ilsTe doivent ; mais fou- 
vent on y manque de part & d'autre. Telle eft la corruption 
du Cceur de r&omme\ que les plus fages Reglemens font 
fouvent roccafion des plus grands defordres. On pretend me- 
me que I'ufage de quelques Simples , qui ont U vertu d empe- 
che?dans les Femmes ?es fuit^s de leur infiddit^ , eft affez fa- 

milier dans ce Pays. . . u. tu-,..^ 

II ne fe pent rien imagiaer au de-14 du foin , que les Meres 
prennent de leurs Enfans , tandis qu ikfont au Berceau ; mais 
Su moment qu'elles les ont fevr^s , elle^ les abandonnent ab- 
folumenti eux-memes ; non par duret^ , ou pjj: indifference , 
car elles ne perdent quavec la vie la tendreffe , cju elles ont 
pour eux ; rn^is parce qu'elles font perfuadees , qu il faut lail- 
Lr faire la Nature , & ne la gener en rien. L'aae , qm termme 
la premiere enfance , eft I'impofition du nom , qui eft pour 
ces Peuples une affaire importante, . ■•-* 



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- jr-r-'^T— ' -— — ^" -"T-"» *v» genouxaeion oc nmpo 
rere , ou de la Mere , qui ne ceflent point de le recommander ^^'^^^ «»o» 
aux E^rits , fur-tout k celui , qui doit dtre fon G^nie tut^laire 
vcar clfasun a le fien , mais il ne Ta point en naiffant. On ne 
cr^jamaisdenouveauxnoms, chaque Famille enconferve 
un certain nombre , qui reviennent tour k tour. Quelquefois 
. meme on en change avec 1 age , & il y en a , qui ne peuvent 
itre port^s .aMeli d^ cerfam age , mais jene crois pasque ' 
cela fe pratique par-tout ; & comme parmi quelques Peuales 
en prenant Uh nom , on fe met k la place de celui , qui Fa^ 
port^ le dernier, il arrive quelquefois qu'un Enfant (e voit 
Vaiter de Grand-Pere par celui , qui pourroit etre le fien. 

OnnappelJeiamaijunHonimeparfonnompr.opre,quand obfcrv«ioP. 
on lui parle dans le difcours familier,ce feroit une impoli- funics noms. 
teffe ; on lui dohne toujours la quality , qu'il a k I'&ard 
de celm .quilui parle ; mais quand il n'y a entre les deiii ni 
parents , ni affinity , on fe traite de Freres , d*Oncles , de Ne- 
yeux , ou de Coufins , fuivant I'ige de I'un & de I'autre , ou ^ 

felon I'eftime , q^'Qn fait de la Perfonne , i qui on adreife la 

Au refte^ce rfeft pas tantpour rendre les noms immortels , 
fa J trie ainfa m exprimer , qu'on les releve , que pour engager 
ceux ,1 qui on les donne ,'ou ^ imiter les belles aaions de 
*^®"5 \J\^^ ^®* ont port^s , ou 4 les venger , s'ils ont 6t6 tu6s , 
ou brUles , ou enfin k foulager leurs Families. Ainfi une Fem- 
me , qui a perdu fon Mari , qfi fon Fils , & ne fe trouve phm: 
appuyee de perfonne , differe le moins qu'elle peut k ^S 
P^'A'"^'" ^^ ©elu^^, qij^ pleure , Sir quelqti'un , qT 
puifleTui en tenir lieu.Enfimon change encore de nom en 
plufieurs autres occafions , qu'il fercftt trop long^de detailler • 
il fuffit pour cela d un fonge , ou d'unM^onnapcc du M^de- **' 

cin , ou de quelque raifon auffi friv^, Mais en vcilLaffez 
fur cette mJitiere, & Voici un Voyageur, qyi VienlBlde- 
mander , fi je neyeux point le charger de qudque commiffion 
pour Quebec, Je vais done fermer ma tettre pour la lui 
donnen .. . > 

; Jefuis, &c. 



f : 



Tome III. 




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'lS^0. 



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190 JofiaNAl? HISTORIQ 



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ViNXifeifE t# 

Voyage h k Baye. DefijMon it mW^ » ^ * ^ %X*- 
Irruption des E/paai^&ers Us Wgoxem^ ,> &J^^ ^ >t 



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,^ , ,. Lettre icrlie , f ai fait i% voyage* 

(^M^^eAs ce Pofte tfenviron quatre-vi^ Ueues, Je 
,„^..^pdur?|ela de roccafion de M* de MoNxi^i , Capi- 
taiii^une Gooibagiiie de& Troupes , ' que le Roy intretient 
ea Cai||da , Cheviier de Saint Louys , & dont Iknom eftr 
■ c^l^br3|ans lesFaftis de laCoIonie , mais pour le mekis aoffi. 
^ ' . e Sinabfe pour fo probitd , & foti cara6tere pleift de droiture 
^'^e franchife , que pourfa valeur & fes exploits de ^Merre. 
• fieia^ll Nous nous enibaroMftiAe^ le deux de Juillet apr^midi,, 
dis No^uets. ^j^ous cdtoyimes pendant trente lieues'uoe Cangpe de terrfe , 
qui fiipare le Lac Michigan da I^c Supirieur ; elle n'a en 
bien deseijdroitsque quelque^ ^ieues de lai^e , & il n'eft guij 
( res poffible de voir un plus mauvais Fays ; majs il eft terinine 
par une joUe Riviere , nOfliin^6 laManiJlie ,.fort poiflbnneufe , 
, &;qui abonde fur-tout en Efttirgeon*. Un pcujplus lohii en 
x^'^^tirant auSud^Oueft, onentre<wns un grand Golphe, dont 
: ' I'entree eft bord^e^lfles, on le nomme ie Golphe, Ou la 
& ' Bitye des Noquett, Ceft une trcs-petite Nation , venue des 
!!^ Bords du Lac Sup^rieur , & dont il ne refte plus <jiue qudqueS^ 
^ Families difperf(ks 9^ & li , fans avoir de demcuM^je* 
iaes<fcsP<H». La Bayedes Noquetsrfeft f^r^e de la GrandlJ|M , aue 

trifeS'- 
) ii*eft m 
Tun aflez: 
tusiallut 



Mouaumi}. 



par les ^fe* des Pouuouatamis /& j'ai d^ta remarj 
U Tancienne def«g|ke de ces Sauvages. La^ " ' 
bien boif^s ; n|«|feule , (^ui foit emcdr 
la plus grande , TTEiineilleure , il n'y refte 
petit Vullage , oil, mal^r^ que nous en euffi* 



. ■ \ .% 







D^N[VOYAGE|DE L'#IERIQ. Let. XX. i^t 

jpaffer la nuit : nous ne pumes famais le refufer aux inftances 

, ait toujours it6 pUis finc^femem attach^e aux Francois. 

. * U / • "^"^^ fiitnes arr^t^s prefque tout le jour par W 

-|vems contraires, maislefbir, le CalnJ^ ^tam reim.; m^ 

r# nous embarijuames un peu apr^slecoucher duSoleil par un 

tr6s-beai*clairdeLune,&nousmarchimesvint-quatreheu- 

I Meffe, &pourdiner4USoleU^toit?,ardem, a^l'Eaudela ) 
• Baye fi chaiide , que la Gomme de notre Canot fe fondit en/ 
plufieurs endroits. Pour comble de difgrace, I'endroit, q4 
nous nous arr^t^mes pour cam]fier fe trouva teUement iftfea^ 

tl^J?uF^T ^''^.^:,^ ^""J*^'^ ^^), qu'il ne nous fut 
-MS ppffibfede fermer I'oeiU quoiquenous n^euffion'&pas dormi 
id^uis deux jours ; & commele terns ^toitbeau , & 6ue la 
Loiie nous ^lairoit, nous nous remimcs en roufe d^s les 
tf6is heures du matin. . ^ 

Apr6s avoir feit cin^ ou fix lieues , nous nous tfouvimes 

f>l!l .T'/^nP""^!^^' ^"' "\%>« ^^^ dela Cote 
Occidentale de la Baye , & oui nous^SThoit I'entr^e d'une 
We , fur laqueUe eft le Viilagades MalAomines , qu^ nos 
L^°"''"l'Pt''"^^^^^'<^''^'^^'Waremmentpar?equ'ils 

?o" Va '^i^^^^'^rf,"*'**^"*''^ ^^ ^« ^4ume. Toute laNation, 
confifte dans ce Village , qui n'eft pas mSme fort nombreux.* 
L elt dopniage , car ce^font de tr^-beauX Honunes , & des 
mieuxfaits du Ganida. ffisfontlname plus grands que les Pou- 
teouatamis. On m'a affur^qu'ils avoient la m^e 3rigine,& i 

peupr6slamemdangue,qiMJ^Noquets&lesSauIteSrs.Mai$ 
on ajoiite qu ils ont encorUn Langage particnlier , qu'ils ne 
communiouent i perfonne. On ih'a fait auffi fur leur comote 
certains rkits^ coitin«^ d'un Serpent , le^el va tous les ins 
^ dans lein- Villagei^v^^r|p^ d^^ c^r^monies , 
V qui me font 9#P^ <r^ISgn?&^e fortileges. ' 
D "" pejMtr-Sfeflbus de 1'% , Ibift je ^iens de plrler , le De 
Pays cl,a«| t^.4-cquo de 6ce , & W fauvaV, Jh &^ 
eft jufqoeSHi , il devientle plus chariivm^u Moddefll alnfi- ^'"'^' 
me quelque chofe deolufcriant.^M I« nL-^;* u^-^Il _ _' 



"y? -^^"^ ^^^^ d^pli^riant ,tjw U Dferoit j^ mais quoi« 
^^ foit par-tout couveTi de tr^-beaui ArbresU eft Jeau- 



•■\ 



Juin/ 



; 



V 



Oes Mallio- 
inine$,ouFoI- 
les Avoines. 







TT4 



•■\\- 



V} 




Du Fort , & 
de la Mifllon \ 
tie la Bayc 



Sts Sakis> 



,., T O U R N A L # I S T O R I Q U ^ 

cSuo olulfablonneux & liioSns fertile. Les Oic%r«Mu'?«^ 
3ecommun^mentlesP«a«,, demeuro.ent, autrefois fur 
KrS la Baye , dans une tr6s-charmante fixation ; .Is y 
Sent «taqu6s par les Illinois . qui en tuerent ^n trfes-grana 
nSe^lS^autVes fe r^fugierent dans la Im^e des Outa- 

rrii fi^^Sas li que vivant de Poiflbns .doift le Lac leur 

inm nue ?es autres Sauvages leur avoient donn^ ayant nous , 
Sr a Ji^eft comSu^^^^ Baye , dont iU ne (^ fontjama.s 
t^^h^^^T^W^ te^s ai^rfis qu'ils durent qu.tt^ 
Lur SiSofte . ib voulurent avoir leur revWhe de I e- 
;w nu^Us avoient recu des Illinois, mars cette Entrepnfe 
kur ca2fa iVn^^^^^^^ ' dont ils ne (e fint point re- 

levL sS cent de leurs meiUeurs Hommes s^^tjient embar- 
auts pour aUer chercher I'Ennemi; ma.s comnte ils traver- 
?rentTLc Wigan , ils furent furpris d'un |.meux coup 

Kis d"coralmTefp J! quand il 4' appm Uur 
aliei P"' r^ „plu$ doci es que les Sakjs , auprts def- 

quels utravauicv^ ^ , ,^ Pre*iiers , Joni le 
paroiffentde tgsJ»m«J» . ^ ^^ Lek»' Lang^ «« 
lrtTfel«n».tt:au.rSs,cequime^^^^^^ 
;J,ieMiaMUne de celles du Canada. Auffioi.t-iU toujours 
eu St Serce a,ec les Peuples Occdemaux . quavec 
«.Sc,auenou.connc»ffc«se„cePa^^^^ 



V2 i^s, quoiqu'enpeot nortibre, font ( 



divif^s en deux 
iriiis , & I'autre 



l^lT^^lS.c^M^'-i^^^^^^^'^^^'^'^^ 








1721. 

Juillet. 



D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XX. 293 

pour la pluparc de ce dernier parti , & par confequem dans 
nos int^rets. lis re9urent le nouveau CQmmandant avec de 
crarides demonftrations de joye: des qulls le r9ui:enc pr^s 
d'arriver , ils fe rangerent en armes fur le Rivage , & au mo- 
ment qu'ils le virent paroitre , ils le faluerent (Tune decharge 
de leurs Fufils , qu'ils accompagnereht de grands cris d'alle- 
greffe. Enfuite quatre des Pnncipaux -entrerent dani la Ri- 
viere, oil ils en ^urent bientot jufqu'a la ceinture, aborde- 
rent fonCanoc, &:le re9urem dans une grande Robef com-' 
pofte de pluHeursPeaux de Chevreuils bien coufues enfem- 
ble , doiit ils tenoient chacun un bout. Ils le porterent aind 
jufqu'i^ fonLogis, oil ijs le complimenterent , & lui dirent 
des chofes eiktr^mement flatteufes. 1 

Le lendeijnain , les Chefs des deux Nations me ^dirent 
vifite , & un; Otchaera me prefenta un Piilolet Catalan , une 
paire de Souliers Efpagnols , & je ne f9ayaielle Drogue , qui 
meparutundiefpeced'Onguent. II avoit W5U toutcelad'un 
jiioue:f , & vbici a quelle occafion ces chofes ^toient tom- 
bees entre le^ mains de celui-ci. '^^ 

II y a environ deux ans , que des Efpagnols , venus , dit-on, i:.paRnQ., 
du Nouveau |M6xique , k deflein de pwetrer jofqu'aux itll- *^^^^"* p*' '•=* 
f nois , & d'en thaffer les Francois , qu'ils voyoient avec une JJS' ''" 
I extreme jaloiifies'approcher fi fort du Miffouri, defcendi- 
\rent ^e FleuVe , & attaquerent deux Villages d'03otatas , 
Feuples Allies des Aiouez i dont on pretend meme qu'ils tirenc 
li^ur origine^ Comme ces Sauvages n'avoient point d'Armes k 
f^u , & qu'ils furent furpris , les Efpagnols ien eurent bon 
m^rche , & en firent un grand carnage. Un troifi^me Villa- 
ge de la me^e Nation , & qui n'etoit pas diloigne des deux au- 
tf es , ^verp de ce qui fe paflbit , & ne doutant point que ces 
Conqueraris ne v^||ent k eux , leur drefla une Embufqade , 
' oil les EfpagndTs c»nnerent etOurdiment. D'autres difent , que 
les Sauvages ayant f9\i , que les Ennemis s'etoient prefque 
tous enyvjr^s , & dormoient profondement , tomberent fur 
eux^^nd^nt la nuit ; & ce qui eft certain , C'eft qu'i\s les 
egorgeret^t pre^^tous. 

11 y avoit d»d^P Parti deux Aumoniers , dont Tun flit tu^ 
d'abord , & I'ytuftje fe fauva chez les Mijburites , qui le retin-r 
lint Prifonnier , mais il leur echappa fort adroitement. II 
avoit un tr^s-beau Cheval , & les ^iflburites prenoient plai- 



Efpagnoli 





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194 jounNAMyi^'''^^^^"^ 

' fir k lui voir faire l^flMHH^'^ ^"'^ foft habile ; il profi- 

' ^ * * / ta de leur curiojif|^|^^^wer <le leur^ mains. XJn jour 
Juilleq ^'ii caracok>itJ^lwpr6renc« , il 3'^ldigna infenfiblement, 
puis piquant d^^leux tout a coup , ii difpartitl>ient6t. Com- 
mc on iJayoit point fait d'autre Prifonnier , on n'a point f^ii 
au iufte , m de quel endroit du Nouveau Mexique ^toient 
partis ces Efpagnols , ni quel ^to^MgMI^ ; car ce gue je 
vous e»ii dit d'abord / n'^toit'JSJaTiielRir dh htiiits de 
Sauvages?, qui^t-6tre ont voulu i»pus ftire leur cour , en 
publi&|ue par cette defaite ils nous avoient rendu un grand 




/ 



lie Sauvage q* vouyyamais'fe difaire de fOnguent., s*it|nt 
mis dansTa tlte , qSTc'iStr/tim^eaicde fouveram contrp tou- 
tes fortes de itaaux! Je fus curieu^ 4e fjavoit cwnment il pr^- 
tendoit s'en fervir , & il me r^pondit , qu'ilfuffifoit d en W 
ler un peu , & que de quelque Maladie qu'pn tut attaque , on 
Mt jm6ri % le champ ; il ne m'aftura ppurtant pas qu'il 
en cut encore ^ I'experience , & je lui confeillai de ne la 
point faire. On commence ici k trouver les Sauvagcsbien 
groffiers ; il s'en faut beaucouft qu'ils foient auffi fpirituels , o*. 
du moins qu'ils ayent Tefpnit^ffi ouvert <roe ceux^ qui ont^ 
plus de commerce avec nous. ' .; ■ 

confcii des *^ Le iour fuivaii^ $#s vinr^c en aflfee grand nombre 
sakis.* iqud ^j^g^ j^ Miffionn3P, avfc qui jc lo£cpis „8p me firent^ier 
d^ me t^ouveri ilhe efpece de Co^il , qu'ils youkjient te- 
nif . Jy confentis^, J^and touU^moniJi mpris fa place , 
#Chef mit un Comifk terre de^ nioi ,8^ Orawur pre, 
nant la parole , m^ pria iu now tc toi^«ftga§w lell^ 
'Ales prendre fous fa proteaion , i^gpiffiier lair, qui a»ftis 
Quelque tems , difoiem-ils , ^jgkcorrompM i ce qui paroiffoit 
^ • • t - J- **-«^^^wiis avoient dans leurs 

,>^e Imts EnnembT 
^gta* jeieur r^pondis , que le ¥iky ^toit bien|>uiffant , & jpeut- 
1*^etre plus qtfils ne croyoient , mais que fon pouvoir rie s ^ten- 
doit pas lui les Elemens ; & que quand les Maladies , ou 

(«) Ccs Sauyages pmoonccnt tonjoun Ic nom de &ei cnFiaofois. 



fujtt. 



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■ »9: 



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DXJN VOYAGt DE fAMEllIQ. Let. XX. 195 
d'autres acddens fcmblables defoloient Te^ Provinces , il s'a^ 
dreffoit , pmir les faire ceffer , au grand Efprit , qui a cri^^ le' 



17*1^. 



Ciel & la Terre ,^§ qui feul eft le Maitre Souverain de la Juillcu 

Nature : qu lis en fiffent de mdme , & qu'ils s'en trouveroient 

bien ; mais aue pour m^riter d'en dtre exauc^ , il falloit com- 

mencer par le reconnoitre , & lui rendre ie Cjuilie & les 

h^mmaaet, qu'il a droit d'attendre de toutes tes CSraatures 

ijuonnables : qu'ils ne pouvoient rien fairef de mieux , ni de 

Bjffs Wable auRoy,que d'^couter le Pere (a ), que fa 

:«^Jlajeft6 leur avoit envoy^ , & de fe rendredociles k fes inf- 

fniftions ; que c'^toit unf Homm^ ch^ri du Ciel ;. que la ma- 

nier^ , dont il vivoit parmi eux , ne pouvoit manquer de leur ' **' 

avoir fait concevoir une^grande eftime pour lui ; & que fa 

chMit6 envers leS, Malades , & tous ceiix , qui oiit eu befoin 

de%nfecours , devoit l^s ivoir convaincusde la tendreSc 

linc^aoMti^, qu*il kur portoit : enfin que je ne recevrois- 

point leur Collier, qu'auparavant ils ne m'euflent promis de 

fecomporter 4 regard de ce Miffionnaire tout autrement- 

^Is n avoient felt par le palK ,& de lui 6ter d^formais tout 
Kt r(e leplamdre^e leur indocilit^. 

- i 1 W"*"' ^ ** Foteftion du Roy ^ que vdus demandez , & *» 
AinSL^ * ^ ^°J?* "* ^"" ^® Tengager 4 prendre votre #f 
r fSHE?'*"® X°* Ennemis ; ce grand Prince a pr^venu vos <r 
fouMRTI^l^oon^ fur celade bons OrdteskOnontAioi/,), ^ 
3*nP J '•»*■"»*'"« ^ les executer avec un z^le & une a 
affeftion de ^e (J c ), C'eft de quoi vous ne f<jauriez doujer, * 
^Pa* - '®^ attention au Commandant , qt|'il vous envoye. « 
*' "*^'M* P?^*'!^ que vous ignoriez , & vous me paroiffez h 

en effet I^^" inlrrnifc nttm rkooMn: lo« /^.^:.-: I? f..- -I 

en a peu' 

encore p , ^ _^^_. ^^^.^.^ „,^ ^ 

lesconteijt^r, &ilsinepromirent beaucbup plus , <ni*api 
remment ils me tiendront. Cependant je pri* leur Collier , oc 
le Miffionnaire fe flatta que cette aftion produiroit un bon 
enet* .^^ ^^HL 

L*apr^micu^«i|me joyr ,W«eux Nations nousdonne- 

(«) U Pee Fi B » fc* C » A * » o « , I dc Montmagny , qui a M le fecond Goo- 
1 x*V^. A I Terneut do Canada. 

(») Celt le nom.qaelesSauv^^doQ- | {c) lU appellent toujoun les Gouyet. 
Mnt aa GoaTcrn^ai G^n^ram veuc dire, neun & lei Commaiulaot Icon Peicfc 



.Jt-- 



les Sauva-- 
:e$ de la B.-iye 
lanfent Ic Ga- 
lumcti 



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r-Hfi /e"i'; 



17*1. 



„/. joornXl historique 

rent Tune aprts Fautre , le diveitiffement de la Danfe d« Ca- 
' 7 -. Set dans une grande Efplanade , fur laquelW doanc* hj 
JuiUet. S di Commlndant. U y eut quelque difference dansia 
mamere , dont Ics uns &les autres executerem c6tte f)anfe , 
marelle no fut piis confid6rable. -Ette me fit Ceulement con- 
Sre que c^s fQ varient beaucoup ;, ainft i n'eft pas poC 
Sd^n dc^ner une Defcription qui convienn^ toutes^ 
Les Othaeras diverfifieut un peu davantage leur J6u , & 
Lent parofJre une agiUt^ extraordinaire i aulfi font-iU nueux 



faits , & plus leftes que les SaK«. 



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dcccttcDanfc, --,^!Jie„ „ font k&euk , & Ton diroit qu elle n a it&mi- 
^"rSrCdonner occafion de publier^k^^^ 
foit dTmei?Je nefuis pas rAuteur de ceite opinion , 1^^^^^ 
ni^adre oas bien avecle fentimfnt de c«ix , qui ont foutemi 
^e S^J^ok fon origin^Tdu Caduc^ ^ 
Sedansfon JniUtutionilfot regard^ commeun^^^^^ 
Jaix! Tous ceiix , que j<j vis danfer , chanter , & |OuW du 
Tambour &'du^^«hik6u^, itpient de Jeunes 6ens ^qu.- 
njr^mequand lis fepr^pa^nti marcher en G^erre^; ils 
?wTS le vifage |e toutfs fortes de couleursi leurs 
- ^SSlorniesdAlum^s.«rik 

^Se tfEv^ntails : le Calum« en^toit aj^p|^^Jav^^ 
Slac^ dans le lieu le plus apparent ; iOi^cheJtre ^ *«**'^*|. 
? : fm^nt tout-au-tour , !«} SpeaateiiW tipandus 5^ & li 

V J^id*un^ loin unaflei beaucoup doeil, _ ^ , ^ 

\l fin^e chaque Danfe , uiiWtterrier v^Qit donner un coup 

^IttSriievUefignalilfe 

1 ceTK^^c^M^t i haute voix qu^Jqu^-unes de fes 

«mu^^vfen recevoH^utte ks ap^^^^^ .m 

Seux bonne* heu^aPlr chacunedes d«ii^Na«on^^^ 




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'^^'/Jhk/h *l.A-', ' ^.i^A^LiiMi£k 



,V't./. 



bVNji^OYAGE DEL'AMERIQ; Jt. XX. 197 

moiejic nen , & n'avoient rien de divfirtiflarir. 

I^FIfe fe faifoit en l"honiieur du nouveau Cbmniandan^ 
tout^^is on ne lui fit aucun des honmurs . doMp^Zm^lu 
ipmmimm.Ome vimim k prendre , poul le mettre fur 
HrieNatte ueuve , on ne Ini fit poim de pkdL au mo nl 

je^nelui vis point pr^fene^r. le Calumet j & ii„y eut point 
dltommes abfolumentnudn wintspartoutW corps, Ss 

de Plumes & deP6j0laines , 4 tenant un CalLetTla S^^ 
Peut-^tre que ce nU point Tufage de ces Pelples, ou Te 
M. de Montigny les avoit exempt^ decec^r^monial.Je re- 
marauai f0uleraciit que de terns en tems toute ^Affiftance iet- 
toit de mnds cr^ ppii^ appiaudir aux Danfeu^s , prtncipale- 
ment cfirant l^arife db &tchagras , qui , aufju^menf d^ 
Francois , eur^nt tout Wionneur de cette jourj Jef 
, /\a«TOlSapi)iiu«iiiBieiiteuplusde plaifiravdir la 



« 




17X1. 




Juillet. 





, /^ auTOiS appafcmment euplus de plaifir a vdir la Danfe de ru r . , 
^/?^.m£ EIleapIus4£Kon:& on ^x^i^^ oiS^^'* 
coup mieut , mie dm a pr^c^dente , la choft , Welle eft 
k fujet & kfeuje. Cerf une repr^emaiioifau nature! de 
toutcequ»fe%tdansuneExpWitiondeGue}re, & comme 

) ai d^,5l ol^fervique les Sauvages n^ cherchen ordinairemem 
qui fui^ndrejeurs Ennemis , c'eft fans doutj pour cettS 

Ton. quilsomitonndicetexercicelenomdei^ * 

Quoimi il en foit , un Homme y danfe tojjours feul , & 

d abord n $ avance lent6ment au milieu de la Slace , oii il del 

meure Wue^mie^tems immobile , apris quoi i|repr4nte tout 

de fuite k depart des Qimtkrs , la mar^he , L wmpemem^ 

dva4hd^couwrte4iIfaitlesapproches;U2*a«^^^ - . 

pourreprendreha!eme,paistout4.coupilenJreenfureur & 
on diroit qu il veiit tuer tout le mondc ; revenj decet acc^s' il 
Va prendi^e^quelquHm de /Membl^e . comJie s'il le faifoit 
PnA>nmer de^ti^rre ; jNait (emblant de c|ker la t^te k un 
autre ; d co^ihe utt troifi^me e^^^^ ; enfin il fe met i courjr 
aet.otitefa^ce.tIVarr^te«^^ ^, ^^ 

la retraite , ^^r^^l^mm^ plus trinquille. Aldr^ 1 . 
wpnme^ar divem:r^s^eyl^PJ& fituaticis; oe^ 

" v^ Con efpnt pend^t fa deriri^CstmpagnX & finit par le ' 
r^Cit de toutwl^s belles aaions , qu^il a faiteJi la Guerre ^ 

' , Q«a«* la l^*nfe^u Calumet a pour objet, comme cVft D«Tra!rfs, 
lor^n^a^yuM^ 






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1, 7 2 I . 

' Juillet. 

Danfe du Ca- 
lumet, 



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Averts D4n- 



fes. 



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Danfe ia 
Baaf. 



19^ JO^URKAt HISTORIQUE 

ce cdntre un Ennemi commun , On grave un SerpeniE fur J? 
manche ou tuyau de la Pipe , & Ton met ilcot^ une planche , 
ou font reprelent^^ deuxHommes des deux Nationsi^confid^- 
rees , ayant fous les pieds TErinemi , d^fiefte par la masque 
de fa Nation. Quelquefois k la place du Calumet , on met uri 
Caffe-tete. Mais s'il ne s'agit que d'une fimple alliance , on 
reprefente deux Hommes le tenant d'une main , portant 4e 
I'autre un Calumet de paixj, & ayant chacun k (es c6t^ la 
marque de fa Nation. Dans tous ces Trait^SjOn fe donne mu- 
tuellement des gages , comme des Collierl de Porcelaine , 
des <jalumets,.desEfclaves: quelaucfois desPeaux de Cerfs , 
& d'Elans bien paff<6e$,orn©es de togurcs faites avec du Poil de 
Porc-Epy , & alors c^fl fur ces Peaux , que fontreg-^fentees 
les choies , que j'ai diles , foit avec le Poil du Porc-Epy , foit 
avec de (imples couleurisl ' Y 

Ily ad*autresDanfes plus fimplfes, oii I'on ri'a eu en vue 
que de donner aux Guerri'ers les occaiions de racdnter leurs 
belles aaions. C'eft toujoun; pe que les Sauvages font le plus 
volontiers , & ih ne s'en laffent jamais. Celui , qui donn© la \^ 
Fete , y fait inviter tput le Village au.fon du Tambour , & » 
c'eft dans fa Cabanne , qu'on s'aflembk , fi elle peut contenir 
tous les Convi^ Les Gucrriers y danfent fucceffiyement , 
puis frappent fur un Poteau ; oritait filence, ils difent tout 
ce qu'ils veulent , & s'arr^tent de tgmjs en tenis pour ref evoir 
les felicitations des Auditeurs, qui ne lei epargnent point. 
Mais fi dn s'apper^oit queauelqȣ^n fe ysmtck faux, il ift 
permis k quiconque de prendfre de fa terre Apu des cepdi:^S , 
de lui eivfrotter la t^e , ou de iui faire que^u'autre ayatiie , 
qu'iL voui-ar. Ordinairement on lui noircit le vifage , en lui 
difant : >'Ce que j'en fais , c'eft pour'cacher tahonte , car 
la preniiere fois que tu verras I'Ennemi * tu piliras. » C'eft . 
aiiffique tous IcsPeuples font pi^ad^s^que c*6ft lepropra^t 
des Poltrons, que de fe vanter. Celui, qui a ainfi puni ce 
Fanfaron , prehd fa place , & s'il tombe dans la mfiijie feute , 
I'autre ne manque pas de lui rendre la par^ille. Le^ pli^s grapds 
Chefs n'ortt fur cela aucun privilege, & ilnefaut point fe 
facher.Cettet)dnf(q;fe fait tou jours pendant la nuit. f^ 

Dans les Qu^rtiers Oc<^dentaux il y en,a une a^tW , mi*on 
appelle la Danfe dk Bauf. Les Danleurs form^j^luneurs 
cercles , 6( la 5ym{>honie , toujours, compof^ du Twnbour 



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- S^y.^^"^^^^^ L'AMERlQl Let. XX. 290 ' 

& du Chichikoui , eft aifmilieu de J^lace. On y obfer ve de -'- 

jie point feparer ceux tfune m^n^FaraiUe; on tie fe tient ' ^ ^ ** 
poincjpar la-main , & chacun porte i la main fes armes & fan JuiHet. 
Bouclier. Tpus les\:eM;I<S ne toument pa«5 du meme c6t6 ,« & 
gudiquon fame Ijeaupoup , & qu'on s'^dve^ extr^mement 
h^ti on rte fort jamais dcmefureni decadence, d • 

De terns en terns un Chtifde FamiUe pr^fente fon Boudierv . 
tous frappent deffus, & ixhaque fois H rappelle le foul 
^ venir de quelqiAin de fe$ Ifeaux faits , il, vrenfuite cou- 
per un inorce?u de Tabac k un Poteau , ou I'on a eu foin d'en 
attdcher une certaine quantity ; & il le donne k un de fes 
- Amis. Siqud^Hiii peut prouve? qu'il a fait de plus belles ' ' ' 
•aiqnsqueiuO ouqu'il aeupiiticeH^^ • V 

v^teif,il (eft in droit daUer prendre lemorceaudeT^^^ ' - ' 

4Jont cejvi-ci vient de faire un pr^fent , & de !e donner i un 
)( i W^C«teI?ahfeeftfuivie dW Feftin, mais je ne vols pas 
y. b,^id*^u^ieftvenulenom,qu^^^^^ 

) ^ de Peaiix)d|iB«euf. , ' 

^j.- ^(bn dj^a^cfcs; ma,5 eHesforitordinaire^memfbrttafc^^^^ ^ 

vm a «g?{»r aiveraflement , & qui n'ontrapporti rieo. Elles i«M^4ccini. 

, S^"J. m^^^^^t"^^"*! ^" '°'^' «" ^o" «" Tambour & du 

^M^tienneppint, oft^^^ 
c§ide fee que 1 ai deu dit , qu'on ne fort point de «iefure , cela 
n# doit point^tre IMicile i croire , parce que la MuCque des 
Sauvag^i rt^^ que cfeux ou trois tons, qiii.reviennem fans 
ceffe. Aufli s enituye-t an beaucoup i cei^es , dbs h nre- 
, mierfr fois qu'ony aOifte , parce qu^elles <br€nt lontems , & "' 
^ \ qu on entend toujours la m^me chofe. 



fw^tioissi LeSdleil & leXonn«jCfoift leurs torineipiies Di^ ^'"^ 
vimtrfs , & eUg femblent 6tre pIufli^d^Mlue cefies , que^ 



an G^nie , q^i yefllei fa confervaiibn. Vh Fnncois aydnt , 
Mb mtm^n^ Soufis ^ qujjty^it 4p,pr^94re /ud« pidtij 



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Juitlet. 



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BjTeifc* Na- 
tions an Nori! 



300 JOURNAL HISTORIQUE 
Fille la ramafla pour la manger : le Pere de I'Enfant , qui 
rapper9ut la lui arracha , & fe mit k faire de grandes carefles ^ 
rAnhnal , qui ^toit mort : le Fran9ois lui en demanda ia rai- 
fon : ** C'eft , r^pondit-il , pour appaifer leG^nie des Souris , 
afin qu'il ne tourmente pas ma Fille , quand elle aura mange 
cellc-ci. „ Apris quoi il fendit rAnimal k I'Enfant, qui le 

mangea. ' , ^-^ jv 

Ds ont furtout beaucoup de veneration pour les Ours : des 
qu'ils en ont tu^ quelqu'un , ils font un Feftin accompagn^ de 
ceremonies affez fingulieres. La tSte de I'Ours peinte de tdu- 
tes fortes de couleurs eft plac^e pendant le repas fur un lieu 
eieve , & y reqok les hommages de tous les Convives » 
qui c^iebrent en chantant les louanges de TAnimal , tandis 
qu'ils mettent fon corps en pieces , & s'en r^galem. Non-feu- 
lement ces Sauvages ont , comme tous les autf es , la coutume 
de fe preparer aux grandes Chaffes par des jeunes , que les 
Outagamis pouffent meme jufqu'i dix jours de fuite , mais en- 
core , tandis que les Chafleiirs font en campagne , on oblige 
fouvent lesEnfans de jeuner, on obferve les fonges , qu ils 
ont pendant leur jeune , & on en tire de bons ou de mauvais 
augures pour le fucc^ de la Cbafle. L'intention de ces jeunes 
eft d'appaifer les G^nies tutilaires des Animaux , ou'on doit 
chaffer, & l*Dn pretend qu'ils font connoitre par lesrfives , 
s'ils s'oppoferont, ou s'ils leront favorables aux Chaffeurs. 

La Nation , qui depuis vim ans a plus fail parler d'elle dans 
ces Pays Occiijentaux , eft celle des Outagamis. La ferocite 
naturelle de ces Sauvages , aigrie par pluUeurs mauvais trai- 
temens , qu'on leiir a feits, quelquefois aflcz mal k propos, & 
leur alliance avec les Iroquois , toujOurs^difpofts k nous fuf- 
citer de nouveaux Enneous ^les ont rendus redoutables. lis 
fe font encore depuis etroitement unis avec les Sioux, Na- 
tion nombreufe , mii s'eft auffi aauerrie peu i^ peu , & ^tte 
union nous rend aujourd'hui preiqu'impratiquable la naviga- 
tion de tout le haut du MiciiBpi. U n'y a pas mkt^ trop de iu- 
rcte k naviguer fur la Rivjere des Illinois , k moms qu'on ne 
foil en etat de nej^as tr^jgdr^ une furprife , ce ^i feit beau- 
cou 



m etat de neoas tramdr^ une furprife , ce qui lait oea 
..y de tort au Commi^P^reciproque des deux C(^oiiies. 
m rencontre k la Bay* quelqucs Sioux, que j'ai fort que^ 
tiomiei kt les Pays, qui font 4 1'Oueft ,"& au Nofd-Oueft 
du Canada , (k quoiqu© je fgache qu'il ne faut pas toujours 



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17*1 



DtJN VOYAlSE DE L'AMERIQ. Let. XX. 301 

prendre k la lettre tout ce que difent les Sauvages , en compa- 
rattt ce que ceux-ci m'om rapport^, avec ce que j'ai oui dire k ■ 
plufieurs autres ,j ai tout lieu de croire qu'il y a dans ce Con- JuiUet. 
unent des Efpagnols , ou d autres Colonies Europ^ennes 
Jeaucoup plus au Nord, que ce cjue nous connoiffons du 
Nouveau Mexique& de la Caliifornie , & qu'en remontant le 
Miffouri auffi loin , qu il eft poffible d'y naviguer , on trouve 
unegrande "Riviere, qui coule k I'Oueft , & fe d^charge dans 
la Mer du Sud. Ind6pendamment meme de cette d^couverte 
oueje croisplus facile par-li, que par le Nord; je ne puij 
douter , vu les indices , que j ai eus de plufieurs endroit$ & 
qui font affez uniformes , qu'en eflayant de p^n^trer jufqu'i 
la fource du Miffouri , on trouvera de quoi fe d^dommager 
des frais & des faugues , que demande une telle Eritreprife. 

* Je fuis , &c. 






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VINT-UNI^ME LETTIIE. 

Depart deMichiUimakinac. Obfervathns fur Us Courans 
des Lacs. Portrait des Sauvages du Canada. Xeurs 
tonnes & lews mauvaifes quaj$is. ^ % 

Du Lac de Michigan , ce trente-uni^me d« Ji^llet , 1721 . 

JVIadame, ^' 

J E partis de Michilliiia%ac avant-^er k midi , & me voici 
d6gTad6 depuis hier dam une petite Me , qui n a point de nom j 
un Canot , qui vient de la Riviere Saint .Jofeph, oii ie vais , 
ne fjauroit en fortir, non plus que nous, quoiqu'il ait le 
vent favorable ; mais il le trouve , dit-il , trop bourru , & le 
Lac tt;op agit^ , ce qui me fournit une nouvell^acfafion de 
vousecrire. / ^y* ■' '*- ,r \ f\ 

Qpbiquejyjfleleyerrt<|bnttairt,lor{quejei^^ . 

e.vint-neuf, jene laiffaipas de fairece jour-U hiiitiCes Tu^?' 
heuesyc mil prouve qijie les Courans me poitoiifcif. ^vois •"" ^ 
d^ja 0Wirv6 la m^ine chofe en entrant dans la Baye , & j'en 



:ion 
lurans 



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i^-tAk.-^SiL.-^ . ! .^di...JS.^. 









M 



1 7 z 1. 
Juillet. 






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Portrait des 
Sauvagcs. 



L?ur force. 



302 JQURNAf ItlSTcyRlQUE 

avois ^ti furpris. II n'eft point douteux que cette Baye , qui 
eft un cul-de-fac , ne fe d^charge dans le Lac Michigan , & 
que le Michigan , qui eft auffi un cul-de-{ac, ne porte fes 
Eaux dans leXac Huron , d'autant plq^s que Tun & I'autre , 
je yeux dire , le Michigan & la Ba^^e , re9oivent plufieurs Ri- 
vieres., le JWichigan lur-tout, qui en recoit uh tris-grand 
nombre , doJM quelques-unes ne font.gueres inftrieurcsl la 
Seine : mais ces grands Courans ne fe font fentir qu'au milieu 
du Canal , & produifent fur lies deux bo'rds des remouts , pu 
contre-courans , dont oh profite , quahd on va terre k teite , 
corame font obliges de faire ceux, qui,voyagent€nCah6t 

d*£corce. » '" 

Je fis d'abord cinq lieues k TOueft , pour gagner le Lac 
Michigan , enfuite je toumai au Sud < & c'eft la leule route , 
que nous avons k faire pendant cent lieues jufqu'^ la Riviere 
Saint Jfofeph. Rien n'eft pliiis beau , que le Pays v qui fait la 
ftparation du Lac Michigan &du Lac Huron. Hf6r je fis eh- 
core trois lieues',. & un vent force m'obligea de ai'arreter 
dans cette Ifle, Je vais m'y d^fennuyeren adlevant de vous 
faire connoitre les HabitansNaturels de ce vafte Pays , dont 
j'ai deja parcouru une bonne pattie. " 

Les Sauvages da Canadat font con|itiuii^entJji«n faits , & 
d'une taille avantagtufe j it y a n^anmofos quelques Na- 
tions , oil il n'eft point rare d'en voir d'une taille mediocre ; 
mais il I'eft iftfinimeni d'eh rencdntrer , qui foient contrefaits , 
ou qui ayent quelque defaut exterieur.lls font robuftes^ , & 
d'une complexion faine. lis vivroient tr^s-lpntems , &*ils fe 
menageoient un peuplus j, mais la plupartruinent leur tenv- 
peramment par des marche? forcees , pardes jeunes outres*, 
par de grands exc6s dans l^tnanger ; outre que pendant feur 
enfanceils ont fouventles j|)iedsnuds dansreau, furlan^i- 
ge, & fur la glacfe.,L'Eau-;de-vie, que les Europ^ens leur 
ontport^e, pour laouelleils ont unefordur , quipaflie tout 
ce qu'on peut dire , oc qu'ils ne boivenl que bour $ enyvrer , 
: a achev^ de les perdre , & n'a pas peu contribu^ au at^p^if- 
•fement de toutes ces Nations , qui fe trouvent aujourd'hui r^- 
duites k m<iins que la vinti^me partie de ce qu'ils ^toiem t il ^ a 
' cent cinquante ans. Si cela ccmtinuii , on les verra difparoitre 
entierement.' 
Leurs corps ne font poinfcontraints au Berceau > comme 



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: '■ D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. ^XI. 3^^^ 

p^^Jfe pourtant pas que d^s la premiere annie on neleu; 
A^ni^e routes fortes de nourriture^ enfin le grand air au- 
^el lis font contmueUement expof^s ; les fatigues,qu'on leur 
^teffuyer mais peuipeu, & d'une maniere propo«on 
n6e k leur Age j des alimens f,«,ples & naturels , tout cX 
forme des corps capables de fairel& de foufirir des chofes fn 
croyables^, mais /om I'exc^s , ainfi q^e j^, viem cSe d rf 
en/aitp^r.rplur,eurs4vant I'Sge de matirir 6^„ a '^ 
' fJJT^' iHomach^nfl^ de ?uatre doir^ , manger encore 
dauffibon app^tit, que s^ilsnVuffehtfait que tomLncer 

f^romenteUTefff'- '^^^^ f f^jte. Qfelquefoifi L" 
A mangen ^^^^ ^^'^ , apr^s quoi ils retommencent 

p Dans les Pays M^ridionnaux.ils gardent peudeJefure. 
r' ^^J^^^^t.^esi-emmes , aui de leur cote- fonf Ct iSb vef 
C eft de - U qu'eft venue la corruption les mL?rs , Qu de 
PUIS quelques ann^es a infede les ktions S?pS£ oraies" 
Les Iroquois en particuUer ^toient affez chaft^ "l^fn^qu^u 

fms de la Louyfiane : ils n'ont gagn^ i ik fr^ouenter ^„I 
?^\"'.^tre^devenu femblables.¥eft vrai S iLff^fi! 
la lubncit^^toient port^es dans qes QuartimtltTuxDiS- 
erands exc6s. On y yoyoit des HpSimes , qui n'avoiem po n 
He honte d'y prendre I'hahiUement des Femmes , & de^tS" 
fu|ettiritoute$le$.occup^^ns propres du Sexe . ?o^^Vn 
fuivoit une <;orruption:i,tine?ep'eutexprim?r;oSa^^^^ 
ten^u que cet ufage v^nolt de je ne f^al quel principe de 
Religion ,mais cette Religion av6it coJiihie bieS d'amres 
prisranaiffancedHis la d^ravation du coDur , oa fi S ' 
dort novs parlons avoit commence par Tefprit , ilTfoi 
par la chair^ces Effemin^s ne fe marient point, & $4an- 



Ltori vices. N 



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Juillet. 

Pourquoi 



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,o4 JOURNAL HISTORIQUE * 

'. D'autrepai^lesFemm^,quoique fortes &robuftes,fQm 
t. neu S/es. Outre les raifons , que ,'en ai d6,a touches , 
Pourcu3i.crf.avr,le terns qu'elles mettentinournr leurs Erjfans. 
raysnclbpcu- f^gg^ de ie point habiter avec leurs Maris tant aue cela du- 
F>=V ie I l^travril exceflif , qu'elles font obligees^? fa.re , en 

«. Srde hcoutuV ^tablie en plufieurs -f^j^^^^^r^^ 
^V metauxFilles de fe proftituer , avant que dte marines . 
%. Sez riela I'extreme mifere , oil ces)>eupl« fe trquvent 
i ^^ r^d^its , & qui leur ote Tenvie d avoir des Enfans. 
&^ Du^Sileftcertinq^^^^ ont for nous de gran^^^n- 
fe tages , 62 je mets pouV le premier de tous , la Perfeaj^ de,^ 
ef rs fern foit int6rieurs , foit ext^rieurs. Malgr^ la Neige , 

3e Tannic , leur vue ne s'affoibht point ; ils otat ouye extrfr» 
mement fii il , & I'odoraf fi fin , qu'ils fentent le feu , lon- 
^ ^SSavaTquedfl'^^^^^ 
iPC gr"on%ri^tendmeme,auilsnetrouventdWeuragr^able, 

ForiTUs laTraverfSit Jans s'^garer , djs qu'ik ("e font bien 
Ss Les Habitans de rAcaSie , & f^^-^^^^^^^^^^ 

u ^ ilcFf^imfux ivec qui ils ^toient en Guerre : ils 

& Sent aboT^^^ pr^ciftment i iWroit , oil ils avoient 
prAetTde pr^^ndre terre. Dans les terns les plus n^i>uleux , 
Fffivront plSfieurs jours le Soleil . fans fetrpmper : le Ca- 
dJan kpXfte > ne nous inftruit pas mieux de la marche de 
c^ bel i&^ qu'ils ne le peuvent &re par lafeule mfpeftion 
duCieP^ffiqubiqu-onpuifl^^ 

eft Sfn^r qu'on vienne k bout de leur faireperdre leur 
rotite UiSnt avfec ce takm , ce n'eft point le fruit de leurs 
: ObfevSi^oid'un grand u^^^^ 

&t encore fortis de Eur ViHage . marchent au^ sOrement 
^^e ceu« , qui ont le plus parcouru de Pays. 






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p'UN VPYAGE DE VAMEKIQ. Let. XXL 305 

La beaut6 de leur inagination en ^gale la vivacite & cela 
paroit dans toUs kurslffcours. lis olt la rea^fe pro^^^^^^^^ 
& leurs Harangues font remplies de traits luiSineux ,. quf au^ 

'°T il lPP*^"''i" '*^",' *^^ Affembl^es Publique's^e Ro- 
. me & d Athene^. Leur Sequence a cette force ,ce naturel 
ce path^tique, que I'art ne donne point , que les Grecs ad 
mirorentdanslesBarbares; & quofqu'elle ne paroiffe point 
fouteiuiepar I'aaion , qu'^ls ne gefti^ulenf point , qifils^?^- 
"SfT^S^!-- qu.lsibntpeLres^2ce,:^i 

", ^C^®!"°" furprenant q;u avee une fi belie iniaRin»l|: ik 

s neuffent point la m^moire excellente. lis font cSpdHl de 

I tous JeS fecours ^ que nous avons inventus pour foulfer la 

I n6tre,oupouryfuppl^er: cependant on ne peut dire de 

. combien de chofes , avec quel detail de circo^ftances , & 

avec combien Uordre ,k traitent dans leurs Confeils. En 

quelques occafions neanmoins ils fe fervent de petits batons , 

f)Our fe rappelle/ les articles , qu'ifs doivent Jifcut^, & ik 

sen torment une maniere de mdmoire locale fi sure\ ou'ils 

parleront quatre ou cinq Keures de fuite , ^taleront virit pre- 

lens , dont chacun demande un Difcours entier, fans rien 

^'t "'"' n^^'^Ji''' ^^"^ narration eft ne«e & 
. pfecife , & quoiquils ufenf&eaucoup d'All^gories , & dau- 

lis ont le jugement droit & folide , & vont d'abord au but . 
fans (sarreter, fans s'^carter, & fans prendre le change. lis 
congoivent aifement tout ce qui eft k leur port^e , maif pour 
les mem-e en ^tat de r^uffir dans les Arts , 5ont ils fe font paf- 
ies juCquk prefeijt , comme ils n'en ont pas la moindre id^e , 
il faildroit travailler lontems ; d'autant plus qu'ils mdprifth 
fouverain^m^nt tout ce qui ne leur eft pas.n^ceffaire , c'eft^i- 
dire , ce|dnt novis faifons le plus de cas. Ce ne feroiepasnon 
plus une^^etlte affaire , que de les rendre capables Se con- 
^^rainte&d application aux chofes purement fmrifuelles , ou 
qu 1 s iegarderoient comme inutiles. Pour ce tfSi eft de celles 
qui les int^rcffent , ils ne negligentjBc ne pr^cipitent rien ; & 
autantqurisfontparoitrede iSgnt. avam que d'avoir oris 
leur garti , autant t^moignent«ls dk vivacit^ & d'ardeur , lorf 
quil fau^executer , eela fe remarqUe furtout dans les Herons 
Tome III. * ' Q 



I7i I. 
Jqjllet. 

Leur ilo~ 
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p^n^trdtion , 
leurjugemcut. 






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JuJllet. 



306 JOURNAL HIST O Rid UjE 

— & les Iroquois. Non^feulteraent ils ont la repaitie'prompte, 
^* mais encore ingenieufe. ^Un Outat>uais , nomm^. Jean U 
Jt. Blanc , mauvais Chr^tren & grand Yvrogne , imprrog^ par 
le Comte de Frontenac , de quoi il penfoit qu'^toit Qompofee 
"* i'Eau de vie , dont il etoit fi friand , dit , quec'ttoitunextrait 
de langues & de coeurs : car , aiouta-t-il , quind j'en ai bu , 
je ne crains rien , & je parle i merveille. I , / , 

T cut gtan- • La plup^rt ont v^ritablement une nobleffe , & une egfflite 
^ii a-ainc. j,^^g ^ ^ laquelle nous parvenons rarement aVec tous les fe- 
\ coijiiifcflue nous pouvons tirer de la Philofoplhie , & de la 
RflK> Toujours maitres d'eux-memes , dajis les difgraces 
le|Hrfubites , ©n napper^oit pas laeme Qs leur vifage la 
moWre alteration. Un Prifonnier ; qui f9ait ^ quoi fe termi- 
nera fa captivite , ou , ce qui eft peut-6tre enc^r^ plus furpre- 
nant , qui eft encore dans rincertiti^de de fon fort , nen perd 
pas un quart d'heure de fommeil ; les premidrs^- mouvemens 
memes ne les trouvent jamais en d^faut. Un Capitaine Huron 
' fut un jour infulte & Trappy par un jeune Hojnme , ceux qui „ 
etoient prefens , vouloient fiir le cham^ pun^r cette audace : 
,» Laiffez - le , 'reprit Je Capitaine , n'avez - Vous pas fefiti la 
» Terre trembler , il eft fuffifamment averti de fa fottife. \ 
Leur coi^ance dans les douleors eft au-delTus de toute ex- 
preffion. Une jeune Femme fera urie journ^e entiere en tra- 
vail d'Enfant , fans jetter un cri ;.fi elle faifoit paroitre la 
moindre foibleffe , on la jugeroit indigne d'e^fb Mere , par la 
r^fon qu'elle rte pourroit, ditron, ^nfantetquedes laches. 
Rien n'eft plus ordinaire , que'de voir d^s Rerfonnes de tout 
ige , & de toutfexe, foufFrir pendant plui^eurs heureS , &x 
queiquefois pendant plufieurs jours de Uiite ^ tout ^p que le 
feu a de plus cuifant , & tout ce ^ue la plu^ induftneufe fu- 
reur pent iiiVenter ^dur le.rendre plus-fenfible, fans qli'il 
kur echappe un f9iipit' ; ils ne font mSme le plus fouvent oc- 
tupes bendant leur lupplice , qui irriter l^uj-s Bourreaux par 
lespluKanglanlireproches. . ^ „ . > , , . 

Un Oiftagami , que des Illinois bruloieiyr avec la defniero 
barbaric , ayant apper^u un Francois panpii les Speftateurs , 
le pria de vouloir bien aider fe$ Ennemis i I4 tourmenter ; & 
eelui-ci llii a^nrdemand^ pourquoi Hiui faifoit cette priere : 
» C'eft, repondit-il, que j'^rois la confolation de moutir 
» par la mai^^d^ Homme^Mon plus grand regret , ajouta-t-il. 



leurconrt-nn- 
«e dans les 
^ulcurs. 



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D-UN VOYAG PDALAMERIQ. Ut. 3^y 

Ie^P,«e„., yen ^ affez .u. , n^if^rnS^M;?"! ; J-"- 

Ce que j'ai remarqui ailleurs , iWadarae , pour diminuer I» 
furpnCe , qu'une telle infenfibiliie pourr6it ciufer n^mnti,* 
pom, qu'on ne doive y reconnoitre un grand cojjapefi.-? 
.ou,ou«^pour jleverW au-deffus dl femimem f « pom 
«[, u» effort , dont les Ames communes ne font poim ?a^a 
Wes. tes Sauvages s y exerceii«*iute h-nr vi« /ir*^ P 

mem leur. En^s d^ V^Xu^rdnlyTr'"- 
msGarjons&dejeunes Fil es iTlier les uns anv Jm„! ^ 

™ir o^i ^"""" '"? '" ''-'' un ChUra"lfumtX 
voir qu. k fecoueroit le premier. Enfin il faut encore ?o 

vemr que felon U remarque de Ciceron , I'habimde^u ,r, 
va,l , donne de la facility I fupporter la douleur U > O % 
neft peu.-l.re pom. d'HommeVau Monde , m."L guenPo u. 

quetousnelontpas. ^""^^''S*^ > celt 

moins que dans leursdCu^rres , Hs^^ex^ci-em^^f ^^^^^ 

fiiej cherement la ViLire, & quetsNarionf^T ^'"''" 

Quand ,1 faut fe battre , ils le font en Lions , & la vS de W 
ftag , ne fart au'augmenter leur force & leu^couraL T !f 
font trouv^s plufieurs fois dans I'aaion fvec nrBr^^' ^^ 
^^^^•.^"^-Jf-i^^d^chofesprefqu'inc^^^^^ 

cuWra«iP^rid'AngloislespoL^^^^^^ 
fittoiJt cequilput pour les engager 4 faire diligence [fnV 
gagna rien ; toutQ fa r^ponftf^ qu?l en recut, futSnecJlf 
gnoient point ces gens - Ik. Us Anglois pirS enSh & 
Ik dtoient pour le moins vint comrelri. £ Wag« (kS 



Lcur valcur. 



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Juillet. 



qu'ils one 
uns pour 
autics. 



IWV R N A L H I S T O R I Q UJ 

s'^tonner , mirent d'abord leur Pere en fureti , puis al||^- 
rent attendre de pied fernte I'Ennemi dans une campagne , oil 
il n'y avoit que tksfouches d'Arbres. Le combat dura prefque 
tout le jour ; les Ab^naquis ne perdirent pas un Homme , 8c 
mirent en fuite les Anglois , apr^s avoir c$uvert de Mdrts le 
champ de bataille. Ceft du Miffionnaire mSme ( a ) , que je 

tiens ce fait. ■ , j « j 

LfejdgarJs, Mais ce qxMurptend inhniment dans des Hommes , dont 
I" tout Fext^ri^i;n'annonce rien que de barbare, c'eft de les 
voir fe traiter entr'eux avec i«e douceur & des ^gards , qu'on 
ne trouve point parmi le jRiple dans les Nations les plus 
civilif^es. Gela vient fans doute en paftie de ce que le mien & 
le den , ces paroles froides , comme les appelle Saint GRfe- 
GOIRE Pape , mais qui en ^teignant dans nos coeurs le feu 
de la charit6 , y allument celui de la convoitife , ne font pomt 
- encorg connus de ces Sauvages. On n'eft pas moms charme 
' de cette gravit^ naturelle & fans fafte , qui reene dans toutes 
leurs maniecl^vidans toutes leurs aftions , & jufques dans 
la plupart dflM divertiffemens ; ni de cette honnetete & de 
ces deferd^^Su'ils font paroitre avec leurs ^^aux , ni de 
ce refpe^B^Kes Gens pour les Perfonnes agees , ni enfin 
de neles voiiilbais fe quereller entr'eux avec ces paroles in- 
decentes , & ces juremens fi communs parmi nous. Toutes 
preuves d'un efprit bien fait , & qui fcait fe poffeder. 

J'ai dit qu'un de leurs principes , & dcelui , donnlMonne' 

plus' jaloux , eft qu'un Homme ne doit rien,^ un autre ; mais 

de cette mauvaife maxime ils en tirent une bonne cohfequen- 

ce k fcavoir , qu'il ne faut jamais faire tort k perfonne , 

quand on n'en a re9u aucune offenfe. II ne manque k leur 

bonheur que d'en ufer de Nation k Nation , comme ils font 

prefque toiijours de Particulier i Particulier , de n'attaauer 

jamais des Peuples , dont ils n'otit'aucun fujet de fe plaindje , 

& de ne pas pouffer la vengeance fi loin. 

Lear fiert^ & D'ailfcurs il/aut convenir que ce^u'on admire le plus dans 

leurs autresdi- jgg Sauvages , n'eft pas tou jours yfertu pure ; que le tempe- 

^'""" ramment & la vaniti y ont beaucoup de part , & que leurs 

plus belles qualites font obfcurcies par de gyand^ vices. Ces 

Hommes , qui nous paroiffent fi m^prifables au premier 

^bord, font les plus m^prifans de tous les Mortels , 8^ qui 

(-•) LePere ViWCEWi B"OT. 






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Juillet. 



D'UN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. X^r^op 

tfqrons, avanr que les fuccis eufTenfenfl^ le coeur deslro- 
jluois, & euflemem^en euxoinfe hauteur , qiHen^Ver. 
core piirabattre, fur u^ne gro/Serete feroee, qui faifdt au 
paravint leur caraftere diftinaif. ' ^ °" ^"' 

Duri autre cotjJ ces Pei^les fi ilers & fi jaloux de leur li- 
berte ^ font au-del^ de ce qu'on oeut imapiner p^i, j ° ^ 

i^fpea humain. On les accul^ au/lTS^re ll "^^ 
ma.s ceft plutot pat efprit d 'ind^pendanc! , iFprcara? 
tere , comme ,e ra, remarqu^ des fcanadW. K 
geux & foup9onneux, furtout 4 notre^gard j trakres ; rand 
il y va de leur int^ret ; diffimul^s , & viSdicat fs "Scl" k 

r T 'u!""'"' P^'"' ^" ^"^ le d^fir de fe venger c'di le 
p^^uscher Wri^ge, qu^ils laiflenUleurs Enfe^^^^^ 

tesi^clVl^SaSf i'e ?^"' ^^^^^^^'^^^ l^s quali- o« ,.n. 
Air^^v ' r ^^"^^.ges ne s en piqyeat pas , ou pour mieux ^^ '«'^- 

^u ,1s ne les fcavent pas envifager fous ce point de vu^^amT 
chofe de tout cela , mais ce n'eft point dans le cr^.lr T ^ /i 
de 1 inftinft. Le foin , qu'ils prennent del Orphelins , des Veu 

Sefiadmillr^^VP^^^^^^^^ ^ 

fuS oS n T ' ."^ ^''"' P^"*; ""'^ ^"-""^ f"«e de la per- 
luafion, ou ils font , que tout doit etre commun entce iL 
Hommes. Les Peres & les Mftes ont pour leuVs EnSne 

Knil'de r ^'""' "i^ ^"^ paroifpu?ement aniS! 

Les Enfans de leur cote^^aucdn retour de naturel pour 

eurs f^arens , & 1,^ trai&t «^eme quelquefois avec indfgnt 

te , pnncipalement leurs ^es. On m'en a racont^ des exlZ 

^n Iroquois , qui a lontems fervi dans nos Troupes contre ^""'P'edu 
fa propre Nation , & meme e,^ qualite d'OiBcier , Vencon tra £" % f""' " 

connu?Ill"' "" Sf !{•' ^ r°" P^^"'' lorfauTle^e! ^"SS^L 
connut. II s arreta, & lui dit : « tu m'as donn^ une fois la vie "'"• 

je teladonne aupurd'hui, mai^ nete retrouves pks une au- I 



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Juillet. 



SocUtispar- 



310 lOURNAL HlfTORIQUE 

tre fois foils ma maiif, car jefuisquittedece que jetedevoTO ». 
Rien ne prouve mieux la nkeffit^ de I'^ducation , oc cue la 
nature feule ne npus inftruit pas fuffifamiiieni*de nos plusef- 
fentiels devoirs, tt ce qui forme , fi je ne me trompe , une de- 
monftration* encore plus fenfible €n favcur de la Religion 
Chretienne, c'eft quelle a produit dans le coeur de ces Bar- 
bares a tousces^gards un changement , qui tient du miracle. 
u- Mais fi les Sauvages ne f9avent pas gouter les douceuri de 
ticuiieres en- I'gmitie , ils eu oHt au m^ins reconnu T'utilit^. Chacun parmi 

tre les Sauva- ^^^ ^ ^^ ^^^j ^ p^^ ^^^^ ^^ ^ ^ ^ ^^^^1 jl s'altache , & 

'qui s'attache k lui par des liens indiflfolubles. Deux Hommes 
ainfi unis pour leur inter^t commun , doivent tout faire & 
tout rifquer pour s'entr'aider & fe fecourir mutuellement : la 
mort meme , a ce qu ils croycnt , ne les %)are que pour un 
terns : ilscomptent bien de fe rejoindre dans "autre Monde 
pour ne fe plus quitter , perfuades qu ils y auront encore be- 

foinrunderautre. « ^, , . • • 

J^i fur cela oui raconter qu'^n Sauvage Chretien , maw qui 

ne fe «onduifoit pas felon les maximes 'de TEvaftgle , ^tant 




eer que Dieu lui avoit fait miferiljprde : Jen'y veux done pas 
%ller nonplus , reprit le Sauvag* , & ce motif I'engagea a 
faire tout ce quon fouhaitoit; p'eft4-dire, qu'il auroit ete 
auffi volohtairement fen Enfer , au'en Paradis , s'il avoit cru y 
retrouver fon Camarade ; mais Dieu fe fert de tout pour le 
falut de fes Elus. On ajoute que ces Amis , quand ils fe trou- 
vent eloign^s le^ uns des autr^s , s'invoquent riciproquement 
dans les perils , oil ils fe rencontrent ; ee qu'il fautfans doute 
entendre de leurs G^nies tut^laires. Les jpr^fens font les ni»uds 
de ces affociations, rii^ti^r^ & le befoin les fortifient j 
c'eft un fecours, fur lequel on peut prefque toujours com- 
pter. Quelques-ups pr^tendent qu'il s'y ^liffe du d^fordre ; 
mais j'ai fujet de croire qu'au moins cela n eft pas g^niral. 
Dt la cou- La couleur des Sauvages ne fait point , comme plufieurs fe 
lent des satt- (q^i perfuadcs , urie troifiime efpece entre les Blancs « les 
'•2"' Noirs. lis font fort bafan^s , & d'un rouge fale &(f bfcur , ce 

qui eft plus fenfible dans lafloride, dont la Lo^fiane fait 
partie : mais cela ne leur eft point naturel. Les friqu^ntes fri- 



:*M 









■'•!i^: 



Pourqtioi 
n'onc point 
polls. 



DOX^ VOYAGE DEUAMERIQ. Let. XXI. 31^ 

qu 'Isne foient pas encore plus-noirs^ ^nt c^rt^niielkinent \ ^.^ 

11 -eft moins aift de rendre raifon de ce qu'ala r^ferve des "" 

Cheveux, que tous ont fort noirs j des cils & des fourcils 
que quelques-uns meme s'arrachent , ils^n'ont pas un poll fu^ 

Sh'T ' ^r^^^^^ 'T ^" Am^riquaiSsfontSs le 
mame cas. Ce <jui etonne^e plus , c'eft que leurs Enfans naif- 

fent avec un poilrare & afcz lc«g pa?^out fct:Cs? m^^^^^^^ 

VieiUards quelquesjDiIs au memqn , commeil arrive parmi 
nous aux Femmes dun certain age ; fai vu attribiTer cette fm- 
gulante au continuel ufagequ'ont lei Am^riquains de fumer , 
& qui eft commun aux deux Sexes : il paroit plus naturel i 
dautres de d.re, que c||a vient de la quality Seleur fang f 
qu, jtant plus pur , i clufe de lafimpliiit^ de leurs aKmefs 
produit moms de ces fuperfluit4s , dcjit le notreZs^offier' 
fournit uy r, grande abundance ; ou qui ayant SsT^ls 
eft moms propre ^ ces fones de produ&ons. II n!eft pas dou- 

vo^l d„ tT'^" fi l^^ers ila Courfe. J'ai vfi „„ InfulaiS^, 
oSlf.fro,V r" ' ^' "V^^JajT^'? niang^de pain , m'afsura 
quilfaifoit fans peine i pied ordinairementtrehte lieues oar 

Ke Sr '^"''''^'^"'^'*''" "^'^ » n'avoitpIu?U 
Ce qui eft certain , c'eft que nos 5auvages trouvem une 
n;|s^grande beauts , ^ „;av Jr J^oint de pofl aiU«,rs^'r a 
Tete, que fi mielquefoisilleur en vienf qufil«i%n a2 men 
ton ,^ils larrachent d'abord : que les Etirop^s, quand ils 
ei virent pour la premiere f^s , leur paruVem JUdlux avec 
leurs longuesBarbes, commeonlesijortoit^lors ; qu'ils ne 
trouvem point belle notre couleur bknche , & ™ela chair 
des Francois & des Anglois , quand ils.en ont voEant^ 
leur a pani de mauvais gout s parce qu'dle ^toitfal^e. Ainfi ! 
Madame , lid^ , quon ft formoit autrefois en Europe des 
iauvages , quon y repr^entoit comme des Hommes tout 
i^lus , non - feulement ne leur convient en aucune maniere , 
mais eft preci^ment ceUe,qu'ils qntd'abord eue de nous,paree- 



if, 

dc 



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m£^ U f ^'^ >^A)«.' ^ 



-rfi: 



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311 JOURNAL HISTORIQUE 

"■ qu'ils crurent qi#e nous aviohs tout le corps , comme le 

\^-J* menton & reffomach. 
Aout. I 



-\ 



VINT-DEUXIEME LETTRE. 

Voyage a la Riviere de Saim Jofefh, Obfervation Jur Us Ri- 
vieres , quifejettent dans l^Lac Michi^n , du cote de /*£/?. 
De celie du P. Marquette g& de Vorigine de ce nam. JDes 
Jeux des Sauvages, Quelques^traits du CaraSere de ces Peupks, 

De la Riviere de S. Jofeph , ce feizi^me d'Aout 1721 . 



M 



ADAME, 



I L y eut hier huitjours , que farrivai dans ce Pofte , 011 
nous avons une Mimon ; & oii il y ia un Commandant avec 
une petite Gamifon. La Maifon ou Commandant , qui efl 
tr^s - peu de choTe , s'appelle le Fort , parce qu'elle eft envi- 
ronriee d'une aflez-mauvaife Paliflfade, & c'eft i peu pr^ le 
meme partout, k Texcepcion des Forts de Chambly & de 
Catarocouy , qui font de v^ritables Forterefles. II y a n^an- 
moins dans tous ({uelaues petits ^^Mtf^k* ^^ ^^^ Pierriers , 
qui dans un befoin fumfent pour ^^sHp'' "" ^*^"P ^^ ^^^ » 
oc pour tenir les Sauvages en refpettr*^ 
Danzer de Nous avons ici deux Villages at Sauvages , Tun de Mia- 
h Navifration f^is , & I'autre dc Pouuouotamis'^ , les uns & Iss autres font la 
Rati"" ^''^^^'^ plupart Chretiens , mais ils ont hi lontems fans Pafteurs , & 
le Mifllonnaire , ou'on feur a envoy^ depuis peu , n'aura pas 
peu i faire , pour les rem^t'tre dans Texercice de leur Reli- 
gion. La Riviere d^Saint Jofeph vient du Sud-£ft fe d^- 
charger dans le fond du Lac Michigan , dont il faut ranger 
toute la Cote Qrientale , qui a cent lieues de long , avantque 
d'entrer dans cette Riviere. On le remonte enfuite vint lieues 
pour gagner le Fort , cette Navigation demande de grandes 
precautions , parce que , quand le vent vient du large , c'eftr 
a-dire , de I'Oueft , les lames y font de toute la longueur du 
Lac ; or les Vents d'Oueft y font fprt fr^quens. II y a bien de 

1 apparence 




DUN VOYA G KDM VA ME KIQ. Let XXII . 
i'apparence auffi que la xjuantit^ dc RivSes o/.i r^ J^'.v? ^ 

Wlus pjnlleufe : ce qui eft certain , -c'eft qu^fl eftleu 
dVn^Qits dam le Canacfa ; otiil fefoit Ltplu?Se nUI" 
gei. Mais je r^rends mon Journal ,6(1 ie I'ai mterromnf, 
Le prettier jour d'Aoiii , apr6s avoir traierfHT Vnil. 

"r/fc^/L V^"'^^'"" arprofondeur , je laiffai i d^ cSI^T^ 
les y/7« ^ Ca/ior, oui me parurent fort bien boif^es fr «M»onVc„: 
quelques Iieues plus loin fur la gauche, raDLcufrnr:. ^--f«u«. 
Eminence de Sable uneefnece Hp fi„5ff^: ' {!PP^.'^"' *"^""e tc Route 



unepetitelfle/sd-eftp^^^^^^^^^ 

minutes de Latitude -Nordrc'eA i «J?, «!S 1!?®* ' '*^^ ® 




dans les T^,^; U^l^ S^ll^TdS mSe^Su^ 
parlesmagnifioues For^t?, dont iteAc^^u^TimdWelZ 
trhs-htta arrof^ car nous he faifions pas une lie™ fan dl 
couvnr ouqudque gros Rui&au , ou qu^e iolie R vie' 
re &plus on aW at, Sud , plus les Ril^eTfont^^^^^^ 

avan.eaukdi."u^^^^^^ 

affez peu larges , & oilt peu de profondeur k kC; So,? 
^Il^"^' ont dejingulie?, c'e^u'on y^t^^^^^^^ 
cue daboKfdesLacs^de deux, de trois ,^ou de quSWs 
(fe <:h-cu^; cela viAt fans doute de la quantity T&bU 
cu'ielles charicnt ; ces Sables it^mt renn.,*tc J- 1..!„ 5^*^. • 




ce^Pigue^ quVlles ne fVanchiffeht^quWecLn^^^ 
cr?upp^u4peu pes Lac« , ou Et^iig?, qui emplchent aue 
toutlehysnefoitinondahfomelw jSg«^ ^^ w 

I,e trpifi^me , j'entr^i dans k Rivierf du P. Maraueti, u- . 
pour examiner ft ce qu*on m'en avoir ^t Tnirl^ / f^A p m""' '*" 

A*^^%^A «.,»..-. t> ■^iUJ* . «yoic at, etOlt V^lrfCe n eft P* Marquette. f 

d aM>rd qii un Ruiflfeau , mais quinie pas plus haut on enuS 

R r ' 





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L .fci" » ^ .i k ^^ 



1*7 1 r. 
Aout. 



514 1 QVR N A L H ! S TO R I Q V E 

' d'^cha|;ger dans le Michigan , on diroit qu*on a couj^ avec le 
Pic un gros morne , qu*on laiffe ii gauche en entrant , & fur la: 
droite TaC6te eft tris-baffe , environ Telpace d'utte bonne 
port^e de Fufil , puis tout dTuncoupelle $*^leve fort haut. 
On ffle I'avoit veritablement repr^fent^e ainfi ; & fur cela , 
voici la Traditioi;! conftante de tou? nos Voy'ageurs , & ce 
que d'anciens Miffionnaires m'ont racont^. 

Le P. Jofeph Mar^IUETT^ , natif de Laon en Picardie , 
©b fa Famille tient encore aujourd'hiii un rang diftingu^ , a 
^t^ un des plus illuftres Miffionnaires de laNouvelle France ; 
U en a parcouru prefque toutes les Contr^es , & il V a fait 
plufieurs D^couvertes , dont la derniere eft celle dyMiciffipi, 
oil il entrj avec le Sieur Joliet fen itfyj. Deux ans apr^s 
cette D^couverte , dont il a public la Relation, comme il 
alloit de Ckicamu , qui eft au fond du Lac Michigan , i Mi- 
chillimakinac , il entra le dix-huiii^me de May .1675 dans la 
Riviere , dont'H s'agit, & dont I'fen^ouchtre ^toit alorsi 
I'extremit^duTerreinbas, que fai dit qu'on laiffe i droite 
en y entrant , il y drefla fon Autel , & y dit la Mefle. II se- 
loigna enfuite unpeu pour faire fon Aftion de Gracei , & pria 
les deux Hommes , qui conduifoient fon Cariot , de le faif- 
fer feul pendant une demife-heure. Ce terns paffi, its allerent 
le chercher , & forent trfes-uii^ris de le trouver mort ; ils fe 
fouvin^t n^anmoins mi'en entrant dans la Riviere , il lui 
^oit Aap^ de dire quilfmiroitlifonyc^yage. _ 

Cepen4ant comme il y avoit trop 10m de - la a MichiUi- 
makinac . ^our y porter ton Corps , on Finhuma affez pr6s du 
bord de fa Riviere , qu' dejrtib ce tems-li s'eft ^loign^e pea 
k peu , comme par relpeft , jufqu'au Cap , dont elle baigne 
prefentement le pied, & oil elle s*eft fait un nouveau paffa- 
ge. Uannee fuivante un des deux Hommes , qui avoient ren- 
du les derniers devoirs au Serviteur de Di4|9, retourna k 
I'endroit, oil ils ravoient enterr^, en tira ce qui#h reftoit, 
& le portal MicljiUiniaKinac. Je n'ai pu f^avoir , ou j'ai ou- 
hXik le nom , que pbrtoit auparavapt cette Riviere ; mais au- 
> jourd'hui les Sauvages ne rappellent point autrem6nt , que 
' la Riviere de la Robe noire {a) , les Franjois lui ont donr 
ne le nofti du P. Marquette , & ne manqu6nt jamais de Hn- 

( «) Les Sauvages appellentaiflfi les J<< I hUmcM i ft k> R^lkn , let ijku PH 
flutes, lis uommcat les Pi£ctcs , les CtUttt | /»« 



/ • 



/ 



.U.* " •►u -„i-,. 




-DW VOYAGE DEL'AMERIQ. Let.XXII. ;u 

^qucr , quand ils fe trouvent en quelque danwr fur ie Lac 
Afichigan. Plufieurs ont aftur^ qu'iS fe croyoiem redevables 
•k foir mterceffion , d avoir ^chap^ k de tr^s-L^d S 
Je lis encore trois lieues ce our-li , & i'allai ramn!l 4 V 

plus long & mpins large que le precedent jytXlun' ^- 
grande q^anm^ de Pins rouges &*blancs , ceux-dSLor 
ce plus iiidf , mais le bois en eft meiUei^r . & H en ^rtZ" 
Gom,„e affez fine ; ceux-U ont I'^orce dii dovce tlkZ ^^ : 

-wedleur Godron. Je naviguai ainf, fort aer^i,leS„?iu7" '4 ' • ' 

le feptieme de bon matin , car il ^toir environ MinuitVlorf- 

res au ^rd d*i Lac de la Riviere noire , qui en eft k huit 
iieues , & oil d V a beaucoup de Ging-Seng. ^ * ^ *" ^ ''"^' 
La Riviere de' Saint Jpfeph a plus de cent iieues de conrc a 

& fa fource n e/1- naa !«;« J., I „.,*'*"' "'^"es ae COUrS , Avanturear- 

rvl«!i,«; pas loin du Lac Erie; e le eft navieuable "^"^^ « '^" 

' K±t ?"p^'u".^^^^^^^^ - cinq , ol^et k-;>l i« 

fdifs lefquels ri croit en quelques endrqits dF^rfs S cV 
Pillaire. Je fus deux Jour^^fairccecheminVmaislefSirda" 
premier , ,e coums grand rifque de n'aller pis plus loin ie 
fu pris pour un Ours , & il ne s'en faUui rien, que e ne fiffe 
tjie^en citte quabt^ par «n de^es Conduaei^iif vS^^^^^^^ 

., Apr^s le Soupi & U Priere , «,mme il faif^it fort cl&ud ^ 

Y^lu^ur'^h^X'''-'''' f *'^''^* ^ *'*^^^* '^^ f« l^eS 
* ««« ,,powy chercher je ne f9ai quoi ,Hque iV avois Jew^ ft«c 

reflewon : mesG^w qui «n«V^yoiii?;et L^fa "^ 
qu il ^toit fort tard . & que la nuit <^0f t obfcure?eme„lam 
]ebrwt,que.fitcetAnimal,crurentquec'^oit,^fcT^^^^^^ 
^ui p^ffiwt la Riviere . & deux d Weux partirem^rSn 
*vecleur5F«fUscharg^s i par bonheur pour moi un des d?uT 

qu il ne fit manquer la proye , maJs il auroit bien L ft K^l 
que ^ar ^tourderie il ne m'eut pas manqu^. ^ 

h autre avanjant aupetit pas , m'apperjut k vint pas de lui. 

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I 7 1 1 . 

Aout. 



Du Ging-Seng 



316 JOURNAL HtSTORIQUE 

& ne douta point que ce ne fut un Ours , <jui fe dreflbitiur 
fes deux Pattes de derriere , comme ces Animaux font tou- 
jours , quand ils entendent quelque bruit. A cette vue le 
Chaffeur bancte fon Fufil , oh il avoit mis trois poftes , & fe 
courbant prefque ^ terre , fait fes approches le plus douce- 
mient qu'il peut. II alloit tii?er , lorlque de mon c6t^ je crus 
voir quelque chofe , mais fans pouvojr diftinguer ce que c'e- 
toit: ne pouvant n^anmoins douter que ce ne fut quelqu'un 
de mes- Gens , je m'avjfai de lui demander , fi par hafard il ne 
me prenoit point pour un Ours ; il ne me r^pondit ooint , & 
lorfque je I'eus joint , je le troutai tout interdit , « comme 
faifi de Thorreur du coup , qu'il avoit iti fur le point de faire. 
Ce furent fes Camarades, qui m'apprirent ce qui s'etoit paflK. 

La Riviere de Saint Jofeph eft (i commode pour le Com- 
merce de toutes les Parties du Canada ., ^u'il n eft pas ^ton- 
nant qu'elle ait toujours it6 beaucoup fr^quent^e par les Sau- 
vaees. D'ailleurs elle arrofe un Pays tr^s-rertile , mais ce n eft 
pomtUceque ces Peuples eftiment le'plus. C'eftmemebien 
dommage ae leur donner de bons Terreins ; oil ils n*en font 
aucun ufage, ou ils Tont bientot d^graifll^ en y femant leur 
Maiz. Les Mafcoutins avoient , il n'y a pas lontems , un Eta- 
bliilement fur cette Riviere , mais ils font retourni^s daiisieur 
Pays , qui eft , dit-on , encore plus beau. Les Pouteouatamis 
y ont occup^ fucceffivement plufieurs Poftes, &y font en- 
core ; leur Village eft du mSme c6t6 que le Fort , un peu au 
deffous , & fur un tr^s-beau Platon : celui des Miaqjis eft de 
I'autre cot^ de la Riviere. , 

Les Sauvages qui fe font de tout tem^lus appliqu^ qye 
les autresAla Medecine , font grand ca4iPiu Gin -Seng,- 6c 
font perfuadis que cfette Plante a la vertu de rendre les Fem- 
mes^fecondes. Je ne crois pourtant pas que ce foit par cette 
r aifon , qu'ils VofA nomm^e AbefoutchenTa , qui veut dire un 
Enfant ; elle doit ce nom k la figure de fa Racine , au moins 
parmi les Iroquois. Vous avez vu fans doute , Madame , ce 
que le P. Lamtau , qui le premier I'a port^e en France , en 
aecritfous le nom SAumiana Canadenfis : elle eft au moins 
pour la figure , a^olument la mdme que celle , qui tious vient 
dela Chine , & <f!^ ^^^ Chinois tirent de la Cor^e & de la 
Tartarie. Le nom qu'ils lui donnent , & qui (ignifie la reffem- 
blance de t Homme i Jes yertus , qu'ils lui attribuent , & qu'ont 






'A 'W 



\ 




Du Fdvier , 
&(luSa/rafras. 



DIJN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XXII. 3*7 

experiment^es en Canada, ceux , qui en ont fait ufage , & la 
conformity du Ciimat (a) font un grand prejuge, que fi 
nous la prenipns comme venant de la Chine , elle feroit auffi 
6ftim6e que celle , que les Chinois nous vendent ; peut- 6tre 
ii'a-t-elle faitfi peu de fortune parmi nous , que parce quelle 
croit dans un Pays , qui nous appartient , & qu'elle n'a pas le 
relief de nous 6tre tout-^-fait ^trangere. 

En reiflontant la Riviere de Samt Jofeph, je remarquai 
quelques Arbres , que je^n avois point vu ailleurs. Le plus fin- 
gulier , que je pris d'abord pour un Frefne k fes f^uilles 
vient extr^miement gros , & porte des Feves , qui font trhs<- 
belles k la vue , mais on a beau les faire bouillir , elles n'en 
font que plus dures , & il n'a jamais 6t6 poffible d'en faire au- 
cun ufage. Les Campaenes, qui environnentleFort , font 
tenement couvertes de Saffafras , que I'air en eft embaume ; 
mais ce n'eft point un grand Arbre , comme k la Caroline ,ce 
ne font que de petits Arbriffeaux , qui rampenfprefque i 
terre ; peut-^tre auffi ne font-ce que des rejettons dfe Arbres , 

Su on a coupes , pour d^fricher les environs du Fort , & des 
ourgades Sauvages. 

II y a ici quantity de Simples , dont on pi^t^nd que les Sau- 
vages ufent un peu k I'aventure , fags autre principe que lex- --ages ..u 
pdnence hafard^e l^gerement , & qui Ifes trompe quelquefois • ^^r ^r^'" ' 
carles memes Remedes n'agiffent pas ^galement fu? toutes L d^'T" 
iqrtes de Sujets , attaques des m^mes Maladies , mais ces Peu- ''"y'- 
pies ne f^avfent pas faire toutes ces differences. Ujie chofe 
oui m'etonne toujours , c'eft Timp^netrable fecre^g^u'ils gar- 
dent fur leurs Simples , ou le peu de curiofite dSi|an5ois 



pour en avoir la^ connoiffance. S'il 1^ a point de ll'faute de 
ceux-ci,rien ne montremieuXjCe meiemWe, qaelesSauvages 
ne nous voyent pas volonoers dans leur Pays ; mais lious en 
avons d'autres preuves , auffi peu equivoquesique celles - ci. 
II fe oourroitfcien auffi qii'ils fuffent au liijet de leurs Sim- 
ples dans la m6me opinion , oil Ton afsure qu'ils font par 
rapport k leurs Mines ; k f§avoir , qu'ils mourroient , s'ils en/ 
decouvroienrquelques-unes aux Etrangers. * 



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Sau 



Secret 



dea 

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( « ) La Rivlne noire eft par les quaran- 
te-un dcer^ , cincjiunte minutes ; c eft par 
ccttc ueme Latitude , qu'on tire ie Gin- 
Scng dc Cotis , pour I'Enipcrcttr de la Chi- 



ne. On en a port^ ^ la Chine, & pt^pat^ par 
les Chinois , ils I'ont vendn toinnic ve- 
nantde Cor^e, ou de Tattaiie. Au refte 
cctte ptjpaiatioo o'y ajo()it rien. 



% 



1 7*1 
Aout. 



3,5 JOURNAL HISTORIQUE 

Les Sauvages de ces Quartieri font naturellement voleurs, 
»& regardentcomraede bonne prife , tout ce qu'ils peuvent 
attraper. U eft vrai que fi Ton s'apper^oit 4e bonne heure , 
DCS Miamis. qu on a pctdu quelque chofe , il furat d'en avertii; le Chef, on 
eft aisiiri de laretrouver ; riiais il faut donner k ce Chef plus 
que la valeur de la chofe , & il demande encore quelque ba- 
gatelle pour celui, qui I'a retrouv6e , & qui eft apparennnent 
le Voleur mSme ; je fus dans le cas di$ le lendemain de men 
arrivee , & on nc me fit point de grace : ces Barbares fou- 
tiendroienf une Guerre , plutot que de fe relicher Tur ce 

Quelques jours apr^ je fus rendre vifite au Chef dcs Mia- 
mis , qui m'avoit pr^venu ; c eft un grand Homme bien fait , 
mais fort difgracie , car il n'a point de Nez : on m'a dk que 
ce malheur lui etoit arriv^ dans une d^bauche. Quand il (^ut 
que je venois le voir , il alia fe placer au fond de fa Cabanne, 
lur une maniere d'Eftrade , oii je le trouvai affis les jambes : 
croifees , k la fajon des Orientaux. II nc me dit prefque rien, 
^ & me parut affefter une graviti fierc , qu'il ibutenoit aflez 
mal J c'eft le premier Chet Sauvage , i qui f ai vu obfer vep eg 
C^r^monial , mais on m'averttt qu'il faut lui rendre la pareil- 
le , ft on ne veut pas en ^tre m^prif^. 

Ce jour - li.les Po*iteouatamis ^toient venus jouer au Jeu 
ties Pailles cher les Miamis j on jouoit^ans la Cabanjie du 
Chef, Sedans une Place, qui eft vis-i-vis. Cefi Pailles font 
de petits Jones de la groffeur des tuyaux de Froment j & de 
la longueur de deux polices, On en prend un paquet , qui eft 
ordih3^emem de deux cent un, 6c toujours en nombre^m- 
pair. Apr^qu'on les a^en remuis , en faifant mille contor- 
rions,& enlnvoquannes G^nies, dn les f(ip»re jivec une 
efpece d'aleine , ou un os pointu , en paquets die dix : chacun 
prend Ic lien k l>veqture , & celui , k qui ^choit le paquet de 
onze^ gagne un certain nombre de pomts , dont on eft con- 
venu ; les Parties font en foixante , du en quatre-vint. 
. II y a d'autres manieri&s de jouer ce Jeu , & on a voulu me 
les expliquer , illais je n'y ai rien compris , finon que quelque- 
foisle nombre de neuf gagne toute la Partie. On m'a ajoute 
qu'il y avoit autant d'adrefle , que de hafard 4 ce Jeu , & que 
Jes Sauvages y font extremement frippons , comme dans tous 
Ips autrcs j qu'ils s'y acharnent fouv^ni jufqu'i y pa^er les 



Du Teu des 
I'ailici. 



/r:. 






si. ^1. 



^ 






imfrvoYAGEDEi;AM]^Rit^.i^T.3rim.jTg : : 

jours & les nuits , & que quelquesf-unsnecefltnt point de TtTP ' 
louer . que quand ils font tout nuds , & n'dnt plus rien iper- Aout.' 
dre. lis en ont «n autte. , qui ne pique p<?int par I'envie de 
gagnerjr c'eft un pur divertiffement , vitta«h1l a prefqUe tou- 
jours, des fuites funeftes poiir les moeurs.' » ^ 

A Vmitie de la nuit orrdreffe au milieu dVnegrande.Ca- Autrej«u^. 
banne plufieurs Ppteaux places 6n rond , au rfilieu fork les 
Inftrumens ; on pofe fur chaque Poteau unpaquetde duvet , 
& il doit y en avoir de toutes les couieurs. Lesjeunes gens 
des deux Sexes mhUs enfemble , danfent en rondf autour des 
Poteaux , les Filles ayant aufli du duvet , de la couleur qu'el- 
les aiment : d^ terns en terns un ieune Homqie fe d^^e , & 
va prendre fur uri Poteau du cluvet de la coule,af7qu*il re- 
«>nn?,it 6«e a|i gr^ de ^ Maitrcffe , Stfe le mettant fur U 
tfite , il danfe autour d*eJle , & lui donne par figpe un Rendez- 
vous : la Danfe finie, lefeftin. commence, & dure tout le* 
/our J le foir tout le monde fe retire , & les Filles font fi 
bien leur compte , que malgri la vigilance de leurs Meres , 
dies fe trouvent aulieu qui leur a ^e affigne. 

Les Miamis ont encore deux Jeux , dont le premier fe nom- 
me , le Jeu de la Crajfe., On y joue avec une Bale & des Ba- 
tpns ,.recourWs& terminus par une efpece de Raquette. On J 

dreffe deux Poteaux , qui fervent de Bornes , & qui font 
^oign6s:l un de I'autre , 5 proportion du nombre des Joueurs. 
Par exemple , s'ils font quatre*vint, il y a entre les Poteaux' 
une demie lieue de diftance. ies,^oueurs font partag^s en 
deux bandes , qui ont chacune leur Poteau , & il s'agit de 
laire aller la Bafe , jufqu^ celui de la Partie adv6rfe , fans 
quelle tombe k terre , & fans quelle foit tduch^e avec la 
miin ; car fi Tun ou^utre arrive , on perd la Partie, k moins; 

?"S ^®^jf » ^"^ * ^*W ^^"'^ » "*^ ^* ^^^^ » en faifant aller 
la Bale d u|i feul tralf.tu But , ce qui eft fouvent impoffible.. 
Ces Sauvage^ font ft adroits i prendre Ig^ Bale avec leurs, 
Croffes , que quelquefois ces.Parties durent plufieurs iours de^ 
iiutev '^ ■ < 

1-e fecond Jeuapproche beaucoup dfe celui-ci , & n'eft pas 
fi dangereux. Oh marque deux Termes , comine au premier , 
& leSJoueurs ocq^pent toutJTefpace , qui eft entr^deux. Ge- 
lui oui doit conAiencer , jette en Tair une Bale le plus i5er- 
pendiculairement qu'il eft poflible , alin qu'il puiffe plus aif^. 






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3»o jourIIal irisTOJirQUE 

' mgnt la rattraper , 8c la jetter ws le Burt Tous les ^tres ont 

'7 V * les bras Icves , &.'Celui , qui faifit la Bale-, fait la fnSin%Ma- 

^^^^' noeuvre , ou jette la Bale it. quelqu'vin de'fa Bandc, qu'il efti- 

me plus alerte , ou plus adroit que lui ; car pour ^gner U 

• Partie i il faut que la Bale , avant que d'arriver au^ut , ne 

. foit jamais tomb^e entre les mains d aucun des Adverfaires. 

tes Femmes fouent auffii ce Jeu , mais rarement ; leurs Ban- 

des font de quatre Ou cinq , & la preiAiere , qui laiffe tomber 

la Bale , perd la Partie. c 

Du Chef & Les Pouteouatamjs opt ici un Chef & un OratcHr , qui 




Suites fiine- 
ftes dc I'Yvro- 
gncrie. 






Chretien ^ 8? bien inftruit , mais il ne fai| atuqun exercice de ' 
fa Religion. Un jour , que je Ipi en faifisis des reproches , il 
me quitta brufqiiemerit , alia daps la ChajpcUe , $c fit fa Priere 
4 haute vo)x , de (brte que nous rentendions de <jhez ie Niif- 
fioflnaire : ileft 'difficile de voir un Homme , qui parle mieux, 
& qui ait plus d'efprit ; d'ailleurs il eit d'un carattere fort ai- 
mable , & rmceremont attach^ aux Fran9ois^ Pir^mon ne 
I'eft pas moins , & je les aientendu tous deux parler dans ua 
Con^eii che? le Commandant , pii i]s nous dirent de tt^^belljBs 
chofes. I 

Plufieurs S?uvage$ des deux Nations , qui font:^tablies fur 
cette Riviere , ne font qtie d'arriver dfis Cfolonies Ari^loifes , 
oti ils ^toient al|e vendre leurs Pelleteries , &: d'oiiils ont rap- 
port6 beaucoup d'Eau - de ' vie. Le partage s'eit eftfait k la 
maniere accoutuin^e ; c'eft-4-dire*, que chaque jour on en 
diftrilAioitd un (rertain npmbre de Perfpnnes /autant qu'il en 
falloit k chaciin pour s'ert^vrer , & tout a ^t^ Wi en huit 
jours. On cpmmericoit k bbjre dans les deux Villages, d6s que 
le Soleil ^toit coucW , 6c toutes les nyits les Gampagnes re- 
teiiti0bierit de cri^^ de hurlemeiis afireux.,Oh eilt dit qu'une 
Efcouade de |3^mons s'^oit ^chap^e de I'Enfer , ou que 
Jes deux Bourgades ^toient ^arnees k s'entr'^gorger ', ft y, 
cut deux Hommes d'eftropies , i'en rencontrai un , qui s'^toit 
C^fi*^ le Bras en tombant ^ & je lui dis , que fans doute une au- 
tre fois il feroit plus fage : il me r^pondit , que cet accident 
n'etoit rien , qu il feroit bi^tot gueri i & qi$i recommence- 
roit i bdir^ , d^s quil guroit dequoi. 



Jugez^ 



\ 



i.. 



H 
it 



'. . Ju2e», ]\fadame , ccque pcMt faire un Miffionnaire au mi- 

Homme, qui s€ft€icpa€ri^|,ourga|nercre^ Ames k Diou, de 
fe voir obW d'en £tre le t^moin . & de n y pouvoirapborter 
-^^remede, Cte«flarbarc,connoiffehteux-m6mes l Oue m 
v?ogneri€ !« ruin* & les d^truit, mais quand on vcutleur 
perruade^quilsd6vro.eii,t itre les premier} ^ demanderqu'on 
leur retranche une Bpiflbn qui a pour eux des fuites^fia^ 
cheufes , lis fe contement de r^pondre : „ G'eft vous , qui 
nous V aver accoikumi . nojus ne pouvons plus noysen pV- ' 
fer , $c a vous refu%z ae nous en, donner , houi. en irons 

N SKfr'M'A'*^"^^^"- .S?««^i3Peurnoustue,^noS ^ 

d^"'"e, il eft vrai mais c'eft vous, aui avez fait le mal, & il '^ 
eft fons remede.^. lis n'ont pourtant pas raifon de s'en pren- ** 

pAfaii^ fccfier ec Commercct^ans Ja Colonic , ou\ r^duirftl 

• ies ;uftes borp^ ; on fcr;^^m6me pcut - 6tre oblig^ bientolK 

le permettreauxFran5oir, en prenant des meijres nd;^ en 

embecher 1 abus , d autartt plus que I'Eau de vi^Me^Sl6is . - 

\ eitWaucoupplusmai-fai£nte,quelan6tre. W^' 

\ Ia:"- ,^*^"^*"^*^"® !"*"«""» neva jamais feol; il - 
\ift toujourslejrincipe, ou la fuitiB de plufieurs autres. tes 

iTf ^^r^*""'"' *J"! ^'^''^f '"'^^^ ^^"* "^"' ' dont nous par- 

Wk' i^"if ''^ P'^' ' ^" *^.''"' '°"i°"« ^««e d'une maniere 
barbare & inhumaine , n^avoient rien . qui troubl^t leur bon- 
heur ; 1 Yvrognerie W a rendus intireff^s , & a troiiW^ la 
^ douceur, qu ils goutoient di^ns le dome/lique , & dans Ig com- 
??•" ^ jJ-^^-Tout^fois , comme ils ne font frapp^s que de 
1 obje5/f)rtfent , les maux , que leur a caiif^ cette paffion 
n ont pdint encore tourn^ en habitude ; ce font'deforaces' 

qui paffent . & dont la bonte de leur caraaere , & le fon3 de 

tranquillity d ame , quMs ont i^5ue d^da Nature , leur dtent 
prefque le fou venir , ^and ils font paff^^. 

II faut avouer ^e du ptemier coup d'o&il la vie ou'ils mel lu u j 
nent, paroit bien dure , ^mais outr^^u'en cda'^rieTne fal ^^4^ 
peine , que par comparaifon , & qup rhabitude eft une fecon- ' 
de nature , la libcrt^.dont ils jouifiept , e^ poureux un grand 
dWommagement des commodit^s , dont ils font priv^s Ce 
' *!"« "J"« voyons tous les jours dans quelques Mandians de 
£'/^^^ "^* Perfonms dp la Campaguei 



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Aout. 


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1 71 !• 

Aout. 



font 
manictc 

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nousfournit une preaive fenfible , qu'on peut &relieureux 
dans le fein m6me de indigence. Or , les Sauvages le font 
encore plus r^ellement ; premierement , parce quVls croyent 
r^tre ; en fecond lieu, parce qu'ils font dans la poflfeffion pai- 
fible du\)lus pr^cieux 4e tous les dons de la Nature ; enhn 
parce qu'ils ignorent parfaitement , & n'ont pas m6me en- 
vie de connoitre ces teux biens , <jue nous eftimons tant ,, 
que nous achetons au prix des v^ritables , & que nous gou- 

tons fi peu. ^. ,, au J • 

• EfFeaivementen quoi ils font plus eftimables , & doivent 
Itre regard^s comme de vrais Philofophes , c'efl: que la vue 
de nos commodit^s , de nos richeffes-, de nos magnificences , 
ks ont peu touches , & qu'ils fe f9avent bon gri de pouvoir 
s'en paffer. Des Iroquois , qui en 1 666 allerem k Paris , & i 
qui on fit voir toutes les Maifons Royales, & toutes les beau- 
t^s de cette grande Ville , n'y admircrent riert , & auroient 
pr^feri leurs Villages i la Capitate duplus floriffant Royau- 
me de I'Europe , sTils n'avoient pas viila Rue de la Huchette, 
oil les Boutiques des Rotiffeurs , qu'ils trouvoient toujours 
garnies de Viandes de toutes les fortes , Ips charmerent beau- 

prisquiis On ne pent pasmfime direqulls ne font enchantes de leur 
de notrc farQn dc vivrc , que parce qi^'ils ne connoiffent point la dou- 
"'*^''' ceur d^ lanotre. Des Francois en affez grand nombre , ont 
v^cu comme eux , & s'en iont fi Wen trouv^s , que plufieurs 
n'ont jamais pii gagner fur eux , quoiqu'ils puflent 6tre fort 
k leur aife dans la Colome , d'y revenir ; au contraire , il n a 
pas 6t^ poffible i-un feul Sauvaee de fe faire k notre maniere 
de vivre. On a pris de leurs Enfens au Maillot v on les a 61e- 
vesavec beaucoup de foinj on n'arienoaiis pour leur oter 
la^onnoiffance de ce qui fe paffoit cheE leurs Parens : toutes 
ces pr^cautibns ont hi inutiles , la force du fang la empor- 
te fur I'Education : d^ qu'ils fe font vus en libert^ » »« ont 
mis leurs Habits en pieces , & font alWs autraversdes Bois 
chercher leurs Compatriotes , dont la vie leur a paru plus 
aereable , que celle qu'ils avoient men^e chet nous. 

Un Iroquois nomm^ h Plaque^ celui-l4 mdme ^ dont je 

vous ai dit , Madame , qu'enfauvant lavieifonJP«redans un 

Combat , il s'^toit cru d^gag6 de tout ce qu il lui devpit , a 

. vieu plufieurs ann^es avec les Francois j on la radme tait 






DTJN VOYAGE DEUAMERIQ.LET.XXILji 

Ifieutenant dans nos Troupes, pourle^xer, parcequece- 
?" "" 5':^s.iJ5«ve Homme. II n\ pA y tenir , il eft retourn^ 
dans fa Nation , n emportant de chez nous que nos vices, , & 
f a^ant .corrig^ aucun de ceux , qu il y avolt apport^s. II ai- 
moit eberduement les Femmes , il ^toit bien fit , fa valeur 
& fes lilies aaions lui donnoient un grand relief, il avoit 
beauc^up defprit , & des raariieres fort aimables ; il fit bien 
des infidelles Ye? de/?rdres allerent fi loin , aubn ddibera 
dans le Confeil de fon Canton * fi on ne sen dlferoit pas II 
iut n^anmomsconclui la plurality des voix qu'onle laiffe- 
roit vivre , parce qu'^tant extremement couraeeux , il neu- 
pleroii le Pays de bons Guerriers. ^ ' ^ 

Le foin^v-^ue Jes^Mefes prennent de leurs Enfans , tandis 



172 I. 

Aout. 



2..'i r ^ — ''?:^-;-— -"r* *"""•"•'"«**«:"»» 'inrans, tandis Dufoln trie 

u lis font encore au^erceau , eft au - deffus de toute expref- '« M"„'pTc! 
on , & fail voir bien felfiblement que nourgatons fou vent T^ ^' '""" 
tout , par les r^fl^xions »e nous ajolitons i cl que nous in"- 
pu-e la Nature. Elles ne les quittent jamais , elles les portent 



■^;*0. 



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.f^ 



f "',,"*„ "*' ^x' H"'^^"" jiinais , cues les portent 

partout avec e les , & lorfqu'elles femblent fuccomber fous le 
poids , dont elles fe chargent , le Berceau de leur Enfant n'eft 
compt6 pour rien : ondirojtmeme quecefurcroitdefardeau 
elt unadouciffement , qui rend le refte plus leger. 

Jlien n'eft plus propre que ces Berceaux , I'Enfant y eft 
commod^ment & mollement couch^ : mais il n'eft bande^ que 
julqui la ceinture , de forte que quand le Berceau eft droit, 
ces petites Creatures ont la tete & la moiti^ du corps pen- 
dant ; on s imagineroit en Europe qu'un Enfant , qu'on laiffe- 
roit.en cet 6tat, deviendroit tout contrefait , mais il en ar- 
rive tout le contraire , cela leur rend le corps fouple , & ils 
font en effet tous dune taille & d un port , que les mieux faits 
parmi nous envieroient. Que pouvons - nous oppofer k une 
«*e"??ce fi g,^nerale ? Mais ce que je vafs dire , n'eft pas 
auiu aife k juftifier. '^ 

U y a dans ce Continent des Nations , qu'of nomme Tc'us - Fip,r« n. 
platfs , (k qui ont en efltet le front fort applati , & le haut de •*''"'« • i"'= 
la t^te un pcM allong^. Cette conformauon n'^ft point I'ou- 3S"„'t " T 
vra|e de la^Nature , ce font les Meres , qui la donnent k leurs icurs Enfans. 
En^ns , d^ qu ils font nis. Pour cela elles leur appliquent 
fur le troat ,.& fur le derriere de la tSte deux maifes tfargile . 
ou de quelqu autre mauere pefante , qu'elles ferrent peu i peu, 
julqu k ce que le jcraUie ait pris la forme , qu'elles veulent lui m 

Slj 



Fipjres rl- 



UDS 



I7ii« 
Aout. 



V 

■V 



dbnner;. II paroit que xette op^mion fait beaucoup-fouffrir 
ces Enfans , i qui on voit fomr par les narines une inatiere 
Blanchatre affezipai^ ; tnais ni ces accidens , ni les-cris que 
font ces petits Innocens , n'allarment point leurs Meres , ja«- 
loufes de leur procurer une bpnneerace , dont elles ne con- 
^oivent pas qu on puiflfe ie pafier. Ceft tout le contraire par- 
mi certains Algonquins-, que nous avons nomm^/ TStes de 
Boule t & dont je vous ai d^ja parl^ , car ife font confifter la 
keaut6 i avoir la t^te parfaitement ronde , & les Meres s'y 
prennent auffi de tr^s-bonne heure , pour domier cette figure 
2Lleui)s Eofans.' 

Je Voulois ', Madame , pcofiter dU loifir , que fai lei ,& qui 
fera peut>etre plus tong^ que je ne le voudrois, pour finir tout 
ce que j'aia vous dire fur cette matiere, mais quelques em«- 
barras , qui me font furvenus , & le depart proehain d'un 
Voyageur , qui s'en retoume dans la Colonie ,.m'obligenc 
4 interrompre oe Recit , que je repreudrai aapremier jour». 
Je fiiis, &tt». ^ 



VINT-TROISIEME LETT RE. 



Suite du CaraSere des Sauvages , & de leur maniere 

de vivre. 



©e la Riviere de S. Jofeph , ce huitieme Aout 17a k. 



M 



ADA ME, 



Je repreti^, la (uite de mes M^moires , o^ je Tai inters 

rompue , voui trouverez peut - Stfe que je n'y mets pai aflez 

^ d'ordre, mais cm excufe du moins dans une Relation > ce 

qu'on admire dans une Ode ; ce-qui dans un Poete Ly rique 

eft un effet de l*Art , eft une neeeffit^ dans un V«y ageur , qui 

ne peut raconter les chofes , qu'4-mefure qu'il les apprend , & 

qui eft oblige d'^crire ee qu'il voit dans la crainte de les. 

. oublier. 

if lu Lvl^ Les Enfans^des. Sauvages , au fortir du Berceau , ne font 



ii^i»',i'> ' 



v^C' 




Dt;«I^YAGE DE UAMERIQ. Let. XXm. 51c 
^fii&i^)eo aUcune maniere , & dfes qu'ils peuvent fe roider fur 
lespi^ds & fur les mains , on les laiffe aller o^ ib veulem tout 
nuds , dans FEau , dans les Bois , dans la Boue , & ^ans la 
Neige ; ce qui leur fait un Corps robufte , leur donne une Rcs.&icsr« 
grande foimleffe dans les Membres , les endurcit centre les Sbicnfaits. 
injures de ^Air J mais auffi , commc je I'ai dija remarqud , 
kur eaufe des foibleffes d'eftomach & de poitrine qui les 
rumentde bonne ^re. L'Et^ ils courent^ d^s qu'ilsVont le- 
yes, 4 laRiv^i^oirdans les Lacs ,& y demeurent une par- 
tie du jour i batifoler , comme on voit les Poiffons fe iouer 
quand il fait beau terns ,A^ers la furface dp I'Eau. II eft certain 
que rien n'eft pluspropre ^ue cet exercice » i les denouer , & 
a les rendrf agiles^ 

On leur met aufli de tr^s-bonnerheure TArc & la Fl&he en 
main , & pour exciter en eux cette ^ulatioa, qpfeft la meil 
feure jnaitreffe des Arts , il neft pas n^ceffaire^ placer bur 
dejeuner au haut d'un Arbre , comme on ^foit aux ieJtes 
J-aced^moniens , ils naiflent tous avec cette paffion pour la 
gloire, qui n'apasbefdn d'etre aiguilbnnee ; auflitirent-ils 
ieursFl6ches avec une jufteiTeitonnante , & il ne leur a prefr 
Gue rien coiite pour en acqu^rir une femblable dans I'ufaec 
de nos Armes i feu-. On lesfait encore lutter enfemble & ils 
sacharnent tellement a cet exercice , que fouvent ils fe tue- 
roient , fi on a'avoit pas le foin de les %arer ; ceux qui ont 
du deffous encongoivent unfi grand d^pit , qu'ils ne fe don* 
nent pas le moindre repos , qu'ils n'ayent eu leur revanche. 

Engen^al on peut dire , que les Peres & les Meres nen^- a oom ft 
gligent rien pour infpirer k leur* Enfans certains, priucipes '^dait^Muca- 
ihonneur, qu'ils confervent toute leur vie-, mais au'ilcTn "<»>q«'oniettEf 



rcurs pre- 
miers cjrerci- 
«s , & leur 
^mulatioa en- 
(c'cuz. 



,' . /I ^ • ., -"""^-''f V."-"" J" ics ;nitruiient lur 

cela , Jce& tjoujours d'une maniere mdireae ; la plus ordinaire 
eft de leur raconter les belles Afiions de leurs^ Aacetres ou 
de^ceux de leur Nations oes jeunes, Gens.prennent feu k ces 
R6cits, & ne foiipirent plus qu'apr^slesoccafions , d:imitcr 
ce au on leur a &it admirer. Quelquefois pour les corriger 
de feufs d^fauts, on employe les priexes & lesdarmes, nuis 
^mais les menaces; elles, ne feroient aucune impre/5on fur 
des efprits pr^enus , que perfonne au monde n*eft,*».drjoit 
ae.les contrainqrfi^ . , *.^^ 



*"■' 




'^^: 



I 71 !• 

Aouc. 



316 jouKnAh miro^KiQvi. 

Une Mere , qui voit Ta Fille fe comportermal , feineti^ 

Sleurer ; celie - ci lui en demande le fujet , & elle fe contente 
e luidire ., Tume deshonoreu II efl rare que cetteinaniere de 
reprendre , ne foit pas efficace. Cependant depuis qu'ils ont 
eu plus de commerce avec les Francois , quelques - uns com- 
mencenc ik chatier leurs Enfans , mais ce n'dl gueres , que 
parmi ceux, qui font Chretiens , ou qui fe font fix^ dans 
la Colonic. Ordinal rement la plus grande punition , que les 
Sauvages employent pour corriger leurs Enfans , c'eft de leur 
jetter un peu d'eau au Vifage , les Enfans y font fort fenfibles, 
& g^n^ralement I tout ce qui few le reproche , ce qui vient de 
ce que ie d^pit eft leur plus forte paffion a cet 4ge.^ 
Des paffions (J)n a vu dcs Fillcs s'^trangler , pour avoir re^u iine repl- 
ies Sauvages. ^^^^^ ^ffcz l^gcrc de Icurs^crcs , pu quelques goutes d'eau 
au Vifage , & Ten avertir ea lui difant , Tun auras plus de 
Fij^. Le plus grand mal eft que ce n'eft pas toujours k la 
vStu , qu'on exhorte ces jeunes Gens , ou ce qui vient au 
meme , qu'on ne leur donne pas toujours de la Vertu , des 
idees bien juftes. En eflFet on ne leur recommande rien tant 
que la vengeance , & c'eft de quoi on leur montre de plus fre- 
quens exemples. 

II femble , Madame , qu*une enfance fi mal difciplin^e 
doive etre fuivie d'une jeuneiTe bien turbulente & bien cor- 
rompue ; mais d'une part les Sauvages font natur^llement 
tranquilles , & de bonne heure maitres d'eux-mfimes , la rai- 
• fon les guide aufli bien plutot que les autres Hommes ; & de 
i'autre , leur temperamment , furtout dans les Nations du 
Nord , ne les porte poinbi la debauche. On y trouve bien 
quelques Ufages , oil la Pudeur n'eft nullemen^ m^nag^e , 
mais il paroit que la Superftitioiiy a plus de part , que la de- 
pravation du coeur. ^. 

Les Hurons , guand nous commetr^ames a les pratiquer , 
^toientpluslafcin , & fort brutaux dans leurs plaifirs. Les 
jeunes Gens des deux Sexes s'abandonnoient ians honte i 
toutes fortes de diflblutions , & c'^toit prjncipalement parmi 
eux , qu'on ne s'avifoit pas de faire un crime k une Fille de s'e- 
tre proftituie : leurs Parens ^toient les premiers k les y en- 
gager , & Ton voyoit des Maris en ^e autant de leurs rem- 
mes , pour un vil int^dt. Plufieurs ne fe maridient point , 
mais prenoient des Filles pour leur fervir , difoient - ils , de 



/' 



DtTN y OYA GE DE L'AMERIQ. Let. XXffl „t 

ou'un BrahJAr . I'M. i ? ' " °"' louvent fur e Corns '«"=°^ 

ture . & iU portent pardeffm ime CouveZ? fe t "'"■ 
rent en avo^ , fi^^n y, fe fon, une CS'^eTu dfc 
ou de plubeurs Peaux Ae TaA^re -i« t « a v^urs, 

,^^.^f^T *"'■'!"•- SeiS^eVcn^ftlorf- 
qu il fait hien froid , ou qu'elles font en vnva»^ 11 r 

v«nt la T&e avec feu«U™,L*: oS' Kobe^ ■?"- 

une Peau , qu leur fert de Jimnp L -^ , ' °"- 

pu« la c/n,U, K,^-^ ^^^j^bV. "^ '" '" ™^^^^^^^ 
IOU& tont fort curieux d'avoir de« rhprnsr^c -. • 1 

foes, &»klesylaiflentjufqu'4ceau'ellst^mb^^^ 
mure , car ils ne ft donnent jamais la peine de les laver^Llr 
Tun,qaes,ouCamifoIesdePWuxfonrordi,Sremi^^^^^^^^^ , 
i la fumie, comme les Chauffona c'eft A .lirT ^ ! 
ouWles en a laiffi pinker ."TTeS wt'n'^V, t& i 

ellesfeMuventlamconMieduLihge.OnJ«MlirVauffi ' 

en !e.farfmt temper dans reau.puS en les frotSTa^sk: 
mains , lufqu'i ce Welles foientVecbes & maSes Ma!^ 

Plufieurs fefontpi<pier, comme auttrfois les PiSe«- «,- n „ 
ndl pas pour eux un pw ornement I ils y trouvent ^^re! S;^'-' 






I ,^' 



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;V. -14. 1- 



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171 1. 
Aout. 



3iS J O U R N A L H I S T O R I Q U E 

dit-on , de grands avantages : cela fert beaucoup i les garan- 
tir du froid , les rend moms fenfibles aux autres injures de 
I'air & les d^livre de la perf^cution des Moucherons. 11 n'y 
a n^anmoins que dans les Pays oqcup^ par les Anglois , fur- 
tout dans la Vrrginie , que Tufage de fe faire piquer partout 
le corps foil bien commun. Dans la Nottvelk France laplu- 
part fe contentent de quelques figures d'Oifeaux , de Serpens , 
ou d'auires Animaux , & mSme des feuiltt^es & autres figu- 
res femblables , fans prdre ni fym^trie , mais fuivant le ca- 
price d'un chacun , foUvent au vi(kge , & quelquefojs meme 
fur les paupieres. Beaucoup de Femmes fe font piquer aux 
endroits du vifage , qpi ripondent aux machoires , pour fe 
garantir des maux de dents. '■• .. 

Cette operation n eft pas douloureufe en elle-mfime : voici 
lamaniere, doni elle fe fait. On commence par tracerfurla 
Peau bien tendue la figure , qu'on y veut mettre. On pique 
enfuite avec des arr^es de Poiffons, ou des aiguilles , tous 
ces traits de proche en proche ; jufqu 4 en faire lortir le lang , 
puis on paffb par-deffus du chgrbon pile & les autres cou- 
leurs bienbroyees & pulv^rif^es. Ces poudres s infinuem fous 
la peau, & les couleurs ne s'eflfacent jamais. Mais peu de 
terns apr6s la Peau s'enfle , il/y forme une galle , accompa- 
gnee d'inflammation : la fi^vre furvient ordinairement , & li 
Fe temps ^toit trop chaud , ou que I'operation cut ete pouffee 
trop loin , il y auroit du danger pour la vie. 
r^mmen. Les couleurs , dont on fe peint le vifage . & la graiffe , 
&?«~; dontonfefrotte partoutie corps, produifent les memes avan- 
ft pcigncnt ic tages & donnent , felon ces Peuples , autant de bpnne 
grace , que la picqure. Les Guerriers fe peignent , lorlqu lis 
fe mettent en campagne pour intimider leurs EnnemiS , peut- 
etre auffi pq«r cachcr leur peur, car U ne faut pas croire 
qu'ilsen foicait tpus exempts. Les Jeunes-Gens lefont pour 
2ouvrirunairde jeuneffe, qui les feroit moms eftimer des 
vieux Soldats , ou la paleur , qui leur feroit reft6e d une ma- 
ladie, & quils craindroient qu'on ne prit pour un eflet de 
leur peu de courage: iU lefont encore pourferendre plus 
beaux , mais alors les couleurs font plus vives , & plus va- 
rices : on peint les Prifonniers deftin^s k la mort ; je nen 
fcai pas la raifon : c'eft,peut.are pour parer la viaime , qui 
i)ii etre facrifi^e auDleii de la (Guerre. Enfin on peint les 



vifage 




DyNyOYAGEDEL'AM^ERlQ.LET.XXIII. 3Z9 

fr^^ftf^i^' '''P^^^''^*'"^^.'*f *^^'^"" PJ"« belles ,rol^s, 
& c eftfans dome pour couvrir la paleur <fc la Mort , qui le^ 

Les'couleurs , done on fe fert dans ces occafions , font les n 

^inr Ti°H P'' ^^^".^'7^*' inais ellelne s'efFdcem pts a gl 
mem. Les Hommes ajo6tent k cette parure du duve de Cv- 
goes ou d'autres O/eaux , qu'ils feSient fur leurs cheveux 
gra.ffes en au.fe de poudre. lis y joignent des piSmes de 

IT *t'T 1 "kV^ ^'^ ^°"r " ^'P^^ de difl^remlni! 
maux , tout cela bifarrement plac^. La^gure des cheveux 
tantot h^nfKs d'un c6t^ , & afplatis de fautr, /ou accom- '^ 

inod^s en mille manieres differeUs ; desWans aux o^eTl- 
les, & quelquefois aux narines , une grande coquiile de 
porctlame , qu, pend k leur pou , ou furteur eftom?ch des 
couronnesdepW. d'Oifeaux rares . d4riffes oS de o„! 
cles , des ferres , des pattes , ou des tStes d'Qifeaux de prove 
^e petites comes deChevreuils , tout cela entre Zr& 
leur ajuftement. Maisce qu'ils ont de plus pi-icieux eft tou- 
,oursemp!oyaparerlteseVft,Ioifqu^c« 
leur premiere entree dans le Village d'e leurs Vainqueurs 

11 eft k femarquer que hs Hommes n'ont gu^res foin de 
parer c^ue leur t6te. C^eft tout le contraire oour les Femmes! 
Jlles ny mettent prefque rien ; elles font ifulement Sfe 
de leurs che^reux , & elles fe croiroient d^shonnor J , fi on 
les leur coupojt, Auffi , lorfou'4 la mort de leurs Parens elles 
sen coupent une partie , elles pr^tendent feur' marquer la 
plus grajjde douleur dom elles font capables. Pour les con! 
Terver elles les graiffent fouvent, les poudrent avec de it 



^i-r 



Orifcmcns 
ics FcmiQcs. 




^"®^.^/ !!f';P«'il» w, .«a.M«c ac^ caaeneites , qui leur 
pendent^^ufqu i la ceintuf e. Pour ce qui eft du vifLe , elles 

Leurs narines ne font jimais perches , & il nV a que parmi 
quelaues Nations , qu'elles fe jSfent les oreilles. Xs^ellTs 
y inf^rent comme font auffi les /Hommes , ou elles y laiffen 
pendre des grains de po«;elaine, Lorfqqeljes font dans leurs 



*» 



I J 11, 



*,o JOURNAL HISTORIQUE 

plus beatix atours , ellei ont des rbbeji, ot| il y a toutes fortes 
* ' - • • dc figures peintes , de petits colliers de Porcelaine attaches 
AoAt. fans beaucoup d'ordre & de fym^trie, & une efpece de bor- 
dure affez paffablement^availl^ avec du poil de Porc-Epy , 
aa'cUes peignent aufli de diflferentes couleurs. Elles ornent 
3e la m^« manierc Ics berceaux de leurs Enfans , & elles 
les chargent de toutes fortes de colifichets. Ces btrceaux lont 
d'un Bbil l^gcf , & ont k leur extrimit^ d'enhaut un ou deux 
demi-cercles de bois de C^dre , afin qu'on puiffe les couvi^ir 
fans toucher i la tfitederEnfant. r j n • i« 

Lcursoccu- Outre 1« foin du M^na^ , & Ja provifion ^ Bois , les 
pations Dcia ^^^111168 f«it pwfquc toujours charg^€8 feuUs de la cuUure 
culture dc la j^^^ Chafflps ; fuot ouc les neiges fo« fondues , & les 
eaux fulTamineot ^coulics , elles commencent 4 pr Wr la 
Terre , ce qni confifte 4 la remuer l^erement avec un Bois 
recourb^ , dont le manche eft fort long , apr^s avoir mis le 
feu *x tiges f^ches de Ma« , & a«x autres Herbes , qui 
^toient deme«iHbs depuis la derniere R6coUe. Outre que les 
Grains , dont ces Peuples font ufage , font des Grains d Et6 , 
on pretend que la nature du Terroir de ce Pays-ci , ne permet 
pas dV rienTemer avant I'Hy ver. Mais je crois que la verita- 
ble raifon pourquoi les Grains ne poufferoient pas , ft on les 
femoit en iutoitonevC'eftquilsieglteroient pendant IHyver, 
ou qu'ilr pourriroient i la fontc des Neiges. II fe peut taire 
auff?,&c*eftl'opiniondeplufieurs, que le Froment , qu on 
recueille en Canada , quOKru'-Ofigiii^irement venu deFi^nce, 
ait contraa^ ffvec le terns tevpropriet^ des Grains dEt6 , qui 
n'ont pas affez «*e force pour poulTer phifieurs fois , comme il 
.•fy /» »»o nniic'iMnrknfi en Sentembre & en. UuoDre. 



Des Semen- 
cTes & Jes Rc- 
•oltcs. 



que les Sauvages ont tequ ce legume , aont m lom^ranu wd» , 
& qui ne (Hfifepe effijaivemem en rien du notre.Mais le fms 
furpris qu'ils ne fafiettt point , ou qu'ils faflent peu d ufage de 
nos Pois , qui ont acquis ^ans le terrein du Canada un d^gre, 
de bont6 fort fup^rieur k celle,qu ils ont en Europe, LesTour- 
nefols , les Melons d'eau, & les Citrouilles fe mettent i 
part , & avant que d'en femer la graine , on la faicgermer k la 
fumee dans une terre noire & legere. 
Pour I'ordinaire ks Femmes s'aident mutuellement dans 



DUN VOYAGE DEL'AMERIQ.tET.XXIir. 331 
le travail de la Campagne , & quadd il eft tenas «l« faire la. 
recolte , elles ont qckelquefois recours aux Hommes , qui ne 
d^daignenc «as dy mettre Ja main. Lotout finit par une fete, 
& par un feititl, J^ife fait pendant lanuit, les grains 8f hs 
autres frutts fe cohferviftnt dans des trpus , qiieron creufe en 
terre, & qui font tajpiffl^ de grandesicoroes. Plufieurs y latf- 
fent le Mail dans ies ^ys , qui font titeff^ i comme parmi 
nous les OigtK>ns , & les ^talent fur de grandes perches au- 
deifus de Tentree des Cabannes^D'autres T^rainent , & en 
remplidem ^grands Paniers d'^nce , parens de toutes parts , 
pour ertip6chj» qu'il ne s'^chauffe* Mais lorfquVm eft oblige 
de s'abfencer tidur que.lx]^e terns , ou qu'bnappr^hende quel- 
qu^irfupcton de rEnnemi , on fait de grandes jcaches en terre , 
oil ces grains fe cotifervent tr^swbien. ^ 

Dans ks Quartiers S[e|»tentrionnaux ton jfeme peSi & en 

{tlufieurs endroitson neteme point idu tout. liaison achece 
e Maiz par^hange. Ge legume eft fortiaHn,il eft nourrif- 
fant , & ne <3harge pdiilieftomach^La pins orctinaiKe fa^on de 
raccominoder parmi nos Vovageurs Francois eft tie le Uciver, 
c'eft-^'dire , delefaire'bouMltrquelque:tt»ns dans une efpece 
de l^cive. 'Eu'Cflt ^tat ilfe g^de lontemsyotl en fkitfes provt- 
ftons pour les vdyages de long icours^ & i-mcfiire qii'dn en a 
"befoin, 9|ftadheve delefoire cuii!e dans/l/eau, ou.dans du 
bouillon ,lton a d,e quoi enfaire , &on y!metiun;peu de^i^l. 
Ce p'eft pas un manger difagr^aljle,:niaisbien des gens 
font perfuad6s que le trob ^rand ufage en eft nuiiible i la fan- 
t^ , parceque'lk l^dive lurlaiffe one (rakliti corroiive , dont 
on (e reflent avec le terns. Lo^ue le Maiiz:eft en ipi , 6c en- 
core verd , quelques-uns le font griller fur le charbon ; $c il a 




I 71 1. 
Aout. 



^ 



Du Mai 



quoi on r%iie ordinairement le&Etcan^rs.f On le porte en 
quelques eridroits eliez les Perfonnes de ^nfid^ration , qui 
arrivent dans un Village , 4 peu piisQomme on fait enFrance 
lepr^fentdcVille. 

^tlfin^ic-eft de'Ce legume , quefeikit iif iSagtowVe., ijui eft Dc iasag»- 
la nourriture la plus commune de nos Siauvages.<Pour'cek "'"^* 
on commence par le |^rlller , ei^uite onl le pile , :&jon.en ote ^ 

la paille, puisonentorm^ un^^fp^ce de iaouillie aflez<infi< 

Tt ij 



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...s^ 






s 



^ 



1721. 
Aout. 



DelaTrip- 
pc de Rocbr. 
•led pourri. 




\jn rait aum ouuuur w *t*oi«.. mo-^- »"., epi , loriqL.-j|^ 

core tendre, puis on le grille un peu, ton Wgraine# on le 
laiffe fecher au Soleil , on le garde loniems , & la S4gamu6 , 
qu'on en fait , a un tr6s-bon gout. . '^ 

I^ detail de ces mets vous fera comprendre, Madame, 
que leS Sauvages ne font point d^lieats dans leur mangetj, 
nous trouverions mfiipe qu'ils om le goiit fortdipr^vi, sU. 
^toit poffible de fixer le eoAt. lis aiment la graiffe , & elle do- 
mine dans toiis leurs appr^ts, quand ils peuvent en avoir : 
quelques litres d^Chandeles dans uneChaudiere de Saga- 
mit^, la-leu^font\rouver excellente: ils y mettent mSmc 
quelquefois de$ chdCes ^ qu'on ne peut dire, & centre lef- 
quelles ils font furprisNdlp' nous voir j|ij| r6volter. 

Les Nations Meridionnales n'avofim pour toute batterie 
de Cuifine , que des Vaiffeaux de terre cuite. Dans le Nord 
on fe fetvoit de Ch^udieres de boi« „ &; on y faifott bouiUir 
I'eau , en y jettant des cailloux rougis au feu. Nos Marmires 
de fer bnt paru auix uns & aux ailtres plus comma|fls„ que tout 
cela, & c'eft laMarchandifc, dont on eft plus flTfirfd avoir 
le d^bit , quand on trafique av^c eux. Dans les Nations Oc- 
cidentales la Folle Avoineprend la place duMaizi elle eft 
bien auffi faine,.&fiell« eft moins nournffante , la Ghaffe 
du Boeuf, qui eft kbondante dans ces Quartiers - 14 , y 

Farm'i les Sauvages errans, & qui iic cultivent point du 
tout la Terre , lorfque la Chaffe & la PSche leur manquent , 
leur unique reffource eft uoeejb^ce de Mouffe , qui croit fur 
certains Rochers, & que nosTFran^ois oiit nomm^e Tri^pe de 
Roches :x\&ti n'eft plus inftpide que ce mets, leauel na pa>^ 
mSme beaucoup de fubftance ; c'eft bien li etre riduit au pur 
n^ceffaire pour ne pas mourir de faim. JHii encore plus de 
peine^ompreiidre , ce qui m'a pqurtant et^ at^ft^ par des 
Perfonnes dignes de for , que des Sauvages mangent par d©- 
lices une efp6ce de Maiz, qu'on laiffe pOUrnr dans uneeau 
dormante , conune nous faitons le Chanvre , &; qu'on en re- 



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171 I. 

Aout. 



DUNyOYAGEDJEXAMERIQ.LE^r.XXni. 333 

tire tout noir & puant. On ajoiite mhme que ceuj , qui 
ont pris goilt k un metsaufli Strange que cekii-IA , ne veulent 
^i^'^P^'^rede I'eau ♦ ou plutot de la f^nge , qui en ddcoule , 
& doftt Vodeut {exile feroit capable de faire bondir le coeur k 
jout autre. C'eft apparemment la^^ceffit^ , .qui a fait decou- 
vrir ce fecret , & h elle n'en fait pas encore tout raflaifonne- 
ment, rien ne prbuve ijiieux qu'on ne doit point difputer 
,. desgoOts. *^ 

LesFemmesSaGtrages font du Pain deMai'z, & quoique rx 
ce ne foit qu'uni mafle de pite mal p^trie , fans levain , & mJ" ''"" ^* 
cuite fous la cendfb>. ces Peuples^le trouvent tr^s-bon , & en 
r^galent Icurs Amis ?\maisjl le faut manger chaiid ; il ne fe 
' conferve point, quaritt il eft froid. Quelquefois on y mele 
des F^ves , divers fruits .SlfiTHuile & de la Gr^iffe , il faut 
de bon$ eftomachs pour digi^^de tel^ falmigofi'dis. 

Les Tournefols ne fervent aax Sauvages , qu'i leur donner Different l^- 
une huile , dorit ils fe frottent : ilsia tirent plus commun^ment pmcj , & 
de la graine , que de la racine de cett6 Plante. Cette racine '~" "^"2'% 
eft un peu differerite de ce que nous appellons en France To^ 
pinainbours, oxxPommes <^ r<r/re. Les Patates , fi communes 
dans les Ifles & dans le Continent d^l* Am^rique M^rldionna- 
le , ont4t6 fem^es avec fucc^s dans la Louyfiane. L'ufaaionT.- 
"?" j' 1"® "ifoienf toutes les Nauons du ^nada d'une ef- 
p6ce de Retun , qui croit partout dans ce Pays , a fait dire k 
queiques Vo;rageurs qu*iU en avaloient* la fum^e , & qu'elle 
le^ nourrifloit ; mais cela ne s'eft poiiit trouv^ vrai , & n'^toit 
fond6 que fur ce; qu'on les a fouvent vu refter fort lontems 
fahs manger. Depuis qu'ils ont goute de notre Tabac , ils ne 
\ pejuvent prefque plus louffrir leur Petun , & il eft fort aif^ de ' 

lesi coptenier fur cela , car le Ta^ vient fort bien ici , & 
I'ob pretend m6me qu'en jhoififlant bien les terreins , on en 
auroit d'excellent. 

^ [Les petits ouvrages des Femmes , & ce qui les occupeoi-- ou.raccsdc, 
d^jiairement dans les Cabannes , fonttfe faire'du' Fil desT^eili- Femmes. 
cUles int^rieures de I'^corce d'uh Arbre , qu'on appelle le Sois 
Bhnc , & elles le travaillent k peu pr6s , comme on fait parmi 
nbus celui de Chanvre. Ce font encore les Femmes , qui font 
lei teintures : dies travaillent auifi k plufieurs ouvrages d'^- 
corce y oil elles font de petires figures avec du poil de Porc- 
Epi; elles font de peiites Tafles, ou autres Ufteniilles dc 




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It- 



1711. 
Apuf. 

Ouvra'gesdes 

] 'inamc*. 



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Torme des 
■Villpgw. 



A . ■ 




334 JOUt NAL HrSTORIQUE 

bois , 6llcs peiciieni $c brodent des Peaux de (^hevi:fuils , 
elles tricotent des ceintufes & des jarretieres a^iu; de lW|yaine 
deBoeuf. ^ 

Pour les Hoiwmes , ils font gloire de Jeur oifivet^ , & paf- 
fent en effec plus de la moiti6 de la vie fans rien faire , perfua- 
des que le travail jourhilier degrade rHortime , & n'^ft d'o- 
bligation" que pour lesFemmes. L'Homrtie , difent-ils, n'eft 

3ue pour li Guerre , la Chaffe^& la PSche. Ceil cepen- 
ant k euxi, faire tout ce qui aft^ceffaii^ pour ces ttoij 
exercices : aijifi les Armes , les Filets , & tout I'Equipage djq 

tilTe ^ la reparation des Cabarihes ,' ittais ib fe forirnSifvent 
aid^ par lesFemmes. Les Chretiens s'occupem un pieu da- 
vantage , mais ils he ^vaillent que par efprit de p^tiitence. 

CesPeuples'^ avant que nous leur ay ions donii^ des Ba- 
ches », Sc hos autVes tJutils , ^tbi^rit wn eiflbarrafK^ pour 
coup(r leurs Arbres , & pour les mettre en dfeuvre. lis lesl)ru- 
'loient paries pieds, iSc pour les 'fehdre*& les douper, ils fe 
(ervoient de baches faites avec de> Cailloiix , qui tie caflbient 

{)oint , mais qu'jjynettoient uri terns infini k aiguifer. Pour 
es emmahche^fis coupoieni la tfite d'un leaflc Arbre , & 
comihe s'ils eiiffenk youlule^refier , ils y faifdi^nt Uiie ^iltail- 
lure , dans Ikquelle *1^ inf^roient la t$te de I? hache. Au bout 
de quelijufe tenis rArbjfe, en fe refermant , tenoit la hadhe fi 
ferr6e,qu'elle nepojuVoit plusfortir; aldrs ils coupoient I'Ar- 
bre de la longueur , ddnt ils vduloient avoir le maiiche. 

J«s ViilMes h'orit point di'dinaireifterit xlcfigUffc r^ftuliere : 
la plupart de rids inciennes-Kclatidris ildiis les tepfifentent 
de figure rbnde , & jpeu«i-6tre leiirs Aiiteiirt h'eh kvdiettt-ils 
vii que de cette forte. l)uirelle rmSe^wez-Vdils , Madame , un 
amas deCabannes fans ordre & W^liiSfS^^' • ^^^ Vn<^s f 
con^me* Uesi^oitets , hs autre§.Q^WH||rdrtne||^ba^^^^ 
tieis ti^^corces , foutehues de cniel|nP|pMR^quidl^u^^ re- 

, vetues en dehdrs d*iin bouziilage deTefrie affez groffief 5 en 
un mot cdiillbiiites avec itidins ci art , de j^rbjif ete , & de fo- 

. lidite, <iue celles ifeiCaftors. Ces Cabannes ottt quinze ou 

.^vint pieds de large , & qiielquefdis cerit de Idrig. Alois elles 
iit plufieurs Feux , car un'FeU n*dccupe que tfente jiiids. 

^**^Quand le^ex de*ChauIRe he fuffit pas jJdUl: CoWhef tout 




,!&l^i;. 



n'UNVOYAGil>EiMMERIQ.LET.XXItf:3}5 

le moncle , les jeunes G^ns out leurs Lies fur une efpece d'Ef- 

trade , ^lev^e de cinf^ fixpiedi , qui regne.«oi« le long de ' ^ ^ * * 
la Cabanne ; les Meubles & ies Proviiioiis font au-deaiis , Aoiit. 
pofts fur des pieces de Boif mife$ en traverie fous le toil. 
Four 1 ordinaire »Iy a devam I'entr^e une maniere de Vefti- 
bule , oa les jeunes Gens dorment pendant I'Et^ , & qui fert 
^^ de Bucher peridant I'Hy ver. Les Fortes ije font que des kor- 
t «£?* ""Rentes » comnie des Stor€> , & jamais elles ne tbrment 
l^ien. Ces Cabannes n^ont , ni Phpmin^es , ni Eenetres , mais 
Ion laiUe au mikeu du Toit una ouverture , par oil la fum^e 
fort en partie ,^ qu'on ea^blii^ de boucher quand il pleut , 
ou quand il ncige ; alorsft faut ^teindre le feu , fi on ne veut 
pas^treaveugl6parlafuin^e. > 

Les Sauyages fe fortifient inieux,qu'il?ne/elogenti on teurmanim 
voit des Villages.affea bien paliffad^s a vec des Redouies oCi ^ ^' ^"'"^"• 
I on a toiHours foin de fair? de bonnes proyifipns d'Eau & de 
Fierres. Ces.PaUiTades font meme doubles, & quelquefois 
triples ,^& oni ordinairement des Cr^naux k la derniere en- 

rTTu ?^^"?. I ^°"' ®"^^ ^^"* compof<^es , font entrelaf- 
les «le Branches^ dArbres , qui ne laiflent au<;un vuide. II ne ^ 
falloK rien de plus pour fouienir un aflez long Siege , lorfaue 
ces Feupies ignoroient I'ufage des Armes i feu; cfhaque Vil- . 
reuSeres ^'^"'*^ ^ ' "^^^ ^^ "^^ qu«u2s foient 

Autrefois les Iroquois bitiffoient leurs Cabannes beaucouo 
mieux aue les atni^s Nations , & qu'ils oe font eux - mdmS 
aujourd hui } on y voyoit des Figures en relief , mais le tra- 

vail en itoit fort groffier; depuis quen.diverfesExp^ditk)ii« 
on a brfiW prefoue toutes leurs BoHrgades , ils nt{e font pasi' 
f donn6 la peine de les r^tablir dans leur premier ^t^t. Cepai- 
; dant fi ces Peuples font fi peu curieqx de fe procurer les co«- 
■} inodit^s de la vie dans les Lieux de^eur r^iidence ordiuair«, 
que peut-on penfer de leurs Canjpemens dans leurs VoyageZ 
& dans leurs Hy vernemens. Un an^en Miffionnaare ( a /* ' 
qui pour fe mettre dans iTneceflit^ d'ajtorendre la Langue des 
Momaghais , les voulut fui Vre dans untJChafle pendant I'Hy- 
ver , noqs en a fait une Defcription , que je vais ypus tranfcn- 
reprefmieniot^mot. T x 

e$ Sauvages habitent un Pays extreinemtem rude&iii- 



V 



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(4|; LcPeie Paul, LB Jeunz. 



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Dc 'leurs Hy- 
^ Tcrnemenj. 







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calt'e , imis il ne Teft pas encore autant que celui , qtfils choi- 
(iffent poiir leurs Chaffes. II faut marcher lontems pour y 
arriver , & porter fur fori dos tout ce dont on peut avoir 
befoin pendant cinq ou fixmois, par des Ch^mins quelque- 
ftois fi affreux , que Ton ne comprend pas comment les Betes 
Fauves peuvent y paffer ; fi on n*aroit pas la precaution de fe 
fournir d'Ecorces d'Arbres , on ne trouveroit pas de quoi fe 
mettre k couvert de la Pluye & de la Neige pendant le Che- 
min* D^s qu*on eft parvenu au terme, on s'accommode un 
peu mieux , mais qj? mieux ne confifte » qu'en ce qu'on n'y eft 
pas fans cefle expof^ k toutes les injures de Fair. 

Toutlemondey travaille , & les Miffionnaires , qui dans 
ces commencemens n'avoient perfohne pour les fervir , & 
pour qui les Sauvages n'avoient aucune cpnfid^ration , n'e- 
toientpas plus epargn^s que les autres, dn ne leur donnoit 
pas meme de Cabanne fepar^e , & il falloit qu'ils fe logeaf-r 
lent dans la premiere, oil Ton vdtil6itbienlesrecevoir. Ces 
Cabannes , parmi la pliipart des Nations Algonquines , font i 
peu pri de la figure de nos Glaci^res rondes , & terminfees en 
Cdne ! elles n'ont point d'autres foutiens , que des Perches 

glant^es dans laNeige , attach^es enfembleoarlesextr^mit^s, 
I couvertes d'Ecorces affez mal jointes , ocmal attjcWes : 
aufli le vent y entre-t-irde toutes parts. 

Leur fabriqiie eft I'ouvrage d'une^emie heure au plus , des 
Brancliies de^apin y tiennent lieu de Natter, & on n'jr a 
point d'autres Lits. Cfe g^^ y a d^- commode, c'eft quon 
peUt les changer tous^ jburs : les Neiges ramaflKes tout au- 
tour forment Urfe eCp&pe de Parapet , qui a fon utiliti , les . 
vents n yp^netrentpoMit , c'e^le long & k Tabri de ce Para- 
pet , qu'on dort auffi tramjuil^ment fur ces Branchages , cou- 
verts d'une m^ante Peau , que dans le meilleur Lit *, il en 
coute k la verit^ aux Miffionnaires ppur s'y accoiitumer, 
mais la fatigue & la neceffit^ les y r^dfuifent bient6t. 11 n'en 
eft pas tout-i-fait de m6me de la fum^e , qui prefque toujours 
remplit tejlement le haut de la Cabanne , qu'crn ne peut y etre 
de bout , fans avoir la t6te dans uhc efpece de tourbillon. Ce- 
la ne fait aucune peine aux Sauvages , habitues d^s I'enfance 
i etre affis a terre , bu couches tout le terns qv^'ilt font dans 
leurs Cabannesr; mais c'eft un grand fupplice Jiour les Fran- 
cois , k qui cetfe iwftion ne convient pas. 
' * « D'aiUeurs 



A' 



.'^sy^ f 



D'U N V O Y A G E D E UA M E R I Q. Let. XXIII. 3,7 
, P ailleurs le vent , qui entre , comme je I'ai remarqu^ , «ir 
tous les cotes , y fouffle un froid , qui tranfit dune part ,tkn~ 
dis qu on etou^e , & qu'on eft grille^ de I'autre. Souv^en on ne 
fe voit point Mfeux ou trois pieds , on perd les yeux k force 
de pleurer , & ^1 v a des terns , oh , pour refpirer un peu ,5 
faut fe tenir coutli^ fur e ventre , & avoir prefque la Eouche 
colleecontreTaterre: le plus court feroit'^de ?ortJr dehors 
mais la^)lupart 4u tems on ne le peut pas ; tahtot a caufe d'ul 
ne Neige fi epaiffe * qu elle obfcurcit fe jour , & tantot parce 
qu il fouffle un vent fee , qui coupe le Vifage , & fait ^clafpr 

iblit'd"H-^T i.^'"^ ^fP-' ul^Ltalr^ ft 
oblige de dire fon Office , de cel^brer la Meffe , & de s'acaui- 
ter de toutes les autres fonajons de fon Miniftere 

A toutes ces incommodit^s il en faut ajouter une autre 
qui d abord vous paroitra peU de chofe , mais qbi eft r^ellel 
ment tr6s-confider,ble ; c'eft la perflation des thiens. Les 
J>auvages en ont toujours un fort grand nombre , qtii ks fui- 
vent partout , & leur font tr^s-attach^s ; peu ca^re^Tans , par- 
ce qu on ne les eareife jamais , mais hardis & habiles cKaf- . 
feurs : , ai d^.a dit qu on les dreife de bonne heure pour les 
differentes Chaffes , aufquelles on veut les appliquer ;Vaioute 
quil faut en ayojr beaucoup pour chacune , Jarce qu'ilen 
pent un grand nombre par les dents & par les cirnes des Be- 
tes fauves , qu lis attaquent avec un courage , que rien ne re- 
bute. Le foin de les nourrir occupe tr^s - peu leurs Maitres . 
lis vivent de ce qu ils peuvent attraper , & cela ne va pas bieil 
loin , auffi font-ils tomours fort maigres , d'aiuArs ils ont peu 
de poll , ce qui les rend fort fenfibles au froid. 
A jT m®" Sarantir , s'ils ne peuvent approcher du feu , oh il 
eft difticile qu lis puiffent tenir tous , quand meme il n y auroit 
perlonne dans la Cabanne , ils vont fe coucher fur les pre- 
• miers qu ils rencontrent , & fouvent on fe reveille la nuit en 
furfaut , prefque ^touff^ par deux ou trois Chiens. S'ils etoienc 
un peu plus difcrets, & fe pla§oient mieux , leur compagnie 
ne feroit pas trop facheufe , on s'en accommoderoit mime- 
aflez , mais ils fe placent oh ils peuvent ; on a beau les chaf- 
fer , lis reviennent d'abord. C'eft bien pis encore le joift- • d6s ^ 
qu il paroit mielque chofe k manger , 1I faut voir les mouve- 
mens , qu ils^e doniient pour en avoir leur part. Un pauvre 
Miffionnaire eft i derai CoucW aupr^s du feu pour dire fon 
Tome III, V u 



I 7'2 I. 

Aout. 






f 



,38 JOURNAL HIST ORI QUE 

, Bfeviaire , outpour lire un Livre , en luttant de fon mieux 

» 7 » I • ^ contre la fumee , & il faut qu il effuye encore I'iinportunit^ 
Aouf. d'une douzaine de Chiens , qui ne font aue paffer & repaffer 
fur lui , en courant apr6s un morceau de viande , quils ont 
appercu. S'il a befoin d'un peu de repos , k peine trouyera-t-il 
un petit reeoin , oil il foit k I'abri de cette vix^on. Si on lui 
apporte k n^ger , les Chiens ont plutot mis le mufeau dans 
fon Plat , qu il n'y a port6 la main ; & fouvent , tandis qu il 
eft occupe k defendre fa Portion contre ceux , qui 1 attaquent 
de front , il en vient un par derriere , qui lui en enleve la 
moiti^ , ou qui en le heurtant , lui fait tomber 1^ Plat des 
mains , & r^pandre fa Sagamit6 dans les cendres. 

AfTez fouvent les maux , dont je viens de parler , font efta- 
ces par un plus grand , & au prix duquel tous les auti^e 
font rien ; c'eft la faim. Les Provifions , qu'on a appor^ESi , 
n6 durent pas lontems , on a compt^ fur la Chaffe ,»&«il#ne 
donne pas toujours. II eft vrai que les Sauvages f^avent en- 
durer la faim avec autant de patience , qu ils apportent peu 
de precautions pour s'en garantir ; mais ils fe trouvent quel- 
quefois r^duits k une fi grande extr^mit^ , qu'ils y fuccom- 
benift. Le Miffionnaire , de qui j'ai tir^ ce dStail , fut oblige 
danSbn premier Hy vernement , de ganger des peaux d An- 
cuilles & d'Elans , dont il avoit rapetaflKfa foutanne ; apris 
quoi il lui fallut fe nourrir des jeuneSf branches , & des plus 
tendres Ecorces des Arbres. II foutint n^anmoins cette epreu- 
ve , fans que4fant^ en fut alter^e , mais tous n'en ont pas 

eu la force. ^ « ,,. r rv- • 

La feule malproprptd des Cabannes , & 1 infeftion , qui en 
eft une fuite n^ceflaire , font pour toiit autre au'un Sauvage 
un vrai fupplice ; il eft aifi^ de juger jufqu'oii 1 une & 1 autre 
doivent aller parmi des Gens , qui ne changent de Hardes , 
que quand les leurs tombent par fambeaux , & qui n'ont nul 
foin de les nettoyer. L'Et^ ils fe baignent tous les iours , mais 
ils fe frottent aufli - tot d'Huile , ou de Graiffe d'une odeur 
forte. L'Hyver ils demeurent dans leur craife , & dans tous 
les tems on ne peut entrer dans leurs Cabannes , qu'on ne foit 

Non feulement tout ce quils mangent eft fans appret , & 
ordinairementfortinfipide, majs il r^gne dans leurs Repas 
une malpropret^ , qui paffe tout ce qu'on en peut dire : ce 



Malpropreti 
des Sauvages. 



% 



<■? 



17 i !• 
* Aout. 



DyNVOYAGEDEL'AMERIQ.LET.XXin.j39 

que j'en 31 vu , & ce qu'on m*en a raconte , vous feroit hor- 
reur. II y a bien peu d'Animaux , qui ne mangent plus proof e- 
ment , & quand on a vu ce qui fe paffe en cela parmi (es Peu- 
ples , on ne fgaurojt plus douter , que rimagination n'ait 
beaucoup de part 4 nos repugnances , que bien des Mets , qui 
nuifent r^ellement i notre fante , ne produifent cet efFet par 
la force m^me de ces repugnances , & par le peu de courage 
que nous avons i les furnjonter. ° ' 

II faut neanmoins convenir que leschofes ont un peu chan- 
ge fur tous ces points , depuis notre arriv^e en ce Pays ; j'en 
ai meme vu chercber k (e procurer des commodites , dont ils 
auront peut-efre bientot de la peine k fe paffer. Quelques- 
uhs commencent auffi a prendre un peu plus leurs precau- 
tions pour ne pas fe trouver aU depourvu , quand la Chaffe 
leur manquera ; & parmi ceux , qui font domicilies dans la 
Colonie , il y a bien peu k ajouter pour les faire arriver au 
point d'avoir un necelTaire raifonnable. Mais qu'il eft a 
craindre que, quan#ilsen feront \k, ils n*aillent bientot plus 
loin , & ne donnent dans un fuperflu , qui les rende plus 
malheureux encore, qu'ils ne font prefentement dans le fein de 
la plus grande indigence ? ' 

Ce ne fera pas au moins les Miffionnaires., qui les expofe- 
ront k ce danger ; perfuad^s qu'il eft moralement impoffible ^ 

de bien prendre ce jufte milieu , & de sV borner , ils ont 
beaucoup mieux aim^ partager avec ces Peuples ce qu'il y a 
de penible dans leur maniere de vivre , que de leur ouvrir les 
yeux fur les moyens d'y trouver des adouciffemens. Auffi 
ceux memes , qui font tous les jours t^moins de leurs fouC- 
frances , ont-ils encore bien de la peine k comprendre com- 
ment ils y peuvent refifter , d'autant plus qu'elles fontfan* 
relache , & que toutes les Saifons ont leurs incommodites 
particulieres. 

Comme les Villages font toujours fituis , ou aupr^s des 
Bois , ou fur le bord de I'Eau , & fouvent eiitre les deux , d^ ihisTv'li 
que I'Air commence k s'^chaufFer , les Maringouins , & une des sauvagcs. 
quantity prodigieufe d autres Moucherons excitent une per- 
lecution beaucoup plus vive encore , oue celle de la fumee , 
qu'on eft meme (ouvent oblig^ d'appeller k fon fecours ; car 
il n'y a prefque point d*autre remede contre les piqures de 
ces petits Inieftes , qui vous mettent tout le Corps en feu , 

V u ij 



ir 



:-/. 



I 7 i !• 

Aout. 



340 JOURNAL H I S f O R I Q U E 

& ne vous permettent pas de dormir en repos. Ajoutez kceh 
les Marches fouvent torches , & toujours tr^s-rudes, ^u'il 
faut faire k la fuite de ces BarbareSj tantot dans I'eau jufqu k la 
ceinture , & tantot dans laifange jufqu'aux genoux ; dans les 
Bois, autravers des ronc^s & d^^s opines, avec danger d en etre 
aveugle ; dans les Campagnes^oii rien ne garantit d'un Soleil 
auffi ardent en Et^ , que le vent eft piquant pendant 1 Hy ver. 
Si Ton voyage en Canot , la pofture genante , 011 il faut s y 




wv qu 11 eit impoifible deviter ; la lenteur de la marche , que 
la moindre pluye , ou un vent un peu trop fort retarde ; le 
peu de focieti , quon peut avoir avec des Gens , qui ne f§a- 
vent rien , qui ne partem jamais , quand ils font occupes , 
qui vous infeftent par leur mauvaife odeur , & qui vous rem- 
pliff^nt de faletes & de vermine : les caprices & le^rtianieres 
brufques # qu'il en faut effuyer ; les avanies , auf^elles on 
eft expof^ de la part dun Yvrogne , ou d un Homme , que 
quelque accident inopin6 , un fonge , un fouvenir facheux , 
font entrer en mauvaife humeur ; la cupidit^ , ^ui nait aife- 
ment dans le cceur de ces Barbares , k la vue d'un objet ca- 
pable de les tenter , & qyi a coute la vie 4 pl^us d'un Miffion- 
naire : & ft la Guerre eft declar^e entre les Nations , parmi 
lefquelles on fe trouve , le danger , que Ton court fans ceife , 
ou de fe voirtout-i-coup reduit k la plus dur^^ervitude , ou 
de perir dans les plus affreux tourmens. Voilik >MadaittB , la 
vie, qu'ont men^e furtout les premiers Miffionnaires : ft depuis 
quelque terns elle a ete moins rude k certains egards , il y a 
pour les Ouvriers de I'Evangile d'autres peines interieures , 
& par confequent plus fenfibles , qui bien loin de diminuer 
avec le terns , croiffent k mefure que la Colonie au^giente , 
Sc que les Naturels du Pays ont plus de communication avec 
toutes fortes de Perfonnes. 

Enfin , pour vous tracer en racourci le Portrait de ces Peu- 
portrait en ples : avcc un cxtcrieur fauvage , des manieres^ des ufages , 
' qui fe feiptent tout-^-fait de la oarbarie ; on remarque 6n eux 
une fociete exempte de prefque tous les defauts , qui alterent 
ft fouvent la douceur de la notre. lis paroiflent fans paflion , 
mais ils font de fang-froid , & quelquefois par principe , ce 
que la paffion la plus violente & la plus efirenee peut infpirer 



racourci des 
Salvages 



» 



.,^ 



DUN VOYAGE DE IMMERIQ. Let. XXIII. ,41 
A?.T' 5"\"'^f °"'«5i Ptf la raifon. lis {emblem mener Ja vie 
du monae larplus mifirable ,. & ils 4toient peut-etre les feuls 
heureux fur faTerre, avant^uela connoiLce des ob ets 

pidite, quel Ignorance retenoit dans raffoupiffement, &aui 
na pourtant pas encore fait de grands ravages parmi eux 
On apper90it en eux un m^&nge des moeurs les plis ft 
roces & les^plus douces des d^fauts de Betes carnacfere & 
des vertus & des qualit^s de coeur & d'efprit , qui font le nlus 
dhonneur ^ rHumanit^. On croiroit d'abordqVils IJ'om au 
cune forme de gouvernement , qu'ils ne connoiffent ni loix 
ni fubordination , & que vivant dans une ind^pendance en! 
tiere , ils fe laiffent uniquement conduire au hafard& au ca- 
price le plus indonipte ; cependant ils jouiffent de prefque tous 
les avantages , qu une autoritd bien r^gl^e peut procurer au^ 
Nations les plus policies. N^s Ubres & indlpenC" H onT 
en horreur ,ufqu*^i l^mbre du pouvoir defpotique , mais H^ 

aTfV/TTi"^' ?"""'"' PV""P^^ & de^ertains ufa- 
ges , fond^s fur le bon fens , qui leur tiennent lieu de Loix , 
He qui fuppl^ent en auelque fa5on k I'autorit^ legitime. Toute 
contrainte les r^voTte , mais la raifon toute feule les ret°em 
dans une efp^ce de fubordination , qui pour etre volontaire , 
n en atteint pas moms au but , qu'ils fe ?ont propofi. 

Unl^mma^ qu ,1s eftimeroient beaucoup , les trouVeroit 
affez dociles , & Jur feroit fairei peu pr6s tout ce qu"l vou- 
droit ; mais il n'eft pas aif^ d'avoir leur eftime k ce poimrUs 
neladonnentquau m^rite, &4un m^rite fup^rieur, dont 
lis font auffibonsJuges que ceux, qui parml nous fe pic- 
auent le olus de r^rrp. Tic T*. nt-^^^^.^.. r\ . i . ^ r 




^ „ — „„v„* . w «ii Mu "» n ont pour qui que ce foit nul 

deces egards, <jui nous ^^duifcnt, & que h',i?udiaiit que la 
nature , lis la connoiffent bien. Comme ils ne font point Ef- 
claves de 1 ambition & de Tint^r^t , & qu'il n'y a gu^res que 
ces deux paffions , qui ayent affoibli dans nous ce7entiment 
de Ihumanitf, que fAuteur de la Nature avoit grave dans 
nos coBurs , 1 in^galit^ des conditions ne leur eft paf neceffaire 
pour le maintien de la fociet^. 

Ainfi, Madame , on ne voit poim ici , ou du moins on 
rencontre rarementde ces efpritshautains, quipleinsde leur 



1 7 ^ > • 
Aout. 



I 



34i JO URN A L HIS TOR I QU E 

grandeur. , ou de leur m^rite , s'imaginem prefque qu'iisfont 
une Efpece k part , d^daignent le refte des Hommes , dont 
par confequent ils n'ont jamais la confiance & Tamour ; ne 
coniloiflent point leurstemblables ,parce que lajalouiie , qui 
regne entre les Grands , ne leur permet pas de fe voir d'affez 
pr6s ; ne fe connoiffent pas eux-meme^, parce qu'ils ne s'^tu- 
dient j^imais , & qu'ils fe flattent toujours ; ne font pas r^fl^- 
xion que pour avoir entree dans le coeur des Hommes , il faut 
en quelque fa90n s'^galer k eux ; de forte qu'avec cette pre- 
tenaue Uip^riorite de lumieres , qu'ils re|ardent comme une 
^rtfpnhs effencielle du rang eminent , qu'ils occupent, 
a plupart croupiflent dans une fuperbe & irremi^diable 
ignorance de ce qu*!! leur importe le plus de r9avoir , & 
ne jouiffent jamais des v^tables douceurs de la vie. Dans ce 
Pays tous. les Hommes fe croyent egalement Hommes , & 
dans rHomme ce qu'ils eftiment le plus , c'eil I'Homme. Nulle 
diftinaion de naifUince ; nulle prerogative attribute au rang , 
qui prejudicie au droit des Particuliers j point de preeminence 
attachee au -merite , ^ui inffMre I'orgueil , & qui faffe trop 
fentiraux autres leur inferiority. II y a peut-etre moins de de* 
iicatefle dans les fentimen^ , que parmi nous., mais plus de 
droiture , mpins de fa^s , & de ce qui pent les r^ndre Equi- 
voques ; moins de Ces retours fur foi-mdme. 

La feule Religion pent perfe6;ionner m que ^es Peuples 
ont de bon , & corriger ce cp'ils ont de mauvais : cela ne 
leur eft point particular , mais ce qu'ils ont de propre , c'eft 



Religion fur eux , il faudroit qu'ils la viflent pratiquer dans 
toute fa purete , par ceux , qui la profefTent : ils lont.tr^s- 
fufceptibles dufcandale , que donnent l0s mauVais Chretiens , 
comme le font tous ceux , qui font iaftruits pour la premiere 
fois des principes de la Morale evangeiique. 

Vous me demanderej^ Madame, s'ils ont une Religion ? 
A cela je reponds qu'on ne peut pas dire qu'ils n'en ont point , 
mais qu'il eft afiez di^cile de definir celle qu'ils ont. Je vous 
entretiendrai plus au lon^ fur cet article au premier loifir 
que i'aurai ; xar quoique ]e ne fois pas ici extremement oc- 
CUpe , je fnis d fpwvent interrompu , qu'4 peine puis-je re- 



^iV 



.tr-i 



;> 



T":K' 



D'UNVOYAGEDEL'AMERIQ.Let.XXIV. 343 
pondre de deux heures par jour , oii je fois entierement k 
moi. Cette Lettre, auffi bien que la plupart de cellesj qui 
I'ont preced^e , vous f(|ra affez connoitre que je n'^cris pas 
de fuite. Je me eontentfe or^fentement de vous ajouter , pour 
achever le portrait des iauvages , que jufquesdans leurs d-- 
marches les plus indifii^rentes , on apper9oit des traces de la 
Religion primitive , mais qui -chapent k ceux , qui ne les -tu- 
dient pas affez , par la raifon qu'elles font encore plus effacees 
par le defaut d'mftruftion , qu'alt-r-es par le melange d'un 
cuke fuperftitieux , & par des traditions fabuleufes. 

* Je fuis , &c. 

. .--v t 



I 7 1 1« 

AoUtr 



VINT-QUATRIEME LETTRE. 

f J^es traditions y & de la H^^giori des Sauvages 
rj-^ • <^ Canada, ' \ ' ^ 

Au Fort de la Riviere d^S. Jofeph, cehuit S^tmbre, 1 7 1 1 ; 

*■.-'-■•■/ "- ' r 

ADAMe, :V 

Cette Lettrefera bien longue, s'il ne me furvient pas - 
quelqu'empechement impr-vu , qui m'oblige de remettre k 1 7 ^ i • 
une autre occafion k vous entretenir de ce que j'ai pu recueil- Septem- 
lir touchant la Croyance , les Traditions & la Religion de bre. 
nos Sauvages. 

Rien n'eft plus certain , mais rien n'eft en m^me-tenls plus d^ ,0^; i 
obfcur que I'ld-e , que les Sauvages de ce Continent ont d'un nc des HoSI 
Premier Etre. Tous s'accordent en g-n-ral k le regarder """ '^''"* '" 
comme le premierEfprit, le Maitre &le Ct-ateur du Monde, *"""^"' 
mais quand on les preffe un peu fur cet article, pour f^avoir ce 

3u'ils entendent par le Premier Efprit , on ne trouve plus que 
es imaginations bifarres , des fabtes fi mal con^ues , des iyf- 
temes ii peu dig-r-s , & fi peu d'uniformit- , qu'on n en peut 
rien dire de fuivi. On pretend que les Sioux approchent beau- 
coup plu? que les autres de ce qu'il feut penfer de ce premier 
Pnncipe , mais le peu de commerce , qu'on a eu jufqu'ici 



%- • 



bre. 



344 J O U R N A L H I S T O R I <i U E 

avec eux , ne m'a point permis de m'inffa-uire de leurs Tradi- 
tions , autant qu'il eut ^t J 4 d^firer , pour en parler avec quel- 
que forte de certitude. * ^ 

Prefque toutes les Nations Algonquines ont donne le nom 
de Grand Lievn au premier Eiprit , quelques-uns I'appeilent 
Michabou ; d'autres , Ataliocan. La pliipart difent qu etant 
porte fur les Eaux avec toute fa Cour , toute oompofee de 
Quadrup^des comme tui , il forma la Terre d'un grain de 
fable , tire du fond de TOcean; & les Hommes , des Corps 
morts des Animaux. II y en a auffi , qui parlent d'un Dieu des 
Eaux , lequel s'oppofa au deiTein du Grand Li^vre, ou re- 
fufa du moins de le favorifer. GeDieu eft, felon les uns , le 
Grand Tygre , mais il faur obfervcr qu'il n'y a point de vrais 
Tygres en Canada ; ainfi cette tradition pourroit bien venir 
d'ailleurs. Enfin ils dnt un troifi^me Dieu, nomm^ Mcaco- 
mek y qu'on invo^ue pendaht I'Hyver , & dont je n'ai rien 
appris departitulier. . n 

\lAreskoui des Hurons , & XAgreskoul des Iroquois eft 
dans I'opinion de ces Peuples le Souverain Etre , & leDieu 
dpUQuQrre.Ceux-«inedonnent point aux Hommes lame- 
me origine , que lesAlgonquins , ils ne remontent pas nieme . 
jufqu'4 la premiere Creation, lis font paroitre d'abord lix 
Hommes dans le Monde , &.quand on le^ir deininde qui les 
y a places , ils r^pondent qu'ils ne le fjavent pas. Ils ajoutent 
qu'un de ces Hommes monta au C|el ,. pour y chercher.une 
Femme , nommee Atahentjic , avec laquelle il eut commerce , 
& qui parut bientot enceinte : que le Maitre du Ciel sen 
etant apper^u, lapreeipita du haut der|:mpiree,& quelle 
fut re9ue fur le dos d'une Tonue : qu'elle accoucha enfuite ^ 
ile deux Enfans , dont Tun tua I'autre. 

II n'eft plus queftion apr^s cela, ni des cinq autres Hom- 
mes , ni m^me du Mari d Ataheatfic , laqpelle , felon quel- 
ques-uns , n'eut qu'un* Fille , qui fut Mere de Tahouitfaron & 
de Joiiskeka. Celui-ci, qui 6toit Tain^, tua fon Frere, & 
peu de tems apr6s fon Ayeule fe d^chargea furlui du fom de 
gouverner le Monde. Ils difent enqore qu Atahentfic eft la 
Lune & Jouskeka , le Soleil. II y a , comme vous voyez , 
Madame, bien peu de fuite dans tout ceci'; car le Soleil- eft 
fouvent pris pour Areskoui , en tant qu'il eft le Grand Q^ie ; 
niais y a-t'il jnoinsA? contradiftipA dans la Theol^gieT des 

' '■ ^ ' ' ' Ejgyptiens 



/, 



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Hi'j 



A- 



.3^ 



Septem- 
bre. 



D;uNVOYAGE DE UAMERIQ. Let.XXIV.h. 

Egyp«eiift^& ^®*,?if^ ' *I«* ^On« *es premiers Sages de I'Att^ 

tiquK^ Payenne? C^eft qu il eft de IvSence du mfnfonfee^d^ 

\ iecontredire, &den'avoiraucunprintipe. ^ 

Les Dieux des Sauvages ont des corps , & vivent k pea 

pr^s de la mdme manicre qu^ nous'; mais fans aucune des *^f "^pr"'^ 

incommodK^s,aufquelIesn^ousfommesfujets.Leterrd'l^?^^^^^^^ 
vrit ne fignifie chez eux nu'un Etre dune nature plu&excet 
lente que ks autres. lis n*en ont point pour exprimer ce qui 
paffe la port^ de leur intelligence , extremement born^e ?ur 
tout ce qui n'eft pas fenfibie , ou d'un ufage commun. lis 

donnent neanmoms 4 leurs pf^tendus Efprits une efoece d'im- 
menfite , qui les rend prefens partout , car en quelque lieu , 
qu on fe trouve , on Jes invoque. On leur pirle, on fuppofe 
quils entendent ce quon leur dit , & qu'ils agiffent en confd- 
quence. A toutes les.queftions', qu'on fait Jtes Barbares 
pour en f9avoir davantage , ils r^popdpnt que c'eft \k tout ce 
^"°" tS^P"* i »1 ii^amame que quelques Vieillards 
»nities au*Myfteres>, qui en f9achent tant! i^ 
^ Selon les Iroqudis^ la Poft^rit^ de Joufqueka ne pafla point 
la troifieme G^n^ration : il fiirvim un deluge , dont perlbnne 
ne fe fauva , & pour repeupler la Terre , it fallut chinger les 
Betes en Homnies.Aurefte, Madame , cettenotiop rfSn de- 
luge univerfel eft affer rdpandue pSrmP^ Atti^riquains ;' 
maisopjie fifauroit gueres^aouter qu'il n**^ aiti eu un aiitrfe' 

bien p%s ^cent , qui fut oarticulier i r Am^rique. Je ne fini-' 
rois pomt ,.fi le voulois mVrltef A toik t^ qti? les Sauvages 
debitent fur le compte de leurs priricipale^Divinit^s , & fur 
lori^ine^dp Monde ; jnais outre le preiKfer Etre , 6u le Grand 
Wpnt, & les autresDieux , qui fe trouviettt fouy^nt cdnfon^^ 
dus aveclui ,il y4ii une infinite de G^niifs, sbu tffifprits fubal- 
ternes , bons & mauvais , ^iont toiis leur culte particuffer. 

Les Iroquois inettemAtahenfici la tStede Ceux-ci,& Dcsbo„,& 
fon Juibueka le Chef des Premiers ; ils le confondent m6me ^" -"""v.* 
quelquefois avec le Dieu , qui chtffa du Ciel fon AVeuIe , ^'^"'''• 
pour s£tre laiffe f^duire par un Hommei On rte s'adrdTe aux' 
mauvais G^nies , que pour les prier de ne point faire de mal • ' 
mais oi; liippofe que les autres font commis ^ la garde des 
Hommes , & que chacun a le fien. Dans la Langue Huron- 
^e,«n les nomme Oikis , & dans TAlgonquine JJf^j/wi^^ . 
©n i recours a eux dans lesp^rils , ou I'on fe trouve , dani 
Tome III, Xx 



< 




V Wj . 



I '\. 



^r-'- 



C 



bre. 



^46 JOURNAL HISTORI^U^ . 

les -Entreprifes , que Ton fait , ^ quand on veut obtetiir ijiiel- 
* 7 * * * que grace extraprdinaire ; il ^i'^ft r«n , qu'on n« c«-<^y e ^ou* 
Septem- voir leur demander , quelque d^aifonnable , & quelque con- 
re. traire merae , qu'il (bit aui^bonnes moeurs. Mais on [n'eft pas 
^ fous leur protcfltio^i pa naiffant » il fi^ut f9avoir oianier I'Arc 
& la Fl^che \ pQUK m^riftr cette faveur> il iaut m^me bien. 
des preparations pour la recevoir ; c*etf la.plus ii^portant^ 
a£[aire de la vie ; envoici les pcincipalds circonftances. 
Difpofitions Oa^cQmmencepar nojrcirle Viiage de TEnfent , puis on 
rcqu/es v>ur U fait jcuner pendant huit jours , fans lui dohtier quo^i que ce 
^f!Mc' iQ«^ ma^^r,. (8c.il faut que pendant ce*teinHllf on futur Ge- 
' ^'' ri^e tu^Khm^o^A lui par des Sqng^. U cerveau 
creux (),;i^ pajuvre Enfant , qui ne fait que d^iii&^er dans 1 A- 
dolefcenqe ,' ne. f$auroit manOuer de lui fouriiir des Reves » 
& toi^s les ip^tins oij a crand Join de les lui faire raconter» 
Souvept n^aiyj^oins le JeAne finit avant Ic terme. marqu6 , 
peu d'|;^Q$^anii Jia. fprce de le pouffer ft loin , mais cela ne 
taitpas une difficult^ ; on coRfloic ki , jCooome partout ail- 
leurs, i'nCige commpde'^es DiiltienfesV t« G^nietutelaire eft 
toujours la c|iofe» ^qtioil'En£a%s^le plus fouvent r&v^ , & 
da^is le yiiaiicett? fhofe n'eft qu* cdgime un fymbole , ou 
unp figwe,,; iJoi^Jaqp^Ue. I'Efprit fe raanifefte ; mais il eft ar- 
rive ^ce^ ^fiWl^ f <lo«we ^ tous ceux, qui fe fortt icart^s de 
la. Rel^'gion ffimm i^ s-attooher k l«i^gure » ^ de perdre 

4e V|Uq la: r(sa^tli<.:»'i^\ ;;-■"...; J ;^ -' '.r • ■• ' " • " ? 

Cependant ^nes. fyniboles nefigniifiem rienjpar eux-mgmes , 
tantot c'eft,w^e t^ije d'Qifeau , tantot le pied.d'un Animal , 
ou un mor^eau d« Rftis ;. *» un mat tout ce qu'ily a de plus^ 
^Qf»m\m , &, ((!« m^)^ p^cieux. On let conferve n^nmoms. 
^vefiautawdaftPMi , qua ksAaciens.enajpportoientlila con- 
fervation de,lwcs.Pi«U* FenateSiJl n'eft m^me riendansla 
Nature ., fi qn en ct<i>it les Sauvages , qui n'ait fon Efprit , 
mais ily en a^^de tousles Ordre& , & tous n*ont pas la meme 
verttt. P^s qu'ils oeiiioiBpjenneif* pas unechofe , ils lui attri- 
Kuent un (^enief^^rieiur i^^&kmanieredes'eicpnmeralorjs, 
eft 4e dire : ,C'# mMfpfit^ H en eft dc mame h. plus fofte rai- 
fpn des Homn^es^ceux qui ont deifaliem fingul^ii, ou qui 
font des chofes ejiRtjaoitdinaires^ cc font des Hp'^i^i c'eft-a- 
djre , ils opt un G^tti? tut^lair9 d'Un Ordre plus rele v^ que te 
C^ommun*: ■ '-■ , ,, 



f 



'ii%> 



D'UNVOYAGEDEL'AMERIQ.Let.XXIV.347 

Suel^ues-^uns y & fuitout les Jongleurs , t&chent de per- 
er i la MBkitucie» mi'ifs fiDuffrenc des cranTporn extatn 



1721. 
Septeni- 



quel) 'r oetee maniea ^t^ dans tous les terns , & pai-mi tous — , 
les Peoples , & a enfant^ toutesjes faufles Religions : la va- bre. 
nit^ , fi naturelle aoix Hommes , h'a point iinajgin^ de reflbrts 
plus efficaces pour nMitrifer les Simples , la A^iltitude entrai- 
ne i la Hih ceux , cjui fe pi^ueiK le plus de Tagefle. Les Im- 
pofteurs Am^riquains ne doivenc fien aox autres fur ce point , 
& ils ffavent en tirer tout Fa^antage , qulls pr^tendent. Les 

Jongleurs ne manquent jamais de publier que durant leurs 
tr^tendues Extafes leurs G^nies leur donnent de grandes 
connoiflances des chofes les plus 61oign^es , & de lavenir; 
& comme le hafard , fi on ne veut pas que le Demon s*en me- 
le , les fait quelquefois devincr , ou conjedurfir affe? jufte , ils 
acquierent par-ii un grand credit ; on les crojt des Genies du 
premier Ordre. / 

D6s qu'on a d^clar^ ^ un Enfant ce qu'il doit d^formals 1^ Oo dunce 

farder cofltme fon Ginie Protedeur, on Tinftruit avec foin *!«'qoefois .^e 
e robligation , oii il eft de rhonorer , de fiiivre les avis , qu'il t't^^'^i. 
«n recevra pendant (on fommeil , de m^^ter fek faveurs , de g«oi. 
mettre en lui toute fa* confiance , & de/craindre les efFets de 
fon courroux , s'il neglige de s'acquM6r de ce qu'il lui doit, v- 
La Fete fe termine par un Feftin , & I'ufage eft aufti de fkire 
piquer fur le corps de I'Enlant , la figure de fon Okki , ou 

de fon Manitou. II femWe qu'un ertgagfetjfientiribleronel , & 
dont la marque ne pent jamais Stre effac^ » doive Stre invjo^ 
i|Msi»^il ^at n^anmoins bieii peo de chofes p6ur le rompre. "', 
Les Sauvages ne conviennentpas volontiers qu'ilsont tort, 
ttAmt avec leurs Dieux , & ne font nulle difficult^ de fe jyfw 
tifier k leurs d^pens : ainfi a la premiere ocoafion de fe con-^ 
damner {bi-mdme,ou de jetter la faute fur fon G^ifie tutelaire, 
c^eft toujours fur celui^ci , <¥^O^i|a jette ^ on' ^n> cherche un 
autre fans fa^on , & c^la ie foitflV«c les mSiriesipr^autions , '"^ 

que la premiere fois. Les Femmes ont auffi kurs Manitous , 
ou leurs OKkis, mais ellesn*y font pas autant d'attention , 

3ue les Hommes , peut-^tr« parce qu'elles leur donnent moins- 
'occupation. 
On fait k tous ces E%rit* diff(irentes fortes d'Ofirindes , sacrifices *« 

S'on appellera, fironveut, des Sacrifices. On jette dans les saiwagpi. 
vieres ^ dans les Lacs du Petun , du Tabac , ou des^0i. 

_ Xx ij , 



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i"T^u!rfir-5 



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. » 7 » »• 

Septem- 



PesJeikies. 



AL, HISTORK^UE 

iei^i^fqu'cMi av^gorg^s < pour fc; rehdre pro^ice lePieu des 
E^^x. En rhenneur du ableil , 6t quelquefois m^e dot Ef- . 
pl^j^ ful^alcernes, on mex dans le feu de toytes les chofesydont. 
iDnlfattl^rage , & qu'on reconnoit tenir d'eux. Ceft quelque- 
J^foH p:^ r^connomaniee , (nais plus fouvent par int^St ; la re- 
connoJfTahce; rneme eu int^refll^ , car ces Peuples ne con- 
d^ noiflent pornjl; les ifentlmens du coeur envers leurs Divinit^s, 
"''\ On remarque auifi en quelques occaflbns des efpetes de Li- 
bations <, & tout cela'eft accompagn^ dlnvocatk|Qs.en termer 
Aiyft^rieux , que les Salvages n'ont jamais pu e%)liquer aux. 
Europ^ens i (ok que dans le fond ils ne fignifient rien , foit 
que le fens n en ait pas ^te tranOnis par la Tradition avec les 
paroles ; peut-6tre aufli nous en fbnt'^ls Myftere. 
0n voit encore das Colliers ds Porcelaine , du Tabac , des 
i Epis de Nf ai'z , des Peaux , 8c des Animaux,tous entier&, fur- 
^ tout des Chiens , fur les bords des Chemins difficiles , ou dan- 
^ gereux , fur des Rochers , ou k c6t6 des Rapides ; & ce font 
.„ autant d'Offrandes,quVn a faites aux £fprits,qui pr^fident en 
^cesLieux ; j'ai dit^<]^e4e Chien eft la Yiftime la plus ordi- 
'li^aire , qu*on Iciur immole ; on les fufpend quelquefois. tout 
y;i vails ^ un Arbre par les Patt^ de derrieie , & on les y laifle 
^ourir enrages. Le Feflin de Guerre , qui fe fait toujours'de 
dihiens , peut bien aufli paflier pour un Sacrifice. Enfin on 
rWl.i peu pr^s les memes honneurs aux Efprits malfaifans «^ 
<m\ ceux ,qui pafTent pour propices^uand on a quelque cho< 
teiV.a'odredeleur malice, ...V > 

Ain(i, Madame, parmt ces Peuples ^^4^0°^ pri^^eruAt^ 
n'avoir aucune id^e de Religion , ni deDivinit^ , prefquecbut 
paroit Tobjet d'uii Culte Religieux ,, ou du moins y a<^oir 

?uelque rapport. Quelques -unsfe font imiagine que leurs 
eunes n'ayoi^t point d'autfe but , que de lesaccoutumer k 
fuppprter la faunt, & j^ conViens que ce motif yipotirroit biea 
entfer pou^qu^lque chofe ; mais coUtes les cifcoinflances v 
dont ils font accompaenes , ne laiflent aucun. lieu de douter 
que la Religion n'y ait la principale part ; n'y e0t-il que cette 
attention , dpnt j'ai payL^ , a obfcrver I^ ibnges jpendant ce 
tems-lik ; car il eft certain que ces fonges font regardes xbm- 
me de y^ritabl^ Qr4cle$ *. & des ayerciffemens du Ciel. 



D»V<!edt. 



t. .^ II eft encore mpips dQuteuxqwe les vtieux font parmr ces 
PeupJies de purs a^^s d^R^Ugioo, &: rufage^Sf eft abfblo- 



fe -■: 



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DtJNVOYAGtDlSX'AMERIQ. Let. XXIV. 349 
mtnt le inline, que parmfWus. Par exemple, lorfqu'ils fe 



1 72 1 



- con»n*«> iUrrive fouvent dans les voya^ 
Chaues , tUprometteht k leurt G^nies de Septeoj- 



voycBt fans vivr^s , 

"^ £cs & pendant les C , ^ ^ .^^.^ x^*.„c, u^ 

dOjMier en leur honneur une portion de la premiereKte'^ tre 
qu lis tueront , k un de leurs Chefs , & de ne point manger * 
qu'ils ne fe foient acquitt^s de leur promeffe. Si la chofe de* 
vient impoffible , parce aue le Chef eft trop ^loignd , ils bru- 
lent ce quj lui ^toic deftin^ , & en font une efp^ce de fa- 
crihce. 

Autrefois lesSauvages voiiins de I'Acadie avoient dans leur 
Pays fur le bord de la Mer m Arbre extr^mement vieux 
dont HYacontoient bien des merveilles , & qu'on voyoit tou- 
jours chWge d'offrandes. La Mer ayant d^couvert toute fa ra- 
cine , il fe foutint encore lontems prefqu'en I'air contre la 
violence des vents & des flots , ce qui confirma ces Sauvages 
dans la penf6e qu'il ^toit le fi^ge de quelque grand Efprit : fa 
chute ne fut pas m^rtie capable de les d^tromper , & tant qu'il * 
enparut quelque bout de branches hors de Teau , dn lui rendit 
lesradmes honneurs, qu'avoit re$us tout TArbre , lorfqu'il 
«oit fur pied. * 

La plflpart des feftins , des danfes & d6s chanfons me pa- R.pnor 
roiirent avoir auffi leur origine dans la Religion , & en con- ^"*4« 
lerver encore diverfes traces; mais il faut avoir de bons '**"' 
yeux i ou plutot une imagination bien vivcpoury apperce- 
voir tout ce que certains Voyageurs pr^tendent y avoir de- 
couvert. Ten ai rencontre , qui ne pouvant s'oter de Tefprit 
que nos Sauvages font defcendus des Hebreux , trouvoient 
partout des rapports entre ces Barbaras & le Peuple de Dieu. 
II y en a veritablement quelques-uns , comme de ne point fe 
fervir de couteaux dans de certains repas , & de ne point bri- 
fer lesOs des Bites, qu'ony mange; telle eft encore la fi- 
paration des Fed^s dans le tems de leurs infirmit^s prdinai- 
^ res ; on leiir a nifime ^ dit-on , entendu , ou cm entendre pra- 
non^er le mot j^Ilebty a dans quelques-unes de leurs chanfons ; 
mais k qui perfuadera-t on ,que quand ils fe percent les oreijles 
& les narines. Us le font en vertu de la loi de la Circoncifion > 

D ailleiirs lie fcait-on pas que I'ufagede la Circoncifion eft plus 
Sipciea que laloi , qui en fut faite pour Abi^ham & pour {^ 
Poft^rit^ ? Le feftin ,qui fe fait all retour de la Chaffe,^& dont: 
il ne faut riealaifler , a encore eti pris pour un efji^ce d'hoki- 



Rapports (fe* 



avc«t 



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^, 



'^'n' 



■ x^ >/ 



,co JOURNAL HISTORIQU 

cauike, oupcHir un refte de la Paqtie d«s I&aeliies, d'autant 
• '- -' olus, difron , que q.u^d mielauWnefsaurwt venir^bowt 
Septem- 5c fa portion , il peuc fe faire aidqr par fes voifms ,_coinme il 
bre. Te. pratiquoit paritti le Peuple de Dieu , quand une FamiUe ne 

fu&ibit pas potir manger TAgneau Pafchal tout entier. 
Un aiKieii Miffionnaire (a), qui abeaucoup vecu avec 



17.1 1. 



Lcurs Vti 
ttes. 



'0 



.^.f' 



les Oiitaouais, aiicrit que»parmi ces Sauyag^s "^/ilJS' 
fait I'office de Pretre dans ks Feftins , dont je viens de parter , 
qu'il commence par remercier les Efprus du fucc6s de /» Chaf^ 
ie ; qu enfuite un autre prend un pain de Petun , le rompt 
end2ux, &le jette dans le feu. Ce <l^' f^^^^^^lfjZ 
ceux,qui les ontcit^s en preuve de la poffibiht^de 1 Atheifme 
proprement dit , ne les connoiffoient pas. II eft vrai qu ils n^ 
?ai£nnent jamais fur U Religion , & que leur e«r6m«/ndo- 
lence fur ce point a toujours etd le plus grand obflacle, 
qu'on ait rencontr^ k leur converfion au Chriftianifme , mais 
3bur peu qu on les pratique , on auroit tort den conclura 
lu'ils S'ont pointd'idledebifia. L'indolence eft leur caratoe 

dominant ;*elief iroit jufques tos les »ff^«« 'X. Lt^cl 
reffent le plus , mais malgr^ ce d^faut , ma gr^meme cet e^ 
pritd'indfpendance,da^slequel ils.font ^lev^s, nulPeuple 
lu mondeVeft dius dependant desideescotifufes, qui leur 
ibnt reft^esdelaWinit^ , jufques-li quMs n attribuent rien 



VeftalesSau^ 



J ai lu oans qwelques Meffloirw que plufieu- _ -, ,^, 
Continent onteuluttefoisdesFilles, mii vivoiem f^par^ei 
de tout commerce avec les Homme? , k ne & manoient ,a, 
mais. Je ne puis ni garantir , nicohtredire ce fait. LaVir^i- 
Si par Slte-mrme un^tai fi oarfeit.qu'on ne doit pas 
"re furwis qu^elk ait ^ti refpcafe daps tous Jes Pays du 
Mondermais nos blwfcaaciens Miffionniureir nont po.nt par- 
U? que^i«f?^he;de a» Veftalcvquawie plufieurs <:on. 
tiennL^e Veftime , <m'oo«oitdu aifc ^s qu^¥« 
ContTi^ Je trouve m&ne que parim les HuroM & les Iro- 

i^UHUSW * _ » *- ^„„\«^-« rmt«m« - des SolltaiTCS . 



) -^ 



jtort iaiut2urest,qin>»uiM.pwi"**»- '«-»•» — 

fi ellfis ne font employees par des mair^ vierges. 



.l5^i'.i:'ti^AiiJi 



DTJNVOYAGEDEUAMERIQ.Let. XXIV. 3fi 

' ,^ f'^?^*"*^® ^* "^®"* ^*^^*® pa*"™! nos Am^riquaiiw , eft 
celle de 1 immortaht^ de TAme. lis ne la croyent pourtant pas 
purement fpirituelle , non plus que*leurs G^nies , & il eft 
vrai de dire qu'ils ne f9auroient bien.d^finir ni les uns, ni les 
autres. Quand on leur demande ce qu'ils penfent de lews 
Ames , lis repondem , qu'elles font comme fes ombres & les 
images anim^es du corps, & c'eft par une fuite de ce prin- 
cipe, quils croyent que tout eft anim^ dans I'Univers. Ainfi 
, c eft uniquement par tradition , qu'ils tiennent que nos Ames 
ne meurent pomt. Dans les differentes expreffions , qu'ils em- 
ployent pour s'expliquer fur ce fujet , ils confondent fouvent 
1 Ame avec fes facult^s , & les facultes avec leurs operations ♦ 
quoiqu'ils fjachent fort bien en faire l»diftinaion , quand ils 
veulfent parler exaftement. 

lis diient auffi que I'Ame f^par^e du corps conferve les m^- 

mes inclinations , qu'elle avoit auparavant , & c'eft la raifon 

pourquoi ilsenterrent avec les Morts tout ce qui ^toit a leur 

i-Mf * . ^^"^ "^®"^ perfuades qu'elle demeure aupr^s du 

C^vre jufqu'^ laF^te des Morts, dont je vous parlerai bien- 

tot J qu'enfuite elle va dans le Pays des Ames , oil, felon quel- 

ques-uns^elleefttransformeeenTourterclle. • 

M ^'^^J^^^* reconnoiflent dans tous les Homines deux Ames : 

lis attribuentaTune toutce queje viens dedire, ilspr^ten- 

dem que 1 autre ne quitte jamais le corps , fi ce n'eft pour paf- 

ier dans un autre ; ^e qui n'arrive pourtam gueres , tfifent-ils , 

qu aux Anies des Enfans , lefquelles ayant peu joui de la vie 

obtiennent d'en recommencer une nouvelle. C'eft pour cela 

qu'ils enterrem les Enfans le long des grands Chemins , afin 

,^ que les Femmes puifent enpaffant recueillir leurs Ames, Or 

ces Ames, qui tieimetic ftH^fele compagnie 4 leurs corps, it 

faut les nourrir , & c*eft pour iatisfaire k ce devoir, qu'om 

porte fur les Torabes de Jjuoi manger ; mais cela dure peu, 6s 

A faut que ces Ames s'accoutument avec le terns k jeiiner. On 

a quelquefd^s affez de peine k faire fubfifter les Vivans , fans 

fe chariger ci!corej;de fournir A la nourriture des Morts. 

Mais une chofe , furlaqu^e ces Peuples ne fe relachent 
jamais , eh quelqw'extr^mit^ mi'ils fe trouvcnt, c'eft qu'aa 
lieu que parmi nous la d^pouUle des Morts enrichit les Vi- 
ifans , chez eux non-feulement on emporte dans le tombeau 
io«^e qu'on poffedoit , mais on y re^oit encore des pr^fens- 



I 71 1. 
Septem- 
bre. 

Ceqi]'irspci>> 
fent dc Tim- 
monalit^ dc 
TAmc. 



Icnr H(?c Cur 
ce qu'cUc de- 
vient , c^uand 
elle eft fcpatw 
du corps. 



Poirrqnof ot$ 
porre a mvtt^ 
ger fur les ,t 
Tomboatu. 



PrAemty 
qu'bn faitaiut 
Motu,. 



. I 7* !• 

Septem- 
bre. 



Du Pays 4c$ 
Ames. 



Comment ils 
prcccndent 
marker d'etre 
^•radlemcnp 
fecitfcux, 



3J2 % J O U RN A L HI S TO ft f <i U E 

de fes Parens & de fes Amis. Aufll- ontrils ^6 extr6toement 
fcandalifes, quand ils ont vu les Fran9ois ouvrir les fepul- 
cres , pour en tirer les Robes de Cailor, dont on avoitrevetu 
les DefuntsXes tombeaux font tellement facres dans ce Pays, 
que les profaner , c'eft la plus grande boftilite , qu on puifle 
commettre contre une Nation ,, & la plus grande marque 
qu pn ne veut plus rien menager avec elle. 

J'ai dit que les Ames , lorfque le terns eft venu qu elles doi- 
vent fe feparer pour toujours de leurs corps , vont dans ur^e 
Region , qui eft deflinee poMr, etre leur demeure eternelle. 
Cette Region, difent les Sauvages , eft fort eloignee vers 
rOccident , Sc les Ames mettent pluiieurs mois ksy rendre« 
Elles ont meme de ^andes difBcultes a furmonter , & elles 
coufent de grands rifques , avant que d'y arriver. On parl6 
furtout d'unFleuve , qu'ellesoni apaffer, & fur lequel plu- 
iieurs font oaufrage; d'un Chien, dont elies ont beaucoup 
de peine k fe def&ndre ; d un lieu de foufirances , oii elles ex- 
pient letirs fautes ; d'un autre , ou font tourmentees. les Ames 
des Prifonniers jde guerre , qui ont iti brOles , & ou elles fe 
rendent le plus tard qaelLes peuven£. 

Cette idee eft cauie qu'apr^s la mort de ces Malheureux^ 
dans Ui craihte qvie leurs Ames ne deiqeurent autour d|s Ca* 
bannes , pour fe veneer des tourmens , qu'on leur a faft (buf-i^ 
frir , on a grand foin.de visiter partout > & de donner fan9 ce^ 
^es coups de baguette, «n pouiTant dss cm aifreux « oour 
Qbliger ces Ames k s'eloi^per. Les Iroquois difent qu Atahenc^ 
fie |ait fpn fejour ordinaire dans ce Tartare , & quelle y eft 
\iniquement Occupee k trompei* les Ames , pour les perdre ,. 
maisque Juskeka n'omet rien pour les pr ei^iunir ciohtre le» 
mauvais d^flfeitis de fon Ayeule/Paripi las r^dts fabuleu¥> 
qu'on f^it de ce qui Ce pa0e dans ces £nfers y ft reflemblans ^ 
^eux d'Homere & deVirgile, il yenaun, qui paroit co^ 
pi(6 d'apr^s I'aventure dOrph^e & d'furydip^ ; il n y a pref- 
qu« rien k y changer que }e$ noms. 

Au refte , Madame , le bonheur , dont ks Sauvagi^s fe 
flattept de JQuir dans leur pr^ttodu Elifi^e . ils ne le regai:dent 

Eas pr^cif^ment pomi|i6 la r^compeof^ d^ 'a Vertu : avoir 4t^ 
on ChaiTeur , brave k la Guerre , heureux dans toutes fe$ 
Entreprifes , avoir tu^ & brul^ un grand nombre d'Ennemis , 
ce fQm-14 l$s {^\ik titres , <)ui dpnpeix ^rpiU l^iir P^radis , 

dont 

m 



171 1. 



^ 13'UNVOYAGEDEL'AMERIQ.LET,XXIV.3y3 

'<3onttoute la felicite confifte^ytrouver une Chafle & une 
PIche , oiri ne manguent jamais , un Printems eternef , une \ o 
grande abondance cfe toutes chofes , fans etre oblige de tra- ^®P'^'"- 
vailler , & tous les plaifirs des fens. C'eft auffi la tout ce 

2u'ils demandent k ieuts Dieux pendant la vie. Toutes leurs 
Ihanfons , qui font originairement leurs Prieres , ne roulent 
que-fur les biens prefens , il n'jr eft jamais queftion , non plus 

3ue dans leurs Voeux , de la vie future ; ils fe croyent a(fure 
'^tre heureux dans I'autre monde , k proportion de ce qu'ils 
fauront eti dans celui - ci.. 

Les Ames des Betes ont auffi leur place dans les Enfers , ©« Am« 
■C2LPt felon les Sauvages , elles ne font pas moins immortelles dc$ b&cs. 

J[ue les notres ; ils leur reconnoiffent meme une forte de rai- 
on ,' & non feulement chaque efpece , mais chaque Animal , 
fi on les en croit , a auffi fon Genie confervateur. En un mot 
ils ne mettent de difference entre nous & les Brutes , que du 
plus au moins. L'Homme, difent-ils, eft le Roy des Animaux , 

3ui tous ont les memes attributs , mais THomme les poflede ' 

ans uadegri fort fuperieur. lis tiennent encore que dans les 
Enfers il y a des modeles d'Ames de toutes les efpeces , mais 
ils s'embarraife'rif peu de d^velopper cette id^e , & en gene- 
ral toutes celles , qui font de pure fp^culation , ne les occu- 
pent pas beaucoup : les plus fages Philofophes de I'Antiquite 
payenne , qui fe font tant tourment^s pour les ^claircir , ont- 
ils beaucoup plus avance qu'eux .? On ne peut marcher (ure- 
ment dans ces obfcurit^s , qu'avec le flambeau de la Foi. 

II i#^ a rien , fur quoi ces Barbares ayent porte plus loin la 
fuperftition , & I'extravagance , que ce qui regarde les Son- -, 
ges ; mais ils varient beaucoup dans la maniere , dont ils ex- '°" 
pliquent leurs penf^es fur cela. Tantot c'eft I'Ame raifonna- ^'*' 
ble , qui fe promene , tandis que TAme fenfitive continue d'a- 
nimer le corps. Tantot c'eft le G^nie familier , qui donne des 
avis falutaires fur ce qui doit^rriver : tant6t c'eft une vifite , 



«• 



beta nature 
des Songcs fe-. 
Ion les &iuva« 







garde comme une chofe facree , & comme le moyen le plu- 
ordinaire , dont les Dieux fe fervent pour faire connoitre aux 
Hommes leurs volont^s. 

Pr^venus de cette id^c , ils ne peuvent comprendre que 
nous#n ifaffions aucun cas. Le plus fouvent ils lei regardent 



lome 



III 



A., f.. 



354 JOURNAL HISTGRIQUE 

— -^-»- comine des d^firs de I'Ame infpir^e par quelcp'Efprit , ou i 

* 7 2. 1 . (jrjre de fa part ; & en confemience de ce pnncipe ils (e font 

Septem- un devoir de Religion d'y d^ferer ; un Sauvage ayant revd 

bre. qu'on lui coupoit un doit , il fe le fit reellement couper k fon 

reveil, apr^s s'etre or^par^ k cette importante adion parun 

feftin. Un autre s'etant vu en fonge Prifonnier entre les mains 

de ies Ennemis , fut fort embarrafie ; il confulta lesjTongleurs , 

& par leur confeil il fe fit lier k un poteau , & hauler en plu- 

^eurs parties du corps^ ^ 

II y a des Songes h^ureux , & il y en a de funeftes. Par 
exemple , re ver qu'on voit beaucoup d'Elans , c'eft , dit-ort , 
figne de vie : fi Ton a v(i des Ours , G*eft figne qu'on rtiourra 
^ bientot. J'ai deja dit au'il en faut excepter les terns , oil Ton 
fe prepare k laChaffe de ces Animaux. Mais pour vous faire 
voir , Madame , jufqu'oii ces Barbares portent I'extravagance 
au fujet des Songes , je vais vous raconter un fait attefte par 
deux t^moins irr^prochables , & qui ont vu la chofe de leurs 
propresyeux. . 

Deux Mi&onnaires voyageoient avec des Sauvages, & 
une nuit , que tous leurs Condufteurs dormoient profonde- 
ment , un aeux s'^veilla en furfault tout hors d'haleine , pal- 
pitant , faifant effort pour crier , & fe d^battant , comme s'il 
cut ete agit^ de quelque D^iiion. Au bruit , qu'il fit , tout le 
Monde fut bientot futpi'ed : on crut d'abord aue cet Homme 
etoif tombi dans un acc^s de phrenefie ; on le faifit , & on 
mie tout en ufage ^our le calmer ; mais ce fut inutilement : 
fes fureurs croifToient toujours , & comme on ne pouvoit 
plus I'arreter , on cacha toutes les armes , de peur de quelque 
accident. Quelques-uns s'aviferent enfuite de lui preparer un 
breuvage avec ae certain^s herbes d'une grahde vertu'; mai^ 
lorfqu'on y penfoit le moins , le pr^iendu Malade fauta dans 
la Riviere. ■> 

On Ten retira fur le champ , & il avoua qu'il avoit froid , 
cependant il ne voulut pas ap^ocher d'un oon feu^u'on 
avoit allumd dans I'infiant : il s'afiit au pied d'un ArSre , & 
comme il paroiflbit plus tranquille , on lui apporta le bouil- 
Ion , qu'on lui avoit pr^par^. C'eft k cet Enfant , dit-il , qu'il 
faut le donner , & ce qu'il appelloit un Enfant-, etoit une 
Peau d'Ours , qu'on avoit remplie de pailles : on lui ob^it ,& 
Ton verfa tout le bouillon dans la uueule de I'AniiiuJt Oa 



Miftolte 
•e fujct. 






.Y(; 



P'UN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. XXIV. tec 

luidemandaalors<iuel^toitfonmal? J'air^ve, ripondit-i = . 

^" ."*?,«"»« m ^toit entr^ dans I'eftomach. On fe mit ^ rire , ^ 7 i i . 
mais il falloit gu^nr (on imagination bleffee /& voici la ma- Septem- 
niere < donron sy prit. j^^g ^ 

Tous fe mirent A contrefaire les infenfts , & a crier de tou- 
tes leurs forces qu lis avoient auffi un Animal dans reftomach 



qu lis aimoient mieux fe faire fuer. Notre Hypocondre trcSii 
1 avis fort bon j on dreffa fur le champ une Etuve , & tdi v 
entrerent en criant k pleine tete , enfuite chacun fe mit k con- 
trefaire lAmmal, dontil feignoit avoir I'eftomach chared 
mil une Oye, qui un Canard, qui uncOutarde, qui une 
Grenouille : le K^veur contrefit auffi fon Huart. Le plaifant 
eft que tous les autres battoient la mefure , en frappant fur 
lui de toutes leurs forces , k deifein de le laffer & deTendor- 

inir^Pourtouc autre, que pour unSauvage,ilyavoitde 
quoi le mettre en un ^tat k ne pouvoir fermer I'oeil de plu- 
Jieurs jours ; toutefois ils vinrent i bout de ce qu'ils vou- 
loi^t. Le Malade dormit lontems , & i fon reveil il fe trou- 
va gu^ri ; ne fe fentant , ni de la fueur , qui auroit du I'^pui- 
fer , ni des coups , dont il avoit le corps meurtri , & ayant 
perdu jufqu au f ouvenir d'un fonge , qui lui avoit taiit coute. 
^ Mais ce n eft pas feulement celui , qui a r^v^ , qui doit fa- Manicrc f 
tisfaire aux obligations , qu'il s'lmagine lui ^tre inJpofees par dontonft dJ 
ion longe : ce feroit un crime pour tous ceux . k oui il s'aH- ^?'""? •*'"■ 
d«ffe , que dj lui refufer ce au'S a d^,r^ en riyj^^ Hi t'J-fJ^ 
jugez bien , Madame , que celapeuttirer iconfequcnce. Mais P°"ytau«&i- 
comme les Sauvages ne fonrpoint intereffds , ils abufent beau- "* 
coup moins de ce principe , qu'oji ne feroit ailleurs ; & puis 
chacun peut avoir foo tour. Si la chofe d^firee eft de nature k 
ne pouvoir 6tre fournie par un Paniculier, le Pubhc sen 
charge j fallut-il 1 aller chercher k cinq cens lieues , il la faut 
trouver k quelque prixqiye ce foit , & on ne fgauroit dire avec 
juel foin on la conferve , quand on eft venu a bout de I'avoir. 
Si c'eft une chofe inanim6e, on eft plus tranquille , mais fi 
c'eft un Animal , fa mprt c4ufe des inquietudes etonnantes. 

L'affaire eft plus ftrieufe encore , h quelqu un s'avife der^- 
ver au'il caffe la t6ie k un autre , car il la lui caffe en effet s'il 
le petit : mais malheur 4 lui , fi quelqu'autre s'avife k fon tour 

y y ij 



M^ 



xt6 JOUR N'A L H I S T O RI QU^ 



^,y 



» 7 1 1 • de foneer qu'ii,venge le Mort. D'ailleurs avec un peu de pr^- 

SeDtem- fence d'efpric , on (? tire aif^ment d'embarras ; il oe faut que^ . 

bre fcavoir bppofer fur le champ kun tel reve un autre fon^e , qui 

« le contreS&e. . Je vois bien , dit alors le pr^ier Reveur ^: 

„ que ton Efprit eft plus fort que le mien* amfi n en parJons;^ 

,; 2lus «. Tous ne foSt pourtant pas fi faciles k demonter ; tnais- 

il eaeft peu , qu'on ne contente ,,ou dont on n appaiie )e G6- 

nieparquelquepr^fentv, . . » ~ ^i'«« 

Dc la F^te Tg ne fcai pas , fi la Religion a jamais eu part 4 ce quelon 

aessonges. ^J^Hq commun^mcnt la Fite desSonges , & de ce que les 

^ iSquois & quelques autres ont beaucoujp mieu^c nomm6 /e 

• ^ r2erCcmcnu<k llCcrrveUe. Ceft une efpe^e deBacchanale. 
qui dure ordinairement quinze jours . Scfecelebre fur la ha 
3e I'Hyver. 11 n'eft point de folie , qu'on nefaffe alors j & 
chacun court de Cabanne en Cabanne , dlgUif^ en mille ma. 
nieres , toutes ridicules :! on brife , & on renverfe^tout , & 
perfonne n'ofe sy op>fer. Quiconque ne veut pas fe trouver 
Sans une telle confujfon , ni ejre expof|^ toutesles avanies , 
qu'il y faut effuyer, doit, s'abfentei'. D^s quon rencontre 
quelqi'un, prflui donne fon reve ii deymer ,A &a le devine , 

, 2Vftl fes d^pens , il faut qu'il donne 4a chofe , )^^ox\o^3^ 
reve. A la fin on rendtout , on fait un grand feftm , & 1 on 

.-ne penfe plus qui reparer les trifles effets^de la Mafcarade , 
ce qui le plus fouvent n'eft pas une petitje affaire: carceften- 
* co?e \k une de ces occafions , qu on attend fans rien dire , 

^ pour bien frotter ceux , dont on croit avoir re^u quelque 
offenfe: mais la F^efinie,il faut tout oiiblier^ 
ncfcriptio. Je trouve la defcription d'une de ces Rtes dans^^ JournaL 
"ancdccesFi, ^^^^ Miffiomiaife (a), qui enfutbienmalgrelui le <pettateur4 
Onnontagu^. La voici. Elle fut proclamee le Z2« de Fevrier ^ 
& ce furent les Anciens , qui firent la proclamauon avec le 

^meme ferieux , que s'il eut ^t6 queftion d'une affaire dEtat. 
A peine furent-ils rentr^s chez eux, ouon vitpartir de la 
main Hommes , Femmes , Enfans , pre/que tout nuds , quoi- 
Gu'il fit unfroid intolerable. lis entrerentdaborddins^ toutes 
L Cabannes, puis ils furent guelque terns 4 errer de tous, 
cotes , fans fcavbir oil ils alloient, m ce qu ils vouloient : 
on les eut pris pour des Perfonn^ y vres , ou pour des fu- 
rieux , qu'urt tranfport avoit mis hors d'euxrm^es*. 

( 4) Lc Few Claude.D a b l»0 n. 



d'une 



^. 



,..•> 



■Mr 



DVNYOYAGEDEUAMERIQ. Let. XXIV. )^ 

, _ Plufieurs Sornei!ent \k leur folic , & ne parurent plus, Les "" 

autres voulurent ufer du privilege de la Fete , pendant la- ' 7» i« 
quelle on eft reput^ hors de Tens , par confequent n'etre point i Septem- 
^ refoonfable de ce qu on fait., & venger fes querelles parti- bre, 
cufieres. lis de s'^pargnerent afluremeht pas. Aux uns ils 
jettqient de Feau i pieine cuv^e , & cette eau , qui fe gla9oit 
, d'abord, etoit capable de tranfir de froid ceux , qui la rece- 

voient. lis couvroient les autres de cendres chaudes , ou de . 
toutes fortes d'immondices ; quelques-uns prenoienr des tb- 
fons , ou des charbons allumes , & les lan9oieat a la tete du 
premier , qu'ils rencontroient j d'autres brifoient tout dans 
les Cabannes ^ fe ruoient fur ceux , a qui ils en vouloiem , & 
les chargeoient de coups. 11 falloit , pour fe delivrer de cette 
perfecution , deviner des fonges , oil fauvent Ton ne conce- 
voit rien. 

Le Miffionnaire & fon Compagnon furent fouvent fur !e 
point d'etre plus que t^moins de ces extravagances : un de 
ces Phrenetiques entra dansune Cabanne , oil il les avoit vtii 
fe refugier d^ le commencement. Heureufement pour eux ,. 
ils venqient d'jen fortir; car il y avoit tout lieu de croire 
que ceFurieux vouloit leur faire un- mauvais parti. Decon^ 

certe par leur fuite,, ils ecria quilvouloit qu'ondevinat foa 
fbnge , & qu'on y iatisfit fur Theure : comme on tardoit trop ,. '^ 
il dit: je tue unFrangois; auf&tot le Maitr^ de la Cabanne 
jetta. yu. Habit Francois , que ce furieux pcrj^a de plufieurs- 

. coups.. , 

Alors celui , qui le lui avoft jette , entrant i fon tour en fu- 
reur , dit qu'il vouloit venger le Fran9ois , & quil alloit re- 
duire en. cendres .tout le Village : il commen^^ en effet par 
mettre le feu i fa prppre Cabanne , . oil cette fcene s'^toit pafi' -- 

fee , ^ tout le monae en etant^forti , il &'y enferjna. Le&u ,, 

. qifil avoit allum^ en plufieurs: endrbits', neparoilToit poin^: 
encore au dehor^, ^uandj un' des Mii]^onhaires fe prefenta*. 
pour y entrer : oii. lui dit ce qui venoit darriver , & il crai- 

^gnit que fon Hote ne fut plus fe maitre d'en fortir, quand ili 

• le voudrak vil enfon^ji la porte ^ {aifir le Sauvage , le mit- 
dejiors,^ etaMiit te feu , & s'ehfermadafls la Cabanne. Son> 
Hote cejjendant couroit>out le Village en Criant qu'il vouloit 
tout bruler : on lui jett^ un Cbieii , dans Wfperancp (jj'il at 
fouviroit fa rage fur cet Animal^ il dit que cen'i^oit pas a^z-y. 



■.,v. 



Septem- 
bre. 



35^ JOURNAL HISTORIQUE 

poi ir r^parer TafFront , qu'on lui aroit fait -, en tuant un Fran- 
^ois dins fa Cabanne : on lui jetta un fecond Chien , il le mit 
en pieces ,& dans le moment toute fa fureur fe calma. 

( !Iet Homme avoit unFrere , qui voulut auffi jouer fon role. 
II sfhabilla i peu pr^s , comiAe on repr^fente les Satyres , fe 
coijvrant de feuilles de Maiz depuis la tete jufqu'aux pieds : 
il fit iquipper deux Femmes en vraies M^gepes , la face noir- 
cie , les cheveux ^pars , une Peau de Loup fur le coros , & 
un pieu k la main. Ainfi efcorte il va dans toutes les Caban- 
iies , criant & hurlant de toute fa force ; il grimpe fur le toit, 

Jr fait mille tOurs avec autant de foupleffe , qu'auroit pu faire 
e [^lus habile Danfeur de C^ordes , paisil jette des cris epou- 
vantables , comme s'il etoit arriv^ quelqye grand malheur ; 
eni^ite il defcend, marche gravement pridced^ de fes deux 
Bacchantes , qui furieufes i leur tour, renverfent avec leurs 
pielux tout ce qui fe rencontre fur leur paflage. Files ^toient k 
peine d^livr^es de cette manie , ou lafles de faire leur perfon- 
nage , qu'une autre Femme prit leur place , 6ntra dans la Ca- 
banne, oil etoient les deux J^fuites , & arm^e d'uneArque- 
buie , qu'elle venoit de gagner en faifant deviner fon rSve , 
elk chanta la guerre , & fit contre elle-mfime mille injpr^ca- 
tioiks, fielleneramenoitpasdesPrifonniers, 

Vn Guerrier fuivit de nr^s cette Amazone , TArc & lyie 
Fleche d'une main, & de iautre une Bayonnette. Apr^s qu'il 
fe f It bien egofill^ k crier , il fe jetta tout k coup fur tine Fem- 
me , qui ne penfoit k rien , lui porta fa Bayonnette k la gorp-, 
la jrit par les cheveux , lui en coupa une poign^e , & fe re- 
tira. Un Jongleur parut enfuite , ay ant i^ la main un baton 
orne de plumesi^ par le moy en diiqiiel il fe vantoit de deviner 
les chofes les pluscach^es. Un Sauvage I'accompagnoit por- 
tan : un vafe refflpli de je ne fi^ai quelle liqueur , dont il lui 
dor noitde terns en terns iboire; le Charlatan ne I'avoit pas 
plu:6t^labouche, qu'illarejettoit, en fouflam fur fes mains 
& j'lir fon hkton , & k chaque fois il: devinoit toptes les eni- 
gm(!s, qu'ortlaipropofoit. 

Deux Femmes vinrent apr^s , fit firent entendre qu*elles 
avc ient Zes defirs ; Vune ^tendit d'abord une Natte , on devi- 
na < [u eile demandbit du Poiflbn , & oni llti en donna. L'autre 
avout un Hoyaii i la main , on comprit qu'elle vouloit avoir 
pnjChamp pour le upli^er , on la mena nors du Village y ft: 



i pTrNVOYAG^EIMMERIOLET XXV tr« 

m la tmt k mame. Ui, Chef avoit rev^ , difoiMl,*qu'il voyoh "T T 

<leux Coeurs humains j on ne put expliauerTonYr>n«« xJr ' 7 uT" 

onprolongeamSme aFeted'unjour; tout fUt inutile &ii ^^' 
hllut qu'il fe tranouillisat. Tantdt on voyoit des T^oubes de 

-^ensarmes, qui laifoiem mine de vOuloir fe battre K! 

^ desBandesdegaladins,qui jouoient toutes for^^^^^ 
Cette manie dura quatre jours, & il parut que c'dtoit par con 
fid^ration pour les deux J^fuites, qu'on e2 avoit Sn£ abreei 

accoutum^ den faire en guinze. On eut cependan?enco^^^^^^^ 
egard pour les Miffionnaies , qu'on „e les troubia poSn" 
eurs (onions , & qu'pn n'empecha point lesXhSns de > 
sacquiterdeleur^dev6irs de ReKgiom Mais en voi a "ffe^ ^ 
fur cet article ; je ferme ma Lettrepourl^ donner Cn Vova! 

f '"fuis*^ &r"'"' ^" ^^^^'^^ ' ^ ^^"* afiuram ^ue 



■\Sf 



[■ 






yiNT-CINQUIEME LETTRE. 

Suitt des TiaJiiions des Sauvages, 
AuFortdelaRivieredeS. Jo{epJi,ce ^Sept. 171,. 

JVlADAME, 

I L y a trois jours queje partis d'ici pour me rendre d Chi- 
cagou , en cotoyanft fa Rive M^ridionale du Lac Michigan - 
mis nous trouvames ce Lac fi fort en fiireur , que nous pri! 
mes le parti de revenir lei , & de choifir une aut?e Route pSur 
gagner la Louyfiane. Notre depart eft 6x6 au feize , &: ie 
Yajs prober deuces deux jours de retardement pour repren- 
ruSS"^''" ^^'' ^ ^'* Traditions Senos Ami 

^ Les Sauvages , dans ceque je vous a/dit dans ma demicre « 
lettre , ne reconnoMTent que /'operation des Bons Geijies; gS?«T£ 
les feuls Sorciers , & ceux , qui ufem de malefices , paffem ¥'^- 



trcMtx 



\6o JOURNAL H I S T 6 Rl <i U fi 

pour etre en commerce avec les Maiivais , & ce foiit fur- 
1 7 1 » • tout les Femmes , qui exercent ee d^teftable metier. Les Jon- 
Seotem- gleurs de profeffion , non feulement ne s'en melent pas , au 



tie 






moins Guvertement , mais ils font une etude parnculiere pour 

fcavoir decouvrir les Sorts , & en empficher les pernicieux 

efFets. Dans le fond , il n y « gueres dan^ tout ce qi^n m'a 

\ racont^ fur cela , que de la charlata«erie ; ce font des ^^^ 

pens , dont on exprime le venin ; deffferbes cueillies en cer- 

V tains tems , & en pronon^ant de cehames paroles ; des Ani- 

\maux , qu'on egorge , & dpnt oa jette quelques parties dans 

\ Cher les Illinois & dans quelques autres Nations , on fait 
4e petits Marmouzets pour reprefenter ceux , dont cm v^ut 
ibf^ger les jours , & qu'on perce au coeur. D'autre fois on 
orend une Pierre , & par le moyen de quelques invocations 
Sa pretend en former une fembkble dans le coeur de fon 
Ennemi. Je fuis perfuade que ceia reuffit rarement , fi le Dia- 
ble ne s'en mele pas > toutefois oji appr^hende tellement les 
Magiciens , que le moindre foup9on fuffit pour mettre en 
pieces quiconqueeft tamfoitpeu foup9onnede I'etre. Mais 
quoique cette ProfeiSon foil li dangereufe , il fe trouve par- 
tout des Gens , qui n'en ont point d'autre. II eft mSme vrai 
° que les plus fenl^s & les mains credules de ceux , qui ont 
le plus pratique les Sauvages , convicnnent qu'il y a quel- 
■ quefois du reel dans leur Magie. 

Ces Infideles , Madame , feroient-ils les feuls , en qui on 
n'auroit pas reconnu I'operation du Demon ? Et quel autre 
Maitre que cet Efprit mal-faifant , & honucide des le comment 
^cement du Monde ( a ) , auroit appris i tant dp Peuples » qui 
n'ant jamais eu de commerce les uns avec les autres , un art, 
que rious ne f§aurions regarder comme abfolument frivole , 
fans contredire les DivirieS Ecritures ? II faut done avouer 
que les Puiffances Infernales ont quelques Suppots fur la 
Terre , mais que Dieu a mis des bornesj tr6s - ^troites i leur 
malignit^ , & ne permet quel<juefois qu'on reffente les efFets 
du pouvoir , qu'il a juge i propos de leur kiffer , ^ue pour 
fervir tantot la Juftice , & tant6t fa mif^ricorde, 

II faut dire k peu pr^s la meme chofe des Jongleurs du Ca- 
^°°' nada , qui font profeffion de n'avoir de cpmmerce qu avec ce 



p'UN VOYAGE DE UAMERIQ. Let. XXV..}(fi 

^'ils appplleht G^nies bienfaifans , & qui fe vantent de Iton/ — 

aoitre oar leur s moycns ce qui fe paffe dans les Pays les p\\i$ ' 7 » » • 
6loien6s , ou ce qui doit arri ver dans les terns les plus recuUs ; Sebtem- 
dc dicouvrir lafource & la nature des Maladies les plusca- bre. 
chees , & d'avoir le fecret de les gu^rir ; de difcerner dans 
Its Affaires les plus embroiiill^es le parti , qu'il faut prendre ; 
d'expliquer les Songes les plus obfcurs ; de faire reuffir les 
N^goeiations les plus difficiles ; de rendre les Dieux propi- 
ce« aux Guerriers & aux Chaffeurs. Ces pr^tendus bons Ge- 
fties font , comme tous lei Dieux du Paganifme , de ^erita- 
Jbles Demons , lefquels resolvent des hommages , qui ne font ^ 
dAs au'au ftul vrai Dieu , & dortt les Preftiges font encore , 
plus dangereux que ceux des mauvais Ginies , par^e qu'iis 
<ontribuent davantage 4 retenir leurs Adorateurs dans leur 
aveuglement. « 

II eft hors de dout^ que parmi leurs Suppdts , les plus har- 
dis font les plus refpeft^s , & qu'avec un peu de manege ils . i 

^rfuadent aif^ment des Peuples Aleves dans la Superftition. * 
Quoiqu'on ait vii naitre-ces Jmpofteurs , s'il leur prend en- 
Vie de fe<lonner one naiffance (urnaturelte , ils trouvent des 
Gens , qui les en croyent fur leur parole , comme s'ils les 
avoient v(i defcendre du Ciel » & qui prennent pour une ef- 
pece d'enchantement & d'illufion de les avoir cru d'abord ne$ 
comme les autres Hoinmes ; leurs artifices font n^anmoins pour 
I'-ordinaire fi groiIi«rs & fi uf& , qu'il n'y a que les Sots , & 
les Enfans > qui $V laiffent prendre ; fi ce n'eft lorfqu'ils agif- 
fent «n quality de M^dectns : car qui ne fcait que, lorfqu'il eft 
queftion de recouvrer la fant^ , la cr^dulit^ la plus exceffive 



4 



eft de totis les Pays, de ceux,qui fe piquent le plus de fagefle f 
comme de ceux , dont les lumiefes font plus born^es ? 

. Aprb tout , Madame , je |e re^ete , ij^eft di^cile de ne pas Xo 
tomber d*accord que parmi c^is Iimdele^ 11 fe pafle quelquetois Hges. 
des chofes tr^s-capables de tromper, au moins la Multi- 
tude, pour ne rien dire de plus. J'<lioui dire ides Perfon- 
nes , dont )e ne pouvois foupconae^ , -ni la bonne foi , lii la 
prudence , que lorfaue ces Impofteurs sWerment dans les 
Etuves pour fe faire luer , & e'eft ^ Ik une de leurs plus ordi- 
naires preparations pQur faire leurs preftiges , ils ne different 
«nrien desPythonifles,telles quelesPoetes nous les ont repr^- 
fent^es fur le Tr^pied : qu'on les y voit entrer dans des convul- 
Tome III. Z J 



eurs preft 



:J!L. 



\ 






17*1 



^6i J O URN A L HIS TORI QUE 

fions & des enthoufiafmes , prendre des tons de voix , & 

faire des anions , qui aaroiflent au-deflus des forces humaines, 

S^ptem- & qui ipfpirent aux Spealteurs les plus pr^venus contre 

bre. leurs impoftures une horreur & un faififfement , dont ils ne 

font pas les maitres. 

On afsure encore qu'ils fouffrent beaucoup dans ces occa- 
fions , & qu'il s'en trouve , qu'on n'engage pas aif.6ment , me- 
me en les pay ant bien , k fe livrer ainfi i TEfprit , qui les agi- 
te. Mais il ne faut pas croire qu'il faitdufurnaturelen ce 
qu'au fortir de ces fueurs violentes , ils vont fe jetter dans 
1 eau froide & quelquefois glac^e , fans en reffentir aucune 
incommodite. Cela leur eft commun avecfous leS autrfes Sau- 
vages , & meme avec d'autres Peuples du Nord (a). C'eft une 
exp^ience , qui ,deconcerte urfpeu la Medecine , mais k la- 
quelle le Diable if a certainement aucune part. 

II eft encore, vrai que les Jongleurs, rencontrent trop fou- 
vent jufte dans leurs Prediftions , pour croire qu'ils devinent 
toujours par hazard , & qu'il fe paffe dans ces occafions des 
chofes , qu'il n'eft prefqiie pas poffible d'attribuer k aucun fe- 
cret naturel. On a vu les pieux , dont ces Etuves etoient fer- 
ni^es , fe courber jufqu'^ terre , tandw que le Jongleur fe te- 
noit tranquille , fans remuer , fans y toucher , qu ilchantoit , 
& qu'il predifoit iWcnir. tes Letires des anciens Miffionnai- 
res font remplies de faits", qui ne laiflent aucun jdoute que 
ces Sedufteurs^ n'ayent un veritable cortimerce avec le Pere 
de la fedudion & du menfonge. PlufieursFran9ois m'ont par- 
te fur le mSfwe ton , je ne vous en citerai qu'un trait , que )• 

fcais de fource. , «, ,, « 

Vous av^z vu a Paris Madame de Marson , & elle y eft 
encore ; voici ce qu^ M. le Marquis deVaudreuil fon Gen- 
i dre , aau/ellement notre Gouverneur G^n^ral , me raconta 
cet Hyver , & qu'il afifu de cette Dame , qui n'eft rien thoins 
qu'un efprit foible. EUe ^toit un jour fort inquiette au fujet 
de M. de Marfontfon Mari , lequel commandoit dans un Pof- 
te , que nous avions en Acadie ; il ^t^it abfent , 8c le terns 
qu'il avoit marqu^ pour fon retour , ^toit paffi. Une Fem- 
me SauV£^ge , qui vit; Madame de Marfon en peine , lui en 
<kmanda la caufe, & I'ayant apprife , lui dit , apr^s y avoir 




%•) Lc Po&e Reg m a k b nous aflute dans Coa Voyagt dc Lapponie, qu'il a vft fiuie 
la in£mc chofe CD Botbaic. 






^■■ 



^ 



■/. 



I 72 I. 

Septem- 
bre. 



Dc la I'yro- 
mancic. 



% 



DUN V OY A G E D E L'A M E RI Q. Let. XXV. 3(^3 
un peu reve , de ne plus fe chagriner , que fon Epoux re- 
viendroittel jour & a telle heure , qu'ellc lui marqua ,.avec 
un Chapeau gris fur h i^te. Comme elle s'apper9ut que la 
Dame n ajoutoit point foi a fa pr^diftidn^ aajour & k I'heure, 
gu'elle avoir affign^e , elle retournachezelle, liiitlewuiiida 
u elle ne vouloit pas venir voir arriver fon Mari , & la prefla 
de telle forte de la |uivre , ou>lle I'entraina au bord de fa Ri- 
viere. A peine y ^toient-elles Wrivees , que M. de Marfon 
parut dans un Canot j.j(rnchaptau gris fur la tete ; & ajSt 
appris ce qui setoit paflR^, affflikqu'il ne pouvoit pas com- 
prendre comment la Sauvagefle iivoit pu fjavoir I'heure & Je 
jour de fon arriv^e. ' 

G,et exemple, Madame, & beaucoup d'autres , wue ie 
f^ai , & qjiil nefont.pas moins certains , prouvent qiiily a 
quelquefois de Toperation du D^mon dans la magie des Sau- 
vages; niais il nappartient , dit-on, qu'aux Jongleurs de 
fairis les Evocations , quand il s'agit des affaires publiques. 
On pretend que tous les Algonquiris & les Ab^naquis prati- 
quoient autrefois une efpece de Pyromancie , dontvoici tout 
le myftere.Ils r^duifoient en unepoudretr^s-fineducharbon 
de bois de CEdre ; ils difpofoient cette poudre k leur maniere , 
piiis y mettoient It feu , & par Ie tour, que prenoit le feu en 
courantfuritttctpoudre, ils connbiffoient , difoient-il^ , ce 
qu'ils feherchoiept. On ajoute que les Ab^naquis , en fe cpn- 
vertiffant au Chriftianifme , ont eu bien de la peine k renonr 
cer k un ufage , qu'ils regardoient comme un moyen tres-in- 
nocent de connoitre ce qui fepaflbic loin de chW eux. 

Je n ai pas oui'dire que les Parti(^uliers , qui iouloient pof- injtaiiatio« 
feder ces fortes de fecrets, euflehc befoin, potir y etre ini- desjongicurs'! 
tiis , de pafler par aucuoe ^Epreuve ; mais les Jongleurs de 
profeffion ne font jamais revetus de ce caraftere , qui leur 
tait contEJiiler une efpece de pafte avec les Genies , & qui 
re*d ieurs perfonnes refpeftables , qu'apr^s s'y etr6 difoofes 
par des jeiuies , qu'ils poufTenc tr^-lom , & pendjant lefquels 
lis ne font autre chofe , que battre le tambour , rfcrier , hur- 
ley , chanter , & fumer. L'inftallation fe fait enfuite dans 
Uiie efpEce de Bacchanale , avec des cEr^monies <i extrava- 
gantes , & accampagn^es de ta^t de fureurs, qu'on diroit 
que le DEmon y prend d6s-lors poffeffion de Ieurs perfonnes. 
III. ne font neanmoins les Miniftres de ces Dieiix pretendus , Des Pr^tres. 
. - Z zij 



Inftalfatioi 



1 - ♦., 



* * u.*^ * ■. ^S'f t -rf «M \- * 



C - 



1 7H' 
Septem- 
bre. 



Mah^etor- 






vA*;, 



3^4 J O U R N A L H>S^ T O R I Q U E 

5[ue pour annoncer aux Hommes leurs volont^s, & pour dtr^ 
eurs Inferpr^tes : car fi Ton peut donner le nom d^ facrifi^es 
aux offrandes , que ccs Peupks font k leurs Divihit^s , les 
Pretres parmi eux fl9 font jamais les Jongleurs : dans les c6* 
r^monies publiques , ce foot les Chefs , & dans le domefti- 

3ue , ce font ordinairement les Peres dc Famille , ou k leur 
^faut le plus coniid^rable de la Cabanne. Mais la principale 
occupatidn des Jongleurs , ou du moins celle , dont ils retr- 
rent plus de profit, c'eft la M^decioe: ils exercent cet art^ 
avec des principes fond^ fur la conncMflance des Simples , fur 
I'exp^rience , « fur k conjefture , comme on fiiit par-tout, 
mais il eft rare qu'ils nV mllent pas de lafuperftition , & de 
la charlatanerie , dont le Vulgaire eft touiours dupe. 

II n'y a peut-etre point d'Hommesau Monde , qui le foient 
plus de ces Impofteurs , que les Sauvages , mioiqu'il y en ait 
peu , qui ay ent moins beficmi de recouriri laM^diecine. Non^ 
feulement ik font prefque tous d'une itoroplexion faine & ro* 
bufte , mais ils n'ont eonnu la plupart desMaladies , aufqueU 
les nous fommes fujets , que depuis qu'ils no^s ont fr^quen* 
t^s. Ils ne f9avoient ce que c'eft que la Petite V^role ^ quand 
ils I'ont recue de nous, & Ton ne doit attribuevks grands rava^ 
ges, qu'elfe a fait* parmi eux, qu'3i cette ignorance. La Goute, 
fa Gravelle, la Pierre, rApoplexie,& quantitdd'autresMaux, 
fi communs en Europe , n'ont point encore p^^^ dans cette 
partie du Nouveau Monde parmi les Naturels du Pays. 

Ileftvrai que lesexc^, qu'ils font dans leurs feftins, & 

leurs jeunes outr^s , leur caufent des douleurS'& des fbiblef* 

fes de poitrine& d'eftomach , qui en font perir un grand nom- 

bre. II meurt auffi quantity tfe Jeunes-Gens de Phtffie , & Ton 

pretend que c'eft une fuite des grandes fitigues , & des exer- 

cices violens , aufquels ils^s'expofent d^ leur enhance , & 

avant qu'ils foient en 4tat defies luppoiter. C'eft une fottife de 

croire, comme font quelques-uns , qu'ils ont le fang plus 

froid que nous, & d'attribuer i cela leur infenftbilii^ pr^teoidue 

dans les tourmens ; mais ils I'ont extr£m^ment balfamique , & 

cela vient |ans doute de ce qu'ils n'ufent point de Sel, ni de riea 

^1 ce que nous employons , pour relcver le gout des Viandes. 

r ^ eit rare qu'il» regardent use Maladie Qomme purement 

vrage,Qnllk nalfurelle , & que patmi les rem^des ordinaires, dont ils ufent» 

fc«* '**" ils en reconnoiflent^ qui ayent par eux-mfimes la. verm de 



.■•«i. 



r 



1 



,, >- 



DXJNVOYAGEbEL'AMERlQ.LET.XXV. j^j 

gu^rir. Le grand ufage , qu'ils font de |enrs Simples , eft uouim " 

Fes playes , les (rafiures , les djnocations , Ics luxations \7 ^' 
& les ruptures. Its blinient les grandes incifions , que font Septem- 
nos Ch^rurgiens pour n^toyer les playes , ils expriment le fuc ^^^' 
de plufieurs Plantes , & arec cette compofition ils en attirent 
toutlepus, &jufqu'aux efquiUes., les pierres , le fer , & g^. 
n6ralemem tocrs les cofps Strangers , qui font demeurds dSii 
la partie J)leff^e. Ces monies fucs font toute la nourriture du 
Malade , jufqu k ce que fa playe foit ferm^e : celui , qui I0 
panfe , en prapd auffi , avam^e de fuccer la playe , quahd 
jl eft oblige d*en vcnir \k : mats il y vient rarement , 1? plus 
iouvent il fe contente de fcringuer de ce jus dans la playef 

Tout cela eft dans les regies, mais comme il faut a ces Peu- 
ples du furnaturel par-tout , fouvent le Jongleur dechire I3 
pla;re avec les- denti, & montrant enfuite un morceau de 
bois , ou ^elqu'autre chofe femblable , qo'ikivoit eu la pr6- 
cautron de mettre (fans fa bouche, il fait croire au Malade 
quit la tirade fa playe, &qiie c'^toitlecharme, quicaufoic 
tout le danger de fa Maladie. Ce qui eft certain , c'eft qu'il» 
ont des fecrets & des rem^des admirables. Un 09 rompu eft 
bienreprr», & folide en huit jours. UnSoldat Francois, qui 
iwn en garnifon da^ uri Forrt de I'Acadie , tomboit du Haut- 
Mai , &Tes accds ^oient devenusprefoue joiirnalrers , & tr6s- 
violens : une Ferame Sauvage , qui fe trouva pr^fentei un 
de iesr ac^s , lui alia faire deux boles d'une racine pul v^ifie 
dont elle ne dit point le nom; recommanda qvCon lui en fir 
prendre un k la fin du premier acc6s , qu'il auroit; avenit 
qtt'il fuerok beaucoup, & qi^il auroir de graades Evacuations 



^ — "•" —*•'•• > WV......W v^Mv lawK un, lexwiaiaae 

eat encore un acces apr^s la premiere prife , mais ce fiit 1» 
dernier. It jouit dans la fuite d'une fant^ parfaite^ 

Ces Peuples onr emcore des remides prompts & fouverarns Oivch at^ 
contre la Paralyfie, rHydrOpifiiB ,' & les Maux V^n^riens ""R«»&fc* 
Des rapures de Bois de Gayac & deSaffafras font leurs Sp^cil 
hques ordinaires contre les deuX dernieres Maladies; 4»'ea 
font une boiftbn-, qui en gu^rit & en garantit , poupvu qu'oii 
en faffe un ufage continuel (^). Dans les Maux aigus, com- 

W Oft t puU dcpuit d'une Poodre , compofiiedctrois Simples , qu^on SanTagpa dot*^ 




W»>v' 



«- 



I 7 2 I. 



36<$ /TJ^UVRCN All ttl^TO RIQUE 

*tiiaie d^s la Pkur^fie , ils trayaillent fur le cote oppofe k la 
douleur; ilsy mettent des cataplames , qui attirent, & em- 
Septem- pecherit ks depots. Dans la Fievre ils ufent de lotions froides , 
bre. avec des d^co&ions d'Herbes , & previennent par-la Imflam- 

mation & le tranfport> lis vantem furtoutla diete , mais ils ne 
la font confi^er ,, qa*k Vabftenir de certains alimens , qu ils 
eftiment leur iltre nuifibles. , , ^ • »i o m 

Ils navoienfr pas autrefois Tulage de laSaigrie*, & ils y 
fuppleoient par des Scarifications aux endroits , oil ils fen- 
toient du mal : ils y appliqttoi«*»t enCuitd une n»nier© de ven- 
totjfe avec des courges j Qw'ils remjpUffoient de matieres com- 
buftibles , aufquelles ilsiiiettoient le feu. Les Cauftiques , les 
Uftulations , les Boutons de feu leur ^toient femiliers ; mais 
comme ils ne connoiffoient point la Pierre Infernale , ils fe 
"* fervoient k fa place de bois pourri. Aujourd'hui la Saign^e leur 
tient lieu d^ tow cela. Dans ^ Quartiers du Nord on ufoit 
beaucoup de Lsiveoiens 5 une Vcffie leur fervoit de Se- 
?ingue. lis ont comre la Dyfenterie un remede , qui a pref- 
que toujours fon effet; c'eft un jus , qu'ils expriment des 
extremites des branches de C^dre, apris les avoir fait bieii 

bouillir. ■ , ,/. -r 

Mais leur grand remade , & leur grand prefervatif contre 
tous le^Maux,eft la Sueur; Je vicns de vous dire, Ma- 
dame , qu'au fortir de I'Etuve , & lorfque Teau leur decoule 
de toutes les parties du corps , ils vont fe jetter dans la Ri- 
vieTe ; fi elle eft trop ^loienee , ils fe font arrbfer de I'eau la 
plus froide. Souvent ils luent uniquement pour fe d^laffer, 
pour fe tranquilUfer I'efprit , & pour etre plus eii ^tat de par- 
fer d'afeires. D^s qu'un Etranger arrive dans une Cabanne , 
on lui fait du feu , on lui frotte les pied^avec de I'huile , & 
tout d&> fuite on le conduit dans une Etuve , ou fon Hote lui 
tient compagnie. Uspnt meme une autre maniere de provo- 
^^buer la fueur,qu'on emoloye dans de certaines Maladies : 
elle confifte^itendre le Malade fur une efp^ce de Couche 
un peu dlev^e , fous taquelle on fait bouillir dans une Chau> 
diere 4u bois d'Epinette , & des branches de Sapin. La va- 
peur , qui en fort , caufe une fueurdes pliis-»bondantes ; on 
pretend meme que I'odeur en eft tr^s-falutairej la fueur des 

B^e a un de nos Mifliotmaircj, Uc ^ui giiirit radicalpment en peu de jouw Ic Mai de Na- 
ples Ic plus inv^t^t^. 



Dc la Sueur. 




DTJN VOYAGE DE UAMERIQ. Let.XXV. y^j - 

lur des Cailloux, n a point cet avantage. > Septem- 

Dans I'Acadie , une Maladie n etoit cenfee bien Qrkufe ^'^^' 
que quand le Malade ne vouloit abfolument rien prendre ' P"«'P« . 
(X Pluheuft autres Nations font encore dans cette errenr ' ^"' ^^T ^"'"^ 

tout, commeles autres. Mais d^s que la Maladie paroit^an- ^"S"' 

~ gereufe , c'eft-4-dire , quand le Ma&de rejette toutes fortes de 

ndurriture , on y apporte beaucoupd'attention. II eft vrai 

que les principes, fur lefquels eft fondle toute la M^decine des 

mS'^ ""'/f'i ^'^^'■^.o'-dinaires , Oa ne refufe rien au 

Malade de ce qu il demande , parce que * dit - on , {hs defirs 

en cet etat font des ordres du (f^nie , qui veille afa conferva- 

rii5»?'L^f '*'''" ^PPe»e les Jongleurs , c'eft moins a caufe 

dejet#^habilete , que parce qu'on fuppofe ,|^u'ils peuvent 

mm foavoir des lEfprits la <:aufe du mal , & lesremedes . 

fBBfi( taut apphquer. * 

'^ailieuM, Oil neveut rien avoir 4 fereprocber,ilfenibIe 

que la Mort perde une partie de ce qu elle a d'affreux , quand 
elle vient k la fune des Kemedes , dut-elle en etre I'effet. Nos 
Sauvages^fe font en cela foumis k la loi commune , & au prt 
m6 general- de toutes les Nations & de tous les Siecles f & 
lis font d aiitant plus excufables , ce femble , de porter ft loin 
lacreduhte que reconnoiffant du furnaturel dans toute^es 
Maladies , & ?a,fant entrer la Religion dans I'Art dJles gu?- 
nr , lis fe crojrem moms obliges de raifonner , & fe font un 
devoir defelaifferconduire A I'aveugle. ■' -: . 

Souvent le Malade fe met dans la tete que fon nial-eft IWet Wc „tra. 
dun Malefice , alors toute Tattehtion fe porte a le d^couvrir vag.nUuTic: 
& c eft le devoir du Jongleur. II commence lui - meme oar fe ^'^'^''"• 
faire fuer , & quand il s'eft bien fatigu^ k crier , k fe del^ttre. 
& i^in voquer fon Genie , la premiere cho(e extraordinaire ! . 
qui lui vient en penfee , il lui attribue la caufe de la Maladie 
Plufieurs , avant que d'entrer dans I'Etuve , prennent un 
Breuyage compofe , fort propre , difent - ils , i leur faire re- 
T?i'f ™e'-««io« C61eft« » & I'on pretend que la prefence 
de 1 Efprit fe manifefte par un Vent imp^tueux , qui fe leve 
tout k coup ; ou par un Mugiffement , que Ton entend fous 
terre i^ou par I agitation & I'^branlement de I'Etuve. Alors 
plein de fa pretendueDivinite , & plus femblable k un Enerl 



\ 



^1 



^1.- 



y6S 



J O U R N A L: H I S T O R I Q U E 



;Vik' fiumene , qu'i uti Homme infpir^ du Ciel . il prpnonce d'tin 
S^p^- fSi^^tiffurrto du MaUde, & rencontre qyelcpicfoi*^ 

^'^p.^fturc ^Mais ces Charlatans cm imaging un moyen affez fingulier 
^ SSSS denSre jamais refponfables de* ^v^nemens, P6s quils 
' voySMaladetoWrMaMort;U^ 
,- de- faire une Ordopnance , dont rexecution dl fi difficil6, 
SomicoupsWleurreco^^^ 
Saaement fui4 II n'eft pas ^oncevableVUes e^^^^^^^ 
cancBS Us fe portent en ces pccafions ; il y a des Malades k 
ILTcmnrtandent de contrefaire le^ foux ; dans certames 
SSi ordonnent des Danfes , qui font ordjnairement 
fordafaves : prefque toujours on diroit quMs ont bien moms 
eS^d/lJ^ le- Malade , que d'avancer fa mort ; mais ce 
Sit voir U force de LWination fur lesHommess ces 

? Ecin>lVpct 

^^Il'^Tdes Pays , oU , qivmd le Malade eft 4^er^ . on 
rach^vepWl^mpWrK^^ Dans le Canton d On. 
„S«agS&itm^ourir les pe/ts Enfans.quiperdent Jeurs 
Sw avant que d'etre fevf^s ; on les enterre me«e tout 
vjvrnsavlcellfe^.pa^^^ 

Serial & Us Uiffeiit rooww dfrfejOl & <>? f9* " ^ *" ' ' 

^insdp ViV- toit ordinairempnt le Cnef dji ViUage , aw 6toit revetuae 

-^^ fettedig^^^; -"®^^^^^?'-^Jl^TZt^n^^ 

1p« autrS Joneleurs , qpoiqu'il? n? Went , m plu* habiies , ni 

mo?r?mSurs. b?s qJils ^tofen^ appeUls pour voir un 

XSde?W^^encoilnt par lecon&fcrafczlontems, 

Sufoi^SentfurU^if^^^ 
** 5?ileDiSle,diibem-ils, eft au dedans; a faudrap^^^^ 

** 51 aSun forte : mais que chacun foit fur fes gardes , car 
; 'rKt Efprit pourrit bien 4e d^p^t fe ^^^erfur quel. 



i \i&ii des I'r 
MalaSes 4^- 



A'. 



1 "t ■/*!»: 



s*rT. 



«r 



tendu D4mon i lis lui parloient , comme s'ils feuflfentvade , ^®P'®"*" 
leurs yeux , ils lui pouflbi^nt des eftocades ; ftiais tout c^la ^^• 
n 6toit qu un /eu , pour cacher leur fourberie. 

. En entrant dans la Cabanne ils avoient toufours la precau- 
tion denfoncer dans la terre un morceau de bois attach^ k 
un€iX)rde ; ils pr^fentoient enfuite le bout de la corde k tous 
les Speftateurs, en les invitant i retirer ce bois , & comme 
prefque jamais Perfonne n'en pouvoit venir k bout ils ne 
manquoient pas de dire , que c'^toit le Diable , qui le rete- - ' 
noit ; puis , feignant.de vouloir percer ce pr^tendu Diable 
lis detachoient peu k peu le bois en fouillant la terre tout au!v : ' 
tour , apr^s quoi ils le retiroient fans jpeine , & chacun crioit 
f^i4;ioire. A ce Bois 6toit attach^ en deffous un petit Os ou " 
quelque autre chofe femblable , gu'on n'avoit point appercu 

\^ M.' ,i ®'. Charlatans le faiftm remarquer aux Affiftans 
>. Voili , sicrioient - ils , la caufeidu MaJ , il a fallu luer le 
Uiable pour 1 avoir ,,. . ' : ^ '^ 

1 .^^^iSli'^' duroit trois ou qUatre heures , au b'out defquel- 
Ics le M^dficm a voit l^efoin de repos & de rafraichiffement : il 
sen alloit , en afsuran^ qu'infailliblement le Malade ga^ri- 
roit , fi le Mai n avoit pas encore oris le deflfus^ c'eft-i-Jire , ' 
-fi le Diable , avant fa retraite , n^ i'avoit pas difa bleff^ 4 
mort. Et commeht le f5avoir ? I'Autmoin pf^tendoit le con- 
noitre par les Songes , mais il fe donnoit bien de garde de par- 
kr clairement , qu'il ne vit le tour que prendroit la Maladie. 
p^s qu 1 la jugepit incurable , il fe retiroit , 8tl fon exem* 
pie tout le mondeabandonnoitle Malade. Si auloutde trois 
fours il vivoit encore; ; Le DjaWe, difoit le Medecin , ne « 
veut pas qu'il gu^riffe , & I'empeche de mourir ; ilfaut par h 
xharit^ mettre fin^ fes maux «. Auffitot les ipeilleurs Atm h 
d\x Malade alidient chercher de I'Eau froide , & lui en ver- 
foiem fur le Vifage , jufqu'A ce qu'il expirit, Uenchantenight 
etott tel , qu on faifdit encore demands reihercimdns 4 1'Aut- ^ 
moin , & qu'on le payoit jgrafldment. .^'' 

Quelques Nations. M^ridionales ont d^Maximes toiites 

contraires , on n'y paye le Medecin qu'arir^s laguerifon ; & 

5 ^5 Mala«« «eu« . celui qui Ta trait^ , ikeft pas en suret^ 

de fa vi^. 5elon les Iroqupis , tout? Maladie eft un d^fir de 

Tom III. . Aaa 



* . :" ,: 



i •' 









* .*M» 






570 JOURNAL HISTORIQUE 

— ' rAme , & on ne meurt , que parce que le d^fir n'eft pas a©. 

* 7 * » • compU. |e iinis , Madame , parce que rarticle de* Mori:?.me 

Septem- meneroit mep loin , fit que tout fe difpofe pourmon Voyage ; 

bre. ie retrouverai apparcminent bientdt Ic Ipifir de vous icrire 

de nouveau , niais vous n'en ferex pas pliis avancee , car d i- 

. €1 aux Illinois il n'y anulle upparence que je rencontre au- 

cune occafidn de vous foire tenir mes Lettres , de forte que 

-fiievousenkrisquelqu'une avant qued'y arnver , vous la 

. recevrez peut-6tre aum tard , que fi je nervous Renvois qu au 

terme* ' » /. . o 

Je luis , &c. 



VINT-SIXIEME LETTRE. 

Depart du Fort de la Riviere 5. Jofeph. Sources ^ Thakiki, 
be ce quifepafje it lamortdesSauvages , de leursFtuuraiUes , 
de leurs Tombeaux. Du Demi ^ £i Feuvage. De la Fete 
desMorts, 

De la Source duTheakikijCedix-feptSeptembre, 17" • 

r 

jVIadame, 

Je ne m*atteiidois pas de Teprendre fit6t la plume pour 
vous ^crire , mais mes ConduSeurs viennent de brifer leur 
Canot , & me voioi arr^ pour tout le jour dans un endroit , 
oil ie ne trouve rien , qui puiffe piquer la curiofit^ d'un Voya- ^ 
geur ; ainfi je n'ai rien de mieux k hire , qu*i me Uvrer au 
plaifir de vous entretenir. , 

Je crois vous avoir lait entendre dans madernierc que j a- 
vois k choifir de deux Routes pour gagner les Illinois ; la pre- 
miere ^toit de retoumer au iac Michigan , d'en cotoyer tou- 
te la Cdte M^ridionale , & d'entrer dans la petite Riviere de 
Chicagou. AprHq«*on l^a remont^ cinq oy fix li^jues , on 

Safle dans ceUe des Illinois par le moyen de deux portages , 
ont le phis Idng n*a que cinq quarts de lieues j mais comme 
cette Riviere n^ encore qu'un Ruiffeau en cet endroit , on 



*' »t*4>-;j 



'w \ 



171 1. 



DTJN VOYAGE DEUAMERIQ. Let. XXVI. yji 

m'aaverticjuedanslaSaifon* oiinpiisfommef , ienVtrou- 
verois pas affez d'eau pour mon Canot ; j'ai done pris Tautre 

Route, qui a bien,auffifesin<5ommodit^s,&n eft pas i beau- Scptem- 
coup pr^ auffi agrdable; mais elle eft plus sure. bre. 

Je parus hier du Fort de la Riviere de Saint Jofeph , & j e Wpart du 

remontaj cette Riviere environ &t lieues. Je d^baVquai fur FortT w 

la droue , je nterchai cino <juarts de lieues , d'abord en co- '°^*^''* 

toyant le bord de I'eau , enfuite k travers champ dans une Prai- 

rie inunenfe , toute fetn^e de petits Bouquets de Bois , qui font 

un tr^s-bel effet j on rappelle la Prairie de la Tiu J£Bckf^^ 

parce qu-on y a trouv^ , cCt-on , une T^te de BoBuf , qui ^toit 
jn^toueufe pour fa jjrofleur. Pourquoi nV auroit-il pas 
auffi (tes G^ans oarmi ces Animaux t Je cambai dans un fort 
bel eildroit , ^ on appelle kFoft des Rcnards , parce que < 
les Renards , c'eft4-dn-e , lesOutagamii , y ont eu , il n'v a ^ 
pas lontems , un ViUage fortifi^ k leuf maniere. 

Ge matin j*ai encore fait une lieue dans la Prairie , ayant 
prefque toujours les pieds dans I'eau * enfuite j'ai rencontr^ 
une djpece de Mare , qui communique avec plufieurs autres 
de differentes grandeurs ,& dont la plus grande n'a point cent 
msde ctfcmt. Ce fontrlA les fources d'une Riviere , appellee 
i^fi- Vu "1"® P" corruption nos Canadiens nomment 
A/tf^/*/. Theak vdutdire un Loup , je ne me fouviens plus 
dans quelle Laneue , mais cette Riviere porte ce nom , par- 
ce que les Makingans , qu'on appelle auffi les Loups /s'y 
etoient autrefois r^fti^. - r > j 

Nous mimes notre Canot , que deux Hommes avoiint 
port6 |ufques-li , dans la fccoode de ces fources , & nouf 
nous y embiirqu^mes ; mais k peine y avions nous aflextd'eau 

e>ury^tre4flot. Dix Hommes feroient en deux jourj un \ 
anal droit & naviguable , aui ^pargneroit bien de la p^iiie , 
& dix ou douze lieues de chenrin ; car la Riviere , au foitir 
de fa fource , eft ft dtrdite , & il y ^ut cdmimiellement four- 
ner fi court , qu'4 chaque in/lant on eft en danger de bmer 
fon Canot , comme il vient de nous arriver. Mais revenbns 
aux Sauvages , &apr6s avoir Vu de quelle maniere on Ties 
traite dans leurs Mala4ies , voyons-les mourir , & ce tiui fe 
pafle apr6s leur Mortr \ 

-, Pour Tordinaire , quand ils fe croyent hors d'efp^ance de ^^ ,'!''' ^^ 
^ita , lis prennent leur parti avec une r^olution vraiemel^ SuyaS°" 

Aaaij 




I7H» 



^,' 



371 pro URN A L HISTpRIQUE 

Stoiqud , & lis fe voyent avancer I»8urs Jours par les Perfon- 
nes , q ■»» leur font les plus cheres ,lans en temoigner le moin- 






Septem- dr^chjgrin. A peine a-t-oa prononc^ TArrft du M^decm 
bre. . 4 uft M a/ibond , qu'il fait un effort pour haranguer ceux , qui 
font autour de lui. Si c'eft un Chef de Famille, jl fait par 
avancc fon Oraifon Fun^bre , qu'il finit en donnanti fes En- 
fans de trfes-bons avis ; il prend enfuite conge de tOut le mon- 
de , or lonne-un Feftin , oil il faut employer tout ce qui refte 
de provifions dans fa jSabanne , puis il re^oit les Pr^fens de 
fa Famille. ^, '\ ' - 

Pen lant ce tems-1^ on egorge tons les Chiens , qu cm peut 
attrapcr,a<inqueles Ames de ces Animaux aillent donner 
, ^ avis dans I'autre Monde qu'untel vabientot partirpoursy 
rendre , & tous les Corps fe mettent dans la Chaudiere pour 
renfor( :er le Feftin, Apr^s le Repas , lei^ pleurs commencent y 
on les nterrompt pour faire au Mourant les derniers Adieux,, 
lui fou laiter un heureux Voyage , le confoler fur ce qu'il va 
fe fepaerde fes Parens & de fes Amis , & Tafsiirer que fes 
Enfans^foutiendront toute la gloire , qu'il s'eft acquife. 

II faut convenir , Madairte , que le fang-frdid , avec leguel 
ces Pel] pies envifagent la Mort , a quelque chofe d'admirable ; 
6c cela eft fi univerfel , qu'on n'^ peut - &tre jamais vu un SaU- 
vage f( troubler, en apprenant qu'il n'a plus qftequelques 
iieures Wivre ; c'eft partout le meme prin^ipe 8|ife meme 
. genie , quoique les Ufaees varient beaucoupfur tout ce que 
je viens de vous dire , lelon les diverfes Natidm. far-tout il 
/ y a des danfes , des chants , des invocations , aes fciftins or- 

donnes par les Medecins , prefque toujours des rem^des plus 
proprej i felon nos idees , i faire mourir un Homme, auife 
porterc it bien , ^u'a gudrir un Malade. En quelques enoroits 
meme <m n'en fait aucun : on fe contente d'avoir recours aux 
Efprits , &, it Ifc Malade recouvre fa fant^ , ils en ont tout 
I'honni ur ; mais le Mourant eft toujours le plus tranquile fu| 
fon for:, 
g , . D'au tre part , fi ces Peuples font paroitre fi peu de jugement 
tofiSk WgSrd dans la manier© , dont ils traitent les Malades , il faut avouec 
des MoKs. au'ils fi ! comportcnt k I'egatf d des Morts avec une g^nerofit^ ^ 
& une affeftiOn, qu'on nepeut trop^ admirer. Ona vu de^ 
Meres garder des ann^es entieres les cadavres de leurs Enfans i 
-^1 & ne f ouvoir s'en Eloigner i & d'autres fe tirer du lait de (ai 



\ *■ 






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j:V^'j&iiiiiil£^l^ 






DVNVaYAGE Dfi I/AkWERIQ. LET.XXVI.373 
Mamelle , & le r^pandre (ur la Tombe de ces petites Cr^atu- 



uc iciiiscii I.GM19 uu u«vwuviBi«uis ^eiwucii» puur les cnanger 
d'habits , &c Ton s'arrache les morceaux de la bouche, pour 
les porter fur leuir fepiflture , & dans les lieux , c^ion s una-' 
gine que leurs Ames fe promentnt. £n un mot on fait beau- % 
coup plus de depenfe pour les Morts , (|ue pour les Vivans. 

Sitot que le Malade a rendu les derniejf» foupih tout reten- Da Vwl- 
tit de g^miflemens , & cela dure ajutant qu^ la Famille eft eh '^»* 
^tat de fournirc^la d^penfe, car il (sajit tenir table ouverce 
pendant tout ce tems-U. Le Cadatyre' par^ de fa plus belle 
|obe , le yifage peint , fes armei$ , & tout ce qu'il poffedoit a 
cotd de lui , eft expofe k la port€ de la Cabanne dans la pof- 
ture I qu'il doit avoir dans le Tombeau , & cette pofture en 
plufteurs endroits eft celle , oil I'Enfant eft dans le fein de fa 
Nfere. L'ufage dequelques Nations eft que les'Parens du D^- 
funt jeunent juTqua la nn des fun^railles , &c tout cet inter- 
valle fe pafle en pl6urs , en ^jplations , k r^galer tou^. ceux , 
dont on re9oit la viftte , ^ faire Teloge du Mort , &: en com- 
plimen^^ciproques. Chez d*autre$: on loue des Pleut-e^i^, 
^iy^quittent parfaitement de leur devoir. Elles channRt,^ 
les danfent , elles pleiiifi^nt fans ceffe , & toujours en ca- 
dence : mais ces d^monftfations d'une douleur emprunt^e ne 
pr^judicient point k ce qtje la natiire exige des Parens du 
D^funt. ] 

II me paroit qu*on porte fans aucune clr^monie le corps au De$ Tomu 
lieu de fa fepulture , du moins n*ai-je rien trouve fur cela dans ^"^ 
aucune R^IatioA; mais ^uand il eft dans la Fofle , on a foin s 

de le couvrir de telle maniere , que la terre ne le touche point : 
il y eft comnte dans une Cellule toute tapiflee de Peaux , beau- 
coup plus riche & mieux orn^e au'une Cabanne. On drefle 
enfuite un poteau fur la Tombe , & on y attache tout ce qui 

peut marquer Teftime , qu'on faifoh du Mort. On y met, quel- . 
quefois fon portrait,& tout ce aui pent fervir k faire connoitre 
aux Paflans qui il ^toit , & les plus belles a£tions de^a 
vie. On y porte tous les matins de nouvelles proviiions ,0c 
comme les Chiens , & d'autres Betes^ ne manquent point 
d'en faire leur profit, on veut bien fe perfuader que ceft 



■^ 



i 



^im»a^fJd^t'':fk^-'~-i'f.'v^'% l^m^J^c^^tAiLlii-j^m^vv^i^. k 



■^^ ..<»3Bii8!l4nS*lL?V ' 



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J74 J O U.RK A L H I S T O R I Q U E 

1721* I'Ame du D4f\itit t tjfii eft veilUe jr prendre fa We&iotu 
Septeih^ II n*eft pas ^oiiiiaht apthi «!^a que lei Sauvages croye^t 
bre. auxRevenans:aiiffi tin foiit-ibdescdtitesde tomes lesfa^ons. 

On Reve. J'ai yd uiipaUvre Hoaitne , qui 4 i^ee d'tti entendre parlcr , 
^4toit imaging qu'il aroit toujours une troupe de Mons k fes 
troufies ^„& (idiHaie on ivdk pris plaifir k augmentcr fa 
frayeur ^ il ien ^toit deVenu foui Cepeodam au bout d'un cer- 
tain nornbr^ d'inn^^ , autaht^U'bil atoit d'sibord oris k tiche 
de conferver le (biivenir de c^x » qu'on a perdus , autant 
ptetld-on de pr^autioii pour les efiac<»r de Ton dTpritj 8c cela 
finiquement pOur rncttre £n i la doukur , qU'on a r^entie de 
leur perte. 

pes Mifflprtttaires demandant un jout* k letits Neophytes , 

pourquoi iis fe privotent des ehoi^s les plus n^eflaires en fa« ' 

i» veur de leurs Motts ? >» C'eft , rilpondirent-ils , non-feulement 

^ pour t^il^Oigher k iios Prochcis raiiiour i que tious leur por- 

>» tioaiy tiHHS encore poiir ii'aVOir pftS devant les yteux^ dans 

i» «e qi^ a ^j& & leUr isMgt » its ohf^^ « qui renourefleroient 

M fkns eeie nOti<i^ douleuf »> CTeftcaffiparcetterairon, qu'on 

»*abftient piiidtint uii certain tents db prbttofiiSer leurs itoitis , 

°- -Q fi qudqu'iutiie de la Famille le porte « il le quitte pen- 

utle terns dudleUil.CeftencOreappai^mnient la raiibn , 

^_ „- ^jOi le.plus fslhildht eutragii , qu on puifle taire k quel> 

quiin) e*^A dt lui (Sire : a^» i^fe efl mott^ ou m Mtit tft 

inortc, 

Quahd quelqu*un meurt dans letems de la Chaffe , on ex- 

tiques"aT£iet po^fon corps fur unEcHafaut fort dev6, & il y detneure 

4cs Mons. lufqu'au dispart de la Troupie » qui l*ddiporte avec elle au Vil- 

age. 41 y a iheinte 6ti Nations , qui eh uTem aii^ k r^igard de 

tous leurs MortS ^ & Je Tai vd pfatiquet aux Mii|fiffiuez du 

Detroit. Les corps de ceux , quimeurent en gu^fM^ wW br^- 

l^s , & leurs cendres rapport^es » pour dtre mifes «bns la S^- 

puKtire de leurs Peres. Ces Sepultures fpnc , parnn les Na- 

^ tions les plus ft^dentaires , des eibkes de Clmeti^n (ht^ du 

"^ Village. D'autres entwrent leurs Mbrts dans les^Bois au pied 

d'un Arbre , ou les font fecher , & les jgardent dam des caif- 

fes iufqu'^ laFete des Mcn'ts » doiH je Vsk bienv^ parW ; mais 

oh ob(erve eh quelaues endroiis povfr ceulc , qui fe fontflOy^s , 

ou qui font moirts de froid , un c^r^monial affez bifarre. 

Avant que de yous en donaer la defeription } il eft bon , 



Dlverfesy 



,ra- 



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I7ZI. 



DTJNVOVAGE0ELAMERIQ.LET.'xXVf. J7J 

Madame , de vous dilre xpe le« Sauvages croytotouci « (jfuand 
CM accidens arrivcm , ks Efprns font irrit^s , & que leur 
colcre fie s*appaife» qu'apr^qiie les corps {bnt rcaouvi^, Septem. 
Alofs , U$ preluninaires des p}eur$ » de$ danfes , des chai|t$ iSc bre. 
vdes £iftlns ^cam adbev^ , oa porce le corps an lieu de fa f^- 
)ulture , ou , ilon eo eft tropiloigii^ , k rendroit , oil il doit 
iMneurer en d^p6t juiqu'i la Fete ides Morts. On y creufe 
une Fofle tr^^large , & on v aliuil^ un £eu. pe Jeunes-Qens 
g'kpprochent enfuite du Cadavre > coupei^t les chairs aux par- 
ties f qui ont ^t^ crayonn^es par ufi Maitre de$ c^r^monies , 
1c lee jettent dans le feu^^ave^ les viiceres : puis ils placent le 
.adavre ainfi d^chiquet^ dans le lieu , qui Ifii eft deftin^. 
)uraiit toute cette op^ratjon les Femmes , & ^itout les Pa- 
rentes da D^nt , tournent ^$ celjC^ autojur de ceux , qui ., 
travaiHeat , les exjiorrfe^t k Inpn s*acqujttfr de leur emploi » 
6c leur oieixent des grajyi$ d^ Pqrcelaine dans la bouche, 
cooMne^ony mcitKpit dea \drag<^ au? Epfens ppur les enga- 
ger 4 quelque cbole, qu^o&tbuhait^ 

L'enterrement eft Aw vi des^ preens , qu'on feit i la Famille ce qui fe paf- 
afflig^ , & cela s'appelle eotmirle Mon^Ces preens fe font Sj,Pj;t* ,''^'*- 
au nom du Village , & quelquetoi$ au nom de la Nation. Les 
Allies enjom aufti i la more de$ Perfonnes confid^rables. 
Mais-auparavant la Fai^lle du P^nt fait un grand feftin au 
nom duD^funt, & ce feftin eft accompagn^ de jeux,"^r 
lefquelsoh propofe des prix. C'eft une efp^ce de Joutermii 
fe fait «n cette mani$re : un Chef jette fur la tombe trois ba- 
tons de la longueur d*un pied , un jeune Homme , une Fern- 
me , & mne Fiile en prennent f hacun un , & ceux de leur ige, 
de leur wxe , & de leur ^tat , s'e^rcent de leur arracher de» 
mains. Ceux, ^qui ils demeurent, font vidorieux. II y a 
auffi des courfes » & Ton tire quelqtiefpis au blanc ; enfin 
par un u(age , que nous voyons ^tabli dans toute TAntiquitd 
Payenhe , une a^on toute liigubre eft termin^e par des 
chants , & des cris de vi^oire. ' ' 

II eft yrai que la Fanulle du Mort ne prend aucime part k 
ces rt&jouiflances , on obferVe mSme dans fa Cabanne, apr^ 
les obfi^ques un deuil , dont les loix font fort f^vereX II fkut 
avoir les cheveux coupes, & la face noircie;fe tenirdebout » 
la t6te enyeic^p^e dans une couverture , ne regarder perfon- 
ne 9 ne £ure aucuae viftce , ne rien manger de chaud ; fe pri* 



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37(5 JOURNAL HlSTORIQUE 

—. verdetouslesplaififs, n'avoir prefque rien fur le corps , 5c 

' ^ * * • ne fe point chauffer , mfime au co^ur de 1 Hyyer. Apr^ ce 

Septein- grand dcuil, qui eft de deux ans, on en commence unlecond, 

bre. plus moderi , qu' dure deux ou trois autres ann6es , & qu on 

peut encore adoucir pcu i peu ; mais on ne fe difpcnfe dc rjen 

Se ce qui eft prefcrit , qU'ave<^ ragr^ment de 1* Cabaime , i 

laquelle le Veuf ou la Veuve appartiennent ; ces perimllions, 

auffi-bien que la fin du deuil , coiitent toujours un Feftin, 

.D„ vea^. Enfifi , on ne peut fans le confentement de ceux , de qui on 

Jl^^Z depend ,ert veftu des loix du Veuvage , convoler i de lecon- 

?>nde. No*9s. j J jj^ J^,. g^jis i rfont poiut d« Mari k donner ^ fe Veuve , 

elle n'eft point embar^^e . i^uand clle » de^ Gw«?f age 

de la foutenir ; elle peut demeurer dansl'^t de viduit^ , fans 

^ craindredemanquerVaisderien. ^'f^'^'^f'^Z'^h 
elle peut choifir > celui , qu^elle^poule , devient le Pere de 
- Enfans. qu'elle avoit : H eStre dai^nj tous les droits, &dans 
foutesles obligations du premie? Mari. L'Epoux ne pleure 
pointfaFemmi, parce que, felon lesSauvage.,leslarme 
. Se conviennent pbint aux Hommes ; ce qui neft pourtant 
pas univerfel dans toutes les Nations : mais les Femmes pleu- 
1-ent leur Mari pendant un an , elles rappellent fans ceffe , & 
rempliffent le Village de cris & d'^julanons , furtout au lever 
& au coucher du Soleil , h Midi , & en quelques endroits , 
lorfqu'elles vont au travail , & qu'elles en reviennent ; les 
Meres font i peu pr^s la mem$ chofe pour leyrs Enfans. Les 
Chefs ne gardem le dwil que ftx mois , & peuvent enfuite fe 

remarier. . ^ . ,. ► e^ir 

Idee des Enfinle premier, &fouventlefeul compliment, mi on faffe 

sauvages for ^ „- ^„,i gj m^me k un Etranger , qu'on revolt dans ia Ca- 



fait entendre celui , quon pieure , niB» u« uc « My"""*^ f->. 
Tout ceci eft fondd fur la Nature , & ne fent point le Bar. 
bare , mais ce que je vais vpus dire ne me parpit excufable par 
aucun endroit : c'eft la conduite , que ces Peuples tiennent k 
regard de tous ceux , qui ont peri de mort violate , mSme en 
Buerre, & pour le fervice de la Patrie. ' 

lis fe font mis|dans la tete que leurs Ames n ont dans 1 au- 
tre Monde aucun commerce avec les autres ,& fur ce prm^ 
cipe ils les brulent , ou les eaterrent d'abord., quel<iuefois 

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De U Fjte 
dci Mons. 



DtJNVOYAGEDEL'AMERIQ.Lfet.XXVI. ^77 

mdme avant (ju'ilj ayfK expir^. lis ne les mettent Jamais 
dans le Cimeti^re commun , & ils ne leiif donnent aiicu- ' ^ * »• 
ne part k cette grand© c^r^monie , our fe renouvelb i6us Septem- 
jfis huit ans parnu quelques Nations , & tows les dix ans chea ^r«* 
i«jt Hurons & les Iroquois. 

On rappellc la Feu des Mom , ou U Feflin des Ames : & 
voici ce oue )ai p6 recueillir deplus umforme & de plus 
remarmiabletouchant cette adion, la plus finguliere & la 
plus cflebre detoujfeia Religion des Sauvages, On commen- 
ce par c^nveniij^^ oil fe f«ra VA&mbUes puis on 
choifit lef oy.4^MlMont le devoir eft de tout ordonner, 
^defairl les i*«^mix Villages voifins. Le jour mm. 
qu^^taftt yenu ^^^^^^^uvages s'affemblent ^ & vont A- 
ceffrormel ement JP^eux au Qmetiere i ii, chacuWa- 
vailtei d^couvnrTes Corps , enfuite on demeure quelque 
terns i confid«Srer en fi lence un /pelade fi capable de fournir 
les plus ftneufes r^fl^xions. Les Femmes interrompent les 
premieres ce religieux filence , e;i jettant des cris lamerifables, 
qui auemement encore I'horrenr^ dom tout le monde eft 
penetr^. 

I ^y*^®™'"" »^e fini , oftgrend ces Cadawes , on ramaffe 
les oflfemens fees & d^tach^on les met^en paquets, «euxT 
^ui font marques pour les porter , I^s chargent Air feurs ^pau! 

les. Mr y a des Corps , qui ne foient pas emierement corrom- 
pus , on les lave , on en d^tache les cliairs pourries , & toutes 
les ordures, & on les env€loppe dans des Robes deCaftors 
toutes neuves. Enfuite on s'en retou«^ans le m6me ordre • 
qu on avoit gard^ en venant , & tv^m^z ProcfriTidn eft ren- 
tr^e dans 1« Village . chacun d^pofe aafts fa Gabanne le d^p6t. 
dom lUtoit charge. Pendant la marche les Femmes qonti- 
nuent leurs ^julations , & I^s Homnies donnent les mfimes 
marques de douleur , mi*au jour delamort.de ceux , dontils 
Viennentde lever les trift^sreftes; & ce fecond aae eft fuivi 
d un Feftm dans chaque Cabanne , en rhonrfeur des Morts de 
k Fainille. 

^ f -Libs jotirs foivans on en feit de publics v & ils font accom- 
f agn^s , cojnme le jour de rEnterreiijent , de Danfes , de 
« tC® *-o"*>a» » pour lefquels il y a auffi des Prix pro- 
pof^. De terns en terns on jetie de certains cris , qui s'appel- 
lent Usms des Ames, qn fait des Pr^fens aux EtraSgers fpar- 
.: Tome III B§b 



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1721. 






378 J O U R N A L H I S T O R I Q U E 

mi lefquels il y en a quelquefois , qi^ont venus de cent cin- 
quante lieues , & Ton en re9oii d'eux. On prolfite ifieme de 
Septem- ces occafions , pour traiter des Aflfaires communes , ou pour 
tre. l*eleftionxl'un Chef: tout fe palTe avec beaucoup d'ordre , 

de decence , & de modeftie ; & chacun y paroit penetre des 
fentimens les plus conformcs k Taftion principale ; tout , juf- 
qu aux Danfes & aux Chants , y refpire je ne f9ai quoi de 
lugubre , & I'on y fent des coeurs perces dfeJa plus vive dou^ 
leur i les plus indiflferens en feroient faifis , k lajoie de ce fpec- 

tacle. 

Au bout de iquelques jours on fe rend encoreproceffion- 
nellement dans une grandb Salle de Confeil dreilee expr^s , 
on y fufpend contre les Parots les Oflemens & les Cadavres 
dans lememe ^tat , oil on les a tir^s du Cimetiere , & on y 
^tale les Prefens deftines pour les Morts ; fi parmi ces trifles 
reftes il fe trouve ceux d'un Chef , fon Succeffeur donne un 
^ l^nd repas en fon nom , & chante fa Chanfon. En plufieurs 
endroits les Corps font promenes de Bourgade en Bourgade , 
fotffc re9us partout avec de grandes demonflrations de dou- 
leur & de tendrelTe , & partput on leur fait des Prefens ; en-/ 
fin on les porte i. I'endroit , oiiils doivent etre depofes poi/r 
toujours : mais j'ai oublie de vcis dire ^ue toutes ces n^r- 
ches fe font au fon des Inftrumens , accompagn^s des 
*" billes Voix , & que chacun y marche en cadence. 
'^ /Cette derniere & commune f<^pulture eft une grande/foffe, 
' qu'on tapiffe des plus belles Pelleteries , & de ce qu'oh a de 
plus pr6cieux. Les Prefens deftin^ pour les Morts , foiit pla- 
ces i part : k mefure que la Proceffion arrive , chaqiie Fa- 
mil]e s'arrane^ fur des efpeces d'Ech^auts drefli^sjautour 
de la foile , « au moment cjue les Corps font depofes , Jks 
9 > Femmes rcQ|>mmencent k crier , & ii pleui;er . Enfuue tpus ks 

AfliSans defcendent dans la fofle, & ii n'eft Perfonije , qui 
v< » n'en prenne un peu de tferre , qui fe conferve pr^cieuf^ment ; 
f pn s'eft imagine que cette terre porte bpnheur au Je^i. Les 
; Ji 'Corps & les Offemens font arranges par ordre , couv^rts de 
Fourures toutes neuves , & par deffus , d ecorces fur lefquel- 
c 166 on jette des pierres , du Dois , & de la terre. Chacun fe 
xetire enfuite chez foi , mais des Femmes re viennent pendant 
quel<{ues jours verfer au meme end^it de la S%ao)it6. 

Xe luis > &c» 



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b%N VOYAGEDEL'AMERIQ. Let. XXVII. 



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VINT-SEPTIEME LETTRE 



^oy<^g^ JHISJ'']^ Pimiteouy. De la Riviere des Illinois ; Recep4 
tion des Prifonniersparmi ces Peuples.Maniere , dont il$ fes 
briilent. QiulquesparticularitesfurleuMnanierede vivre. 



Oiaobre. 



A Pimiteouy , ce cinquieme d'CXlobre , 1 72 1 , 



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ADAME, 



La huit du dix-fept au dixhuit de ce mois , la Gelee , qui \ Defcription 
depuis huit iours fe taifoit fentir tous les matins , augmenta ^\TW^iiu. 
confid^r ablement ; c'^toit de bonne heure pour le Climat 
ou nous nous trouvipns , car nous etions par les quarante & 
un degr^s quarante minutes d'^l^vation du Pole. Les jours 
fuivans nous voguames depuis le matin jufqu au foir , favori- 
iis par le Courant , qui eft affez fort , & quelquefois par le 
Vent ; nous faifions en efFet beaucoup de chemin , mais nous 
avancion^ fort peu : apr^s avoir fait dix ou douze lieues , 
nous nous trouvions fi proches de notre dernier Campement, 
que de I'un k I'autre on auroit pii fe voir , & fe parler meme , 
au moins avec un Porte - voix» 

Ce qui nous confoloit un peu , c'eft aue la Riviere & fes 
bords etoient couverts de Gibier engraifTe par la FoUe Avoi- 
ne , qui ^toit pour lors dans fa maturity. J'y cueillis auffi du 
Raifin mur , de la grofleur & de la figure d'une balle de Mouf- 
quet , & affez tendre ,, mais d'un mauvais gout. C'eft appa- 
remment'le meme, qu'on appelle dans la Louyftane i^oi/f/z- 
Prune. La Riviere peu k peu prend un cours plus droit , mais 
fes bords ne font agr^ables qu'apr^s , cinquante lieues depuis 
fa fource. Elle eft m£me dans tout cet efpace fort ^troite , 
& comme elle eft bordee d'Arbres, qui ont leurs racines dans 
Teau , quand il en tombe quelqu'un il barre toute la Riviere , 
& il faut perdre un terns infini i fe faire un paffage pour 
le Canot. 

Tous ces embarras paffi^s , la Riviere , k cinquante lieues de 

Bbbij 



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OSobre 



De la Ri. 
vkrc dcsllli- 
■ois. 



380 JOURNAL HISTORIQITE 

' fa fource forme un petit Lac , & s'elargit enfuite confid^ra^ 
blement. Le Pays dev.ient beau. Ce font des Prairies k perte 

> de ypk , oil ies Boeufs vont par troupeaux de deux a trois cent ^ 
n^s il y faut etre fur fes gardes , pourne point fe kifler fiir- 

prendre paries Partis de Sioux & aOutagamis , que le voifi- 
nage des LUioois , leurs Ennemis mortels , y attire , & qui ne 
font pas plui de quartier aux Fran9ois , quils rencontrent fur 

I leur route. Le mal eft quele Theakiki perd de fa pro£bndeur , 
k mefure au'il gagneen largeur, delortequ'il raut fouvent 
d^charger le canot , & marcoer^ pied » ce qui ne fe fait ja- 
aiais fans quelque rifque , & que j'aurois ete forf embarrafft^ , 
fi on ne mavoit donn^ une Efcorte k la, Riviere dbp Saint 
Jofeph.. 

Ce qui m'a furpris , envoyant fi peu d'eau dans le Theakiki ^ 
e'eft que de terns en terns il re9oit d'affez jolies Rivieres.; ) en 
ai vu une entr'autres , qui a plus d'un arpent de large k foa 
embouchure , & qu'on a nomm^e la Riviere des Ino^uois , 
parce que ces. Braves s*y lalflereiit furprendre par Ies Ilhnois. , 
qui leur tuerenc bien du Monde. Get ecttec Ies humilia d'au- 
taht plus »qu*ils m^prifoient fort Ies Illinois , lefquels ordinai- 
rement ne tiennent point devant eux« 

Le vint-fept de Septembre aous arrivames k Ct Fourcke, 
c'eft le nom , que leiCanadiens oot donne k Tendroit , oil le 
Theakiki & laKiviere des IlIinois.fe jcMgaent.Celle-ci , quoi- 
ouapc^s foixante lieues decours > y eft encore ft peu de cho- 
(es , que JY vis unBoeuf la traveller, n'ayant pas de I'eau 
jufqul mi-jambe^ Le Theakiki au contraire , outre au'il y 
amen& fes e<aix. de cent lieues , eft une belle Riviere. Cepem- 
dant il perd ici ft)o nom » (ans doute parce que Ies Illinois 
ayant kti ^tablis en pdufieurs endcoits de Tautre , lui ont don- 
ne le leur. Enrichie tout-4-eoup par cette jon£Uon , elle ne le 
cede en largeuc k aucune , que nous ayons en France , & 
i:'ofe vous aflurer , Madame , qu'il n*eft pas poflible de voir 
un meilleur , ni un plus beauPavs , que celui , qu'elle arroie , 
au moins jufqu!^ Teodroit , d-ou )e vous ^cris. Majs ce n'eft 
quequinze lieues au-deflbus delaFourche, quelle acquiert 
une profondeur ,qui r^ponde k fa largeur ;. quoique dans cec 

intervalle ellere^Qtve plufteurs auti'es Rivieres. 

La plus grange fe nomme Piftitoui , & vient du beau Pays 
des MiifcQutins. Elle a. 4 fon embouchure uaRapide, qu'on a 



sr.ii^ .., . ;»,<: 



DUN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XXVir. 3»i 

nomm6 la Chadonniere y parceque I'on trouve beaucoupde — — 
charbon de terre aux environs. On ne voit fur cette route 1^^^' 
que des Prairies imipenfes , feiJiees de petits bouquets de bois Oftobre, 
qui paroiffent y avoir iti plantes k la main , les herbes y font ' 
n hautes , qu'on s'y perd , mais on rencontre partout des fen- 
tiers auffi battus , qu'ils le pourroient etre dans les Pays les 
plus peuples , cependant il n y paffe quef lies Boeufsj, & de 
terns en tems quefques troupeaux de Cerfs , & quelques Che- 
vreuils. » 

Une lieue au-deffous de la Charbonniere on apper9oit fur 
la droite un Rodfier tout rond , extremement ^leve , dont le 
fommet eft en terraffe ; on ^appelle ie Fort des Miamis , parce 
que ces Sauvages y ont eu un Vjjlage. Au bout d'une autre 
lieue fur la gauchte oaen >ait un tout femblable , qu'on a 
nomme fimpTement U Rocher. Ceft la pointe d un Platon fort 
eleve , qui toume I'efpace de deux cent pas , en fuivant tou- 
jours le bord de la Riviere, laquelle selargit beaueoup en 
cet endroit. II eft partout i pic , & de loin on le prendroit 
pour une Forteftffe. On y voit meme encore quelques ref- 
t^s de Paliflades , pi^e que les Illinois y avoient fait autre- 
fois un Retranchement , qu il leur eft aif^ de r^parer en cas. 
de quelqu'irruption de la part de leurs Ennemis. 

Leur Village eft au pied deceRoc dans une Ifle , «ui avec 
plufieurs autres > toutes d'une fertilitd merveilleufe , leparent 
en cet endroit la Riviere en deux Canaux affez larges. Jy 
debarquai levint-neuf vers les quatreheufesdu foir, & j'y 
rencontrai quelques Frafi9ois , qui y trafiquoient avec les 
Sauvages. A peine avois-fe mis pied i terre , que je fus vifiti 
par leChef de la Bourgade: c'ttQ: un Homme d'environ qua.- 
ranteans, bienfait, doux, (rOne phyftonomie aimable , & 
dont les Francois me dirent beaueoup de bien. 

Je montai eofuite fur le Rocher ^par un chemin affez aife > 
mais fort ^troit. Je trouvai une terraffe fort unie^dCune grande- 
etendue, &oiitous les Sauvages du Canada ne forceroienc: 
pas vint Homme&, qui auroientides arme&ifeu, s'ils pour- 
voient y avoir de I'eau ; car on n en peut tirer que de la Ri^, 
viere , or pour cela il faut fe d^couvrir. Toute la reffource 
de ceux, quiyferoient aili^g^s, eft I'impatience natufelleit 
ces Barbares. Dans les petits Partis ils attendront fans peine 
tiuit & dix iours derriere un Buiffon ^ dans i'efperance qu'ili 




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38* JOURNA L HISTORIQUE 

paflera quelau'iin, ^qui ils pourront caffer la tSte^ ou pour 

* ^ ^ ^ * avoir un Prilonnier : mais quand ils font en c^s de Guer- 

Oftobre. riers , s'ils ne reuffifFent pas d'abord , ils fe laflent bientot > 

& prennent le premier pretexte pour fe retirer : ils n'en 

■ manquent jamais , car il ne faut pour cela qu'un fonge vrai , 

ou pretendu. 



nois. ucwuu VI 11 uu grand Pays. J'apper9us 

diatemeht.au-ileffus du Village, deux corps de Sauvages ,. 
qu'pny avoit tfful^s peu de jours auparavant , & qu on avoii 
abandonn^s , felon la coutume , aux Oifeaux de proye , dans 
la meme pofture, ou ils avdient ete ex^cut^s. La fa§on de 
brtiler les Prifonniers parmi ces Nations Meridionnales a quel- 
que chofe de fmgulier , & elles ont auffi quelques coutumes 
differentes des autres dans la maniere , dont elles en ufent en- 
•* ' vers ces Malheureux. 

' Quand ^les ont fait quelqu^expedition nnlitaire , qui leur a 

reuffi , les Guerriers m^nagent.tellement leur marche , qu'iis 

n'arrivent jamais k leur Village , que le foir. T>^s qu'iis en font 

proches , ils s'arretent , & quand la nuit eft venbe , ils depu- 

^ tent deux oy trois Jeunes-Gens au Chef, pour lui faire part 

J^. ''des principaleffaventures de la Campagne. Le lendemain a 

Xraubedu jour ils parent leurs Prifonniers de robes neuves , 

leur accommodent les cheveux avec du duvet , leur peignent 

le vifage de differentes couleurs , & leur mettent ila main 

uo baton |)lanc , environn^ de queues de Chevreuils. En 

meme-tems le Chef de guerre fait un cri , & tout le Village 

s'affemble au bord de I'Eau , fi Ton eft pr^s dune Riviere. 

D^s que les Guerriers paroiffent , quatre Jeunes-Gens bien 
pares s'embarquentdans une Pirogue (a), les deux Premiers 
portent chacun un Calumet , & vont en chantant chercher 
les Prifonniers , qu'iis amenent , comme en triomphe , jufqu'^ 
la Cabanne , job. ils doivent etre juges. Le Maitre d© la Ca- 
banne , k qui il appartient de decider de leur fort , commence 
par leur donner a manger , & pendant ce repas il tient con- 
feil. Si on accorde la vie k quelqu'un, deux Jeunes-Gens vont 
le d^lier , le prennent chacun par une main , & le font cou- 

( 4 ) C'efl: un Battcau lone , £uc d'un feul uonc d'Atbrc. On fe fcit pcu de Canots 
d'Ecorces dans cet Quanieis-u. > 



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: .I>'UNVOYAGEDEUAMERIQ.LET.XXVn.^83 

, riritoutes jambes^ la Riviere, ouilslejettent la teee la pre- TTTT" 
, miere. lis s y jettem eux-m^mes dpr^s lui , le lavent bien f & 'J ' 
leconduilenticelui, dcmtildoitetreEfclave. Oaobre. 

> Quant i ceuic , qui f^ condamn^s i moiirir fitot mia m • ^ 
a Sentence eft poi^^e on fait le cri fourXli^^.^U"^'' 

lage , & I'exteion n^ft di^er^e , qu Want de teL , qu^^^^ 
demandent Jes pr^paraiifs. On commence par ddpouiUer le 
Patient tout nud j on plante en terre deux poteaux , aufquels 

on attache deux trayerfes,rune4deuxpieasdeterre, S 
Uixoufeptpiedsplus haut, &c'eftcequ'on appelleun ca- 
dre. On fait monter le Patient fur la premiere traverfe, i la- 
quelle on lui attache les hx^ds , un peu ^cartes I'un de I'autre • 
on lui he enfuite les mairis aux angles , que for& la feconde 
traverfe , & en cette poftiire on le brule par-tont lecorps 

Tout le Village, Hoinihes, Femmes & Enfans s'atJroupe 
autour de lui , & chacuni droit de lui faire tout le mal , dont 
il peut s avifer.xSi aucun de^ Affiftans n'a point de raifon parti- 
culiere pour le fiure fouffri^ lontems , Ton fupplice dure peu, 
& ordinairement , on I'acl^ve k coups de Filches , ou hkn 
on lenvelopped^corcesd'Arbres, aufquelles onmetlefeu. 
On le laiffe enfuite dans foi^cadre , & ixt le foir on parcourt 
les Cabannes , en frappant avec des baguettes fur les meubles . 
fup les murailles , & fur le toit , afin d'empecher fon Ame dV 
refter , pour fe vengef du mal, qu'on a fait i fon corps. Le 
relte de la nuit fe palFe en r^jouiffances. 

Si le Parti nVpoint rencontr^ d'Ennemis , ou s'il a ^t^ con- Pa, 
traint de fuir , il renire de jour dans le Village , en gardant un »^* ?" 
protond filence : raais s'il a ei6 battu , il xentre le foir apr^s "**'<' 6"«" 
avoir annonce fon retour pai; un cri de mort .^omm^ tous 
celix , qu'i a po^w , foit par maladie , ou p^ fer de I'En- 

nemi. Qu^quef^Sfes Prifonniers font jug^s & ex^cut^s avant 
^",^?.""/? a» ^"^Sl' ,^""°"' quand on a lieu d^craindre 
qu xU ne foient enlev^l. Ily a quelgue, tems qu'un FrancQfs 
ayant ^t^ pris par des Oi^mis , ces Barbares tinrent con- 
feilpendant la route pour f^avoir ce qu' j^ feroient. Uv^ 
hiltat de la deliberation fut de jetter un Won fur un Arbr 



& s il y reftoit ,,de bruler leur Prifonnier , mais de' ne le jette? 
quun certain nombre de fois. Par bonheur pour le Captif ^^ 
quoique I'Arbre fut extr^memem touffu ^ le baton retomba 
toujours » terre. < 



^ 



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^artioilari- 
ur les Par- 







■.;g&^/-#- 




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jouiCnal hist 

1721. je reftai |iit-quatre heures au Roc 
Oftqbre. aux Sauva^ , & leur temoigntr une 
chrfntsiu- que tt»is m& Condufteurs fufligntca 





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Cabkn- 

elle aV6|:' 

perdu quelgufes innees au^^rakV^nt , lui iM»int ^'^9'^^^^ 

5^ffi-t6t elle fe'tmti pleu^,%||i%er (u^J^»^fai•t 

jnois ont la r^puta|ion(||t^^a[rdM|& nW 

^ --^nnpoiirquoi j'avois'fait ir'aJliprrer tcKit le*Ba- 

(^J^rd; mais malgre cette precaution , & la 

-mesGens^ lorfquiifalMpartir , nous trouva- 

lous manqiioit un Fufitf Be' quelques bagatelles , 

^_^sfutjjtfliaispoffibleder€|COUvrer. Le meme foir 

%?" ^^^us pafsames le dernier endroit d<| la Riviere , oil Ton foit 

j^* ' ^lige'^de trainer le Cai?ot ; apr^s <)^ elle a partout une lar- 

j^ geur & une profondeur , qui 1 egal^t a la plupart des plus 

^4 . grands Fleuves de I'Europe. 

D<l»crro- Je vis aufE ce jour-1^ pour la premiefft fois des Perroquets : 



' tqliets ^c 
< Louvflane, 






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■v'^i^; 



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'• il y en a le long du Theakiki , Mais en Ete feulement , ceu^-ci 
etoient d^s traineurs, qui fe rendoient ftjr le Micifflpi, oil Ton 
en trouvo dans toutes les Skifons ; ils ne font gueres plusgros ^ 
que des Merles , ils ont k tete jkune , avec uhe tache rouge 
au milieu , d$ns le refte de leur Plumage c'eft le verd , qui 
doniine. Les deux jours fuiiraris nous traversames un Pays 
charmant , & le troifieme d'Oaobre vers le Midi , nous ;iqus 
trouvames k I'entree du Lac Pimiteouy ; c'eft la Riviere , qui 
s'elargit , & qui pendant trois lieues eh a une de large.* Au 
bout de ces trois lieues on trouve fur la droite un Tecond 
Villag^ dlllinois , eloign^ de quinze lieues de celui du Ro- 

cher. i ^ . M 

Rien n'eft plus agr^able qulf^iji fituation , il a vis -A- vis , 
r /T . ._x. «-""-^oret , qui etoit ^ors 

ait^e^ une et^ndue 

liVieke fourmillent 

e rencontrai encore 

lens , qui In'apprirent 

, & qtfil nV avoit ai|f 

cyne 



Du Village 

ArPimiteouy. ^^^^g g^ peVfpearve , uiie'tr^s - 
de toutes les couleurs , & derriere 
immenfe , bordee de Bois. Le La 
Nouveiles , f<i» B wjflnns , & leurs bords 
sutjyappns. da^|village quatre Fran§ 
V quef^is enjtre quatre. Partis 




t,^. 



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cune siiret6 pour/iijoi^ ni k avancer , ni a retourner fur mJ ^ 

bre des m6mes.Sauy?ges rodoJt autour dtt Village de Pimi- 

teouy,&agedautres, aunombredequatre-vint;fetenoient ' 
au bas de la Riviere , %aV6s en deui Bandes. ' "^ 

^ C-e r^cit me fit faire attention k ce qui nous dtoit arrivd ^ 

IaveiIle;nous^nous^tionsarret^s^auboutduneMe bour 
chercher des Outardes fur lefquelles quelques-um de^mes ,: . 

Condufteurs avoient tir^; & ^lous en?endLes qudWur ^ . - r - 
qui couDoit duBois dans le milieu de I'lfle. La proxi^m tTdi 

lUiijois , & nous nous en ^tlbns tenus 14 ; Inais il y a Lien de 
inf.^^'f 'y "f ? ^^°''^' ^'' Outagamis , qui nous ayant dt 
Hommes bien arm^s , vouloient attJrer quelqu'un de nous 
dansleBois, comptant apparemment avoir bon marche des 
au res ; mais notre peu de curiofit^ nous garantit de ce mal- 
heur que fe n'aurois Dis^vitd fans cTome ,1i je nWois LTeL 

m.!.f IT' '""^""T" P"' "" ^°'"™^ ' <iui n'^toitpas^d'hu" 
meur 4 s arr«ter inutilement^ /* f «"u 

Ce qui nous cbhfirmg^Hcore les avis des quatre Francois 

irte ''T^T"''/ ^^Pin'iteouy /cLmandSle 
€^^^."5"?^ d" Village ^toierit en Campagne , pour tdcher 
d avoir des nouvelles plus certaines des f nnemis , & q^e peu 

Xf?r.r^'\'"''/P'2 '^^'^'^ ^" ""« Aaionllanf le 
r ?^' °" ^^? ^®"* P*"^"* avoient fait chacununPrifon- 
nifer^l C^togami avoit f tebriklii une port^e de Fufil du Vil- 
lage , & lUtoit encore dans fon Gadre. Les Canadiens oui 
avdientaffift^afon fMoplice, me direntquiIavSur^c?„q 
T' ' -^tS^^ " Malheureux avoit fodtenu jufqu'4 la moit 
auiLetoit Illinois , <m'il avoit^t^ pris dans fon^nfancepar 
des (putagamis , qui lavoient adopt^ ^ 

" ^'fe"Jltef'^'u '^"♦{'^.'" '^ ^^"^ ""^ J'^effure , 
^W' f ^f'* M*"^® » »* nauroiV pas ^t^ pris ; mais 
.mm^il n ^^ Pf^nner des preuves de ce qu'il av^ncoit, 
& queW sen ^ oit faUu qu'il ne fe fiitfau?^ , onne I'en 
avoit p^lu c4ire fiirl parple, Il fit vpir^au ;nilieu <S 
tourmei^cmela braWure^. e c^rige t%orter la dou- 
|eur„ fon^!fesjei^us bieii differences , & quVUes ne vpnt pas 



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,8(5 JOURNAL HIST ORI QUE r 

»- mtliburs tnfemble ; car il jcttbit des ens lamemables , qui nc 

* 7 ^ » • foifoient Wanimer fes Bourreaux ; il ed vrai qu'une vkille 

Oaobre. Illinoife ,| dont le Fils avoit iU tui autrefois par les Outaga- 

mis , lui fit tous les ma^ux , que la fureur infpir^e par la ven- 

-= eeance , peut inventer ; i la fin cependant on eut piti6 

de fes <jris , on I'enveloppa de paille , k laquelle on mit le feu, 

J & commfe il refpiroit encore , apr^s qu'elle eut ete confu- 

mhe, les Enfans l^percerent de Filches: ordinairement , 

quand un Patient ne hieurt pas en Brave , c'eft une Femme , 

ou des Enfans , qui lui donnent le coup de la mort ; il ne 

m^rite pas , dit-on , de mourir de la main d'un Homme. _ 

Cependant , Madame , je me trouvai fort embarraff6. D un 



Embarras , 
ouje mc ctou- 
vai. 



cot^ mes Gonduaeurs ne croyoient pas ,<iu'il fut de leur pru- 
dence de paffer outre , & de Tautre il ne cojiverwit nullement 



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Hidoire fin 
guUei'C du 



it mes affaires , d'hyverner a Pimiteouy , j'aurois meme ete 
oblige de fuivre les Sauvagesdans leur hyvernement , & cela 
m'aurpit fait perdre une ann^e^ntiere. Enfin deux Canadiens, 
des quatre , que j'avois trouv^s i Pimiteouy , s'offrirent k 
groffir mon Efcorte , & tout le monde reprit coSir. Je vou- i 
lois partir d6s le lendemain , quatrieme tfOftobre , mais la , 
pluye , & quelques embarras , qui nous furvinrent , m'arre- j 

terent tout le jour. ., . „, n •/ * 

Uapres-midi les Guerriers , qui ^toient alles k la d^couyer- 
te i^revinrent , fans avpir fait aucun cri , parce qu'ils n^a- 
voient rien vu. lis ^^filerent tous deva^t moi d^un air affez 
fier; ils n'etoient axm^s que deF16che«i*& duneRonda- 
• che de cuir de Boeuf , & ils ne firent pas femblant de me, 
Voir : c'eft la Coutume des Guerriers de ne faluer perfonne , 
quand ils font en corps d'Arm^e ; mais k peine furent-ijs ren- 
trb chacufr chez eux , que le Chef s'^tant mis fur fonjjro- 
pre , vint me rendre iine vifite de c6r6monie. C'eft un Hom- 
me d'envirOn qu^rante ans , affez grand, un ye\i maigre,, 
d'un caraftare doux , & fort raifonnable. Ceft d'ailleurs 
le plus brave Soldit de fa Nation, & il p'eft point d'llK- 
nois , qui meritet mieux que lui le furnom (a) ^ qu'Ho- 
mere dorine par preference au H^ros defoij|liade. C'eft beau- 
coup dire , car les Illinois font peut-etre les Hommes du Mon- 
de les plu!^ lagers k la courfe ; il n'y g que les Miffoarites , qui 
pourroient leur difputer cette gloire. ' "^ 
Comme i'apper5us une Croix de ciuvre , & une petite figur^ 



,,'4 .■'4, . ^ 



fc«^^ 



D-UNybYAGEDEL-AMERIQ. tET.XXVn. j», 
* la Viete' . qui pendoient au cou de ce Sauvaee , ie crfll ~ i7i. " 

porter , fans exiger que vous y don^iez plis de crovance- 
auenenm^ruentmesAutetir^cefomdesVova^^^^^^^ I 

cliens, qui n^ntaffur^mem pas invent^ SqSK^^^ ' 

L'lmage de la Vierge , que portoit le Chef, lui ^tant torn / ' 
b^e entre les mams ,e ne f^ai comment , il fut curieuv 1' ' 

fcavbir qui elle reprefento t : on lui dit oue c'^mJr I . M j ■ 

^leu , & que I'^fant , qu'elle ?e^ t^^t^S bra^^Ll! 
Dieu meme , qui, s'itoit fa?t Homme pouT le falut dn C ' 
humam:onluiexpliquaenpeu de mS M%"ere^^^^^^^^^ 
ineffable Incarnation , & on lui dit que les Chretiens s'adre? ' 

foient toujours k cette divine Mere dans tous 167^/ .^ i 
fetrouvoient,&querarementilslelifSenV?^^^ 
vage ^couta ce d.?coufs avec beaucoup d'at emion ia''' ' 

que terns apr^s , comme il chaffojt fe^S dans le Bois Wnt ' 

tagam. , qui s y ^toit mis en embl^ade ,rmontra " lui d 
lemoment,qu*;ivenoitdetirerfoncoupKuc^^^^^^^^^^ 

Cc fouvmt alors de ce qu'on lui avoit*dit de la Mere de oleT^ 
il iinvoqua , & rOutagamiayant voulu tirer ?fon fufi ne 
prit pomt feu. II le rebanda , ic la m^me chofe arriva iufau'i 
cinq fois Pendant ce tws-14 nilinoii chargea "c fiin ^ & 
coucha k fon tour en )oue fon Ennemi , qui^akna mkuj fe 
rendre , que de fe laiffer tuer. Depuis <;e tJiaremi^Tchef 
Illinois ne fort jamais de fon Vi%e, fans W^ 
Sauve We , avec laquelle il fe criit inv^lSleT^"/e"^^ 
eft vrai , i y a bien.de I'apparence aue leV^uI d^faui^^ 
fionnaire 1 a jvifiiu'ici emplch^ de felkire Chretien ^^^^ 
Mere de Dieu , apr^s l*a voir prefer v^ d'un© inort te 
luTobtiendra la grace dune {fncere converfibn. (^T^^-""^ * 

Pr^^™^°»«t«>n.q«elaFerameduRoche?,dQntievous '"^"^- " 
a^ap.: L un avoit perdu ion Ami dans lei dernier comU? 

.C^>'Il»•efte^efictOl»tfcmdep^ui, ' 

I Cccij ^ 










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qN; A L U 1 s t O R I Q U E 

Jllii Mort. .Us marchoient ^ grands pas , &: 
ui^vk^^xgfjm^'^^^ maiiis fur la tfite de tous ceux , au iis ren- 
Ofikobre. coJtf*^iemTapg^aremment pour les inviter i prendre part k 
liffrdouleur. Ceux , qut ont chcrthd d^s convenances entre 
,v les Hebreux & les Ameriquains , ri'auront pas mrfhqUi fans 
dome de faire attention ^ cette maniere de pleurer , que quel- 
ques expreffions d? J|i|J)N% uvoient donner lieu i ces fai- 
*' feurs de conjeaJitferdfe juger avdk ^tf en ufage parmi le 
" " PeupledeDieu. ^ 

Sur le foir le Chef me fii^prier de me trouver dans yxtm 
maifon , oti un de nos Miffionnaires avoit log^ quel^ues an- 
n^es auparavant , & oti apparemmerit on avoit accoutum6 de 
tenir le Confeil ; i'y allai , & je I'y trouvai avec deux ou trois 
Anciens. II tommen^a par me dire ou'il vouloit m'lnltruire de 
la grandeur du p^ril , aiiquel je mexpofois , en continuaiit 
i^ma route : qut tout bien confider^ , il me confeilloit d^atten- 
dre pour partir que la Saifon fut un peu ,plus avanc^e ; au il 
'efp^roit qu'alorsles ^rtis ennemis fe retireroient, & me laif- 
feroient le chemin libre. Comme il poifvoiia|oir fes vues e^ 
m'arretant k Pimitcouy , je lui t^moignai que je n'6tois pas 
fort touch^ de fes raifons , & j'ajoutai que j'en avois de meil- 
leMs pour preffer mon depart. II me parut que ma rtponfe 
lui faifoit de la peine , & je reconnus bientot au*elle ne ve- 
noit que de fon ifeaion pour moi , 8rde fon tfe pour notre 

Nati6tt. *^ \ 3^;^ ■ ,. ., . f . y, . 

^ « Puifque ta r^lution eft f rife , me dit-al , je fuis d'avis que 
« toi^ Fiy^ois ,qiii font icii fe joignent i toi pour fortifier 
„ tonS^rt^.: je leur ai mkmt d^ja d^cTar^a penfte fur cela , 
^ & il leur aifortemetHrepr^fent^qu'Weroienti jamais per- 
^ dus d^lieur , s'ils^oiwt \m Peredans le danger , fans 
^ le pajtagfer avec luiJ^'aurois Men ibtihaiti^ pouvoir tac- 
« compagner moiwmlme;Mi^^t@t&4« toiHWties ^Idalts , ma«j tu 
^ n'ignores point we rijpFVWiage efttous^ttS joursjila veille 
^ d'etre attaqu6 J|^ tie raecpnvient pas de m'en aofenter , ni 
^ de led6garnir«l#pareiUesconjonaures. Pour les Fran- 
« cok,''rifen ne tSt iSarreter ici ,jgnii*on mith, qu'ils doi- 
^ ven^ facrifier ilHa confervation. Ceft ce que je leur ai fait 
\ entendre , & je leur ai ajout^ qiie ft quelqu'un d'eux tomboit 
\ entre les mains des Ennemis, ce ne feroit que la perte d'un 
I, Homme , au lieu qu'un Pere en valoit lui feul plufieurs , & 



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DUN VOYAGEDE L'AMERIQ.Let. XXVH. 3.89 

qu'il n'y avoit rien , qu'ils ne dfiffent rifquer , pour pr^yenir ♦» 1721 . 
un fi grand malheur. «* « Ofto- 

Je fus charm^ _, Madame , de la fageffe de cet Homme , & bre. , 
plus encore de fag^n^rofit^, qui le portoit k vouloir bran, par 
, coniid^ration pour moi , fe priver de quatre Hommes , dont § 
le fecours ne devoir pas lui 6tre indifF(irent dans la fituation , ' 
oil il fe trouvoit. Je n avois pas meme dout^ qu'en voulant 

me retenir-chet lui , il n'eut«u en Yue de fe fervir de mon Ef- 
<Jorte dans le befoin. Je lui t^moignai beaucoup de reconnoif- 
fance de fon bon coeur & de fes attentions , & je raffurai que 
j'^tpis fort conteni des Fratt9ois : que je voulois les^partager 
avec lui : queje lui en laifferois deux pour le d^fendre , en cas 
^u'il fiat at(Uqui6 ; que les deux iutres m accompagneroient 
jufqu'i ce que je fuffe en lieu, de furet^ , & qu'avee ce rea- 
fort je me croyois en ^ta| d'aller par tout fans rien craindre. 
il n'infifta point davantage , & je me retirai . 

Ce matm il eft venu me rendre une feconde vifite , accom- n fait batv 
pagnf de fa belle-Mere , qui portoit entre fes bras yn petit "(f"; ^a f»"c- 

. Enfant. » Tu vois , me dit-il en m'abbrdant , un Pere bien ♦* 

affli^. Voici ma Fille , qui fe meurt , fa Af ere eft morte en la « 

mettant au monde , & aucune Femme n'a pu encore reuflir « 

% lanourrir. Elle rejette tout ce qu'elle prend , & elle n'a « 

peut-6tre plus que peu d'heures k vivre : tu me feras plaifir « 

• 4~f ^* oaptifer , afin qu'elle puiffe aller voir Dieu apr6s fa ** 
%iort. *» L'Enfant ^toit effeftivement tr6s-mal , & abfomment <* 

N ^<>«^|^P^ance de gu^rifon , ainfi je ne l^lancai pas k lui 
^onfiSler le BaptSme: 

-i; ^n Voyage diit-il itre d'ailleurs tout-i-fait inutfle , je 

tVoiJKRvowe 4 Ma(dame , que je n'en regrettei^ois pas les fati- 

^uef & les danger's , puifque felon toutes le#%^arences , ft 

„ je n'^'tois pas venii k Pimiteoily , cette Enfant nQproit jamais 
entree dan$ le Ciel , o£i je ne doiite pas qu'ej^l^oit bientot. 
J'efpere ihSme que ce petit Ange omiendra t>our fon Pere la 
mSme grace , qu'il lui a procure. Je parts dans uneheure ^ 

*^^^ je confie cette Lettre aux deux Francois , que je laiife ici , 
^ qui comptent de profiter de la premiere occasion pour re- 
KHirner en Canada. 

Je fuis , &c» 



VINT-HUITI^ME LETTB^S^ 

f^jd^ ^ Pjmiuot^ aux Kaskafyuias, Du Coufs de/ laRii* 
vierc ^Illinois. Des Mines Oft Cuivn,DuMiffouri,J3lts 
Mines de la Riviere de Maraineg. Defctipdon dti Fon de 
Ckmres t & de la Mijpon des Kaskafyuias. Des j4H»res 
Fmitiers de la Lomjiam,. Defcripuan du Mictjipi au^ 
deffus des, IBfiois. tfifferenm tribUsde cem N^imi Quel^ 
ques* Traditions des Sauvages. Leurs idees far les Ajfre^ , 
\s Eclypfes ^^le To/merne : Uurmaniert <k cofkuletk aims, 



Oaobre. 



Aux l^askafquias , ce vinti^me d'Ocl:obi-e , 1711. 



M' 



At>AM;E, 



' " r 
rai- 



ses 

poui 



/•.. 



J E vous avoufe t ^® bonne foi , que je n'^ois pas aufli 

fur^ en partant de Pimiteouy , que je le feignois de Tetr* ^ au- 

tant pour mpn honneur , que pour ne pas achever d^ idecou- 

rager ceu?c ^^ qui iti'accoinpajgnoient , Qi dont quelque$-un» 

diSimuloient; a2e* mal lear^ayeiir. Lcs allarmes , ou j- ayois 

trouv^ les Illinois , leur chant lugubre^ la vue des cadavres 

expof^s dans leurs cadres, objesA^rej^ix, qui m^ reor^fen* 

tdient fans cdlk \ qUoi Ton, doit s'attehdre , fi I'on a le maji^ 

ieur 4« ttMnb^*" entre les niains de c«s Barbares , tout c6la 

^aifoit fur moi uue iinprej^on * dom je n'^tois pas le maitre , 

& pendant reptouh^cjourfjf lie dorm^^^^^ 

. iement. „' ,'■-:■:'■::'.■,;/ '";", .\U\:'^*:'.'-'v\ -v.i'- ^ •'-■'■ ■■■ ■■■ ,\--u '.\ 

induftTie* fe rfappr^hendois p^ 4 la ver«d que I'Jinnenaii nous atta^ 

Sauvages \ q|i|t p^yMt^^iit » pirfCS.cM^ favois quatoFie feouimes bicn 

'uS?Er*"^* » ®^^'^** coaimandez } (is).njais il y av^ii tout i 

ncmu?" V craiiidr^ d^s furprifes » ny ayant point dlnduftrie , dqnt les 

, * ' Sauva4«S; lie s'aVifeiit , pouf at^ii^r leurs Enneinis dans leS 

pi^es f qu'Hs leur tendent, Uii des plus ordinaire elft de con- 

t'. t;reuire .1^ cri d'uii A^jmal > ou le,cnant fun Oifeau , & ils 

( «) M. de S. AHfiE , qol s'e(li4<iptu« ibit dUUDga^ conttc les RiOiaiJi, oommandolt 
moo ETc^n. , . „ ' . . :■ 



'v;,-^/.^</»i«^ 



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1721 



! irUH VOYA^tDE L'AMfilt lE^. XXVin. 391 
les imitenl fi pii^itenient , que tous les jours on y eft prjs. 
Oti eft camp^ a iVntriic d'uii Bois , on croit entcijdre un Bceuf, 
unCerf«un C{i^nard,deuxoutroi»}Ioinniesycourent dans ^^^bre. 
reio^ance dcfelw capttlre , fit fouVent ne rcviennent pas. Cour» it 1. 
On compt* foixante & djx lieues de Pimiteouy au Micif- '^'"'^"=«ic*"- 
fipi :'i«ai dk «|u*ll y en avoit quinre da Rocher k Pimiteouy '"*°"' 
h premier (Je ces deux Villages eft par les quai'ante & un de- 
grez J I'emrie de lafliviere des Illinois eft par les quarante • ' 
wufi depwisleRochercfette Riviere coule k I'Oueft , en pre- 
liaftt un pcu du Sud , mais elk/ait piufieurs circuits. D'efpace 
en efpace pi* y rencontrerdes ifles , dont quelques-un^s font 
mt ei-arides : Ie4 boirdsfont affetbas en plufieurs endroits- 
dans le Printems elip inoiide la plupart des Prairies , qu'on 
.ttouve i droite 6c i jgauche -, & qui fontenfuite couvertes 
dherbes trfes-haures. On p^retend qu elle eft par tout fort poif- 
fo#eufe , mais nous tfaVions pas le teitis de picher , m des 
F0ts tels t qu'en demande fa profondeur. Nous avions plutot 
fait de tuer un Boeuf , ou urf Chevreuil ^ & nous avions k ' 
cnoittr. . ' ■ 

.1* fixi^me , nous apper9umes quantit^ de Boeufe , qui tra- 
ve'rfoient la Riviere 4 la nage av*c beaucoup de pr^cipita- 
u*ir!t ^^^ "® doutimes prefque point qu'ils ne fuffent 
thaPs par un des Partis ennemis , dont on ijous avoit parl^ ; 
ce qurnous obhgea de navijguer toute la nuit , pournous^^loi- 

gnetdunfidangereuxvdfeage. LelendemamavantJejour / > 

nous paflames & Saguimont , grande Riviere , qui vient du - 

Slid ; cmq ou fix lieues plus bas nous en laiffimes fur la mSme 

timti une autre plus petite , appellee la Rivien des Macopines: 

ce font de groffes racines , qui mangdes crues, font ^ poifon , 

mais qui 6tant cuites k petit feu , pendant cinq ou hX jours 

& plus , n'oiit aucune mauvaife qualite. Entre ces deuj^ Ri- •"■ 

yieres ,1 diftance igale de J!une 6c de Tautre , oh trouve un 

Marais , nOmm^ Madtouttn y qui eft pr^cif^ment k moitii 

iphefttin dePiniiteouya#Miciffipi. * -• 

. ' Peu de terns apr^s aVoir paffi la Riviere des Macopines , r„,,} . 

1f"i*^*'5^'W%'''***^"*^^®"^^' qui foii^ctren^ment icMici^i!"' 
elevesj Nous vaplllKTi^anmoins encore plus de- vint-quatre 
hetire^ t & fotr^nr ^ la voile , avant que d'y entrer i parce . 

que la Rjviere des Illinois varie en cet endrOrt depuis I'Oueft 
jufqu'auSudparrE^. On diroit que de depit d'etre obligee . 






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baobre. 

Oiivre. 



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Confluintau IJeUeS fUK Ic 

Millouri&du - 

Miciflipi. 



■Village des 
Tamatouas. • 



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„. JOUR^NAL HISTORIQUE / 

d€ rendre hommage de fes eaux i une autre Riviere , elle 
veut retourner vers fa fource. ^ ^^ o j pa ^ r . t 

Son entree dans le Miciffipi eft Eft-Sud-Eft. Ce fut le 
neuvieme , vers lei deux heures & demie du foir , ^ue nous 
Soul trouvames dansce FleuYe.qui faifoit alors tant de bru. 
en France , laiffant a main droite une grande Prairie ,dou 
fortune petite Riviere , oti il y a qu?ntite de cuivre. R.en 
,?eft plus charmant que toute cctte tote.^Ce n eft pas tout- 
tfa^Aa meme chofe i la main eauche. On o y vo.t que de 
Momaenes forthautes,fem^esdeRdchers ,emre lefquels .1 
SSues Cadres ; mais ce n'eft qifun rideau , qui a peu 
de prSdeur , &qui cache deport bVlles Prairies. 

L^e Se , \ neuf heures du matin , apr^s ayoir fait cinq 
lieu^s Sr^ Miciffipi , nous arriv^es k l'|f^bo«cMe du, 
umvd laquelle eft Nord Nord-Oueft , & Sud $ud-Eft. 
U^Zk^lf^^^^ plus Mu confluifit , qu'on Wdans le 
Monde fesdeiix Rivieres font ^ peu pr^s de^i mime lar--. 
feur chacune d'environ unedemlelieue% m|isle Mfouri 
fft beaS plus rapide , & il paroit entre^en conqueurtt 
elt oeaucoup p -„^„-vers duquel I porte fes eaux blan- 

:„Mn"..e douleur, quele Mic.ffip.ne pe,d pl^s , & Ua- 

qui fe {Otit "^^""^ff^L^J^jju^e fur'iAie petiie Rivierfe , x^ft 
?ort ft^lf'^^itxt^'^^ lekntems , de ToS 
'''Tnou fellurhmc^^^^^ dSmie lieue^our gagne> 

• tS^^e avant i chQ>f« beaucoup mieu3^, mais on m4* 
'" nnSJ^e Sciffipi baignoit le pied du Villa§e^,quand , 

Z t^rrem ; qu^^T^^ ^ che«cherun ^x^ Emplace- 

Ipnt S aii?eft pas uSe affaire- pour des Sauvage*. 

Je ;ala?Siteuil Li la Maifpix Ses. Miffionnaires , qui font , 
^ixfiffliques du S^minaire de Quebec .autrefois mes V 
deux tccveuaiiiH ,„ . Maitres. Le olus 



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DIJN VOYAGE DE TAMER. Let. XXVm. 393 

t^Uqu'on me Tavoit d^peinc dur ^ lui-meme , plein de cha 

rit^ pour les autrcs , & reqdant en fa perfonne la vertu ai- ' 7 * « • 
mable. Mais il a fi, p^ dc fant6 , que je ne crois pas qu'il Oaobre. 
puiffe foutcnjr lome>ns le genre de vie , qu'il faut mener dans 
cesMimons. 

L'onziiiiie, apr^s avoir fait cinq lieues', ielaiffai fur ma r. . 
droitela Riviere'M..a^e.. oii'loSeft aau'ellement occu^' iJ^^U 
4 chercher des Mines d Argent, Vous fefez peut-etre bien- Maiimcx. f 

aifs,Mada|fie,deff avoir quel fuct^s on peutefpererdecette ^ 

recherche. Viijci ce qu'une perfonne inftruite , & qui eft ici / 

dcpuisplufieursann^es.m'enaappris. En i7i9.1efieurDE 
' LocHON , envoye paf la Compagnie d'Occident en quality / 
de h ondeur , ay ant creufe dans un endroit , qu'on lui a voit 
maVqUe , en tira une affez grande quantity de Mine , doi?t une ' 

livre , quilfut quatre jours ifondre , lui produifit,dit-on : 

deux gros d Argent ; mais quelques-uns Font foupconne de 

les y avoir mis. Quelques mois apr^s il y retourna , & fans 

plus longer k 1 Argent , de deux on trois milliers 4e Mine it ' 

tira quarorze liyres dun fort mauvais Plomb , qui lui reve- 

noient k quatorze cens francs j rebut^ d'vm travail fi ingrat - >- 

iJ retourna en France. or ,^* 



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.a Compagnie , perfuadee de la verite des indications / 
^u on lui ayoit donates , crut que Tincapacite du Fondeur 

;j,^etoit la feule caufe de ce mauvais fucc^ , & envoya k ft ' 
place un.Efpaenol , nomm« Antoine , pris au Siege de Pen- 

Jacole ,& qiff avoit ^t^ Fpr9at furies 6aleres, mais qui fe >. • 
yantoit d avoir travailU k une Mine du Jdf^xique. Elk lui " " 
d6nna des appointemens confiderables,mais*H ne reuffit guere 
jnieux , C[ue le fieur \fe Lochon. H ne fe rebuta point , & on ^ 

, ypulutbiencroireau'iln'a voit echoue, que par fonpeud'ha-'^ 
bilet6 a conftruire des Fourapaux. II renon5a a^ Plomb & 
entrepnt cle faire de rArgeijPI il vint k bout d'ou Vrir le Roc 
qui fe trduva k huit ou dix pieds de profondeur , il ep fit fau<^ 
- > ter plufieurs morceaux , qu'il mit dans le creufet ;' on publia 

au'il en avoit tir^ trois ou qiiatre gros d'Argent j iiM bien ♦ 
> desgeils en dotitent encore. Y^ 

* iSur ces entrefaites arriva une^rigade de Mineiirs du Roi , jH^ 
cohduite par un noftim^ la Renaudiere , qui ayant vpulu 
'\ \ €ommencer par la Mine^e Plomb , ne fit rien^u tout .Mrce 
I qOf„ ni lui , niaucun de CiSfirlgade", n'^toient au fait^ Is 
i Tome III: f.°-. Ddd 



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I 72 I. 

Oaobre. 



Defcrlptloti 
des Kaskaf- 
^uias. 



394 JOURNAL HISTORIQUE 

conftruftion des Fourneaux. C'^toit une chofe affez furpre- 
nante, que lat facilite , avec laquelle la Compagnie faifoit 
alors de groffes avarices , & le peu de prkauiion , quelle 
prenoit pour s'affurer de la capacite de ceux , qu'elle em- 
ployoit. La Renaudiere & fes Mineurs ne pouvant done yenir 
k bout de faire du Plomb , une Compagnie particuliere en- 
treprit les Mines du Marameg , & le filur Renaud , un de 
fesDirefteurSjles yifita avec foin. 11 y trouva au mois de Juin- 
dernier une couche de Plomb k deux pieds de profondeur (iir 
toute une chaine de Montagne , qui s etend affez loin , & it 
y fait aauellement travailler. U le flatte meme que fous ce 
Plomb il y a de I'Argent ; tout le monde ne penfe pas comm& 
lui ; le terns nous apprendrate qui en eft. 

J'arrivai le lendemain aux Kaskafquias k neuf heures du ma- 
tin. Les Jefuites y avoient une tr^s-floriffante Miffion , qui 
vient d'etre partagee en deux , parce qu on a ju|e apropos de 
fbrmerdeuxBourgadesdeSauvages,au lieu dune. La plus^ 
nombreufe eft fur le bord du Miciffipi ; deux Jefuites (a) en 
ont la direaion fpirituelle : une demie lieue plus bas eft le 
Fort de Chartres , k uneport^e defufil du Fleuve. M.Dugue 
de Boisbrilland , Gentilhdmme Canadien , y commande pour 
la Compagnie , k laquelle cette Place appartient ; & tout 
I'entre-deux commence k fe peupler de Francois. Quatre 
lieues plus loin, & k une lieue du Fleuve , il y a une groffe 
Bourgade de Francois , prefque t<^s Canadiens , qui ont un 
Jefuite poiir Cur^ (b). Lefecond Village des Hlmois en eft 
^loign6 de deux lieues", & plus avant dans les terres. Un qua- 
tri^me Jefuite en eft charge (c). * 

Les Fran9ois font ici affez k leur aife : un Flamand , Do- 
meftique des jefuites , leur a appris k femer du Froment , 
& il y vient fort bien. lis ont des Betes k corne & des Vo- 
lailles. Les Illinois de leur eote travaillent k la terre k leur 
maniere , & f6nt forf laborieux. lis nourri^nt auffi desVo- 
lailles , qu ils vendent aux Fran9ois. Leurs Femmes font affez 
a^roites ; elles filent la laine des Bosuts , & la rendent auffi 
fine que cellc des Moutbns d'Angleterre , quelauefois m^ipe 
on la prendroit pour de la Soye. Elles en fabriquent des 
Etoffes, qu'ellesYeignent ennoir^en )aune,& eo rouge fonc^* 



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(M)LeP It BouLtAHomtj (i) Lc P. DebiaubOis. 
ip. HI Kehibin. 'I (0 LeP- G wimonm « ao.- 



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I 72 I. 

Oaobre. 



D'UN VOYAGE DE L'AMER. Let. XXVni. 39c 

EUes s'en font des Robes , qu'elles coufent avec du Ai 
de nerfs de Chevreuils. La maniere , dont elles font ce 
fil eft tr^s-fimple. Quand le nerf de Chpvreuil eft bien de- 
charne , ellej le mettent au Soleil pendant deux jours ; quand 
il eft fee , elles le battent , & elles en tirent fans peine un fil 
auffi blanc & aufli fin que celui de Malines , & beaucouo 
plus fort. '^ 

- La Bourgade Francoife eft born^e au Nord par une Ri- 
viere , dont les bords font fi eleves , qu'encore que les eaux 
y montent quel^efois jufqu'^ vint-cinq pieds , elle fortrare- 
ment de fon lit. Tout ce Pays eft d^couvert : ce font de vaftes 
Prairies , qui s'etendent jufqu'^ vint-cinq lieues , & qui ne 
font fepar6es que par de petits Bofquets , 011 il ny a que de 
bon bois. Ony voit furtout des Muriers blancs ; mais j ai ete 
furprjs qu'on permit aux Habitans de les abbattre pour batir 
leurs maifons ; d'autant plus qu'ils ne manquent point d'au- 
tres Arbres propres a cet ufage. 

Parmi les fruitiers , qui font particuliers i ce Pays , les 
plus remarqiiables font les Pacaniers , les Aciminiers , & les "-» - • 
Pialdminiers. Le Pacane eft une Noi« de la longueur & de la ^°"y^"°'= 
figure d'un gros Gland. II y en a, dont la coque eft fort min- 
ce : d'autres I'ont plus dure & plus ^paiffe , & c'eft autant • 
de detalgu6 furle fruit : elles fontmeme un peu plus petiets 
Toutes font d'un gout fin & ;4^Iic^t j Mrbre , qui les porte ' 
vient fort haut : forj bois , fon qpdrce ,' I'odeur & la figure de 
fes feuilles m'ont paru affez f^mblabl^s aux Noyersd 'Eu- 
rope. 

iX'Acimine eft un fruit de la Icuigueur d'un doit, d un pouce 
de diam^tre. Sa chair^eft -tendfe , un peu fucr^e ; & toute 
fem^e d'une graine , qui reflentble k celle du Melon <!'eau. 
L'Aciihinier , ne vient^i fo|t gros , ni fort haut : tous ceux 
que i'ai vu^ n'^toieht guere que des arbriffeaux , d'un boi« 
tendj-e. Son ^corce eft mince , 4es feiiilles longues & larges 
comme celjes du Chataignier , mais d'un verd plus fonce. * 

La Piajdmine a la figure , & un peu plus que la groffeur^^ 
d'uae prune de Damas : fapeau eft tendre , fa fubftance 
aaueufe , fa couleur roiig^e j & elle eft d'un gout fort d^licat. 
Elle renfelme des graines , qui ne different de' celles de 
I'Acimine , qu'^n ce qu'elles font plus petites. Les Sauvages 
iont me pate de ce fruit , & en foiment des painf de I'^paif. 

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Arbres Frui- 
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* 39(5 JOURNAL HISTORIQUE 

. - feur d'un doit , & de la ctMififtance d'une Poire ft^che. Le , 

* 7 ^ I • gout en paroit d'abord un peu fade , mais on s'jr aecoutume 

Oftohre. aifement. lis font fort nourriffans , & fouverains , dit-on » 

eontre le flux de ventre & la dyfenterie. Le Piakraiinier eft 

un bel ark« , de la hauteuI;^de nos Pruniers ordinaires. Ses 

feuilles font k cincf pointes , fon bois medioGremem dur , & 

'fonecorce fort rude. - . , w,. /> . l .r 

Diffcrcns * Lcs Ofagcs , Nation aflez nomhreufe , etablie fur le bord 

pcupics , qui d'une Riviere , qui porteleur nom , & fe jette dans le Miflou- 

tmo^'t n , environi quafante lieues de fa jonaion avec le Micjflipi » 

auxVnvirons. envovent tous les ans une ou deux fois chanter le Calumet 

chez les Kaskafquias , & ils y font aauellemerit. Je viens de 

voir auffi une Femme Miflburite , qui m'a dit que fa Nation 

eft la premiere , que Ton reqcontre en remontant le AMburi , 

d'oii lui vient le noni , que nous lui avons. donne , ftute de 

f9avoir fon nom propre. Elle eft 4 quatre-vint lieues du con- ^ 

fluant de cette Riviere avec le Miciflipi. 

Plus haut on trouve les Canfei y puis les OSotatas^ que 
queldues-unsnommentiWtf5fowra5; enfuite \es Aioue^ ,Tj^uis. 
les Fanis , Nation tr6s-nombreufe , divif^een plufieurs.Can- 
tons , aui portent d^s nomi aflez difFerens les uns des autres. 
Cette Femme m a confirme ce que j'avois appris des Sioux f 
que le Miflburi fort de Momagnes Pelves, tort hautes , der- 
riere lefquelles il y a un grandlFleuve , qtii en fort apparem- 
ment auffi , & qui coule i rOueft . Ce temoigilage eft de quel- 
que poids, parce que de tous le^Sauvages , que nous coil- 
noiflons j aucun^ne voyagent plus loin que lesMiflburites. 
Dcfcrimlon Tous les Peuples , dpnt je viens de parler , habitent le 
rfu MiciSpi, bordOcciden^l duMiUburi, except^ lcs Aiouez, qui font ^ 
audeflujdes ^^^ VoifmS 4es Sioux , & leijrs. Allies. ParAi les Kivie- 
"""°"' res , qui tom&^ dao& le Miciffipi , au-deffui de la Riviere 
desUfinois , les plus cpnfiderables font la -R/Wtf«tfKA:i?ae«^> 
qui en eft iloignde de vint lieues , & qui vient de I'Oueft ; on 
a decouvert dans fon voifinage ime trfes-belle Saline. On en a 
trouv^ de femblables fur les bords duMarameg , & ^ vint 
lieues d'ici. Environ quarahte lieues plus loin on laifle l'^#- 
.nefipi , ou Rivleise a k Koch , parce qu'elle eft vis-i-vis d'u- 
ne Montagne pla'cie daiis le Fleu ve mtoie , & oil de^Voy a- 
geurs ont aflur^ qu'il y avoitdu Criftal de Roche. ' 

Yipt-cijiq lieues pUjs haut on trouve fur la maia droic 



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^3J V^^"^^^ ^^ L'AilER. Let. XXVIH. 59^ / 

te Wmfconfing , par 06 le P^re Marquette & le fieur — 

Johet entrerent dans le Miciffi^i , lorfqu'ils en firent la pre' * 7 ^ u 
iniere ddcouverte. LesAioue^, qui font par cette hauteur, Oaobre. 
ceft-i-dire par les quarante-trois ddgres*^8c environ trente 

«n.nuttesdil^tion^Pole,^uivoyagentbeaucoup;S 
font 4 ce qu'on affure, vint-cinq 4 t?ente lieues paJ jol 
quand ,ls n ont point leurs Families avec eux , difent Qu"en 
partant de chez^ux on arrive entrois jours chez des Peuoles ' 
nomm^s Omans , aui ont la peau blanche & les cheveux 
blonds , furtout les remines. lis ajoAtent que cette Nation eft 
contmueUemem en guerre ayec les Pani? ? & d'auires Sau va! 
ges plus doign(Js vers rpccdent , & qu'on leur a oui parL; 
a un grand Lac fort ^lo.gn^ de chez eux , ^ux environs du! 
quel il y a des Peuples , qui reffembknt aux Francois, out 
ont des I^utons k leifts habits , qui l*iffent des Villes mu 
feferven^e Ghevaux D6ur la Chaffe du B«uf , & qu-ils'cr 
vrent de Peaux de Bu/es , mais ^ui n'ont poim d^autres ar- 
mes, quel'Arc&laFl^che. u-uires ar- * 

. Sur la g¥uche environ foixante lieues au-deffus de la Ri- J 

vief e aux Baufs . on voit fortir du milieu d'une Jmmenfe & 
magnifique Prairie , touie cOuver^ de Roeufs & d'autres Be- . 

Z:T'' ^t'^a^'^T •• i^°^. entr^eVans le Miciffipi iU • 
peu d eau , & il eft m^me aflez ^troit ;vil a n^anmoiris \ di^ 

fr nil ^f * ^" JJO^te qu',1 pre^ fa:iburce dans un Lac , 
& qu il en forme un Second A ciLuSte lieues cTli Premier. ^ 
D^cefecondLacpntire^gaMclie, & on entre dans la /Jz- 
viere bUue , ainfi nomin^ei caufe de fon fohd , qui eft une 
terre de cette couleur. Elle fe d^charge daJis hlkiviere I 
5aint Pierre. En remontant le Moingona , on trouve beau- 
coup de Charbon de^ferr^ , & quand on I'a remontd cent cin- 
cruante 4ieues , oq^appercoit un gros Cap , qui fait faire un 
detour i la Riviere , dont les eaux font rouffes & puantes en 
cet endroit. On aflUre ^'ort a ramkff^ fur cd Cap quantity de 
Pierres dt A^mes , & qu on en a rapport^ ici de rAmimoinc. 

Une li6ue au-deffus de I'eflibouchure du Moipgona il v a 

d?n|JcMiciffipi deuxRapides aff6z lpngs,pii il faut dechareet 

^ trainer la Pirogue : & au-deffus du fecbnd Rapidei'efS^- 

'- ' J ""S' ^^?^»f "« d" Moingona , on trouve des deux 

cotes duFieu^ des^nes dePlomb, decouvertes autrefois 



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398 J O U R N A L H I S T O R I Q U E 

par un fameux Voyageur du Canada, nomm6 Nicolas P e r- 

^ 7 ^ »• R oT , & qui portent fon ndm. Dix lieyes au-deffus de 

Oaobre. I'DuifconfingUu meme cote commence une Prairie de foixan- 
te lieues de long , bordee par des.Montagnes , mpnt une 
perfpeaive charmante ; il y en a une autre du Cote del ^ueit » 
mais qui n'eft pas fi longue. Vint lieues plus haut que l><tre-, 

mit6 de la Premiere , le Fleuve s'elargit , & on a nonim6 cet 
' endrokle Lac dehnSecdurs. Ilaunelieue de large L& iept 
lieues de circuit , & il eft encore environne de Praih^s^ Mi- 
:, colas PerrotayoitbatiunFoft fur Udroite. . . ' 

AU fortir du Lac on rencontre 1 Tfle Pfee , amfi nomm^e , 
parce qu'ellfe n a pasi un feul Arbre ; raai^ c eft une tr6s-belle 
Prairie : Les Francois du Canada en ont feuyent fait le cen- 
tra de leur commerce dans ces Quartiers Oecidentaux , & 
' plurmjrsyommeme by vern4.,J>arce que tout ce Pays ^^^ 
* Wpropre pour la Chaffe/fr/s lieues au-deffusdellfk 
'. pe\£on A km^if^drokeh MtviefvckSainie Croix, qui 
vient des efivirons duiae Sup^rieur ; on pr^terld avoir trou- 
ve du Cujvre affez pr6s de fon embouchure. Quelques lieues 
plus loifi on laiffe i la main gauche la Rivierf '^ Saint 
hem , dont les bords font peoples de Sioux , & dont 
I'embouchure n'eft pas eloien^e du Sault Saint Antoine. On 
ne connoit cuergs le Miciffipi , que jufqu^ cette grande 

Pour^revenir aux Illinois fs il eft vrai , ce qu^n m'a affurd 
en plufieurs endroits , & ce que la Femme Miffounte , dont 
)e vous ai parl6 , Madame , m'a confirme , q",eux & les Mia- 
mis , viennent des bords d une Mer fort eloignee i 1 Oueft (<i) , 
il paroit que leur premiere ftation , lorfou ils defcendirent en 
fee Pays , fut le Moingona : du moins eft-il certain qu une de 
leursTribus en porte le nom. Les autres font connue^fous 
les noms de Peorias , d^ Tamarouas , de Caoguias^ & de 
Kaskahuias: mais cesTribus font aujourdhui fort melees, 
& fdduites itr^s-peu de chofes. II ne refte olus-qu un tr6s-pe- 
tit nombre de Kaskafquias , & l?s deux Villages , qui portent 
\kxxx%notm , font prefqu unique ment compofes de Tamarouas , 
§c deMmhigamias , Nation etrangere , fortie des bords du- 

NoHvellc Fraoce , qu'dlc a Itt conauitc'1 
pat Ic^ Sioux daus un Village de fa Na- 
tiim , qui dioit fon pics 4c la Mcr, 



Olffercntcs 
Tribus det II- 
iipois. 



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(«) Un% Femme Miamifc, Captive 
des Sioux , a afluri au Pcre de Saint P t' , 
aujourd'htti Supdiicux dec Miffioas de I9 



• V. 






Oaobre; 



DtJN VOYAGE DE L'AMER. Let. XXVIH. j^^ 

!l-PS^'?fi^^*^''t' *l"® "0"5 trouverons en defcendant le 
MioffiD, ,^ quf Jeskaska^uias ont adoptee. 

prendre de la Louyfiane , gu je ne fajs que d'entrer ; mais 

avant que de finir cette Lettre , il faut vous faire part d^ Zl 

cues notices qui ferviront de fuppl^ment i ce que je vo2s ai 

cfeja ditdesSauvkgeseng6n^ral,& que jai apprifesfur nS 

route depuis la Riviere He S.jGfephjuVici. ^^ ***"'"^* 

_ You§ avez pu voir dans la Fable d'Atahentfic chaff^e du Tr.^}r - 

Ci^ mielques /veftiges -de I'hiftoirede la premief e Femme ^^^l^i$t 

evl^e du Parac^is T^rreftre , en punition de fa d^fob^iflw! ' p"™'-^-* 

3.li^ vfV'^fc"^^ ^^f ^^ ^^"^'^1^- Gette circonftance 
mempeche d;adh^rer au. fentiment du P. de Acofta , qui pr?. 
tend que cctte tradition ne regarde pas le Deluge UnrverVel 

mais un deluge particulier i iWrfque. En efF« XTaS^ 
5Uins,&DrefquetouslesPeuples,quiparlentleur.Lan|ur m" V' 
%pfem la creation du premier Homme^^ ^ 
rite ayant pdri prer^ue toute entiere par )L^ inon3ation£t : - 

vit toute la Terre afiym^e fousles eaux par le d^rdemS^ 
d un Lac , envoya un Corbeau au fond 5e cet a W , pour 




POrte , a retaWit le Monde dans fon p/^mier etat : qu'u t.ra 
desfleches contre les troncs des Arbres . qui paroiffoient en- 
core , & que ces filches fe changereat en tranches : qu'il lit 
plufieurs autres merveilles , & que par reconnoiffince du fer- 
vice , cue lui afoit rendu le Rat mufque , il epoufa une {k- 
melle de fon efp^ce , dont il eut des enfans , qui repeupl^- 
rent le monde : quil avoit communique fon immortalite Tun 
certain Sauvage , & la lui avoit donn^ dans un petit paquet 
en lui defendant dene le point o«vrir , fous peine de perdre 
un don h precieux. i^ luiw 

Les Hutons & les Iroquois difent que T<m>nhiao*uigpn 
le Roi du Oei ,. donna un coup de pied a fa femme , li rSde \ 
jui la fit faut«r diiCiel en Terre ; que cette Femme tomb^. 
*ur le dos d une Torftue , qui en ^loignant les eaux du Deluee 
avec k% pattes , d^cbuvrk enim laTcrre, & porta la FemiSe 



•Sf 



400 JOxURNAL HISTORIQUE 

au pied d'uh Arbre , oil elk accoucha de deux Jumeaux , 
au pieu viuu > «^«,«,««r Tahnutskaron . tua ion 



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Lcurs id^cs 
(utlesAftics. 



If . ^ 



-Oftobre. Cade, ■:^ ^^^ ^^ ^^^ ^ , ^ f, '"'''^'7"' ^' ,f 
uaffi & que I'avenir meme inquieue Fort peu , neconnoif- 

font le train du Chariot de D^id , lont » lelon eux , m>is 
Chlffeurs qui pourfuiVent I'Ours ; & U petite Etoile , qui 
SoSagne^^lfedumilieu , eft la Chaud.ere . dom le fecond 
eft charaf Les Sauvages de I'Acidie nommoient to"t fim- 
. nVementWConfteWation & la fuivame , la grande & la 
Eethe Ourfel mais ne pourroit-on pas juger que quand ils 
Sa^biem afnfi au fieur lefcarbor S^^e rep^toient que ce 
qu'ils avoient oiii dire k plufieurs Fjanjo^? ^ 

comn^entih ^ La pl,upart des Sauvages appellant lf;«»^^.?f£;Vleurs 
connaiffcnt ic ,_:u qui nc maiche pas. C'eftselle , oui les guide dans leurs 
Nord , cuand ^^^^^ ' ^ i^^iTnt' la nuit comfaie Ic Soleil leut fert de Boul- 
ucieicdcou- voyages pendant la """ » <;^'^^^^ ,. ^ marques pour 
ve«. iole pendant le jour. Us ont encore daut.es mdiu ^ 

connoitre le Nord. Us pr^tendent avoir obferve q,| la cime ^ 
des Arbres panche toujours un peu de ce cote li , &r que les 
, re'l^cl'----- dUurs ecorces font p^s epai^^^^^^^^^^ 

meme cot^. Us ntrVy fieht pourtant pas ft abfolument , qu iis 
neTreniSn d'ailleurs leurs prkautions pourne ppint s ega- 
mr& P^u^etrouver leur cfeemin.quanails doivem^retour- 

.-, "'ouaKlq^^^^ regarde le cours des Aftre* , les caufes^*^ 
£:£Xr Ph?nom^nes' K^^^^^ des Meteores , & autres cho es em- 
fcs,jduTo»- ^j jl3 font iur tout cek,comme f"«" ce qm "^^^^i°": 
""\ che pas fenfiblement , d'un^ ignorance profonde , & d une 

^arfal^ indifference. S'il arr/e une Echftfo. ils s nnag^^^^^^^^^^ ^ 
L'il fe fait dans le Ciel queMue grand combat , & Us tirent 
5u ntTtlde flecH^s en l4 ,^our^carte. les PJ^^-f "-^^^ ^ 
^ rtiis du Soleii & de la Lune. Les Hurons ^ quand la Lwie s ^ 
S nfok^toient perfuaxies qu'ejle fe trouvort^mal , $c ppufli 
tSTr;y:S^^'lll^^^^ , ils^ifoli. ^^*"Tuit; 

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172 I 



DUN VOYAGE DE L'A.Mkli:£T, XXVm. 401 

^f""'.^^cc|mpagnoientcetintani9rredebeaueoup de ce- 
remonies aa^rieres. lis ne manqupiem pas furtout dedon- * 7 ^ i . 
net fur les Chi?ns k grands-xoups de Uton% de pierres , pour Oaobre. 
^ les /aire criec , parce qu lis croyoient auelaLune aime ces 

Ces mames SauVages , & plufieurs autres , ne pouvoient 
fe mettre dans I efprit qu'une ^clipfe fut une chofe jnaifferente 
& purement naturel e : ils en auguroient bien ou nial , Oii- 
vant iendroitduCiel, oiicetACrepsroiffpitobrcurci.Rien 
neks.eionnadavintage, que devoir avec quelle jufteffe les 
Miffionnaires or^difoient ces Phenomenes , & ils en con- 
^cluoient qu lis devoient auffi en pr^voir les fuites. 

Ces Peujples ne connoiflent pas hiieux la nature du Ton- 
nerre ; quelques-uns le prenoient pour la voix d une efoece 
particuhere d Ho,nmes , qui voloient dans les airs : d autres - 
difoient que ce bruit venoit de certains Oifeaux , qui leur 
etoient inconnus, Selon les Montagnais , c'etoit I'effort , que 
tailoit un Genie pour vomir une Couleuvre , qu'il a voit a va- 
^e; & lis appuyoiem de fentimem fur ce que , quand le 
lonnerre etoii tombefur un Arbr^ , on at voyoit une figure 
alfezapprochamedecelle dune Couleuvre. 

Tous comptent les mois par le$ Lunes ; felon la pliipart , r..„ • 
1 annee n'en a jamais que^douze , 8t quelques-uns lui^enTn- t^St 
nent toujours treize. Les inciony^niens , qui peuverit naitre ''"" 
de cette diverfite , ne vont pajd^ loin parm. des Peuples , 
qui nQn.t>intd'Annales,&m depeSden 

pomt d^ Epoques annuelles. Ily I aiiffi parmi eux beauioup 
\de variAte dans les lioms de^ Saifons & des Lunes , parce que 
dans tods es Pays les Chaffes , les Peches , les Semences/les 
^recoltes , la naiffance &ia chute isles feuilles , les paflaees de 
'certaipes Betes & de certains Qifeaux ; le)ems , auquel les 
Chevreuils changent de poil , & celui , auquel differens Ani- 
maux font en rut , fervent 4„diftinguer tout cela, & que ces 
cliofes varient beaucoup; , fuivantlesdifF^ren^. Cantons 

II y ades Nations , qui compten|, lis ann^es par les Sjgnes , 
fi ce n eft, orfqu il.s agit de mar«|er Yon kge , fe quelques oC 
cafions , ou 1 Is employent les inms Lunaires. II .i^Vanune 
part aucune djftinftion de femaines , & les jours n'ont point 
de-nom dans aucune de kur Langue. Ik ont quatre points 
Axes dans le jour , k fjayoir le lever & fe conclir du Soleil , 
jVme III. ^ Eee * 



terns. 




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>;oi jour'nAl histcjII^que 

-— — le Midy & le Minuit , & quelque tems^iril faffe , ils ne s y 

Oaobre. nXdeJ iTsann^es Lunaire^ avec les Sola.res , dont le tf a- 
ron de iXntJn leur fait honneur , eft une pure imagination 
de cet Ecrivain. ' 



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ne^comptent p6int au jufte le terns , qui s eit ecouic «cuu., , 

Ws moyens de n'eft ^^s perdre ^^ {"^"»*^«^^V^^^^^^^^ 
les Hurons & les Iroquosont dans leur Treforspubhcsdes 

Porcelaines , ovi il Y a cles figures , qu. leurxnr^^^^^^^ 
fouvenir. D'auires fe fervent de noeuds faits dune certaine 
fa^on , & fi en tout cela leyr imaginat bn travaf , eUe ne 
les trompe point. Enfin tous font J^ns I ufage d^ c^*^^^^^^^^^^ 
unitez jufqu'a dix , les dizaines par dix )ufqu i cent , les cen^ 
taines parV jufqu'i miUe jils ne vont pas plus loin dans 

J^^^"^*^"^^ • ' Jefuis,&c. 




INT-NEUVIEME LETTR 



"aux 



Akanl 



De la Colonic des Illinois. Voyage Jul 
Defcription dori 

Aux Kaskafquias , ce huiti^me de Novembre ,j7*i ■ 



Mad 



A ME 



, Ma demUre Le«re eft pame pour le Canada dou Ion ma 
" alTure qu'elle iroitplutot enFrancepar llfteRoyale. All 

refte, Telle sV« <^' '"°-"« ''» P"'%"' '^" P" ^ff; 
rje commence encore celle-ci aux kaskafquias •»>« . f^°» 

,. omb"es apparences , je ne I'y achevera. pas. I y ^»'f ^ "" 
' mois que j'y fills , & je hate mon depart le plus qu il m eft 

v£^£. '"'Comme je rfai encore y6de la Louyfiane, que cepofte , 



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D'UN VOYAGE DE L'AMER. Let. XXIX. 403 

h premier de torn par droit d'Antiquit^ , je ne peux encore ■ 
en juger par comparaifon aveii les atitres. Ce quflne paroit ' 7 * » • 
tain , c'eft au'il a d^ux avaiitages , dont I'un ne lui fera ja- Noveni- 



certain 



mais dilput^ , & Fautre le rend , cfimt i orient , nt^ceflaire i •^^®* 
route laProviijjfe. Le premier vientdela fityation 7 qiii tW 
proche beaucoiip. du Canada , aveelequeTil aura toujours 
uiie communication ^atSment utile aux deux Colonies, te 
fecond eft, qij*ii peut tire le gfe^r de la Louyfiane , k la- 
quelle il pourra'fournir des BleMp abonda|»ce , quand bien 
m^mc elle ferdit toute peuplee jUJii'^ la Mer. 

Non-reulement la terre y eft propre k porter le Froment , 
mais eHe ri'a encore rien retufe de toutce qui eft neceffaire k 
la nourriture de THompC'Le climat y eft fort doux , par les 
trente-huit <leerez trente-neuf minutes de latitude Septentrio- 
^le } il fera tort aife dV multiplier les TroOpeaujc j on y 
"^-pfourr^ meihe aprivoifei fes Boeuts fauvages , dont on tireroit 
une grande utilit^ pour le commerce de la Laine & des Cuirs, 
^ & pour la nourriture des HabitanjI. Lair y eft bon , & ft on 
, y voit quelques maladies , il ne les faut attribuer qu a la mi- 
fere , aa libertinage , & peut-etre un peu aux terres nouvel- 
lement remudes ; mais ce dernier in,convenient ne durera pas 
toujours , & le changement de cliniat ne fera rien pour ceux , 
qui y naitront d^ans la fuite. Enftn oneft aflur^ des Illinois 
plus qu'on„ne I'eft en Canada d'aucune Ration fauvage , ft on 
|?n excepte les Abenaquis. Us font prefque tons Chretiens , 
d'un naturel doux , & de tout tems tr^s-afFeftionnes aux 
Fran9ois. 

^e voici , A^ame , k cent cinquante lieues de I'endroit , 
otij'ai commence tette Lettre : je vais I'adiever ici , & la con- 
fier k un Voyageur , qui compte d'etre beaucoup plutot que 
moi k la Nouvelle Orleans , parce qu'il ne s'arretera nulle 

{tart , & que je dois faire quelque fejour aux Natchez. D'ail- 
eurs j'avois compte fur deux chofes en partant des Illinois ; 
la premiere , au'ayant ii defceridre un Fleuve tr6s-rapide , & 
fur lequel je n avois pas k craindre d'etre arrete par ces Saults 
& ces Rapides ft frequens dans les JUvieres du Canada, je 
ne ferois pas lontemsdans mon Voyage, quoique j'eufle pr^s 
de quatre cens lieues k faire a caufe des circuits , que fait le 
Fleuye-; lafeconde , que ma route etarit toujours ?u Sud , il 
n'^toit nuUement befoin que je me precautionarfe contr^ le 

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404 JOURNAL HlSTORIQyE 

froid : mais j'ai ^t^ tromp6 des deux cot^s, Je me fuis v0 con* 

»17 * I • traint de naviguer plus lentement encore , que je n ivois tait 
Novem- dans lesTacs^, cju'L'a fallu traverfer, §. j>, erfuyeWroid 
re. auffi picquant ^ que ceux , que favois jamais foufferts k 

^n eft vral que ce fiit encore toute autre chpfe aux Kaskaf- 
quias, d'oiif^tois parti peu de jours ^"Pf^^am'^Wr 
tkuveA ce que i'ai appris %ma route, y fut d abord glace de 
mZX^uZ a couru deffS en charetie.H acependanten cet 
Sroit me bonne demie lieue de large , & ily eft plu^rapide 
encore que le Rhone. Cela eft d'autant plus ^"f P^^^"^"^ ' ^« 
pour Voldinaire , i I'exception de quelaue.^te^^^^ 
Jauf^es par les vents du Nord , & du Nord-Oueft , 1 Hy ver 
en ce Pavs n'eft prefque pas fenfible. Le Fleuve n a point gele 
rujSmais^comme^edemeurois tout e, our jan^^^^^^ 

Piroeue d^couverte , par conf^quent expof^ k toutes les in- 
^^;^^1e l"r?& qSe je n'av>is pris aucune ur^^cauuon 
iontre un froid , que je ne pr^voyois pas , je lai trouv6 

M . , ^'Si jW^'pu faire plus de diligence , ifenaurois ^prouve 

Manieredc . ''^ J avwi» j/w ,. .r. . A,«/fLu . male il faut naVieUCf 



navif;iicr 
ic Miclllipi. 



fu^ chaiueTurune diminution fenAlei.maU faut naviguer 
i ^"^1 iJ"r..- 1. iu:.;ffi«; On ne fe hazarde pas a>fement a 



chaaue lOur une aiminuuuii iciii»i^»v « - ^ 

Sent fur le Miciffipi. On ne f^ hazarde pas a>fement a 
s'y embarquer fur des danots d'^corce , par la raifon que ce 
ileZ enlainant toujours un grand nombre darbres^ui 
tombent de ckfliis fes bords , ou aue les R.vieres,qu il recoit, 
lui at^enentTplufieurs de ces Arlres font arretes en paffant 
fur re pointed ou fur une batture ; de forte S"^ claque 
moment on eft expof^ k heurter contre une brancfie , ou con- 
«e une racine cacWe fous I'eau , & i n'fin faudfoit pas da- 
van"age pour crever cei' freles vo.tures ; furtout quand 
pour Iviter un Parti ennemi , ou pour quelque autre raifon , 
bn veut marcher de nuit , ou part ir avant le tour. 

On eft done contraint defubftituerauxCanotsd^corces 
des Piromes , c'eft-Mire , des troncs d'Arbres creuf^s , qui 
ne font bas fujets aux mimes inconv^niens , mais qui lont 
fort lourds, & nefemanient pascomme Ion veut. Jen ai 
une de bois de Noyer fi ^roite , qu'elle ne peut pas porter la 
voile ; & mes Conduaeurs , accoutum^s k f « P««" WZ f j*' 
dont on fe fert pour les Canots , ont bien de la peine k fe faire 

( « ) Cda a dut< pii* de dcox nois. 




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D^N VOYAGE DE L'A.MER. Let. XXIX. 40^ 
i la rame. De plus , |roaf peu que le vent foit foM , Teau en- 
tre dans la Pirogue ,& cela arrive fouvent dans laSaifon , 
ou nous fommes. ^ - 

Ce fut le dixi^me de Novemtre , au Soleil couchant , que 
je membarquai fur la petite Riviere de Kaskafquias ; je n'a- 
vois que deux lieues k faire pour gagner le Miciffipi , cepen- 
dant je fus oblig^ de camper k mom6 chemin , & le jour fui- 
vant ie ne pus faire que fix lieues dans le Fleuve. Les feiiilles 
tombent en cet endroit plutQt qu'en Fraqce , & n'en repren- 
nent de nouvelles , qu'i la fin de May ; il y neige n^anmoins 
tort farement , &.j*ai d^ja pbferve que les hy vers y font ordi- 
nairement fort doux. Quelle peut done etre la raifon de ce re- 
tardement? Pour moi, je nen vois ^lint d'autre ,-que le- 
pajffeur des Forets , qui empecl^e la terre de s'^chauffer affez 
tot. pour faire monter la feVe. : 

Le douziSme , apr^s avoh- fait deux lieues , je laifci ie Cap 
f S. Antoine k la mam gaudie. C'eft li , que 1 on comttience 
k voir des Cannes : elles font affez femblables il cellejf qui 
crojflent en plufieursendroits de I'Europe , mais elles font 
plus hautes& plus fortes. On pretend qu elles ne paroiffent ja- 
mais , que dans les bonnes Terres j mais il faut que ces Terres 
loient mouill^es , & par conf^quent plus propres k porter du 
Kis , que du Froment. On ne fe donne pas la peine de les ar- 
racher , quand on veut defricher le terrein , oii elles fe trou- 
vent : la chofe d'ailleurs ne feroit pas aif^e , leurs racines 
noueules 6tant tr^s-longues , & cramponnees par un grand 
nombre de filamens , qui s'^tendent fort loin. Ces racines ont 
naturellement un affez beau vernis , & approchentde celles 
des Bambous du Japon , dont on fait ces belles C^ntws , que 
les HoUandois vendent fousje nom de Rottangit 

On fe contente done , quand on veut cultiver lin Champ 
f9^®"/® ^«s Cannes, de les couper par le pied : on les 
laifle enfuite fecher , puis on y m^t le feu , les cendres fer- 
vent d'engrais , le feu ouvre les por^s de la terre , qu'on re- 
mue le^^remem , & on y f^me tout ce qu'on veut ; du Ris , 
du Maiz, djw Melons dleau, en un mot toutes fortes do 
grains & del^umes , excepte le Froment, qui dans ces ter- 
res graffes. s*6puiie^en pouflant beaucoup dTierbes , & ne 
produit point degraips. On pourra remedier k ce d^faut en 
tettant du fable fiir ce t&rrein , ^eay femant du Maiz pen- 
dant quelques annees, * *■ 



I 72 I. 

Novem- 
bre. 

Pourquol Ie$' 
Feiiilles torn, 
bent /itoc, & 
vicnnent il 
tard aux Ar- 
brcs dans la 
Louyfiane. -J 



Des Cannes. 



Pourquol le 
Fromi-nt n'a 
point riufli 
aans la Lout- 
fiane. 



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ccflif. 



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4liviereOuar 
bache. 



la rouille mangeoit le grain > c'eft que le Pays nitaiit pas 
ddcouver^., I'air n'y eft pas affer libre pour diffiper les 
brouillarSi , qui eugendrent la roiiille. La preuve dececi 
eft quiik Illinois , oil il y a plus de Prairies que de Bois , le 
Froment pouffe & miirit comme en France. 

Le treizieme , aprSs une nuit tr^s-chaude , nous fimes en- 
viron trois lieues , malgreunventduSud,qUicroiffoJt tou- 
jours , & qui devioj enfin ft violent » qu'il nous obli^a de 
nous arreter. Une grc^e pluye le fit tomber for le foir , & 
vers le minuit il seleva un vent de Nord-Oueft , qui com- 
menca ce froidexceffif,dont je vousai parli. Pourcomble 
de malheur , un accident nous arreta tout le jour fui^ant , 
quoiqu*il n'y eyt point die sureic i demeurer oil nous ^tions. 
n nV a pas lonteins que des Cheraquis y tuerent trente Fran- 
cois , qui avoient k leur tete un Fils de M. de Rapiezai , Gou- 
verneur de Montreal, & un du Baron de Longueuil , Lieu- 
tenant de Roi de la meme Ville. Outre ces SauvageS , qui 
ne font point encore reconcili^s avec nous , les Outagamis, 
les Sioux , & les Chicachas nous tenpieni en grande inquie- 
tude , & je n'avois avec moi que trois Mj^mes. 

jinzi^me , le vent tourna au m/m & ^^ froid aug- 
Nous fimes quatre lieues au ^dv puis nous trouva- 



menta 



mes que le Fleuve retournoit quatre" ttutres lieues au JNord. 
Immediatement apr^s ce grand d^to^ur , nous laiffapaes 4 gau- 
che la belle Riviere Ouabac/j^ , par laquelle on pent aller juf- 
ques chez les IroqUols , quand les eaux ft)nt hautes. Son en-, 
tr6e dans le Miciflipi n*a guere moins d'un quart de lieue de 
large., II n'eft point dans toute la Louyfiane de lieu plus pro- 



font de v^es Prairies bien arrofees , oikles Boeufs fauvages 
paiffent par milliers. D'ailleurs , la communication avec le 
Can«da n'y eft pas moins facile , que par la Riviere des Illi- 
nois , & le chemin eft beaucoup plus court. Un Fort avec 
une bonne Garnifon y tiendroit en bride les Sauvages ,lur- 



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DaJN VOYAGE DEL'AMERIQ. Let. XXIX. 4^7 

tout les Cheraquis , aujourd'hui la plus nombreufe Natiotf ■* — 

de ce Continent. 1721. 

Six lieues au-deflbus de Tembouchure d'Ouabache , on Novem- 
trouve fur laniteie main une cote fort dev^e,d'une terre hre. 
jaune , fur hquelle on pretend qu'il y a des Mines de F^r ^ 
Nous fimes biJn du cheSiin « joV /, quritoit fe fe^!^™/' "'"' "' '"■ 

mais nous foufrimes extremement dufroid f 11 augmenTaen-^ ^ 

core les jours fuivans,quoique le vent fe fat tomni au Sud- 

5ud-Oueft : il nous falloit meme pour avancer , ciffer une "" "^ 

glace , fort mince k la verit^ , qui fe formoit fur la fuperiicie-^ 

de I'eau. Le, dix - neuvi^mfe nous fimes quatr^ lieues apr^s 

quoi un vent de Sud nOus arrfita tout court. Je n ai jamais 

Jenti de bife plus piquante gue ce vent de Midi. II y a bien de 

1 apoarence que c'^toit toujours le vent de Nord-Oueft qui 

foufloit , mais que les terces refl^chiffoient tantot d'un cote 

& tantdt de I'autre , k mefure que nous tournions avec le' 

Fleuve. 

On rencontre fur toute cette route une efpece de Chats ci.a« fau, 
lauvages , appell6 Fijoux , & qui reffemblent beaucpup aux ^"8"- ^^y"' 
notres , mais qui font plus grands, fen ai remarqiTe , qui friir ^'" 
avoient la queue plus courte , & d'dutres , qui lavoi^nt 
confid^rablement jllus longue , & plus groffe ? ils ont auffi 
la mme extremement fiere , & on m'a alfar^ qu'ils font fort ' 
carnaciers , & bons chaffeurs. Les Forets fontremplies de 
Noyers femblables ^ ceux du Canada, & leursracines ont 
plufieurs proprietes , gu'q^n ne m'a point fait obferver dans ^ 
les auires. Elles font fort tendres , & leurs ecorces teignent ^ 
en noir ; mais leur principale utility eft pour la M^decine. 
Elles arrStent le flux dte ventre , & font un excellent vo- 
mitif. 

levinti^me, ilneigea tout le jour, ScnoUsnebougeames ' 
point : le terns s'adoucit , mais la nuit Tuivante le Sud-Ot/eft 
nettoya le Ciel , & le froid recOmmen9a de plus belle. Le 
lendemain matin de I'eau-de-vie , qi^on avoit laiffe daiis la 
Pirogue pendant la riuitfe trouva epaiffe , comme de I'Huile 
gelee , & du Vin d'Efpagne , que j'avois pour la Mefle , etoit 
glac6. Plus nous defcendions , plus nous trouvions que le 
Fleuve tournoit , le vent fuivoit tous ces detours , & de 
quelque cote qu'il vint , le froid etoit toujours excfeffif. De ' 
m^moire d'Homme on navoit rien vu de fembiable en ce 
Pays. ' *' ^, 



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408 JOUR N A L H I ^T O R I Q U E 

Ce jour U nous apper96mes fur h bord du Fl^uve k droite 
un Poteau drelHi ; nous en approchames , & nous reconriu- 
mes que c'^toit un Monument dreffe pay des Illinois pour une 
Expedition faite depuis peu fur les Chica^has. II y avoic deux 



ncs chica- 



it 7 2 I . 

^oveiri- 

Dre« tJALiciuiiiuti »i*»fc*< v»»MMi* |#wM ••«•. ••»•» ■-■.—,— r- — - — J ~ ' — — -— — 

Marques d« figurcs d'HoHimes lans tite , & (juelquesunes dans leur entier. 

Gucrriers^' Lcs prcmiercs marquoi^nt les Mom , & \Ies fecon^es , les 
Captifs. Un de' mes Condufteurs m'apprit i cettei|ccafion 
que , quand il y a des Francois parmi les un^ & les autres , 
on leur appuye les bras fur les hanches , pour les diftinguer 
des Sauvages , k qui on les laiffe pendants. Cette diftinftion 

* n eft point purement arbitraire ; elle vient de ce que ces Peu- 

ples ont obferv^ que les Fran5ois fe tenoient fouvent dans 
cette pofture , qui n'eft point en ufage parmi eux. 

Garcilasso de -lk Vega parle des Chicachas dans fon 
Hiftoite de la Conqu6te de la Floride , & il les place i\peu 
pr6s au m^me cndroit , oi» ils font encore prefentement. 11 
les compte parmi lesPeuples de la Floride , qui fe foumirent 
aux Efpagnols , mais cette pr^tenduefoumiffion n'a durd 
qu'autant de terns , que les E(paenols ont ^t^ dans leur voifi- 
nage , & il eft certain qu'ils vendirent cher la Viftoire , qu'on 
remporta fur eux. Ce font encore les plus braves Soldats de 
la Louyfiane : ils ^toient beaucoup plus nombreux du terns 
de Ferdinand de SoTO , qu'ils ne font aujourd'hui , mais 
pour lejricheffes , que fon Hiftorien leur attribue , je ne com- 
prends pas trop , ni d'oii ils les avoient pu tirer , ni ce qui en 
auroit pfi tarir la fpiirce , car ils ne font pi plus opulens , m 
plus polices que les autres Sauvages. , 

Ceft notre alliance avec let Illinois, qui nous a mis en 
guerre ^vec les Cbicjichas , &4es Anglois de la Caroline atti- 
lent le feu. Notre Etabliltement dans la Louyfiane fait grand 
jnal au coeur k ceux-ci : c'eft i^ne oarriere , que nous mettons 
entre leurs puiffantes Colonies de TAm^rique Septentrionale, 
& le M^xique , ^ nous devons nous attendre qu'ils employe- 
ront toutes fortes de moyens pour la rampre. Les Efpagnols , 
qui nous voyent jiv.ec des yeux fi jaloux nous fortifier dans ce 
Pays , tie fentent pas fencore rimportance du fervi<?e,<|uenous 
Jeur rendons. Peu de jours apris aue j'eus paflepar I'endroit, 
pii nous avions v6 le poteau des Illinois , les Cnicachas eu' 
rent leur revanche fur deux Fran9ois , qui me fuivoient^^s 
pne Pirogue. Ces Sauvages s'^toienf embufqu^s dans des 

Cannes 



f - 



i^jf^ia^at&j 



"< ,." 



JL. 



lourune 



DIJN VOYAGE DE rAMERIQ. Let: aaiai 409^ 
Cannes fur le bor4du Fleuve , & quand ik virent les Fran- 
cois vis-^-vis d'eui , ils remuerent les Cannes , fans fe iion- J 
trer ; les Francois crurent que c'^toit un Ours , ou quelqii au- Govern- 
tre B^te , & s'approcherent pour faire capture ; mais aulmo- ^'"e- 
ment qu'ils fe difpofoient A'-debarquer , les Chicachas firent / 

fur eux une dechargc d6 fufils, aui les ^tendit morts dans leur / 

Pirogue. Je fus fort heureux qu ils ne m eufTent pas appercu , / 

car mes gens ne vpiiloient masquer aucune occafion de i 

chafler./ ^^ # ' i 

Le vint-tfoifiime , apr^s une nuit^r^s^ojde , nous eiimes RivjeA 4es i 
unp/ton belle journ^e , & jquoique Ta t^rre fut couverte-de cJucaehas, 
neige , le froid ^toit fupportabie. Le lend^main nous paflames < 

devant la Riviere d§s Chicachas, qui eft a|flez ^tmite, mais qur 
vient de fort loin. Son embouchure eft! Nord & Sud. On 
compte de Ik quatre-vint-fix lieues aujq Kaskafquias ; mais 
le chemin feroit de moiti6 plus court p^ terre. Rien ne fe- 
roit plus agreable ^pfe cette navigatioh , ft la Saifon etoit 
plus douce : le Pays eft charmant , & i| y a dans les Forets 
une quantite d'Arbres toujours verds : le^eu de Prairies,qu'on 
rencontre , confervent auffi leur verdur^, & un nombre con- ,4 

fiddrable d'lfles bien boifies , & dont qtielques-unes font 
affez grandes , forment des Canaux tr6$ - agreables , oii les 
plus grands Navires pourroient paifer : car on pretend qu'i 
plus de cent cinquante lieues de la M^r on a trouv4 dans ce 
Fleuve jufqu'i foixante braffes de fond. 

Pour ce qui eft des Forets , qui couvrent prefque tout ce Forfts de U 
grand Pays , il n en eft peut-^tre pas dans la Nature , qui leur i^uyflanc. 
foient comparables , foit que Ton cpn^dere la groffeur 8^ la ' ' 

hauteur des Arbres , foit qu'on ^it ^g^ k leur variety ,$c k ,^ ' 
I'utilitd, qu'oh en peut retirer , car k la r^ferve des >boiS de J ^? 
Gouleur , qui demandent un fol plus ^chauff4 ,-& qjii ne fe V -' 
irouvent qy'entre les Tropiques , on ne fcauroit dire de quelle ' ' 

forte d'Arbi-es on n'y voit pas. II y a des Cypriefes de huit I 

k dix lieues d'^tendue , tous les Cyprus y font d'une groffeur - 
proportionn^e ii leur hauteur, qui paffe tout ce que nous 
avons en France de plus grands Arbres. On commence k 
connoitre en Europe cette efp^ce d? Laurier toujours verd , 
aue nous avons appell^ Tulipier , k caufe de la figure de fa 
fleur. II s'eleve plus haut que nos Maroniers d'Inde , & a la 
feiiille encore plus belle. Lg Copalme eft encore plus grand 
Tome III Fff 



9: 





! Defcription 
it la Riviere 
des Aitanfas. 



. Diff<Jrcnte$ 
Tribus d'A- 
kanfas*,., 



lOURNAt hUTORIQUE 

?if beaKp Jnftour 4 cdui du Pitou. toutes Us efcto 
pas b"»'="'W'"" fon, auffientrts-grandequantiti, & 

ITles bois de^coniSion & de char|.n.e , que I'on pem 

ffiiXer" maisppur .es»^e e"-^^ |- -;at t 

ttniion de ne pomt P«l«' «»«Ji?" ^o„lTns fes deborde- 

cun compote Une ISation , uu * "" t' Trihus mais toutes 
pelU Ouyapcs les Sauvag « ' 9^'^hafe«mle V.H^^^^^^^ ^ K 

d-ici. Cet» Riviere v>en.,J^on, J^Pay»f«^^^^^ 

fflSmes , qui font plu «"«»» f°"»ii',^°" On remonte diffi- 
J-ai avec mo,unfefclavede«.eNa..^^^^^^^^ 

^Z ':.^r:t^X^f«'- end^oi#es.^x y font 

(«) Ottitt/W»/»4»., 



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•- y^ 







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DUN VOYAGE DE L'AMERIQ. Let. XXIX. 4^1 

9cheva la d^couverte du Miciffipi. Vis-^-vis de leur Vil- 
lage on voit les tr'tkes dihris de la ConceiHon de M. Lav , 
dortt la Compagnie eft reftee Proprietaire. 



/' 



I 7 2 I, ' 

D^cem- 

C'^toit 14 , qu on devoit envoy er les neuf mille Allemands , ^*"^* ^ 
qui avoient 6t6 ley^s dans le Pa\atinat , & ceft bien dom- Conceiiion 
mage qu'ils n'y foient point parvenus. 11 n eft peut-etre pas *'***-^^' 
4ans route la Louyfiane de Pays plus propre , apr^s celui des 
Illij^is , k produire toutes fortes de grains , & i nourrir des 
B^iaux. Mais M. Law i6t6 mal fervi , aufli-bien que la plu- 
paK (les autres ContieiBonnaires. II y a bien de Tapparence 
que de lontemspn ne fera de pareilles levees d'Hommes , on 
en a beibin dans le Royauftie , & pijis c'eft affez Tordinaire 
parmi nous de fe r^gler fur le fuccss de pareilles Entrepri- 
les , au lieu d'obferver ce qui les a fait echouer , pour cornger 



ce qui a ^t^ mal fait. 
J^ai trouv^ le Villagedes Ouyapes di 



IS la defniere d^fola- Mortality 



tion. II y a quelqueytems qu'un Fran9bis en paflant par ici pafm" ie« a* 
.._... J. ,. -„:.„ ..^_„i„ . i_ _..! „.Aa communique d'a- ^'^"• 



iir^s 



k toute la Bour- 
bret de Perches &^ 
Ton voit pendre 
i eft k I'ufage de 



fiit attaqu^ de lapetfte v^role : le mal s 
bord k quelques ^ajdvages , & bientot a 
cade. Le Cimetiere paroit comme une 
de Poteaux nouvellei^ient plant^s , & d 
toutes fortes de chofes : il y a de tout ce 
ces Barbares. 

J'avois drefle ma Tente affi;^ pr^s du Villaglb « & toute la nuit 
j'ai entendu pleurer ; les Hommes s'en meU nt aufli-bien que 
les Femmes : ils r^p^toient fcins cefle NiAahcni, comn^e foot 
les Illinois , & fur le m^me tpn. J'avois aui^ i apper 9^1 le foir 
tine Femme , qui pleuroit fur la Tombe de fl^yjiiiBc quiy 
ripahdoit force (agamit^. Une autre avoit kHumPflp feu au- 
pres d'une Tombe voiftne , apparemment pour r4cnaufter le 
Mort. Les Akanfas pa|Cemopour ^re les dlus grands 8c les 
mieux faits de toiis les Sauvages de ce Continent , &'on les 
appelle par diftinftion Us beaux Hommes. On croit , peut- 
£tre par cette raifon , qu'ils ont la meme origine que les 
Canf^ du MiiTouri , & les Pouteouatamis du Canada; Mais 
voici ma Pirogue chargee , & je n'ai (]ue le terns 4e fermer 
jnaLettre , aprls vous avoir aflure que je^fuis , &c. 



Fffij 



^iux Akiuyki ccz,de Dcumbit 17X1* 



1 



411 JQURN A,t HIST ORIQU E 



t 



RENTliME LETTRE. ' 

Voyagt depuli Us Akanfas jufauaux Natckei. Defcription 
I Idu Pays , de la Riviere des lajbus ; des Maurs , des Ujix- 
. . PCS & de la Religion des NatcneT. 



I 7 1 1 ./ 

Deceqfi- 

bre. 



ges C ae la Religion des ISfatche^. 
Aux Natchez , ce vint-cinqui^me de DiScembre I'jil, 



i 



M 



ADAME, 



Je partis le 5. de D^cembre un peu tard du Village de* 
6«yapes , cependant j'allai camper un peu plus has que la 
jreiniere embouchure de la Riviere des Akanfas , qui me 
)arut avoir tout au plus" cinq cent pas- de large. Je paffai le 
fendemain la feconcle , qui eft fort ^troite , & le einqui6me 
je pouffai jufqu'i la Pointe couvee. C'etoit une Pointe affez 
haute , qui avan^oit dans le Fleuve du cot^ de I'Oueft ; le 
- Fleuve la coup^ , & en a fait une Ifle , maisJe nouveaii Ca- 
nal n'eft encore praticable > que dans les grandes eaux. On 
compte de cet endroit 4 la principale branehe de la Riviere 
des Akanfas , vint-deux lieues, mais il n'y eh a peut-etre pas 
dix en droite Hgne , car le Fleuve ferpente beaucoup pendant 
les foixante & dix lieues , que Ton fait pour aller du Village ' 
des Ouy apes ^ la Riviere des Yafous ('«),» oii j'entrai le neuf 
apr^s midi. II n'a point neig^ ici , comme aux Illinois , & i 
Ouabache , mais il y eft tomb^ un verglas , qui a.brife tous 
les Arbres tendres , oont les pointes baffes, & le& terres mouil- 
l^es foiit couvertes: on diroit qu'on auroit prisplaiiir d'en 
caffer toutes les branches avcc un baton . 
Riviere de« L^entt^e de k Riviere des Yafous eft Nord-Oueft » & Sud- 
Yafous. Eft , & a environ un arpent de large ; fes eaux font rouffes , 
& on pretend qu'elles donnent le flux de fang i ceux , qui en 
boivent. D'ailleurs , I'air y eft tr6s-mauvais. Il me fallut faire 
trois lieues pour gagner le Fort , que je trouyai tout en deiiil 



7 par la raort ae r 


il.Dlj»ri^ qui y Lui 


UlUciUUUit* X^«U Ul 


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t>m VOYAGE DE L'AMIRIQ. Let. XXX. 413 

j'avois rencontr^ des Francois dans la Louy/iane « j'avois en- •*" 

tendii faire de j ^Ipges inffnis de cet Qflicier , n^ en Canada V?^* * * 
d^unPere Suiffe, Major de Montreal. On me ^it aux Ya- ,'^^^^"^( 
fous ^es chofes extraordirtairei-de fa Religioix, de fa piet6 , 
de fon zfele , dont il a ^t^ la viftinje. Tous le regrettoierit 
comme leur Perc , & tout le monde convient que cette Co- 
lonie a fait en lui une perte irreparable. ' '' \ 

II avoit mal place fon Fort , & il fongeoit , lorfqu'il mou, Du For. <l» 
<■ rut , 4 le tranfporter une lieue plus loin dans une fort belle ^*^°^ 
Prairie < oil I'air eft plus fain , & oil il y a un Village d'Va- 
fous 3 mdles de Couroas , & A'Ofogoulas , qui tous eiifemble 
peuvent mettre ^ut ao plus deux cens hommes fduTles ar- - 
mes. On yit aflez bien avec eux , mais on ne s'y fie pas trop ^ 
k caufe des liaifons , que les Yafous i^riiKipalement , out tou- ' * 
jours eues avec les 4.?*glois. 

11 y a beaucpup.deCaimans dans cette R%ere , &: j'en ai DcsCafman*. 
vu deux , qui avoieni bien douze i quinze pieds de long. 
On ne les entend gu^re que pendant la nuit , & leyr cri ref- 
femble tellemehtau ineuglement des Taureaux , qu'on y fe- 
roit trompe. Nos Fran 501s ne laiffent pas de s y baigner au/fi 
librement , qu'ils feroient dans la Seine. Comme je leur en " 
t^moignois ma fur^rife , ils me r^pondirent qu'il ny avoit ^ 
rien A craindre ; qu'i la verit^ , Ahs qu'ils ^toient dans I'eau 
lis sy voyoient prefque toujours eavironrtes de Caimans 
mais au'aucun napprochoit d'eux , qu'ils fembloient feule- 
ment les guetter pour fe jetter fur eux au moment qulls for- 
tiroient de la Riviere ; qu'alors pour les ^carter , ils re- 
muoient I'eau^vec un baton , donf ils avoient la precaution 
de fe premunir , aue c^Jaifoit fuir ces Animaux affez loin 
pour leur donner le teippe fe mettre en surete. 

La Compagnie a AM ce Pofte un Magafin d'attente , cbnccTw, 
.comme aux Akanfas ; rtiais le Fort & leTerrein appartien- maipUc^:. 
nent h. une Societ^ compose de M. le Blanc , Secretaire d"!- 
tat , 4e M, le Comte de Belle-Me , de M. le Marquis d'Af- 
feld , ^ de M. le Blond , Brigadier-Ingenieur. Ce dernier 
eft 4ans la Colonie avec la quality de Direaeur General de 
, la Cpmpagniei Je to comprends pas trop ce qui leur a fait 
choiftr la Riviere ties Yalous , pour y placer leur Concef« 
fion. 4I& avoiertt affiirement k choifir , & de meilleurs Ter- 
reins , & des iituations plus ayaniageufes* II eft vrai qu'il eil 



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^1^ JOUHN AL HISTaRIQITE 

"TtTTT impoitailt d€ s'affuref de cette Riviere , 6oh U Sourc^'eft 
Decern- paTl6ih de la Caroline , mais il fuffifoit pour cela d'un Fort 

hte. avec une bonne Garnifon , jpour cpntenir' l<b Yafotn , qui 
font Allies de$ Chicachis.Ce neft pas le nioVen d6tablir 
iblidement une CoBCeflion , que d'etre oblig^ ^ fe tenir tou. 
iours fur fes gardes , comre des Saui^^ges voifins ties Aijglois. 
Je partis des Tafous le dixi^me,,&; Icwixilme : fans lin 
Sauvaee Natch6, qui m'avw^^aeniand^ le pafl|ge pour re- 
tourner chez lui , je me ferois^du dan^ un goufre ', qu au- 
cuti de mes Condyaeurs ne connoiffoit ,;& dont ^ ne ^aj^ 
oefcoit, que quand on y «?ft tellement engag^ , qu il neft 
*^i .T /niiu J« *'»« r«»rlrer. II eft fur la mam eauche - au^ 



TGouTrc.Car. 
tkftc 




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pierres : c elt de quoi i on trduu j.iu> «* ...o.«iww» «*..- ^~»^*. 
tolonie , mais en r^ompenfe on y fein ^tant de JJarques 
Que Ton voudra, ^ ^ " i y- /^ ' 

Dcfcription Lc quiuzi^mc nous.amvames aux JVliwA^. €e Canton , 
^ju^ily^ u plul beau , le plus fertile , & le.plus peupl^" de .toute h 
Macchw. ^Louvfiane , eft ^loign^ de quarante heues des Yatous , & 
fur la m^me main, te debarquement eft vis-i-vw une b^ite 
iSrez haute , & fort efcarp^e , au pjed de laquejle coule un 
petit Ruiffeau , qui ne peut receyoir que des Chaloupes & 
Ses Pirogues. De cette premiere Butte on monte k une fe- 
conde , ou plutot fur une Colhne , dpnt la pen^eft affez 
douce , & au fommet de laquelle on a ban une efp^ce de.Re- 
doute ferm^e par une Cmple PaliOade. On a donn6 a ce re- 
f ranchement le nom de Fort. : .^^ , , ^ ',,. 

Plufieurs Monticules s'^l^vcnt au-deffus de cette Colhne , 
& quand on les a paffi^s , on appergoit de todtes parts de 
firandes Prairies , fep^r^es par de petits Bouquets d^ bois , 
«ui font un tr^s-Meffet. Les Arbres les plus communs dans 
ces Bois font l^yer& le Ch^ne ,& par tout les terres font 
cxceltefltes^ieu M: d'ibefville , qui ie premier eijtra dans 
i6'NfcSi0K)i par fon ^mbouchpre , 6tant mom6 jufqu aiw 
^fiez , trouva ce Pays fi charmant , & fi avanta^fement 
fitu^ qu'il crut lie pouvoir mieux jplaeer la M^tropOle de la 
rtouVelfe Colonie. 11 en tra<ja lePlan , & lui deftina ie^nom 
de RofaiieMm^itcdm de Madame laChanceliere dePont- 
iSartrain. Mais ce Projet rife paroit pas devoir yex^cuter 
.fi-tdt ,,quoique nos G^ogr^ph^s ayenf toujours > bo»i 



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Vi?iisS..- 



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,:.'(., /.Sij*jiu5;ft 



DUN VOYAGE DE UAMERIQ;; Let. XXX. 41; 
coinpte marqu^vfur Jeurs Gs(rct& la Ville de Rofalie aux 
Natchez. 



I 71 1 



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II «ft certain qu'U faut comthcncer par un Etabliflement ^^^ceiHr 
plil«:p^s de la Mer ; mfiis fi la Louyfiane devient jamais uhe ^!^^' 
C6loni6 Floriffantfe , coJjime il peut fort bien arriver , il me 
lemble qu'on ne peiiit rai^inc placer fa Capitale-qu en cet en- 
^ dn^it. II n'eft point^je^ au d^bordement du Fleuve , I'air y 

- 'eft pur-, le Pays fort ^tendu , le Terrein propre i'tout , & - 
bien arrof^ ; il n'eft pastrop loin de la Mer-, & rien n em*p6- 
che les Vaiffeaux^d'jMironter. Enfin il eft 4 port^e de tous te& 
lieux , oil Ton parpit avoir deffein de setabliri La'Compa- 
^"v 7 t/^'^ Mag^i*, & y entretient urt^ommis principal 

\ qunia^s encore beaucoupH'occupatiofl. ^ » 

Parmi unhand noinbre d? Cojiceffions pirticulieres , qui 
font d^i^i en ^tat de rappcfrter , il y en a deux de la pre- 
mieje^ndeur , je veyx dire de quatre lieue* eh quarre ,,^ 
l>de appartiem k une Societ^ de Maloins , qui 1 ont achet^e®^ 
!e M. Hubert, Commiffaire Ordonnateur , & Pr^fident du 
Confeildi^la Louyfiane : Tautre eft ^ la Compagnie , qui y a ^ 

envoy i des Ouvners de C^eracrpour y faire du Tabac/ Ces 
deux Conccffions font fitudes- de maniere , qu'elles form^nt* 
un trianall^ parfait^avec le Fort , & la diftance dun angle k * 
lautre eft d^ne Iieue. A moiti^ chemin des deux Conce&ns 
eft le grand Village des Natchez, J'ai vifite avec foin tous. 
ce& heux , & voto ce que j'y ai remarqu^ de plus cdnfide- 
rable. 1 \ v ^ '^ '-,.-.. 

JLa Conceflioi^ d6^ Maloins eft bien plac^ , il ne lui man- 

3ue, pour tirer parti.de tout ion Terrein , que des Negres , oti 
es Engagi^. J aimerois encore mieux les Seconds que lefr 
Premiers ; le tems.de leur Service expir^ , ils deviennfent des 
Habitans , & augmentent le nambre des Sujets naturels du 
Roi ; au lieu que ceux-U font tou jours des Etrangers : & qui 
l^uc s'afsurer qu i^ iorce de fe multiplier dans nos Colonies ^ 
lis ne deviendront pas un joyr des Ennemis redoutables I 
Peut-on compter fur des Efclaves , qui ne nous font attaches 
aue par la crainte , & p^our qui la Terre meme ,ou ils naiC-. ^ 

tenr, n'a jamais le doux nom de Patrie ? * 

La premiere nuit , que je paflai dans eettc Habitation , il y 
eirt vers les neuf heures du foir une grande allarme ; j'en de- 
mandai le fuiet , & ^ me repondit qu'il y avoit dans le Voi- 



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Tabte dan* ce 
Caucoo. 



u6 JOURNAli iftl^TORlQUE 

fmaee une Bete d'une efp^c^ incqimue.tlune grandeur ex- 
traordinaire , & do^ft le cri ne reffembloit i celui daucun 
Sal, que nous connoiffions.Perfbnne nafsuroit pour- 
uint ravo?r vue , & on ne iugeo.t de fa taille , que par fo 
fo?ce i^lle avoit deja enlevi des Moutons & des Veaux , & 
^ranie quelques Vaches. Je dis k ceux , qui me faifo.ent ce 
rk^tf qu^unLupenragepouvoit faire tout cela & quant^ 
rucr^Vonsy^rompSittouslesjour^^^^^^^ 
fonne • on von o t que ce fut une Bete monltrueule , on ve- 
noit a; rentendre /on y couru. armi de tout ce qu on trouva 
(bus fa main , mais ce fut mutilement. , ^ 

L Conceffion de laCompagnie efl^ encore plus avanta- 
aeufelm Se , que celle^dls Maloiiis. Une meme Ri- 
f iere Se I'mie &?autre , & va fe decharger dans le Fleuve 
iSueSs de celle-li , k laqaelle une magnifique Cypnere 
ffl^ui diendue flit un\ideau , qui - -vX^ " 
derneres, Le Tabac va t^-^ien^^^ 



Cottoii t In* 
iifp. 




Dercription 
ia (^laiid ViV 
la|;e «c du 
Tdiiiple del 



•> 



fie fort beau Cotton lur i nrorc , «. »» Pfu plus 1 

mence f voir de I'lndigo fauVage. On n en a pas encore fait 
Kpreuvermais il V a beaucpup%parence Wd ne reuffira 
I epreuyc , ".a j rrouv^ dans llfle de Saint Do- 

i^^r^Xlet u^eto^^^^ , qu'on Y a tranf- 

^ ^' ^'X irs Et ouis I'experience nous apprend quune 

oeu de^Cabannes : la raifon qu'on m'en * apport^e, eft que les 
Cvages ,T dui l?ur eran3 Chef a droit d'enlever tout ce 
nS^U mit s'eloignent & lui le plus qu)U peuyent , & par-li 
Srieur Bourgak de cette Nation ?e font formes i quelque 
§Se de celfe.d\es Tioux, leurs A1U6 & 1^ notres . en 
out auffi etabli une dans Uur Voilinage. , ^ i 

^ Les Cabannes du grand Viflage des Natchej . le feul que 
Vave vO . font en forme de Pavilion quarr^ . fort baffes , ^ 
klplne res ; le Faite eft arrondi k peu pr6jj comme un Four, 
lT oSt font couvVtes de feuiUes ^ de pailles de Ma« ; 
aueFqSnrfontUftruitesd'une ^fp^ce de torch, . q«i 
Te parut^ezbon,& quieftrevefuendehors&^n dedans 



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D^UN VOYAGE DE UAMER. Let. XXX. 417 

de Nattes fort minces. Celle du grand Chef eft fort prqpre- TTTT 
ment creoie en dedans : elle eft anffi nine n,-,»A^ a^ -.1.!- uT...- / * * • 



.. ^^ — ^w.w «« ft»«"u v-tjc* cii rorc prqpre- 1711 

ment crepie en dedans : elle eft auffi plus grande & plus haute , * 

3ue les autres ; plac4e fur un Terrein uh peu eleve , & ifol^e ^^'^^e'"- 
e toutes parts. Elle donne fur une grande Place , qui n'eft^' 
pas des plus r^gulieres , & a fon afpeS au Nord. J y trouvai 
pour tout meuble une Couche de planches fort 6troite 61e- 
, %i® terre de deux ou trois pieds « apparemment que quani 
le Ch^f veut fe coucher , il y ^tend une natte ou quelqus 

• lA^il 5""°" P"d""^ ^T ^^^r' ^e ViUaee :-tout le mbnde 
€tm aile dans uneBourgade voifine , oil il.y avoit une Fete 
& toutes les Portes ^toient ouvertes , mais il n'y avoit rien k 
cramdre des Voleurs , car il ne reftoit par tout que les quatre 
muraiUes. Ces Cabannes n'ont aucune iifue pour la fum^e 
n^anmoim tcHitjs celles , o^^entra^ blanches! 

Le Templ| eflr i cote dec^du grand Chef , lournee vers 
1 Orient , & k 1 ^j^tremit^ de la Place. 11 eft compof^ des me- 
mes mat6riaux que les Cabannes , mais fa figure eft differente; • 
ceft un quarre long , d'envii^on quarante pieds fur vint de 
large , avec un toit tout funple , de la figure des notres. II y a 
aux deux extremite^ comme deux girouett^s de bois , qui re- 
prefentent fort groffierement deux Aigles. ^ * 

La Porte eft au milieu de la longueur du Bitiment , qui n'a 
point d autres ouvertures ; des deux cot^s il y a des Bancs de 
pierres. Les dedans r^pondeni parfaitement k ces dehors ruf- 
tiques. Trois pieces de bois , qui fe joignem par les bouts , & 
qm font plac6es en triangle , ou plut6t ^galement icarties les 
unes des autres , occupent prefque tout le milieu du Temple , 
& brulent lentfement. Un Sauvage , que Ton appelle le Gar- 
dien du Temple , eft 6blie6 de les attifer , & d'empdcher 
qu'elles ne s'^teienent. S'il fait froid , il peut avoir fon feu k 
part , mais il ne lui eft pas permis de fe chauffer k celui , qui 
brule en I'honnwr du SoleiL C«»Gardien ^oit auffi k la Fete 
du mpins je ne le vis point , & Ces tifons Jettoient une fiim^e ' 
qui nous aveugloit. . ' 

D'Omemens , je n'en vis aucuns , ni rien abfolument , qui 
dut me faire connoitre que j'^tois dans un Temple. J'y apper- 
cus leulement trois ou quatre Caiffes rang^es ians ordre , oil 
S| y avoit quelques Offemens fees , & par terre , quelques 
Tetes de bois , un peu moins-mal travaill^es que les deux 



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Tome III. 



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4.8 JOURNAL HISTORICiUK 



1 ^ z I . Aides du toit. Enfin , fi je n'y euffe pas trouv6 du feu , j euiTc 
Decern- cm<m^ ce Temple ^toit abandonni depuis lontems , ou qu il 
bre. avoit et^ pill^. Ces cones enveloppes de peaux, dont par- 

lent quelques Relatidns ; ces cadavres des Chefe ranges en 
We daSs un Temple tout rond,&termme en mamerede 
Ddme ; cet Autel,4c. Je n'ai rien vu de toiitcelajfi les 
chofes ^toient ainfi du terns paflK , elles_.ont bien changd 

"^Tem-etre auffi , car il ne faut condamner perfonne , ,ue 
• ouai!d il nV a aucun moyen de Texcufer ; peut-|tre .dis-ie , 
5Se le Voi/nage des Francis af^t craindre ^--^-^^^^^^^ 
?es corps deleSrs Chefs , %toutce que t^Vr^^"*?^ ^^o" f / 
plus pfkcieux , ne couruffent que que rifaue , siis ne ies 



jles. 11 eft pourtant vrai que conirc ** u.ui».»* , — ~ - 
la Porte , ily avoit une Table , dont je ne pns pas la peine 
de mefurer fes dimenfions , parce que je ne foupsonnat pomt 
que ce fut un Autel : on m'a afsur^ depuis qu elle a trois pieds 
3e haut , cinq de long , & quatre de large., • 

On m'a ajout^ qu'on jrfa" »" petit feu avec des ^corces 
de Chanes , & qu'il ne s'^teint jamais ,ce qui eft faux , caril ^ 
nV avoit alors ni feu , ni rien qui fit conrtoitre qu on y efTeut/ 
jamais fait. On dit encore que quatre VieiUards couchent 
tour 4 tour dans le Temple pour y entretemr ce feu ; que celui 
qui eft de garde, ne doit point (ortir pendant Ies huit jours , 
qu'il doit 6tre en faaion ; qu'on a foin de prendre de la braife 
allumie des buches:, qui briilent au milieu du Temple , pour 
mettre fur TAutel : qu'il y a douze Hommes entretenus pour 
fournir des icprces de Chines ; qu'il y'a deS Marmoufets de 
bois , & une figure de Serpens 4 Sonnettes , auffi de bois, 
^ qu'on met fur FAutel , & alfquels on rend de grands hon- 
jjieurs : que quafnd le Chef meort , on I'enterre d'abord , & 

Sue quand on juee que Ies chairs font confum^es . le Gar- v 
ien du Temple Ies exhume, lave Ies Offemens,ies enve- 
loppe de ce qu'il peut avoir de plus pr^cieux , & Ies met 
dans de grands panniers faits de Cannes , qu'il ferme bien , 
qu'il enveloppe ces paniers de peaux de Chevreuils trb-pro^ 



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DTJN V^GE DE L'AMERIQ. Let. XXX. 419 
pres, & les place devant I'Autel , oil ils reftent jufqu'i la ,72,. 
mort du Chef regnant : qu'alors il renferme ces Offeiuefis dans Decem- 
TAutel meme , pour faire place au dernier Mort. bre. 

Je ne puis rien dire fur ce dernier article , finon que je vis 
quel^es Oflemens dans une ou deux CailTes , mais qu ils ne 
taifoient pas lamoiti^ d'un corps humain , qu'ils me paroif- 
foient bien vieux , & qu'ils n'^oient point fur la table , qu on 
dit ^tre I'Autel. Quant aux autres articles , i". comme je n'ai 
^t^ que de jour dans le Teniple , j'ignore ce qui s'y paffe la 
nuit. i*>. II n'y avoit aucun Garde dans le Temple , quand je 
I'ai vifit^. Ty apper9us bien , comtne je I'ai deja dit , quel- 
ques Marmoufets, mais je n'y remarquai point de figure de 
Serpent. 

Quant k ce que j'alilrii dans des Relations que ce Temple 
eft tapifl)^ , & fon pave cou vert denattes de Cannes ^u'on y 
met ce qu'on a de plus propre , & qu'on y apporte t6us les ans 
les pr^mices de tomes les r^coltes ; il erl faut affur^ment ra- 
battre beaucoup : je n'ai jamais rien vii de plus mauffade , de 
plus mal-propre , qui fut plus en d^fqrdre ; les buches bru- " 
loient fur la terre nue , & je n'y apperjus point de nattes , 
non plus qu'aux murailles. M. le Noir, avco qui j'^tois, me dit 
feulement que tous les jours on mettoitau feu une nouvelle 
buche , & qu'au commencement de chaque Lune on en fai- 
foit la provifion pour tout le mois. II ne le ffavoit pourtant ^ 
que par oiii-dire , car c'^toit la premiere fois <Ju'il voyoit ce > ' 
Temple , auffi- bien que moi. -^ ' ^ 

Pour ce qui reg^arde la Nation des Natchez en e^n&al , De (a n«- 
voici ce que j'cn ai j>A apprendre. On ne voic rkn cKtns leur 'jf" *•" ^*'- 
ext^tieur , qui les diftingue des autres Sauvages du Canada & "" 
de la Louyfiane. Ils font rarement la guerre , & he mettent 
point leur gloire k d^truire des hommes. Ce qui les diftingue 
plus paniculierement , c'eft la forme de leur Gouvernement , 
tout<4-fait de(Opotique ; une grande d^pendance , qui va mSme 
jufqu'4 une eip^ce d'efclavage dans les St^ets } plus de fiert^ 
& de grandeur dans les Chefs, & leur efprit pacifique,qui ce- 
pendant s'eft un peu dementi depuis plufieurs annies. 
^ Les Hurons cro^ent <uiffi-bien qu'eux leurs Che^ h^r^di- 
taires ifliis du Soleil , mais il n'y en a pas un , qui voulut Stte- 
fon valet , ni le fuivre dans I'autre monde pour y avoir I'^on-r- 
neur de le fervir , comme il avrivs fouvent parmi le^ Naichez. 

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bre. 



410 J 6 URN A L HISraRIQUE 

Garcilaffo de la Vega parle de cette Nation comme dun 
» 7 * I. p^^eZ^L , &^1 Vy a pas fix ans qu'on y compto.t 

Decern- Sei 

re. Sreufe du terns de M. 4e la Sale > & mSme orfque M. d Iber- 

V lie dWrit rembouchure du Micffipi. Aujourdhui ks 
Natchez ne pourroient pas mettre fur pied deux mille Com- 
batun" On attribue cette diminution k des maladies conta- 
gie" fes, quUes dernieres ann^es ont fait parmi eux de grands 

ravages. . ^ Natchez porte le nom de Soleil, & c*eft 

Dtt Grand LeGraijdChet des Watcncz poix . p-j ^ ^ ^ proche 

Kme^Cher.&quoiquepouri;^^^^ 
pas du Gouvernemem , on lui rend dP^rands f^®?"®^"^^"® 
Sm^me , auffi-bien que le Soleil , droit de vie & de mort , 
d^TaS^B quSun a eu le malheur de d^olaire k I'un oj M au. 
fre Tls 5rdo^nt Meurs Gardes , quW nomme^^«5 J 
A!CmVr y-ahuJ^faiftdeceChien, difent-ils , & lis font 
Mis K Smj1!eursSuie.s , & lesChefe memes desVil- 
kges ne les abordent jamais , qy Hs ne les felucnt trois fois , 
en^kt\Lt mi X%i eftuneeW dehurlement : ils font 
b SchXnV^etirant , & fe rf^«m - ^^^^^^^ 
culons. Lors qu'on les rencontre , il faut s arrS